Helldorado – Tome 01 – Santa Maladria : Jean-David Morvan, Ignacio Noé et Miroslav Dragan

Titre : Helldorado – Tome 01 – Santa Maladria

Scénariste : Jean-David Morvan & Miroslav Dragan
Dessinateur : Ignacio Noé 🇦🇷

Édition : Casterman Ligne d’horizon (2006)

Résumé :
Quelque part sur une île tropicale, un village indien s’éveille dans la douceur de l’aube.

Mais l’enfer se déchaîne bientôt : un escadron de conquistadors a cerné les lieux, et massacre jusqu’au dernier tous les habitants, femmes et enfants compris. Toutes les apparences d’un crime gratuit, impardonnable.

Mais peut-être la réalité est-elle plus complexe qu’il n’y paraît. Car ce n’est pas une « simple » guerre conventionnelle qui oppose les Espagnols aux indigènes, les Indiens Syyanas.

Un troisième belligérant parcourt le théâtre des opérations, frappant indistinctement dans les deux camps sans jamais faire de quartier : une maladie mortelle foudroyante, si effrayante qu’on s’est même refusé à la nommer.

Critique :
Les premières pages sont sans paroles, mais le poids des images donne le ton : une femme découvre les soldats espagnols dans son village, ils vont charger… Ils chargent…

Pleurs, cris muets, fosses communes creusées, habitants du village entassé dans les tranchées creusées et abattus par balles puis on incendiera les cadavres.

Il faut attendre la page 10 pour avoir du dialogue. Le récit commence dans la violence gratuite et le sang.

Les Conquistadors tuent ainsi chaque fois, mais ils ne pillent rien, ne volent rien (si ce n’est la vie des habitants), n’emportent rien. Bizarre.

Hutatsu et Dathcino sont 2 jeunes Syyanas qui passent après les massacres et ne se privent pas pour prendre les affaires ou la nourriture des assassinés. Vous me direz qu’elle ne servira à personne et qu’ils n’ont pas de sang sur les mains, ces deux gamins.

De plus, si les autochtones de l’île se serrent les coudes, c’est depuis que l’Homme Blanc massacre des villages entiers, avant, durant l’épidémie, les riches se soignaient et laissaient crever les pauvres.

Les Conquistadors sont bien entendu guidés par la main de Dieu, qui leur donne une mission, comme une rédemption, et blablabla…

Le capitaine des Conquistadors a une sale gueule (on comprendra ensuite pourquoi) et est très croyant (sa casa est remplie de crucifix de toutes tailles), comme tout le monde à cette époque, pensant que la maladie qui a touché les Indiens a été envoyée par le Diable.

Si les dessins ne m’ont pas trop emballés, ils ne m’ont pas trop perturbés non plus. Les couleurs sont dans des tons pastels, douces, lumineuses. Agréables pour les yeux.

Pour l’instant, je ne sais pas trop où cette série va m’emmener. Les thèmes abordés sont connus, on sait que les Espagnols n’ont pas été des gentils lors de leur conquête des Amériques, que ce furent des bains de sang, des massacres, des génocides…

Nous avons beau le savoir, les 7 premières planches, muettes et extrêmement violentes, mettent déjà au tapis le pauvre lecteur qui ne s’attendait pas à un tel déchaînement de violence dès le départ.

D’habitude, les auteurs prennent le temps de présenter leur univers, là, on envoie du lourd directement. Ça déstabilise, mais ça remet les idées en place.

Du côté des Indiens Syyanas, ce n’est pas mieux. Les gens accusés sont divisés en trois catégories et seule l’une d’entre elles est passable (défendre la cité), les autres, ont les plaint, dont nos deux gamins pilleurs du début.

Ce premier tome me laisse un peu sur ma faim, mais j’ai au moins l’envie de poursuivre la série afin de savoir où les auteurs veulent en venir. Sur des scénarios convenus ou intéressants ? Je ne le saurai qu’en découvrant les deux tomes suivants.

Contrairement à d’autres séries, je vais poursuivre.

Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 48 pages) et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°35).

 

Hombre : Peter Wiechmann et Rafael Méndez

Titre : Hombre

Scénariste : Peter Wiechmann
Dessinateur : Rafael Méndez 🇪🇸

Édition : Clair de Lune (2011)

Résumé :
Hombre est poursuivi par la justice – par un « Pinkerton », pour des crimes qu’il n’aurait pas commis.

Mais c’est en fait un « juste », qui prend toujours le parti des faibles. Et c’est dur d’être bon dans le monde de brutes du far west !

Critique :
Hombre est une bande dessinée étiquetée « noir et blanc », mais en fait, les planches sont dans des tons bordeaux, bruns, comme les vieilles bédés souples du temps de mon père.

Les « Bessy » étaient publiés dans ces mêmes tons, en alternance avec de ceux en bleus. Ce n’est donc pas une première pour moi.

Mes premières impressions avec les dessins sont bonnes, je les apprécie. Les visages sont expressifs, les décors bien esquissés, l’action bien rendue.

Hombre a deux chasseurs de têtes à ses basques, dont un de la Pinkerton. À force de lui courir après, l’agent a développé pour lui du respect et c’est réciproque puisque Hombre, bien qu’il lui fausse compagnie, n’hésitera pas à venir le sauver des griffes des Apaches.

Cet album est un recueil des aventures de Hombres et entre deux histoires, il y a des pages explicatives sur la vie à cette époque, sur l’Amérique, les Apaches, les Outlaws, le chemin de fer… De quoi se cultiver un peu et toujours en rapport avec l’histoire lue précédemment.

