Ecotopia : Ernest Callenbach

Titre : Ecotopia

Auteur : Ernest Callenbach
Édition : Folio SF (2021)
Édition Originale : Ecotopia
Traduction : Brice Matthieussent

Résumé :
Trois États de la côte ouest des États-Unis – la Californie, l’Oregon et l’État de Washington – décident de faire sécession et de construire, dans un isolement total, une société écologique radicale baptisée Écotopia.

Vingt ans après, l’heure est à la reprise des liaisons diplomatiques entre les deux pays. Pour la première fois, Écotopia ouvre ses frontières à un journaliste américain.

Au fil de ses articles envoyés au Times-Post, William Weston décrit tous les aspects de la société écotopienne : les femmes au pouvoir, l’autogestion, la décentralisation, les 20 heures de travail hebdomadaire, le recyclage systématique, le rapport à la nature, etc.

Quant à son journal intime, il révèle le parcours initiatique qui est le sien : d’abord sceptique, voire cynique, William Weston vit une profonde transformation intérieure. Son histoire d’amour intense avec une Écotopienne va le placer devant un dilemme crucial : choisir entre deux mondes.

Critique :
Certains auteurs (et autrices, n’oublions pas les femmes), arrivent à mettre le doigt, bien à l’avance, sur des phénomènes de société.

Que ce soit Orwell et la terrible dictature du Big Brother (1949), ou Katharine Burdekin, mettant en garde contre l’idéologie nazie (en 1937), ces personnes avaient un côté avant-gardiste.

Ils sont nombreux, mais je ne citerai que ces deux-là, sinon, ma chronique fera 10 pages.

Ernest Callenbach, lui, avant l’heure, parla d’écologie, de décroissance, sans pour autant que les gens qui la choisissent vivent comme des Amish (cfr votre président). Même s’il me serait difficile de vivre comme les gens d’Écotopia et non pas en raison du manque de technologies.

Non, non, ils possèdent des technologies, mais tout doit être réparable ! Bon, je possède deux mains gauches, mais ce qui me gênerais le plus dans cette société qui est tournée vers l’écologie, c’est la promiscuité entre les gens. J’ai tendance à être ours des cavernes et vivre avec tout un tas de personnes me dérangerais fortement. Idem pour l’amour libre.

Comme cela fait 20 ans que trois états ont fait sécession avec le reste de l’Amérique et que personne ne rien d’eux, on a envoyé le journaliste William Weston mener l’enquête. Comme moi, il est sceptique, il n’a rien du ravi de la crèche et cette société lui semble trop belle pour être vraie. Il sera impartial ! De plus, il est stéréotypé et rempli d’apriori.

Tout comme moi, s’il est resté froid au départ, ne voulant pas se réjouir trop vite de cette nouvelle société écologique, voulant, comme moi, des preuves que tout cela est génial, il s’est peu à peu laissé gagner par Écotopia et son côté égalitaire pour les hommes et les femmes, l’acceptation de l’homosexualité et son anticapitalisme.

Moi aussi je me suis laissée doucement séduire, parce que j’y ai trouvé des bonnes idées qui étaient novatrices et que vu où nous en sommes, si on ne braque pas direct, on va se prendre le mur (qu’on se prend déjà dans la gueule).

Par contre, là où le bât a blessé, c’est dans la manière narrative : le ton est plat, il ne se passe pas grand-chose, notre journaliste découvrant, peu à peu, tout ce qui fait cette nouvelle société (éducation, temps de travail, chasse, énergies, société, sexe…), qui, par certains de ses comportements, pourrait faire penser à une bande d’hippies.

Bon, au lieu de kèter (mot wallon) et de nous raconter ses nuits agitées, j’aurais préféré que William Weston nous dévoile autrement Écotopia. Le cul, c’est bien, mais à force de lire ses parties de jambes en l’air, ça devient lassant.

Bizarrement, notre journaliste a commencé à s’ouvrir à la société écotopienne quand il a pu se vider autrement qu’à la force du poignet… Cela mériterait bien une enquête.

Malgré tout, par bien des innovations, cette société était en avance sur son temps et très écologique (recyclage des déchets, agriculture sans pesticides, zéro voiture,…) et le récit, même s’il manque de chaleur, n’en reste pas moins intéressant, même s’il n’est pas toujours facile à lire. Disons que le récit est exigeant, sans pour autant qu’il soit nécessaire d’être écolo ou d’avoir fait ingénieur.

