L’oiseau bleu d’Erzeroum : Ian Manook

Titre : L’oiseau bleu d’Erzeroum

Auteur : Ian Manook
Édition : Albin Michel (07/04/2021)

Résumé :
L’odyssée tragique et sublime de deux petites filles rescapées du génocide arménien.

1915, non loin d’Erzeroum, en Arménie turque. Araxie, dix ans, et sa petite sœur Haïganouch, six ans, échappent par miracle au massacre des Arméniens par les Turcs.

Déportées vers le grand désert de Deir-ez-Zor et condamnées à une mort inéluctable, les deux fillettes sont épargnées grâce à un médecin qui les achète comme esclaves, les privant de leur liberté mais leur laissant la vie sauve.

Jusqu’à ce que l’Histoire, à nouveau, les précipite dans la tourmente. Séparées, propulsées chacune à un bout du monde, Araxie et Haïganouch survivront-elles aux guerres et aux trahisons de ce siècle cruel ? Trouveront-elles enfin la paix et un refuge, aussi fragile soit-il ?

C’est autour de l’enfance romancée de sa propre grand-mère que Ian Manook, de son vrai nom Patrick Manoukian, a construit cette inoubliable saga historique et familiale.

Un roman plein d’humanité où souffle le vent furieux de l’Histoire, une galerie de personnages avides de survivre à la folie des hommes, et le portrait poignant des enfants de la diaspora arménienne.

Critique :
Le génocide arménien… Pour certains, il n’a pas eu lieu, il n’a jamais existé et on arrête d’en parler, merci bien. Oui mais non… trop facile de cacher ses crimes sous le tapis ou de le nier.

Il a eu lieu et ressemblait à ce que les nazis mettront en place dans les années 30 : la tentative d’extermination de tout un peuple, d’une religion, la mise à mort d’une population. Glaçant. Surtout que les suivants mettront encore plus de professionnalisme dans l’extermination. Et que les Arméniens ne furent pas les premiers à être massacrés.

Des livres durs, j’en ai déjà lu beaucoup. Quelques uns ont même terminés au freezer, car trop horribles à lire. Ce  roman a failli finir dans le freezer aussi, tant ses premières pages sont violentes, dures, difficiles à lire, horribles… Je n’ai pas de mots.

J’ai respiré un grand coup et j’ai poursuivis ma route aux côtés des déportés arméniens, même si je crevais de mal en lisant ce qu’on leur a fait subir, et pourtant, je ne devrais plus m’étonner de la perfidie humaine, surtout après avoir lu « L’archipel du Goulag »… Ni de son illogisme.

Ni de ces multiples références à un Dieu de miséricorde, alors que l’on assassine en Son Nom. Lui a-t-on demandé Son avis ? Illogique alors que la religion devrait être l’amour des autres et non leur extermination.

Jamais l’auteur ne fera de surenchère dans la violence, nous parlant juste de la violence ordinaire que des Hommes font subir à leurs semblables, avec délectation en plus. Je peux vous affirmer que certains ont de grandes compétences pour mettre les autres plus bas que terre, sans même se rendre compte que c’est eux qui s’avilissent.

Choisir entre la vie sauve pour sa famille ou pour un train de déporté, le choix est vite fait, même s’il fera mal au bide et à sa conscience : sa famille. De toute façon, quelque soit le choix, il laissera celui qui a fait ce choix au sol, l’âme en peine. Le proposeur, lui, se lavera les mains et ricanera de sa bonne idée.

Dans cette histoire vraie, même si une partie est romancée, les faits sont exacts, avérés, ces horreurs ont eu lieu. Je me suis attachée de suite à ces deux sœurs, Araxie et Haïganouch, même à leur oncle, Krigor, dont j’ai regretté la fin. Son rôle est très court, hélas, mais il était des plus marquant.

Voilà un roman, mi- autobiographique, mi- romancé, qui donne des émotions en vrac, des émotions fortes, de celles que l’on n’oubliera jamais, de celles qui resteront gravées. À un certain chapitre, ce fut impossible de retenir les flots et le Niagara a coulé de mes yeux.

Sans jamais sombrer dans le pathos, l’auteur a réussi à me briser le cœur en peu de phrases. Heureusement, après, les violences s’espaceront et on repartira sur la suite du récit, la reconstruction des personnages, qui sera des plus intéressant à lire, même si l’Histoire nous réservera encore quelques saloperies. Smyrne restera gravée en moi.

