Vinland Saga – Tome 23 : Makoto Yukimura

Titre : Vinland Saga – Tome 23

Scénariste : Makoto Yukimura
Dessinateur : Makoto Yukimura

Édition originale :Vinland Saga, book 23 (2019)
Traduction : Xavière Daumarie
Édition : Kurokawa Seinen (09/08/2020)

Résumé :
La guerre de succession des Jomsvikings s’est achevée. Thorfinn et sa troupe s’apprêtent à repartir vers Miklagard, étape indispensable pour financer leur voyage vers le Vinland.

De son côté, Sigurd, le mari de Gudrid venu jusqu’à Jomsborg pour la retrouver, s’apprête à rentrer en Islande. Gudrid a promis qu’elle rentrerait avec lui.

De son retour dépend l’honneur de Sigurd. Pourtant, après avoir été au cœur d’une guerre sanglante, Sigurd a des doutes.

Gudrid et lui doivent-ils vraiment vivre l’existence que Halfdan, le père de Sigurd, a choisie pour eux ?

Critique :
QUOI ?? C’est fini ?? Plus de Vinland Saga après ce tome ?? Merde alors, je n’ai pas vu venir le coup…

Ou alors le tome suivant sera consacré au voyage vers le Vinland ? Parce que si tout se termine ici, on ne saura jamais si Thorfinn arrivera à réaliser son havre de paix ailleurs.

Ce tome 23 commence avec Sigurd, un personnage que je n’aimais pas au début, que je trouvais trop violent, trop irréfléchi et qui, au fil des tomes, va changer et nous montrer un autre visage, celui d’un homme qui a besoin avant tout de s’affranchir de son père.

Leur combat sera rocambolesque, les combats avec des chaînes, façon chevalier Andromède, étant un peu trop irréaliste que pour être vrai, mais ce n’est pas ça le plus important dans ce combat, c’est ce qui se passe ensuite.

De son côté, Thorfinn est revenu en Islande, dans son village, retrouver sa soeur, après son voyage à Miklagard (Byzance/Constantinople/Istanbul) où il a réussi à trouver de l’argent pour financer son voyage au Vinland.

Cette partie est un peu plus calme, hormis le retour où sa sœur pique une crise et où Gudrid a peur de croiser son ancien futur beau-père.

Si c’est le dernier tome, c’est dommage, car j’aurais aimé suivre Thorfinn et les siens s’installant au Vinland car c’est tout de même le but premier.

Mais si on doit en rester là, je retiendrai que sous ses abords de manga violent comportant bien des combats de vikings, c’est en fait une oeuvre humaniste qui nous parle de paix, de l’inutilité des combats et que devenir pacifiste est plus belle cause que de devenir un grand guerrier.

Thorfinn était une boule de violence, une graine d’assassin, un garçon qui allait mal finir et il a réussi à renverser la vapeur et à changer de tout au tout. Un beau personnage et le voir grandir et s’affranchir de tout ce que Askelad lui avait appris pour tuer était la plus belle victoire qu’il pouvait prendre sur ce guerrier.

Le manga comporte une autre histoire, se déroulant au Japon et intitulée « Bientôt viendra le temps des adieux ». Le dessin de Makoto Yukimura n’est pas encore aussi aboutit mais l’histoire raconte déjà l’inutilité des guerres entre l’empereur et le shogun.

Vinland saga, je l’ai découverte pas hasard, à la biblio, mais je ne regrette pas de l’avoir suivie, surtout qu’en commençant après tout le monde, je n’ai dû attendre que pour les tomes 21/22 et 23.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°101].

Vinland Saga – Tome 22 : Makoto Yukimura

Titre : Vinland Saga – Tome 22

Scénariste : Makoto Yukimura
Dessinateur : Makoto Yukimura
Édition originale : Vinland Saga, book 22 (2018)
Traduction : Xavière Daumarie
Édition : Kurokawa Seinen (05/12/2019)

Résumé :
Malgré les nombreux assauts des forces alliées de Thorkell, la forteresse de Jomsborg reste imprenable.

Grâce à un passage secret, Thorfinn est parvenu à s’y infiltrer pour libérer Gudrid, retenue en otage par Floki. Mais il se retrouve face à l’enthousiaste Garm, bien décidé à avoir son duel à mort.

Forcé au combat, Thorfinn va-t-il devoir renoncer à son serment et tuer à nouveau, sous le regard accusateur de Hild ?

De son côté, Sigurd, qui a suivi Thorfinn dans la forteresse pour récupérer sa femme, se retrouve au centre du combat lorsqu’il prend Baldur en otage en force les Jomsvikings à ouvrir la porte de la forteresse pour laisser entrer l’armée de Thorkell…

Critique :
Et voilà, j’avais oublié de suivre les sorties et j’en avais loupé deux… Alors que le tome 21 m’avait laissé dans un suspense de fou.

Bon, ce n’est pas encore cette fois-ci que notre Thorfinn arrivera au Vinland…

Je vais finir par croire que tel Moïse, il n’arrivera jamais dans la Terre promise car son auteur et père littéraire veut ajouter des tomes.

Quand on a de la qualité scénaristique, je ne vais pas trop me plaindre.