Hombre est un fugitif ingénieux, intrépide, bon tireur, sachant survivre dans les territoires Indiens et faisant en sorte de ne pas les tuer s’il peut les étourdir et s’enfuir. C’est un homme bon, rusé et possédant de la morale. Le défenseur de la veuve et des orphelins.

Hombre, c’est une sorte d’ »Agence tous risques » à lui tout seul. Condamné alors qu’il est innocent, il aide les autres, mais n’accepte pas d’être aidé.

Comme dans tout bon western, on a des belles jeunes filles qui se font enlever, puis à peine sortie des griffes des Comancheros, se refont enlever par d’autres salopards et notre bon Hombre se met à la recherche de la jolie jeune fille en détresse. Rien d’exceptionnel, juste du classique !

Malgré le côté ultra-classique de l’album, j’ai malgré tout passé un chouette moment de lecture, les dessins rétros m’ayant emmené dans le passé, lorsque je lisais les vieilles bédés appartenant à mon père (quand il était gamin).

Ça ne révolutionnera pas le genre… Un western pour ceux et celles qui aiment les chevauchées, les condamnés innocents redresseurs de torts, les chevaliers à la longue carabine (non, rien de sexuel, merci) qui sauvent les jeunes filles en détresse, les pauvres gens et qui ensuite, s’en vont vers d’autres aventures.

C’est une bédé qui contribue au moral.

Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur, Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°114] et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°25).

Les dragons de la frontière – Tome 2 – Cuerno verde : Gregorio Muro Harriet et Iván Gil

Titre : Les dragons de la frontière – Tome 2 – Cuerno verde

Scénariste : Gregorio Muro Harriet 🇪🇸
Dessinateur : Iván Gil 🇪🇸

Édition : Glénat (13/10/2021)

Résumé :
Un Ouest mythique. Des cavaliers de légende. 1779. Les séries de raids meurtriers menés par le chef Tavibo Narigant, que les espagnols surnomment Cuerno Verde, ont fini de convaincre le gouverneur Juan Bautista de Anza de s’attaquer à ce dangereux chef de guerre comanche.

De Santa Fe au Nouveau-Mexique, il rassemble quelques 150 dragons accompagnés de 450 miliciens espagnols et indiens avant de pénétrer dans la comancheria.

En parallèle, dans le camp comanche, Madeline n’espère même plus être sauvée. Elle a embrassé son rôle de protectrice des femmes prisonnières du camp. Mais très bientôt, la guerre, le chaos et la mort viendront bouleverser le triste quotidien auquel elle s’était accoutumée.

Western espagnol plein de sang, de drames et d’héroïsme, Les Dragons de la Frontière réussit le tour de force de respecter les codes du genre tout en y apportant un nouveau souffle, et nous replonge dans les décors mythiques de la légende de l’Ouest américain.

Critique :
Suite et fin du premier tome… Il y aura peut-être une suite, mais en attendant, avec ces deux albums, on a une histoire qui est clôturée.

Le western qui n’en est pas un continue d’être agréable à lire, sans pour autant arriver à devenir exceptionnel. Il ne manquait pas grand-chose à cette bédé pour arriver à me conquérir tout à fait, hélas, elle n’y est pas arrivée vraiment.

Malgré tout, j’ai apprécié de découvrir ce pan méconnu de la colonisation de l’Amérique par les Espagnols et de voir que leurs actes, leurs pensées, n’étaient pas si différentes de celles des Européens qui sont venus ensuite.

Les Indiens avaient déjà dû subir bien des avanies avec les Espagnols, mais ce fut pire ensuite.

Dans ce second tome, le gouverneur Anza a réussi à intégrer les pacifiques Hopis dans ses troupes afin qu’ils l’aident à combattre les terribles guerriers Comanches dirigés par Cuerno Verde.

On ne s’ennuie pas durant sa lecture, le scénariste s’est documenté sur le sujet, on sent qu’il le maîtrise et que nous lisons une page d’Histoire, même si elle est romancée. Plusieurs personnages se détachent du lot, on en apprend un peu plus sur leur histoire, ce qui les rend plus attachants.

Maintenant, j’en sais un peu plus sur cette période de colonisation espagnole dans ce qui deviendra le Mexique et une partie des États-Unis.

Finalement, si ce diptyque ne m’a pas entièrement conquise, j’en ressors tout de même contente de l’avoir découvert, car il m’a éclairé sur une période méconnue de l’Histoire.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°209], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages), Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°113] et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°23).

Les dragons de la frontière – Tome 1 – La piste de Santa Fe : Gregorio Muro Harriet et Ivan Gil

Titre : Les dragons de la frontière – Tome 1 – La piste de Santa Fe

Scénariste : Gregorio Muro Harriet 🇪🇸
Dessinateur : Ivan Gil 🇪🇸

Édition : Glénat (17/02/2021)

Résumé :
Un Ouest mythique. Des cavaliers de légende. Mai 1774. Miguel, jeune vétérinaire, est membre d’un convoi de bétail mené par une troupe de dragons de Cuera, ces fameux cavaliers lanciers espagnols chargés de garder la frontière nord-américaine de l’empire espagnol.

Mais à l’issue d’une attaque de leur caravane par des Apaches, Miguel est capturé avec Madeleine, une religieuse. Adoptés par le chef de la tribu, les jeunes gens n’auront d’autre choix que de s’adapter à la rude vie de leur nouvelle  » famille « .

Malgré eux, ils seront pris au cœur d’une tourmente guerrière opposant Apaches, Comanches et dragons de Cuera…

Western espagnol plein de sang, de drames et d’héroïsme, Les Dragons de la frontière réussit le tour de force de respecter les codes du genre tout en y apportant un nouveau souffle, et nous replonge dans les décors mythiques où s’est écrite la légende de l’Ouest américain.

