Le Nouveau : Keigo Higashino [LC avec Rachel]

Titre : Le Nouveau

Auteur : Keigo Higashino
Édition : Actes Sud (01/06/2021)
Édition Originale : Shinzanmono (2012)
Traduction : Sophie Refle

Résumé :
Muté depuis peu au commissariat de Nihonbashi, au cœur de Tokyo, Kaga Kyochiro enquête sur le meurtre d’une femme retrouvée étranglée dans son appartement.

Fidèle à ses habitues, il s’interroge sur des détails anecdotiques. Comme cette gaufre fourrée au wasabi retrouvée chez la victime.

Car ce qui intéresse avant tout cet inspecteur hors norme, c’est de comprendre les tenants et les aboutissants du crime.

Le maître incontesté du polar japonais est de retour avec un magistral roman à tiroirs.

Critique :
On peut dire que ce roman policier est atypique car il ne suivra jamais une narration conventionnelle, un déroulement de polar conventionnel, mais se présentera face à vous avec des multiples tiroirs qui, à première vue, sembleront anodins, mais ne le seront jamais.

Sans avoir relu le résumé, je me suis engagée dans ce roman et d’entrée de jeu, j’ai été déboussolée.

On entrait dans la vie d’un commerçant de quartier, le crime dont on nous parlait était vague, nous n’en savions quasi rien, mais nous avions déjà un suspect. Et puis, bardaf, nous passion dans un autre commerçant, une tenancière de restaurant.

Oui, sur le moment, j’ai cru avoir affaire à un recueil de nouvelles policières, mais il n’en était rien, c’était juste l’auteur qui nous la faisait à l’envers, imbriquant des histoires dans l’histoire et il l’a fait avec intelligence, brio, sans jamais lasser son lecteur ou se prendre les pieds dans le tapis.

Kaga Kyochiro est lui même un policier atypique, extrêmement observateur, il veut tout comprendre, même des détails insignifiants. C’est grâce à ces détails qui ne semblaient pas importants qu’il va résoudre cette affaire d’assassinat et c’est seulement sur la fin que le lecteur aura droit à une vue sur la scène de crime.

Comme face à un peintre, ce n’est qu’au fur et à mesure que nous aurons une vue d’ensemble et que nous pourrons voir apparaître toute la toile que l’auteur nous a montrée, au fur et à mesure, en nous introduisant dans ces familles qui avaient, sans le savoir, un lien avec l’affaire du meurtre.

Il y a énormément de poésie, de sentiments, d’émotions diverses, dans ces intrusions au cœur de famille commerçantes (ou non) qui exercent leur métier dans le vieux Tokyo, celui qui a gardé son âme et son authenticité.

Mélange à la fois doux et acidulé, ces portraits ne serviront pas qu’à faire avancer l’enquête, mais ils nous permettront aussi de mieux s’imprégner de la culture japonaise et d’une partie de sa société où le sens de l’honneur prime encore.

Jamais le narrateur ne nous en dévoile trop, puisque nous ne serons jamais dans la tête du brillant enquêteur Kaga, qui semble toujours surgir quand on ne l’attend pas et poser des questions de plus bizarres, qui semblent sans rapport avec son enquête.

Kaga, c’est un croisement entre Sherlock Holmes, Hercule Poirot (son soucis de l’habillement distingué en moins) et de Columbo (sans l’imper fripé), pour l’attachement qu’il porte aux petits détails insignifiants (sa femme en moins).

Finalement, la toile apparaît, dans toute sa splendeur et tout est expliqué sans que le lecteur perde pied, s’exclamant « Bon sang, mais c’est bien sûr » afin de se donner une contenance, mais se disant, en lui-même, que jamais il n’aurait su élucider ce crime sans la perspicacité de l’inspecteur Kaga.

Un roman policier brillant, qui casse les habitudes, qui fuck la narration linéaire habituelle, qui prend le lecteur à rebrousse-poil, afin de lui faire vivre une autre expérience d’enquête. Brillant et intelligent, cette enquête à tiroirs.

Sans Rachel et sa proposition de LC, jamais je n’aurais lu ce policier et j’aurais eu grand tort car là au moins, on révolutionne le polar et on jette aux orties le Colonel Moutarde et son sempiternel chandelier.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°18].

My home hero – Tome 1 : Naoki Yamakawa & Masashi Asaki


Titre : My home hero – Tome 1

Scénariste : Naoki Yamakawa
Dessinateur : Masashi Asaki

Édition : Kurokawa Seinen (19/01/2019)
Édition Originale : My Home Hero, book 01 (2017)
Traduction : Nabhan Fabien

Résumé :
Que seriez-vous prêt à faire pour sauver la vie de votre enfant ?! Je ne suis qu’un pauvre type qui aimerait pouvoir se dégonfler au point de disparaître…

Tetsuo est un modeste père de famille qui se passionne pour les romans policiers. Il découvre un jour des traces de coups sur le visage de sa fille qui vient à peine de quitter le foyer familial pour vivre seule. Tetsuo retrouve rapidement le coupable et le suit.

Sans savoir que cela le mènera à commettre un crime qui changera pour toujours la destinée de sa famille. Mais pour le bien de sa fille, ce papa fait le choix de la lutte …

Critique :
Un manga seinen qui parle de yakuzas, de mafia, de gans, de meurtres, de découpage de cadavre et qui arrive à me faire rire… Étonnant, non ? Et pourtant, comme le disait une actrice connue « Je ne suis pas folle, vous savez ».

