Brokeback mountain : Annie Proulx

Titre : Brokeback mountain

Auteur : Annie Proulx
Édition : Grasset (2006)
Édition Originale : Close Range (2009)
Traduction : Anne Damour

Résumé :
Brokeback Mountain : un bout de terre sauvage, hors du temps, dans les plaines du Wyoming. Ennis Del Mar et Jack Twist, cow-boys, nomades du désert américain, saisonniers des ranchs, n’ont pas vingt ans.

Ils se croisent le temps d’un été. La rencontre est fulgurante. Ni le temps, ni l’espace, ni les non-dits, ni la société n’auront raison de cet amour – que seule brisera la mort.

Le récit déchirant d’une passion, au cœur des grands espaces américains, ces somptueuses solitudes dont Annie Proulx est sans conteste l’écrivain le plus inspiré dans la littérature américaine contemporaine.

Pour Ang Lee, réalisateur du film adapté du livre, Le secret de Brokeback Mountain qui a obtenu le Lion d’or 2005 à la Mostra de Venise, c’est « une grande histoire d’amour, une complicité totale et honnête entre deux êtres ».

Critique :
Lorsque j’avais vu le film, il y a un sacré bout de temps, j’avais trouvé que c’était une belle histoire d’amour entre deux hommes.

Deux hommes qui ne peuvent vivre ensemble, parce que dans les années 80, on tabasse les homosexuels à coup de démonte pneu…

La discrétion est donc de mise lorsque deux hommes ressentent des penchants l’un pour l’autre et veulent les assouvir.

Pourtant, dans ce court roman, j’ai dû chercher les émotions, l’amour, tant ça ressemblait plus à du sexe entre deux mecs qui se disent l’un à l’autre qu’ils ne sont pas des pédés.

Effectivement, le terme est barbare, mais les gars, faut pas vous leurrer, vous êtes attiré l’un par l’autre et si au départ il n’y avait que du cul entre vous (et de la bite), on dirait bien qu’ensuite, l’amour s’est déclaré, mais que vous ne vouliez pas vous l’avouer.

Rien à déclarer, messieurs ? Si, moi Jack Twist, j’ai aimé Ennis Del Mar, même si je me suis marié et que j’ai un enfant. Ne pas le voir aussi souvent que j’aurais voulu me détruisait à petit feu. Sans doute n’a-t-il jamais compris à quel point je l’aimais…

Quant à moi, Ennis Del Mar, je ne veux pas le dire, mais Jack m’a manqué durant les 4 années où je ne l’ai pas revu et malgré mon mariage, mes deux gamines que j’aimais plus que tout, je n’ai pas hésité à les abandonner sans trop de remords, mais je n’ai jamais osé avouer à Jack mon amour pour lui. Il aurait dû lire entre les lignes, comme vous, chères lectrices.

Effectivement, il faut lire entre les lignes pour voir l’histoire d’amour derrière celle du sexe brutal. Il faut se mettre dans leur peau, dans leur tête, dans l’époque afin de ressentir la peur que pouvait éprouver les hommes qui étaient homosexuels.

Cela permet aussi de comprendre leur mensonge, leur non-dits, leur virilité affichée, leur déni, leur cachoterie et leur mariage, afin de montrer à tout le monde qu’ils étaient « normaux » (attention, je ne dis pas que l’homosexualité est anormale, je parle de la vision que la majorité des gens avaient de l’homosexualité, à cette époque-là).

Maintenant, dans nos sociétés, dans nos pays, il est plus facile de vivre avec une personne du même sexe que vous qu’ailleurs, à d’autres époques. Il est donc facile de les traiter de couards, de dire qu’Ennis a manqué de courage en ne voulant pas s’installer dans un ranch avec Jack, mais en fait, il avait tout simplement trop à perdre. Ne jugeons pas.

Les dialogues entre nos deux hommes sont comme eux, assez bruts, des phrases courtes, avec peu de mots, peu d’adverbes, bref, limités au strict minimum, ce qui donne parfois l’impression d’être avec des cow-boys bouseux de chez bouseux. C’est assez âpre.

De plus, dans le film, nos deux hommes sont sexy, dans la nouvelle, ils puent, ont les jambes arquées, les dents de travers, bref, ils sont plus réalistes mais moins glamour.

Malgré tout, le film est plus émouvant que le roman et, pour une fois, j’ose dire que l’adaptation est mieux réussie que le support littéraire (ce qui est très rare).

Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 94 pages) et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

L’été où tout a fondu : Tiffany McDaniel

Titre : L’été où tout a fondu

Auteur : Tiffany McDaniel
Édition : Gallmeister (18/08/20222)
Édition Originale : The summer that melted everything (2016)
Traduction : François Happe

Résumé :
État de l’Ohio, dans les années 80 : le procureur Autopsy Bliss invite le diable dans sa petite ville de Breathed.

Ce n’est pas un démon rouge et cornu comme dans l’imagerie populaire qui répond à cette invitation, mais Sal, un jeune garçon noir aux étranges yeux verts. La famille Bliss, qui le pense échappé d’une ferme voisine, l’accueille chez elle.

Le temps d’un été, Sal partage donc la vie de Fielding, de son grand frère Grand, parfaite incarnation de l’idéal américain, de sa mère, qui craint trop la pluie pour s’aventurer dehors, de l’irascible tante Fedelia et de la vieille chienne Granny.

Mais sous ses airs de poète, le jeune homme semble semer l’agitation partout où il va.

Canicule sans pareille, événements inquiétants et accidents suspects viennent attiser le climat de discrimination et de ferveur religieuse qui règne sur cet État du Midwest – jusqu’à ce que la suspicion, le fanatisme et la mort s’emparent peu à peu de la ville…

Critique :
« Betty » avait été un coup de foudre monumental, c’est donc à pas prudents que je me suis engagée dans la lecture de son premier roman, redoutant de ne pas y trouver un autre coup de cœur.