Critique :
Voilà un western comme j’en ai peu vu dans ma vie de lectrice ! Nou sommes en 1774, alors, exit les cow-boys, vive les Lanciers Espagnols des Dragons.

Enfin, on se comprend… Cela reste des colonisateurs et ils auront déjà bien massacrés les Amérindiens avant l’arrivée des suivants qui poursuivront les tueries commencées.

Attention, les Apaches Mescaleros ne sont pas des moutons que l’on envoie à l’abattoir sans qu’ils restent sans rien faire. Ce sont de terribles guerriers et les Comanches sont encore pires.

Les Apaches ont enlevés une jeune nonne, à la mission et Miguel, un jeune lancier, se lance à leur poursuite pour tenter de récupérer la jeune épouse du Christ (qu’on se demande s’il ne voudrait pas qu’elle divorce pour l’épouser lui).

Miguel, c’est une tête brûlée, il fonce sans réfléchir, il a des soucis avec les ordres, n’écoute pas la hiérarchie, mais c’est aussi un homme intelligent, sorte de MacGyver sans couteau suisse.

L’album est rythmé, composé aussi de cases sans paroles, notamment dans une attaque du camp des Apaches et dans la course-poursuite. Les dessins sont bien exécutés, les couleurs sont chaudes, agréables, elles reflètent bien les tons des plaines arides où règne la sécheresse.

Les Apaches sont décrits comme impitoyables et pourtant, le chef sera assez gentil avec Madeleine, la jeune nonne (bon, tout est relatif, il l’a enlevé pour en faire sa femme, sans lui demander son avis).

Les Dragons Espagnols ne sont pas des anges non plus, bien que, dans ce premier album, ils semblent être plus « gentils » que les Apaches. À voir l’évolution dans le deuxième tome.

Difficile de juger après un seul album, mais je garde en tête que les dessins sont bien exécutés, que le scénario ne manque pas de dynamisme, d’aventures, de rebondissements, mais, pour le moment, il manque un peu de profondeur.

En tout cas, cela change des westerns classiques se déroulant post 1850 puisque nous sommes en plein dans conquête espagnole du XVIe siècle et que c’est un sujet peu souvent traité dans les romans du genre.

Une bédé qui explore une autre époque de l’Ouest Mythique, qui se place à la frontière avec les États-Unis, côté Mexique et qui nous montre la dure vie des colons dans ces contrées hostiles, sous un soleil implacable.

Il me faudra lire la suite pour me faire une opinion tranchée, mais si je ne suis pas super conquise par ma lecture, j’ai tout de même passé un bon moment de détente et elle avait du bon.

Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages), Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°110] et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°05). ).

 

Indeh – Une histoire des guerres apaches : Greg Ruth et Ethan Hawke

Titre : Indeh – Une histoire des guerres apaches

Scénariste :
Dessinateur :

Édition : Hachette Comics (22/03/2017)
Édition Originale : Indeh (Signed Edition): A Story of the Apache Wars (2016)
Traduction : Pascal Bataillard

Résumé :
Année 1872. Au coeur des territoires apaches – vaste région déchirée par des décennies de guerres -, Goyahkla, jeune et brave parmi les braves, vient de perdre sa famille et tout ce qui lui était cher.

Une vision l’amène à rejoindre le chef apache Cochise. Il prend ensuite la tête d’une attaque contre le village mexicain d’Azripe, où il fait montre d’un courage insensé. Ce jeune guerrier est dès lors à jamais transformé : Goyahkla sera désormais Geronimo, héros de tous les Indiens d’Amérique du Nord.

Cette attaque n’est qu’un épisode d’un très long combat. Le mot Indeh, qui signifie « les morts », monte aux lèvres des Apaches, chaque fois qu’ils se battent contre l’ennemi et perdent des êtres chers, en défendant leur terre et leur culture.

Le jour où une paix durable semble avoir été atteinte, la guerre paraît enfin terminée… Mais en est-il vraiment ainsi ?

Critique :
Dans cet épais comics, les guerres Apaches seront vues du côté des Apaches, et non selon le point de vue des Tuniques Bleues.

Heureusement que les mentalités ont un peu changées et que maintenant, on comprend que les colons ont été injustes envers les Amérindiens, cherchant toujours le prétexte pour les exterminer.

Et si pas de prétexte valable, on en inventait un, on mettait en scène des massacres dont on accusait les Indiens et hop, c’était reparti pour un tour.

Dans cet ouvrage, il y a peu d’Homme Blanc qui ont la langue droite. Un militaire sera plus indulgent que ses pairs, plus intelligent aussi, comprenant que Cochise n’a pas enlevé de l’homme qui l’accuse et que tout ceci va mal se terminer.

Qu’il est difficile d’être le seul à s’ériger contre les autres, à défendre ceux que personne ne veut défendre, à faire preuve d’humanité, d’écoute, là où tous les autres ne veulent qu’une seule chose : exterminer la vermine Indienne (ce sont leurs mots, pas mes pensées).

La perfidie et la lâcheté des militaires Blancs atteint des sommets de cruauté lorsqu’ils assassineront Mangas Coloradas, venu négocier la paix et qui finira la tête coupée, mise à bouillir dans un chaudron… Non, les barbares ne sont pas toujours ceux que l’on pense.

Les Apaches voulaient la paix, leurs ennemis étaient les Mexicains. Suite à des injustices, leur colère va se concentrer sur les Visages Pâles et bien des innocents vont périr.

Lorsque l’on s’attaque à votre culture, à ce qui fait de vous tient à cœur, à vos terres, à votre mode de vie, pour aller vous parquer dans des réserves stériles et vous y laisser crever de faim, il est normal que l’on se révolte. Qui sème le vent récolte la tempête et nos anglo-saxons auraient dû méditer sur cette maxime.