Tetsuo est un modeste père de famille, le genre de papa gâteau qui fait tout pour sa fille, qui la couve, que cherche à la voir, à passer des moments avec elle.

À ses heures perdues, il écrit des polars. Rien de prétentieux, il s’inspire beaucoup de ce qu’ont déjà écrit les autres.

Et alors que tout semblait bien aller dans sa ville monotone et tranquille, le voilà avec un cadavre sur les bras, à se demander comment faire pour s’en sortir et s’en débarrasser.

Bourré de situations cocasses et d’humour noir, ce manga m’a fait découvrir des choses intéressantes, notamment comment se débarrasser le plus facilement possible d’un corps. Par certains aspects, j’ai pensé à un épisode de la série Breaking Bad où Walter White doit lui aussi réduire un cadavre à l’état le plus liquide possible.

En prenant ce manga au second degré, il me fut plus facile d’accepter que notre pauvre homme de 47 ans, le genre d’homme tranquille qui ne sera jamais le meneur d’un groupe, ait su trouver toutes les astuces pour liquéfier le corps dans la baignoire et rapporter ensuite les restes dans une sorte de doggy bag valise.

Notre Tetsuo n’a rien d’un super héros, ni d’un mec couillu, il est monsieur-tout-le-monde, mais je me demande combien réussirait cette mission sans craquer, sans foirer le truc, sans rien oublier… Tetsuo est à deux doigts de craquer, il a la trouille de sa vie mais il y arrive, lui !

Le tout sous la compréhension absolue de son épouse qui va l’aider et sous le regard un peu absent de sa fille qui ne se rend pas compte de ce que ses parents sont en train de faire pour elle et qui me semble fort apathique. Limite à baffer, la fille !

En tout cas, dans ce manga, on ne voit pas le temps passer, le rythme est assez élevé, sans pour autant aller trop vite et le mangaka nous évite les scènes les plus gores. L’humour noir est présent, les situations cocasses font sourire, il y a du suspense et on se demande bien comment cette petite famille va s’en sortir avec les yakuzas.

J’ai bien envie de poursuivre avec le tome suivant, lorsque je l’aurai acheté, pour voir comment ce manga va évoluer.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°204] et Le Mois du Polar – Février 2021chez Sharon [Fiche N°30].

Les miracles du bazar Namiya : Keigo Higashino

Titre : Les miracles du bazar Namiya

Auteur : Keigo Higashino
Édition : Actes Sud Exofictions (Janvier 2020)
Édition Originale : Namiya Zakkaten no Kiseki (2012)
Traduction : Sophie Refle

Résumé :
En 2012, après avoir commis un méfait, trois jeunes hommes se réfugient dans une vieille boutique abandonnée dans l’intention d’y rester jusqu’au lendemain.

Mais tard dans la nuit, l’un d’eux découvre une lettre, écrite 32 ans plus tôt et adressée à l’ancien propriétaire.

La boîte aux lettres semble étrangement connectée aux années 1980. Les trois garçons décident d’écrire une réponse à cette mystérieuse demande de conseil. Bientôt, d’autres lettres arrivent du passé.

L’espace d’une nuit, d’un voyage dans le temps, les trois garçons vont changer le destin de plusieurs personnes, et peut-être aussi bouleverser le leur.

Un miracle de roman fantastique, émouvant et profondément humaniste.

Critique :
À l’attention du bazar Namiya,

Il y a 8 ans, je vous avais demandé quel blog littéraire vous me conseilleriez de suivre, sur la Toile et vous m’aviez donné le conseil suivant :

« Suivez plusieurs blogs littéraires dont les rédacteurs/rédactrices sont d’un style différent de vos goûts littéraires afin d’agrandir vos horizons de lecture, d’augmenter votre capital découverte et d’exploser au maximum votre PAL ».

J’ai pris des abonnements à différents blogs, dont l’un était un blog qui se nommait ÉmOtionS, tenu par un certain Gruz qui avait Garfield en avatar.

C’est pour ce conseil judicieux que je voulais vous remercier car sans la chronique de ce Gruz, jamais de ma vie je n’aurais lu cette petite pépite littéraire qui conte l’histoire étrange de monsieur Namiya Yūji et de son bazar qui offre une réponse à tous les soucis qu’on lui exprime. Rigueur et discrétion assurées.

Mais ? Ne serait-ce pas votre histoire, ça, monsieur Namiya ? Vous que les crapuleux de votre strotje (« rue » en patois) nommaient « nayami » (qui veut dire « soucis » en japonais) ? (*) Quelle coïncidence…

Putain, quel roman mes aïeux ! Quelle pépite humaniste ! Quel roman fantastique qui joue avec le temps et les voyages que l’on peut faire dedans… Quel roman choral où tout se tient, où tout se rejoint, telle une Toile où tous les fils mènent au centre.

Comme je suis une lectrice qui doute, j’ai cru à un moment que tout le roman allait tourner autour de ses trois voyous qui, après un casse, se sont réfugiés dans le bazar Namiya, vide depuis des décennies et qui vont répondre aux lettres qu’on leur soumet, du passé.

L’auteur est confirmé, ce n’est pas un débutant, il sait très bien comment mener son bateau et à un moment, j’ai été plongée dans d’autres vies à tel point que j’ai réussi à oublier tout, même les 3 ados voyous du début.

Passer à un roman choral était une riche idée et petit à petit, j’ai commencé à entrevoir la toile tissée avec professionnalisme, rigueur, inventivité et humanisme. Il fallait que tout se tienne, que tout se recoupe et l’auteur y est arrivé avec brio.