Les personnages sont attachants, ni tout noir, ni tout blanc. Si la plupart sont des brutes, certains ont encore un cœur, une conscience et, sans devenir des super-héros, peuvent, avec peu, aider leur prochain. La lumière qui surgit des ténèbres…

L’écriture de l’auteur est taillée au cordeau, il va au plus simple, mais sans jamais sacrifier le fond ou la forme. Pas de chichis, pas de fioritures, et malgré tout, son récit est d’une grande profondeur, ses décors bien décrits et ses personnages bien campés. Plus facile lorsqu’ils ont existés, certes, mais ils sont réalistes et jamais sur-joués.

Un roman historique très dur à lire, des scènes abominables parce que vue de l’intérieur, des massacres qui donnent envie de foutre le camp loin de ce récit, mais ce serait une erreur phénoménale car cette entrée violente est nécessaire pour comprendre ce que fut le génocide arménien, les exactions commises envers ce peuple et pour pouvoir comprendre les personnages dans leur reconstruction.

C’est un roman historique qui mêle adroitement les récits autobiographiques, l’Histoire, l’aventure, le roman noir, le roman policier et qui nous montre ces vies qui furent fracassées, qui n’avaient rien demandé, si ce n’est de vivre en paix. Mais d’autres gens en avaient décidé autrement…

Elle s’appelait Araxie elle n’avait pas dix ans
Sa vie, c’était douceur, rêves et nuages blancs
Mais d’autres gens en avaient décidé autrement

C’était une petite fille sans histoire et très sage
Mais elle n’est pas née comme toi
Ici et maintenant… (*)

J’aurais aimé vous en parler avec plus d’emphase, avec de belles phrases, bien tournées, mais les mots me manquent encore, tant j’ai dépassé tous les quotas d’émotions possibles et imaginables. Rien que d’y repenser, j’ai la gorge qui se noue et ma gueule qui fait mal.

C’est un roman magnifique qui mérite d’être lu, découvert, prêté, offert (en prévenant les gens, bien entendu). C’est une page d’Histoire qui devrait être plus souvent lue, au lieu d’être « négationnée » par certains.

Faut parfois oser se regarder dans un miroir, avouer que ce qu’on fait nos ancêtres était horrible, bestial,… Se donner la peine de se pardonner, de leur pardonner et de tourner la page. Comme a fait l’Allemagne. Reconnaître ses crimes, c’est déjà un grand pas en avant pour la reconnaissance des martyrs, des victimes. Les tortionnaires ne sont plus de ce monde.

Araxie vient d’entrer dans mon panthéon personnel, aux côtés d’autres filles fabuleuses, telles que Kia (Là où chantent les écrivisses), Betty Carpenter (Betty), Harley McKenna (Mon territoire), Turtle (My absolute darling) et d’autres personnages marquants.

Magnifique, mais dur !

Attention, gros spolier attendu : ce livre finira dans mon Top de l’année, au rayon des coups de cœur et des livres marquants. Mais ceci n’est pas une surprise.

(*) « Comme toi » de Jean-Jacques Goldman (© Universal Music Publishing Group)

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°23] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°76].

1794 : Niklas Natt och Dag

Titre : 1794

Auteur : Niklas Natt och Dag
Édition : Sonatine (06/05/2021)
Édition Originale : 1794 (2019)
Traduction : Rémi Cassaigne

Résumé :
Entre Le Parfum et L’Aliéniste : le nouveau chef d’œuvre du thriller historique !

Stockholm, 1794. Une nouvelle année commence sous le régime autoritaire du baron Reuterholm, conseiller du roi. À l’hôpital de Danviken, un jeune noble se morfond, tourmenté par le crime horrible dont on l’accuse.

Dans une métairie de l’intérieur du pays, une mère pleure sa fille, assassinée lors de sa nuit de noces. L’affaire ne suscitant que peu d’intérêt, elle décide de faire appel à Jean Michael Cardell, un invalide de guerre qui, traumatisé par sa dernière enquête, n’a plus guère de raisons de vivre.

Alors que ses investigations le mènent vers un mystérieux orphelinat, Cardell va bientôt se retrouver aux prises avec une étrange société secrète, les Euménides.

Après 1793, Niklas Natt och Dag nous plonge à nouveau dans le monde grouillant et pourrissant d’une fin de règne suédoise que la Révolution terrifie. D’une écriture toujours aussi évocatrice, noire et puissante, il captive le lecteur dès la première page, pour ne plus le lâcher. Mieux qu’un roman : une expérience fascinante.

