La Nymphe Endormie – Teresa Battaglia 02 : Ilaria Tuti

Titre : La Nymphe Endormie – Teresa Battaglia 02 

Auteur : Ilaria Tuti
Édition : Pocket (01/04/2021) – 656 pages
Édition Originale : Ninfa dormiente (2019)
Traduction : Johan-Frédérik Hel Guedj

Résumé :
Derrière la beauté bouleversante de la Nymphe endormie se cache l’horreur : au lieu de peinture, l’artiste a peint le tableau avec du sang. Voilà ce qui lance le commissaire Teresa Battaglia sur la piste d’un meurtre commis soixante-dix ans plus tôt, dans les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale.

Une enquête où il n’y a ni corps ni scène de crime, ni suspect ni témoin. Rien qu’une trace génétique que Teresa remonte jusqu’à une vallée isolée et mystérieuse du nord de l’Italie : le Val Resia.

Après avoir marché sur le toit de l’enfer, Teresa doit percer le secret du sommeil de la Nymphe. Vous n’oublierez jamais Teresa Battaglia. Mais il est possible qu’elle vous oublie…

Critique :
C’est grâce à un coup de coeur posté sur le blog de « Collectif Polar » (TAG de l’été) que j’ai eu envie de lire ce cold case, même s’il n’y avait pas la bande-son de la série, ni Lilly Rush.

Par contre, Teresa Battaglia, madame la commissaire, est un personnage fort, haut en couleur, sans verser dans la caricature, même si elle est remplie de secrets, de blessures et possède un mauvais caractère. Je l’ai adorée.

Contrairement à une lecture précédente (Une libération) où l’enquête policière était négligeable par rapport à la partie Historique, ici, c’est tout le contraire : l’enquête est importante, elle se taille la part du lion, tandis que ce qui s’est passé en avril 1945 sera limité.

Dommage ? Oui mais non… Ce que l’autrice nous offre est déjà important puisque centré sur les évènements qui ont eu lieu dans un petit vallon dont je ne vous dirai rien de plus, si ce n’est que je suis allée au lit moins bête qu’avant.

Ce qui fait la force de ce gros pavé, ce sont ses personnages, assez emblématiques, forts, travaillés, possédant une présence, de la profondeur. Ils sont touchants, chacun ayant ses secrets, ses fêlures.

Le rythme n’est pas rapide, et pourtant, je n’ai jamais souffert d’ennui durant ma lecture. Faut pas chercher docteur. Je suis entrée directement dans le récit, appréciant les personnages, l’énigme autour de la toile peinte, de son peintre, enfermé depuis 1945 dans un mutisme total et cette enquête dans un petit vallon oublié où l’on a écrasé, effacé la culture, les assimilant à un autre peuple.

C’est assez noir, comme roman, le passé n’est pas rose, les nazis sont passés, les soldats allemands aussi, les partisans de Tito de même, il reste des blessures, des non-dits, des regrets, des gens qui ont lutté pour la liberté et que l’on accuse d’avoir été des assassins. Le passé à beau avoir de la barbe, il est toujours présent dans ce vallon.

Une fois de plus, c’est un pavé que j’ai dévoré en deux jours, prenant le train en cours, puisque je n’ai pas lu le premier, où les personnages étaient présentés. Cela n’a posé aucun problème, je me suis coulée dans cette équipe comme si j’en avais toujours fait partie. Ils sont ambivalents, ils progressent, ils ne sont pas figés.

L’enquête progresse à petits pas, tout doucement, car le passé est enseveli sous les non-dits, sous les secrets de famille, du village, des morts, des bâtons mis dans les jambes de la commissaire, sans oublier sa maladie handicapante (je n’en dirai pas plus). Une réussite, tant au niveau du scénario que de l’écriture (traduction).

Un thriller passionnant, intéressant, intriguant et qui m’a aussi permis de découvrir le compositeur, Giuseppe Tartini et sa trille du diable, que j’adore et qui m’a bercée lorsque j’ai écrit cette chronique.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°XX] et Le pavé de l’été 2022 (Sur mes Brizées).

 

Commissaire Montalbano – 07 – L’excursion à Tindari : Andrea Camilleri

Titre : Commissaire Montalbano – 07 – L’excursion à Tindari

Auteur : Andrea Camilleri
Édition : Pocket Policier (2010)
Édition Originale : La gita a Tindari (2000)
Traduction : Serge Quadruppani et Maruzza Loria

Résumé :
Chaque nouvelle enquête sur un crime effroyable attise un peu plus la mélancolie de notre Commissaire Montalbano. Ici, le meurtre d’un couple de vieillards de Vigata, sa ville légendaire, le trouble plus qu’il ne le voudrait.

Existe-t-il un lien avec cette affaire, l’exécution d’un jeune don juan de village ? Et qu’en est-il du mystère qu’entretient Mimi Augelo, son adjoint, autour d’informations prétendument secrètes ?

Critique :
Lire une enquête de Montalbano, c’est avoir l’assurance que l’on va passer un bon moment de lecture, de détente, d’amusement, de bonnes bouffes…

Les enquêtes de Montalbano, pour moi, ce sont des romans policiers doudous, de ceux qui mettent le moral en hausse, qui rendent heureux.

Montalbano, il enquête à la Maigret, en prenant son temps, en s’arrêtant pour se restaurer, refusant de bouffer de la merde. Il se promène, réfléchit, grommelle, vocifère sur ses hommes, ourdi des plans pas catholique pour éviter que Mimi Augelo, son adjoint, reste à sa place.