Bien qu’il comporte quelques longueurs, que le style narratif du journaliste se fasse sur un ton assez froid, ce roman SF dystopique n’en reste pas moins intéressant, surtout à notre époque où tout bascule. Déjà, lors de sa publication en 75, il était novateur, puisque situé juste après le choc pétrolier.

L’univers mis en place n’est pas chimérique, ni le pays des Bisounours, que du contraire, il est réaliste.

Peut-être plus tout à fait en 2022 (où Internet et les smartphones sont rois), et pourtant, une grande partie des préceptes mis en place à Écotopia pourraient fonctionner de nos jours, mais pas sûr que la majorité ait envie de s’y plier.

Une dystopie intéressante à découvrir, malgré le fait qu’il n’y ait pas vraiment d’intrigue.

Le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

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Minuit à Atlanta : Thomas Mullen

Titre : Minuit à Atlanta

Auteur : Thomas Mullen
Édition : Rivages Noir (05/05/2021)
Édition Originale : Midnight Atlanta (2021)
Traduction : Pierre Bondil

Résumé :
Après le succès de Darktown et Temps noirs, voici le troisième opus d’une saga criminelle qui explore les tensions raciales au début du mouvement des droits civiques.

Atlanta, 1956. L’ex-agent de police nègre Tommy Smith a démissionné pour rejoindre le principal journal noir d’Atlanta en tant que reporter. Mais alors que le Atlanta Daily Times couvrait le boycott organisé par Rosa Parks à Montgomery, son directeur est retrouvé mort dans son bureau, et sa femme injustement accusée d’assassinat par la police. Qui pourrait en avoir après le principal patron de presse noir d’Atlanta ?

Et qui était-il vraiment ? FBI, flics racistes, agents Pinkerton, citoyens opposés à la déségrégation : beaucoup de monde, en vérité, semble s’intéresser à cette affaire d’un peu trop près.

Critique :
♫ One night in Atlanta makes a humble man hard ♪ (1)

Une nuit dans le quartier de Darktown (Atlanta) pourrait rendre un homme humble, dur. Car la vie dans le quartier pauvre n’est pas facile.

Les habitants, Noirs, doivent se battre tous les jours contre les injustices, les non-droits, les brimades des Blancs, les manques de moyens des écoles…

Lorsque tu penses que cela va aller mieux, les Blancs en rajoutent une couche pour que les Noirs restent bien à leur place, loin d’eux. Bref, la vie n’est pas simple.

Les deux romans précédents étaient consacrés à notre duo de flics Noirs, Lucius Boggs et Tommy Smith. Ce dernier a démissionné de la police afin de rejoindre l’ Atlanta Daily Times, principal journal noir d’Atlanta. Peut-être qu’en tant que reporter, il pourra faire évoluer certaines mentalités, dénoncer des injustices…

Cela m’a fait drôle de ne plus avoir Smith aux côtés de Boggs. J’aimais leur duo, diamétralement opposé et qui fonctionnait pourtant bien, avec ses hauts et ses bas. Heureusement, Tommy n’a pas oublié ses anciens réflexes de flic et lorsque son boss, Arthur Bishop, se fait assassiner dans son bureau, il va mener l’enquête et découvrir des choses…

Une fois de plus, l’auteur frappe en grand coup avec ce roman noir, bien que différents des autres. Nous aurons toujours des entrées dans le poste des policiers Noirs, nous suivrons l’enquête de leur lieutenant, mais nous passerons plus de temps avec le journaliste Smith et dans l’enceinte de son journal.

C’est une page d’histoire que l’auteur nous ouvre, sortant les squelettes des placards, la pourriture des pages américaines, avec le racisme, la ségrégation, l’absence de droits pour la population Noire.

Un vent de révolte souffle sur l’Amérique, les temps changent, ou veulent changer. À Montgomery, les Noirs boycottent les bus, Rosa Parks a refusé de céder sa place à un Blanc, on parle de déségrégation dans les établissements scolaires, que des Noirs pourraient aller étudier dans les écoles des Blancs. Et ça, les Blancs n’en veulent pas.

La décision de supprimer la ségrégation dans les établissements scolaires avait initialement abasourdi les Blancs, …Maintenant, le Sud blanc se mobilisait avec fébrilité. Les nouveaux Conseils de citoyens blancs organisaient des rassemblements, rédigeaient des lettres et mettaient un point d’honneur à châtier financièrement les Noirs qui disaient ou faisaient quelque chose pour favoriser l’accès aux droits civiques.