Critique :
Blood & Sugar en avait fait sa toile de fond, 1794 en a ajouté une couche en confirmant que le sucre, c’est dangereux pour la santé… des esclaves !

C’est eux qui meurent sur les plantations de cannes afin que les Blancs adoucissent leurs thés ou autres mets à boire ou à manger.

Direction Saint-Barthélemy (Johnny n’y est pas encore enterré) où l’Homme s’est transformé en monstre et en a asservi d’autres.

Ces Noirs, prélevés sur le continent Africain, futurs esclaves, futurs damnés de la Terre, sont vendus aux négriers par leurs frères, contre des verroteries. Leur vies ne vaut maintenant rien de plus qu’un meuble…

Ce polar historique, qui fleure le roman noir à toutes ses pages, est de ceux qui vous foutent un coup de poing dans la gueule, de ceux qui restent dans votre mémoire, même après le passage des ans et d’Alzheimer.

Ce deuxième opus commence avec les déboires de Erik Tre Rosor, jeune fils de noble de quatorze ans qui va découvrir la noirceur du monde, bien que, n’ayant pas les connaissance que nous avons, nous, lecteurs, il ne comprendra pas dans quelle sordide toile d’araignée il vient d’aller s’engluer… Nous, oui.

Pour sa défense, il était tellement en recherche de compréhension de la part des autres, de reconnaissance, qu’il était la victime parfaite pour le Grand Méchant dont le personnage était parfaitement réussi, sadique et retors à souhait. J’en ai eu des frissons. Notre vieille connaissance, Mickel Cardell, arrivera ensuite, fidèle à lui-même.

L’auteur adore torturer ses personnages, leur faire vivre une vie de merde, une vie en enfer, les tordre, les fracasser. Le contexte historique de la Suède n’a rien du monde des Bisounours non plus, il était donc parfait pour monter un thriller noir de chez noir, sans sucre, bien entendu.

La partie historique est copieuse, sans jamais devenir laborieuse ou indigeste, l’auteur ayant le talent nécessaire pour intégrer l’Histoire à son enquête (ou c’est l’enquête qui s’intègre parfaitement dans le contexte historique). En tout cas, l’équilibre est parfait et c’est difficile de s’embêter dans ce roman.

Les décors ne sont pas non plus oublié dans cette grande fresque et l’auteur décrit d’une manière très précise les bas-fonds de Stockholm, nous parle de ses petites gens, les gens de la Suède d’en bas, opposés à ceux de la Suède d’en haut à qui tout est permis. Il ne sert à rien de traverser la route pour trouver mieux, on peut s’élever un peu au-dessus de sa condition, mais jamais très haut.

Un roman historique noir de chez noir, sombre, violent, sanglant, où l’Homme Blanc et riche adore exploiter l’Homme pauvre et l’Homme de couleur (qu’il considère comme un moins que rien).

Un roman où le contexte historique est bien présent, sans jamais être indigeste. Un thriller où les personnages sont réussis, réalistes et où le Méchant n’est pas d’opérette.

Un roman social qui parle de misère, d’esclavage, de politique, de magouilles, de conditions sociales vraiment horribles et où tout est relié par une enquête qui entraînera Mickel Cardell et Emil Winge dans les horreurs de l’humanité, et les lecteurs avec.

Dommage qu’il n’ai pas eu 6 pages de plus pour pouvoir entrer dans le Challenge du Pavé de l’Été 2021.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°315].

L’Histoire Secrète – Tome 05 – 1666 : Jean-Pierre Pécau et Léo Pilipovic

Titre : L’Histoire Secrète – Tome 05 – 1666

Scénariste : Jean-Pierre Pécau
Dessinateur : Léo Pilipovic

Édition : Delcourt – Série B (2006)

Résumé :
Londres, 1666. Erlin sert aujourd’hui les intérêts de la couronne d’Angleterre. Une succession de crimes étranges mettent l’Archonte sur la piste de Dyo, censé pourtant avoir disparu au cours du siège de Magdebourg.

L’alliance de Dyo avec les frères rouges de Guillaume de Lecce expliquerait la présence de moines mystérieux qui hantent les sous-sols des bouges londoniens.

Critique :
Effectivement, ce n’est pas très malin de commencer une série bédé par le cinquième tome.