Les dessins, en noir et blanc, sont sublimes ! Les crayonnés mettent en valeur des personnages, les accentuent, en laissant d’autres en arrière-plan. Le scénario était déjà très fort, mais les dessins finissent de vous clouer au fauteuil et rendent les émotions encore plus palpables.

Chronique d’un génocide dont on ne lui donnera jamais le nom… Pourtant, c’est un génocide qui a eu lieu : les envahisseurs Blancs n’avaient pas encore assez avec l’immensité de ce nouveau continent, ils leur fallait aussi le peu que les Indiens possédaient : des terres riches, du gibier et de l’or, qui n’intéressait pas ce peuple car inutile, pour eux.

Les Apaches se disaient « Indah » (les vivants) et à cause des colons, des militaires, ils devinrent des « Indeh » (le peuple mort) : lorsqu’un Blanc tombait, il était vite remplacé, mais lorsqu’un Indien tombait, personne n’était là pour prendre sa place.

L’Homme Blanc était comme un nuage de criquet fondant sur une contrée…

Un roman graphique d’une intensité rare, d’une puissance folle, bourré d’émotions, qui vous serrent les tripes car c’est aussi la chronique d’une mort annoncée, celle d’un peuple qui s’est fait génocider (néologisme offert) pour l’appât du gain, parce qu’il était différent et que l’on ne tolère pas la différence…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°100], et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°97].

Les pionniers : Ernest Haycox

Titre : Les pionniers

Auteur : Ernest Haycox
Édition : Actes Sud – L’Ouest, le vrai (06/01/2021)
Édition Originale : The Earthbreakers (1952)
Traduction : Fabienne Duvigneau

Résumé :
Ils viennent du Missouri et ont tout abandonné dans l’espoir de trouver une terre à des milliers de kilomètres de leurs foyers. Ils ont entassé leurs maigres possessions dans des chariots et traversent les grandes plaines, puis les montagnes Rocheuses où ils affrontent les rapides du fleuve Columbia.

Leur trajet ouvre la célèbre Piste de l’Oregon, qui sera plus tard empruntée par de nombreux migrants en route vers l’Ouest et la terre promise.

C’est un voyage qui a tout d’une grandiose épopée, peuplé d’hommes et de femmes qui souffrent de la faim et du froid, qui connaissent la solidarité autant que les rivalités, qui cherchent l’amour aussi.

Lorsqu’ils parviennent enfin à destination, ils construisent des cabanes, labourent un sol jusque-là inexploré, et installent peu à peu les bases de ce qui deviendra plus tard une société civilisée, avec ses lois, ses règles et ses usages.

Critique :
Dans ce western, qui parle du voyage et de l’installation de pionniers dans l’Oregon, nous sommes loin du côté humoristique utilisé par Morris (et Goscinny) dans Lucky Luke.

Ici, lorsque l’on tombe à l’eau, on risque de mourir, si on prend froid aussi, si on se prend un mauvais coup… Bref, que du concret et du réaliste, dans ce western qui tient plus d’un récit « témoignages » que des duels devant le saloon.

N’ouvrez pas ce roman si vous cherchez du trépidant. Ici, les pionniers ont avancé au rythme du pas des bœufs, des chevaux, des radeaux et lors de leur installation, ils ont suivi le rythme des saisons.

Pas de précipitation dans le récit de Haycox ! Il prend le temps de poser ses personnages, de leur donner de la profondeur, de décrire les éléments météorologiques, les saisons, l’installation des pionniers.

Roman choral, il donnera la parole à plusieurs personnages, tous disparates, mais reprenant un beau panel de ce qu’est l’humanité, sans que l’on ait l’impression qu’il ait fait en sorte de placer tout sorte de gens, comme c’est souvent le cas dans des films ou des séries. Non, ici, on sent que les portraits sont réalistes et pas forcés.

On a beau être dans un western avec tous les codes du genre, ce qui frappe, c’est qu’ensuite on fait en sorte de s’en affranchir. Oubliez les films vus à la télé, dans ce récit, on est aux antipodes de ce que l’on connaît.

C’est une écriture contemplative qu’Haycox nous offre, quasi crépusculaire, résultant de ses lectures de lettres de pionniers, afin que son récit soit le plus juste possible. Dans les films, aucun réalisateur ne montrera jamais les difficultés rencontrées par les colons, ou alors, se sera dans une plaine, jamais dans des sentiers sinueux des montagnes ou à traverser des torrents démontés.

Dans cet affranchissement des codes, en plus de la Nature hostile, on a le respect des personnages : jamais l’auteur ne dénigre les Indiens ou les femmes. On sent le respect qu’il leur porte. L’ouvrage ayant été publié en 1952, c’était tout de même culotté d’oser défendre les oppressé(e)s.

Certains de ses personnages dénigreront femmes et Indiens (on a un salaud et des têtes-brûlées), mais les femmes dans ses pages ne sont pas toutes muettes, elles peuvent avoir du répondant, de la hargne, être parfaitement au courant de leur situation merdique qui les oblige à se marier pour survivre et de subir durant toute leur vie cette inégalité de traitement entre elles et les hommes.

Par contre, la religion est moquée au travers du pasteur qui voit le diable chez tout le monde, Rice Burnett ne se privant pas de demander au pasteur s’il a une religion différente le dimanche du lundi… Malgré tout, le discours du pasteur évoluera au fil des pages et lui-même se mettra à douter de temps en temps.

L’hypocrisie, qu’elle soit religieuse ou du fait des Hommes sera souvent pointée du doigt dans ce récit, notamment lorsque les esprits s’échaufferont afin d’aller punir les Indiens du coin d’une agression. Les pionniers n’en sortiront pas grandis car voler plus pauvre que soi n’est guère reluisant.