On avait laissé Thorfinn aux prises avec Garm, l’espèce de dégénéré de la lance, le tueur fou, l’azimuté du cerveau, qui voulait absolument un combat à mort avec Thorfinn puisque pour Garm, le gagnant est celui qui survit au combat (parce qu’il a tué son adversaire).

Hors pour Thorfinn, c’est celui qui survit et qui ne tue pas son adversaire qui gagne… Notre gamin devenu adulte a compris que la vie avait un prix et que la gaspiller en combats vains et inutiles était totalement puéril.

Le paradis promis n’existe pas et l’auteur nous l’illustrera magnifiquement bien avec un guerrier qui meurt heureux, persuadé d’entrer au Valhalla et qui ne voit que du noir car il n’y a rien qui l’attend après un valeureux combat et une mort les armes à la main.

On a assez bien de cases remplies d’action et de combats puisqu’en plus des acrobaties de notre Thorfinn qui essaie de gagner le combat contre Garm sans le tuer, on a aussi la forteresse de Jomsborg qui ploie sous l’assaut des guerriers de Thorkell.

Serait-ce la fin des Jomsvikings ? Floki, le chef, va-t-il plier le genou devant la montagne de muscle qu’est le puissant guerrier Thorkell (qui me fait toujours rire) ?

Bon, là, faut avouer que le mangaka abuse un peu de la force herculéenne de Thorkell, mais le personnage est ainsi depuis le début et malgré les incohérences, il est drôle, faut bien l’avouer.

Malgré les scènes de combats et de violences, certains personnages principaux ou secondaires font preuve de clairvoyance (Baldur, Sigurd, des guerriers des camps ennemis et même Garm dont on découvre un peu de son passé) et l’auteur nous livre de grands moments de profondeur en nous démontrant l’absurdité de ce combat.

Merci à Gudrid de nous faire relâcher un peu la tension sur le final.

Une fois de plus, c’est un tome de transition avant le grand départ vers le Vinland (j’espère), un pas de plus pour Thorfinn pour abandonner ce que l’on veut qu’il soit, pour prendre le pouvoir avant de le laisser, tout en essayant d’instaurer la paix entre les peuples et de respecter l’engagement qu’il a pris de ne plus prendre de vie.

Anybref, un excellent tome de transition sur l’absurdité des guerres. Même si nous le savions déjà, ça fait toujours du bien de nous le rappeler.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°97].

Kornélius – Tome 2 – Askja : Ian Manook

Titre : Kornélius – Tome 2 – Askja

Auteur : Ian Manook
Édition : Albin Michel (02/10/2019)

Résumé :
Dans le désert de cendre de l’Askja, au coeur de l’Islande, le corps d’une jeune femme assassinée reste introuvable.

Près de Reykjavik, des traces de sang et une bouteille de vodka brisée au fond d’un cratère, mais là non plus, pas le moindre cadavre. Et dans les deux cas, des suspects à la mémoire défaillante.

Ces crimes rappellent à l’inspecteur Kornelius Jakobson, de la police criminelle de Reykjavik, le fiasco judiciaire et policier qui a secoué l’Islande au milieu des années 70 : deux crimes sans cadavres, sans indices matériels, sans témoins, que des présumés coupables finissent par avouer sans pourtant en avoir le moindre souvenir.

Après Heimaey, Ian Manook nous entraîne cette fois au coeur d’une Islande plus brute et plus sauvage, dans les rouages d’une machination politique qui révèle une toute autre facette de cette république exemplaire.

Critique :
♫ Askja, Askja, écoute-moi ♪ Askja, Askja, t’en vas pas  ♪ Askja, Askja, réponds-moi ♪

Désolé pour la chanson que je vous ai fourrée dans la tête pour toute la journée, mais c’était plus fort que moi (oui, je suis vicieuse).

Les voyages Manook ne sont jamais de tout repos, mais comme j’aime voyager dans sa compagnie qui n’a rien de low-cost, j’ai rempilé pour un nouveau voyage en Islande.

Si les romans policiers d’Arnaldur Indriðason ont une consonance politique, ceux de Manook en ont une de paysages, des lieux emblématiques de cette île nordique et avec Google, on peut voir les lieux de visu et ne plus devoir les imaginer, comme je devais le faire avant l’ère de l’Internet pour les masses.

Avec l’auteur, rien n’est jamais simple dans ses enquêtes et ce roman est comme une matriochka : plusieurs enquêtes, plusieurs affaires et si l’une et l’autre ne s’emboîtent pas l’une dans l’autre, celle avec le sniper aura bien des petites poupées cachées qui nous serons dévoilées dans un final hautement adrénalitique ! (néologisme, oui)

L’inspecteur Kornelius Jakobson aura bien du mal sur cette affaire sans cadavres mais avec scènes de crimes, avec des témoins qui disparaissent, des suspects qui souffrent de troubles de mémoire, dues à Alzheimer ou à l’abus d’alcool. La prise de tête !

Amonbofis le disait déjà « Pas d’pierre, pas d’construction. Pas d’construction, pas d’palais. Pas d’palais… pas d’palais ».

Donc, si on suit sa logique : « Pas de corps, pas de crime » ! Oui mais ce n’est pas si simple car on a tout de même eu un corps, filmé par un drone, qui a… disparu. Oui, la prise de tête ! Sans compter un sniper qui tire sur les lieux touristiques (mais pas sur les touristes).