Cela freine la compréhension puisque l’on ne sait pas ce qu’il s’est passé avant (même si on a un résumé des derniers tomes).

Si je l’ai sélectionné, c’est pour le fait qu’il se déroulait à Londres et que c’était parfait pour le Mois Anglais.

Cette saga est avant tout dans le fantastique, l’ésotérique et la dystopie.

Londres, 1666. Une nouvelle théorie pour le grand incendie. Ces derniers jours, cela fait déjà la deuxième sur le même sujet (et toujours dans l’axe du fantastique).

Si j’ai trouvé les couleurs des premières pages assez criardes, j’ai été rassurée en comprenant que ce n’était que pour les explications du début, ensuite elles sont tout à fait normales et tant mieux pour mes yeux.

Les dessins sont bien exécutés eux-aussi et j’ai apprécié déambuler dans ce Londres entièrement en bois même en sachant comment ça allait se terminer.

En ce qui concerne les sociétés secrètes, je n’ai pas tout compris puisque je n’ai pas encore lu les premiers tomes, mais cela ne m’a pas empêché d’apprécier ma lecture et les différents personnages, notamment Isaac Newton et le huguenot George Soubise, celui qui doit être apparenté aux castors, vu comment il travaille avec sa queue.

Le mystère a leu du côté du Club Hellfire où les prostituées disparaissent mystérieusement et où le lecteur apercevra des être bizarres dont on a fermé tous les orifices (oui, tous !).

Ma foi, on aurait pu avoir du plus horrifique que ce que j’ai lu puisque nous avions ces espèces d’onculus, des goules, des morts-vivants, des immortels, des vampires d’un autre genre…

Bref, si le plaisir de lecture est au rendez-vous, si l’action était présente, les chocottes n’y étaient pas. Les temps morts non plus, ce qui est toujours une bonne chose.

Attention, la bédé n’est clairement pas pour les petits n’enfants… Nous avons tout de même une Bellepaire de Loches et des fesses bien fournies (mais pas de bite, hélas, les femmes sont les grandes perdantes dans le voyeurisme).

La collection comportant 36 tomes (pour le moment), je ne pense pas que je vais la suivre, mais je lirai au moins les premiers tomes afin d’en savoir plus sur les archontes.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°299], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°52], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 48 pages) et Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine.

Les naufragés de la Méduse : Jean-Christophe Deveney et Jean-Sébastien Bordas

Titre : Les naufragés de la Méduse

Scénariste : Jean-Christophe Deveney
Dessinateur : Jean-Sébastien Bordas

Édition : Casterman (03/06/2020)

Résumé :
En 1816, les royalistes reviennent au pouvoir. Le commandement de La Méduse est confié à un noble qui n’a pas navigué depuis vingt-cinq ans.

Le 2 juillet, la frégate échoue sur un haut fond au large du Sénégal. 170 passagers s’installent sur un radeau de fortune.

Deux semaines plus tard, le radeau est retrouvé miraculeusement avec à son bord seulement 17 survivants.

Critique :
Le récit du naufrage de la Méduse, je le connaissais, mais cela change tout lorsque c’est dessiné et qu’il y a une mise en abyme entre le naufrage de la frégate et celle de la vie de Géricault, qui, à cette époque, se noie aussi.

Les auteurs, en alternant le récit du voyage/naufrage de la Méduse et des recherches de Géricault pour son tableau ont donné une autre approche à la tragédie et ont évité de sombrer dans le glauque.

Les dessins, en aquarelles, mettent cette histoire bien en valeur : tons chauds lorsque nous sommes en mer et tons plus froids lorsque nous rejoignons Géricault. C’est donc avec les yeux grands ouverts que j’ai commencé ma lecture en découvrant les différents protagonistes : d’un côté, ceux de la Méduse et de l’autre, tous ceux et celles qui gravitaient autour de Géricault.

Les auteurs ont fait un véritable travail d’enquêteurs et Theodore Géricault aussi. Ce dernier voulait peindre de manière originale les naufragés, sortir des tableaux à connotation biblique et frapper un grand coup avec sa toile.

Le montage est lui aussi bien fait puisque l’on a quelques pages sur le voyage de la frégate et ensuite les recherches de Géricault, ses ennuis, ses amours contrariés. S’il n’avait pas de soucis d’argent et pouvait prendre son temps pour exercer son art, notre peintre avait des soucis ailleurs.