Il est à noter que les termes utilisés par certains personnages pour parler des Afro-américains est le « N word », ce qui pourrait choquer les adeptes de la cancel culture ou tout autre personne qui ne veut pas entendre, qui ne veut pas savoir. Le mot est choquant, bien entendu, mais en 1956, si les Blancs avaient utilisé le terme politiquement correct, ce serait un putain d’anachronisme !

Ce roman met aussi en lumière les difficultés pour des Blancs de fréquenter des Noirs (et vice-versa), ce qui était hyper super mal vu à l’époque. Joe McInnis, le lieutenant Blanc, responsable des policiers Noirs, en sait quelque chose. Ce troisième opus le met un peu plus en avant.

Lui n’utilise pas les vilains mots pour désigner les Noirs, mais il est sans cesse sur la corde raide. Ses policiers Noirs voient en lui un Blanc et les Blancs voient en lui un ami des Noirs (ils utilisent l’autre mot, bien entendu). Il n’est pas facile d’être le seul face aux autres. Comme le disait Dumbledore « Il faut du courage pour affronter ses ennemis mais il en faut encore plus pour affronter ses amis ».

Personne n’est atteint de manichéisme, dans ce roman sombre, tout le monde évolue comme il le peut, dans un monde où l’injustice règne en maître, ou les Blancs ne veulent pas perdre leur hégémonie, partager leur ville ou leurs écoles avec des Noirs et où ces derniers ne demandent pas grand-chose, juste d’avoir des conditions décentes de vie.

Sans jamais sombrer dans le pathos, l’écriture de Thomas Mullen est trempée dans l’acide, sa plume est une épée qui tranche mieux que le fil affuté d’un poignard.

Il dénonce, sans pour autant que les procès soient à charges, mais il ne se prive pas de dénoncer la laideur de la société américaine des années 50 (et même de l’après Première Guerre Mondiale où on lynchait des soldats Noirs vétérans de la Grande Guerre).

L’enquête est complexe, aura des ramifications un peu partout et nos enquêteurs auront bien du mal à trouver le coupable du meurtre et à mener des investigations alors que les flics Blancs ont déjà bétonné le dossier en accusant une possible innocente. Il faudra rester concentré sur sa lecture.

Un roman noir décrivant une période encore plus sombre, mais ô combien réaliste. Une trilogie explosive, que j’ai lue avec grand plaisir, même si j’avais les sangs qui bouillonnaient.

(1) One night in Bangkok de Murray Head – après une mini transformation

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°49] et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

A fake story : Laurent Galandon et Jean-Denis Pendanx

Titre : A fake story

Scénariste : Laurent Galandon
Dessinateur : Jean-Denis Pendanx

Édition : Futuropolis (13/01/2021)

Résumé :
Le 30 octobre 1938, Orson Welles met en ondes, sur CBS, la Guerre des mondes de H. G. Wells, racontant l’attaque de la Terre par des extra-terrestres. C’est la panique ! « Une fausse guerre terrifie tout le pays », titrent les quotidiens du lendemain.

Dans le récit de Laurent Galandon, afin « d’échapper au massacre des Martiens », un homme tue sa femme et tire sur son fils avant de se suicider. Un ancien journaliste vedette de CBS, Douglas Burroughs, va mener l’enquête.

Il en fera un livre. A Fake Story pose la question du vrai et du faux avec un art consommé, dans une enquête policière réjouissante.

Critique :
Souvenez-vous, c’était le 30 octobre 1938… Hier, en fait !

Orson Welles mettait en ondes, sur CBS, « La Guerre des mondes » de H. G. Wells, racontant l’attaque de la Terre par des extra-terrestres venant de la planète Mars (pas la planète Twix !).

La légende dit que cette pièce radiophonique avait créé la panique chez les gens écoutant la radio, provoquant des mouvements de panique.

Une Fake News tellement bien mise en scène que tout le monde avait marché à fond.

Comment est-ce possible ? Avant de rire d’eux, il faut se remettre dans le contexte de l’époque, celui où la radio commençait et où tout le monde n’en était pas équipé. En écoutant Orson Welles raconter l’invasion des Martiens, je comprend que les gens aient paniqué.

D’ailleurs, je me souviens que chez nous, la RTBF (chaîne nationale de télé) avait fait de même, un 13 décembre 2006, avec un reportage intitulé « Bye Bye Belgium » qui campait le tableau de la scission du plat pays et les conséquences dramatiques qui s’ensuivraient brutalement, du jour au lendemain.