La brochette de personnages est copieuse, il faudra rester attentif car l’auteur les nommera par leurs noms de famille, mais aussi par leurs prénoms, ce qui est déstabilisant car ils sont nombreux. Il m’a fallu un peu de temps avant de tous les distinguer et les reconnaître.

Le récit est âpre, les colons feront face aux éléments, à la Nature, hostile, et il leur sera difficile de gagner leur vie, parfois même, il leur sera difficile d’assurer leurs moyens de subsistance. Certains regretteront même d’avoir lâché la proie pour l’ombre.

Voilà donc un western qui tranche avec le genre que l’on connaît, qui ressemblerait plus à des témoignages, réunis dans un roman, qu’à une fiction, tant le réalisme est présent dans la vie de ces colons.

Les portraits des personnages sont bien exécutés, leur psychologie est creusée et rien n’est figé, même si pour certains (et certaines), on pourra chasser leur naturel tant que l’on voudra, il reviendra au galop.

Un magnifique western qui prend son temps. À lire sans se presser, afin de déguster les multiples récits qui l’émaillent et qui donnent de l’épaisseur à l’ensemble.

Un western où les duels sont la plupart du temps contre la Nature ou les éléments météorologiques, qui ne vous font aucun cadeau. La Nature est piégeuse et en aucun cas ressourçante.

et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

Undertaker – Tome 6 – Salvaje : Xavier Dorison et Ralph Meyer

Titre : Undertaker – Tome 6 – Salvaje

Scénariste : Xavier Dorison
Dessinateur : Ralph Meyer

Édition : Dargaud (27/08/2021)

Résumé :
Dans L’Indien blanc, Sid Beauchamp était chargé par Joséphine Barclay de retrouver la dépouille de son fils, Caleb, réduit en esclavage par les Apaches et enterré au cœur des terres interdites d’Arizona.

Pour mener à bien cette mission, il a fait appel à Jonas Crow, son ami de jeunesse devenu croque-mort. Ce qu’il ne lui a pas dit, c’est qu’il a lui-même empoisonné Caleb. Et que celui-ci, marié à une Indienne nommée Salvaje, avait embrassé la cause du peuple Apache sous le nom de guerre d’Indien Blanc.

De retour avec le cadavre de Caleb, Salvaje et Chato, l’enfant né de leur union, Beauchamp savoure son triomphe. Il va enfin pouvoir épouser Joséphine, la femme la plus riche de Tucson. À condition que Jonas Crow s’en tienne à la version officielle et ne révèle à personne que Sid est responsable de la mort du jeune homme.

Mais Salvaje, avec l’aide de Jonas, est bien décidée à venger la mémoire de l’Indien Blanc…

Critique :
Une fois encore, Undertaker est à la hauteur de sa réputation !

Sans dépasser la gueule cassée de Blueberry, il se hisse tout de même à sa cheville, ce qui, vu le niveau atteint par certains albums du duo Charlier/Giraud, n’est pas une mince affaire.

De toutes façons, les scénarios de Dorison ne sont pas ceux de Charlier et les deux séries sont différentes.

Évidemment, on aime comparer une nouvelle série avec d’autres qui ont atteint des sommets. Moi, j’apprécie les deux et je double donc mon plaisir lecture en laissant de côté les débats stériles.

Les dessins sont de toute beauté et les visages sont tous bien distincts et parfaitement réalisés. Undertaker est sexy, dans son grand manteau noir de croque-mort…

Undertaker n’est pas un gentil mec sympa, il a ses failles, ses défauts, une jeunesse mouvementée et n’a rien d’un chevalier blanc, même s’il est un peu plus évolué que certains de ces contemporains qui veulent casser, tuer, exterminer ou évacuer très loin les méchants Indiens.

Dans ce diptyque, les Indiens n’avaient pas le rôle de méchants, même si ce ne sont pas des enfants de chœur non plus. On les a cherché, on les a trouvé. Exterminez des Indiens et tout le monde applaudira, mais si un Indien extermine un Blanc, ce sera un tollé général.

Ici, les Méchants sont les Blancs. Et ils sont réussi, les portraits des vilains ! Sid Beauchamp, avec sa gueule potelée et son sourire affiché, me fait penser à Culverton Smith, dans la série Sherlock (BBC). Son air de type perpétuellement de bonne humeur  file les chocottes. Le pire sera lorsque l’on croisera la route de sa future épouse… Elle est aussi grave que lui.

Ce qui a de bien, dans la saga Undertaker, c’est que les personnages sont travaillés, pas stéréotypés, même si Sid veut le beurre, l’argent du beurre et le cul des banquiers en épousant sa Joséphine, la femme la plus riche de Tuckson.

Le scénario n’est jamais en rade non plus. Dorison soigne ses récits, évitant de cuisiner la même soupe déjà servie mainte fois et, tout en utilisant les codes du western, il les façonne à sa manière pour qu’ils collent à son personnage de croque-mort (et ancien braqueur de banque) et à son univers. On est donc dans un univers connu qui arrive à nous surprendre, ce qui est assez rare.

Une excellente série western à découvrir, si ce n’est déjà fait !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°56], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°85], Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 64 pages).

 

Catamount‭ ‬-‭ ‬Tome‭ ‬1‭ ‬-‭ ‬La jeunesse de Catamount :‭ ‬Benjamin Blasco-Martinez‭ ‬et‭ ‬Albert Bonneau

Titre : Catamount‭ ‬-‭ ‬Tome‭ ‬1‭ ‬-‭ ‬La jeunesse de Catamount 

Scénariste : Benjamin Blasco-Martinez (d’après l’oeuvre de Albert Bonneau)
Dessinateur : Benjamin Blasco-Martinez

Édition : Physalis (2015) / Petit à Petit (2017)

Résumé :
En pleine conquête de l’Ouest, la famille Osborne recueille un nouveau né, seul survivant d’une caravane de colons massacrés par les Cheyennes, elle l’appelle Catamount.