Oubliez Betty, ce roman est diamétralement différent, ce qui ne change pas, c’est la patte de l’autrice, son talent pour faire vivre des personnages, pour les placer dans une suite de drames et happer le lecteur/trice au bout de quelques lignes.

Autopsy Bliss (un procès à ses parents pour l’avoir affublé d’un tel prénom) a eu envie d’inviter le diable dans la petite ville de Breathed. Peu de temps après son annonce, arrive un jeune gamin Noir, portant une salopette sale et se présentant comme le diable…

Nous sommes en 1984 et l’année à toute son importance. Les gens sont-ils si crédules que ça, en 1984 ? Il faut le croire. Ou alors, tout simplement, les gens aiment désigner un ou plusieurs boucs émissaires afin de se disculper, de trouver des réponses, des coupables ? Sans doute un mélange de tout ça…

Tant et si bien qu’après avoir rigolé devant le jeune Sal affirmant qu’il est le diable, les gens crédules ont changé leur fusil d’épaule une fois qu’un drame est survenu, même si Sal n’en était pas responsable. Après, ce sera l’escalade.

Fielding, le plus jeune fils de Autopsy Bliss, devenu pote avec Sal, nous racontera tout ça. Fielding est un jeune gamin que j’ai apprécié, son personnage était juste, réaliste. Sa mère était bizarre, mais cela a ajouté du charme à cette famille non conventionnelle.

Par contre, j’aurais aimé que Sal nous parle encore plus, qu’il nous raconte encore plus d’histoires, qu’il ne s’arrête pas de parler, tellement je buvais littéralement ses paroles. Il fera partie des personnages marquants, de ceux que l’on n’oublie pas, même avec Alzheimer.

De Sal, on ne saura pas grand-chose d’autre, hormis qu’il a de magnifiques yeux verts : soit on entre dans le jeu et on acquiesce au fait qu’il soit le diable (sans cornes ou pieds fourchus), soit on reste cartésien, on le prend pour un gamin banal qui se prend pour ce qu’il n’est pas. Mais à chaque fois qu’il prendra la parole, on saura qu’il n’est pas un enfant banal, que quelque part, il a été touché par la grâce.

C’est un peu comme le tigre Hobbes (Calvin & Hobbes) dont on ne sait s’il est une peluche ou un vrai tigre parlant, chacun se faisant son idée, sans pour autant que cela pose un problème de réalisme dans le récit.

Ce roman abordera plusieurs sujets de société, tels que le racisme, l’homophobie, la crédulité des gens, l’effet de meute, sans jamais vraiment aller au fond des choses. D’habitude, cela m’agace, mais pas ici.

L’autrice réussi, en peu de mot, à en dire beaucoup, à nous faire comprendre toute l’ampleur de ces horreurs, en les mettant en scène dans la petite ville accablée de chaleur qu’est Breathed. Pas besoin d’en faire plus, tout est dit. C’est violent, dramatique, horrible. Ou comment dénoncer le racisme crasse et l’intolérance…

En alternance avec le récit de 1984, nous aurons celui de Fielding, devenu adulte, puis vieux, toujours marqué par les événements de 1984. Le récit s’inscrivait parfaitement dans la continuité et il apportait beaucoup d’émotions au récit de notre gamin de 1984, nous éclairant sur ce qu’il advint de sa famille après cet été plus que caniculaire où les esprits se sont échauffés.

Deux romans puissants, voilà ce que Tiffany McDaniel a dans son stock. Deux romans différents, sans aucun rapport entre eux, si ce n’est la plume et la dénonciation du racisme et des intolérances, sous toute ses formes (pas au lactose ou au gluten). Sans oublier le droit à la rédemption, au pardon, à obtenir une seconde chance…

Ce premier roman possédait déjà des personnages marquants, forts, profonds et un récit où l’on sent venir le drame, où l’on sent venir l’horreur et où l’on est impuissant à l’empêcher.

Des émotions, je m’en suis prise dans la gueule, dans les tripes et le passage avec le décès d’un enfant m’a fait un mal de chien, tant il était criant de vérité, de justesse. Pas de pathos, mais énormément de tristesse ressentie.

Le final était grandiose, horrible, terrible… Une histoire du Bien contre le Mal où les valeurs sont inversés. Un récit d’un drame annoncé. Un récit coup de poing et coup de cœur à la fois.

Je ne suis pas le maître de l’enfer. Je ne suis que sa première et sa plus célèbre victime.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°39] et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

 

Poumon vert : Ian R. MacLeod

Titre : Poumon vert

Auteur : Ian R. MacLeod
Édition : Le Bélial’Une Heure Lumière (21/04/2017)
Édition Originale : Breathmoss (2002)
Traduction : Michelle Charrier

Résumé :
Lors de sa douzième année standard, pendant la saison des Pluies Douces habarienne, Jalila quitte les hautes plaines de Tabuthal.

Un voyage sans retour — le premier. Elle et ses trois mères s’installent à Al Janb, une ville côtière bien différente des terres hautes qui ont vu grandir la jeune fille.

Jalila doute du bien-fondé de son déménagement. Ici, tout est étrange. Il y a d’abord ces vaisseaux, qui percent le ciel tels des missiles. Et puis ces créatures d’outre-monde inquiétantes, qu’on rencontre parfois dans les rues bondées.

Et enfin, surtout, la plus étrange des choses étranges, cet homme croisé par le plus pur des hasards — oui, un… mâle. Une révélation qui ne signifie qu’une chose : Jalila va devoir grandir, et vite ; jusqu’à percer à jour le plus extraordinaire secret des Dix Mille et Un Mondes…

Critique :
De temps en temps, je sors de mes sentiers battus et je m’en vais explorer d’autres Mondes, d’autres Univers, qu’ils soient au sens premier du terme ou tout simplement littéraires.