Au bas de l’écran, une mention que bien des téléspectateurs n’avaient pas remarquée : « Ceci n’est peut-être pas une fiction ». Nous avions marché comme un seul Homme et tremblé dans nos chaumières.

Cet album est réalisé avec des aquarelles aux tons assez doux et il va nous conter, brillamment, l’enquête que Douglas Burroughs, ancien journaliste, mandaté par la radio CBS, va mener après qu’un homme ait tué sa femme et tiré sur son fils avant de se suicider, au motif qu’il ne voulait pas que les martiens tuent sa famille. Le fils survivra, il est entre la vie et la mort.

Que s’est-il passé, doudou dis donc ? La radio et Orson Welles sont-ils en cause ?

En 96 pages, tout sera dit, tout sera expliqué, aussi bien l’affaire dans son entier, que le développement des personnages, les fausses pistes,…

Les personnages sont crédibles, dans leurs pensées, leurs réflexions (racisme), leurs actions et l’enquête ne manque pas de suspense, de mystères, de retournements et j’ai été surprise par la fin, même si j’avais eu des soupçons.

Et puis, bardaf, je me suis faite avoir moi aussi !

Excellent, cette petite histoire dans la grande Histoire, cette petite fiction dans la grande Fiction, cette mise en abyme qui permet aux auteurs de nous raconter cette enquête qui servira aussi de prétexte à nous parler de l’Amérique profonde, raciste, ségrégationniste et fortement bigote.

Une bande dessinée réussie à tous les points de vue et une enquête menée de main de maître.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°130], Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°12] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 98 pages).

De mort lente : Michaël Mention

Titre : De mort lente

Auteur : Michaël Mention
Édition : Stéphane Marsan (11/03/2020)

Résumé :
Ils sont partout, mais c’est un secret bien gardé. Dans votre nourriture, vos meubles, les jouets de vos enfants. Vous êtes empoisonné, mais vous ne le savez pas encore. Tant que leur degré de toxicité ne sera pas démontré, les perturbateurs endocriniens continueront de se répandre dans notre quotidien.

Il n’y a encore pas si longtemps, Marie, Nabil et leur fils étaient heureux. Philippe était un éminent scientifique. Franck était un journaliste réputé. Désormais, ils sont tous des victimes. Aucun d’eux n’est de taille à lutter contre le puissant lobby de l’industrie chimique. Tout ce qu’ils exigent, ce sont des réponses. Mais ils posent des questions de plus en plus gênantes…

C’est le début d’une guerre sans pitié, de Paris à Bruxelles, de la Bourse à la Commission européenne, où s’affrontent santé publique et intérêts privés.

Critique :
J’imagine bien un Top Chef où on demanderait aux candidats d’épicer leurs plats à grands coups de perturbateurs endocriniens, de rajouter un peu de PCB (polychlorobiphényles) pour le goût et de ne pas oublier d’assaisonner le tout avec une touche de bisphénol A…

Plus envie de saliver devant les plats ?

Et pourtant, nous bouffons ces saloperies sans même le savoir…

Des trucs qui ne nous disent rien car nommés PFC, PCB, BPA, PBDE, APE,…

Oui, vu d’ici, on dirait ma nièce de 6 mois qui babille… Il n’en est rien.

Si je devais chanter pour résumer le roman de Michaël Mention, je vous proposerais bien du Jacques Dutronc avec du ♫ On nous cache tout, on nous dit rien ♪

Mais au final, ce sera Nolwenn avec ♫ Glacée, oh, oh, glacée ♪ (on change un peu son « cassée »).

Oui, ce roman m’a glacée. Normal, on parle de perturbateurs endocriniens (des substances capables d’interférer avec notre système hormonal), ces petits tueurs que l’on ne voit pas, que Hercule Poirot ne saurait démasquer et qui nous tuent à petit feu.

Nous mourons de mort lente, mais tout va très bien madame la marquise.

Déjà que tous les mercredis, le « Conflit de Canard » (du Canard Enchaîné) me donne des sueurs froides, mais ici, ce fut pire : sueurs froides et mains moites.

Les manœuvres perfides des lobbys, véritables gangs aussi puissants qu’une mafia; la lenteur du système; les scientifiques qui mangent à tous les râteliers; la presse qui est subsidiée ou qui appartient à des grands patrons d’industries, qui n’est plus indépendante, tant elle est à la merci de l’argent des campagnes de pubs; certaines maladies qui augmentent, dans indifférence totale…

Tout comme moi, quelques personnages du roman morflaient déjà sévèrement (Nabil, Marie, Léonard, Franck, Philippe) dans le roman, mais ce qui m’a glacé plus que tout, ce furent les campagnes de bashing que durent subir certains personnages.

