Détectives – Tome 1 – Miss Crumble, Le monstre botté : Herik Hanna & Sylvain Guinebaud

Titre : Détectives – Tome 01 – Miss Crumble, Le monstre botté

Scénariste : Herik Hanna
Dessinateur : Sylvain Guinebaud

Édition : Delcourt (07/05/2014)

Résumé :
Angleterre, 1918. Au lendemain de la guerre, dans le sympathique village de Sweet Cove, tout respire la douceur de vivre.

Ah, Sweet Cove… Ses jardins bien entretenus, ses salons de thé aux doux parfums de gâteaux fraîchement sortis du fou.

Et en parlant de gâteaux… Une célèbre institutrice retraitée va bientôt s’adonner à son sport préféré : la chasse aux suspects.

Un mystérieux assassin, un véritable colosse au vu des traces de pas laissées derrière lui, sème la mort dans cette paisible campagne.

Et lorsque le « Monstre botté » commet l’erreur de s’en prendre à ses proches, Miss Crumble voit rouge.

La plus gonflée des 7 détectives est de retour dans une enquête en solo. Juste le temps pour elle de révéler l’impossible.

Critique :
Les enquêteuses Anglaises ont toujours un petit truc en plus que les autres n’auront jamais. Est-ce dû au climat de l’Angleterre ? Au charme surannée des petits villages tels qu’on trouve chez nos voisins d’outre-Manche ?

Je ne sais pas. Une chose est sûre, cette miss Crumble ne déroge pas à la règle.

N’allez pas croire que parce qu’elle porte un nom de dessert qu’elle est une vieille tarte, bien qu’elle ait un caractère bien trempé et une main d’acier capable de broyer une paire de burnes.

Miss Crumble a des atouts dans sa manche, de la sagacité, de l’intelligence, un sens de la déduction à faire rougir les enquêteurs mâles célèbres et, si on ne lui avait pas donné ce nom, on aurait même pu l’appeler madame Bellepaire de Loches car elle a la poitrine volumineuse et cette dernière n’a pas encore été soumise aux terribles lois de l’attraction terrestre qui touche certains appâts à partir d’un certain âge, âge certain qu’elle a déjà.

Il est sûr et certain que les hommes qui font sa connaissance ne prendront pas garde à son sens de la déduction, mais verront, en premier lieu, son sens de la séduction, magnifié par ces deux obus, avant de se prendre une de ses cinglantes réparties dans la tronche.

Les Sept détectives m’avaient bluffés et notre Miss Crumble en était, son histoire solo ne pouvait être que bonne. Pari gagné haut la main et entre nous, Miss Crumble a plus d’allure que Agatha Raisin.

Les dessins sont agréables pour les yeux, le petit village de l’Angleterre d’après guerre est bien représenté, on a l’impression que nous avons franchi la Mer du Nord et que nous avons mis le pied chez nos futurs voisins, 100 ans avant leur Brexit.

Les dialogues sont savoureux comme des scones de Dame Ida, onctueux comme une crème qui descendrait toute seule dans la gorge (telles les sucettes à l’anis d’Annie), épicé comme un bon curry et le tout a le goût fumé et précieux d’un Lapsang souchong grand cru !

Anybref, ceci n’est pas une BD qui se dévore en 10 minutes pour cause de dialogues aussi fin que du papier cigarette, mais c’est dense et on est assuré d’en avoir pour son argent en temps de lecture.

Les crimes sont mystérieux, énigmatiques et je n’ai pas su où donner de la tête tant je me creusais les méninges afin de savoir QUI avait tué, nom d’un pipe.

À un moment donné, j’ai suspecté une personne, mais je m’étais fourrée le doigt dans le nez jusqu’au coude. N’ébruitez pas cette erreur au Maître des détectives, merci (Holmes).

Le final, je ne l’ai pas vu venir et je me le suis pris dans la gueule tel un train de l’époque lancé à pleine vitesse. Fallait y penser, c’était vicieux comme je l’aime.

Une réussite en images, en dialogues, en suspense et en « j’en suis tombée sur le cul ».

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et

 

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Détectives – Tome 3 – Ernest Patisson – Hantée : Herik Hanna & Ceyles

Titre : Détectives – Tome 3 – Ernest Patisson – Hantée

Scénariste : Herik Hanna
Dessinateur : Ceyles

Édition : Delcourt (28/01/2015)

Résumé :
Ernest Patisson est invité sur une île écossaise reculée. Le maître des lieux aimerait beaucoup avoir l’avis du détective au sujet de l’esprit machiavélique qui semble persécuter son épouse.

Patisson répond volontiers à l’étrange invitation. L’helvète, éternel sceptique, a déjà hâte de lever le mystère.

Mais sur l’île isolée, alors que les portes claquent et que les cris résonnent dans la nuit, le sang ne tarde pas à couler.

Critique :
Une île où le manoir est hanté… Une île ? Ou plutôt un grand rocher dont les héritiers ne peuvent s’échapper sous peine de mort et lorsque Patisson arrive, dehors, c’est ♪ comme un ouragan ♫ La tempête en mer ♫ mais sans Steph’ de Monac’

Patisson, j’avais croisé sa route dans « 7 détectives » et notre sceptique détective ne croit pas aux fantômes ou à tout autre truc dit « hantés ».

C’est donc muni de son scepticisme légendaire, de sa belle moustache et du capitaine Phillips que Patisson débarque, par une nuit de tempête, de pluie et de mer agitée sur cet espèce de rocher où se trouve le manoir appartenant à ma famille Wallace, habité par James Wallace l’alcoolique, sa femme  Marisa devenue zinzin et ses deux domestiques.