Ce roman fantastique, il est magique, il fait un bien fou, c’est une pépite délicieuse, un bonbon acidulé qui pique à certains moments mais qui dégage ensuite un festival de goût qui explose dans la bouche.

Une lecture que j’ai regretté d’avoir terminé car je n’aurais rien eu contre un peu de rab… Une petite pépite que j’ai décidée de lire suite au billet de Gruz, sur son site ÉmOtionS parce que sans ce billet, jamais je n’aurais inscrit ce roman dans ma PAL.

(*) PS : certains pourraient se demander pourquoi je parle de crapuleux et de strotje,  dans ma chronique, mais c’est juste un petit hommage à madame Chapeau et à sa réplique célèbre dans la pièce de théâtre « Bossemans et Coppenolle » dont j’ai revu une partie l’autre jour. C’est une pièce bruxelloise dont les dialogues sont du patois de la capitale, le Brusseleir.

Une des répliques célèbres de Madame Chapeau (son surnom) dans la pièce est « Ça est les crapuleux de ma strotje qui m’ont appelée comme ça parce que je suis trop distinguée pour sortir en cheveux ! ». Amélie Van Beneden, de son nom, a été surnommée « Madame Chapeau » par les voyous de sa rue. Cette réplique comporte deux mots de Brusseleer, crapuleux (voyou) et strotje (rue). Madame Chapeau est toujours jouée par un homme travestit en femme.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lectures N°06].

Madame Chapeau jouée par Jérôme De Warzée

Au nom du Japon : Hirō Onoda

Titre : Au nom du Japon

Auteur : Hirō Onoda
Édition : La manufacture de livres (06/02/2020)
Édition Originale : Waga ruban shima no 30-nen sensō (1974)
Traduction : Sébastien Raizer

Résumé :
1945. La guerre est terminée, l’armistice est signé. Mais à ce moment précis, le jeune lieutenant Hirō Onoda, formé aux techniques de guérilla, est au cœur de la jungle sur l’île de Lubang dans les Philippines.

Avec trois autres hommes, il s’est retrouvé isolé des troupes à l’issue des combats.

Toute communication avec le reste du monde est coupée, les quatre Japonais sont cachés, prêts à se battre sans savoir que la paix est signée.

Au fil des années, les compagnons d’Hirō Onoda disparaîtront et il demeurera, seul, guérillero isolé en territoire philippin, incapable d’accepter l’idée inconcevable que les Japonais se soient rendus.

Pendant 29 ans, il survit dans la jungle. Pendant 29 ans il attend les ordres et il garde sa position. Pendant 29 ans, il mène sa guerre, au nom du Japon.

Ce récit incroyable est son histoire pour la première fois traduite en français. Une histoire d’honneur et d’engagement sans limite, de foi en l’âme supérieure d’une nation, une histoire de folie et survie.

Critique :
♫ C’est peut-être, Une goutte dans la mer ♪ Oui mais c’est sa raison d’être ♪ Sa raison d’être, sa raison d’être ♪

Défendre le Japon et accomplir sa mission, c’était la raison d’être du sous-lieutenant Hirō Onoda et tant qu’il n’aura pas reçu l’ordre d’arrêter, de la part du commandement, il continuera, envers et contre-tout, jusqu’au boutisme, même tout seul, jusqu’à l’abrutissement, à accomplir sa mission…

Maintenant, cette vie prenait fin, et j’étais brutalement privé de ma raison d’être.

Ce récit pourrait prêter à sourire tant Hirō Onoda refuse de voir la réalité : le Japon a perdu la guerre… Pour lui, dans sa conception d’esprit, tant qu’un Japonais sera vivant, le Japon ne se rendra pas. Parce que si le Japon s’est rendu, pour lui, c’est que TOUS les Japonais sont morts.

Hors, comme il est vivant, le Japon se bat toujours, il se bat toujours, même si ce qu’il accompli est une goutte d’eau dans la mer.

Je croyais sincèrement que le Japon ne se rendrait jamais, tant qu’un seul Japonais serait encore en vie. Et réciproquement, si un seul Japonais était encore en vie, le Japon ne pouvait s’être rendu.

Ou sa variante : « Qui a dit que nous avions perdu la guerre ? Les journaux prouvaient que c’était faux. Si nous avions perdu, tous les Japonais seraient morts. Le Japon n’existerait plus, sans même parler des journaux japonais. »

Non, ça ne donne pas du tout envie de rire ce jusqu’au-boutisme. Ça ferait plutôt peur de voir un soldat autant attaché à sa patrie, à son Empereur, aux commandements de ses supérieurs.

On lui a inculqué la formation de guerre secrète à Futamata et il est voué corps et âme à la mission qu’on lui a donnée : mener des actions de guerre non conventionnelles à Lubang, une île dans les Philippines.

Pour Hirō Onoda, un ordre est un ordre. Là où d’autres auraient abandonné, se carapatant vite fait bien fait, lui, il reste ! Et durant 30 ans, il va sillonner la jungle avec trois soldats, puis deux, puis un, puis plus que lui…

Dans cette jungle, en compagnie de deux autres soldats (un a déserté), Hirō Onoda se persuade (et persuade les autres) que tous les journaux qu’ils lisent, les émission des radio qu’ils écoutent, les messages qu’on leur envoie, les photos de leur famille qu’on leur dépose, les messages du frère d’Hirō, ne sont que de la propagande, de l’enfumage de cerveau, un vaste complot mis au point par les Américains.