Notamment il en aura avec les survivants et témoins du naufrage : Corréard et Savigny qui ne sont pas honnêtes, l’un se mettant en scène comme un héros et l’autre trouvant une fièvre tropicale pour excuser le cannibalisme qui saisit certains des naufragés, quand d’autres mettaient en cause les Noirs qui se trouvaient sur le radeau.

Hé oui, les riches, les bourgeois, le commandant, les dirigeants, eux sont allés dans les canots et les autres, les troisième classe, sont allés s’entasser sur un radeau que l’on n’a pas hésité à rompre les amarres pour s’en débarrasser… Titanic avant l’heure.

Si vous connaissiez les erreurs qui furent commises lors du naufrage et les imbécilités faites par un commandant qui n’avait plus navigué depuis des lustres, pas de panique, cet album vous rafraîchira la mémoire et vous ravira au passage car c’est avec minutie que Géricault mène son enquête, cherche les zones d’ombres, les non-dits, les incohérences dans les différents témoignages, le peintre s’écorchant même avec quelques racistes de bas-étage au passage.

Et en prime, vous saurez tout sur cette toile célèbre, sur son peintre, sur sa réalisation, sa vie, ses amours, ses emmerdes. En prime, vous croiserez Horace Vernet et Delacroix !

Si vous ne saviez rien de rien, pas de soucis non, car après cette lecture, vous saurez tout sur le naufrage ET sur l’élaboration de ce tableau qui est maintenant célèbre. Vous pourrez briller aux repas de famille et en société. Moi-même je me suis cultivée avec délectation car la bédé est un petit bijou de mise en scène intelligente et de dessins superbes.

La folie qui saisit les naufragés sur le radeau est elle aussi bien mise en scène, faite avec réalisme, sans juger, car nous ne savons pas comment nous réagirions, perdu sur un radeau, les pieds dans l’eau salée, sans nourriture, sans eau, sans espoir et sous le soleil…

Certains ont sans doute fait des témoignages douteux afin de ne pas se mettre en cause et se faire juger par une populace toujours prompte à s’enflammer et à vilipender.

Une magnifique bédé qui alterne le récit de la frégate La Méduse avec les recherche de Géricault pour son tableau, une mise en abyme réalisée de main de maître, une biographie de Géricault sans en être une, un récit de naufrage qui tournera à l’horreur mais sans que les auteurs ne sombrent dans le voyeurisme.

Bref, un making of superbement bien fait et si on parle de naufrage, la bédé, elle, ne sombre jamais.

PS : merci à ma soeur de m’avoir offert cet album graphique pour ma Noël. C’était totalement inattendu, surprenant et une putain de bonne idée !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°156].

Dracula, L’ordre des dragons – Tome 2 – Cauchemar Chtonien : Éric Corbeyran et Sofia Terzo

Titre : Dracula, L’ordre des dragons – Tome 2 – Cauchemar Chtonien

Scénariste : Éric Corbeyran
Dessinateurs : Sofia Terzo & Giulano Piccininno
Illustration couverture : Grzesiek Krysinski

Édition : Soleil (17/04/2013)

Résumé :
Les membres de L’Ordre des Dragons sont sur le pied de guerre, ils traquent Dracula sans relâche et tentent de percer son secret et découvrir quel traumatisme subi dans son enfance est à l’origine de sa folie meurtrière.

Van Helsing est toujours le prisonnier de Dracula, pour l’instant il est maintenu en vie.

Alors que Sir Conan Doyle, accompagné de chasseurs de vampire et de sa nièce Letizia, prépare une expédition pour le délivrer des geôles de Dracula, Lady Darmanson et Bram Stoker se rendent en Anatolie mener des recherches sur le passé de Dracula.

C’est grâce à la rencontre avec un vieillard aveugle qu’ils découvriront le cauchemar qui a hanté les nuits du jeune Vlad.

Critique :
Deux envies… La première est de faire « whahou » devant le bô Dracula et de hurler à la lune ma frustration car l’album est à suivre !

Par le pieu en bois de Van Helsing, le tome 3 n’est pas paru cela fait 7 ans que le tome 2 est publié.

Ça pue l’ail… Je sens que la fin, je vais pouvoir me l’enfoncer profond dans le cœur.

Maintenant que je sais exactement ce qu’il y a dans les fameuses grottes, maintenant que le combat contre Dracula est lancé à fond, la dernière case se termine sur du suspense mais nous ne saurons sans doute jamais ce qu’il y aura ensuite….

