Nains – Tome 6 – Jorun de la Forge : Pierre-Denis Goux & Nicolas Jarry

Titre : Nains – Tome 6 – Jorun de la Forge

Scénariste : Nicolas Jarry
Dessinateur : Pierre-Denis Goux

Édition : Soleil (25/01/2017)

Résumé :
Alors qu’il a quatre ans, Jorun, le fils cadet de Redwin, se renverse du métal en fusion sur le visage… Marqué pour le reste de sa vie et jalousant le talent de son frère aîné, Jorun est dévoré par la colère.

Si Ulrog, son frère aîné, a hérité du don de leur père pour la forge, Jorun, lui, a hérité seulement de sa rage…

Incapable de contrôler ce fils de plus en plus rebelle, Redwin le confie à un recruteur de la légion de Fer, une compagnie de mercenaires regroupant les courtards qui fuient le poids de la tradition naine, le déshonneur ou la justice…

Critique :
Redwin, le père de Jorun, m’avait ému dans le premier tome de cette nouvelle saga. Son fils allait-il à nouveau me faire vibrer ou pas ?

On commence assez fort car les premières images nous montrent un fils affrontant son père, devant la grande porte d’une forteresse assaillie.

Oups, niveau bonheur et quiétude familiale, je sens qu’on va repasser.

Il y a plus de chance que nous nous dirigions vers un affrontement père-fils plus sérieux que celui qui opposa Dark Vador à Skywalker.

Jorun, c’est un gamin de merde ! Voilà, je l’ai dit… Toujours fourré dans les pieds de son père à la forge, alors qu’il est trop jeune, râlant, jalousant son ainé à qui on apprend déjà les rudiments de l’art de forger, Jorun va faire une grosse connerie à cause de son entêtement et il le paiera cher.

Pas facile de se faire un nom lorsque votre père est une Légende à lui tout seul ! Pas facile, quand on est un enfant, de comprendre pourquoi votre père a arrêté de forger des armes, lui qui avait un talent indéniable dans l’art des runes.

Pas facile de se faire un nom lorsque vous sentez bien que vous n’avez aucun talent pour la forge et que c’est votre frère ainé, Ulrog, qui a reçu tout le talent et a devant lui la route toute tracée pour devenir le plus grand forgeron et le plus grand maître des runes de sa génération.

Alors, il s’en va chanter ♫ tiens, voilà du boudin ♪ à la Légion, qui, comme celle des humains, accepte tout le monde, sans poser de questions.

L’Histoire est un éternel recommencement et les erreurs du père sont refaites par le fils, celui-là même qui ne voulais pas finir comme son père… La différence sera que le fils pourra compter sur quelques amis durant son apprentissage.

De très beaux dessins viennent renforcer un scénario qui pourrait sentir l’éculé, mais qui, avec le talent de Nicolas Jarry, sent bon le renouveau.

Des dialogues percutants, une quête de sois-même parsemée de coups, de tabassages, de combats, de renoncements, de haine de soi et des autres : le tout mélangé donnent une fois de plus, un excellent album dans cet univers riche qu’est celui des Nains.

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Mémoires de Fanny Hill – Femme de plaisir : John Cleland

Titre : Mémoires de Fanny Hill – Femme de plaisir

Auteur : John Cleland
Édition : Gallimard (1976) / Pocket (2009)
Date de publication originale : 21 novembre 1748

Résumé :
Fanny Hill est aujourd’hui considéré comme le plus grand livre érotique anglais de l’âge d’or du libertinage.

Le personnage clé de Fanny Hill est en effet inspiré de Fanny Murray, prostituée de dix-sept ans qui était l’idole des aristocrates londoniens, tant son zèle au travail la consacrait de loin, chaque mois, meilleure employée de toutes les « maisons » britanniques.

Sous la plume de Cleland, elle raconte ses expériences, décrivant son arrivée dans la capitale, son initiation dans un établissement fameux, puis sa spécialisation dans les orgies les plus débauchées.

Ce faisant, elle délivre des conseils sur la manière de bien se conduire dans un lieu de plaisir ! L’audace du récit est telle que ce n’est qu’en 1963 que la Grande-Bretagne en autorisa vraiment la publication.

Guillaume Apollinaire a livré la première édition très érudite de Fanny Hill, à qui il a donné ses vraies lettres de noblesse littéraire.

Il en a livré les passages les plus compromettants… mais en notes de bas de page…

Voici donc la première édition intégrale, non expurgée, publiée en français d’un véritable chef-d’ oeuvre. Gageons qu’il met encore aisément le rose aux joues.