Deux affaires tombent dans les bras de Montalbano : un jeune assassiné devant chez lui et la disparition d’un couple de personnes âgés, après une excursion à Tindari. Pour nous, l’assassinat semble le plus important, et pourtant, notre commissaire épicurien va plus bosser sur la disparition de cet étrange couple qui ne parlait à personne.

Cela semble banal comme affaire, cette disparition, on se dit que Montalbano a sans doute raison de la traiter par en-dessous de la jambe, sans vraiment y aller à fond. Mais comme souvent, il n’en est rien et sous ces affaires qui semblent banales, se cachent toujours des faits de société, bien plus importants que l’on aurait pu le penser.

Le truc en plus ? La traduction de Serge Quadruppani est bien exécutée, elle donne de la couleur aux mots, aux phrases, nous immergeant totalement dans le petit village de Vigata, nous donnant l’impression que nous sommes avec Montalbano et ses hommes, pirsonnelement en personne (les initiés comprendront).

De l’humour, des crimes, des enquêtes, des mystères, de la bonne bouffe, des tracasseries, des réflexions pleines de philosophie, c’est ça, l’univers de Montalbano.

Le seul bémol dans l’histoire, c’est qu’il est impossible d’aller manger à la trattoria San Calogero de Vigata puisque le patelin n’existe pas ! À quand, en Sicile, un label « Montalbano » afin de désigner les petits restaurants comme il les apprécie ?

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°13].

La maison des jeux – 01 – Le serpent : Claire North

Titre : La maison des jeux – 01 – Le serpent

Auteur : Claire North
Édition : Le Bélial’ Une Heure-Lumière (24/03/2022)
Édition Originale : The Gameshouse, book 1: The Serpent (2015)
Traduction : Michel Pagel

Résumé :
VENISE, 1610. Au coeur de la Sérénissime, cité-monde la plus peuplée d’Europe, puissance honnie par le pape Paul V, il est un établissement mystérieux connu sous le nom de Maison des Jeux. Palais accueillant des joueurs de tous horizons, il se divise en deux cercles, Basse et Haute Loge.

Dans le premier, les fortunes se font et se défont autour de tables de jeux divers et parfois improbables.

Rarement, très rarement, certains joueurs aux talents hors normes sont invités à franchir les portes dorées de la Haute Loge.

Les enjeux de ce lieu secret sont tout autre : pouvoir et politique à l’échelle des Etats, souvenirs, dons et capacités, années de vie…

Tout le monde n’est pas digne de concourir dans la Haute Loge. Mais pour Thene, jeune femme bafouée par un mari aigri et falot ayant englouti sa fortune, il n’y a aucune alternative.

D’autant que l’horizon qui s’offre à elle ne connaît pas de limite. Pour peu qu’elle gagne. Et qu’elle n’oublie pas que plus élevés sont les enjeux, plus dangereuses sont les règles…

Critique :
Bien souvent, entre moi et une novella de chez Le Bélial, ça passe ou ça casse. Ici, ça passe tout en cassant la baraque !

Cette novella fantastique a tout d’un Game Of Thrones (en version non sanguine), tant la politique et les manipulations en tout genre sont légions.

Le plus haut poste est à pourvoir, au Tribunal Suprême et les prétendants au trône sont des pions que quatre joueurs vont déplacer au fil du jeu, utilisant d’autres personnes comme des cartes à jouer.

Thene, notre joueuse, est une jeune fille juive, mariée de force à un crétin qui avait des vues sur son argent. Si son mari perd des sommes indécentes au jeu, Thene, elle gagne et c’est pourquoi elle sera choisie pour participer à ce jeu grandeur nature, mis au point par la mystérieuse Maîtresse des Jeux, la maîtresse de la Haute Loge.

Ce jeu, c’est comme un jeu d’échec grandeur nature, une sorte de partie de cartes, un jeu de tarot, sauf que c’est tout ça, sans être ça… C’est le jeu des rois. Le principe est de faire gagner son pion, oups, pardon, sa pièce. Interdiction de tuer l’adversaire.

Thene est une jeune fille intelligente, attachante, même si on saura peu d’elle (comme quoi, il est possible de créer des personnages attachants sans en dire trop).

La novella se suffit aussi à elle-même, avec peu de pages (154), tout est dit : le suspense est maîtrisé, le jeu est abouti, d’une grande stratégie, les personnages clairement identifiables, l’univers est riche, travaillé, ce qui donne un jeu politique des plus subtils où rien n’est jamais vraiment sûr et où les illusions pourraient être présentes. Politique et illusion sont des synonymes.

On est tellement pris dans le récit que l’on arrive à oublier que les pions sont des êtres vivants et que c’est avec leur vie que l’on joue, puisque ceux-ci sont redevables à la Maison des Jeux et qu’ils sont « prisonniers » des tentacules de la maîtresse. Et on peut tenir les gens de mille et une façon.

Et puis tout à coup, paf, l’autrice nous rappelle que ce ne sont pas des numéros, ou des cartes à jouer, mais des êtres humains ! Merci pour cette piqûre de rappel au travers des pensées de Thene.

Bravo aussi d’avoir mis une femme en premier plan, alors qu’à cette époque, la femme n’avait aucun droit et on nous le rappellera quelques fois, notamment au travers du comportement des hommes. Une femme est sous-estimée, ce qui est une grave erreur (mais pas grave, continuez de le penser).

