Gunfighter – Tome 1 : Christophe Bec et Michel Rouge

Titre : Gunfighter – Tome 1

Scénariste : Christophe Bec
Dessinateur : Michel Rouge

Édition : Glénat (28/08/2019)

Résumé :
Toujours bon. Parfois brute. Jamais truand.

Quelque part dans les plaines d’Arizona. Alors que les « longhorns », ces vaches américaines aux cornes interminables, ont besoin d’espace, l’arrivée des premiers barbelés, la « corde du diable » comme on l’appelait alors, ne fait qu’exacerber les conflits qui opposent deux familles de propriétaires terriens.

C’est dans ce contexte et dans le souffle d’une tempête qu’une bande de ranchers découvre un homme inanimé, agrippé à son colt…

Qui peut bien être ce mystérieux Gunfighter ?

Critique :
C’est drôle, dans « Des barbelés sur la prairie » (Lucky Luke N°29), je trouvais que les éleveurs avaient tort d’en vouloir à Vernon Felps d’utiliser des barbelés pour délimiter sa propriété…

Dans cette bédé, plus réaliste que celle du cow-boy qui tire plus vite que son ombre, c’est le contraire : les barbelés sont une merde dans la prairie !

Tout est dans la manière de présenter la chose : Cash Casey était LE type détestable dans Lucky Luke. Mais c’était un ange comparé à l’éleveur Wallace de cet album, celui qui a dressé les barbelés.

En face, ceux qui sont contre les barbelés et qui nous sont sympathiques d’emblée : Wayne et Katherine Cotten, frère et soeur, à la tête d’une exploitation familiale qui périclite et dont le contremaître m’a fait penser à Ten Gallons, le vieux bougon dans la bédé « Comanche ».

Le western a le vent en poupe et ça tombe bien car j’adore ce genre. Le trait de Michel Rouge ne m’était pas inconnu, il avait dessiné les 5 derniers tomes de  la série « Comanche » et le tome 3 de « Marshall Blueberry ». J’ai apprécié sa ligne claire et les couleurs.

Pour le scénario, nous sommes dans le l’ultra conventionnel : des troupeaux de vaches, des barbelés, un éleveur qui louche sur les terres des autres et qui fait tout pour les faire déguerpir afin d’étendre son empire, un mystérieux tueur dont on ne sait pas grand-chose, des rangers à ses basques et un troupeau de Longhorn à convoyer…

De l’ultra conventionnel, donc, pourtant, j’ai dévoré ce premier tome avec une certaine avidité car l’auteur a su glisser du mystère dans la personnalité du gunfighter (Craig Bellamy) et les flash-back laissent entrevoir des choses pas nettes dans le comportement de l’éleveur Wallace…

Les codes du western sont respectés, la cuisine est conventionnelle pour ce premier tome mais ça ne manque pas d’épices, de dialogues ciselés, d’humour, de mystère et de suspense.

D’entrée de jeu on sympathise avec les jeunes Cotten et on prend Wallace en grippe, surtout avec le vice qu’il possède et le plus terrible n’est pas l’envie d’agrandir son élevage par tous les moyens.

Il y a plusieurs arcs narratifs dans ce premier tome qui place les personnages, les faits évoluer dans la prairie, les entoure d’un halo de mystère et j’espère que le tome 2 nous en apprendra plus sur notre gunfighter pour qui j’ai une grande affection, malgré le fait que ce soit un tueur. Mais que devait-il tuer ?

Une bédé western qui reste dans le classique et dont les dessins en lignes claires sont du plus bel effet, sans oublier les couleurs et les ambiances, bien rendues toutes les deux.

Vivement la suite !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°52] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

 

Le soleil des rebelles : Luca Di Fulvio

Titre : Le soleil des rebelles

Auteur : Luca Di Fulvio
Édition : Slatkine (2018) / Pocket (2019)
Édition Originale : Il bambino che trovo il sole di notte
Traduction : Françoise Brun

Résumé :
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu’il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.

Marcus ne doit son salut qu’à la jeune Eloisa, fille d’Agnete, la lavandière du village qui l’accueillera sous son toit pour l’élever comme s’il était son fils.

Luca di Fulvio retrace l’ascension paradoxale d’un petit prince qui va devoir apprendre dans la douleur comment devenir un homme.

Critique :
Marcus est un jeune prince, appelé à régner (araignée, quel drôle de nom) un jour sur le petit royaume de son père.

La convoitise étant mère de bien des vices et des crimes, le voisin, attiré par l’odeur alléchée des richesses qu’il convoite, fit massacrer tout le monde afin d’annexer ce territoire au sien.

Tout le monde est tué ? Non, le jeune héritier, Marcus, a échappé au massacre et il résiste encore et toujours à la mort, caché dans le sol, sous une trappe, chez une sage-femme et on l’a renommé Mikael.

Cela ne vous fait pas penser à une histoire universelle et bien connue, même si l’oncle assassin est remplacé par un seigneur voisin ? L’histoire d’un héritier qui, à un moment donné, va comprendre qu’il doit récupérer son royaume et ne pas oublier qui il est ?