Critique :
J’ai comme l’impression que bons nombres de mes abonnés auront sursauté en découvrant la couverture choisie par moi-même pour illustrer ma chronique…

Je supputerais même que certaines en ont recraché leur café sur le clavier du PC, que d’autres en auront avalé leur mojitos de travers ou que même, d’autres plus prudes, auront reclapé en vitesse le clapet de leur PC portable de peur que leur époux ne pensent qu’elles fréquentassent un blog porno.

J’aurais pu, j’aurais dû, certainement, choisir en image de tête l’édition Presse Pocket, plus sobre, mais cela n’aurait pas été moi.

À lire ainsi l’arrière du livre (on commence où on veut, après tout), on pourrait croire que l’on va lire tout un récit érotique, plus long que ceux insérés dans les magazines placés en hauteur dans les librairies.

Je vous en prie, refermez vos bouches béantes, posez vos deux mains sur la table et ouvrez grands vos esgourdes (et vos jambes ensuite si ça vous chante, tout cela ne nous regarde pas).

Avant d’entrer dans le vif du sujet, si je puis me permettre, nous avons plus de 100 pages (sur 220) d’introduction aux mémoires de cette Fanny Hill…

Oui, ça donne les plus longs préliminaires de l’histoire du livre érotique, sans aucun doute !

J’en entends déjà certain(e)s murmurer « On n’a qu’à les sauter et aller de suite au Saint-Graal » et il est vrai qu’il serait tentant de les balancer et d’entrer de suite dans le vif du sujet.

Il n’est sans doute pas conseillé de commencer l’ascension du Mont de Vénus de suite car cette longue introduction de Guillaume Apollinaire nous éclaire, en partie, sur le fonctionnement des bordels londoniens à l’époque du 18ème siècle (années 1700 pour les ignares) en se basant sur les écrits du sieur Casanova, excusez du peu.

Avec un style empesé, lourd et fastidieux, l’introduction nous contera des tas de petites histoires de bordels (appelés sérails), mais aussi des tas de petites mésaventures arrivées à des jeunes filles qui, après avoir été grugées, finirent dans la profession de putes ensuite car une fois que la dèche fut venue, elles n’avaient pas d’autres solutions pour subvenir à leur besoin.

C’est long, je l’avoue, assez fastidieux par moment car écrit d’une manière que n’avons pas l’habitude de lire, les tournures de phrases n’étant pas celles auxquelles nous sommes habités, sans compter que nous avons aussi de longues énumérations de tarifs en tout genre, le tout sans que des mots grivois soient écrits puisque tout est suggéré.

Enfin, certaines choses apprises dans cette longue mise en bouche pourraient vous donner matière de discussions au prochain repas familial…

De plus, ces longs préliminaires vous préparent bien à l’arrivée du gros morceau que John Cleland, l’auteur, va vous proposer. On peut dire que ces préliminaires vous passent la vaseline en plus de préparer à l’arriver de la pièce principale.

Vous ne pourrez pas dire que vous n’aviez pas été prévenu des mœurs dissolues de certains, du manque d’hygiène et des orgies sexuelles qui avaient lieu dans ces maisons closes.

Last but not least, après deux longues lettres de Fanny Hill, nous arrivons dans le saint des seins ! Ou dans le sein des saints… car la petiote va nous raconter son arrivée en ville après le décès de ses parents et sa découvert du corps humain féminin et surtout masculin.

Ne cherchez pas des mots grivois dans ses récits, ni même des mots ordinaires comme « sexe, pénis, verge, vagin, fesses, testicules, éjaculer, sperme, forniquer, baiser,… » car tout est sous forme de métaphore et à vous d’imaginer ce que l’on sous-entend comme partie du corps ou comme besogne par ces jolies phrases.

[…] il tira l’engin ordinaire de ces sortes d’assauts et le poussa de toutes ses forces, croyant le lancer dans une voie déjà frayée.

Cependant son athlète, levant fièrement la tête, reparut dans tout son éclat.

Je me hâtai donc, pour être de moitié dans le bonheur de mon jeune homme, de placer sous moi un coussin qui servit à élever mes reins, et dans la position la plus avantageuse, j’offris à Will le séjour des béatitudes où il s’insinua.

En 2017, c’est sans doute trop gentillet que pour nous faire rougir ou nous émoustiller (quoique…), mais à l’époque, ce texte était jugé sulfureux et fut interdit de publication en Grande-Bretagne jusqu’en 1963.

Son phénix étant ressuscité se percha au centre de la forêt enchantée qui décore de ses ombrages la région des béatitudes. Je sentis derechef une émotion si vive qu’il n’y avait que la pluie salutaire dont la nature bienfaisante arrose ces climats favorisés qui pût me sauver de l’embrasement.

Un comble alors qu’on parlait de ce qu’il se passait chez eux, dans leurs bordels, avec leurs péripatéticiennes, et que c’était leurs mœurs dissolues qui y étaient décrites !