Cet album continue d’explorer ce qui a transformé le petit Vlad en horrible monstre sanguinaire et le scénario s’inspire des bons vieux films d’épouvante de la Hammer (les images en moins kitch) et d’autres compagnies ensuite (je ne suis pas calée dans les nouveaux films d’horreur).

Sans oublier le bô Dracula entouré de gonzesses nues comme dans le harem du sultan du Boukistan, une médium qui ne voit pas grand-chose (un comble) et des traîtrises qui font que l’on ne sait plus si on a affaire à un agent double ou triple.

L’album a du rythme, les dessins sont toujours agréables à l’œil, même si on a changé de dessinateur (et celui qui illustre la couverture est encore un autre), le scénario est intéressant, la revisite du mythe se poursuit et on ne manquera pas de cases qui font monter l’adrénaline lorsque notre équipe se fera attaquer par les créatures qui hantent le sous-sol.

Faute de tome 3 paru, il m’est impossible de savoir où la série comptait aller ensuite, comment les auteurs allaient la clôturer… Très frustrant pour le lecteur de ne pas avoir de suite à cette série car il reste comme un sentiment d’abandon.

Cet album N°2 n’est pas mauvais, il explore bien le mythe de Dracula, lui donnant des airs de Cthulhu avec des trucs cachés dans les profondeurs, il ne manque pas d’action, de rythme, de tout ce qui fait le sel de la grande aventure, même s’il donne parfois un peu l’impression de se disperser et de vouloir aller partout à la fois.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lectures N°10].

 

 

Dracula, L’ordre des dragons – Tome 1 – L’enfance d’un monstre : Serge Fino et Éric Corbeyran

Titre : Dracula, L’ordre des dragons – Tome 1 – L’enfance d’un monstre

Scénariste : Éric Corbeyran
Dessinateur : Serge Fino

Édition : Soleil 1800 (24/08/2011)

Résumé :
Juin 1899, Venise. Des crimes sanglants secouent la ville depuis maintenant plusieurs semaines.Les corps des victimes sont retrouvés vidés intégralement de leur sang. La medium Letizia Giordano, nièce du célèbre Arthur Conan Doyle, prête main-forte à une police totalement impuissante.

Letizia ne peut résoudre cette affaire seule, elle décide donc de se rendre à Londres auprès de son oncle.

Aux côtés de personnages illustres tels que Van Helsing, Lady Darmanson ou encore Bram Stocker, elle se lance à la poursuite du monstre. Ils connaissent son identité : Vlad Tepes plus connu sous le nom de Dracula.

La traque aux quatre coins du globe commence et tous s’interrogent : que s’est-il passé dans l’enfance de Dracula au XVe siècle pour qu’il soit devenu le monstre assoiffé de sang d’aujourd’hui ?

Critique :
Dracula, les vampires, c’est un mythe qu’on a vu et revu, mis à toutes les sauces, même en version girly…

Pouvait-on faire du neuf avec une légende aussi ancienne ? Quelque chose concernant les vampires n’avait-il pas encore été écrit ? Difficile d’innover.

Pourtant, cette bédé réussi à innover un peu sans pour autant casser les codes du vampirisme.

Comme en cuisine, on revisite la recette, on ajoute des éléments, on pimente un peu mais la base reste la même : un suceur de sang célèbre (non, pas l’impôt) et des personnages réels avec de ceux de fiction : Conan Doyle, Bram Stocker et Van Helsing.

Un Van Helsing qui ressemble furieusement à un Hugh Jackman en version « je fais grève de rasage » ou « pilosité exacerbée au visage car la pleine lune approche »… Au choix. Un Hugh Jackman en Wolverine, si vous préférez.

Comme souvent dans la collection « 1800 » des éditions Soleil, les dessins sont réalistes, le graphisme est soigné, les couleurs dans des tons beiges/bruns chauds.

Ce premier tome explore un peu l’enfance de Vlad car d’un enfant joyeux et bagarreur, joueur, il est devenu taciturne, en proie à des cauchemars et ensuite, un monstre assoiffé de sang. Explorer son enfance aidera à comprendre comment le vaincre, d’après un certain Sigmund Freud.

Vaincre l’Homme sous le vampire, ça change des chasses habituelles et du roman de Stocker.

