Les miracles du bazar Namiya : Keigo Higashino

Titre : Les miracles du bazar Namiya

Auteur : Keigo Higashino
Édition : Actes Sud Exofictions (Janvier 2020)
Édition Originale : Namiya Zakkaten no Kiseki (2012)
Traduction : Sophie Refle

Résumé :
En 2012, après avoir commis un méfait, trois jeunes hommes se réfugient dans une vieille boutique abandonnée dans l’intention d’y rester jusqu’au lendemain.

Mais tard dans la nuit, l’un d’eux découvre une lettre, écrite 32 ans plus tôt et adressée à l’ancien propriétaire.

La boîte aux lettres semble étrangement connectée aux années 1980. Les trois garçons décident d’écrire une réponse à cette mystérieuse demande de conseil. Bientôt, d’autres lettres arrivent du passé.

L’espace d’une nuit, d’un voyage dans le temps, les trois garçons vont changer le destin de plusieurs personnes, et peut-être aussi bouleverser le leur.

Un miracle de roman fantastique, émouvant et profondément humaniste.

Critique :
À l’attention du bazar Namiya,

Il y a 8 ans, je vous avais demandé quel blog littéraire vous me conseilleriez de suivre, sur la Toile et vous m’aviez donné le conseil suivant :

« Suivez plusieurs blogs littéraires dont les rédacteurs/rédactrices sont d’un style différent de vos goûts littéraires afin d’agrandir vos horizons de lecture, d’augmenter votre capital découverte et d’exploser au maximum votre PAL ».

J’ai pris des abonnements à différents blogs, dont l’un était un blog qui se nommait ÉmOtionS, tenu par un certain Gruz qui avait Garfield en avatar.

C’est pour ce conseil judicieux que je voulais vous remercier car sans la chronique de ce Gruz, jamais de ma vie je n’aurais lu cette petite pépite littéraire qui conte l’histoire étrange de monsieur Namiya Yūji et de son bazar qui offre une réponse à tous les soucis qu’on lui exprime. Rigueur et discrétion assurées.

Mais ? Ne serait-ce pas votre histoire, ça, monsieur Namiya ? Vous que les crapuleux de votre strotje (« rue » en patois) nommaient « nayami » (qui veut dire « soucis » en japonais) ? (*) Quelle coïncidence…

Putain, quel roman mes aïeux ! Quelle pépite humaniste ! Quel roman fantastique qui joue avec le temps et les voyages que l’on peut faire dedans… Quel roman choral où tout se tient, où tout se rejoint, telle une Toile où tous les fils mènent au centre.

Comme je suis une lectrice qui doute, j’ai cru à un moment que tout le roman allait tourner autour de ses trois voyous qui, après un casse, se sont réfugiés dans le bazar Namiya, vide depuis des décennies et qui vont répondre aux lettres qu’on leur soumet, du passé.

L’auteur est confirmé, ce n’est pas un débutant, il sait très bien comment mener son bateau et à un moment, j’ai été plongée dans d’autres vies à tel point que j’ai réussi à oublier tout, même les 3 ados voyous du début.

Passer à un roman choral était une riche idée et petit à petit, j’ai commencé à entrevoir la toile tissée avec professionnalisme, rigueur, inventivité et humanisme. Il fallait que tout se tienne, que tout se recoupe et l’auteur y est arrivé avec brio.

Ce roman fantastique, il est magique, il fait un bien fou, c’est une pépite délicieuse, un bonbon acidulé qui pique à certains moments mais qui dégage ensuite un festival de goût qui explose dans la bouche.

Une lecture que j’ai regretté d’avoir terminé car je n’aurais rien eu contre un peu de rab… Une petite pépite que j’ai décidée de lire suite au billet de Gruz, sur son site ÉmOtionS parce que sans ce billet, jamais je n’aurais inscrit ce roman dans ma PAL.

(*) PS : certains pourraient se demander pourquoi je parle de crapuleux et de strotje,  dans ma chronique, mais c’est juste un petit hommage à madame Chapeau et à sa réplique célèbre dans la pièce de théâtre « Bossemans et Coppenolle » dont j’ai revu une partie l’autre jour. C’est une pièce bruxelloise dont les dialogues sont du patois de la capitale, le Brusseleir.

Une des répliques célèbres de Madame Chapeau (son surnom) dans la pièce est « Ça est les crapuleux de ma strotje qui m’ont appelée comme ça parce que je suis trop distinguée pour sortir en cheveux ! ». Amélie Van Beneden, de son nom, a été surnommée « Madame Chapeau » par les voyous de sa rue. Cette réplique comporte deux mots de Brusseleer, crapuleux (voyou) et strotje (rue). Madame Chapeau est toujours jouée par un homme travestit en femme.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lectures N°06].

Madame Chapeau jouée par Jérôme De Warzée

Un pont sur la brume : Kij Johnson

Titre : Un pont sur la brume

Auteur : Kij Johnson
Édition : Le Bélial’ (25/08/2016)

Résumé :
Kit Meinem d’Atyar est peut-être le plus doué des architectes de l’Empire. Peut-être… et tant mieux. Car il lui faudra convoquer toutes ses compétences, l’ensemble de son savoir pour mener à bien la plus fabuleuse réalisation qui soit, l’oeuvre d’une vie : un pont sur le fleuve de brume qui de tout temps a coupé l’Empire en deux.

Un ouvrage d’art de quatre cents mètres au-dessus de l’incommensurable, cette brume mortelle, insondable, corrosive et peuplée par les Géants, des créatures indicibles dont on ne sait qu’une chose : leur extrême dangerosité…

Par-delà le pont… l’abîme, et pour Kit une aventure humaine exceptionnelle.

Critique
♫ Faire un pont ♪ Pour de bon ♪ Lui donner ♫ Ton prénom ♪ Le traverser ♪ Pour t’embrasser ♫ Faire un pont ♪

Si Dick Rivers ne vous tente pas, vous pouvez toujours siffler la musique du film « Le pont de la rivière Kwaï », seul film (ou livre) que je connaissais et qui parlait de la construction d’un pont entre deux rives.

Maintenant, sur mon CV, je pourrai ajouter que je sais comment construire un pont sur une rivière de brume, rivière qui est remplie de trucs pas nets, genre des gros poissons ou des géants que l’on n’a jamais vu, mais qui ont déjà fait chavirer bien des barges.

On ne sait pas d’où vient cette brume épaisse, ni où elle va, ni même s’il y a de l’eau sous la brume, tout ce que l’on sait, c’est que certains il ne fait pas bon naviguer dessus et que cette foutue brume coupe l’Empire en deux !

En peu de pages, l’auteur arrive à nous faire ressentir de l’empathie pour ses personnages, dont les deux principaux, Kit Meinem d’Atyar, l’architecte du pont et Rasali Bac, celle qui aide les gens à traverser ce fleuve de brume qui fait 400 mètres de large.

Une belle histoire d’amour, tout en retenue, tout en douceur, une belle histoire humaine de construction d’un pont qui prend des années, une histoire de défis humains, de stress, de paperasses (et oui, chez eux aussi).

Une belle histoire qui nous montre aussi que la vie dans les deux villages séparés par le fleuve de brume est en train de changer aussi, avec l’arrivée des travailleurs et du fait qu’il ne faudra plus prendre les bacs pour passer d’un côté à l’autre.

Un court roman de SF qui se lit paisiblement, un mojito à la main et où, en plus de voir un pont prendre forme, on voit une société et des personnages se transformer.

Très plaisant. Une petite bouffée d’air frais que j’ai pris grand plaisir à respirer.

 Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.