À cette époque, les rues de Londres étaient, le soir, pleines de filous et de filles. La dépravation des Londoniens était à son comble.

Ceci expliquant peut-être cela… Il n’est jamais agréable que le monde sache les horreurs qui se commettaient à cette époque chez les très distingués anglais. Shocking !

Dans un coin de la salle était le pot à pisser, où chacun se soulageait sans vergogne, et comme l’on tenait le plus souvent les fenêtres fermées, les vapeurs de l’urine, se mêlant aux vapeurs de l’alcool et du vin, rendaient l’atmosphère irrespirable pour d’autres que des Anglais.

Une lecture plaisante à partir de la page 100, instructive dans ses premières pages (50) et redondante et laborieuse entre la page 50 et la 100.

À lire afin de savoir comment vivait la société en ces temps là… ou pour mettre à jour son catalogue de métaphores sexuelles et pouvoir en parler devant les enfants sans dire que l’on a envie de faire une petite lessive. Zut, monsieur l’a faite à la main !!

Ses doigts en se jouant s’exerçaient à tresser les tendres scions de cette charmante mousse, que la nature a fait croître autant pour l’ornement que pour l’utilité.

Tandis que le drôle se débraillait, mes yeux eurent le loisir de faire la revue des plus énormes choses qu’il soit possible de voir et qu’il n’est pas aisé de définir. Qu’on se représente une paire de cuisses courtes et grosses, d’un volume inconcevable, terminée en haut par une horrible échancrure, hérissée d’un buisson épais de crin noir et blanc, on n’en aura encore qu’une idée imparfaite. Le héros produisit au grand jour cette merveilleuse et superbe pièce qui m’avait été inconnue jusqu’alors et dont le coup d’œil sympathique me fit sentir des chatouillements presque aussi délectables que si j’eusse dû réellement en jouir. 

Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda (dernier article).

Le garçon : Marcus Malte

LeVieuxJardinAW+

Titre : Le garçon

Auteur : Marcus Malte
Édition : Zulma (2016)

Résumé :
Il n’a pas de nom. Il ne parle pas. Le garçon est un être quasi sauvage, né dans une contrée aride du sud de la France. Du monde, il ne connaît que sa mère et les alentours de leur cabane. Nous sommes en 1908 quand il se met en chemin, d’instinct.

Alors commence l’épreuve du monde : la rencontre avec les hommes – les habitants d’un hameau perdu, Brabek, l’ogre des Carpates, lutteur de foire philosophe, Emma, mélomane et si vive, à la fois sœur, amante et mère. « C’est un temps où le garçon commence à entrevoir de quoi pourrait bien être, hélas, constituée l’existence : nombre de ravages et quelques ravissements. »

Puis la guerre, l’abominable carnage, paroxysme de la folie des hommes et de ce que l’on nomme la civilisation.

Itinéraire d’une âme neuve qui s’éveille à la conscience, émaillé d’expériences tantôt tragiques, tantôt cocasses, et ponctué comme par interférences des petits et grands soubresauts de l’Histoire, le Garçon est l’immense roman de la condition humaine.

32bdbd04d5b1e5b437524900b4c52a01Critique :
Si vous connaissez la musique du film « 2001, l’odyssée de l’espace », passez-le vous dans votre tête car je publie enfin ma chronique tant attendue sur ce roman !

Enfin, elle était juste attendue par Yvan (GruzBlog Émotions) !

J’avoue qu’il m’a imploré, supplié – même menacé des pires représailles – si je ne lisais pas ce roman (je ne vous dirai pas les tortures qu’il m’avait promises, elles sont trop horribles ! Même à Guantánamo ils n’oseraient pas vous torturer avec du Barbara Cartland).

Jubile, Yvan, le voici ma chronique !

Alors, Marcus, ton roman… Un sacré roman que tu nous as écrit là, Marcus ! Oui, je me permets de t’appeler par ton prénom et de te tutoyer, j’espère que tu ne m’en voudras pas parce que c’est un peu de ta faute aussi : tu viens de présenter une sacré histoire, toi.

Déjà, Marcus, fallait oser mettre en scène un personnage principal qui est muet (mais pas sourd).

Je dirais même qu’il fallait une sacrée paire de cojones pour nous le faire évoluer sur 544 pages, sans que jamais il n’ait une ligne de dialogue, sans que jamais l’on ne sache son prénom exact, ni des circonstances qui avaient amené sa mère là où elle était.

Même l’invisible et l’immatériel ont un nom, mais lui n’en a pas. Du moins n’est-il inscrit nulle part, sur aucun registre ni aucun acte officiel que ce soit. Pas davantage au fond de la mémoire d’un curé d’une quelconque paroisse. Son véritable nom. Son patronyme initial. Il n’est pas dit qu’il en ait jamais possédé un.