La pire des choses, surtout à l’heure des réseaux sociaux qui s’enflamment très vite, où tout se partage encore plus vite, tout le monde oubliant la présomption d’innocence et où l’on mise sur les émotions des gens et non sur leurs réflexions.

Propagande, tu n’as pas fini de vivre et d’enfler. C’est aussi dévastateur qu’une exécution musclée du gang des MS-13, le sang en moins. Après, on ne s’en relève jamais tout à fait.

Le roman de Michaël Mention parle d’un sujet difficile, que personne n’a envie de lire parce que la politique de l’autruche est plus simple et que de toute façon, après moi, les mouches…

Et pourtant, même avec un sujet rébarbatif au possible, l’auteur arrive à nous faire vibrer, à nous instruire, à nous faire peur, à nous faire vivre ce combat perdu d’avance entre David le citoyen lambda et Goliath, la grosse industrie qui se la joue comme un gang.

Les personnages font beaucoup, on s’y attache, on vibre avec eux, on s’insurge à leurs côtés, on vocifère, on a envie de hurler que « Putain, c’est trop injuste » et de dégommer certains méchants, qui sont réussis eux aussi, même s’ils sont toujours dans l’ombre et qui envoient leurs « hommes » faire le sale boulot.

C’est d’un réalisme saisissant, quasi un reportage journalistique, sauf que ce reportage est romancé pour faciliter son ingestion. Ne comptez pas le digérer, c’est de notre santé et de notre vie qu’il en est. Une fois de plus, l’auteur me marque au fer rouge.

L’écriture de Michaël Mention me plait toujours autant, elle est reconnaissable entre toutes, c’est sa patte : jamais barbante, toujours intéressante, brassant large, tapant sous la ceinture et tout le monde en prendra pour son grade dans notre société.

Comme quoi, on peut instruire les lecteurs sans les noyer sous les informations, les pousser à s’interroger, les entraîner dans une histoire glaçante, aux côtés de personnages qui, comme nous, vont en baver.

Des romans glaçants, j’en ai lu beaucoup. Même des plus horribles que celui-ci, de ceux qui ont terminé dans mon freezer, car trop éprouvant à lire.

La seule différence, c’est qu’ils se déroulaient loin de chez moi, soit dans des autres pays, soit dans une autre époque. Ça m’avait remué les tripes, mais je me sentais protégée par la distance ou le temps.

Ici, je ne puis me protéger, je suis dedans jusqu’au cou… Et vous aussi. Glaçant. Dérangeant. Angoissant. Du grand art.

Bon appétit, s’il nous en reste.

PS : Michaël, désolée, mais vu ce que tu as osé faire à Starsky, tu viens d’intégrer ma kill-list, aux côtés d’Olivier Norek (son utilisation du micro-onde n’est toujours pas pardonnée) et de Bernard Minier (la scène de « Glacé » dans la montagne n’est toujours pas digérée non plus). Il est des choses qui ne se font pas, même dans un roman.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lectures N°01].

Pour mourir (lentement) moins bête… Mais on mourra quand même.

  • PFC (composés perfluorés) : s’accumulent dans les êtres vivants, causant des problèmes de développement et de la reproduction ainsi que des troubles du métabolisme. Ils sont cancérigènes et agissent sur les hormones thyroïdiennes.
  • PCB (polychlorobiphényles) : ils sont toxiques, écotoxiques et reprotoxiques (y compris à faible dose en tant que perturbateurs endocriniens). Ils sont classés comme cancérogènes probables.
  • BPA (bisphénol A) : Son écotoxicité est encore en débat, mais en juin 2017, après que le Canada l’a classé comme reprotoxique, le comité des États-membres de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a classé à l’unanimité le bisphénol A parmi les substances extrêmement préoccupantes du règlement REACh, en tant que perturbateur endocrinien.
  • PBDE (polybromodiphényléthers) : ils sont une suite de 209 produits chimiques bromés différents, dont certains sont ou ont été utilisés pour ignifuger les matières plastiques et les textiles. Ils ont aussi été utilisés à haute dose dans les années 1970 et 1980 pour l’extraction pétrolière. Plusieurs de leurs propriétés physiques rendent les composés de cette famille dangereux.
  • APE (éthoxyates d’alkylphénol) : En tant que composés xénobiotiques (c’est-à-dire en tant que molécule artificielle introduite dans l’environnement) ils sont considérés comme étant des perturbateurs endocriniens.