Une novella magistrale, faite de complots, d’alliances, de crochets du pied, de poignard dans le dos, de pardon ou non, de stratégie implacable, de calculs savants, de lâcher prise pour mieux sauter, de retournements de situation, de réflexions poussées… C’est implacable, c’est retors, c’est magistral et on le lit d’une traite afin de savoir ce qui va se passer.

Le petit plus est ce narrateur, qui semble tout observer, être omniscient et qui s’adresse à l’héroïne Thene comme s’il était une sorte de Jiminy Cricket virevoltant autour de sa personne.

Une lecture captivante, une lecture où le fantastique est présent, mais c’est ténu, tout en étant une pièce maîtresse de l’échiquier. Pas de magie à la HP, mais un univers qui est clairement différent et où certaines choses sont possibles, comme de vivre très longtemps.

Une fois de plus, j’ai bien fait de persévérer avec les novellas de cette collection. Ce n’est pas toujours des rencontres marquantes ou appréciées, j’ai eu mon lot de déception littéraire, mais quand ça paie, ça paie bien !

#MoisAnglais2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°240] et Le Mois Anglais – Juin 2022 (Chez Titine et My Lou Book).

Commissaire Montalbano – 06 – La démission de Montalbano : Andrea Camilleri

Titre : Commissaire Montalbano – 06 – La démission de Montalbano

Auteur : Andrea Camilleri
Édition : Pocket (2013)
Édition Originale : Gli arancini di Montalbano (1999)
Traduction : Serge Quadruppani

Résumé :
N’écoutant que son devoir, un berger, de son téléphone portable, alerte la police : il vient de découvrir dans un bunker abandonné le cadavre d’une femme.

Comme toujours dans les récits de Camilleri, il ne faut pas se fier aux apparences, ce berger a sans doute quelque mobile caché, et c’est tant mieux.

Ainsi commence l’une des histoires auxquelles le commissaire Montalbano nous convie ici, entre dégustation d’arancini et de rougets, méditation sur la plage et accès de mauvaise humeur météorologique.

Une fois de plus, Montalbano se régale à mener l’enquête au sein des pittoresques habitants de Vigàta, ce bourg imaginaire de Sicile orientale rendu bien réel pour des millions de lecteurs sous la plume d’Andrea Camilleri.

Critique :
Comme promis, après le mauvais temps de la ville de Londres en 1380, je me suis envolée pour le soleil de Vigàta, en Sicile. Pas de chance, lors de la première nouvelle, il pleuvait !

Le format des nouvelles va comme un gant au commissaire Montalbano, ne donnant jamais l’impression qu’on n’en a pas eu assez.

La première nouvelle n’est pas une enquête à proprement parler, c’est un mystère mystérieux qu’on a soumis à la sagacité du commissaire. Plus un épisode de la vie qu’autre chose.

Par contre, ensuite, nous avons des vrais petites enquêtes, dont pour certaines, j’avais trouvé la solution avant le commissaire. Ok, je ne chanterai pas trop fort, il me dépasse pour tout puisque lui, il trouve toujours la solution.

Ce qui est plaisant, dans les Montalbano, ce sont les personnages, hauts en couleurs (ah, Catarella !), les descriptions de la vie de tous les jours, les petits mystères que le commissaire veut toujours résoudre et qui, bien souvent, commencent de manière très bizarre, comme avec cet homme qui conserve tout… Oui, tout !

La traduction du titre en français est différente de l’originale puisque en V.I (version italienne), on parle d’arancini (boules de riz panées, farcies de mozzarella et de sauce bolognaise et cuitent dans la friteuse) et c’est un met que j’adore (je m’en suis faite péter lors de mon voyage en Sicile).

En fait, la démission de Montalbano n’en est pas vraiment une… Dans une des nouvelles, on a un meurtre violent, beaucoup de sang, éviscération et cannibalisme… Heu, on est dans un Montalbano, là ? Notre commissaire va briser le 4ème mur et sonner les cloches à son auteur. Oui, moyen. La seule qui m’a moins plu.

Lire un Montalbano, c’est une lecture reposante, agréable, une sorte de doudou pour les moments où l’on n’a pas le moral, pas envie de lire autre chose.

Montalbano, il a un caractère entier, c’est un personnage hors norme, mais l’auteur a fait en sorte qu’il partage la vedette avec ses adjoints, dont certains sont pirsonnellement en pirsonne plus grave que d’autres. Catarella bien entendu. Mimi est le dragueur de ces dames et Fazio a le complexe de l’état civil.

L’autre avantage de Montalbano, c’est qu’il ne court pas, qu’il prend le temps de réfléchir en mangeant à toutes les bonnes tables du coin, faisant honneur à la cuisine sicilienne et notamment aux poissons.

Le plus gros bémol de cette série, c’est que le village de Vigàta n’existe pas, donc, la tratoria San Calogero non plus et santa madonna, jamais je ne pourrai aller y déguster les mets exquis que le commissaire s’enfile !!!

Là-dessus, pour noyer mon chagrin, il ne me reste plus qu’à me suicider en dégustant une pizza Buitoni à la bactérie E.coli, le tout recouverte de lazagnes hennissante de chez Findus (viande en provenance de Veviba, à Libramont ?) et en dessert, je me ferai une overdose de Kinder Surprise et autres Choco-Beurk de l’usine Ferrero d’Arlon, parfumés à la salmonelle.