Brillante l’idée ! Mais elle aurait pu devenir casse-gueule. Maintenant, le prochain qui nous proposera un garçon muet, on pensera directement au tien.

J’avoue tout de même que j’ai eu un peu de mal à m’attacher au garçon, au départ. Je suivais sa route, son chemin, mais sans savoir vraiment si j’allais me plaire à faire cette longue route avec lui.

Tu sais où j’ai commencé à l’aimer, le garçon ? Non ? Et bien, quand Brabek est entré en scène… Parce que nom de dieu, Brabek, lui, je l’ai adoré ! Et en l’aimant, j’ai commencé à ressentir de la profonde affection pour ce garçon sans nom.

— In God We Trust sur chaque pièce et sur chaque billet. Estampille officielle. Parole d’évangile. La seule et unique religion de l’Amérique.

À ce propos, si je gardais un chien de ma chienne pour Olivier Norek et son utilisation horrible d’un four micro-ondes, j’en gardera aussi un pour toi, mais pour mon ogre adoré…

Anybref, une fois que le garçon fit partie de ma vie, j’ai cheminé avec lui sans plus lui lâcher la main, découvrant le monde, les hommes, avec lui, à ses côtés, partageant ses peines et ses espoirs, rencontrant avec lui les autres spécimens Humains, toute cette galerie de personnages bien typés que tu nous fais croiser dans ton œuvre.

Il y en avait des plus attachants que d’autres, et pas besoin d’en faire des tonnes pour que l’on apprécie plus un tel qu’un autre. Ils avaient leurs qualités, leurs défauts, leur vie, leur histoires et je les ai trouvées bigrement réalistes.

Sinon, Marcus, j’ai pris du plaisir aussi avec tes petites introductions « Cette année là » et si je pouvais ne fus-ce qu’en retenir 5%, je pourrais briller à « Questions pour du pognon ». Si j’en été étonnée au départ, elles m’ont vite plu et ma foi, j’en aurais bien demandé un second tour.

Autre chose que j’ai aimé, Marcus, c’est ta manière d’écrire. On ne peut pas dire qu’elle est simple ou simpliste, loin de là ! Elle est élaborée, costaude, plaisante, déroutante, imaginative, et il y avait même des tas de mots dont je ne connaissais pas la définition.

C’est cette plume qui m’a fait plaisir lorsque tu utilisas de la métaphore dans l’acte sexuel et de brillants jeux de mots comme je les adore ! À ce petit jeu là, d’ailleurs, je ne suis pas la dernière…

C’est là-dessus, par crainte des grincements du sommier, que se joue l’hymne à l’hymen. Soupirs et point d’orgue.

Et Marcus, cette scène de sexe émaillée de mots italien… Oh mon coquin ! Tu sais y faire sans devoir trop en faire. D’ailleurs, ne le répète pas à mon homme – il se demande encore ce qui m’a pris de poser brutalement le roman que je lisais pour le… Non, celle là, il ne l’avait pas vu venir. Qu’il ne sache jamais que tu étais le responsable avec tes écrits.

Passons maintenant au contraire de l’amour : la guerre, Marcus, cette saloperie de Grande Guerre…

Les combats sont épiques, les combattants héroïques. Ils sont vaillants, ils sont pugnaces, ils sont intrépides, ils sont courageux, ils sont valeureux, ils sont tués. On leur érigera des mausolées. On y gravera leurs noms. On commémorera. Puis on oubliera.

Cette manière que tu as eue d’en parler dans ton roman, avec, dans un paragraphe, ces phrases tirées de la Marseillaise, j’ai adoré.

Oui, Marcus, tu nous as parlé de la Guerre d’une autre manière, tu l’as abordée par un autre côté, par un autre front (si je puis me permettre ce mauvais jeu de mots), et j’ai ressenti des moments de grandes tristesses, surtout lorsque tu nous parlais de la future mort des homme du régiment…

C’est violent, cette manière que tu as eue de faire. Poétique aussi, vu la manière dont tu l’as écrite. Ça m’a dressé les poils sur les bras, ça m’a collé une boule au fond de la gorge, alors que je ne les connaissais pas et qu’ils n’étaient que personnage de fiction…

Et Krestorsky, le Polonais. Mineur de fond. La sape il connaît. Bon chrétien. Il prie, il embrasse son crucifix avant de charger. Notre-Dame-de-Lorette aura raison de lui. Un coup de grisou comme jamais il n’en aurait imaginé. C’est en vapeur qu’il montera au ciel. Sublimé. Va, Polak, va. Dieu recollera les morceaux.

Mais la fiction suit la réalité (jamais elle ne la dépasse) et rien que d’y repenser, à cette grande boucherie, j’ai le cœur au bords des lèvres.

