Le silence et la fureur : Natalie Carter & Nicolas d’ Estienne d’Orves [LC avec Bianca]

Titre : Le silence et la fureur

Auteur : Natalie Carter & Nicolas d’ Estienne d’Orves
Édition : XO Thriller (01/03/2018)

Résumé :
Un lac perdu de l’Ontario, et au milieu, une petite île escarpée où souffle le vent mauvais du soupçon. Max King, pianiste adulé dans le monde entier, y vit reclus dans sa maison, prisonnier de ses obsessions et de ses cauchemars.

Il y a dix ans, un drame l’a condamné au silence : la moindre note sur le clavier provoque en lui d’effrayantes douleurs. Pour cet immense artiste, la musique est devenue un bourreau. Mis à part sa gouvernante, Max King ne voit personne.

Ni sa femme Fiona, ni son fils Luke, qui a quitté l’île et que tout le monde surnommait le « petit prince ». Un futur pianiste de génie, comme son père. Le retour de Luke résonnera comme un cataclysme sur cette terre maudite.

Et du silence jaillira bientôt la fureur.

Critique :
♫ Smoke on the water, fire in the sky ♪ Smoke on the water ♫

Non, on ne parlera pas de Deep Purple, mais on va causer musique tout de même car elle est en arrière-fond de ce thriller psychologique en huis-clos.

Une île au Canada, un pianiste de talent, sa femme à tout faire et un silence assourdissant avant que la fureur ne se déclenche…

Un lieu retiré, un village qui a tout du village fantôme depuis que Max King, virtuose du piano qui remplissait les salles encore plus vite que Johnny, Madonna et U2  réunis, a arrêté de jouer suite à une catastrophe arrivée à un de ses concerts.

Notre homme a beau vivre en reclus, être perclus de manies, se comporter comme un enfant, avoir d’un tyran maniaque, il attire tout de même la sympathie car il est incapable de jouer de la musique, de lire une partition, d’écouter de la musique à la radio, sous peine d’avoir l’impression qu’une perceuse lui vrille la tête.

Dans sa maison, la musique est coupée, interdit de la fredonner, pourtant, elle est sans cesse en arrière-plan, jouant à « on m’entend », « on m’entend plus ». Lui-même voudrait bien, mais il ne peut point.

L’arrivée d’un visiteur surprise arrivera-t-elle à le sortir de sa gangue de plomb dans lequel son corps, son esprit, son talent, est enfermé, englué, prisonnier ??

Sa femme à journée, celle qui s’occupe de lui constamment, arrivera-t-elle à lui lâcher un peu la bride et à cesser de s’en occuper comme si c’était son enfant, celui dont on ne veut pas qu’il grandisse, des fois qu’il n’ait plus besoin de nous ??

Si on transposait ce roman en film, je recommanderais, en fond sonore, une musique angoissante, celle qui dresse les poils sur les bras (L’exorciste) car tout est fait pour nous donner l’impression que l’on avance à vue, dans la fumée, tâtonnant afin d’en savoir plus, tandis que les auteurs nous guident dans leur thriller psychologique, jouant avec nous comme si nous étions leurs pantins.

Même les personnages sont les pantins des auteurs. On ne sait pas qui ment, qui dit la vérité, si vérité il y a et mensonges aussi. On se pique au jeu, on se prend dans le récit angoissant, bourré de tensions, sans pour autant avoir de l’action, car ici, tout est dans les attitudes, les silences, les paroles, les gestes, des différents personnages.

Le final, lui, il est époustouflant, violent, angoissant, anxiogène, rempli de suspense et tous les secrets enfouis referont surface, pour le meilleur, ou pour le pire.

Un roman qui fait monter la tension et les battements cardiaques.

Enfin, du moins chez moi car Bianca, ma copinaute de LC, n’a pas du tout aimé le récit, n’a pas su entrer dedans et à trouver le final ignoble. Je confirme qu’il est ignoble, mais j’ai adoré.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°22.