Les aventures de Tintin – Tome 07 – L’île Noire : Hergé

Titre : Les aventures de Tintin – Tome 07 – L’Île Noire

Scénariste : Hergé
Dessinateur : Hergé

Édition : Casterman (1965)

Résumé :
En se promenant dans la campagne avec son chien Milou, Tintin est blessé par de mystérieux aviateurs tombés en panne.

Ses amis les détectives Dupond et Dupont lui rendent visite à l’hôpital et se renseignent sur l’avion suspect, qui s’est finalement écrasé à Eastdown, dans le Sussex en Angleterre.

Après leur départ, Tintin décide de retrouver lui-même la piste de ses agresseurs.

Critique :
La dernière fois que j’ai lu un Tintin, c’était il y a…. Trèèèès longtemps !

Autant où j’aimais ses aventures lorsque j’étais gosse, en grandissant, j’ai commencé à trouver Tintin trop lisse alors que ce n’est jamais arrivé avec le capitaine Haddock…

Loin de ma chronique les polémiques ou des scandales qui entourent certains des albums d’Hergé ou de sa personne, je les connais mais je ne vais pas brûler mes bédés pour autant.

Je ne le fais pas pour tous, mais ici, je vais séparer l’oeuvre de l’auteur.

Si j’ai ressorti de ma biblio cet album, c’est avant tout parce que je l’ai toujours bien aimé et qu’en plus, il se déroulait en très grande partie en Angleterre.

De plus, mes albums Tintin sont des madeleines de Proust qui me rappellent mon grand-père maternel, ce pauvre homme à qui je demandais sans cesse de me lire mes bédés (à 5 ans, je ne lisais pas encore !).

Malgré les années qui avaient passées, les souvenirs de cet album étaient toujours vivaces et en tournant les premières pages, des tas de détails me sont revenus en mémoire.

Enfant, je trouvais la couverture fascinante, pleine de mystères, de promesses d’aventures et sans aucun doute, de frissons (et pas que sous le kilt de Tintin, mais ça, c’est une pensée d’adulte), d’angoisses avec ce château entouré d’oiseaux et perché sur un promontoire rocheux.

Je la trouve toujours géniale, même si les angoisses seront inexistantes en tant qu’adulte.

L’humour est présent, mais de manière grossière avec des éclaboussures, des glissades, Milou qui adore le whisky Loch Lomond, l’os que Milou ramène tout le temps, les Dupont-Dupond et leurs conneries habituelles,…

Pas de quoi se rouler au sol mais à l’âge de 5 ans, ça devait me faire pisser de rire l’eau qui sort du tuyau et arrose le pompier. Entre nous, j’ai souri devant certains gags, preuve que j’ai gardé une âme d’enfant.

Verdict ? Si la magie n’est plus la même, cet album marche toujours et rempli son rôle d’envoyer le lecteur/trice dans une aventure folle, dans une enquête qui nous fera traverser la Manche pour aller chez nos voisins anglais, qui, miracle, parlent à Tintin en français !

Milou ajoute une touche d’humour bon enfant, nous avertit même des dangers de la consommation d’alcool et sur l’addiction à laquelle il mène, sans compter l’air débile que l’on a quand on a bu.

Les méchants ne sont pas très profonds, mais ils ont la tronche de l’emploi, comme la plupart des méchants dans les bédés de cette époque. De toute façon, le Bien triomphe toujours et notre vieil écossais nous l’avait bien dit…

Le monstre présent dans le château n’était pas Nessie, bien entendu, Hergé ayant détourné une partie de la légende pour l’adapter à son album. Mais si quelqu’un pouvait m’expliquer QUI a fait le bandage du bras de la bête, ça me ferait plaisir car ça reste un mystère.

Pourrait-on aussi dire aux malfrats de ne jamais laisser traîner une liste avec tous les noms et adresses des complices, aussi ? Purée, ça ne m’étonne pas qu’ils se soient laissé démanteler par le reporter belge, bêtes comme ils étaient !

Si cette aventure, dessinée en « ligne claire », ne révolutionne pas le monde, elle diverti tout de même celui ou celle qui la lira avec son regard d’enfant, mettant de côté les incohérences ou les facilités avec lesquelles Tintin résout toute cette sombre affaire.