Si avec tous ces scandales alimentaires, je ne trépasse pas, alors c’est que je suis costaude !

Un conseil, mangez du Montalbano, c’est bien plus sain ! Encore un roman qui chante la Sicile, avec des petites enquêtes intelligentes, surprenantes, agréables à lire, amusantes et remplie de poésie.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°201].

Les enquêtes du commissaire Montalbano – 05 – Un mois avec Montalbano : Andrea Camilleri

Titre : Les enquêtes du commissaire Montalbano – 05 – Un mois avec Montalbano

Auteur : Andrea Camilleri
Édition : Pocket (2013)
Édition Originale : Un mese con Montalbano (1998)
Traduction : Serge Quadruppani

Résumé :
Amateur de bonne cuisine et amoureux de son pays, la Sicile, Salvo Montalbano n’est pas un commissaire comme les autres : à la férocité de la vie, il oppose une intelligence humaniste et une ironie bienveillante.

Passionnels, accidentels, mafieux, les délits dont il s’occupe reflètent la nature humaine.

Commis par des vieux, des jeunes, des hommes, des femmes, beaux ou laids, ignorants ou lettrés, ces crimes ont pour point commun le regard posé sur eux par Montalbano qui éclaire cette folle comédie humaine de son oeil vif et amusé.

Sous le soleil ardent de l’Italie contemporaine, toute une société prend vie : du clochard érudit au petit commerçant mafieux malgré lui…

Le portrait d’un très ancien pays se compose : lumineux et âpre, vertigineux et passionnant. Un régal !

Critique :
Composer des nouvelles n’est jamais un exercice facile, les lecteurs ayant toujours la sensation que la nouvelle est trop courte, que la fin n’en est pas vraiment une, qu’ils ont passé trop peu de temps avec les personnages.

Hormis dans les nouvelles policières avec Holmes ou Poirot, puisqu’on peut les retrouver dans bien d’autres…

Pour le commissaire Montalbano, il en va de même : on le connaît bien, on a appris à connaître l’univers dans lequel il évolue, on a croisé ses subalternes, on a fait le tour du village…

Donc, zéro frustrations avec ce recueil composé de 30 nouvelles policières qui font le tour de bien des situations qui pourraient se présenter à notre commissaire amateur de bonne chère. Bon, vu la longueur des nouvelles, l’auteur ne perdra pas trop de temps à lui faire faire le tour des restos du coin…

Comme je le disais plus haut, il n’y a pas que des enquêtes pour des crimes de sang, dans ce recueil, mais aussi des disparitions étranges, des règlements de compte entre mafiosos, la présence du diable dans la maison d’une vieille dame, des affaires qui datent de la Seconde Guerre Mondiale, le meurtre d’un clochard,… Il y en a pour tous les goûts.

Lire ce recueil, c’est comme plonger sa main dans un paquet de bonbons qu’on adore (ou de chips, de biscuits, de glace, selon vos goûts) car il est difficile, une fois commencé, de s’arrêter. Le maître-mot était « Allez, encore une petite pour la route » et bardaf, à chaque fois j’en ai ajouté une…

Les points forts des romans de Camilleri, c’est d’abord son écriture, mélange entre le sicilien et l’italien que le traducteur, Serge Quadruppani, arrive à rendre en inventant des mots, remplaçant des lettres par d’autres, faisant chanter les dialogues.

L’autre point fort, ce sont les personnages, que ce soit le commissaire Montalbano ou tous les autres qui gravitent autour de sa personne, policiers ou personnages secondaires, qu’ils soient truculents ou sages, tous étant toujours très réalistes.

Ouvrir un Montalbano, c’est mordre à pleines dents dans un morceau de Sicile, aller manger dans les petites trattorias pittoresques et s’en foutre plein la panse tant les plats ont l’air succulents.

Lire un Montalbano, c’est s’offrir une parenthèse de douceur dans ce monde de brutes, c’est oublier la grisaille ambiante, les emmerdements de la vie… C’est voyager en restant au fond de son canapé, avec une minuscule empreinte carbone (mon livre était de seconde main) et ne pas se faire emmerder avec des QR codes ou autres papiers à remplir.

Montalbano, c’est la Sicile à l’état pur, le soleil, la mer, la plage, la bonne humeur (ou pas, le commissaire a aussi ses mauvais jours) et découvrir des petites enquêtes rafraichissantes, qui ne se prennent pas la tête (j’ai découvert souvent le mobile et le coupable), mais qui font du bien au moral.

Certes, elles n’ont pas la puissance de certains romans de l’auteur, la place manque toujours dans une nouvelle, malgré tout, elles restent agréables à lire et bien diversifiées.

Alors franchement, what’else ?

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°1XX], Le Mois du Polar chez Sharon et Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Italie).

Ira dei – Tome 4 – Mon nom est Tancrède : Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat

Titre : Ira dei – Tome 4 – Mon nom est Tancrède

Scénariste : Vincent Brugeas
Dessinateur : Ronan Toulhoat

Édition : Dargaud (12/02/2021)

Résumé :
Pour Tancrède, c’est l’heure de tous les dangers. Capturé par Hugues, le voilà entre les mains de Guillaume de Hauteville, le chef des troupes normandes. Celui-ci voit en lui un redoutable soldat dont il aimerait se faire un allié.

Afin d’inciter Tancrède à réveiller son âme guerrière, depuis longtemps en sommeil, Guillaume l’oppose en combat singulier à plusieurs prisonniers, auxquels il promet la liberté en cas de victoire.