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Les Naufrageurs : Iain Lawrence

Titre : Les Naufrageurs

Auteur : Iain Lawrence
Édition : Folio Junior (1999)
Édition Originale : The Wreckers (1998)
Traducteur : Henri Robillot

Résumé :
1799… Un navire se fracasse sur les récifs le long des côtes de Cornouailles. John Spencer, le fils du capitaine et le plus jeune membre de l’équipage, survit au naufrage.

Lorsqu’il reprend connaissance, il comprend avec effroi que les hommes qui viennent à sa rencontre sont des pilleurs d’épaves…

Les habitants du village de Pendennis semblent se livrer à un mystérieux trafic…

Qui tire les ficelles ? Et à qui John pourra-t-il se fier pour libérer son père retenu prisonnier ?

Un roman d’aventures captivant dans la grande tradition de L’île au trésor et Moonfleet.

Critique :
Les comparaisons avec un autre roman, c’est souvent surfait ! Parce que croyez-moi, on est tout de même très loin de l’île au trésor ! Pas à quelques encablures, mais à au moins mille miles marin !

Hissez les voiles, matelot, nous voguons au fil de l’eau. Pour l’ambiance maritime, je ne me plaindrai pas, l’auteur plonge son lecteur dedans, toutes voiles dehors.

Prévoyez un dico Gogole à vos côtés afin de vous y retrouver entre le mât d’artimon et de misaine et sachez comment virer au lof.

Niveau aventures, je ne me suis pas embêtée non plus, ça bouge, on galope dans tous les sens, on a du mystère, des fausses pistes, une enquête, une énigme dans le fait qu’on ne sait pas qui est le chef des naufrageurs, mais le tout semble brouillon, trop vite écrit, juste de quoi faire un livre pour que les jeunes amateurs d’aventures aient leur dose sans trop se poser de questions.

Les événements s’enchainent un peu trop vite, un peu trop bien, les personnages ne sont pas assez travaillés, surtout Simon Mawgan, l’oncle de Mary qui recueille John Spencer, notre jeune naufragé.

Il s’emporte pour un rien, se calme aussi vite, à l’air parfois un peu trop détaché de tout, cachant des choses, donnant l’impression qu’il est une brute sans coeur. J’aurais aimé plus de profondeur. D’ailleurs, même la fin du roman ne m’a pas vraiment éclairé sur son comportement général, sauf pour une chose que j’avais déjà deviné.

De plus, hum, l’auteur n’est pas trop regardant dans le soucis du détail ! À un moment donné, il dit que les deux gosses montent sur leurs poneys à cru et dans une scène plus loin, il nous dit qu’ils sont « étrier contre étrier »… La selle a dû pousser sur le dos du cheval ou pour ces enfants là, monter avec une selle ou à cru, c’est la même chose !

Tout à l’air d’être un peu trop beau pour être vrai, les personnages tournant assez vite casaque, Mary racontant les confidences de John à son oncle, puis à une autre personne (on ne peut lui faire confiance, à cette gamine !) et tout allant un peu trop bien dans le final, alors que peu de temps auparavant, c’était la Bérézina totale à Waterloo.

Deus ex machina… Oui, un peu. Ça se retourne plus vite qu’un chat portant une tartine beurrée sur le dos.

Quant au commanditaire des naufrageurs, faut pas avoir fait ses études chez Holmes pour le deviner, il se voit aussi bien que le nez au milieu de la figure et les soupçons sont totalement confirmé lorsqu’il tue une personne au lieu de la mettre en joue.

Anybref, ça se lit vite, ça met du piment au voyage en train, on sent les embruns et on entend le bruit des vagues mais on oubliera ce récit tellement vite qu’il faudra se dépêcher de faire la chronique avant de l’avoir totalement zappé.

Ça se lit, sans plus ou ça se lit, à la rigueur.