Des années plus tard, Catamount est devenu un cavalier et un tireur hors pair grâce à la formation d’un vieux trappeur « Pad l’efflanqué »…

Mais son destin va change lorsqu’il retrouvera sur son chemin Black possum, le chef cheyenne coupable du massacre de ses parents.

Critique :
La bande dessinée western n’est pas morte, tant mieux. Il existe encore de nouvelles parutions et de temps en temps, je découvre des anciennes dont je n’avais pas connaissance…

C’est plus fort que moi, faut que je la lise. De temps en temps, j’en découvre des très bonnes, parfois des mauvaises, mais aussi des classiques, ce qui fut le cas ici.

Oui, on peut dire que Catamount est une bédé western classique au possible, comme tirée d’un bon vieux film western avec des attaques de caravanes, des massacres de colons et un enfant survivant, recueilli par des autres pionniers.

Le gamin a grandi et il porte toujours le nom du cougar qui l’avait déniché (je parle du véritable animal, le puma, pas de la femme d’âge mur qui cherche un jeune de 20 ans).

Ce premier album est une sorte de récit initiatique. Catamount va apprendre à tirer au révolver, avec l’aide d’un vieux trappeur afin de se venger de l’indien qui a massacré la caravane avec ses parents. Quand je vous disais que c’était du classique absolu.

Les dessins sont assez spéciaux, au départ, ils m’ont un peu déroutée avec leurs tons assez sombres. Par contre, les traits des visages auraient pu être affinés afin de permettre une plus grande palette d’émotions sur ces visages.

L’avantage du côté réaliste des dessins, c’est qu’ils donnent à ce récit un ancrage dans la réalité que n’auraient pas réussi à faire des dessins du genre gros nez.

Ici, pas d’humour, pas de blagues, on est dans du sérieux et un peu de violence. La scène avec le massacre des colons est assez peu ragoutante et à ne pas voir si vous manger (ou allez passer à table).

Je soulignerai que le manque de profondeur des personnages n’est pas vraiment un obstacle dans ce récit. On sait peu de choses d’eux, mais ce n’est pas important pour la compréhension de l’histoire, ultra classique.

Ce sera sur la fin que l’on comprendra pourquoi l’indien Black Possum voulait tant anéantir tous les membres de la caravane. Toujours la même histoire biblique : œil pour œil, dent pour dent. Bien que dans ce cas-ci, Black Possum prenne aussi tout le reste des membres et les intérêts avec. Vous jugerez vous même de la pertinence de sa vengeance.

Cette bébé western ne va pas révolutionner le genre, ni le réécrire. Dommage, de temps en temps, j’apprécierais que l’on cuisine les mêmes ingrédients tout en changeant le goût de la soupe et en la présentant autrement.

Une chouette découverte aussi mais qui ne laissera sans doute pas un souvenir impérissable comme le firent Durango, Blueberry, Lucky Luke, Comanche ou Buddy Longway.

Au moins, on vole déjà plus haut que dans la bédé Wanted dont j’avais chroniqué tous les albums l’année dernière.

En tout cas, je vais tâcher de lire la suite.

Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 64 pages) et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°81].

Enterre mon coeur à Wounded Knee : Dee Brown

Titre : Enterre mon coeur à Wounded Knee

Auteur : Dee Brown
Éditions : 10/18 Domaine étranger (1995) – 556 pages / Albin Michel (2009)
Édition Originale : Bury my heart at wounded knee (1970)
Traduction : Nathalie Cunnington

Résumé :
« Plus de deux cents cultures indiennes ont été virtuellement détruites, entre le Massachusetts et la Californie, au cours de l’histoire des Etats-Unis. Il nous faut nous souvenir de ce qui s’est passé à Sand Creek ou à Wounded Knee. » Jim Harrison

Largement fondé sur des documents inédits – archives militaires et gouvernementales, procès-verbaux des traités, récits de première main… –, ce document exceptionnel retrace, de 1860 à 1890, les étapes qui ont déterminé « La Conquête de l’Ouest ».

De la Longue Marche des Navajos au massacre de Wounded Knee, il se fait ici la chronique de la dépossession des Indiens de leurs terres, leur liberté, au nom de l’expansion américaine.

Si l’Histoire a souvent été écrite du point de vue des vainqueurs, Enterre mon cœur donne la parole aux vaincus, de Cochise à Crazy Horse, de Sitting Bull à Geronimo, et compose un chant tragique et inoubliable.

Publié pour la première fois en 1970 aux États-Unis, traduit dans le monde entier, où il s’est vendu à plus de six millions d’exemplaires, « Enterre mon cœur à Wounded Knee » est devenu un classique.

Critique :
Sur l’île de San-Salvador, les Tainos vivaient tranquille et puis, un Colomb est arrivé… Ce fut le début de tous les malheurs de l’Amérique et de ses autochtones.

Le colon Colomb, ils auraient mieux fait de le liquider au lieu de l’accueillir et de le traiter avec honneur. Les Tainos étaient doux, gentils, donc faibles, pour l’envahisseur.

Peu de temps après, il a été décidé que les Tainos devaient bosser, se convertir au christianisme et adopter notre mode de vie…

C’est ainsi que l’envahisseur Blanc a toujours fait et continue de faire (d’autres aussi, hélas) : il investit la place, décide de comment les indigènes doivent se comporter et ensuite, on les dégage, on déforeste, on pille les richesses, on massacre et quand on se casse, tout est déglingué, foutu, désertique, passant de belle île verte à désert. Nous sommes pire que des sauterelles, pire qu’un covid19.