La collection Le Bélial est géniale puisqu’elle me permet de m’encanailler dans de la SF, sans pour autant entamer des sagas sans fins ou des très longues que l’on n’a jamais le temps de finir (ou alors, on met des années à tout lire).

Puisque l’auteur était anglais, cela tombait bien avec le Mois Anglais. Après mon échec de lecture de « Sur la route d’Aldébaran », je me suis remise de suite en selle avec une autre novella de cette maison d’édition.

Bardaf, je suis retombée !

Pourquoi ? Déjà, l’auteur invente des mots, parlant d’objets qui existent sur ce monde, mais sans les expliquer. À vous de faire bosser votre imagination pour tenter de savoir ce que c’est et à quoi ça sert (tentexplo, haremlek, tariqa, hayawans, qasr,…).

Je n’ai rien contre le fait de faire bosser mes petites cellules grises, mais si je me plante dans mon interprétation de ces mots, ça la fout mal, non ?

Dommage, parce que ce monde était intéressant à explorer. Imaginez un monde uniquement peuplé de femmes, la violence abolie, où les hommes sont plus que minoritaires et qu’on suspecte toujours d’être violents.

Non pas que je sois en accord avec ces préjugés, mais j’étais curieuse de lire ce que l’auteur allait inventer, développer, mettre en lumière. La société développée a des airs orientales, certains mots ou phrase m’ont fait penser à des bien connues, pour peu que l’on ait quelques notions culturelles.

Hélas, je me suis perdue dans ce monde, dans les personnages, dont aucun ne m’a vraiment touché.

J’ai juste été intriguée par sa rencontre de Jalila (personnage principal) avec Kalal, le premier garçon qu’elle croise sur cette planète où les hommes sont archi minoritaire (même Greenpeace ne pourrait plus rien pour cette espèce en voie d’extinction).

Sinon, aucun autre moment de la vie de Jalila, qui vit avec ses trois mères, ne m’a emballé, emporté.

Pire, j’ai même une impression fugace que le tout manquait de cohérence, de liant, et je me suis grave emmerdée durant ma lecture (mais je n’ai pas sauté de pages, sauf si je me suis endormie et que je n’ai rien remarqué en reprenant ensuite la lecture de la novella).

Peu de description de la ville, du monde dans lequel ces femmes vivent… Tout est évasif (oui, je sais, 144 pages, c’est peu), je ne me suis accrochée à rien et si je suis allée jusqu’au bout de cette lecture, c’est justement parce qu’elle était courte.

La seule chose que j’ai apprécié, ce sont les petits piques de l’auteur sur ce monde non mixte, composé à 99 % de femmes. Ce n’est pas un monde meilleur qu’un mixte, que du contraire. On pense avoir aboli les vieux travers, mais chassez le naturel…

Un rendez-vous manqué de plus, ce n’est pas la fin du monde, je vais passer à autre chose et oublier ces deux novellas avec lesquelles ne n’ai pas accroché (mais je n’ai pas dis mon dernier mot, je reviendrai vers les novellas de chez Le Bélial).

#MoisAnglais2022

Le Mois Anglais – Juin 2022 (Chez Titine et My Lou Book).

Un bref instant de splendeur : Ocean Vuong

Titre : Un bref instant de splendeur

Auteur : Ocean Vuong
Édition : Gallimard – Du monde entier (07/01/2021)
Édition Originale : On earth we’re briefly gorgeous (2019)
Traduction : Marguerite Capelle

Résumé :
« Un bref instant de splendeur » se présente sous la forme d’une lettre qu’un fils adresse à sa mère qui ne la lira jamais.

Fille d’un soldat américain et d’une paysanne vietnamienne, elle est analphabète, parle à peine anglais et travaille dans un salon de manucure aux États-Unis. Elle est le pur produit d’une guerre oubliée.

Son fils, dont la peau est trop claire pour un Vietnamien mais pas assez pour un Américain, entreprend de retracer leur histoire familiale : la schizophrénie de sa grand-mère traumatisée par les bombes ennemies au Vietnam, les poings durs de sa mère contre son corps d’enfant, son premier amour marqué d’un sceau funeste, sa découverte du désir, de son homosexualité et du pouvoir rédempteur de l’écriture.

Critique :
Ce roman m’avait attiré avec sa belle couverture, son titre beau et énigmatique, son résumé et en plus, il avait recommandé dans l’émission de « La Grande Librairie » (dans la partie des libraires).

Un fils écrit une lettre à sa mère, lettre qu’il lui sera impossible de lire puisqu’elle est analphabète et ne comprend que le Vietnamien.

Le narrateur ne lui cachera pas grand-chose et on se dit qu’heureusement qu’elle ne lira jamais cette lettre dans laquelle son fils parle, entre autre, des coups qu’il a reçu de sa mère.

Je ne sais pas ce que la mère aurait pensé de la lettre de son fils, si elle avait su la lire, mais moi, je me suis ramassée une pelle dans la gueule, et pas dans le bon sens du terme.

Le récit est assez décousu, passant souvent du coq à l’âne. Bon, lors de nos conversations en famille ou entre amis, on saute aussi souvent sur tous les sujets, on divague, on s’éloigne du point de départ, mais si à l’oral, ça marche, à l’écrit, c’est plus confus.

Sans problèmes, j’ai réussi à m’en sortir avec ses digressions, à dérouler le fil de l’histoire, à identifier les membres de sa famille et à comprendre que lorsqu’il parlait du garçon, c’était de lui qu’il parlait, se mettant en scène à la troisième personne du singulier, sans doute pour prendre plus de distance avec le récit, vu que ce qu’il lui arrivait était assez violent…

J’ai apprécié les sujets abordés, assez disparates mais formant un tout cohérent avec le personnage principal : l’exil aux États-Unis, la guerre du Vietnam, le métissage, les syndromes post-traumatiques, l’homosexualité, la difficulté de trouver une place dans la société américaine, les brimades à l’école, te dur travail de sa mère pour s’en sortir, les drogues, le racisme des Blancs envers les plus basanés et celui des Vietnamiens envers les métissés, ceux qui sont trop Blancs pour eux.