Le navire prend l’eau de toute part, va falloir souquer ferme et écoper !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

 

L’île mystérieuse : Jules Verne [LC avec Bianca]

Titre : L’île mystérieuse

Auteur : Jules Verne
Édition : Le Livre de Poche (2002) / Folio Junior (2001) / Elcy (2001)
Date de publication originale : 1874

Résumé :
L’Île mystérieuse raconte l’histoire de cinq personnages : l’ingénieur Cyrus Smith, son domestique Nab, le journaliste Gédéon Spilett, le marin Pencroff et l’adolescent Harbert.

Pour échapper au siège de Richmond pendant la guerre de Sécession, ils décident de fuir à l’aide d’un ballon, mais échouent sur une île déserte qu’ils baptiseront l’île Lincoln.

Après avoir mené une exploration de l’île, ils s’y installent en colons mais quelque chose semble veiller sur eux : qui ? quoi ? comment ? et pourquoi ?

Comment vont-ils survivre entre la vie sauvage et les personnes qui les entourent.

Critique :
Voilà un roman que j’avais acheté durant mes vacances 2018, en seconde main, afin de le découvrir. D’habitude, je laisse mes livres vieillir comme des bons vins et je les déguste rarement en version Beaujolais Nouveau.

La preuve avec celui-ci qui a moins d’un an d’étagères de biblio alors que d’autres attendent depuis des années que je les ouvre.

Une LC avec Bianca a fait que nous avons ouvert cette bouteille dont l’étiquette nous promettait un grand cru…

Le vin étant tiré, il nous fallait le boire. Petit problème dès le départ, Bianca le dégustait en version 33cl alors que je me tapais la version nabuchodonosor, autrement dit la bouteille de 15 litres puisque je n’avais pas la version « abrégée ».

Résultat des courses ? J’ai diagonalisé ! Je m’en fous que le mot n’existe pas, je l’invente rien que pour moi et je vous le prête parce que je veux bien parier le slip de l’ingénieur Cyrus Smith que tous les lecteurs du monde l’ont un jour fait lorsque le récit était trop lent, trop lourd, trop barbant, avec trop peu d’action, avec trop de blablas et trop de science appliquée qu’on se demande parfois comment des personnages peuvent en savoir autant.

Venant de l’ingénieur Cyrus Smith, je peux le concevoir, en me forçant un peu, mais de l’adolescent Harbert qui sait tout des plantes et qui a le savoir d’une encyclopédie ou d’un moteur de recherche Gogole, ça me laisse pantoise et sceptique. sans oublier que l’île possède tout, mais vraiment tout pour les naufragés.

— Cyrus, croyez-vous qu’il existe des îles à naufragés, des îles spécialement créées pour qu’on y fasse correctement naufrage ? 

Anybref, nos naufragés tirent parti de tout, savent tout faire (mesurer des hauteurs, déterminer des longitudes et des latitudes) inventent tout, en passant du feu sans allumettes, de la poterie ou des explosifs (nitroglycérine), le tout avec moins d’éléments que le célèbre MacGyver qui réussissait déjà à tout nous faire avec une épingle et un morceau de string.

Alors oui, c’est génial, mais bon sang, à force de lire le récit de nos naufragés à qui tout sourit, ça devient passablement barbant et endormant. Un peu d’action, que diable ! Y’a pas un Tyrannosaurus rex à lâcher sur l’île mystérieuse pour donner un peu plus de peps au récit ?? Non ??

D’ailleurs, qu’est-ce qu’il y a sur cette île mystérieuse ? Des montagnes, des forêts et des îles aux trésors (et si cette phrase vous donne envie de chanter du Johnny, c’est normal, c’est subliminal !) et des tas de pauvres animaux qui vivaient tranquilles avant l’arrivée de nos 5 naufragés et de leur chien.

Vegan de tout poils, passez votre chemin, même moi j’ai été scandalisée de voir le nombre d’animaux qu’ils tuent pour bouffer ou pour utiliser… Il ne devait pas y avoir de fruits sur cette ile plus que mystérieuse.

Et gare au prédateur qui se la coulait douce sur cette île à la bouffe en open-bar, on ne pense qu’à fabriquer un fusil pour éradiquer tout autre prédateur que l’Homme sur ce bout de terre paumé dans l’océan.