Bien sûr, tout cela fut considéré comme un signe de faiblesse, sinon de paganisme, et Colomb, en bon Européen moralisateur, acquit la conviction que ce peuple devait être « contraint à travailler, semer et faire tout ce qu’il est nécessaire de faire, enfin, d’adopter nos mœurs ». Ainsi, au cours des quatre siècles qui suivirent (1492-1890), des millions d’Européens et leurs descendants entreprirent de faire adopter leurs propres mœurs aux peuples du Nouveau Monde.

Ce roman, hautement documenté, comprenant des dépositions et des témoignages d’Indiens ou d’autres personnages clés. Rares sont les livres qui peuvent prétendre avoir changé le cours de l’Histoire. « Enterre mon cœur à Wounded Knee » est l’un d’entre eux.

Fidèle aux documents d’époque, Dee Brown fait enfin entendre la voix d’hommes qui ont dû faire face à des situations extrêmement difficiles pour leur peuple : Manuelito, Cochise, Red Cloud, Crazy Horse, Géronimo, Santanta, Ouray, Dull Knife, Little Wolf, Standing Bear, Chef Joseph ou Sitting Bull. Des hommes dont le plus grand tort a peut-être été de faire aveuglément confiance à leurs interlocuteurs tant ils semblaient incapables d’imaginer qu’on puisse leur mentir.

Ce classique de l’histoire des États-Unis est intéressant à lire, mais il a tendance à vous mettre le moral à zéro lorsque vous lisez toutes les injustices faites aux Indiens. Heureusement que ces derniers, grands guerriers braves, ont rendu une partie des coups qu’ils ont reçu, mais ce ne sera jamais assez comparé à ce qu’on leur a fait subir.

Boucs émissaires au moindre massacre, les Hommes Blancs n’ont cessé de les accuser de tous les maux et de les chasser de leurs terres ancestrales. Leur faisant signer des tas de contrats ou de traités qu’ils ne respectaient jamais, les Hommes Blancs ont toujours eu la langue fourchue : tenant deux discours, ils s’empressaient de renier leur parole une fois qu’ils avaient obtenu ce qu’ils voulaient des Indiens.

Au travers de plusieurs grands événements, ce documentaire se veut équitable : il ne met pas les Indiens avec les Bisounours non plus. Dans ce livre, au moins, ce ne sont plus des figurants réduits au silence ou comme dans les films westerns, des sauvages emplumés massacrant les pauvres pionniers.

Pourtant, une partie des guerriers incriminés par les Tuniques Bleues ou autres juges, n’avaient pas de sang Blanc sur les mains, n’ayant jamais combattu les envahisseurs, se contentant bien souvent de tenter de vivre en harmonie, jusqu’à ce que les Blancs décident de les envoyer sur des terres incultes, battues par les vents, trop humides ou trop sèches, trop chaudes ou trop froides, faisant marcher les Indiens jusqu’au bout de l’épuisement.

Ces Américains de maintenant qui jugent certaines peuplades comme barbares feraient mieux de se regarder le nombril. Hurlant lorsque des terroristes cassent des vieilles cités antiques, ils oublient que leurs ancêtres brûlèrent des champs de magnifiques pêchers appartenant aux Indiens Navajos, détruisirent la Nature et polluèrent les rivières, sans parler de polluer les esprits avec ses religions, différentes de celles des Indiens.

La lecture n’est pas toujours facile, l’écriture de l’auteur est parfois répétitive dans ses descriptions, les Indiens de toutes les peuplades ayant souvent vécu les mêmes avanies et autres saloperies de la part des colons Blancs.

Le rythme de lecture est aussi ralenti par les multiples pauses que j’ai faite, tant j’en avais mal au bide de lire leurs souffrances multiples qui ont menées à un génocide. Nous sommes loin de la conquête de l’Ouest vue par les films western ou avec humour, dans les Lucky Luke.

Il n’y a rien de glorieux à voler les terres des habitants, même si les Indiens ne se considéraient pas comme propriétaire de leurs terres. Il y avait de la place pour tout le monde, mais la gabegie de l’Homme Blanc qui veut tout posséder à débouchée sur un massacre odieux et innommable, dont Wounded Knee sera le point d’orgue.

Un document que je ne regrette pas d’avoir lu, même si mon coeur est, une fois de plus, en vrac. L’Histoire de l’Amérique est sombre, sanglante et il n’y a pas grand chose de bon à en ressortir.

Ce ne fut que massacres, assassinats, guerres, batailles, expropriation, vols, mensonges, manipulations, magouilles, fausseté, paroles non tenues et tout était bon pour déposséder les Indiens de ce qu’ils possédaient et pour les plier à nos mœurs à nous, alors qu’elles ne leur convenaient pas (et qu’on ne peut forcer une personne à faire ce qu’elle n’a pas envie de faire).

Les Blancs ont pris peur et ont appelé l’armée. Nous demandions humblement qu’on nous laisse vivre notre vie, et les soldats ont cru que nous voulions prendre la leur. Nous avons appris leur arrivée. Nous n’avions pas peur. Nous espérions pouvoir leur parler de nos problèmes et obtenir de l’aide. Un Blanc nous a affirmé qu’ils avaient l’intention de nous tuer. Nous n’avons pas voulu le croire, mais certains ont pris peur et se sont enfuis dans les Badlands. [Red Cloud]

Les premiers Indiens aux corps déchiquetés et sanglants furent transportés dans l’église éclairée à la bougie. Peut-être virent-ils, s’ils étaient suffisamment conscients, les décorations de Noël accrochées aux poutres. Au niveau du chœur au-dessus du pupitre, une banderole étalait en lettres grossières les mots suivants : PAIX SUR TERRE ET AUX HOMMES DE BONNE VOLONTÉ.