Pour un pays réputé « calme », ça fait beaucoup à gérer pour leur police qui n’est pas aussi armée que la nôtre et aussi nombreuse.

Autre problème avec notre grand inspecteur qui a la carrure d’un troll (et le mauvais caractère aussi), c’est qu’il a plus souvent irrigué le bas de son corps que le haut, durant cette enquête.

Et quand je parle du bas de son corps, vous vous doutez que je vise plus haut que les pieds et les genoux… Oui, remontez encore un peu, vous allez mettre le nez sur le problème. STOP ! On reste calme, mesdames…

J’avais trouvé, dans le tome 1, que Kornelius ressemblait un peu à Yeruldelgger : même carrure, même caractère, même côté fox-terrier qui ne lâche rien, même manière de se foutre de la hiérarchie et des règles mais respectant son pays et ses coutumes et cette fois-ci, j’ai encore plus ressenti cette ressemblance, sans que cela nuise au personnage car tout en étant semblable, ils sont tout de même différents.

Sans pour autant nous faire crouler sous les références ou plomber son récit, l’auteur nous glisse souvent des histoires, de la géologie, de la politique, dans son récit et le tout se mélange harmonieusement, nous instruisant tout en nous divertissant.

Cela donne plus de corps au récit, plus de mâche (Cyril Lignac m’a collé ce lot dans la tête), l’ancrant dans le réalisme en nous dressant ainsi un portrait plus juste de l’Islande qui est un personnage à part entière dans le récit.

Je me suis prise au jeu, j’ai tenté de démêler les fils de l’intrigue, j’ai ri avec les dialogues des policiers Komsi et Spinoza, j’ai frémi durant les disputes des uns et des autres dans l’équipe, j’ai fait fumer mes méninges pour tenter de désopacifier cette intrigue et j’ai été baladée de bout en bout, pour mon plus grand plaisir.

Maintenant, la question que je me pose, c’est : que nous réserve-t-il pour le troisième tome ? Car j’espère encore repartir en Islande avec Air Manook (même si j’adore aussi voyager avec Air Indriðason) car il y a plus d’humour dans ses pages que dans celle de l’auteur islandais (que j’adore, hein, me faites pas dire ce que je n’ai pas dit).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°XX.

Vinland Saga – Tome 16 : Makoto Yukimura

Titre : Vinland Saga – Tome 16

Scénariste : Makoto Yukimura
Dessinateur : Makoto Yukimura

Édition : Kurokawa (12/05/2016)

Résumé :
Alors que Thorfinn, Einar et Leif se préparent à partir pour la Grèce, première étape de leur expédition au Vinland, ils sont forcés de quitter l’Islande précipitamment en emmenant Gudrid, qui, incapable de renoncer à ses rêves de découverte du Monde et d’endosser le rôle d’épouse rangée que lui impose la tradition, a poignardé Sigurd lors de leur nuit de noces.

Leur voyage à peine commencé, les imprévus à gérer pleuvent : fugitive, bébé, chien, poursuivants, ours tueur?

La situation se complique encore davantage lorsque Thorfinn se retrouve face à face avec l’enfant d’un homme qu’il a assassiné sur les champs de bataille ?

Critique :
Comme le disait si bien madame Musquin (le père Noël est une ordure) : « Allez hop, à Créteil » mais ici, on remplacera par « Allez hop, en Grèce ».

Heureusement, si nos amis vont vivre quelques aventures périlleuses en mer et sur terre, jamais ils ne se retrouveront coincés dans un ascenseur à jouer de la trompette en plastique pour appeler à l’aide ou à dévisser le panneau de commande de l’ascenseur avec un tournevis pour enfant.

On se demande d’ailleurs ce qu’aurait fait Gudrid avec un tournevis en plastique… Aurait-elle su poignarder son mari Sigurd juste avant qu’il ne consomme la nuit de noce ? M’est avis que ça aurait fait moins mal à la jambe mais encore plus à son égo.

Parlons-en, de Gudrid, cette jeune veuve qui ne rêve que d’une chose, être marin et qui lutte contre sa condition de femme qui la place dans un carcan « Cuisine-enfants » (ne manque que l’Église et on reproduit les 3 K chers aux nazis) alors que elle a plutôt envie de faire la révolution féminine d’une manière moins disciplinée que sa future belle-mère qui a tout d’une cynique.

Leur bateau n’est pas un fameux trois mats, hissez haut, Santiano, d’ailleurs, Gudrid a eu si mal au cœur sur la mer en furie, qu’elle a vomi son quatre-heures et son minuit aussi.

Passant par les iles Féroé et les îles Shetland pour finir à Bergen en Norvège, nos amis n’auront pas une minute de répit tant les aventures et les mésaventures vont se succéder à un rythme infernal. Le pire sera sans doute le changement d’une couche à un bébé dont tout le village a été massacré.

On sent que l’on se dirige vers un autre arc narratif, une fois de plus, qu’on change de cap, comme on l’a fait souvent durant 16 tomes, mais toujours en restant réaliste et crédible, même si le magaka a plus d’une fois surpris son lectorat.