Je le ferai ! Même si je ne trouve pas de noix de coco, même si je dois manger du chiendent, je le ferai ! Ce sont les ordres que j’ai reçus et je les mettrai à exécution !

Notre Hirō s’est créé un monde dans lequel il peut survivre puisque, pour lui, le Japon se bat toujours et n’a pas déclaré forfait. Il évolue dans une sorte de dystopie pour lui tout seul (et les deux autres qui sont resté avec) où tout ce qu’il apprend n’est qu’un grand complot mondial et, comme tout bon défenseur d’une théorie du complot, il fait feu de tout bois et tout est bon pour le conforter à son histoire, même si ça n’a aucun sens.

C’est un beau récit, car il est véridique, mais j’ai trouvé le ton assez froid. Alors que nous crapahutons dans la jungle, sous les pluies, crevant de faim, trempé, fatigué, les vêtements qui partent en lambeaux, que nous dormons au sol, que nous souffrons de la chaleur, et bien, je n’ai pas ressenti ces affres comme j’aurais voulu les ressentir.

Moi je voulais ressentir tout ça, avoir faim, sentir mes jambes fatiguer, le poids du sac durcir les muscles de mes épaules, la sueur devait me couler dans le dos, la pluie me faire frissonner… Ben non, la plume n’a pas réussi à me transmettre et à me faire ressentir ces sentiments, ces émotions.

Nous sommes face à un putain de récit, un truc de folie d’un soldat Japonais qui n’a pas « entendu » la réédition du Japon, qui se croit toujours en guerre, qui fait la guérilla durant 29 ans, qui est resté comme prisonnier du temps, bloqué en 1945 (même s’il sait à quelle date on est) et on ne ressent pas une osmose entre nous et le narrateur, ni avec les personnages secondaires ?

Nom de Zeus, c’est comme déguster un plat magnifique qui serait sans goût, sans explosion pour les papilles gustatives. Fade, presque. On le mange, parce qu’on veut savoir le pourquoi du comment, parce que c’est un récit qui mérite qu’on le lise, une histoire qui doit être connue, un témoignage qui doit être transmit, mais on le fait machinalement, sans que ça bouleverse.

Un récit hallucinant mais manquant cruellement de sel, d’épices, d’émotions. Cette magnifique histoire est desservie par l’écriture qui est trop froide et qui n’explore pas ce que Hirō Onoda a bien pu foutre durant 29 ans pour glaner des infos alors qu’il a tout de même loupé la plus importante de toute : le Japon a capitulé.

On a beau le lui dire sur tous les supports, il n’y a pas de pire sourd que celui qui ne veut pas voir. Pas de pire aveugle que celui qui ne veut pas entendre. Oui, je sais, j’ai mélangé les sens, mais c’est exprès. Na !

Il m’a manqué les émotions et ça me fend le coeur. Malgré tout, vu le récit hallucinant, c’est tout de même un roman à découvrir (ou une histoire à connaître).

 

Je n’ai pas eu les émotions que je voulais !

Le Samouraï : David Kirk

Titre : Le Samouraï

Auteur : David Kirk
Édition : Albin Michel (2014) / Livre de Poche (2015)
Édition Originale : Child of Vengeance (2013)
Traduction : Marina Boraso

Résumé :
Le rêve de Bennosuke, 13 ans, est de devenir un grand guerrier, à l’instar de son père : l’un des Samouraïs les plus craints et les plus respectés du Japon.

Mais il doit d’abord se montrer digne de cet héritage. La voie du sabre est faite de sang, de vengeance, d’héroïsme.

Le jeune garçon l’apprendra, parfois à ses dépens, avant de remettre en question des siècles de tradition : pourquoi un samouraï devrait-il préférer la mort au déshonneur ?

Quel prix devra-t- il payer pour entrer dans l’Histoire sous le nom de Musashi Miyamoto ?

Critique :
Musashi Miyamoto n’est pas un cousin de Yamamoto Kekassé. Non, Musashi Miyamoto est un samouraï, un vrai !

Enfin, là, il a 13 ans, il se nomme encore Bennosuke et aura encore beaucoup à apprendre avant de devenir samouraï, même si papa l’est déjà…

Freud aurait beaucoup à dire de Munisaï Shinmen, le père de Bennosuke.

Leur relation père/fils n’est pas harmonieuse, papounet Munisaï a disparu durant 8 ans et personne n’a expliqué à Bennosuke les véritables raisons de son exil.

Pour le moment, il vit tranquille avec tonton Dorinbo, qui a suivi la voie spirituelle et un oncle par alliance qui lui apprend le maniement du bâton de bois dans un dojo.

On pourrait penser que c’est chiant comme la pluie mais non, pas du tout ! Ces 500 pages sont passées à une vitesse folle, immergée à fond que j’étais dans le monde codifié des samouraïs dont l’auteur a si bien mis en mot à tel point que je peux dire que j’ai visité le Japon médiéval.

Ce qui va faire basculer l’histoire, c’est le caprice d’un fils de seigneur, d’un clan allié au seigneur que sert Munisaï Shinmen. Ce sans couilles n’a pas apprécié être remis à sa place par Munisaï et il veut se venger. Mais bien caché derrière ses guerriers…

L’humiliation sera double puisqu’après le père, ce sera Bennosuke qui va l’humilier. Et pas qu’une fois…

C’est flamboyant, ce récit. Mais d’une facilité déconcertante à lire. Le style n’est pas simpliste mais il est simple, sans chichis, facile à comprendre, même si parsemé de petites réflexions spirituelles qui naissent souvent dans les petites piques lancées à un autre personnage.