Car ce que démontre Dee Brown, c’est la façon systématique dont les gouvernements américains de l’époque ont utilisé le mensonge et la manipulation pour, tribu après tribu, faire main basse sur les terres indiennes. Pressions des immigrants et des colons avides de terres, pressions des lobbies, soif de gloire des militaires et soif de pouvoir des politiciens, tout participe finalement à expliquer ce terrible et inéluctable malentendu qui a marqué depuis les relations entre Indiens et Blancs.

Lu dans son édition 10/18 (Domaine étranger) de 556 pages.

  • La longue marche des Navajos
  • La guerre de Little Crow
  • Les Cheyennes partent en guerre
  • L’invasion de la vallée de la Powder River
  • La guerre de Red Cloud
  • « Le seul bon Indien est un Indien mort »
  • Ascension et chute de Donehogawa
  • Cochise et la guérilla apache
  • Les épreuves de Captain Jack
  • La guerre pour sauver les bisons
  • La guerre pour les Black Hills
  • La fuite des Nez-Percés
  • L’exode des Cheyennes
  • Comment Standing Bear devint une personne
  • « Dehors, les Utes ! »
  • Le dernier des chefs apaches
  • La danse des Esprits
  • Wounded Knee

Le pavé de l’été – 2021 (Saison 10) chez Sur Mes Brizées.

Lucky Luke (Vu par…) – Tome 3 – Wanted Lucky Luke : Matthieu Bonhomme

Titre : Lucky Luke (Vu par…) – Tome 3 – Wanted Lucky Luke

Scénariste : Matthieu Bonhomme
Dessinateur : Matthieu Bonhomme

Édition : Lucky Comics (09/04/2021)

Résumé :
Alors qu’il vient d’être attaqué par un chasseur de prime, Lucky Luke découvre qu’il est recherché pour meurtre et sa tête mise à prix !

Pas le temps de digérer la nouvelle qu’il se retrouve à secourir un convoi de bétail en bien mauvaise posture, mené par trois soeurs aussi belles qu’intrigantes. Gentleman comme toujours, Lucky Luke se propose de les escorter jusqu’à destination.

Mais dans ce contexte tendu d’hypothétique massacre par les indiens, de pillage du troupeau et de traque de la plus célèbre gâchette de l’Ouest par un mystérieux ennemi, le plus grand danger ne viendrait-il pas de ces belles jeunes femmes a priori sans défense ?

Critique :
La couverture avait de quoi être intrigante : Lucky Luke, l’éternel célibataire, entouré par trois femmes dont une qui lui tient la jambe…

D’accord, tout le monde est armé et ils semblent se défendre contre une attaque des Indiens (vu les flèches), mais tout de même… Trois femmes !!

Les premières cases sont dans des tons fort rouges orangés, cela sent le coucher de soleil.

L’auteur ne perd pas de temps à nous promener, d’entrée de jeu, ça tire dans tous les sens et Lucky Luke nous fait une démonstration afin de nous montrer qu’il est toujours le plus rapide de l’Ouest (et de l’Est aussi).

Comme dans bien des albums, notre cow-boys solitaire, loin de son foyer, va devoir escorter des gens qui veulent traverser le territoire Indien. Ici, ce sont 3 jeunes filles et leur petit troupeau de vaches.

Ajoutons à cela un désert et pas assez d’eau… Comment peut-on vouloir traverser un désert avec peu d’eau, des vaches, des chevaux et des humains à abreuver ??? Sans compter qu’en plus des Indiens fâchés, Lucky Luke a un chasseur de primes à son cul !

Trois gonzesses, un homme solitaire, une longue chevauchée, ça laisse bien des possibilités ! Chacune va tenter sa chance.

Dans ce Lucky Luke, lu en anglais (pour me mettre à fond dans le bain du Mois Américain), on s’éloigne du cow-boy que l’on a connu dans les récits de Morris. Lucky Luke est plus sombre que celui que j’ai connu à l’origine, mais cet air sérieux lui va bien.

Dommage qu’il n’y ait pas de dialogues avec Jolly Jumper et pas de comique de situation avec son fidèle destrier. C’est toujours une chose que j’aie apprécié dans ses aventures.

Anybref, cet album sent bon le western, le vrai, l’original, celui qui reste, malgré tout, familial. Nous ne sommes pas dans le réalisme d’un Bleuberry, pourtant, j’ai trouvé cet album plus sérieux, plus mature que les originaux ou ceux repris par Achdé.

L’histoire fait aussi la part belle à des bandits, croisés dans les anciens albums et l’auteur a ajouté quelques clins d’œils qui tilteront à ceux qui s’en souviennent encore. Notre Lucky Luke sera vraiment dans une belle merde ! Quant aux filles, elles auraient mieux fait de réfléchir et de ne pas jouer le mauvais chameau.

Il ne faut jamais oublier que le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont une flingue chargé et les autres… Et certains possèdent la puissance de feu d’un torpilleur !

Sans être fan des dessins, je dois reconnaître que l’auteur a réussi à rendre expressif les visages et que l’utilisation de tons monochromes (oranges, rouges, jaunes) donnaient vraiment l’impression de se trouver dans un album de Morris.

Le récit est riche de péripéties, d’action, de retournements de situation, et en 68 pages, il y a moyen de s’amuser, d’aller plus loin et de ne pas courir pour terminer l’album dans les cases imparties.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°30] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 68 pages).