Oui, Marcus, tout était d’une triste justesse, sans oublier que ton roman est bourré de vérités, de choses justes, de réflexions non dénuées de bon sens, et Emma, cette jeune fille que j’ai apprécié de suite, avait de la suite dans ses idées dans ses lettres. Plus que les militaires, plus que les dirigeants… (Ok, ce n’est pas difficile d’en avoir plus qu’eux).

Plus que Gustave, son père qui… Dieu que j’ai eu de la peine pour lui, que j’ai souffert avec lui de cette erreur qu’il commit et que bien d’autres que lui commirent aussi en ces temps là.

Marcus, Marcus, tu ne m’as pas épargnée ! Tu m’as fait vivre des pages lumineuses de vie, de découverte du monde, d’amour et se sexe, et ensuite, tu m’as plongé dans les affres de la guerre avec tout son cortège de misères. C’est violent, ça, Marcus.

On  ne peut pas dire que tu laisses ton lecteur gambader gentiment dans tes pages, non, tu le malmènes, tu le mets en situation de confort pour mieux le martyriser ensuite. Tu le fais si bien, en plus…

Par contre, Marcus, désolée, mais lorsque tu citais tout ces noms de soldats morts à la bataille de Souain, je n’ai pas su aller jusqu’au bout. Trop dur. Et ce n’était qu’un bataillon de la Légion… Horrible. Alors j’ai passé des pages car j’étais trop lessivée que pour en supporter plus. Que ces morts me pardonnent.

Par contre, Marcus, j’ai eu besoin de deux tubes d’aspirine après avoir lu ton immense paragraphe (sans point final pour reprendre mon souffle) avec les liens familiaux qui unissaient toutes les familles régnantes d’Europe (étendue à la Russie) en 1914.

C’est donc une affaire de famille. On lave son linge sale : dix-neuf millions de morts.Et l’on se demande encore de quoi est venu se mêler Poincaré !

J’ai essayé de dresser l’arbre généalogique, mais je me suis rendue compte que tout le monde était parent avec tout le monde et que les branches s’entremêlaient.  Même « Point De Vue » ne s’y retrouverait pas, dans tout ces rois qui nous gouvernaient en 14, tous parents ensemble, des tas d’alliances ayant été crées artificiellement par des mariages (et notre futur roi Léopold I a bien instigué de ce côté-là aussi !).

Les rois. Les empereurs. Comment cela peut-il encore exister de nos jours ? Les « Sire », les « Majesté », les « Monseigneur ». Comment peut-on encore l’accepter ? Comment peut-on nous faire avaler cette énorme couleuvre ? La couronne et tout ce qui va avec. Des rois ! Et au nom de quoi, tu peux me dire ? Au nom du sang.

J’aimerais te dire encore bien d’autres choses, Marcus, sur ton roman époustouflant, mais les mots me manquent.

Je te dirai juste que j’aurais aimé avoir encore plus de pages, plus de détails sur les autres voyages du garçon devenu homme et que je me suis trouvée fort dépourvue lorsque la fin de l’histoire fut venue.

Ah, Marcus, je te remercie d’avoir écrit pareil roman, pareille fresque, de m’avoir plongé dans la France de 1900, dans sa manière de vivre campagnarde, avec tout ces gens qui, vu d’ici, ne sont pas si différents de nous puisqu’ils accusaient déjà l’étranger d’être le responsable de tous leurs maux.

Je te dis merci de nous avoir mis en scène un garçon sans nom, sans passé, sans paroles et de l’avoir fait mouvoir avec tes mots, tes belles phrases, ton talent de conteur. De m’avoir mis sous les yeux cette belle symphonie, cette ode, cette fresque, ce concert majestueux qui vibre encore dans mes veines, dans mon cœur, dans mes tripes.

Merci aussi, au passage, à Yvan (GruzBlog Émotions) de m’avoir mis le canon du fusil sur la tempe pour que je lise ton dernier roman.

Bon, j’exagère un peu, je sais, mais j’aime l’entendre me supplier (via ma boite mail) de lire tel ou tel livre car jamais je ne suis déçue.

Et de grâce faites que le mystère perdure. L’indéchiffrable et l’indicible. Que nul ne sache jamais d’où provient l’émotion qui nous étreint devant la beauté d’un chant, d’un récit, d’un vers.

Oh que j’aimerais ne jamais avoir lu ce roman afin de pouvoir le recommencer, vierge de tout savoir…

♫ C’est un beau roman, c’est une belle histoire ♪

Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Femina – 2016).

Étoile 5

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Nains – Tome 1 – Redwin de la forge : Nicolas Jarry & Pierre-Denis Goux

Titre : Nains – Tome 1 – Redwin de la forge                              big_4

Scénariste : Nicolas Jarry
Dessinateur : Pierre-Denis Goux

Édition : Soleil (2015)

Résumé :
Un adolescent nain, Redwin, de l’ordre de la Forge, malmené régulièrement par un sale gosse Rom, veut devenir contre vents et marées un seigneur des runes.