« Tu t’apprêtes à faire sortir le diable », lui glisse Étienne, le représentant du pape. Aucun homme ne saura vaincre Tancrède. Même Hugues périra au fil de son épée…

Vivant, Tancrède reste une menace pour l’Église. Pourtant, Étienne décide de lui offrir sa liberté : seul Tancrède est en mesure de l’aider à retrouver sa sœur.

Ce quatrième tome marque la fin du cycle italien. Il confirme les qualités d’une saga qui explore un cadre – la Méditerranée du XIe siècle – peu traité par la bande dessinée et qui allie la rigueur de ses sources historiques à un dessin évoquant autant la poésie de Moebius que la puissance de Jack Kirby.

Critique :
Si dans la chanson, elle voulait revoir sa Normandie, Tancrède, lui, ne veut pas la revoir du tout, ni reprendre son véritable nom de Robert, duc de Normandie.

Guillaume de Hauteville, lui, voudrait bien que Tancrède redevienne Robert, mais ce dernier n’a absolument pas envie d’aller affronter son fils, toutes ces guerres des trônes, ça le fait chier…

Dans ce dernier tome de cette saga (4), nous sommes une fois de plus plongés dans l’Histoire, les guerres, les magouilles politiques, les invasions et les luttes intestines (et pas intestinales).

Étienne (le représentant du pape), de son côté, le tien toujours bien et on ne sait pas trop de quel côté il va tirer. Jusqu’au bout, ce personnage m’aura intriguée, étonnée et là, il va continuer de me trouer le cul, cet Étienne ! Un comble pour un homme d’Église.

Ça magouille de tous les côtés, ça s’embrouille, ça bidouille des complots, l’un joue avec les nouilles de l’autre (restons poli, mais vous voyez de quoi je veux parler).

Bref, dans ce récit, personne n’est tout à fait blanc, ni tout à fait noir, ni vraiment bon ou méchant, tout est nuance de gris, les personnages sont complexes et nous sommes loin du manichéisme affiché dans d’autres bédés.

Les dessins sont dynamiques et les scènes de combats sont bien détaillées : mouvements, expressions… Le découpage de certaines planches ajoute aussi des claques monumentales au lecteur. Là, ça dépote !

Mon bémol sera pour le final qui arrive un peu trop vite, comme un cheveu dans la soupe, laissant un goût d’inachevé, comme si j’avais été plantée au milieu du chemin et que les auteurs foutaient le camp en vacances. L’impression d’être un chien abandonné sur le bord de la route.

Attendez les mecs, c’est tout ? C’est fini ? Tout ça pour en arriver à cette fin un peu bancale ? Tout ce machiavélisme, toutes ces guerres entre les différents seigneurs, entre leurs armées, tout ce suspense, toute cette psychologie et ce travail des personnages pour finir ainsi ?

Ben merde alors… Dommage, car ce final bancal et brutal (je sens l’âme d’une poétesse) casse tout le plaisir de lecture ressenti jusqu’à présent et fout en l’air cette série que j’avais apprécié d’entrée de jeu.

 

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°96] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 54 pages).

Peau d’Homme : Hubert et Zanzim

Titre : Peau d’Homme

Scénariste : Hubert
Dessinateur : Zanzim

Édition : Glénat 1000 feuilles (22/04/2020)

Résumé :
Dans l’Italie de la Renaissance, Bianca, demoiselle de bonne famille, est en âge de se marier. Ses parents lui trouvent un fiancé à leur goût : Giovanni, un riche marchand, jeune et plaisant.

Le mariage semble devoir se dérouler sous les meilleurs auspices même si Bianca ne peut cacher sa déception de devoir épouser un homme dont elle ignore tout.

Mais c’était sans connaître le secret détenu et légué par les femmes de sa famille depuis des générations : une « peau d’homme » ! En la revêtant, Bianca devient Lorenzo et bénéficie de tous les attributs d’un jeune homme à la beauté stupéfiante.

Elle peut désormais visiter incognito le monde des hommes et apprendre à connaître son fiancé dans son milieu naturel. Mais dans sa peau d’homme, Bianca s’affranchit des limites imposées aux femmes et découvre l’amour et la sexualité.

Critique :
Je ne ferai pas dans la dentelle : voilà une bédé intelligente qui traite de la condition de la femme et de l’homosexualité de manière très sensible, avec élégance et beaucoup de finesse.

Cette histoire, c’est une véritable satire sociale qui, à l’aide du fantastique, met en avant les inégalités hommes/femmes durant la Renaissance, en Italie (cela aurait pu être ailleurs).

La religion, très présente dont le prêtre fanatique accuse les femmes d’être des succubes, des démons, des filles de joie, faciles, bref, on est des putes.

Quant à ce qu’Angelo, le prêtre blond (et frère de Bianca) pense de l’homosexualité, ce n’est pas mieux, pour lui, c’est Sodome et Gommhore et il ne souhaiterait qu’une seule chose, c’est que les flammes de l’enfer (ou divines) s’abattent sur ceux qui s’ébattent.

Bianca est un personnage que j’ai adopté d’emblée. Elle a du caractère, des pensées assez libertaires pour l’époque (mais pas anachroniques) et, en passant la peau d’homme, va comprendre que l’hypocrisie est de mise dans cette société où les amours homosexuels sont tolérés tant que ça reste pour l’amusement, puisque les filles sont sous bonne garde.