Le racisme n’est pas l’apanage de l’Homme Blanc, la connerie existe partout et l’Humain ramène tout à une histoire de couleur de peau ou de race. On le ressent bien dans ce récit, avec la mère du narrateur, fille d’une Vietnamienne et d’un soldat américain.

Le racisme ambiant, qu’il soit au Vietnam ou aux États-Unis est très bien décrit, magnifiquement rendu. Avec peu de mots, peu de situation, l’auteur arrive à nous faire comprendre toute l’imbécilité des gens, quelque soit leur couleur de peau, leurs origines.

La chose qui m’a le plus cruellement manqué, dans ce récit qui avait tout pour me plaire, ce sont les émotions ! Une fois de plus, j’ai eu l’impression qu’elles étaient aux abonnés absents : là où certains passages auraient dû me mettre le cœur en vrac, il ne s’est rien passé, comme si l’écriture n’avait pas su rendre les émotions palpables.

Le manque de dialogues m’a manqué aussi, cela a sans doute contribué à cette impression d’écriture froide. L’auteur a sans doute mis ses tripes dans son roman, mais à aucun moment je ne l’ai ressenti.

Une fois de plus, c’est un rendez-vous manqué avec un roman qui a été salué et encensé par la critique… Si j’ai réussi à tenir le coup durant toute la moitié du roman, la seconde partie fut survolée tant je n’arrivais plus à m’accrocher au récit et à la plume de l’auteur.

Malgré des portraits forts dans ses personnages, malgré un récit qui avait tout pour me plaire, j’ai battu la campagne pendant les 130 dernières pages et me suis enlisée dans la fin du récit, alors que j’avais réussi à apprécier un peu le début du roman.

 

Loveday & Ryder – Tome 4 – Le secret de Briar’s Hall : Faith Martin [LC avec Bianca]

Titre : Loveday & Ryder – 04 – Le secret de Briar’s Hall

Auteur : Faith Martin
Édition : HarperCollins Noir (02/06/2021)
Édition Originale : A Fatal Secret (2020)
Traduction : Hanna Chahchoub et Alexandra Herscovici-Schiller

Résumé :
Oxford, Pâques 1961.
A Briar’s Hall, propriété de la famille de Lacey, une chasse aux œufs est organisée pour les enfants du village.

Eddie, 11 ans, disparaît. Son corps est retrouvé dans un puits. Si l’enquête du coroner conclut à un accident tragique, le Dr Clement Ryder, médecin légiste, a des doutes.

Lorsque Martin de Lacey, le propriétaire du manoir, vient lui faire part du souhait du père de l’enfant de relancer l’enquête, Clement obtient de la police locale que Trudy Loveday soit affectée à l’affaire.

C’est tout le petit monde de Briar’s Hall et de la famille de Lacey qu’il faudra étudier de près…

Critique :
Que ça fait du bien de retrouver mes Sherlock Holmes & John Watson en version Dr Clement Ryder & Trudy Loveday.

Attention, Holmes reste en tête du classement des meilleurs détectives et dira même, ironiquement, que Ryder n’a pas observé !

Quant à Poirot, il lui rétorquerait que s’il avait utilisé ses petites cellules grises, il aurait trouvé la solution de ce meurtre crapuleux…

Balancer un gamin de 11 ans dans un puits après lui avoir brisé la nuque, c’est crapuleux. Mais, est-ce bien un crime ou tout simplement un accident dû à de la négligence ??

Une fois de plus, Faith Martin va disséquer la société oxfordienne de 1961, celle où les femmes avaient juste le droit de se taire, de faire des gosses, de cuisiner et de s’occuper de leurs maris (dans l’ordre que vous voulez).

Ce cosy-mystery n’est pas fait pour les lecteurs qui souhaitent du trépidant car il ne se passe pas grand-chose durant cette enquête, si ce n’est des secrets de famille qui ne sentent pas bon en 1961… C’était il y a 60 ans et pourtant, quels progrès avons-nous fait depuis ?! Beaucoup et peu, en même temps.

Une fois de plus, j’ai pris plaisir à suivre ce duo d’enquêteurs atypiques dont on sent l’amitié naissante, le respect l’un pour l’autre, malgré les petits secrets que l’un cache à l’autre, et vice-versa. Il est difficile pour un homme d’âge mûr d’avouer sa maladie et il est difficile pour une jeune fille de parler de sa dispute avec ses parents.

Entrant par la grande porte dans une famille anglaise traditionnelle, nos deux amis auront bien du mal à ne pas se faire refouler par le dragon qui garde la porte et aurait préféré qu’ils passent par la porte de service, comme du temps de la reine Victoria. Dragon qui veille sur la famille et sur ses petits secrets.

L’enquête policière n’est pas trépidante, mais je ne me suis pas ennuyée à la suivre, dévorant ce 4ème épisode avec le même appétit que d’habitude tant j’apprécie découvrir la vie des années 60 en Angleterre (même si nous étions sans droit, nous les femmes), qu’elle soit du côté des prolétaires que des nantis.

Pour une fois, Loveday & Ryder n’ont pas été plus perspicaces que moi et ça me soulage, parce que moi non plus je n’avais rien vu venir !

Sans révolutionner le monde du polar, sans révolutionner les romans sociétaux, sans approfondir un sujet de société important (dont j’aurais aimé en apprendre plus), ce polar reste dans la lignée des premiers : un duo qui marche, qui évolue, des enquêtes lentes sans être ennuyantes, une immersion dans la société d’Oxford, des petits mystères ajoutés au récit.

Le genre de policier à lire sans prise de tête, l’esprit délivré de toute contrainte, les doigts de pieds en éventail et un mojito à côté de vous (ou tout autre boisson). C’est une lecture détente, sans pour autant qu’elle soit simpliste ou neuneu.