— Si ma moustache n’est pas coiffé, mes idées ne sont pas ordonnées.

Ambiance Cluedo et so british pour cette enquête qui a tout du fantastique, avec une touche d’humour noir et cynique comme je l’aime. Ernest Patisson n’a pas sa langue en poche et ses réparties font souvent mouche, quand elles ne mouchent pas les autres.

— Enchanté Monsieur Patisson, votre réputation vous précède !
— Pourvu qu’elle me suive par la même occasion !

— Elle ne respire plus.
— C’est très regrettable. J’en suis profondément attristé, mais c’est malheureusement courant chez les personnes ayant une hache plantée dans le dos.

Qui a utilisé une hache pour la planter dans le dos de la victime ? Qui a tué une autre victime avec le chandelier, sachant que Miss Pervenche et le colonel Moutarde n’étaient pas sur les lieux ? Vous le saurez en suivant l’enquête d’ Ernest Patisson !

Tel un Hercule Poirot obnubilé par sa moustache et par son habillement, notre homme n’interroge personne, se contentant de claquer des portes et de fumer des cigares puants pour résoudre ces crimes commis en huis-clos, puisque personne ne peut quitter l’île.

Passant de 9 personnes à 8 et puis à 7, cette enquête a des airs de « Dix petits nègres » surtout lorsqu’une autre personne bouffe son acte de naissance alors que tout le monde était réuni à la cuisine, devant des oeufs… Ils étaient 9 et les voilà à 6. Si ça continue, ils ne seront plus personne.

QUI est le coupable ? Le neveu héritier ? Sa copine ? Le notaire ? Le butler ? La bonne qui ne sait pas cuisiner ? Ou un autre ? Tous ensemble ? À tour de rôle ? Je ne parlerai que sous la torture !

Un plongeon toute respiration retenue dans cette enquête qui fleure bon les années 20, les costumes et les tenues d’époque, ainsi que les moustaches et les coiffures où rien ne dépasse.

Le scénario est au petit oignons et mieux cuisiné que le rôti de la cuisinière, le tout étant servi par des dialogues coupés finement et des dessins qui donnent corps à ce récit qui m’a laissé sans voix. Digne de la mère Christie, tiens !

Une ambiance aux relents anglais d’avant brexit, une île au milieu de la flotte déchaînée, un manoir hanté, une épouse qui entend des voix, qui n’est pas crue sans pour autant finir cuite, comme Jeanne d’Arc, une malédiction qui dit que celui qui quittera la manoir finira dans la tombe et le tonnerre qui gronde.

Ça, c’est de l’atmosphère ! J’ai comme qui dirait pris mon pied littéraire avec cette bédé, moi…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

 

Au-delà de Sherlock Holmes – Tome 3 : Collectif

Titre : Au-delà de Sherlock Holmes – Tome 3

Auteur :
Édition : Payot et Rivages (03/01/2018)
Édition Originale : The Big Book Of Sherlock Holmes Stories
Traducteurs : Frédéric Brument & Jean-Paul Gratias

Résumé :
Troisième volume de la série des pastiches de Sherlock Holmes entamée avec Les Avatars de Sherlock Holmes.

Dans ce volume, placé sous le signe du surnaturel, des esprits, et de l’au-delà, on trouvera même une nouvelle qui se déroule… sur Mars !

Entre autres : Anthony Boucher nous propose une variation jouissive sur Le Petit chaperon rouge interprété par Sherlock Holmes, tandis que Loren D. Estlment confronte notre détective au diable en personne.

Critique :
170 pages pour 6€, ça fait cher la page ! Surtout qu’une des nouvelles, celle avec Syaloch, je l’avais déjà lue dans un autre recueil plus ancien.

Mais vous savez que quand on aime, on ne compte pas !

Ces nouvelles de notre détective sont plus dans le registre du fantastique ou de la SF, mais malgré tout, elles tiennent la route et sont des plus agréables à lire.

La plus courte, étant aussi la moins longue, était la plus drôle : Holmes arrive au Paradis et le Grand Architecte lui confie une enquête qui se résoudra en quelques lignes.

Comme quoi, la taille de l’histoire n’en fait pas sa qualité et les toutes petites peuvent être excellentes et donner bien du plaisir ! (messieurs…je dis ça et je ne dis rien… mesdames, prenez cette info pour ce qu’elle vaut : c’est-à-dire pas grand-chose).

Le coup de l’explication rationnelle du Petit Chaperon Rouge par Holmes vaut aussi son pesant de cacahouètes car la rationalité et les petits garçons de 4 ans, ça fait deux et il vaut mieux ne jamais leur donner des explications d’un conte.

La nouvelle qui se passe hors de la Terre est un problème en vase clos, qui est brillamment résolu par un insecte détective, quand au dernier, avec le type à l’asile qui se prend pour le Diable, elle a tout d’avoir des airs fantastiques, tout en restant rationnelle au point que l’on se posera des questions sur la fin.

— En bref, dis-je, il y a en ce moment, dans cet établissement, un patient qui est parvenu à se convaincre qu’il était le diable en personne.
Holmes hocha pensivement la tête.
— Cela pourrait contribuer à rétablir l’équilibre. L’asile à déjà deux Christ et un Moïse.

Un recueil sympathique mais guère épais et qui se lit bien trop vite.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), Le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (Plaisirs à Cultiver), Le challenge British Mysteries (Janvier 2018 – décembre 2018) chez My Lou Book et le Mois du polar (Février 2018) chez Sharon.