C’est quand qu’on arrive à la fin du récit ??? Alors, on diagonalise ! Et on ne soupire pas d’exaspération à chaque fois que Verne écrit « ce Nègre » en parlant du personnage Nab, et on ne lève pas les yeux au ciel à chaque fois que l’on lit que ce Nègre mourrait pour sauver son maître trop gentil qui est Cyrius Smith.

Le grand cru n’était donc pas au rendez-vous pour cette dégustation, je ne suis pas entrée dans le récit de Verne, ou plutôt, je m’y suis ennuyée, piquant du nez de temps en temps, passant des paragraphes, sautant des pages et des pages, pour enfin arriver à la fin et découvrir le mystère de l’île que je connaissais déjà et je vous passerai l’anachronisme dans le fait que ces personnages se retrouvent dans ce récit !

Oui, on me dira que je n’ai pas vu les thèmes du récit qui sont la recherche de la liberté (on s’évade !), la lutte pour la survie dans un milieu hostile (on devient MacGyver avec le Manuel des Castors Juniors), le retour à l’état sauvage d’un autre personnage puisque Verne pensait qu’on ne pouvait rester seul des années sur une île sans devenir une bête (Robinson n’était pas crédible pour lui) et la rédemption pour la rémission de ses péchés (voir l’Église pour ce chapitre et vous me ferez 3 avé et 4 pater), le tout grâce à l’amitié (chialez pas, hein !).

Malgré tout, la dégustation n’a pas été au rendez-vous pour ma copinaute Bianca et moi. Et elle a encore eu plus dur que moi à le terminer !

Non pas que nous avions en main une piquette, juste que nous n’étions sans doute pas prêtes pour ce grand voyage, ce grand récit de naufrage et qu’on a préféré ouvrir notre frigo pour aller se bouffer une carotte, tant on en avait marre de voir tous ces animaux tués.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Ne lâche pas ma main : Michel Bussi [LC avec Bianca]

Titre : Ne lâche pas ma main

Auteur : Michel Bussi
Édition : Presses de la cité (2013) / Pocket (26/04/2014)

Résumé :
Soleil, palmiers, eaux turquoise de l’île de La Réunion et un couple amoureux. Cocktail parfait. Pourtant le rêve tourne au cauchemar. La femme disparaît de sa chambre d’hôtel. Son mari, soupçonné du meurtre, s’enfuit en embarquant leur gamine de six ans.

Le plan Papangue, équivalent insulaire du plan Epervier, enclenche une course-poursuite vite ponctuée de cadavres, dans un décor prodigieux et au cœur de la population la plus métissée de la planète.

Un polar qui cogne comme un verre de punch. A déguster vite, fort et frais.

Critique :
« Ne lâche pas ma main ! » Vous êtes un marrant, vous, monsieur Bussi. Comment voulez-vous que je vous tienne la main durant ma lecture, vu la distance qui nous sépare ?

Déjà que vous venez d’entrainer une petite fille de 6 ans dans votre cavale infernale avec, pour compagnon d’infortune, un père qui, au vu de ce que l’on sait, a tout d’un Jack l’Éventreur en plus expéditif et moins farfouilleur…

Oserais-je vous tenir la main ? On n’est jamais trop prudent, méfiance !

Bon, à la décharge de l’auteur, je signalerai que le voyage dans l’île de la réunion était des plus dépaysant !

Une immersion dans ce département d’outre-mer, avec son mélange ethnique et sa manière de parler si chantante que j’avais envie d’entonner ♫ Ka sa yé misyé bobo ♪ Fo pa’w kon-prann bibi sé on kouyon ♪ Si tout lé mwen o founo ♫ avant que je me souvienne que le groupe Zouk Machine était originaire de la Guadeloupe et que nous étions dans un autre océan.