Une LC réussie, cette fois-ci, avec ma copinaute Bianca. Son avis rejoint le mien.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°19] et Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°72].

Peau d’Homme : Hubert et Zanzim

Titre : Peau d’Homme

Scénariste : Hubert
Dessinateur : Zanzim

Édition : Glénat 1000 feuilles (22/04/2020)

Résumé :
Dans l’Italie de la Renaissance, Bianca, demoiselle de bonne famille, est en âge de se marier. Ses parents lui trouvent un fiancé à leur goût : Giovanni, un riche marchand, jeune et plaisant.

Le mariage semble devoir se dérouler sous les meilleurs auspices même si Bianca ne peut cacher sa déception de devoir épouser un homme dont elle ignore tout.

Mais c’était sans connaître le secret détenu et légué par les femmes de sa famille depuis des générations : une « peau d’homme » ! En la revêtant, Bianca devient Lorenzo et bénéficie de tous les attributs d’un jeune homme à la beauté stupéfiante.

Elle peut désormais visiter incognito le monde des hommes et apprendre à connaître son fiancé dans son milieu naturel. Mais dans sa peau d’homme, Bianca s’affranchit des limites imposées aux femmes et découvre l’amour et la sexualité.

Critique :
Je ne ferai pas dans la dentelle : voilà une bédé intelligente qui traite de la condition de la femme et de l’homosexualité de manière très sensible, avec élégance et beaucoup de finesse.

Cette histoire, c’est une véritable satire sociale qui, à l’aide du fantastique, met en avant les inégalités hommes/femmes durant la Renaissance, en Italie (cela aurait pu être ailleurs).

La religion, très présente dont le prêtre fanatique accuse les femmes d’être des succubes, des démons, des filles de joie, faciles, bref, on est des putes.

Quant à ce qu’Angelo, le prêtre blond (et frère de Bianca) pense de l’homosexualité, ce n’est pas mieux, pour lui, c’est Sodome et Gommhore et il ne souhaiterait qu’une seule chose, c’est que les flammes de l’enfer (ou divines) s’abattent sur ceux qui s’ébattent.

Bianca est un personnage que j’ai adopté d’emblée. Elle a du caractère, des pensées assez libertaires pour l’époque (mais pas anachroniques) et, en passant la peau d’homme, va comprendre que l’hypocrisie est de mise dans cette société où les amours homosexuels sont tolérés tant que ça reste pour l’amusement, puisque les filles sont sous bonne garde.

Si vos amis vilipendent les homosexuels ou font des plaisanteries égrillardes sur votre future épouse, vous ne les détrompez pas, vous hurlez avec la meute de peur qu’elle ne se détourne de vous. L’amour que vous éprouvez pour un homme doit être tu.

Les auteurs mettent bien en avant ce déséquilibre entre les droits des femmes et celui des hommes qui eux,, peuvent forniquer partout, à couilles rabattues, même, tandis qu’une femme sera punie si elle prend un amant. Lui sera un séducteur qui a des besoins et elle, une trainée, une Jézabel, une prostituée.

Je ne vous en dirai pas plus, juste qu’il faut lire cette bédé car on est dans le haut du panier, le très très haut du panier.

Les sujets traités sont toujours d’actualité (féminisme, droits humains, religions, homosexualité, émancipation), les gens sont toujours intolérants (et je ne parle pas d’intolérance au lactose ou au gluten), on n’a pas encore mis au point un vaccin pour leur ouvrir un peu l’esprit à la tolérance (ou du moins pour qu’ils foutent la paix aux autres).

Pas de manichéisme dans ce récit, les auteurs nous démontrent bien que les fanatiques commencent avec les minorités avant de s’attaquer à tout le monde. Tant que l’on est pas dans l’œil du viseur, on se moque de ce qui peut arriver aux autres, mais une fois que l’on est touché, alors on crie à l’injustice…

Bianca a beaucoup de courage, aller à contre-courant est toujours dangereux, on se retrouve souvent seul(e), les risques pris sont grands et la mise au bon de la société pend toujours au nez de ceux ou celles qui ont osé s’insurger contre le manque de droits pour les femmes ou les minorités.

La crasse est toujours dans l’œil qui regarde…

Une bédé engagée, intelligente et qui n’a pas oublié la pointe d’humour pour assaisonner le tout.

Lëd : Caryl Férey

Titre : Lëd

Auteur : Caryl Férey
Édition : Les arènes Equinox (14/01/2021)

Résumé :
Norilsk est la ville de Sibérie la plus au nord et la plus polluée au monde. Dans cet univers dantesque où les aurores boréales se succèdent, les températures peuvent descendre sous les 60°C.

Au lendemain d’un ouragan arctique, le cadavre d’un éleveur de rennes émerge des décombres d’un toit d’immeuble, arraché par les éléments. Boris, flic flegmatique banni d’Irkoutsk, est chargé de l’affaire.

Dans cette prison à ciel ouvert, il découvre une jeunesse qui s’épuise à la mine, s’invente des échappatoires, s’évade et aime au mépris du danger. Parce qu’à Norilsk, où la corruption est partout, chacun se surveille.

Et la menace rôde tandis que Boris s’entête…

Critique :
L’agence de voyage Caryl Férey est spécialisée dans les voyages de l’extrême.

Avec elle, c’est Voyage En Terre Inconnue et non Échappées Belles dans un joli département de France.

Comme l’agence Ian Manook, elle vous emporte à la rencontre d’autres peuples, d’autres cultures méconnues, dans des régions où vous n’irez sans doute jamais en vacances. L’auteur, lui, avant d’écrire son roman, l’a visitée avant vous, prenant les risques pour vous.