Bingo ! Le roi lion ! Quoi, vous pensiez à autre chose ? Qu’il y avait quelque chose de pourri au royaume de Saxe ?

Si l’histoire racontée est universelle, c’est le talent de conteur de l’auteur qu’il faut mettre en avant car, grâce à sa plume, il va nous transporter en l’an de grâce 1407 mieux que si vous étiez réellement. Le froid mordra votre peau, les manches des outils déchireront vos mains délicates, la pluie ruissellera sur vos épaules frêles et votre estomac connaîtra la faim.

Les injustices vous tomberont dessus pire qu’une invasion de sauterelles et puisque vous appartenez à votre seigneur et maître et que ce dernier est un sale type capricieux, sadique, méchant, assoiffé d’argent, têtu, tyrannique, il se repaîtra de votre souffrance.

Si le réalisme ne manque pas du côté des décors et de la dure vie des serfs, je mettrai un petit carton rouge pour les personnages un peu trop manichéen à mon goût. Que les gentils soient bons, ça passe encore car Di Fulvio nous a créé des personnages attachants, bourrus, mais auxquels il est difficile de ne pas adhérer.

Le bât blesse au niveau des méchants… Autant où Scar était méchant mais emblématique, autant il a manqué d’épaisseur au seigneur d’Ojsternik.

Qu’il soit sadique et tyrannique, je n’en doute pas un seul instant, à cette époque, la vie n’a aucune valeur. Mais l’auteur aurait dû mettre un peu plus de profondeur à ce personnage central pour en faire un Méchant qui marque les esprits, tels un Scar ou un Geoffrey dans Game Of Thrones.

Le grand méchant de cette histoire m’a simplement agacée (au départ, il m’avait m’horrifiée).

Un autre petit bémol sera pour la longueur… Non pas celle des pages, mais des brimades subies par les petites gens de la Raühnvahl, où Marcus/Mikael a trouvé refuge.

Certes, je ne nierai pas que ces gens étaient à la merci de leur seigneur et que si ce dernier était cruel, ils allaient en baver, mais à force qu’il leur arrive trop d’horreurs, ça perd de sa puissance, le cerveau se déconnecte et on n’attend qu’une chose, que Marcus/Mikael arrive enfin à sa vengeance pour éliminer cet enculé de méchant qui n’a même pas entièrement l’étoffe d’un grand, même si, lui au moins n’est pas un cruel trouillard, comme Geoffrey Barathéon (GOT).

Le final est prévisible, de ce côté là, pas de surprise à attendre de la part de l’auteur. Je ne dirai rien là-dessus, un peu de douceur après toutes ces brutalités, ces horreurs, ces privations, ces brimades, ces assassinats, ça fait du bien.

Ce ne sera pas un coup de coeur total, mais n’allez pas non plus croire que je me sois embêtée durant ma lecture, loin de là ! Je l’ai appréciée, vraiment, mais quelques détails m’ont fait tiquer et si chez les autres, c’est passé comme une lettre à la poste, ça passera peut-être muscade chez vous aussi.

Il me reste encore deux pavés de cet auteur et je les lirai aussi car les aventures sont belles et les personnages « gentils » sont attachants, du genre de ceux qu’on aimerait croiser dans sa vie.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°210 et le Challenge Pavévasion – Saison 1 (17 mars – 15 avril ?) chez Mez Brizées [Lecture N°02 – 640 pages].

La Ballade des misérables : Aníbal Malvar

Titre : La Ballade des misérables

Auteur : Aníbal Malvar
Édition : Asphalte (2014)
Édition Originale : La balada de los miserables (2012)
Traducteur : Hélène Serrano

Résumé :
Madrid, de nos jours. Des enfants gitans disparaissent, sans que les autorités s’en émeuvent. Puis c’est le tour de la petite-fille de Perro, patriarche du Poblao, bidonville en marge de la ville.

Hors de lui, le vieil homme abat un innocent qu’il pensait coupable, ce qui aboutit à l’ouverture d’une enquête. Ou plutôt de deux.

Côté gadjo, c’est l’inspecteur O’Hara qui est sur le coup, accompagné de son perroquet et précédé de sa sale réputation. Il est aidé dans sa tâche par Ximena, jeune fille de bonne famille devenue journaliste idéaliste.

Côté gitan, c’est le ténébreux Tirao qui est chargé de l’investigation par Perro lui-même. Mais le passé de cet ancien toxicomane va bientôt le rattraper…

La Ballade des misérables est un roman choral d’une ironie mordante et d’une poésie sombre, aux accents hugoliens, qui nous plonge dans une Madrid méconnue et baroque.

Critique :
Des narrateurs, j’en ai eu beaucoup de différents, dans ma vie de lectrice, mais des pareils, jamais !

Un mort qui me raconte, ce n’est pas inhabituel, c’est original, mais j’ai déjà lu…

Par contre, me faire raconter une partie du récit par une bite, un billet de 50€, un rat ou par la ville de Madrid himself, ça, j’avais encore jamais découvert.