Nous allons mourir ce soir : Gillian Flynn

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Titre : Nous allons mourir ce soir

Auteur : Gillian Flynn
Édition : Sonatine (2016)

Résumé :
Après une enfance difficile, la narratrice anonyme devient travailleuse du sexe. Des années d’expériences ont développé chez elle un véritable don pour décrypter la psychologie de ses interlocuteurs, leurs intentions et leurs envies. Aussi lui arrive-t-il de donner des conseils à des âmes en peine.

Lorsqu’elle rencontre Susan Burke, une femme aisée aux prises avec une situation dramatique, elle lui propose de l’aider.

Susan et sa famille ont emménagé à Carterhook Manor, une vieille demeure inquiétante, marquée par une violente histoire vieille de cent ans. Sur place, la narratrice rencontre Miles, le beau-fils de sa cliente, un adolescent au comportement étrange et glaçant.

Saura-t-elle découvrir toute la vérité sur Carterhook Manor et la famille qui l’habite désormais ?

SKULL - Game OverCritique :
Habituellement, les soucis avec le canal carpien sont l’apanage des secrétaires, des caissières, des personnes âgées… Mais je n’avais jamais pensé à ces filles qui travaillent du poignet, celles qui « peignent la girafe » de ses messieurs en manque de branlette.

Et oui, messieurs dames et jeunes gamins prépubère : si la masturbation ne rend pas sourd, elle vous nique le canal carpien ! C’est pas le curé du coin qui vous le dit, mais une spécialiste de la branlette…

Non, ce n’est pas de moi dont je parle, mon canal carpien va bien, merci pour lui, mais c’est notre narratrice anonyme qui nous l’apprend.

Si j’ai cessé de branler des mecs, ce n’est pas parce que je n’étais pas douée pour ça. J’ai cessé de branler des mecs parce que j’étais la meilleure. […] Donc, en trois ans, selon mes estimations, j’ai effectué à peu près 23 546 branlettes. […] J’ai abandonné parce que, quand vous pratiquez 23 546 branlettes sur une période de trois ans, le syndrome du canal carpien, ça devient une réalité.

L’exercice de la nouvelle est assez difficile : il faut en dire le plus possible en peu de pages, ou laisser les lecteurs sur leur faim pour certains détails.

Gillian Flynn y est arrivée brillamment : en 96 pages (et pas en 69), sans nous donner le prénom de sa narratrice, elle est arrivée à me happer dans son récit et à me filer les chocottes, me laissant à la fin de sa nouvelle, hébétée et retournée.

Évidemment, la frustration est au rendez-vous car le scénario – excellent – aurait mérité plus de pages, plus de développement, hélas, cette histoire a été écrite pour un recueil de nouvelles et  à la demande de G.R.R Martin.

Alors que nous en savons très peu sur la narratrice – hormis le fait qu’elle est une branleuse professionnelle, qu’elle ne suce pas et que des hommes sont prêts à payer pour qu’elle leur fasse ce qu’ils sont en principe capable de se faire tout seuls – nous nous attachons assez vite à elle, découvrant sa vie présente, son métier atypique, et son passé, peu agréable et miséreux.

Sans nous laisser le temps de souffler, l’auteur nous plonge ensuite dans une ambiance fantastique/terreur avec une maison que la proprio dit hantée, et puisqu’à cause de son carpien qui se bouche notre narratrice est passée au job de voyante, elle va se piquer de nous jouer à l’Exorciste pour sa cliente.

Je ne sais pas qui a manipulé qui, qui a joué avec les pieds de qui, qui était le coupable, mais en tout cas, je sais que l’auteur a joué avec moi comme le chat avec la souris et je me demande si à la fin, elle ne ma pas croquée.

Notre narratrice était peut-être la reine de la branlette, mais l’auteure est, une fois de plus, la reine de la manipulation !

C’est court, c’est fort, c’est intense, c’est rapidement lu, c’est plus long à digérer car les questions vous hantent et on se demande où on s’est fait baiser…. heu, manipuler !  C’est bourré d’ironie et d’humour noir.

Bref, une nouvelle qui vous masturbe le cerveau et vous laissera avec un sourire béat de plénitude, un sentiment de frustration parce que « Oh non, putain, c’est déjà terminé » et des questions sans réponses « Qui a manipulé qui ?? ».

Jouissif.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

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Sept nains : Wilfrid Lupano & Roberto Ali

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Titre : Sept nains

Scénariste : Wilfrid Lupano
Storyboard : Jérôme Lereculey
Dessinateur : Roberto Ali

Édition : Delcourt (2015)

Résumé :
Sept nains sont bouffons et amuseurs à la cour d’un roi qui fête l’anniversaire de Blanche, sa fille chérie, née d’un premier mariage.

Acrobaties, pitreries, jonglage, tout y passe. Hélas pour eux, la blague de trop va vexer la reine et décider de leur destin.

Les voilà exilés du château, condamnés à la mine. C’est pour eux le début d’une longue descente aux enfers. Mais bon ou mauvais, ils n’ont pas dit leur dernier mot…

dc7Critique :
Sept nains bouffons ont eu le malheur de froisser la reine en riant des femmes d’un certain âge et les voilà exilés dans une cabane au fond (du jardin ?) des bois et obligé d’aller bosser dans leur mine.

Pas de chance… Sale temps pour les petits hommes, les nains de jardins.

Je connais depuis longtemps le concept des albums « Sept » et le talent de Wilfrid Lupano qui dans ses autres séries a un humour assez fin, cynique, mais ici, je pense qu’il n’était pas au top de sa forme, le pauvre homme.