Un seigneur des runes a l’honneur de se battre pour son clan contre le champion adverse. En cas de conflit, cela évite un bain de sang, uniquement deux combattants, un vainqueur et le conflit est réglé. Le père de Redwin s’oppose à cette ambition.

Mais Redwin qui souffre que l’on traite souvent son père de lâche, décide de devenir seigneur des runes par ses propres moyens et quitte définitivement son père. S’en suit alors une initiation tant à l’art de forger des armes qu’à celui de se battre.

Pour devenir un seigneur des runes, Redwin affrontera mille guerriers, dont Rom qui partage son ambition. Il y perdra beaucoup, son âme et son père…

Critique :
Même principe que pour la magnifique série « Elfes » : un scénariste et un dessinateur différents pour chaque album, album qui doit avoir une fin, mais pas trop fermée pour que l’on puisse faire une suite en cas de succès.

Dans cette série des Nains, le scénariste sera le même pour les 5 tomes. La seule différence.

Bon, l’autre différence sera de taille puisque l’on passe des oreilles pointues à des Gimli (le nain du Seigneur des Anneaux).

Ulrog est un nain curieux… Il est le plus grand forgeron nain de sa génération, il pourrait forger des armes puissantes, il est un orfèvre en la matière, il connait les runes puissantes à graver dessus, il sait comment leur donner vie, mais il refuse de mettre son art au service de la guerre et ne forge donc aucune arme. Les autres nains l’ont bannis, presque et personne ne le respecte.

Ulrog s’en torche le cul de ce que les autres pensent ou pas, lui, il est en ordre de conscience, mais pour son fils, Redwin, être traité de lâche ou de fils de lâche, c’est un calvaire, une torture, surtout qu’il voudrait bien forger des armes, lui, afin de devenir le Seigneur des Runes de leur ordre.

Voici une histoire classique d’un fils qui voudrait plus, alors qu’il ne manque de rien, un gamin qui voudrait laver tous les affronts que lui a fait subir Rom, un nain de son âge. Un fils qui va trahir son père, le renier, afin d’accomplir son rêve et pouvoir se vautrer dans le luxe et fourrer pieutard dans le joufflu des filles.

Classique, mais servi par des dessins magnifiques, des décors à couper le souffle, des couleurs et des ambiances à vous trouer le cul.

Il y a de la profondeur, dans tout cela. Même si on a affaire au problème éternel du fils qui se rebelle contre le père (tuer le père, pour Freud) parce qu’il croit que papa est un lâche.

Les personnages sont attachants, même Redwin, même quand on le voit s’enfoncer dans l’entêtement le plus crétin. On a mal avec lui, on a envie de lui crier qu’il s’est gouré de chemin, mais on sait qu’il ne nous écoutera pas, trop enfoncé qu’il est dans sa bêtise qu’il ne voudrait même pas se l’avouer à lui-même.

Parti de chez son père pour aller vivre chez son oncle Jarsen afin d’apprendre l’art de la forge et l’art du combat, Redwin n’aura de cesse de forger des armes afin de les exploiter au cours de combats. Il a du talent et son oncle espère bien réaliser un retour sur investissement lorsque son neveu arrivera au faîte de sa gloire.

Voilà un garçon qui ne savait pas se battre et qui, après des heures et des heures d’entrainement, mettra sa mauvaise science à son service en combattant dans les arènes de la cité des sang-mêlé, apprenant la haine et la violence…

Un scénario au poil, des combats sanglants, des arènes où se mêlent les remugles de chair perdues, la sueur et le vomi. Des personnages travaillés, attachants, qui évolueront avec l’âge.

Sans oublier le langage « spécial nains » utilisé dans le récit. La plupart des mots sont facilement compréhensibles, pour les autres, un lexique vous tend les bras en fin d’ouvrage, avec le cahier des dessins.

Un parcours initiatique où Redwin apprendra que le courage n’est pas celui dont on fait preuve durant un combat dans une arène, que l’or et la richesse n’apporte pas le bonheur et lui démontrera tout l’amour que son père avait pour lui. Et son talent !

Le côte Obscur de la Force est toujours à éviter…

Une putain de bien belle histoire avec des nains teigneux comme on les aime. Mais y’a de l’amour, dans tout ça…

Le Fils : Philipp Meyer

Titre : Le Fils                                                                                  big_3-5

Auteur : Philipp Meyer
Édition : Albin Michel (2014)

Résumé :
Roman familial, vaste fresque de l’Amérique des années 1850 à nos jours, Le Fils de Philipp Meyer, finaliste du prestigieux Prix Pulitzer 2014, est porté par trois personnages – trois générations d’une famille texane, les McCullough – dont les voix successives tissent et explorent avec brio la part d’ombre du rêve américain.

