Holmes (1854/1891 ?) – Tome 4 – La dame de Scutari : Luc Brunschwig & Cécil

Titre : Holmes (1854/1891 ?) – Tome 4 – La dame de Scutari         big_4

Auteur : Luc Brunschwig
Scénariste : Cécil
Édition : Futuropolis (2014)

Résumé :
Alors que Wiggins suit la plaidoirie du docteur Parks au procès de Judith Brown, sous l’oeil attentif de Mycroft, dont l’issue va provoquer l’émoi dans le pays tout entier, Mary et John Watson sont au chevet de la nourrice de Sherlock, blessée par balles.

Et les révélations de celle-ci vont les mettre sur la piste d’une femme dont le nom fut aussi au cœur du procès : Florence Nightingale, infirmière célèbre et pionnière des soins infirmiers modernes, qui mit en pratique ses théories lors de la guerre de Crimée à l’hôpital de Scutari où officièrent le jeune docteur Parks et une certaine… Violet Holmes. »

Critique :
C’est toujours avec un mélange de plaisir et d’appréhension que j’ouvre un nouvel album de ce duo dont le premier tome était sorti en 2006.

Plaisir de voir paraître un nouvel album et peur que la série ne s’enlise et ne commence à tourner en rond comme un chien après sa queue.

Voici donc (enfin !!) le quatrième opus d’une saga qui devrait en compter neuf (c’est vous dire que je les attends comme le Messie, ces albums).

Bon, assez de suspense, le chien ne tourne pas en rond après sa queue et il a même reçu un os à ronger avec ce nouvel album qui m’a fait saliver de plaisir.

Dès l’ouverture, ce sont de belles couleurs sépias qui ont fait briller mes mirettes. Nous sommes en 1854, à Scutari, en Turquie, durant la guerre de Crimée (1853 à 1856). Une belle entrée en matière pour aiguiser ma curiosité et me mettre en appétit avec la présence de Miss Nightingale.

On pourrait être surpris de pareille entrée en matière dans une saga consacrée au Grand Hiatus de Sherlock Holmes (1891 à 1894), mais c’est oublier qu’en 1854, en pleine guerre de Crimée, Sherlock Holmes voyait le jour (date de naissance sujette à caution) et ce quatrième tome nous permet d’assister à la naissance – en direct – du futur Grand Détective !

Si ce quatrième tome n’éteint pas les multiples questions que je me pose encore, il clôt certains événements qui se déroulaient dans le troisième, tout en ouvrant la voie à d’autres mystères, comme ceux avec Mycroft Holmes ou avec leur mère, Violet.

Les dessins sont toujours dans des tons gris (monochrome) pour les événements du présent et le trait est, comme toujours, à tomber à la renverse tellement il est élégant, sobre, avec des tas de détails dans chaque case, à tel point qu’il me faut plusieurs lectures avant de tout détecter.

Tous en assistant à quelques moments de la famille Holmes en 1854, nous découvrons aussi la suite de l’investigation que mène le docteur Watson sur son ami décédé dans les chutes,  notre cher Wiggins mène toujours son enquête à Londres et le scénariste ne se prive pas non plus de nous faire découvrir des pans de la vie à Londres sous la reine Victoria.

Il est des piques, dans les dialogues, qui sont aussi meurtrières qu’un javelot lancé à pleine puissance dans la poitrine d’un homme, notamment en ce qui concerne les nobles et les officiers qui, lors de la guerre de Crimée, envoyaient les soldats se faire hacher menu, ne voulant même pas voir que les méthodes de guerre avaient changées depuis la dernière fois.

— Regardez, vous autres… Regardez à qui l’on a demandé de juger cette pauvre femme… Des hommes !!! Rien que des hommes… Tous riches et nobles, chargés d’évaluer la vie et les motivations de cette modeste créature… Comme si ils avaient la moindre idée de ce qu’est le quotidien d’une femme du peuple, aujourd’hui, à Londres ! […]

— Et vous messieurs, vous êtes comme eux… Vous non plus, vous ne voyez rien… Rien des incroyables et destructifs changements que le monde moderne a occasionnés pour les plus humbles d’entre nous ! Tant que vous resterez aveugles à tout cela, ce sont eux, les petits, les sans-grades, qui continueront de payer le prix de votre aveuglement !!!

Un excellent tome, une fois de plus, qui, bien que ne résolvant pas tout, nous éclaire sur la vie de Sherlock et de sa mère, Violet. Évidemment, c’est de bonne guerre, si d’un côté on lève le voile sur certaines parties antérieures de l’histoire, on noie dans le smog londonien d’autres afin de ne pas dévoiler tout.

L’auteur pratique avec maestria l’art de l’effeuillage… en montrer suffisamment pour nous donner envie d’assister à tout le spectacle, mais pas trop d’un coup et surtout pas la pièce maitresse !

Encore 5 tomes avant la mise à nu… Survivrais-je à cette longue attente ?? Nul ne le sait, mais il faut à tout prix que vous suiviez cette saga !

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Sherlock Holmes » de Lavinia sur Livraddict, le Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et « A year in England » chez Titine.

BILAN LECTURE - Veux la suite

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Le Monde caché d’Axton House : Edgar Cantero

Titre : Le Monde caché d’Axton House                                      big_3-5

Auteur : Edgar Cantero
Édition : Super 8 éditions (2015)

Résumé :
Âgé d’une vingtaine d’années, A. vient d’hériter d’Axton House, un mystérieux domaine niché dans les bois de Point Bless, Virginie. Etrange affaire, en vérité.