Si vos amis vilipendent les homosexuels ou font des plaisanteries égrillardes sur votre future épouse, vous ne les détrompez pas, vous hurlez avec la meute de peur qu’elle ne se détourne de vous. L’amour que vous éprouvez pour un homme doit être tu.

Les auteurs mettent bien en avant ce déséquilibre entre les droits des femmes et celui des hommes qui eux,, peuvent forniquer partout, à couilles rabattues, même, tandis qu’une femme sera punie si elle prend un amant. Lui sera un séducteur qui a des besoins et elle, une trainée, une Jézabel, une prostituée.

Je ne vous en dirai pas plus, juste qu’il faut lire cette bédé car on est dans le haut du panier, le très très haut du panier.

Les sujets traités sont toujours d’actualité (féminisme, droits humains, religions, homosexualité, émancipation), les gens sont toujours intolérants (et je ne parle pas d’intolérance au lactose ou au gluten), on n’a pas encore mis au point un vaccin pour leur ouvrir un peu l’esprit à la tolérance (ou du moins pour qu’ils foutent la paix aux autres).

Pas de manichéisme dans ce récit, les auteurs nous démontrent bien que les fanatiques commencent avec les minorités avant de s’attaquer à tout le monde. Tant que l’on est pas dans l’œil du viseur, on se moque de ce qui peut arriver aux autres, mais une fois que l’on est touché, alors on crie à l’injustice…

Bianca a beaucoup de courage, aller à contre-courant est toujours dangereux, on se retrouve souvent seul(e), les risques pris sont grands et la mise au bon de la société pend toujours au nez de ceux ou celles qui ont osé s’insurger contre le manque de droits pour les femmes ou les minorités.

La crasse est toujours dans l’œil qui regarde…

Une bédé engagée, intelligente et qui n’a pas oublié la pointe d’humour pour assaisonner le tout.

Blake et Mortimer – Tome 24 – Le testament de William S. : Yves Sente et André Juillard (Edgar P. Jacobs)

Titre : Blake et Mortimer – Tome 24 – Le testament de William S.

Scénariste : Yves Sente
Dessinateur : André Juillard

Édition : Blake et Mortimer (2016)

Résumé :
Nos héros les plus british mènent l’enquête sur le plus british des dramaturges : William Shakespeare of course ! Mais qui est-il vraiment ?

Entre l’Angleterre et l’Italie, Philip Mortimer et Elizabeth, la fille de Sarah Summertown, résolvent des énigmes plus ardues les unes que les autres.

Entre-temps, Francis Blake enquête sur une bande organisée de Hyde Park. Une course contre la montre et des révélations en série : un très grand Blake et Mortimer signé Yves Sente et André Juillard !

Critique :
Être ou ne pas être, telle est la question… L’autre grosse question concerne la paternité des textes de William Shakespeare.

Est-ce bien lui qui les a écrit ou était-ce un autre ? Comment ce petit campagnard a-t-il pu avoir accès à la culture nécessaire pour écrire toutes ses œuvres ? Mystère !

Cet album portant sur Shakespeare va tenter de résoudre cette énigme au plus vite car le chrono tourne et le délai de 100 ans touche à sa fin.

Le chrono tourne peut-être, mais nos amis n’ont pas l’air d’être speedés plus que ça. Ils auraient plutôt tendance à appliquer le Keep Calm et à rester zen en toutes circonstances…

C’est bien, mais pour le lecteur, l’impression de course contre la montre est loupée, le tout manque de dynamisme, c’est mou, fort mou et pour donner un peu d’action, on ajoute des agressions dans le parc et un évitement d’accident avec un camion. Mouais, peu mieux faire, non ?

Autre problème : la présence d’Olrik ! Nom de Zeus, on ne pouvait pas le laisser à la niche, celui-là ?? Il est en prison mais ce méchant éternel et increvable arrive encore à tirer les ficelles et franchement, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase car il ne sert à rien, il n’apporte rien à l’histoire qui aurait pu se suffire à elle-même sans lui mais avec des nouveaux méchants, comme ceux qui se trouvent déjà dans le récit.

En plus de ne pas servir à grand-chose (si ce n’est nous montrer sa tronche), au niveau de ses expressions, elles sont fades, notamment celle où il est en colère… Tout en retenu, sa colère, on est loin de celles de Joe Dalton.

Les grandes perdantes de cet album sont les femmes. Où sont les femmes ? (comme le chantait si bien Patrick Juvet). Oui, elles sont présentes, mais pas vraiment mises en valeur comme elles auraient pu l’être (même si, à l’époque où est sensé se dérouler l’action, elles n’avaient pas vraiment de visibilité).

L’érudite en Shakespeare se tord la cheville, se déchirant un ligament à Hyde Park et hop, on remplace la vioque de 50 ans par sa fille qui ne servira pas à grand-chose non plus, si ce n’est à accompagner Mortimer dans son enquête.

Oui, elle sert juste l’accompagner. J’ai eu l’impression durant ma lecture que le barbu aurait pu se démerder tout seul comme un grand garçon. Ah pardon, j’allais oublier qu’elle lui servira de moteur de recherche sur Shakespeare ! Google avant l’heure ou Siri (au choix).

Les dessins sont toujours en lignes claires, comme les anciens dessins de Edgar P. Jacobs et les couleurs sont fort claires, elles manquent de peps (je me plaignais dernièrement des couleurs trop criardes de « L’inconnue de Tower Bridge).