Le scénario était sadique, vache, bourré de suspense, de petits traits d’humour, d’anecdotes sur l’île, ses habitants, de petits mots bien à eux (avec la traduction) et l’alternance de narrateur a donné au récit un rythme qui n’a jamais perdu son souffle, même si on s’est baladé non loin du piton de la fournaise (qui n’est pas le minou d’une prostituée !).

Comme j’ai vu tous les Columbo au moins 36 fois, je ne me suis pas laissé attraper sur un certain point, j’ai suspecté « le truc »et j’avais raison, par contre, pour le reste, je n’ai rien vu venir tant monsieur Bussi a su nous entourer d’un brouillard dense et épais, à tel point que j’ai même pensé m’être trompée d’épisode de mon lieutenant au manteau fripé.

Bon, tort tout à fait je n’avais pas, mais le reste, je ne l’ai pas vu venir et il s’est même permis, le sagouin, de me planter un coup au coeur dans le dos !

Des personnages énigmatiques, travaillés, qui évoluent, qui ont des choses à cacher, une île fort présente, avec sa population bigarrée, buvant du rhum pour oublier les problèmes, ou juste par plaisir.

Une immersion parfaite dans cette île que je connais peu et grâce à son roman, je me suis couchée moins bête, même si je l’ai terminé au matin, avant d’aller bosser. Note pour plus tard : il est dangereux de lire des romans addictifs juste avant d’aller dormir, certes, mais encore plus avant d’aller bosser !

C’est ce que j’aime aussi dans un roman policier ou un thriller, c’est qu’une ville, un pays, une île, soit un personnage à part entière (sauf si c’est mal abordé) et prenne une place importante dans l’intrigue, tout comme sa population.

Une fois de plus, Bussi m’a conquise, épaté, entrainé dans une aventure folle, mis mes nerfs à rude épreuve tant je me suis posée des questions et m’a offert un final excellent.

Bianca et moi sommes d’accord !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

 

Sang famille : Michel Bussi [LC avec Bianca]

Titre : Sang famille

Auteur : Michel Bussi
Édition : Presses de la cité (16/05/2018)

Résumé :
C’est aussi pour cela que je suis retourné cet été d’août 2000 à Mornesey, la petite île anglo-normande au large de Granville où j’ai passé les premières années de ma vie.

C’est alors que tout à basculé dans la folie.

Quel rapport entre mon histoire et l’évasion de deux prisonniers lors d’un transfert vers le centre de détentin, semant la panique sur Mornesey au coeur de la saison touristique ?

Dois-je croire les légendes de l’île ? Mornesey serait peuplée de bagnards et de leurs descendants… Un trésor légendaire, la Folie-Mazarin, dormirait dans le labyrinthe de souterrains creusés sous l’île.

A qui puis-je faire confiance ?

Critique :
Niveau de l’addiction, ce polar tient la route et le rythme en alternant les chapitres avec l’enquête de Colin sur le décès de ses parents et celle de Simon Casanova sur un des évadés de l’île.

Le début commence doucement, afin de ne pas essouffler le lecteur, l’échauffement commence progressivement, on échauffe le récit petit à petit et on fait bouger les muscles tout doucement afin d’éviter le claquage littéraire au bout d’un cent pages trop rapides.

Après ce petit footing de décrassage et cool, on commence à monter dans les tours, mais toujours en douceur afin de ne rien froisser et puis, petit à petit, sans même s’en rendre compte, le tapis de course va plus vite et nous, on suit le rythme, oubliant même parfois de respirer. On est intrigué, harponné, alpagué…

Gros moment de panique à la moitié du marathon : voilà ti pas que l’auteur nous divulgue déjà qui sera maillot jaune champion du monde ! Quoi ? Mais enfin, s’il nous dévoile tout, qu’est ce qu’on va faire pendant les 200 pages restantes ? On va aller à la pêche aux moules ? Non mais allo quoi ??