Alors oui j’ai souri, alors oui j’ai bien aimé cette nouvelle approche de l’histoire de Blanche-Neige, à cent lieues de celle de papa Walt Disney, avec des nains libidineux, puant, s’astiquant sans doute le manche de pelle sous leurs couvertures remplies de vermine grouillante.

Rhô, le coup du miroir magique, j’en ris encore, mais…

Oui, il a un mais, un ver dans la pomme de la sorcière parce que ma foi, c’est un peu lourd niveau humour et j’ai été habituée à du plus fin avec Lupano.

Autre soucis, il me semble, c’est l’inconstance du chasseur, qui, le pantalon baissé pour se farcir la jolie Blanche-Neige au lourdes mamelles tentantes, se dit qu’avant de la tirer, il pourrait tout aussi bien bander son arc pour se faire la jolie biche qui passait par là, sans même avoir peur de tout le bruit que ce rustre avait fait, sans oublier la Blanche-Neige qui gueulait aussi que non, bas les pattes.

La reine règne en despote, ça, c’est normal, qu’elle veuille se débarrasser de la fille illégitime de son mari de roi – qui a disparu, le crétin – parce qu’âgée de 18 ans, elle est bêêêêêêlllle et lui fait de l’ombre, mais son revirement soudain n’est pas très en phase avec le caractère de la tyrannique dame.

Alors je dis oui pour cette nouvelle version de Blanche-Neige de Disney, parce que celle des frangins Grimm était vachement sombre, mais j’eusse aimé de l’humour plus fin, moins trash, moins lourd, moins grivois.

Bref, il y avait à boire et à manger, mais les mets étaient un peu lourds, dommage.

Malgré tout, connaissant les autres œuvres de monsieur Lupano, je me ferai un plaisir de les relire.

Étoile 2

RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires.

Psychiko : Paul Nirvanas

Psychiko - Paul Nirvanas

Titre : Psychiko

Auteur : Paul Nirvanas
Édition : Mirobole (2016)

Résumé :
Psychiko, le tout premier polar grec, est un véritable bijou. Anti-héros et probable cas clinique, Nikos Molochantis, jeune rentier désœuvré, est prêt à tout pour obtenir son quart d’heure de célébrité. Il a donc la brillante idée de se faire passer pour l’assassin d’une femme retrouvée morte dans un quartier d’Athènes.

Grâce à la presse fascinée par cette affaire, Nikos se retrouve enfin sous les feux de la rampe, suffisamment près de la guillotine pour être une vedette. Le stratagème parfait… À ceci près qu’il risque de fonctionner au-delà de ses espérances.

Paru en 1928 sous forme de feuilleton, Psychiko met en place une mécanique infernale, où une police apathique affronte un faux coupable en quête de gloire.

the acropolisCritique :
♫ Quand on est con, on est con ♪ le chantait si bien Georges Brassens et ici, nous avons un champion du monde en puissance…

Hitchcock, lui, aurait dit que le faux crime était presque parfait. Tellement parfait que Nikos pourrait y perdre la tête, surtout au sens propre.

Nikos (pas Aligas) Molochantis est un jeune homme naïf et con, rêvant de ce que Andy Warhol nommera plus tard : le quart d’heure de gloire.

Là, pour le moment, il vit dans l’oisiveté en dilapidant la petite fortune qu’avait amassé son père aux prix de lourds sacrifices et à la sueur de son front. Notre Nikos n’est même pas capable de voir que ses prétendus amis ne le sont que parce qu’il a de l’argent et qu’il donne des fêtes et refile des drachmes à ces piques-assiettes.

Et comme cet imbécile veut connaître la gloire, il ne trouve rien de mieux que de se faire arrêter pour un crime qu’il n’a pas commis et dont plus personne ne parle, quasi.

Il pense juste garder le silence durant quelques jours et puis, miracle, son ami Stéphanos viendra donner aux autorités son alibi, puisqu’il mangeait avec lui le soir du crime qui eut lieu dans le quartier de Psychiko.

Ah, j’oubliais, comme il est crétin comme pas deux, notre Nikos, il donne procuration à Stephanos pour que ce dernier puisse lui apporter de l’argent lorsqu’il sera en prison.

Ce roman policier grec est paru sous forme de feuilleton en 1928, l’action, elle, se déroule dans les années 1910, mais pas de précision exacte sur l’année. Pourtant, elle pourrait être contemporaine, les réseaux sociaux en moins.

Contemporaine ? Bien sûr ! Quand on voit ce que certains sont prêts à publier comme photo d’eux pour obtenir des likes ou des folowers, au final, ils ne sont pas trop différents de notre Nikos qui rêve qu’on parle de lui et auquel j’ai fini par m’attacher.

Cet homme naïf qu’il est et qui a rudement besoin de grandir dans sa tête devient attachant au fil du récit.

Ici, nous sommes clairement dans la satire d’une société, d’une jeunesse en mal de sensations fortes puisque notre Nikos va même avoir des tas de femmes qui vont s’intéresser à lui, dont un groupe de jeunes filles. Les crimes d’honneur ou romantique, ça les rends toutes choses, mais elle peuvent tourner casaque très vite aussi.

Le ton est caustique aussi envers la presse qui, un jour, parle d’un meurtre et ensuite, plus un mot. Presse qui, un jour, couvre un assassin de gloire, le photographie, l’interview, et ensuite, l’oublie car la presse est passée à autre chose.

Quant à la police, elle n’en sortira pas grandie non plus !