Norilsk est en Sibérie, au bout du monde, là où s’échouent les gens qu’on ne veut plus voir, que l’on veut punir, que l’on veut exiler ou bien les travailleurs de l’extrême, pénétrant dans la mine de nickel pour en extraire ce précieux métal, au mépris de toutes les règles de sécurité. Norilsk, qui avait était Norillag, un camp du Goulag…

Business is business et la main-d’œuvre est corvéable à merci, n’ayant pas plus de prix pour les patrons, les actionnaires qu’une crotte sur le trottoir. Ici, les conditions humaines sont en dessus de tout et les conditions climatiques totalement extrêmes.

Comme souvent, dans les romans de Caryl Férey, les meurtres ne sont là que pour parler d’un pays, d’une culture, de ses habitants, pour dénoncer des exactions politiques, des mafias, des gangs, des citoyens lambda…

Le système Russe n’en sort pas grandi, mais l’auteur ne fait que dénoncer ce qui est vrai, sans fioritures, décrivant ce peuple slave qui a souffert, qui souffre toujours, qui a une capacité de résilience énorme, qui a morflé durant des siècles, qui morfle encore, dont les dirigeants successifs, certains étant des dictateurs fous, ont commis des horreurs et où celui qui est assis sur le trône en commet toujours, n’ayant aucune considération pour les droits des femmes, des homosexuels, des minorités ethniques, des étrangers.

Ce polar à lire sous une tonne de polaire vu la température (-64° durant les premières pages) ne possède pas une intrigue tarabiscotée, ni de résolution finale à la Agatha Christie, mais une ligne claire, facilement compréhensible.

Sous cette simplicité apparente, il y a du travail de documentation phénoménal, des décors grandeur nature, des personnages marquants, cassés par la vie, cherchant juste à survivre dans cette ville plus polluée que nos pays en entier.

Je me suis attachée à Boris, le flic bourru, à Sacha qui pratique le béhourd et joue au mineur la semaine, à Gleb, artificier dans la mine, homosexuel cachant sa liaison avec le beau Nikita, mineur de fond aussi. J’ai aimé Dasha, jeune fille cherchant le passé de sa babouchka…

Lëd est un polar noir, dur, violent, brut de décoffrage mais possédant une certaine poésie dans ses personnages, cabossés, vivant dans un lieu qui n’accorde aucun répit, autant la Nature que la pollution extrême qui y règne, bossant pour une société pour qui vous n’êtes rien, dans un monde où la corruption est un sport national, obligatoire pour survivre ou juste pour s’enrichir sur le dos des plus faibles que vous.

Un roman noir de l’extrême où les crimes mystérieux ne servent qu’à dénoncer les systèmes pourris du pays, la corruption, le stalinisme, le communisme, les goulags, les mines de nickel, la pollution, la minorité des Nenets qui disparaît lentement mais sûrement, le racisme, l’homophobie (là-bas, on en meurt), la virilité poussé à son paroxysme par une société qui veut des hommes, des vrais, les horreurs de l’Histoire,…

Un superbe roman, une fois de plus. J’ai peur du suivant car je me demande dans quel pays, société, culture, l’auteur va nous emmener.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°2XX] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°46].

La Brodeuse de Winchester : Tracy Chevalier [LC avec Bianca]

Titre : La Brodeuse de Winchester

Auteur : Tracy Chevalier
Édition : La Table ronde Quai voltaire (25/06/2020)
Édition Originale : A Single Thread (2019)
Traduction : Anouk Neuhoff

Résumé :
1932. Violet Speedwell est l’une de ces millions de femmes anglaises restées célibataires depuis que la Première Guerre mondiale a décimé toute une génération de fiancés potentiels.

Méprisées dans les journaux, tolérées par les familles malgré une condescendance exaspérée, elles vivent à une époque où les attentes de la société quant à l’avenir des femmes sont des plus rigides.

Des attentes que Violet est sur le point de faire voler en éclats. En quittant Southampton et sa mère acariâtre pour s’installer à Winchester, où elle continue de travailler comme dactylo pour une compagnie d’assurances, elle espérait trouver de nouveaux amis, une nouvelle vie.

En s’arrêtant dans la cathédrale un jour qu’elle est partie acheter un ruban de machine à écrire, elle découvre un cercle de brodeuses occupées à confectionner des coussins et agenouilloirs.

Violet, qui n’était pas particulièrement douée pour la couture, y trouvera l’amitié, le soutien et la créativité capables de rivaliser avec le dédain et les préjugés.

En toile de fond, la montée du fascisme sur le continent : Hitler arrive au pouvoir en Allemagne…

Dans ce monde encore hostile aux femmes, Violet n’a d’autre choix que de s’affirmer. Son histoire s’inspire de celle de Louisa Pesel, la fondatrice du cercle des Brodeuses de la cathédrale de Winchester.

Critique :
La brodeuse de Winchester est un écheveau qui entremêle plusieurs points de croix et dont le dessin final est de montrer un portrait de la femme anglaise en 1932.

À cause de la Grande Boucherie de 14/18 et de tous ces hommes tombés dans les tranchées (et ailleurs), il y a un excédent de 2 millions de femmes célibataires en Angleterre.

Condamnées à rester vieilles filles suite aux décès de leurs fiancés ou à cause de la pénurie de mâles, elles sont sujettes aux railleries de la population en général et même des autres femmes mariées, à cause de leur statut de célibataires.

Pourtant, elles ne sont pas coupables, ce n’est même pas un choix qu’elles ont fait délibérément, juste une offre d’hommes qui est plus petite que la demande faite par les femmes.

Mais comme toujours, la société se pose en juge intransigeant et les regarde de haut, sans savoir que dans moins de 8 ans, on repartira au front contre les mêmes.

Comme toujours, il est plus facile de fustiger ce qui se trouve sous nos yeux que les vrais coupables de la boucherie que fut la Première Guerre Mondiale… Comme à cette époque, le seul statut de la femme accepté, c’est celui de son mariage et pas son travail, les femmes excédentaires (terrible adjectif) sont mal vues.