A. ignorait avoir un cousin éloigné nommé Ambrose Wells, et savait encore moins que le pauvre homme s’était récemment défenestré le jour de son 50e anniversaire – trente ans jour pour jour après son père, et de la même façon que lui.

Accompagné de Niamh, jeune Irlandaise mutique de 17 ans présentée comme sa garde du corps, A. va de surprise en surprise. Quel sens donner à ces suicides ? Qu’est-il advenu du majordome qui s’est enfui le jour de la mort de son maître ?

Sans compter ce labyrinthe dans le jardin, ou ces pièces secrètes sur lesquelles n’ouvre aucune porte. Tous deux grands fans de X-Files, Niamh et A. vont tenter de résoudre les énigmes auxquelles ils sont confrontés. Axton House est-elle réellement hantée ?

Et que penser de cette rumeur qui voudrait qu’à chaque solstice d’hiver, sous le pâle halo lunaire, un mystérieux rassemblement s’y produise ?

Critique : 
Mais qu’est ce que c’est qu’ce binz ! Un OLNI… Objet Littéraire Non Identifié.

C’est totalement perplexe et en proie à 1000 questions que je viens de refermer ce roman. La tête encore toute tourneboulée par cette lecture qui sors absolument de tous les sentiers battus !

Axton House est un manoir étrange. Son ancien propriétaire s’est défenestré et c’est le jeune A., un jeune homme d’une vingtaine d’années, cousin éloigné au second degré et d’un continent qui en hérite.

Quittant son Angleterre natale pour l’Amérique, A. débarque avec Niamh, sa très jeune amie muette mais pas sourde et investissent le manoir.

Déjà, niveau personnages, l’auteur frappe fort ! Un jeune homme sympathique dont ne saurons que son initiale A. et une ado de 16 ans, muette, coiffée à la punk et piercée de partout. Ils m’ont fait souvent sourire, ces deux là.

Au début, il m’a fait l’effet d’un type naïf mais courageux à la Dr Watson. Et voilà qu’il venait tout juste d’apprendre la disparition de son Sherlock Holmes.

Là où ça devient délirant, c’est dans le style de la narration : on passe d’un récit où c’est A. qui raconte, soit ce sont des notes de Niamh, on a droit aussi à des extraits de rapports, des lettres envoyées à une mystérieuse tante Lisa, des coupures de journaux, des extraits de livres qu’ils consultent et des enregistrement audios ou vidéos !

Si on vous parle d’un relevé téléphonique, vous l’avez dedans !

Purée, ça vous change d’un récit ordinaire et ça lui donne comme des airs de « récits authentiques » comme vous pourriez en voir sur National Geo dans la rubrique « Aux frontières du réel ».

La série de documents qui suit relate les événements qui se sont produits à Axton House, 1 Axton Road, Point Bless, Virginie, durant les mois de novembre et décembre 1995. Les notes sont dues à l’éditeur. La première page est manquante.

D’ailleurs, ce roman gothique a des relents de notre bon vieux duo d’agents spéciaux, Fox Mulder et Dana Scully. Que les plus jeunes consultent pour savoir qui ils sont. Que les plus jeunes fassent attention aussi, ils pourraient avoir un choc en découvrant qu’en 1995, on utilisait des disquettes…

J’ai eu un petit peu de mal lors de certains passages, mais pour le reste, la chasse à je-ne-savais-pas-quoi fut addictive et le livre se laisse lire sur deux petits jours.

Le style littéraire mélange les belles phrases poétique et le côté drôlatique dans les réparties entre les protagonistes.

Au-dessus de nous, gît suspendu un nuage ourlé d’or de la taille d’un des grands États (disons, l’Arizona) ; il menace de s’effondrer sur la Virginie. Entre lui et nous, le soleil bas projette ses rayons sur la piste poussiéreuse, exaltant les jaunes et les orange, transformant l’aluminium en or et les bras de Niamh en peau d’abricot. Des champs cultivés défilent sur ses iris tandis qu’elle savoure ce paysage continental. Ça va être difficile de ne pas tomber amoureux.

Nous avons couru vers elle, Niamh munie d’un parapluie qu’elle n’osait ouvrir de peur d’être marypopinnisée ailleurs.

La fin est… indescriptible ! D’ailleurs, en le refermant, j’avais des tas de choses qui tourbillonnaient dans ma tête et ce n’est pas prêt de se terminer.

C’est un truc comme je n’ai jamais lu, un roman dont je ne savais pas du tout où il allait m’emmener, hormis là où je ne m’y attendais pas.

Pari réussi, je termine la tête en vrac après une incursion dans un manoir bizarre où un fantôme avec des chaînes n’aurait pas dépareillé.

Une lecture qui sortait vraiment des sentiers battus de la littérature !

— Un artefact contenant…. des sentiments à l’état brut, des pensées non triées, des bruits et des douleurs que le cerveau interprète – est-ce si incroyable?
— Non. Ça existe depuis des milliers d’années. Ça s’appelle un livre.

© Phooka

Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015), Le « Challenge US » chez Noctembule et le mois Espagnol de Sharon.

CHALLENGE - US