Voilà donc un court roman de 200 pages qui m’a agrippé les mains jusqu’au bout tant je voulais savoir si l’ombre de la guillotine n’allait être qu’une ombre ou si notre pauvre ami allait subir le même sort qu’un roi et une reine de France.

Un roman court, mais intense, de par la folie de Nikos, de par son idée totalement débile de s’accuser d’un crime qu’il n’a pas commis, de par le brocardage de la société grecque qui n’est pas si éloignée de la nôtre, encore moins de notre époque ou de certaines personnes en quête de gloire ou juste que l’on parlent d’elles.

Caustique, jubilatoire, satirique, ironique. Un roman policier à l’envers puisque nous commençons avec un innocent (dans tous les sens du terme, quasi) qui s’accuse.

Une réussite.

Étoile 3,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016).

…Et justice pour tous : Michaël Mention

Titre : …Et justice pour tous

Auteur : Michaël Mention
Édition : Payot et Rivages (2015)

Résumé :
Le superintendant Mark Burstyn, exclu de la police après l’affaire de l’Éventreur du Yorkshire, est aujourd’hui un homme âgé exilé à Paris. Hanté par son passé, il a sombré dans l’alcoolisme.

Seule lueur dans sa vie gâchée, sa filleule Amy, la fille de son ancien collègue Clarence Cooper.

A Wakefield, ce dernier se retrouve chargé d’une enquête sur l’orphelinat St Ann’s : des adultes affirment avoir été victimes de viols dans leur enfance.

C’est le moment où Mark Burstyn se décide à regagner le Yorkshire. Un retour qui va l’entraîner dans une croisade implacable.

Critique : 
Il y a certains auteurs qui vous touchent au cœur, aux tripes, à l’esprit, qui enfoncent leur poing bien à fond dans votre plexus pour vous laisser pantelante après la lecture.

Pour moi, Michaël Mention en fait partie. Tous les romans que j’ai lu de lui m’ont fait cet effet là. Une sorte de double effet Kiss Cool : ça te fait mal au début et puis, ça te fait du bien en même temps.

« Et justice pour tous » est le troisième et dernier volet de la trilogie du Yorkshire (la région, pas le petit chien) et on peut dire qu’il la clôt de manière magistrale, pour ne pas dire qu’on touche la quintessence dans ce dernier roman.

Comment qualifier en peu de mots ce roman qui m’a envoyé un uppercut en plein ma p’tite gueule d’amour ? « Black is black » comme le chantait les autres (Los Bravos) ? Oui, ou « I’ll be back » comme le disait si bien Schwarzy, ce qui irait comme un gant à notre ancien superintendant Mark Burstyn.

Lui, c’est une descente aux enfers que l’auteur lui a réservé pour son dernier one-shot. Mark… le découvrir vivant retiré sur lui-même m’a retourné le cœur. Lire les passages sur sa vie à Paris m’a fait monter les larmes aux yeux.

Le voir reprendre du poil de la bête, se battre contre ses vieux démons, contre l’alcool, sombrer, revenir, resombrer à moitié, m’a envoyé le cœur au tapis. Pourtant, je l’ai encouragé à tout donner et n’oublier personne dans la distribution. Même pas honte, tiens.

Une trame noire, mélangeant les récits à la première ou à la troisième personne, passant de Paris à la perfide Albion, avec un sujet qui aurait pu être casse-gueule (la vengeance) mais qui ne le sera pas (oh que non !), mélangeant la réalité à la fiction, les faisant s’emboiter à tel point qu’on y croit pour de bon et qu’on aurait envie vomir avant de monter sur les barricades.

Sans oublier les petites piques (grosses) sur la société humaine, qu’elle soit anglaise ou française. Là, on s’en prend plein la gueule et c’est mérité parce que l’auteur a bien cerné les travers et les conneries humaines. Tout ce qu’il dit, c’est vrai, je n’en pense pas moins.

Le temps passe, les noms changent, la connerie reste.

Or, le temps est l’ennemi de l’Histoire et, d’ici une vingtaine d’années, l’opinion internationale oubliera la dureté de Maggie comme elle a oublié celle de Reagan. D’ailleurs, le processus de blanchiment a déjà débuté. L’année dernière est sorti un biopic, où le talent de Meryl Streep occulte les réformes impitoyables de l’époque.

Et puis, l’auteur a beau mélanger la réalité avec de la fiction, on sait pertinemment bien que la réalité dépassera toujours la fiction et que certains romans ne sont pas très éloigné de la réalité. C’est ça qui me donne encore des sueurs froides.

La justice ne se donne pas toujours devant les Tribunaux… Et ce ne serait que justice que Michaël accède au sommet, vu les écrits magistraux qu’il nous pond régulièrement. Celui étant encore un cran au-dessus des deux autres, à tel point que les mots me manquent et que les personnages me hantent encore.

Un putain de magistral roman Noir lumineux… et

Une
Claque
Dans
Ta
Gueule

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016) et « A year in England » chez Titine.

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C’est dans la boîte : Frédéric Ernotte

C'est dans la boîte - ErnotteTitre : C’est dans la boîte                                                big_4-5

Auteur : Frédéric Ernotte
Édition : Avant-Propos (2012)

Résumé :
Jeff Marnier. C’est mon nom. Je suis un inspecteur plutôt bien coté, voire admiré par certains. Comme tout le monde, j’ai mes problèmes. Les psychopathes ne manquent pas. Je bosse jour et nuit.