À propos de Tower Bridge, il y a un bel anachronisme dans le récit : on voit Tower Bridge, dont le début de la construction date du 21 juin 1886 (et dure 8 ans) pour illustrer le récit qu’un personnage fait de la Grande puanteur de Londres de juillet 1858. Oups.

L’autre chose qui m’ennuie toujours dans les récits, ce sont les méchants qui arrivent à s’introduire partout et à écouter aux portes ou derrière des panneaux amovibles. C’est d’un lassant ! Nos amis racontent tout et les autres écoutent, tranquillement. Vieux comme le monde et trop souvent usité.

Anybref, cet album a tout de même des bons côtés : l’explication du pourquoi du comment William Shake, petit provincial sans culture, a réussi à écrire des pièces aussi brillantes, des textes aussi éclairés. Ne connaissant rien de l’histoire du dramaturge, je ne saurais me prononcer quand à la pertinence des explications présentées, mais vu ainsi, elles me plaisent bien.

L’enquête a l’air assez compliquée, lorsqu’on lit les énigmes, mais nos protagonistes arrivent toujours à tout trouver et ce, assez facilement.

Hélas, le récit manque de dynamisme et peut-être d’un chrono au-dessus de certaines cases afin de mieux illustrer le temps qui passe et l’échéance qui se rapproche afin de ne pas donner cette impression de fausse tranquillité.

Un album qui aurait pu être beaucoup mieux avec plus de rythme, plus de femmes fortes avec un vrai rôle et pas celui d’accompagnatrices. Un album où Blake est fort en retrait puisque c’est Mortimer qui a le beau rôle, où les méchants sont discrets comme un coup de poing dans la gueule (on les repère de suite dans les cases) et manquent de charisme.

Bref, pas le meilleur album, mais pas le pire non plus… À lire sans prise de tête.

PS : notons au passage un petit hommage au capitaine Haddock (qui lui au moins avec de la verve, des colères monumentales et plus qu’une seule expression sur le visage, bref, moins raide que nos Blake & Mortimer).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°282], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°35], le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 64 pages) et Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine.

Les enquêtes du Louvre – 01 – Enquête étrusque au Louvre : Carole Declercq [LC avec Bianca]

Titre : Les enquêtes du Louvre – 01 – Enquête étrusque au Louvre

Auteur : Carole Declercq
Édition : City (04/11/2020)

Résumé :
Fougueuse et indépendante, Anna Stein vient d’ouvrir un cabinet d’expertise d’art à Paris, mais sa jeunesse et son sale caractère font grincer bien des dents.

Alors, quand le milliardaire François Borelli lui demande d’inventorier sa collection, c’est enfin la reconnaissance qu’elle attendait.

Mais quelques jours plus tard, Borelli est retrouvé mort. Malade, il avait certes déjà un pied dans la tombe, mais ne l’y aurait-on pas un peu précipité ? Lorsque d’autres cadavres s’invitent dans l’entourage du collectionneur, Anna est obligée de mener l’enquête.

Aidée par un extravagant lord anglais, courtisée par un policier italien et poursuivie par son ancien amoureux, la jeune femme ne sait plus où donner de la tête. Pourtant, elle doit garder les idées claires.

Car dans les eaux troubles du trafic d’art, à vouloir déterrer d’inavouables secrets, elle risque d’être la prochaine victime…

Critique :
YES ! À peine les musées réouverts que j’avais déjà mon billet Thalys pour aller au musée du Louvre à Paris !

Bon, c’est au travers de la fiction que je suis entrée au Louvre sans faire la queue mais je m’en fiche parce que ça a fait du bien.

Pour les fans de meurtres, je risque de doucher vos attentes puisqu’il faudra attendre un peu moins de la moitié du roman (il en fait 280) pour avoir un cadavre et encore, mort naturelle. Et avant le mort naturel ? Ben rien, nada… Pas d’enlèvements, pas de disparitions, pas de courses-poursuites.

Non, non, ne partez pas parce que même en prenant son temps durant plus d’une centaine de pages pour poser sa panoplie de personnages, à la limite de la caricature (mais ils étaient drôles) et planter ses décors, l’auteure ne m’a jamais donné envie de m’endormir ou d’aller voir ailleurs pour des trépidations.

Ne connaissant rien au monde de l’art et des musées, j’ai apprécié d’en apprendre un peu plus, sans que cela devienne indigeste ou lourd, sans que cela vire au cours magistral. À la fin du roman, je ne sais toujours pas grand-chose, mais c’était toujours plus qu’au départ. Je soulignerai aussi que ça ne vire jamais au Da Vinci Code et autres romans dérivés.

Comme je le soulignais plus hauts, les personnages sont assez typés, on est à deux doigts de la caricature mais le ton du roman étant léger (sans être débilitant), les différents protagonistes allaient bien à l’atmosphère générale du récit sans pour autant virer à la série bas-de-gamme produite par une chaîne de télé fort connue pour que l’on s’abrutisse le soir et que l’on offre notre temps de cerveau disponible à Qui-Vous-Savez.

Si l’enquête n’a rien de transcendantal, rien d’exceptionnel, rien qui vous trouera le cul, le ton général fut une bouffée d’air frais pour moi qui avait lu mon lot de romans noirs, sombres et bourrés de morts, de dictature et autre.

C’est bien simple, je l’ai dévoré sur une petite journée, ayant bien du mal à le reposer tant je m’amusais comme une petite folle avec les personnages, dont Anna, son oncle Albert et Thomas Alexander, un lord anglais devenu libraire à Paris et fan de San-Antonio.