Être la bite d’un type qu’on appelle Relamío, « Pourléché », a ses bons et ses mauvais côtés. Un des bons côtés, c’est que ta réputation va de bouche en bouche.

Et tu veux que je te dise ? Ça ne dépareillait pas du tout dans ce roman noir, c’était même bien trouvé et bien joué, cette manière originale de nous faire découvrir certains pans du récit.

J’ai été volé quatre fois depuis l’apparition de l’euro, mais jamais comme cette nuit-là sur la Gran Vía.

Nous, les rats, nous ne sommes jamais ni contents ni tristes, c’est le lot de ceux dont la seule préoccupation est de vivre, continuer à respirer, prolonger d’un jour encore leur indigence immonde.

Certes, au début du chapitre, faut réfléchir pour deviner qui nous parle… La première fois, tu tombes des nues, tu as l’impression d’halluciner comme si tu avais bouffé une omelette aux champignons hallucinogènes, mais non… Tes champignons étaient tout ce qu’il y a de plus conventionnels, c’est ton roman qui ne l’était pas.

Si demain on me sacrait ville olympique, vous seriez les premiers à oublier la mort de cette putain de gamine gitane. Pas vrai, monsieur le maire ?

En plus de ne pas être conventionnel dans ses narrateurs, ce roman choral est d’une sombritude à te donner envie soit de te suicider, soit de souhaiter qu’un météore nous tombe sur le coin de la gueule et nous éradique au même titre que les dinosaures.

Ils s’imaginent qu’en contaminant leur voisin, ils vont guérir de leur mal de misère. Si je savais pas qu’ils étaient juste très pauvres, je dirais qu’ils sont surtout cons comme des manches.

Ce roman noir de chez noir m’a fait découvrir le peuple Gitan et la misère crasse dans laquelle la plupart vivait : les bidonvilles dans les alentours de Madrid. Des enfants de chez eux disparaissent sans que cela émeuve l’opinion publique ou que cela fasse bouger les flics.

Quand elle a découvert cette histoire macabre, atroce, la société a exigé des coupables. Plus il y aurait de coupables, mieux ce serait. C’est comme ça que les masses arrivent à oublier qu’elles sont complices de toutes ces atrocités. Des coupables, des coupables et encore des coupables.

Niveau flics, ils sont soit ripoux, drogués, alcoolos, les trois à la fois, aussi… O’Hara est même le pire de tous, pourtant, niveau enquêteur, c’est plutôt un bon, le genre qui, quand il tient une piste, va jusqu’au bout, pas toujours dans la légalité, mais il y va.

— Il dit que plus tu passes de temps dehors, moins tu casses les burnes dans les locaux.
— Texto ?
— Non, excuse l’imprécision. Il a dit couilles, pas burnes.

Pas de Bisounours, dans ces pages, que de la misère sociale, de la misère noire, de la drogue, des enfants disparus, des drogués, des camés, des laissés-pour-compte, des voleurs, des trafiquants, des assassins, qu’ils soient gitans ou cols blancs.

— Ça, c’est les Gitans, a dit Chico, le seul que son imperturbable connerie préservait d’une panique grandissante. Je t’avais bien dit que c’était un ramassis de délinquants. Ils t’ont volé ton portefeuille pendant que tu les tuais. Délinquants jusqu’au bout. Puisque je te le dis. Ils n’ont vraiment aucune pudeur.

C’est violent, c’est trash, c’est sans édulcorant, même si certains personnages sortent un peu du lot niveau humanité. Mais entre nous, vous les croiseriez au coin d’une rue, même éclairée, vous foutriez le camp fissa ! Alors, imaginez la nuit…

Un roman noir dont on sort K.O, groggy, avec une mauvaise idée du genre humain. Ah ben non, de ce côté-là, j’avais déjà une mauvaise opinion de nous, les Humains !

Les riches soupçonnent que l’argent ne fait pas le bonheur ; ce qu’ils ignorent, c’est qu’ils ne le méritent presque jamais.

Les riches ne peuvent pas s’empêcher d’être méchants et les pauvres ne peuvent pas se payer le luxe d’être gentils.

Tant qu’il y aura des gens pour en payer d’autres à essuyer leur crasse, il y aura des riches et des pauvres, des baiseurs et des baisés, des entubeurs et des entubés. C’est exactement comme si tu payais quelqu’un pour bouffer ta merde. Il y aura toujours quelqu’un d’assez nécessiteux pour le faire. C’est comme payer pour le sexe.

— La vérité en onze mots : on a cinq cent mille Gitans qui se promènent dans Madrid.
— Enfin, Carmelo. Cesse de te moquer de moi. Les gens ne sortent pas se promener par centaines de milliers. Ils sortent en couple, en famille, seuls ou avec le chien.
— Eh bien, je suppose qu’à partir de maintenant, il faudra modifier notre conception de ce qu’est une promenade.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le Mois Espagnol chez Sharon (Mai 2018).Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°42 – L’Aventure de Wisteria Lodge – lire un livre dont l’intrigue se passe majoritairement la nui).