La vérité ? Je suis accro à la vodka, à la solitude, et depuis peu… à un site Internet. « La boîte noire ». C’est un endroit sombre. Un repère de flics. Un cloaque virtuel où je me sens chez moi. Tellement chez moi que j’oublie régulièrement de me coucher.

Que je sois éveillé ou non, c’est rarement bon signe quand mon téléphone portable sonne en pleine nuit. Un tueur de flics court dans la région. Catherine est morte. Je dois me mettre au vert quelques jours. Me protéger. Réfléchir.

La ronde des boîtes tombe à point nommé.

Je pars pour un huis clos secret entre inspecteurs. Une réunion entre des inconnus en mal de découvertes. Une nuit durant laquelle soulever le couvercle d’une boîte peut vous laisser des traces indélébiles.

POLAR - C'est dans la boîteCritique : 
Aviez-vous imaginé un jour que Sherlock recevrait un mail disant « Hercule Poirot souhaite chatter avec vous » ? Non ? Moi non plus, mais sur le forum de « La boîte noire », c’est possible !

« La boîte noire » est un forum réservé aux policiers, et donc, de par la magie des pseudos, tout devient réalisable.

Jeff Marnier (pseudo « Sherlock »), inspecteur de police en Gaume (Belgique) y est vite devenu accro. Cela lui permet d’évacuer un peu les tensions que son boulot procure, de discuter avec d’autres de son métier, car il vit seul et de toute façon, tout le monde n’a pas envie d’écouter les policiers parler de leur travail.

Les sujets sur le forum ne manquent pas. « Faire face à son premier cadavre », « Mes amis ne comprennent pas mon métier », « Accepter l’odeur de la mort », « Je ne dors plus », « L’humour noir en dix leçons »… je vais me régaler.

Lorsqu’un tueur de flic s’en prend à sa brigade et qu’il a besoin de se mettre au vert, c’est une fois de plus le forum qui lui donne l’idée de ses « vacances » forcées. « La ronde des boîtes » tombe à pic.

Quoi t’est-ce ? Une sorte de réunion Tupperware entre flics ? Non, mieux que ça : un huis-clos entre huit flics dans un châlet paumé dans le trou du cul du sud de la Belgique. Chacun doit rassembler dans une boîte à chaussures 5 objets/indices concernant une affaire élucidée ou non et les autres devront deviner l’affaire.

Les voilà tous réunis, 8 flics (5 hommes et 3 femmes) et leurs 8 boîtes. Que le jeu commence ! « The game is afoot ».

Une brillante idée que ce scénario des boîtes à indices que les autres doivent trouver à quelle affaire les objets se rapportent.

On se croirait dans une partie de Pictionary. Un Pictionary morbide.Vous imaginez que toutes les victimes de crimes dont nous parlerons ce soir avaient sans doute une famille, des amis, des projets… Et nous, enfermés dans ce cercle de décadence, nous avons fait des ces drames un vulgaire et pathétique jeu de société…

Les membres trouvent assez vite mais ensuite, le lecteur a le plaisir de découvrir l’affaire en question, et certaines sont racontées par la victime durant son supplice, ce qui vous fait courir l’adrénaline dans les veines.

L’auteur manie bien la plume, le rythme ne souffre d’aucun temps mort, tout est fluide, un peu de glauque bien dosé et de l’humour noir subtil.

Malgré leurs défauts, il faut reconnaître que les tueurs en série ont une forme de créativité qui force le respect. Vous imaginez-vous vous lever un matin en vous disant : « Eureka ! De la colle forte pour piéger mes victimes avec ce qu’elles croyaient être un moyen sûr pour rester en vie. Là, je tiens le bon bout. Ils vont baver de jalousie devant mon ingéniosité au club des meurtriers ».

Bien que le récit soit au présent, cela ne m’a pas posé de problème car l’écriture était soignée et les dialogues bien pesés.

J’ai aimé chaque histoires « policière » et je m’en suis repue avec délectation. Par contre, j’ai découvert une faute énorme. On parle d’un violoniste qui manie « l’archer » !! Oh, c’est un « archet ». Monsieur le correcteur, 10 coups de fouet pour vous.

Les personnages sont tous différents et nous les découvrons sous l’œil et les pensées de Jeff Marnier, le personnage principal du livre. De plus, l’auteur est un pervers (j’aime ça), parce qu’il introduit le doute : un des membres ne serait-il pas un intrus ? La tension monte chez le lecteur et on agrippe plus fort le livre.

Mon esprit pervers avait pensé à un truc de dingue et je voyais venir la fin comme si je l’avais lue avant.

Passant ma langue fébrilement sur mes lèvres, je gloussais devant le final que je voyais se profiler à l’horizon…

Ben j’en ai été pour mes frais parce que l’auteur m’a surprise d’une autre manière ! Magnifique ! Pervers ! Dingue !

Le coup de pied au cul par excellence. Des romans de cette veine, j’en redemande.

Le temps des enquêteurs bedonnants qui se grattent la tête en fumant leur pipe à la recherche d’une solution est révolu. Bienvenue dans le monde des cinglés en tous genres et des psychopathes plus imaginatifs les uns que les autres.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014).

CHALLENGE - Thrillers polars 2013-2014 (2)

Bye-bye, bayou ! / La fille des marais : Charles Williams

Titre : Bye-bye, bayou !                                        big_3-5

Auteur : Charles Williams
Édition : Gallimard (1964)

Résumé :
Jack Marshall mène la vie tranquille d’un policier de province. Une femme jolie et dépensière, un boulot stable, un salaire minable que quelques pots-de-vin rendent décent, et du temps pour aller pêcher dans le bayou, une sorte de lac entre étang et fleuve.