De ce point de vue là, c’est un beau portrait des droits des femmes que ce livre nous brode (façon de parler, bien entendu). Les femmes ont peu de droits, hormis celui de fermer sa gueule et de retourner en cuisine.

Heureusement qu’il y avait ces passages sur la place de la femme dans la société anglaise en 1932 (filles-mère et homosexualité féminine comprise), parce que sinon, je ne me serais endormie sur mon ouvrage tant le récit est lent et qu’il ne se passe pas vraiment grand-chose…

C’était ma première fois avec cette auteure et j’ai appris ensuite que ses romans étaient tous sur le même rythme. J’avais lu les multiples coups de cœur des copinautes de la blogo et ce roman me faisait vraiment envie, mais hélas, je vais une fois de plus ramer à contre-courant, ce qui me fait enrager car je préfère ressentir des émotions fortes plutôt que l’ennui durant une lecture.

Une partie du problème est venu du personnage principal, Violet, dont j’ai eu souvent envie de secouer ou de lui crier d’envoyer balader sa mère acariâtre, castratrice, et chiante au possible à force de se lamenter sur tout comme si elle était la seule à souffrir, à avoir de la peine.

Mes préférences sont allée à l’excellente Louisa Pesel, personnage ayant réellement existé, qui à elle seule porte une partie du roman car même moi j’aurais eu envie d’aller broder sous son patronage et à Gilda, l’amie que Violet va se faire à la broderie.

Si je suis passée à côté d’une partie de cette lecture, le fait n’est pas imputable au récit car jamais l’auteure ne sombre dans le neuneu ou le gnangnan à la guimauve. Elle reste profondément réaliste et certains dialogues où les hommes se font rabattre le claquet de manière courtoise mais ferme sont des bonbons qui explosent dans la bouche et nous font sourire.

La montée du nazisme est dans le toile de fond de l’ouvrage, les personnages se posent des questions sans savoir où l’arrivée d’Hitler va les mener, même si certains craignent qu’on reparte comme en 14…

Le sujet du nazisme n’est pas le plus important dans le récit qui repose avant tout sur la place de la femme en général dans la société de 1932 et sur celle des femmes célibataires sans l’avoir désiré.

Bianca a apprécié sa lecture et si vous voulez lire son avis, vous le trouverez dans le lien de son nom, ainsi vous pourrez avoir deux avis sur le même roman.

Gardez bien à l’esprit que l’écrasante majorité des chroniques sont positives envers ce roman. J’aurais aimé en faire partie aussi.

Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°06] et Le challenge « British Mysteries 2021 » chez MyLouBook.

Un chocolatier pour Noël : Hope Tiefenbrunner

Titre : Un chocolatier pour Noël

Auteur : Hope Tiefenbrunner
Édition : MxM Bookmark Essential (28/10/2020)

Résumé :
La magie de Noël.

David n’y croit pas, pas plus qu’il ne croit qu’il pourrait se passer quelque chose entre lui et Nathan, qui travaille dans sa chocolaterie. Autant espérer croiser un lutin ! Après tout, Nathan est en couple et ne sort qu’avec des top models, pas vraiment la catégorie dans laquelle concourt David.

Lorsque Séraphine, sa meilleure amie, l’incite à écrire Nathan sur sa liste de Noël, David ne le fait que pour l’humour. Tout le monde sait que le père Noël n’existe pas et qu’il ne dépose pas les cadeaux au pied du sapin, même quand on a été très sage !

La magie de Noël n’existe pas. Mais ça… c’est lui qui le dit !

Critique :
En voyant une telle lecture chez moi, vous devez penser que c’est un poisson d’Avril en avance (ou en retard) ou pire, que je suis devenue zinzin, qu’il faut appeler les blouses blanches de l’HP !

Ou que j’ai fumé les poils du chat additionné d’herbe de Provence, le tout roulé dans un tapis Ikéa.

Je vous rassure de suite, rien de ça ! L’année 2020 se terminant, j’avais envie de légèreté pour la terminer et mon choix s’est porté sur une romance joyeuse.

Enfin, une romance gaie… Gay ! Ben oui, pourquoi pas après tout puisque ma copinaute Sharon l’a lu et en a parlé en bien. Désolée, mais je ne voulais pas du neuneu non plus (oups, je sens le jeux de mots foireux que je n’ai pas voulu faire).

Qui dit romance dit final couru d’avance mais je m’en fichais parce que l’auteure a tout de même soigné ses personnages, les a rendu sympathiques, agréables à suivre, profonds et j’aurais eu envie d’aller bosser avec eu dans la chocolaterie (sans Charlie) et de ressentir cette belle ambiance de travail quasi familiale.

Par contre, l’auteure semble s’être assise sur la législation du travail car ses personnages bossent 7/7, même le jour de Noël ! Qu’un indépendant bosse non stop, c’est courant, j’en connais plein (soit ils triment pour s’en sortir, soit ils adorent leur job), mais on ne peut pas imposer ça à ses employés sans qu’il y ait des jours de récup ! Eux, ils font les 70 heures semaine au lieu des 35…

C’est décidé, je vais envoyer l’inspection du travail faire une descente dans cet atelier afin de vérifier tout ça. Comme j’ai tout vu, j’ira avec et j’en profiterai aussi pour piquer des chocolats de la main gauche pendant que la droite testera la fermeté des fesses de Nathan dont on dit qu’elles sont à tomber ! #BalanceTaCochonne (mdr).

Nathan se retourna, se mit sur la pointe des pieds et David eut toutes les peines du monde à se concentrer sur autre chose que les fesses qui étaient de nouveau à quelques centimètres de son visage. Cela lui donnait des idées parfaitement déplacées.

Hormis ce point d’achoppement sur les heures et jours de travail, je ne me plaindrais de rien d’autre. J’ai passé un bon moment de lecture, sans prise de tête, avec un sourire béat.