Et moi, j’aime les surprises et ne pas trop savoir où un auteur n’emmène ! Ici, je suis gâtée niveau mystères et suspense, surtout qu’on est poursuivi par un Sigurd qui a la haine et qu’un nouveau personnage féminin vient de faire son apparition, nous laissant sur un cliffhanger de malade.

M’en fous, j’ai le tome suivant !!

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°21.

Vinland Saga – Tome 15 : Makoto Yukimura

Titre : Vinland Saga – Tome 15

Scénariste : Makoto Yukimura
Dessinateur : Makoto Yukimura

Édition : Kurokawa Sheinen (12/11/2015)

Résumé :
Thorfinn et Einar, enfin libres, retournent avec Leif Eriksson en Islande, terre natale de Thorfinn, dans l’espoir d’y trouver le financement nécessaire à leur établissement d’une colonie au Vinland.

Seul Hafdan, l’homme le plus riche de la région, aurait les moyens de financer leur expédition. Si l’homme semble intéressé par l’exploitation du Vinland, il ne voit pas d’un bon œil l’absence de garanties de Thorfinn.

Pourtant, pour fêter les noces de son fils avec le belle-sœur de Leif qui préférerait quant à elle partir à la découverte du Monde, Hafdan fait un étrange cadeau à Thorfinn.

Critique :
Pour aller au Vinland, faut des pépettes pour acheter un bateau et monter une expéditions et à cette époque là, les sites de crowdfunding n’existaient pas et donc, Thorfinn et Einar vont devoir aller en demander à un riche propriétaire en Islande parce que quand on a tout fini, le financement participatif, on n’a quand même rien inventé de mieux !

Halfdan est un salopard et sa technique est toujours usitée de nos jours : il suffit de prêter de l’argent à un fermier déjà en difficulté et d’attendre qu’il ne sache pas payer sa dette pour saisir ses bâtiments et ses terres.

Évidemment, du temps des fiers vikings, les exploitation étaient moins imposantes que celle de notre siècle, mais la technique, elle, elle n’a pas changé. Elle est simple et peut rapporter gros.

Notre Thorfinn, apaisé, rasé de près et les cheveux plus court que ceux qu’il portait avant et avec lesquels il se serait fondu dans le paysage à Woodstock, recherche un financement pour son voyage au Vinland tandis que le sombre Halfdan pense plutôt aux possibilités de business que le mariage de son fils, Sigurd, va lui rapporter en épousant une soeur de Leif car ce dernier possède une ferme au Groenland.

On quitte le monde des combats pour entrer dans un monde qui a tout de celui d’un banquier véreux qui calcule aussi bien qu’il manie la chaîne. Si vous vous souvenez du chevalier Shun, le Chevalier de Bronze d’Andromède (Saint Seiya) et bien, Halfdan manie la chaîne comme lui !

De nouveau, on est face à un tome transitoire qui va lancer un nouvel arc narratif, mais pas vers le Vinland, comme on pourrait le penser, mais vers un autre pays afin de récolter des sous et de pouvoir monter une expédition pour le pays de Trump !

On se doute aussi que les manigances de Halfdan porteront à conséquences, même si nos amis ne le savent pas encore et que seule Gudrid, la nouvelle épouse de Sigurd, est au courant des projets du sordide Halfdan.

Arrivera-t-elle à les prévenir et à partir avec eux, elle qui ne rêve que de naviguer et qui, à cause de son statut de femme, est condamnée à se marier, faire des gosses et tenir la maison ? Mais que fait le MLF ??

Une fois de plus, le suspense et le mystère sont au rendez-vous !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°17.

Vinland Saga – Tome 14 : Makoto Yukimura

Titre : Vinland Saga – Tome 14

Scénariste : Makoto Yukimura
Dessinateur : Makoto Yukimura

Édition : Kurokawa Seinen (12/03/2015)

Résumé :
L’armée du roi Knut a débarqué au domaine de Ketil. Loin de s’avouer vaincu, Ketil a rassemblé ses troupes pour défendre sa ferme. Mais sans une réelle formation militaire, les paysans sont loin d’être de taille face aux redoutables Jomsvikings.

Une folie meurtrière s’abat sur la ferme. De leur côté, Thorfinn et Einar, qui ont enfin gagné leur liberté, décident de tout quitter avec Leif pour fonder, au Vinland, un pays où règnera la paix.

Si Einar est tenté de partir sans un regard en arrière, ce n’est pas le cas de Thorfinn. Ce dernier reste furieux contre Maître Ketil depuis que celui-ci a tué… [no spolier]

Critique :
Je pourrais vous chanter ♫ dans la vallée, hoho, de Dana ♪ mais comme on est dans la ferme de Ketil, ça va pas le faire !!

En plus, ici, pas d’armées de Cimériens prêts à croiser le fer, juste des Jomsvikings, la crème des guerriers face à des ouvriers de ferme qui ne savent pas encore qu’ils ne feront pas le poids. Ne nous leurrons pas, ce serait irréaliste.

Beaucoup d’événements dans ce tome, entre le maître, Ketil, qui a pété un câble et nous la joue limite Jack Torrance dans Shining, son fils ainé, Thorgeir le guerrier, qui veut la guerre et tuer le roi Knut et son frangin Ormar (Sharif ? Sy ? Non) lui, veut juste se prosterner aux pieds de son roi et demander la réédition…

Bref, personne n’est d’accord avec personne, mais en attendant, le sang inonde la vallée de Ketil.