Oui, les choses iraient plutôt bien pour lui si, au fond de ce bayou, Jack n’était tombé sur une sirène blonde qui lui tourne la tête, et dont le mari violent et alcoolique, lui, est bien réel.

La sirène a un nom, Doris. Elle se montre d’abord farouche, puis finit par se laisser séduire. Autant dire que ce jour-là, Jack aurait mieux fait de se casser les deux jambes, car ce coup de foudre va déclencher une véritable tornade.

Petit plus : Charles Williams réussit le superbe portrait d’un homme à la personnalité ambiguë. Les difficultés de la vie, sa faiblesse de caractère transforment ce brave type en ciminel.

Ce qui ne nous empêche pas, et là est la force de Williams, de lui conserver toute notre sympathie.

Critique : 
Si la femme de Jack Marshall avait été moins dépensière, rien de tout cela ne serait arrivé ! Oui, je vous le dis.

Jack Marshall, flic de province, menait une petite vie tranquille. Boulot de flic pèpère, pots-de-vin récoltés chez les mères maquerelles du coin pour son shérif de chef, une épouse chiante,… Rien de transcendantal, me direz-vous.

Et cela aurait pu « rester, continuer, durer » si sa bourgeoise n’avait pas fréquenté des amies riches et voulu mener grand train, comme elles. D’ailleurs, si sa rombière n’avait pas insisté pour partir avec ses pétasses de copines à la mer, rien de tout ceci ne serait arrivé !

Hélas… Madame s’en va donc à la mer avec les derniers billets verts et Jack, dépité qu’à cause d’elle son compte en banque soit proche du niveau zéro (malgré les pots-de-vin qu’il chaparde à son chef), décide de prendre quatre jours de congé et d’en profiter pour aller pêcher dans le bayou (une sorte de lac, entre un étang et fleuve).

Tout aurait été pour le mieux, dans le meilleur des monde, si, au fond de ce bayou, Jack n’était pas tombé sur une sirène blonde qui lui a fait tourner la tête. Une sirène qui vit au fond du bayou avec un mari alcoolo et violent.

Doris… Un peu farouche, la sirène, au départ. Et Jack devient accro à elle sans même l’avoir touchée.

Revenu en ville, son esprit est tournée vers cette femme mystérieuse, à tel point que, bien que le shérif soit dans la merde avec un pasteur qui l’accuse de toucher du fric des tenancières de bordels et des gérants de tripots, malgré la menace d’un procès de la police devant le Grand Jury, Jack n’est là que de corps mais pas d’esprit.

C’est décidé, puisque sa pétasse prolonge son séjour à la mer, il va retourner quelques jours plus tard dans le bayou !

Ce jour-là, il aurait mieux fait de se casser les deux jambes, car son coup de foudre va déclencher une véritable tornade dans sa vie, et pas la tornade qu’il aurait espéré.

Il fallait le talent de Williams pour nous raconter cette histoire rocambolesque, mais plausible; pour nous donner de tels retournements de situation; pour manier un peu l’humour avec le tragique; pour insérer des tas de petites choses de la vie de la ville dans son récit; pour nous faire apprécier le personnage de Jack et pour nous planter le couteau si joliment à la fin, après des rebondissements remplis de suspense. Un vrai p’tit polar noir.

Dialogues au poil, scénario sans temps mort, suspense, pas trop d’humour parce que pas nécessaire, style d’écriture sans fioriture mais pas « plat » non plus, un personnage principal – Jack – qui a de la matière grise dans la tête et qui possédait un plan de bataille mitonné aux petits oignons !

Mais on oublie toujours un petit détail ! N’est-ce pas, Jack ?

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014).

1275 âmes : Jim Thompson

Titre : 1275 âmes                                                             big_5

Auteur : Jim Thompson
Édition : Gallimard (2006) / Folio Policier (1998)
Édition originale : Gallimard / Série Noire (1966)

Résumé :
Shérif de Pottsville, village de 1 275 âmes, Nick Corey a tout pour être heureux : un logement de fonction, une maîtresse et surtout un travail qui ne l’accable pas trop car il évite de se mêler des affaires des autres.

Bien sûr, cette routine ne va pas sans quelques ennuis : son mandat arrive à terme et son concurrent a de fortes chances d’emporter les prochaines élections.

Et puis, même les petits maquereaux du coin en viennent à lui manquer de respect. Aussi Corey trouve-t-il qu’il est grand temps de faire le ménage, à commencer par tous ceux-là.

Petit plus : Grâce à l’humour qui porte le livre, la roublardise de Corey lui vaut la sympathie du lecteur qu’il manipule à l’instar des autres personnages.

Pourquoi Jim Thompson n’eut-il pas plus de reconnaissance littéraire, cela reste un mystère à la lecture de 1 275 âmes, l’un des meilleurs romans noirs jamais édités.

Une pure merveille qui a donné lieu à une adaptation cinématographique exceptionnelle, « Coup de torchon » de Bertrand Tavernier avec Philippe Noiret et Isabelle Huppert.

Critique : 
HI-LA-RANT ! Durant ma lecture, je n’ai pas arrêté de pouffer de rire, de m’esclaffer au risque d’en perdre mon souffle. Pourtant, à l’analyse froide, il n’y a vraiment pas de quoi rire ! On termine quand même la lecture avec 6 morts. Dont 4 tués à bout portant.