Dans ce Japon médiéval, tout est hiérarchisé, tout est codifié, il y a des tas de règles à respecter pour l’honneur et que chez les samouraïs, l’honneur est la chose la plus importante, avec le seppuku.

Ce premier tome nous montre l’apprentissage de Bennosuke, que ce soit celui de la vie, de l’honneur, de la guerre, de la hiérarchie, des codes des samouraïs et des techniques de combat. Sans oublier une vengeance contre un sans couille et sans honneur.

Qui aurait cru que ce roman serait aussi addictif ? Pas moi… Je l’ai ouvert pour ce Mois Anglais dans le but de poursuivre mes voyages loin de l’Angleterre (même si l’auteur est un Anglais pur jus) et de découvrir un autre Monde, une autre société, une autre civilisation.

Instructif sans être rébarbatif, rythmé sans être une course au suspense, ce roman biographique de la vie de Bennosuke qui deviendra le légendaire guerrier Musashi Miyamoto. Pour le moment, la chenille est en cours de mutation mais rien que ça, c’était bougrement intéressant.

Chouette, j’ai le tome 2 dans ma PAL.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°286 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

Âme brisée : Akira Mizubayashi

Titre : Âme brisée

Auteur : Akira Mizubayashi
Édition : Gallimard Blanche (29/08/2019)

Résumé :
Tokyo, 1938. Quatre musiciens amateurs passionnés de musique classique occidentale se réunissent régulièrement au Centre culturel pour répéter.

Autour du Japonais Yu, professeur d’anglais, trois étudiants chinois, Yanfen, Cheng et Kang, restés au Japon, malgré la guerre dans laquelle la politique expansionniste de l’Empire est en train de plonger l’Asie.

Un jour, la répétition est brutalement interrompue par l’irruption de soldats. Le violon de Yu est brisé par un militaire, le quatuor sino-japonais est embarqué, soupçonné de comploter contre le pays.

Dissimulé dans une armoire, Rei, le fils de Yu, onze ans, a assisté à la scène. Il ne reverra jamais plus son père…

L’enfant échappe à la violence des militaires grâce au lieutenant Kurokami qui, loin de le dénoncer lorsqu’il le découvre dans sa cachette, lui confie le violon détruit.

Cet événement constitue pour Rei la blessure première qui marquera toute sa vie…

Critique :
Il est bon parfois de lire un roman bourré d’émotions mais des positives, le tout rehaussé d’une goutte d’amour et d’une bonne dose de musique… classique.

Deux histoires se côtoient : la première se déroule au Japon, en 1938 et elle est violente, horrible, fait mal au bide car c’est de la violence gratuite perpétrée par des militaires incultes, bas de plafond et aussi bêtes que méchants.

La seconde partie se passe en France, chez un luthier nommé François et après le déroulement de son histoire, nous comprendrons ce qui uni ces deux histoires.

Alors oui, le départ est affreux car une fois de plus, nous sommes face à des incultes, de ceux qui, ne comprenant pas la culture, la musique, la littérature (etc.), se gaussent de ceux qui ont des connaissances et les rabaissent jusque plus bas que terre.

Mais ensuite, l’histoire a de la poésie, du rythme, du lyrisme, des émotions, du corps et c’est avec avidité que l’on suivra les pérégrinations de François vers un passé sombre, mais exempt de haine.

Les dialogues, surtout ceux de déroulant au Japon, ne sont jamais neuneu, mais toujours empreint de profondeur, de culture, qu’elle soit japonaise ou chinoise, car les deux cultures seront mise en avant, sans que la France soit oubliée.

Voilà le genre de livre qui vous enlève les poids sur les épaules, qui vous met du baume au coeur, des papillons dans la tête et qui, à certains moments, vous serre la gorge et vous donne l’impression que tout le voisinage épluche des kilos d’oignons.

Même si vous n’êtes pas un fan de musique classique, même si à la question « Qui a composé le boléro de Ravel ? », vous séchez sur la réponse, ce livre vous parlera à vos tripes, à votre cœur, à votre âme, que ce soit celle dans votre tête (ou ailleurs, vous la mettez ou vous voulez) ou celle de votre violon brisé.

Oserais-je dire que ce livre, c’est un peu la mélodie du bonheur ? Oui, j’ai pris mon pied littéraire avec, j’ai terminé ma lecture dans un état de zénitude totale et jamais, à aucun moment, ce roman n’a sombré dans la guimauve, le neuneu ou dans des licornes galopant sur un arc-en-ciel.

Un livre qui fait du bien.

Challenge Un Mois Au Japon – Avril 2020 – Chez Lou et Hilde.

Spirou et Fantasio – Tome 21 – Du glucose pour Noémie : Fournier

Titre : Spirou et Fantasio – Tome 21 – Du glucose pour Noémie

Scénariste : Fournier
Dessinateur : Fournier

Édition : Dupuis (1971)

Résumé :
Itoh Kata a découvert un champignon pouvant servir d’explosif. Spirou et Fantasio escortent cette arme potentielle à Champignac.

Critique :
Le titre énigmatique trouvera son explication dans les dernières pages, mais avant cela, je vous promet de l’aventure, de l’action, du suspense, du mystère, des amandes grillées et de l’humour !

Nous devrions déjà manifester pour que Spip, l’écureuil fidèle, soit payé à la hauteur des risques qu’il encourt à suivre Spirou et Fantasio dans leurs aventures ! C’est une honte un salaire de misère pareil.