Thorfinn a essayé lui aussi d’avoir un entretien avec le roi, mais ce dernier étant plus occupé qu’un président en grand meeting et tout aussi hautin que celui que je vise, a laissé ses sbires s’occuper du cas de notre grand blond qui tente de trouver sa voie dans la non-violence, mais on peut dire qu’il encaisse !

Une fois de plus, on a de l’action, des personnages qui évoluent, ou du moins, qui tentent d’évoluer, on a des dialogues pas piqué des hannetons, des personnages qui veulent la même finalité, mais utilisent une méthode diamétralement opposée et des dessins toujours aussi géniaux.

La rencontre au sommet entre Thorfinn et le roi Knut est un grand moment et niveau évolution, certains personnages prennent du galon. De plus, Thorfinn a des paroles pleines de bons sens et on aimerait que les dirigeants en aient les mêmes.

Bref, si ce tome termine l’arc narratif de l’esclavage de Thorfinn dans la ferme de Ketil au Danemark d’une manière magistrale et la suite ne peut que nous promettre du bon, si le train du récit continue de suivre les mêmes rails.

Une saga que je suis contente d’avoir découverte et je compte bien aller au bout le plus vite possible…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2019-2020) – N°12.

Heimaey : Ian Manook

Titre : Heimaey

Auteur : Ian Manook
Édition : Albin Michel

Résumé :
Quand Jacques Soulniz embarque sa fille Rebecca à la découverte de l’Islande, c’est pour renouer avec elle, pas avec son passé de routard.

Mais dès leur arrivée à l’aéroport de Keflavik, la trop belle mécanique des retrouvailles s’enraye.

Mots anonymes sur le pare-brise de leur voiture, étrange présence d’un homme dans leur sillage, et ce vieux coupé SAAB qui les file à travers déserts de cendre et champs de lave… jusqu’à la disparition de Rebecca.

Il devient dès lors impossible pour Soulniz de ne pas plonger dans ses souvenirs, lorsque, en juin 1973, il débarquait avec une bande de copains sur l’île d’Heimaey, terre de feu au milieu de l’océan.

Critique :
Ayant découvert la Mongolie avec l’agence de voyage Manook, je me réjouissais de rependre mon paquetage et de repartir avec lui sur les pistes mongoles.

Pas de bol, il a arrêté cette destination et cette année, puisqu’il nous proposait l’Islande, j’ai mis mon passeport à jour et j’ai embarqué pour le pays des trolls, des elfes, des fées, des légendes et des petits chevaux à l’allure si confortable du tölt.

Après avoir lu Yeruldelgger, je n’avais qu’une seule envie, partir en Mongolie et voilà qu’une fois de plus, je rêve de visiter l’Islande, cette terre perdue que j’avais déjà explorée avec ce bon vieux Erlendur, le policier bougon d’Arnaldur.

Niveau dépaysement policier, j’ai été servie puisque Kornélius, notre policier, a plus du Yeruldelgger que du Erlendur ! Baraqué comme une montagne, costaud comme un Troll, se fichant de la hiérarchie, menant son enquête comme il l’entend et, tout comme son homologue mongolien, il s’envoie en l’air avec la médecin légiste !

Mais dans ce pays, tout le monde se balade à poil, baise avec tout le monde, à deux ou plus, sans que cela pose le moindre problème à personne… Ils sont libérés ! Et le premier qui chante ♫ libérée, délivrée ♪ je l’assassine !

Sinon, la comparaison s’arrête là car la trilogie mongole n’a rien à avoir avec ce polar islandais.

Visiter un pays, avec l’agence Manook, c’est, entre autre, bouffer des sites majestueux, mais aussi explorer la face plus sombre du pays, son côté moins carte postale, le tout accompagné de personnages hauts en couleur que l’on a du mal à laisser sur place pour réintégrer la réalité.

Si les voyages forment la jeunesse, alors, l’agence Manook me propose une sacrée cure de rajeunissement à chaque roman, tout en m’instruisant pendant que l’on enquête sur les morts qui parsèment chacune de mes excursions.

On pourrait penser que le voyage proposé par notre Tour-Operateur est tout organisé et que nous n’aurons aucune surprise durant notre périple. Que nenni !

Suivez bien les coordonnées GPS et vous tomberez ensuite sur de multiples petits fils rouges qui au final, n’en formeront qu’un seul, vous donnant un panorama où tout n’est pas noir ou blanc, mais irisé de multiples couleurs et où tout le monde a quelque chose à se reprocher.

Ne plus aller en Mongolie m’avait profondément attristée, mais je suis prête à signer pour repartir en Islande, que ce soit en voiture, en hélico, en drone, à pied, à vélo ou à cheval. Ma valise est prête, m’sieur Manook !

Un polar qui part dans une direction inattendue et un voyage père-fille qui ne se déroulera pas tout à fait comme le père l’avait pensé, lui qui voudrait ressouder les liens avec sa fille et qui va se retrouver à cavaler sans plus savoir à quel saint (sein ?) se vouer.

Normal que tout ne se passe pas comme prévu, nous sommes sur des terres de légende, dans un pays exceptionnel où la Nature et les Hommes sont imprévisibles (et les banquiers véreux).