Sans révolutionner le genre de la romance, l’auteure a réussi à me tenir en haleine alors que la scène d’ouverture m’avait laissée la bouche ouverte car il est rare qu’un roman commence par le passage aux toilettes pour le petit pipi du matin (même si ça concerne tout le monde, rois comme présidents comme citoyen lambda), avec la gaule en plus.

Puisque nous sommes dans une romance gay, l’auteure en profitera aussi pour parler d’homophobie et de ces enfoirés qui adorent casser du pédé (mais s’amusent-ils aussi à aller casser du mec baraqué ceinture noire de karaté ?) juste pour le plaisir d’humilier et de jouer aux durs à plusieurs contre un.

L’acceptation de leur orientation sexuelle par leurs parents y passera aussi, même si, de ce côté-là, les réactions des parents de nos hommes sera plus de l’indifférence que du rejet pur et simple. Maintenant, qu’est-ce qui est le pire ? L’indifférence ou la non acceptation ? Vous avez deux heures…

Une romance gay qui a le mérite de m’avoir fait sortir de mes sentiers battus, loin de ma came littéraire habituelle, qui m’a donné la pêche et même la banane !

Une romance qui est comme une boîte de chocolats (pas celle de Forrest Gump) : on sait sur quoi on va tomber mais on replonge la main avec gourmandise et on dévore, on lèche, on croque (ce que vous voulez).

Un roman qui est joyeux, où les personnages sont attachants (sauf le crétin d’enfoiré), sympathiques et auquel on s’attache de suite. Une lecture idéale pour les temps de sinistrose que nous vivons depuis mars 2020 !

 

Aquarium : David Vann

Titre : Aquarium

Auteur : David Vann
Éditions : Gallmeister Nature writing (2016) / Gallmeister Totem (2018)
Édition Originale : Aquarium (2015)
Traduction : Laura Derajinski

Résumé :
Caitlin, douze ans, habite avec sa mère dans un modeste appartement d’une banlieue de Seattle.

Afin d’échapper à la solitude et à la grisaille de sa vie quotidienne, chaque jour, après l’école, elle court à l’aquarium pour se plonger dans les profondeurs du monde marin qui la fascine.

Là, elle rencontre un vieil homme qui semble partager sa passion pour les poissons et devient peu à peu son confident.

Mais la vie de Caitlin bascule le jour où sa mère découvre cette amitié et lui révèle le terrible secret qui les lie toutes deux à cet homme.

Critique :
Regarder des poissons nager, c’est reposant, déstressant, ça vous rend calme et contemplatif.

Caitlin, 12 ans, est un petit poisson qui vit seule avec sa maman, Sheri, qui fait de son mieux pour que sa fille ne manque de rien. Attendrissant.

Et puis, vous découvrez l’environnement merdique de certains poissons de l’aquarium, ceux que l’on appellera les « Poor White » et qui sont obligé de bosser comme des fous pour que des gros requins aux dents qui rayent le plancher s’enrichissent encore plus.

Pardon, pour qu’ils s’engraissent encore plus. Le monde la la jungle existe aussi dans le monde du silence qui n’a jamais si bien porté son nom puisque c’est marche (en fermant ta gueule) ou va voir ailleurs si l’eau n’y est pas plus douce.

Maman poisson Sheri est touchante, aimant sa fille, trimant comme une dingue, bref, elle force le respect.

Et puis, dans cet aquarium de Seattle où tout semble se dérouler normalement, arrive un vieux poisson tout ridé qui prend Catlin en amitié, lui parle et se laisse guider par la gamine dans ce monde de verre et de flotte, sans que maman poisson ne le sache.

L’aquarium était calme, tout allait bien, puis tout à coup, la tempête s’est déclenchée et la houle m’a emportée, retournée, j’ai bu la tasse devant les remous sauvages, violents que le poisson Sheri va déclencher.

Psychologiquement parlant, quand la tempête arrive, c’est difficile de rester de marbre face à déferlante de haine que Sheri va envoyer à sa fille, qui n’aidera en rien en campant sur ses positions. Il est des passages qui sont fort dérangeants et d’autres que j’ai passé, supporter une ligne de plus.

Après la tempête, un peu de calme, avant que la mère ne se déchaîne à nouveau, persifle et morde…

Certains passages de ce roman sont très doux alors que d’autres sont horribles, angoissants, trop violents. Les secrets de famille ne doivent pas être cachés, ils doivent être dit à temps car ensuite, c’est trop tard et les dégâts sont considérables.

La colère et la rage de la mère Sheri sont compréhensibles, pardonnables et l’entêtement de Catlin, petit poisson de 12 ans, ne voit que son nombril, pour elle, le monde tourne autour d’elle et butée, elle refuse d’ouvrir les yeux et de comprendre ce que lui explique sa mère.

Si Sheri avait tout ma sympathie, ensuite, elle est devenue imbuvable et est allée trop loin pour moi. À ce moment-là, l’entêtement de Catlin est devenu de la résistance et elle a forcé mon respect, même s’il était plu facile pour elle d’accepter ce traitement car elle savait qu’il ne durerait pas.

Aquarium commence doucement, dans une atmosphère feutrée avant que l’explosion n’ait lieu et ne chamboule les lecteurs.

Un roman psychologique sur le pardon, la rédemption, le courage et l’abnégation d’une mère, sur la couardise et l’absence d’un père, sur les poissons, sur le travail éreintant d’une femme, sur l’adolescence qui commence, les premiers amours, les secrets de famille et les relations familiales compliquées (euphémisme).

Mon seul bémol sera pour le fait que les guillemets et les tirets cadratins soient parti en vacances. Je déteste leur absence, elle me manque toujours cruellement et j’ai failli ne pas lire ce roman à cause de ça. Pour le coup, cela aurait été une erreur épouvantable.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°XX].