Non, non, je ne me suis pas découverte des envies de révolution, mais dans cet album, Spip acquiert une place à sa juste mesure et ses réflexions amusantes, drôles et tout à fait justifiées ajouteront un zeste d’humour à cet album qui n’en manquait déjà pas.

Mais puisque le Marsupilami n’était pas présent, il fallait compenser son manque en donnant plus de place à notre écureuil facétieux et peureux, sans oublier d’ajouter les mimiques qui vont avec.

Nos deux amis ne seront pas oubliés et niveau aventure, ils seront servi ! Les lecteurs aussi car cet album n’a pas de temps mort pour reprendre son souffle ou déguster une tasse de thé avec nos amis Japonais.

Faut juste éviter les membres du Triangle, une organisation qui a tout d’une mafia, le comique en plus et l’imbécillité en état d’esprit, mais ça, ils ne le savaient pas, qu’ils étaient des crétins ! MDR et longue vie au Triangle !

Une aventure scénarisée et dessinée par Fournier qui m’a bien plu car elle avait du dynamisme, de l’action, pas de temps mort, de l’humour de situation ou de répétition, du suspense, du mystère, bref, tout ce qu’il fallait pour donner une bonne aventure car l’auteur a su utiliser le tout avec intelligence.

Je peux donc ajouter cet album de Fournier avec celui de l’Ankou, ce qui m’en fait déjà deux que j’apprécie, ce n’est pas si mal pour une inconditionnelle de Franquin.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°184 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°29].

L’homme qui mit fin à l’histoire : Ken Liu

Titre : L’homme qui mit fin à l’histoire

Auteur : Ken Liu
Édition :  Le Bélial’ (25/08/2016)

Résumé :
FUTUR PROCHE.
Deux scientifiques mettent au point un procédé révolutionnaire permettant de retourner dans le passé. Une seule et unique fois par période visitée, pour une seule et unique personne, et sans aucune possibilité pour l’observateur d’interférer avec l’objet de son observation.

Une révolution qui promet la vérité sur les périodes les plus obscures de l’histoire humaine. Plus de mensonges. Plus de secrets d’État.

Créée en 1932 sous mandat impérial japonais, dirigée par le général Shiro Ishii, l’Unité 731 se livra à l’expérimentation humaine à grande échelle dans la province chinoise du Mandchoukouo, entre 1936 et 1945, provoquant la mort de près d’un demi-million de personnes…

L’Unité 731, à peine reconnue par le gouvernement japonais en 2002, passée sous silence par les forces d’occupation américaines pendant des années, est la première cible de cette invention révolutionnaire. La vérité à tout prix. Quitte à mettre fin à l’Histoire.

Critique : 
La preuve que rien n’est écrit et que rien n’est jamais gagné… Voilà un court roman (une longue nouvelle ?) qui est encensé de partout et moi, je viens de passer royalement à côté.

Pourtant, le postulat de départ avait tout pour me plaire : Evan, un historien, et Akemi, une physicienne (en couple), inventent un scanner quantique qui permet à un témoin de revivre un moment du passé du monde comme s’il y était lui-même. Limite : un moment revécu devient inaccessible à toute observation ultérieure (problème de la mesure en physique quantique).

Attention, je ne suis pas passée à côté de tout non plus !

Je me suis instruite sur l’Auschwitz asiatique (ne me demandez pas s’il est pire ou moins pire que celui des Allemands,  à ce niveau là, on ne compare pas), cette Unité 731 dont je ne connaissais même pas l’existence, vu qu’on ne m’en avait jamais parlé et que, malgré mes nombreux livres lus sur la Seconde Guerre Mondiale, je n’en avais pas connaissance du tout.

Oui, je suis tombée de haut, j’ai eu froid dans le dos, pourtant, l’auteur nous livre un compte-rendu de certaines des horreurs qui s’y sont passé avec un ton froid, clinique et j’ai trouvé ça dommage, j’aurais aimé ressentir plus d’émotions.

Le problème des dilemmes qui se présentent face à cette possibilité de retourner voir l’Histoire, seul, et puis qu’après plus personne ne puisse y avoir accès est bien traité, on sent les tiraillements, les discussions, les problèmes de consciences des uns et des autres, la question de quelle personne envoyer, les silences du Japon qui ne veut pas que l’on fouille dans ses placards obscurs et peu reluisants, tout cela est bien traité.

Et moi, je suis passée à côté. Ce petit roman de SF ne devait pas être fait pour moi.

À vous de le tester pour voir si vous serez dans la majorité qui l’a apprécié ou si comme moi, l’écriture sous forme de documentaire vous déroutera, ainsi que la froideur de l’écriture.

Le Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) , Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

Il y a un robot dans le jardin : Deborah Install

Titre : Il y a un robot dans le jardin

Auteur : Deborah Install
Édition : Super 8 éditions (12/01/2017)

Résumé :
Dans un monde où acquérir un androïde fonctionnel est devenu tout à fait possible, Ben est peut-être en train de laisser passer le train de sa vie. Vivant sur l’héritage de ses parents, il regarde, impuissant, sa femme avocate s’éloigner de lui. Loser ?

Mais, un matin, Ben trouve un robot dans son jardin. Un adorable petit machin de ferraille qui, assis dans l’herbe, contemplant des chevaux, éprouve toutes les peines du monde à expliquer ce qu’il fabrique ici. « Débarrasse-nous de ce truc ! » exige sa femme en substance.