Femme de peu de foi que je suis toujours ! Je devrais pourtant connaître Michel Bussi, ce n’est pas la première fois, lui et moi… (Que nous faisons un marathon ensemble ! What did you expect ?) Je devrais savoir que tant que le dernier coup de sifflet n’est pas donné, tant que la dernière ligne droite sur les Champs Zé n’est pas franchie, la course, le match, peuvent encore basculer !

Et pour basculer, ça a basculé dans le dernier quart d’heure à tel point que je ne savais plus pronostiquer l’issue du match, ni qui mouillait son maillot pour nous ou lequel allait marquer contre son camp à l’insu de notre plein gré.

Excellent, l’ami ! Bon, j’ai tout de même senti arriver une partie du peloton (Holmes, sors de mon corps), je l’ai senti tellement fort qu’il est arrivé dans mon dos sans me surprendre, mais peu après, là, jamais je n’aurais pensé que ce vieux cheval de retour prendrait le mors aux dents pour m’embarquer dans un truc de fou, une course de malade pour franchir l’arrivée en champion du monde du plus beau salopard de bidouilleur d’enfoiré de sa race.

Là, je ne m’y attendais pas et je me suis fait un plaisir monstre en passant la seconde mi-temps de ce roman. La première était déjà riche, mais la suivante, là, on ne savait plus où donner de la tête pour suivre les retournements de situations.

Chapeau pour un premier roman qui pose déjà les bases des suivants avec la confiance dans les autres, la quête de l’identité, les questions sur la filiation, l’adolescence et ses soucis, la manipulation des autres, l’irrationnel qui pourtant finit par s’expliquer logiquement…

Chapeau pour l’intrigue qui est partie là où je ne l’attendais pas, chapeau pour les multiples surprises qui parsèment la course, les chausses-trappes et autres pièges, chapeau aussi pour les participants qui ont tous quelque chose à apporter au récit, sans que l’on sache toujours dans quelle équipe ils jouent vraiment.

Un roman mêlant adroitement la quête de soi, la grande évasion, la chasse au trésor, le Club des Cinq version plus mâture et du Agatha Christie sous amphèt pour avoir manipulé ainsi les codes du policier.

Bianca et moi sur la même longueur d’ondes !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

 

Mycroft Holmes : Kareem Abdul-Jabbar & Anna Waterhouse

Titre : Mycroft Holmes

Auteurs : Kareem Abdul-Jabbar & Anna Waterhouse
Édition : Bragelonne (14/09/2016)
Édition Originale : Mycroft Holmes (2015)
Traducteur : Benjamin Kuntzer

Résumé :
Tout juste sorti de Cambridge, Mycroft Holmes commence déjà à se faire un nom au sein du gouvernement. Ce diplomate des plus britanniques entretient des liens forts avec la lointaine île de Trinité, où est né son meilleur ami Cyrus Douglas et a grandi Georgiana Sutton, sa fiancée.

Lorsque des rumeurs courent autour de mystérieuses disparitions à Trinité, d’étranges empreintes dans le sable et d’esprits attirant à la mort des enfants retrouvés vidés de leur sang, le trio se retrouve pris dans un tissu de sombres secrets qui se révèlent de plus en plus dangereux..

Critique :
Une aventure du grand frère de Sherlock, Mycroft, une aventure qui nous promettait bien des mystères avec ces enfants retrouvés morts, vidés de leur sang par des créatures qui ont les pieds à l’envers…

Le tout dans une ambiance exotique puisque nous irons jusque sur l’île de Trinidad pour une enquête mélangeant les temps morts, les redondances, les longueurs et de l’action pour un final grandiloquent et peut-être un poil trop exagéré…

À croire que le nom de Sherlock Holmes est vendeur puisque ces dernières années, on nous le met à toutes les sauces et qu’on sort même des livres avec, pour personnages principaux, des acteurs du canon holmésien.

Je veux bien que dans cette aventure, Mycroft est jeune et que ce qu’il a enduré dans ses pages pourrait bien le changer à jamais, mais je n’ai pas vraiment reconnu le Mycroft canonique dans cette aventure folle.