Anybref, sans révolutionner la littérature policière, sans avoir des cadavres à toutes les pages, en utilisant la violence avec parcimonie, l’auteure a réussi un agréable petit cosy-mystery à la française en nous faisant entrer dans le monde de l’art et des musées, le tout avec une plume légère, humoristique, sans pour autant être gnangnante ou simpliste.

Roman policier addictif, qui n’essaie pas d’en faire plus pour s’imposer, qui prend son temps sans pour autant que le lecteur ne s’emmerde. Un roman policier qui fait du bien au moral, qui apporte un rayon de soleil dans une journée grise et vous requinque d’un coup après des lectures assez dures.

Un tout grand merci à Bianca de m’avoir proposée cette LC qui est réussie parce que sans elle, jamais je n’aurais coché ce roman et cela aurait été une erreur. De son côté, c’est plus mitigé, elle aurait aimé que le meurtre arrive plus vite et en apprendre plus sur les étrusques. Comme quoi, deux avis différents ! N’oubliez pas d’aller lire le sien.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°260].

Commissaire Montalbano – 02 – Chien de faïence : Andrea Camilleri

Titre : Commissaire Montalbano – 02 – Chien de faïence

Auteur : Andrea Camilleri
Édition : Pocket Policier (2004)
Édition Originale : Il cane di terracotta (1996)
Traduction : Serge Quadruppani

Résumé :
Tano u grecu, important mafieux menacé par ses pairs, décide de se livrer au commissaire Montalbano, mais il est abattu par ses anciens complices en même temps que deux policiers.

Avant de mourir, il a révélé l’existence d’une importante cache d’armes dans une grotte aux environs de Vigàta.

Bientôt le cadavre d’un employé municipal vient s’ajouter à la liste. L’affaire ne s’arrête pas là : dans l’arrière-fond de la grotte, on trouve les corps de deux amants s’étreignant dans la mort.

Touchant ! Troublant, surtout, ce chien de faïence qui semble monter la garde devant les défunts.

Critique :
Autant où je n’ai jamais adhéré à la série policière tirée des romans, autant j’adore lire les enquêtes du commissaire Montalbano !

Montalbano n’a rien d’un commissaire énergique et charismatique, aux premiers abords… Il a un sale caractère, est égoïste, estime qu’il doit être le seul à réfléchir et mener ses enquêtes comme il l’entend lui.

Incapable de s’engager, avec sa copine Livia, il s’amuse à faire un pas en avant et deux en arrière.

Oui, lorsqu’on découvre le commissaire Montalbano, on aurait envie d’aller voir ailleurs s’il n’y est pas. Pourtant, ce serait une grave erreur car les romans de Camilleri sont des petits plats qui se dégustent avec voracité, en se léchant les doigts à la fin du repas.

Les atouts de Montalbano, faut les mériter, il ne se livre pas ainsi à la première rencontre, faut creuser un peu, mener son enquête et on se rendra compte qu’il peut être bienveillant à l’égards de certains et impitoyable envers ceux qui l’ont titillé un peu de trop près. Il a un humour bien à lui et adore faire bonne chère.

Comme souvent, on pourrait croire que l’on a affaire à une affaire banale : on cambriole un magasin et on retrouve le camion garé tranquille sur le côté, avec toutes les marchandises dedans. Une blague ? Bizarre car ensuite personne n’a crié « Surprise sur prise ! ».

Et puis, en plus de cette affaire de blague louche, on a la mafia qui rôde, des plans foireux qui foirent, des cavernes d’Ali Baba qui cachent non pas des trésors, mais des énigmes vieilles de plus de 50 ans.

La force de Montalbano ? Son entêtement, son obstination, son indépendance et son équipe de flics prêts à tout pour lui, qui sont plus des amis que des subordonnés, même que l’un d’entre eux n’a pas le gaz à tous les étages… Catarella, le genre de type que personne n’embaucherait et que personne ne garderait si jamais il l’avait engagé.

Si Montalbano demandait à Caterella, responsable du standard téléphonique, d’aller voir dans son bureau si, par hasard il n’y était pas, vous pouvez être sûr que ce grand crétin de Caterella irait vérifier de suite, en courant, même… Quel imbécile ! Il pourrait téléphoner dans le bureau du commissaire, ce serait plus rapide !

Anybref, une fois de plus, avec Montalbano qui enquête, on pense toujours que ce n’est rien de grave alors qu’en fait, c’est bien plus profond que ce qu’il y parait. Notre commissaire n’a jamais sa langue en poche et s’il y a des hypocrisies à dénoncer, il ne se prive jamais de l’ouvrir en grand.

Comme Montalbano a une grande gueule, il a aussi un grand estomac et moi, je rêve toujours d’aller manger au San Calogero… Et quand il mange, il n’y est pour personne…

Sauf que dans sa tête, ça n’arrête jamais de penser et quand notre commissaire veut résoudre un mystère, il y va, tant pis si le meurtrier est sans doute décédé depuis des lustres, lui, il veut juste comprendre !

Une fois de plus, c’est un beau voyage en Sicile que je fis avec mon commissaire préféré, Montalbano, qui, au niveau de ses petites cellules grises, n’a rien à envier à Hercule Poirot et qui ne laisserait jamais son estomac de côté durant une enquête, comme Sherlock Holmes (le canonique).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°206] et Le Mois du Polar – Février 2021chez Sharon [Fiche N°32].