Anybref, excellent moment de lecture avec ce polar islandais, mélange de road-movie et de thriller, mêlant habillement le périple de deux français en Terres Islandaises avec ses légendes, ses paysages époustouflant, ses habitants bien campés, ses policiers non armés, son passé et ses cadavres en tout genre.

Je ne peux que vous recommander de vous envoler pour l’Islande en compagnie de Manook Ian Air. Veuillez éteindre vos cigarettes et attachez vos ceintures !

Ah non, on ne dit plus ça… Veuillez éteindre vos portables !

♫ Nous étions jeunes et larges d’épaules
Bandits joyeux, insolents et drôles
On attendait que la mort nous frôle
On the road again
On the road again. ♪ (Lavilliers)

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

L’homme du lac : Arnaldur Indriðason [Erlendur Sveinsson 4]

Titre : L’homme du lac

Auteur : Arnaldur Indriðason
Édition:  Métailié (2008) / Points (2009)
Édition Originale : Kleifarvatn (2004)
Traducteur : Éric Boury

Résumé :

En juin 2000, un tremblement de terre provoque un changement du niveau des eaux du lac de Kleifarvatn et découvre un squelette lesté par un émetteur radio portant des inscriptions en caractère cyrillique à demi effacées.

Le commissaire Erlendur et son équipe s’intéressent alors aux disparitions non élucidées dans les années 60, ce qui conduit l’enquête vers les ambassades des pays de l’ex bloc communiste et les étudiants islandais des jeunesses socialistes boursiers en Allemagne de l’Est, pendant la guerre froide.

Tous ces jeunes gens sont revenus du pays frère brisés par la découverte de l’absurdité d’un système qui, pour faire le bonheur du peuple,jugeait nécessaire de le surveiller constamment.

Erlendur, séduit par un indice peu commun, une Ford Falcon des années 60, s’obstinera à remonter la piste de l’homme du lac dont il finira par découvrir le terrible secret.

Petit plus : Indradison nous raconte une magnifique histoire d’amour victime de la cruauté de l’Histoire, sans jamais sombrer dans le pathos.

L’écriture, tout en retenue, rend la tragédie d’autant plus poignante.

Critique :
Oyez, oyez, braves damoiseaux et demoiselles ! Et souffrez que je vous présente mes confuses…

J’ai omis de vous conter la critique de ce roman que j’ai lu durant mes vacances de juin 2012.

Ce que j’en ai pensé ?

Entre nous, si vous êtes un adepte de la chasse à courre où l’on poursuit le gibier sans relâche, où les chiens, la gueule béante, se ruent sur la proie, la taillant en pièce, et que les chevaux, luisant d’écume, vous offrent une cavalcade endiablée, passez votre chemin.

Ce genre de sensations fortes se retrouvent chez les autres auteurs, par chez Indriðason !

Dans les romans mettant en scène le commissaire Erlendur, on traque à son aise, on suit des pistes incertaines, juste armé d’un quart de poil dont on est même pas sûr qu’il appartient à notre gibier.

Pas de courses-poursuites, pas d’enquêtes qui vont vite, pas d’indices qui se ramassent à la pelle et pas des coupables enfermé dans un lieu clos.

Non, passez votre chemin si c’est après cela que vous courez, la truffe au vent.

Malgré tout, moi qui aime l’exaltation de la traque, j’ai apprécié changer de rythme dans ce polar islandais.

J’aime bien Erlendur et sa carapace qui se lézarde, ses enfants paumés, ses petites prises de becs avec eux, son côté « hors normes ».

Oui, Erlendur va à son aise, il traque sans se presser, poussé par une idée qui lui trotte dans la tête.

Ce que j’ai apprécié aussi, c’est la partie « historique » qui se rapporte à un personnage dont on ne sait pas, au départ, son rapport avec le cadavre du lac.

Puis, tout doucement, on entrevoit une possibilité, une fin tragique et on se surprend à croiser les doigts que « non, pas ça ! »

Une fois de plus, j’avais envie de prendre le coupable dans mes bras, de lui dire que…

Mais qu’auraient-pu apporter mes paroles à une peine aussi grande ?

Sans sombrer dans le pathos, l’auteur m’a mis les larmes aux yeux.

Oui, une aussi grosse brique qui possède un rythme lent m’a émue, entraînée, passionnée et je ne l’ai lâché qu’avec regrets.

Comme quoi, même les fans de chasse à courre peuvent, de temps à autre, lever le pied et traquer à son aise pour finir par se dire qu’on fait parfois plus de dégâts à trouver le coupable qu’à le laisser courir.

La cité des jarres : Arnaldur Indriðason [Erlendur Sveinsson 1]

Titre : La cité des Jarres

Auteur : Arnaldur Indriðason
Édition : Métailié (2005) / Points Policier (2006)
Édition Originale : Mýrin (2000)
Traducteur : Éric Boury

Résumé :
Pourquoi l’inspecteur Erlendur use-t-il sa mauvaise humeur à rechercher l’assassin d’un vieil homme dans l’ordinateur duquel on découvre des photos pornographiques immondes et, coincées sous un tiroir, la photo de la tombe d’une enfant de quatre ans ?