Eli, le patriarche que l’on appelle  » le Colonel  » est enlevé à l’âge de onze ans par les Comanches et passera avec eux trois années qui marqueront sa vie.

Revenu à la civilisation, il prend part à la conquête de l’Ouest avant de s’engager dans la guerre de Sécession et de devenir un grand propriétaire terrien et un entrepreneur avisé.

À la fois écrasé par son père et révolté par l’ambition dévastatrice de ce tyran autoritaire et cynique, son fils Peter profitera de la révolution mexicaine pour faire un choix qui bouleversera son destin et celui des siens.

Ambitieuse et sans scrupules, Jeanne-Anne, petite-fille de Peter, se retrouve à la tête d’une des plus grosses fortunes du pays, prête à parachever l’œuvre du « Colonel ».

Mais comme ceux qui l’ont précédée, elle a dû sacrifier beaucoup de choses sur l’autel de la fortune. Et comme tous les empires, celui de la famille McCullough est plus fragile qu’on ne pourrait le penser.

Porté par un souffle romanesque peu commun, Le Fils est à la fois une réflexion sur la condition humaine et le sens de l’Histoire.

Critique : 
Roman à trois voix, trois générations aussi distincte l’une de l’autre malgré leur lien de parenté…

On pourrait résumer cela avec « Le fort, le veule et l’ambitieuse ».

Autant le récit d’Eli McCullough est passionnant, autant celui de Jeanne-Anne, son arrière-petite fille, est endormant. Des trois récit, c’est celui que j’ai le moins aimé, du moins, au début, vers les trois-quart, ça allait mieux.

Une fois devenue adulte, son ambition donnera du piment à son récit.

Quant à Peter, le fils d’Eli et grand-père de Jeanne-Anne, j’ai aimé son personnage de fils écrasé par l’ombre du père. Ce fils qui voudrait s’affirmer mais qui n’ose point. Cet homme empreint d’une grande humanité mais qui n’a pas su crier et s’imposer pour arrêter les autres lors d’un jour funeste.

On ressent bien la souffrance de Peter dans son récit qui, contrairement aux autres, semble tout droit sorti d’un agenda à cause de ses phrases parfois succincte genre « Ait sellé mon cheval ».

Si le récit du patriarche, le fondateur de la dynastie McCullough, est aussi prenant, c’est dû au fait qu’il s’est fait enlever à l’âge de 11 ans par les Comanches, juste après avoir assisté aux viols de sa mère et de sa sœur, avant leur mise à mort.

S’ensuivront 3 années de captivité où le petit Eli, à force de courage et de force, va se hisser petit à petit dans la tribu, devenant un indien à part entière.

Ce récit est une véritable fresque américaine qui va de 1850 à nos jours, retraçant en quelques 700 pages une partie de la colonisation des terres indiennes par les Blancs, la guerre de Sécession, la fin des guerres indiennes et des indiens, la Grande Guerre, la Seconde, sans oublier la fièvre de l’Or Noir.

La manière d’écrire les trois récits (avec une quatrième voix à la fin) est différente, donnant l’impression qu’il y a bien trois auteurs.

Les chapitres se terminent souvent en cliffhanger, frustrant le lecteur et lui donnant un suspense qui fera tourner les pages plus vite.

Hélas, comme je le disait, le récit de Jeanne-Anne m’a gâché une partie du roman car je n’ai pas su accrocher avec elle, prenant plus de plaisir avec les histoires d’Eli au siècle passé et avec celles de Peter, face à la Grande Guerre en Europe.

Malgré ce petit bémol, je ne regrette pas ma lecture, tant j’ai voyagé dans le temps et dans l’espace, découvrant les blessures secrètes des uns, la force de caractère des autres, serrant les dents devant certains passages et souffrant avec les personnages, que ce soit dû à une douleur physique ou morale.

Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur, Le « Challenge US » chez Noctembule, « Polar Historique » de Sharon, « XIXème siècle » chez Netherfield Park.

Elfes – Tome 1 : Le Crystal des Elfes bleus

4fa7b-preview_page-phpTitre : Elfes – Tome 1 : Le Crystal des Elfes bleus            big_3-5

Scénariste : Jean-Luc Istin
Dessinateur : Kyko Duarte

Édition : Soleil (2013)

Résumé :
Les Elfes bleus d’Ennlya, une petite ville portuaire du Nordrenn, ont tous été massacrés !

L’Elfe bleue Lanawyn et Turin, un homme réputé, enquêtent alors que toutes les pistes mènent vers un clan d’Yrlanais, ces Hommes du nord qui haïssent les Elfes.