Une lecture en mode *souvenirs, souvenirs*. On ne pourra jamais m’enlever cette partie merveilleuse de mon enfance, quoi qu’on dise sur l’auteur et quoi qu’il ait fait de « pas net ».

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°242, Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°11] et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

 

Spirou et Fantasio – Tome 7 – Le Dictateur et le champignon : André Franquin

Titre : Spirou et Fantasio – Tome 7 – Le Dictateur et le champignon

Scénaristes : André Franquin & Maurice Rosy
Dessinateur : André Franquin

Édition : Dupuis (1956)

Résumé :
Le Marsupilami serait bien mieux en Palombie. Spirou décide de l’y renvoyer. Arrivé sur place, il constate que Zantafio y a installé une dictature.

Critique :
— Ouvrez vos atlas, bande de cancre, et trouvez-moi la Palombie dessus ! Mais si, ça existe la Palombie ! Non, bande de moules, elle n’est pas voisine du royaume de Syldavie ! La Syldavie est dans les Balkans, nom de Zeus, Marty. Comme vous séchez, je vous donne un premier indice : Amérique du Sud !

Lorsque j’étais gamine et que je relisais cet album (j’ai commencé jeune), je riais toujours des facéties du Marsupilami avec la bonbonne de Métomol, faisant fondre tous les métaux dans la petite ville de Champignac.

Hurlant de rire devant les bêtises du même Marsupilami lors de leur traversée vers la Palombie, pour aller le relâcher dans la forêt vierge et je repartais de plus belle avec la seconde partie du voyage, en avion…

Fantasio avec son caractère soupe au lait est un bon client pour faire démarrer les gags, lui qui s’emporte toujours, entraînant Spirou dans les bagarres, malgré lui.

Je riais des discours alambiqués du maire et de toutes les situations cocasses, dont celle faites par le dictateur qui, après un attentat à la bombe, demandais au directeur de la sécurité de faire emprisonner des tas de gens, dont le directeur de la sécurité même !

C’est une aventure avez du rythme, de l’action, et des gags. Publié avant dans l’hebdo Spirou, les dessinateurs/scénaristes se devaient de terminer les pages avec un brin de suspense pour que le lecteur revienne la semaine suivante.

Donc, on ne s’emmerde pas et on sourit beaucoup, même si les sourires sont jaunes, car depuis, j’ai bien grandi et je sais maintenant que les dictatures ne sont pas des trucs drôles comme celle de Palombie…

En poussant la réflexion à son paroxysme, il est clair que les gags de Franquin dénoncent les régimes autoritaires avec les ambitions folles du chef suprême, ses discours où toute la ville se doit d’assister, d’applaudir, de crier « viva Zantas », où la liberté de la presse n’existe pas, où les gens sont pauvres et sous la coupe d’un taré qui ne rêve que d’attaquer le pays voisin, quitte à mettre en scène des problèmes à la frontière.

Tout ça, je ne le voyais pas quand n’étais gosse. Je ne comprenais pas non plus que les mimiques exécutées par le dictateur Zantas lors de son discours avaient été copiées sur celle de Chaplin dans le film « Le dictateur », elles mêmes copiées du triste sire moustachu…

Comme quoi, sous couvert de l’humour, des gags amusant, Franquin dénonçait le régime des dictatures et moi, enfant, je ne le comprenais pas vraiment… Il a fallu que je grandisse pour redécouvrir une partie des albums avec un autre œil.

Oui, je ris toujours, mais dans le fond, quand je referme l’album, j’ai un petit serrement au cœur, les tripes qui se nouent et les mains un peu moites.

Un bel album où Spirou et Fantasio auront fort à faire pour empêcher l’invasion du pays voisin, jouer les agents doubles, faire preuve de duplicité afin d’être convaincant dans leurs rôles de colonels de l’armée et devront affronter cette même armée avec la dernière invention de Champignac, le tout sans faire de victimes !

Le Métomol, une super invention !

Avec tout ça, on en oublierait presque de déposer le Marsupilami dans la forêt vierge, tout content de retrouver son environnement, sous les yeux tristes de Spip qui voit son copain de jeu s’en aller.

Ça m’arrachait une larme, gamine, mais la dernière case me remontait toujours le moral.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°229, le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 17] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°07].