Pourquoi mettre toute son énergie à trouver qui a tué celui qui s’avère être un violeur ?

Pourquoi faire exhumer avec quarante ans de retard le cadavre de cette enfant ?

À quoi sert cette collection de bocaux contenant des organes baptisés pudiquement la Cité des Jarres ?

Pourquoi nos enfants nous font-ils toujours souffrir ? Pourquoi partout dans le monde la vie de flic est toujours une vie de chien mal nourri ?

Ce livre écrit avec une grande économie de moyens transmet le douloureux sens de l’inéluctable qui sous-tend les vieilles Sagas. Il reprend leur humour sardonique, l’acceptation froide des faits et leurs conséquences lointaines.

Petit plus : « La Cité des Jarres » a obtenu le prestigieux prix Clé de verre du roman noir scandinave. Il figure en tête des listes des best-sellers en Allemagne, Suède et Hollande.

Critique :
De ma première lecture de ce polar islandais, je retirerai que le commissaire Erlendur est loin des stéréotypes du policier « grand, beau, fort, avec une épouse aimante et des enfants adorables ».

Mais de très loin ! Son père littéraire torture le pauvre commissaire.

Entre une épouse qui l’a quitté il y a trèèès longtemps et deux enfants qui se droguent comme moi je bois du thé, enfants qu’il voit aussi souvent qu’une éclipse totale du soleil, à la différence que l’éclipse, elle, elle ne vous demande pas du pognon !

Ce commissaire aux antipodes de certains « too much » m’a séduite. Pas de cette manière, mais séduite au niveau littéraire et intrigue.

Parce que j’avais beau être en vacances, avec le cerveau déconnecté, je me suis demandé comment toute cette enquête allait finir, vu qu’elle partait dans des directions un peu bizarres.

Quand à la fille d’Erlendur, je l’aurais volontiers baffée. On ne peut pas dire que notre commissaire soit gâté du côté de ses enfants.

Une belle découverte de l’univers islandais que je ne connaissais qu’aux travers de ses sources d’eaux chaudes et de ses faillites bancaires. Le voyage valait la peine.

Le roman est prenant, mais il ne m’a pas empêché de piquer une tête dans l’eau de la piscine, mais bon, aucun roman ne m’en aurait retenu, je pense.

Soit dit en passant, je l’ai lu en trois jours, avec une moyenne de cent pages par jour, ce qui, vu mon emploi du temps « vacances » fort chargé, est un exploit (j’ai lu durant la pause « manger » de mes randos, sous les yeux exorbités de mon pauvre mari).

Dans la dernière soixantaine de pages, l’aurait fallu me l’arracher des mains, ce livre.

Pourtant, pas d’enquête trépidante et de courses poursuites, mais un commissaire plus tenace qu’un bouledogue qui tient un os et qui ne veut pas le lâcher. J’étais dedans et j’ai suivi les pas du commissaire avec plaisir.

Lorsque je l’ai posé je me suis dit que j’avais de la chance d’avoir emporté un autre roman de cet auteur.

Par contre, j’avais une forte sympathie pour le coupable et ma foi, je l’aurais bien aidé. Il mérite une médaille, même.

A découvrir !

 

Le Lagon Noir : Arnaldur Indriðason

Lagon noir - Arnaldur Indridason

Titre : Le Lagon Noir

Auteur : Arnaldur Indriðason
Édition : Métailié Noir (2016)

Résumé :
Reykjavík, 1979. Le corps d’un homme vient d’être repêché dans le lagon bleu, qui n’est pas encore aussi touristique qu’aujourd’hui. La victime serait tombée d’une très grande hauteur, peut-être a-t-elle été jetée d’un avion.

En découvrant qu’il s’agit d’un ingénieur qui travaille à la base américaine de Keflavik, l’attention de la police se tourne vers de mystérieux vols secrets effectués entre le Groenland et l’Islande.

Les autorités américaines ne sont pas prêtes à coopérer et font même tout ce qui est en leur pouvoir pour empêcher la police islandaise de faire son travail. Conscients des risques qu’ils prennent, Erlendur et Marion Briem poursuivent leur enquête avec l’aide d’un officier de la base.

En parallèle, Erlendur travaille sur une vieille affaire non résolue : une jeune fille disparue sur le chemin de l’école, quarante ans plus tôt.

Petit Plus : Erlendur a trente ans et vient de divorcer. Le personnage est plus jeune, plus ouvert et bien moins désillusionné et sombre que dans l’avenir que nous lui connaissons. Il travaille depuis peu à la brigade d’enquêtes criminelles sous les ordres de Marion Briem et ne cache pas ses positions contre la présence américaine sur le sol islandais.

Indridason construit un univers particulier, un personnage littéraire de plus en plus complexe ; peu à peu le roman noir est absorbé par la littérature et la qualité de l’écriture.

blue-lagoon-islandeCritique : 
Erlendur… de toi je suis les enquêtes et ce, quelque soit l’époque à laquelle elles se déroulent.

Soit contemporainement, lorsque tu es un commissaire bougon, soit celles des années 70, quand tu étais un simple flic et puis un jeune enquêteur à la criminelle.

Direction l’époque où je tétais encore le sein de ma mère pour une double enquête : une mort suspecte et une disparition vieille de 25 ans.