Dès le départ, nous faisons connaissance avec Nick Corey, personnage principal du livre et shérif de Pottsville, village de 1 275 ploucs, heu, pardon, de 1275 âmes. Entre nous, le titre original est « Pop. 1280 » et je me demande bien où sont passés les 5 âmes disparues. Cinq personnes perdues dans une traduction, ça fait désordre, non ? (Jean-Bernard Pouy répond à la question dans « 1280 âmes »).

Au premier abord, le shérif Nick Corey m’a fait penser à un mec qui est en attente pour une greffe du cerveau. Oui, une sorte de shérif débile, pas très malin, et je me gaussais de sa stupidité, pensant que cet Averell Dalton était issu du croisement entre Nabilla et François Pignon, bref, un champion du monde en puissance pour un dîner de cons mémorable.

Je ne vous parle même pas du langage de Nick et des autre protagonistes, parce qu’entre les « exaque » , les « p’tet » ou les « j’dis pas que », sans compter les gros mots, Pivot en avalerait son dico.

J’ai vite retourné ma veste et changé mon fusil d’épaule. Nick Corey est en fait le fils caché de Napoléon et Machiavel. Le stratège brillant accouplé au machiavélisme puissance 10.

Naaan, sérieux, si l’auteur ne maniait pas la plume de manière si brillante, en la trempant dans l’humour (noir), l’histoire nous ferait frémir et hurler parce qu’elle n’est jamais qu’une vision fort sombre de l’espèce humaine. En principe, j’aurais dû être scandalisée de ce que je lisais.

Tout le roman n’est qu’un long regard horrifié et désabusé sur les Blancs habitant dans les campagnes du sud des états-unis en 1920 et le jugement est sans appel : ils ont l’esprit plus étroits que le cul d’une donzelle vierge qui se ferait prendre par un troll des montagnes. Plus étroits que ça, tu meurs.

Personne n’est à sauver : que ce soit des personnages secondaires qui ont tous un truc à se reprocher à Nick Corey qui un mec plus que paresseux, fourbe, plus malhonnête que les banquiers américains, plus menteur qu’un politicien en campagne électorale, assez violent tout de même, dépourvu de remords, infidèle, manipulateur avec tout le monde, il n’aime que lui et pour ajouter une cerise sur ce portrait peu flatteur, il est cynique. Un brin sadique et lubrique aussi.

On devrait le haïr et on l’apprécie tout de même. Malgré tout ce qu’il commet comme exactions, on ne peut s’empêcher de rire et de battre des mains en criant « encore » ! On ne devrait pas…

Le passage où Nick s’occupe d’Oncle John, un Nègre (pas péjoratif, j’utilise le terme de l’époque qui veut tout dire sur la manière dont ces gens étaient considérés et traités : même pas humain) est terrible. Je n’avais pas moufté pour les trois premiers, mais là… mon cœur s’est serré. Pas longtemps, Nick m’a de nouveau fait rire.

Malgré l’horreur, on continue sa lecture parce que l’on veut connaître la suite des tribulations de Nick Corey, de ce qu’il va pouvoir inventer pour sauver sa réélection, sur comment il va enfin se débarrasser de sa harpie de femme et de son beau-frère Lennie (un débile profond, frère de sa femme, débile comme le Lennie de Steinbeck, la charisme en moins), comment il va arriver à se séparer de sa première maîtresse pour retrouver sa deuxième maîtresse… Ou jongler avec les deux…

On se croirait dans un Vaudeville, les portes qui claquent en moins, tellement la situation devient serrée à un moment donné. Le suspense est à son comble parce que aussitôt un problème de résolu qu’un autre arrive ou se crée.

Chaque page est un florilège de scepticisme, de pessimisme, d’érotisme, de cynisme, remplie de vulgarités, de sadisme, enrobée de blasphèmes et de sacrilèges, roulée dans le roublardise et trempée dans l’hypocrisie.

Le pouvoir rend fou, quand le gens ne savent pas, ils inventent et un gentil peur cacher un salaud, entre autre. Voilà ce qu’on peut retirer, entre autre, lorsqu’on trait le roman.

Attention, du livre coule assez bien de sang, la plaisanterie étant noyée dedans.

L’épilogue m’a laissé la bouche ouverte, se fermant et s’ouvrant à la manière d’un poisson rouge échoué sur la table de la cuisine. My god, Napoléon a dû être fier de la stratégie de Nick et Machiavel a dû avoir du plaisir au fond de sa tombe en apprenant comment le Nick manipulait bien. Le Nick, il a niqué tout le monde !

Bref, un portrait au vitriol de la société, sans concession, tout le monde est coupable et tout le monde devra payer pour les fautes qu’ils ont commise, même Nick (si ça l’avait moins chatouillé dans le pantalon, il ne se serait pas retrouvé marié à la harpie).

Mais personne n’est assez lucide que pour reconnaître que s’il est dans la merde, c’est qu’il l’a bien voulu.

Décapant ! Hilarant. On devrait voir rouge, mais on rit jaune parce que c’est quand même noir (couleur à l’envers du drapeau de mon pays).

Dorénavant, je tiendrai à l’œil les gars un peu empotés, qui ont l’air d’avoir été absent lors de la distribution des cerveaux…

Ça me fait penser qu’en Belgique, nous avons un héritier qui a l’air empoté… Il est peut-être comme Nick Corey ? Si oui, ça va swinguer !

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba, Challenge « La littérature fait son cinéma – 3ème année » de Kabaret Kulturel, Challenge « Faire fondre sa PAL » chez Metaphore et Challenge « Destination PAL » chez Lili Galipette.

CHALLENGE - DEstination la PAL

CHALLENGE - Faire fondre la PAL