Dans la cité île Elsemur, Vaalan une jeune Elfe bleue passe l’épreuve de l’eau des sens. La mère prophétesse voit son avenir proche, un avenir lié au crystal sacré.

« Celui qui contrôle le crystal, contrôle l’océan ».

Cette annonce fait grand bruit et il se murmure que Vaalann pourrait être le messie que les Elfes bleus attendent depuis plusieurs générations…

Entre enquête et initiation, cette histoire nous mène dans un monde de faux-semblants, de rêves et de désillusions !

Critique :
C’est grâce au magazine « Lanfeust » que j’avais découvert l’album 5 des Elfes.

Ayant pris mes renseignements sur la série, j’ai découvert avec ravissement que les éditions Soleil avaient lancé ce concept : faire une série de 5 albums sur un même univers – Elfes – mais en changeant à chaque album de scénaristes et de dessinateurs. Original ! Ce premier tome est consacré aux Elfes bleus.

Ouverture et feuilletage de l’album : un dessin maîtrisé, des couleurs pâles qui côtoient des couleurs plus chatoyantes, des Orks, des cadavres. Un début plus que prometteur.

Le scénario ? On se croirait dans une bonne vieille enquête : Turin, un homme, voyage avec la belle Lanawynles, Elfe de son état. Ils se rendent dans la ville portuaire d’Ennlya.

Là, c’est la stupeur additionnée de puanteur : tous les Elfes d’Ennlya ont été massacrés et tout porte à croire que le forfait a été perpétré par les Yrlanais, une tribu humaine qui entretient des relations houleuses avec ces voisins immortels.

Des problèmes entre les peuples, les races : on se croirait sur la Terre…

Lanawyn, aidée de Turin, va entreprendre la délicate mission d’élucider le mystère.Tout en faisant gaffe de ne pas se laisser mener par des indices de culpabilité trop gros que pour être vrai. Faudrait faire gaffe aussi de ne pas heurter certaines sensibilités, parce que dans l’ombre, ça complote ! Une étincelle et tout peut s’embraser.

L’album n’est pas uniquement centré sur l’enquête car « ailleurs », une prêtresse dévoile à la jeune Vaalann son destin : elle est l’Élue, celle qui sera digne de contrôler le crystal qui permet de se faire obéir de l’océan.

Avantage du format one-shot : on sait qu’à la fin, tout sera joué, pas de « suite » directe, le prochain album étant consacré à une autre race elfique (les Sylvains). Donc, pas de tirage en longueur.

Des inconvénients ? Oui et un fameux : le format du one-shot  n’autorise pas le développement des caractéristiques du peuple des « longues oreilles ». Pas assez de place que pour développer plus, ce qui n’aurait pas fait de mal… À mon avis, deux tomes auraient été nécessaires pour donner plus de corps à l’histoire et aux protagonistes. Comme quoi, quand c’est trop court, c’est pas assez long !

Ce que j’ai apprécié, en plus du graphisme, c’est l’alternance entre l’enquête de Lanawyn et Turin sur le massacre des villageois d’Ennlya  et le parcours de Vaalan pour devenir la guide de son peuple puisqu’elle est l’Élue. Le tout est habillement agencé et parfaitement imbriqué puisque tout se dévoile au fur et à mesure de l’histoire.

Suspense, pas de temps mort dans la narration, du mystère, une enquête « policière », de la nécromancie, de la lâcheté pour certains et du courage pour d’autre, une attaque « surprise », des gens qui veulent devenir Calife à la place du Calife, de la vengeance, de la haine, de la rancœur, de la xénophobie entre les différents peuples, de l’amitié, aussi… Bref, un cocktail des plus agréable.

Quant aux personnages, malgré le manque d’espace pour mieux les développer, ils sont intéressants, certains sont attachants et le tout est bien présenté, compte tenu des 52 pages pour pouvoir tout faire.

Ce récit, pour les habitués de la fantaisy, pourrait paraître « trop classique », mais il n’en reste pas moins « plaisant » et comme je vous l’ai déjà dit, les dessins sont superbes : que ce soit sur les gros plans des personnages ou des grandes cases montrant les décors majestueux du royaume marins des petits êtres bleus… Enfin, pas si petits, on n’est pas chez les Schtroumpfs non plus.

Le dessinateur a utilisé une technique que j’aime beaucoup : une grande image et des petites cases dessus. Ça varie et apporte beaucoup à l’originalité.

On ne lui reprochera que le fait d’être un one-shot et de ne pas avoir de tome 2 ainsi qu’un air de déjà-vu. Il me semble que le monde des Elfes pouvait donner plus d’idées moins  basique.

Attention, j’ai tout de même passé un très un bon moment d’évasion !

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014).

CHALLENGE - Thrillers polars 2013-2014 (2)