Ceux qui ont lu les enquêtes de Erlendur savent combien il est obsédé par les disparitions non résolues, combien ça le ronge, combien il dévore tout ce qu’il trouve sur le sujet. Et en Islande, les disparitions sont légions.

Alors, tout en enquêtant avec Marion Briem, sa « chef », il mènera aussi son enquête personnelle sur cette disparition.

Ce que j’apprécie fortement chez l’auteur, c’est qu’au travers des enquêtes de son policier, il nous parle aussi de son pays en long et en large. Que ce soit au niveau des paysages, des landes désertiques, sauvages et arides, du climat, du contexte social de misère, de politique ou de cuisine.

– Évidemment, les boutiques étaient vides à cette époque. Le rationnement a duré des années.

–  Et ces baraquements n’étaient pas confortables, n’est-ce pas ? demanda Erlendur.
– Pas confortables ? ! Je ne vous le fais pas dire. Certains étaient un peu mieux que d’autres, mais ceux que j’ai connus n’étaient pas dignes d’accueillir des êtres humains.

Erlandur et Marion s’installèrent à une table isolée. Le plat du jour était de la raie faisandée à la graisse de mouton fondue. Marion craignait que l’odeur du poisson, un mélange de moisissure et d’urine, n’imprègne ses vêtements. Erlandur ne s’en souciait guère et demanda à ce qu’on lui serve une bonne portion de raie bien aspergée de graisse […].

Ici, ce sont les yankees qui ont une base sur l’île et qui traitent les autochtones comme des parias, des êtres inférieurs.

L’homme fixa longuement Marion en se demandant sans doute comment se dépêtrer de cette calamité autochtone.

Tout cela avait provoqué des querelles enflammées concernant la présence d’une armée étrangère sur le sol national, et cela durait depuis la signature de l’accord de défense avec les États-Unis, quelques années après la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Se faire traiter de parasite dans son propre pays, ça donne envie de s’exclamer, tel le maréchal des logis-chef Ludovic Cruchot « Elle est forte, CELLE-LÀ ! ».

– C’est vous qui passez votre temps à vider les distributeurs de notre immeuble ?
– Je n’y ai jamais touché, c’est la première fois que je viens ici.
– Vous êtes tous les mêmes, fichus Islandais ! Espèce de parasites !

Mais soyons correct, certains islandais ont profité aussi du marché noir et de la présence des américains. Erlendur, qui, en plus d’être un homme réservé qui a du mal avec les conventions sociales, déteste l’armée ! Enquêter chez eux ne sera pas sans heurts.

– On regarde l’armée de travers et on lui trouve tous les défauts, mais ça ne pose aucun problème de s’enrichir sur son dos, s’étonna-t-il en allumant une cigarette.

— C’est normal que vous soyez choqué, reconnut Erlendur, désireux de témoigner une forme d’empathie à son interlocuteur.

– Vous croyez que les menaces d’un petit flic local de votre espèce nous impressionnent ? Ce périmètre est sous contrôle américain et vos menaces n’ont aucun pouvoir.

On ne s’embête jamais avec Erlendur, les deux enquêtes s’alternent, les questions sans réponses s’enchainent, la tension monte, le suspense aussi et la plume d’Indriðason est toujours acérée et pique juste où il faut, comme un moustique.

Une seule chose m’a chagrinée : dans le précédent tome, sa copine lui proposait d’emménager avec lui et ici, 5 ans plus tard, on le retrouve divorcé avec interdiction de voir ses enfants.

Il était en pleine forme. Tous les collègues avaient remarqué qu’il avait eu une passe assez sombre récemment. Marion pensait que c’était sans doute lié à ce qui se disait au bureau, mais que personne ne mentionnait en présence de l’intéressé : il avait divorcé.

Cela m’a chagriné parce que j’aurais aimer entrer un peu plus dans sa vie de couple, savoir tout ce qu’il y avait eu entre lui et sa femme entre la mise en ménage et le divorce, j’aurais aimé voir naître ses enfants.

Une fois de plus j’ai passé un excellent moment lecture avec mon cher Erlendur, ce policier plus entêté qu’un troupeau de bourriques, aussi collant qu’un Columbo (sans la réplique de « ma femme ») et aussi perspicace qu’un Sherlock Holmes qui serait réservé et peu expansif.

Erlendur, c’est aussi un policier taciturne avec sa vie privée et qui est hanté par les disparitions comme il me hante depuis que j’ai fait sa connaissance littéraire.

Buté, il faisait preuve d’une indépendance hors norme, n’éprouvait jamais le besoin de faire part de ses sentiments et passait son temps plongé dans son étrange passion, les récits de disparitions.

– Ce n’est peut-être pas forcément… peut-être pas uniquement la question de ceux qui meurent ou qui se perdent, mais plutôt…
– Oui ?
– … plutôt de ceux qui restent, ceux qui doivent lutter contre les questions laissées en suspens. C’est peut-être ça qui est le plus intéressant.

Lire un roman d’Indriðason c’est prendre un billet direct pour l’Islande : pas un low-cost mais un première classe.

Étoile 4,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016) et le Challenge « Nordique 2016 » chez Mes chroniques Littéraires.

CHALLENGE - Nordique loups_scandinavie