Les déductions y sont, l’homme est brillant, intelligent, il surclasse les autres, mais il est amoureux à en devenir bête d’amûr et se conduit dans ce roman tel un Indiana Jones ayant bouffé du James Bond au petit déjeuner et bu de l’Ovomaltine « John McClane » tant il est survolté !

Purée, il bondit dans tous les sens et nous sommes loin de l’homme indolent ne faisant que quelques pas journalier que nous croiserons dans l’oeuvre de Conan Doyle. Là, faudra qu’on m’explique comment il est passé de « j’ai la flamme » à « j’ai la flemme ».

Il y avait du bon dans ce roman, d’ailleurs, même si les quelques longueurs m’ont ralenti dans ma lecture, le reste, je l’ai dévoré avec appétit, mais la cuisine manquait d’épices, de sel, de cuisson, de réflexion et on a l’impression que le final est bousculé, qu’il arrive tel un chien dans un jeu de quille et les explications sont bâclées, expédiées rapidement et nous n’aurons même pas toutes les explications (ou alors, j’ai zappé une page sans m’en rendre compte).

Si vous chercher du Sherlock Holmes pur jus, vous serez déçus, d’ailleurs, le futur détective ne fera qu’une brève apparition dans un chapitre et c’est tout. Que les holmésiens pur jus passent aussi leur chemin, ils pourraient être déroutés.

Maintenant, si on cherche l’évasion à moindre coût, c’est l’occasion de se faire plaisir car le livre est un bien bel objet (j’entends Gerra qui imite Bellemare dans ma tête).

Un roman classé Steampunk alors qu’il n’en est rien, un roman qui se lit comme un livre d’action (avec des temps morts assez long pour avoir le temps de boire son café ou de faire sa vaisselle), dont le final est survolté et digne d’un film d’action à petit budget scénariste mais qui se rattrape dans les explosions et le suspense larmoyant où l’on a aucun doute sur l’issue de l’affaire.

Un scénario qui aurait mérité un travail plus fin parce que l’idée de départ était bonne, l’arbre que cachait la forêt aussi, mais les explications finales sont un peu trop vite expédiées alors qu’elles auraient méritées quelques pages de plus pour au moins creuser un peu plus le pourquoi du comment certains personnages se retrouvent à tremper dans ce brol moralement condamnable, sans compter certaines choses un peu téléphonées…

Un Mycroft Holmes plus que Canada Dry© car il n’en avait même pas la couleur ! Pour moi, il se serait appelé Truc Muche que ça aurait du pareil au même, mais évidemment, il n’aurait pas bénéficié de l’aura du nom prestigieux du grand frère du détective de Baker Street.

PS : Private joke pour Titine (Plaisirs à cultiver) et son idée de challenge « Trinité et Tobago » qu’elle voulais proposer afin d’être sûre que je ne l’inonderais pas de billets comme au bon vieux temps du Mois Anglais qu’elle organisait conjointement avec Lou et Cryssilda ! Et bien si, j’aurais au moins eu un billet ! PTDR

 

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).

Promesse – Département V – Jussi Adler-Olsen

Titre : Promesse – Département V

Auteur : Jussi Adler-Olsen
Édition : Albin Michel (2016)

Résumé :
Bornholm, une île danoise de la mer baltique, fin des années 1990. Le cadavre d’une jeune fille est retrouvé dans un arbre, son vélo broyé au bord de la route. Aucune trace du chauffard : affaire classée.

Sauf pour un inspecteur de la police locale qui finit dix-sept ans plus tard par demander l’aide de l’inspecteur Carl Mørck. Avant de se tirer une balle dans la tête.

À l’initiative de Rose, l’assistante du flegmatique Mørck, l’insolite trio du Département V en charge des cold cases débarque sur l’île de Bornholm. En remuant le passé, ils prennent le risque de réveiller de vieux démons…

Critique : 
Lire le dernier Adler-Olsen, c’est comme revoir des amis très chers chez soi, des amis que l’on ne verrait qu’une fois par an.