Contre toute attente, Ben s’embarque alors avec Tang dans une quête à travers tout le pays afin de ramener le robot à son propriétaire. Tendre et malicieux, drôle et manipulateur, Tang apprend vite. Et si, sous le vernis écaillé de l’intelligence artificielle, se cachait un vrai cœur ? Et si, au bout du chemin, Ben trouvait bien plus que ce qu’il pensait chercher ?

Critique :
Un peu de douceur dans ce monde de brute, ça ne fait pas de mal. Que du contraire. Et cette lecture, sous ses faux airs de littérature SF Feel-Good est un concentré d’énergie positive et se révèle être un récit plus profond que ce que l’on pourrait penser de prime abord.

À une époque où tout le monde possède son androïde dernier cri, se retrouver avec un robot « vintage » dans son jardin ne ferait plaisir à personne.

À personne, vous êtes sûrs ? Parce que Ben, le loser de service, lui, est intrigué par ce petit bout de ferraille d’un mètre trente.

Le robot était assis sous le saule, les jambes étendues devant lui et le dos tourné à notre fenêtre. Des gouttelettes causées par la rosée d’automne parsemaient son corps métallique, ce qui donnait un curieux mélange, entre estampe japonaise et tas de ferraille.

Si, si, Ben est un loser de première catégorie ! Sans-emploi, vivant de l’héritage laissé par ses parents, laissant à sa femme avocate le soin de sortir les poubelles, de préparer à manger et pire, il peut passer toute sa journée en pyjama peignoir. Moi, à la place d’Amy, son épouse, je lui aurais arraché les yeux !

Une publicité chez nous disait à propos du Lotto « Six croix qui peuvent changer une vie » et bien, pour ce roman, on pourrait dire « Ce petit robot peut changer ta vie » car à la fin du roman, notre Ben pourrait, la main sur le coeur, dire « J’ai changé »…

Comment ne pas s’attacher à Tang, ce robot qui donne l’impression d’avoir été fabriqué à la va-vite, avec sa tête carrée posée sur un corps carré et ses petites réflexions, ces « pourquoi » posé sans cesse, comme un enfant, ces bouderies, ses petits mensonges…

Mais enfin, êtes-vous en train de vous dire, ce n’est qu’un tas de ferraille, ça ne pense pas, ça n’a pas de sentiments !!

Détrompez-vous, gens de peu de foi et de coeur ! Notre Tang, vu la première fois, donnerait l’impression de n’être que de la ferraille, mais moi, je l’ai trouvé plus vivant que certains humains, plus touchant, plus amusant, plus émouvant.

Le grand voyage qu’il va accomplir avec Ben, loser de son état, va être le plus grand voyage jamais réalisé par un loser anglais et leurs péripéties pourraient donner lieu à un roman… Suis-je bête, ils viennent de l’écrire puisque je viens de le lire d’une traite.

Oh, ce n’était sans doute pas le prochain Goncourt, certains pourraient dire que c’est trop too much, trop de bons sentiments, trop gentillet, et pourtant, moi je ne l’ai pas vu de la sorte, y voyant plus un récit sur la différence, sur l’acceptation de l’autre, sur des populations qui voient dans les androïdes ou les robots des simples machines et d’autres des êtres doués de raison, d’empathie, des êtres qu’il faut traiter avec respect.

J’ai vu aussi le légume Ben devenir un autre homme, changer, évoluer, apprendre à se démerder seul, commencer à apprécier Tang, à lui apprendre des choses, tandis que Tang évoluait lui aussi de son côté, même si parfois on avait l’impression d’être face à un enfant souffrant d’autisme ou face à un enfant capricieux.

Oui,  j’ai aimé leur voyage, leurs différentes rencontres, leurs relations, leur amitié.

Un roman qui fait du bien et qui se trouve être plus profond qu’on pourrait le croire. Une lecture rafraichissante et une bouffée d’oxygène bienvenue.

A ce stade, je dois avouer que je n’aurais jamais imaginer traverser les États-Unis a volant d’une Dodge Charger, en compagnie d’un robot vintage et d’un teckel radioactif. Mais la vie est pleine de surprises qu’il vaut mieux ne pas contester.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017),  « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017) et le Challenge British Mysteries chez My Lou Book.

Shibumi : Trevanian

Shibumi - Trevanian

Titre : Shibumi

Auteur : Trevanian
Édition : Gallmeister (2008) / Gallmeister (2016)

Résumé :
Nicholaï Hel est l’homme le plus recherché du monde. Né à Shanghai en plein chaos de la Première Guerre mondiale, fils d’une aristocrate russe et protégé d’un maître de Go japonais, il a survécu à la destruction d’Hiroshima pour en émerger comme l’assassin le plus doué de son époque.

Son secret réside dans sa détermination à atteindre une forme rare d’excellence personnelle: le shibumi.

Désormais retiré dans sa forteresse du Pays basque en compagnie de sa délicieuse maîtresse, Nicholaï accueille une jeune étrangère venue lui demander son aide.

II se retrouve alors traqué par une organisation internationale de terreur et d’anéantissement – la Mother Company – et doit se préparer à un ultime affrontement.

Petit Plus : Shibumi, le chef-d’œuvre de Trevanian, est un formidable roman d’espionnage et une critique acerbe de l’Amérique. Avec, toujours, l’intelligence et l’humour noir qui sont la marque de fabrique de cet auteur exceptionnel.

couv rivièreCritique :
— Shibumi est-il un grand roman ?
— Une vache lécherait-elle la femme de Loth ? Oui, par les couilles traitresses et perfides de Judas !