On voyage, puisque l’on passera de l’Anatolie de l’ouest à Venise où ont lieu des crimes laissant les victimes exsangue, puis à Londres, dans l’Ordre du Dragon où nos chasseurs de vampires ont leur siège.

Sans pour autant revisiter le mythe de fond en comble, l’auteur nous propose une autre vision où se mélange les personnages réels et fictifs, les vampires, Dracula, Vlad Dracul et d’autres trucs pas très ragoûtant. Si les ingrédients de base sont présents, on change de méthode de cuisson et on ajoute des éléments.

On ne révolutionnera pas le mythe, mais ce premier album promet de belles choses qui, je l’espère, se concrétiseront dans le tome 2 qui devrait clore ce diptyque puisque je n’ai pas vu de tome 3 sur le Net…

Une fois de plus, je viens de faire une chouette découverte avec cet album dont j’avais loupé totalement la sortie en 2011 (on ne peut pas tout suivre non plus…).

PS : tiens, Bram Stocker, il n’était pas roux ? Si… Parce que là, il est blond !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lectures N°07].

Sept – Tome 19 – Sept Cannibales : Sylvain Runberg & Tirso Cons

Titre : Sept – Tome 19 – Sept Cannibales

Scénariste : Sylvain Runberg
Dessinateur : Tirso Cons

Édition : Delcourt Conquistador (2016)

Résumé :
Ils sont sept. Riches. Influents. L’élite. Des mâles dominants avides de sensations fortes. Ils se jouent des valeurs hypocrites d’une société qui les adule. Ne vivent-ils pas dans un monde où la loi du plus fort s’impose ouvertement ?

Sept prédateurs, qui assouvissent leurs pulsions lors de gigantesques fêtes privées.

Comme chaque année, Alessandro, Markus, Martin, Doron, Paul, Sebastiaan et Denis s’offrent un week-end de rêves. Les sept amis en profitent pour décompresser, loin de leurs vies remplies, stressantes et bien propres.

Après la Toscane, l’an prochain, ce sera la Provence qui leur servira de cadre, Denis a déjà tout planifié pour qu’ils puissent laisser libre cours à leurs envies et leurs vices.

Mais le rituel va être perturbé. Car cette fois-ci, leur nouvelle proie n’entend pas se laisser mener à l’abattoir…

Critique :
Ils sont 7… et ont plus des sept mercenaires que des sept nains de Disney.

Nos 7 hommes sont des mâles Alpha, ils occupent tous des postes importants, viennent de pays différents, mais ont été dans la même université et sont donc amis depuis longtemps.

Nos sept hommes sont des prédateurs, rien ne leur résiste, ils sont toujours à la recherche de nouvelles sensations pour pimenter leurs vies qu’ils pensent trop classiques.

Et puis, lorsque personne ne se rend compte que vous avez tué des gens, vous ressentez l’ivresse de l’impunité et puisque vous pensez que tout est permis, il n’y a plus de limites à votre folie.

Si je n’ai pas été fan des dessins, je l’ai été du récit car sa construction nous fait remonter dans le temps, mélangeant agréablement les derniers faits de nos prédateurs, leurs anciens (un chaque année), ainsi que leur tout premier, celui qui les fit entrer dans un autre monde : celui des meurtriers et des chasseurs de gibiers bien différent de ceux qui chassent le sanglier infesté à la peste porcine (ou pas).

Cela ménage du suspense, ces retours en arrière et augmente le rythme cardiaque lors de la traque de l’élue de l’année, une informaticienne qui n’a pas trop envie de se faire bouffer par ces Hannibal Lecter en herbe qui avant vont la chasser dans un parc fermé.

Durant le récit, voit bien la montée de la violence, leur recherche, sans cesse, des sensations fortes au mépris de toutes les règles, des vies humaines prises et où les femmes ne sont que des objets sexuels, à chasser dans le sens premier du terme ou à faire passer à la casserole, au propre comme au figuré (le figuré avant le propre, sinon, ils allaient baiser un cuissot de viande).

Un thriller haletant, violent, où les hommes sont des bêtes sauvages, des mâles Alpha se croyant tout permis et pour qui la vie des autres ne compte pas.

Se croyant les plus forts, pensant qu’ils sont les meilleurs, ils n’avaient jamais pensé qu’une proie ne voudrait pas danser sur leur musique à eux et qu’ils allaient chasser une jolie biche qui avait tout d’une panthère.

Violent, horrible, sanglant, mais addictif.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).