Alors, on est partagé entre la hâte de les retrouver tout de suite ou l’envie de faire trainer les choses pour ne pas que le plaisir finisse si vite et devoir attendre 1 an avant de les retrouver…

Notre trio – quatuor en comptant Gordon – est toujours aussi frappadingue.

Entre le vice-commissaire Carl Mørk qui ne demande qu’à poser ses pieds sur le bureau pour une sieste; son adjoint Assad, le ténébreux et mystérieux syrien avide de citations sur les camélidés et Rose la… pétillante (veux pas risquer de perdre ma vie en écrivant qu’elle est plus barrée que les 2 autres), on peut dire que l’équipe est originale et sors des sentiers rabattus des équipes de flics.

Mais le vent de Sibérie était une tiède brise comparé au regard glacial de Rose.

Assad secoua la tête, l’air désolé. Il ne devait pas y avoir de dicton de dromadaire qui convienne à la situation.

Un cold case qui va les entrainer sur des pistes plus froides que la libido d’une nonne morte il y a 600 ans, des indices plus maigres qu’un moineau qui mange pas et cette horrible sensation qu’ils sont dans une impasse et qu’ils n’arriveront pas à faire la lumière sur cet accident qui eut lieu vers 1999.

Servi par une écriture qui fait mouche et un scénario tip-top composé de l’enquête et des moments de vie, notre équipe va remonter la piste cahin-caha, entrainant le lecteur avec lui pour arriver à un final inattendu et à cent lieues de ce que je pensais. L’auteur m’a encore bien berné.

— Tu es drôlement pâle aujourd’hui, Rose. Mais au moins on avance, comme le chameau dit au dromadaire qui se plaignait de son cavalier qui lui donnait des coups de cravache.

Ce que j’aime, avec cette équipe, c’est qu’au fil de leurs enquêtes, on en apprend un petit peu plus sur eux et je dois dire qu’il y a des secrets assez chaud boulette dedans ! Mais je ne sais pas encore tout… Déjà que le cousin a lancé un pavé dans la mer suivit par un hypnotiseur… Ça promet pour la suite.

Mon seul bémol sera pour le manque d’émotions… Ici, nous sommes face à un excellent cold case, certes, mais qui n’explore pas une partie sombre du Danemark.

Le frère de Merete m’avait émue dans le premier, j’avais frémi de dégoût devant les frasque des étudiants dans le 2ème, les femmes de l’asile m’avaient fait mal au cœur dans le 4ème (pas lu le 3ème) et Marco du 5ème tome m’avait mis de l’eau dans les yeux.

Ici, nous avons une enquête, excellente et qui réserve son lot de surprise, mais je n’ai pas sorti les kleenex comme d’habitude.

Un trio hors norme, des personnages bien calibrés, une enquête palpitante, un pied dans deux époques, une piste froide mais qui se réchauffe au fil des pages, de l’humour, des dictons sur les chameaux ou les dromadaires, du cynisme, du suspense, un final survolté (mdr), des références à Holmes et l’envie de retrouver mes amis du Département V l’année prochaine.

— Élémentaire, mon cher Watson. Si vous me permettez, répliqua Rose.

Pas besoin d’être Sherlock Holmes pour imaginer ce qui s’était passé cette nuit, et s’en amuser.

Avec le côté sombre du Danemark et l’émotion, je l’espère, parce que l’auteur est doué pour me coller une crasse dans l’œil.

Parce que, comme disait le dromadaire au chameau : l’humidité de l’œil, c’est important.

— Vous avez déjà marché contre le vent derrière un chameau qui a la colique, chef ? demanda Assad après avoir reniflé l’air ambiant.

— Ouh là là ! gémit Assad en voyant l’étendue du désastre. Vous ne connaissez pas le dicton, chef, alors : Un homme avisé ne pisse pas contre le vent.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016) et le Challenge « Nordique 2016 » chez Mes chroniques Littéraires.

CHALLENGE - Thrillers et polars 2015-2016 CHALLENGE - Nordique loups_scandinavie