Bon, on va se calmer un peu, monsieur Le Cagot, Beñat de son prénom, même si dans le fonds, vous avez tout à fait raison !

Si vous voulez profiter pleinement de ce roman, faite abstraction de tout et immergez vous totalement dedans.

Car nous sommes face à 525 pages écrites avec une plume mordante, faites d’un habile mélange entre le roman d’espionnage et une critique acerbe de l’Amérique, tout en se  baladant de Washington au Pays basque en passant par la Chine et le Japon d’avant et d’après guerre.

Ma partie préférée reste celle du Japon d’avant guerre, durant la guerre et après. Là, j’ai bu du petit lait, du petit Jésus en culotte de velours, un café noir, sombre, intense qui m’a brûlé la langue pour mon plus grand plaisir.

Quant à la partie basque, elle est magique, un peu folle et le seul moment où j’ai un peu sauté des lignes, c’est avec l’exploration de la grotte.

Ce roman est une critique sociale des États-Unis, de sa société, de sa CIA, de son gouvernement, bref, tout le monde est rhabillé pour les 10 prochains hivers !

— Il est révélateur que le cow-boy soit le héros type de la culture américaine : un immigrant victorien brutal et sans éducation, issu de la masse rurale.

Nicholaï soupira. Il avait côtoyé la mentalité des militaires américains pendant deux ans et il n’arrivait toujours pas à comprendre leur propension à forcer les faits pour les faire rentrer dans des présomptions qui les arrangeaient.

La plume de l’auteur est dure, intransigeante, sans concessions aucune, mais terriblement vraie, hélas. Les Français, Japonais, et les Basques aussi en prendront pour leur grade, mais moins que les yankees et l’américanisme.

— Ils ont des agents de la Sûreté nationale qui surveillent toute la région, avec l’ordre de m’abattre à vue si je quitte les environs.
— Le seul charme de la Sûreté nationale est sa formidable incompétence.

— Ce ne sont pas les Américains qui m’irritent, c’est l’américanisme : une maladie de la société postindustrielle qui contaminera à leur tour chacune des nations les plus développées, et qui est appelée “américaine” uniquement parce que votre pays montre les symptômes les plus avancés de cette maladie, de même que l’on parle de grippe espagnole ou d’encéphalite japonaise du type B.

La CIA s’en prendra plein les dents aussi et l’auteur nous démontrera par A+B ce qui se passe comme conséquences lorsqu’on laisse ses émotions gouverner ses actes. La stupidité des uns déclencheront le feu du ciel…

Nicholaï Hel est un personnage que l’on devrait détester, c’est un assassin, un tueur à gage d’un niveau excellent, mais c’est impossible, on l’apprécie malgré tout. Son personnage est taillé au cordeau, bien décrit, avec ses zones d’ombres, ses pensées, ses certitudes, sa vision des américains et des japonais depuis l’invasion des mêmes américains.

Nikko excelle dans des tas de choses, d’ailleurs : que ce soit dans les techniques érotiques japonaises qu’il pratique avec sa maitresse Hana, la spéléologie qu’il pratique dans les grottes du pays Basque ou les langues qu’il parle (il parle couramment le russe, l’anglais, le français, le chinois et le japonais).

De plus, je lui ai trouvé des petites ressemblances avec Holmes, notamment lorsqu’il joint ses doigts devant ses lèvres.

Hel fit un signe de la tête et se pencha en avant, les mains jointes, l’index sur les lèvres.

Sans vouloir l’admettre, il avait réalisé que son intellect aiguisé par la technique du Go possédait les mêmes propriétés qu’un moteur électrique qui, lorsqu’il n’est pas en charge, tourne de plus en plus vite jusqu’à ce qu’il saute.

Les autres personnages qui gravitent dans le roman sont eux aussi bien esquissés, bien détaillés et certains sont même haut en couleur, notamment Beñat Le Cagot, l’ami basque de Nicholaï qui a une manière de jurer bien particulière, comme celle de répondre par des métaphores au lieu de dire « oui » tout simplement.

— Par les couilles sceptiques de saint Thomas ! Qu’est-ce qui se passe ici ?

— Si jamais tu m’as fait ça, Nikko, par les couilles épistolaires de saint Paul, je te casse la gueule, bien que cela me peine énormément car tu es un brave type en dépit de tes tristes origines.
Le Cagot était persuadé que tout homme ayant le malheur de ne pas être basque souffrait d’une malformation génétique tragique.

— Par les couilles rocheuses de saint Pierre, tu as l’âme d’un négrier, cria Le Cagot à Hel.

— Tout est prêt ?
— Le diable a-t-il des cornes ?

Voilà donc un roman qui n’a sans doute pas usurpé son titre de « le chef-d’œuvre de Trevanian ».

Il possède de l’intelligence, du suspense, de l’humour noir, une plume acide et mordante, des personnages bien travaillés (dont certains sont hilarants), une critique acerbe sur la société américaine, un dose d’espionnage, de meurtres, de jeu de Go, le tout en vous faisant voyager dans différents pays, à différentes époques, le tout pour une somme modique !

Ce roman a beau avoir été écrit vers la fin des années septante (soixante-dix), il n’en reste pas moins d’actualité !

Un roman puissant dont je suis contente de ne pas être passée à côté !

Étoile 4,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le  RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires, Une année avec Gallmeister : les 10 ans chez LeaTouchBook et « Le Mois Américain 2016 » chez Titine.

CHALLENGE AMÉRICAIN 2016 - Eagle+flag

CHALLENGE - Gallmeister 10 ans