 

Mala vida : Marc Fernandez

Titre :Mala vida

Auteur : Marc Fernandez
Édition : Préludes (2015) / Le Livre de Poche (08/03/2017)

Résumé :
De nos jours en Espagne. La droite dure vient de remporter les élections après douze ans de pouvoir socialiste. Une majorité absolue pour les nostalgiques de Franco, dans un pays à la mémoire courte.

Au milieu de ce renversement, une série de meurtre est perpétrée, de Madrid à Barcelone en passant par Valence.

Les victimes : un homme politique, un notaire, un médecin, un banquier et une religieuse. Rien se semble apparemment relier ces crimes.

Sur fond de crise économique, mais aussi de retour à un certain ordre moral, un journaliste radio spécialisé en affaires criminelles, Diego Martin, tente de garder la tête hors de l’eau malgré la purge médiatique.

Lorsqu’il s’intéresse au premier meurtre, il ne se doute pas que son enquête va le mener bien plus loins qu’un simple fait divers, au plus près d’un scandale national qui perdure depuis des années, celui dit des « bébés volés » de la dictature franquiste.

Quand un spécialiste du polar mêle petite et grande histoire sur fond de vendetta, le résultat détonne et secoue.

Marc Fernandez signe ici un récit sombre et haletant qui nous dévoile les secrets les plus honteux de l’ère Franco, dont les stigmates sont encore visibles aujourd’hui. Un premier roman noir qui se lit comme un règlement de comptes avec la côté le plus obscur de l’Espagne.

Critique :
Si je devais qualifier ce roman en peu de mot, je dirais qu’il est glaçant et addictif.

L’Espagne se réveille avec la gueule de bois car la Droite Dure a gagné les élections et remis la Gauche Molle dans les cordes.

L’AMP est au pouvoir et ici, ça ne signifie pas Agence et Messagerie de la Presse.

On entre dans une ère sombre car les nostalgiques de Franco sont toujours là et prêt à faire revivre les grandes heures du caudillo.

Les peuples ont toujours la mémoire courte ou alors, ils ne retiennent jamais que le « bon » côté de la chose, comme cette dame d’origine espagnole qui me dit, un jour, qu’au moins, sous Franco, personne n’aurait osé te voler ta bouteille de lait sur ton perron.

Les morts apprécieront, les disparus encore plus, quand aux torturés, ça leur fera une belle jambe de savoir qu’on n’aurait jamais osé leur piquer leur bouteille de lait. Quand je vous dis que certains ont la mémoire courte (et les idées encore plus rabotées).

Un qui n’a pas la mémoire courte, ni sa langue en poche, c’est Diego Martín, journaliste à Radio Uno qui aime piquer là où il faut, profitant de son émission pour égratigner le pouvoir en place et parler des injustices commises. Il a des cojones et préfère enquêter longuement afin d’être sûr de son info que de sauter directement dessus, comme le font les médias de nos jours.

Ceci est un roman policier noir et politique où le nom de l’assassin est connu directement. Pas besoin de chercher si c’est le colonel Moutarde ou le professeur Olive qui a assassiné l’élu de Droite, on a directement son prénom et ensuite, on fait le lien entre l’assassin et un personnage qui entre en scène.

Il nous manque juste le mobile, mais puisque les assassinés ont tout de la crapule, personne ne les pleurera. Quant au mobile, sans avoir fait des hautes études en science criminelle, on le trouvera assez vite, en déduisant sans se faire mal aux neurones.

En fait, dans ce roman, ce n’est pas vraiment l’identité de l’assassin qui nous importe mais l’autre enquête, celle sur les bébés volés et vendus à d’autres parents, des braves gens qui n’avaient rien de Rouge ou d’opposants au régime…

Choquant et révoltant de se dire que des êtres humains (??) ont trouvé cette idée brillante et que ce ne fut pas quelques bébés qui furent volés mais des milliers, la loi d’amnistie faite après le décès de Franco ayant enterré ces dossiers brûlants et rendu le sujet hautement tabou.

Et moi qui pensais qu’il n’y avait eu ce genre de pratiques horribles qu’en Argentine… Djézus, je dois encore avoir un fond de petite fille naïve, il était plus que temps de me coller deux baffes et de m’expliquer violemment que ces horreurs avaient eu lieu aussi en Espagne, sous Franco et après Franco… Froid dans le dos, je vous dis.

Un journaliste qui a des cojones, un procureur qui en a aussi et Ana, une ancienne prostituée transsexuelle devenue détective privée (qui a en a eu avant). Un trio couillu, qui marche bien ensemble, sorte de groupe d’incorruptibles, dont Ana est le personnage le plus attachant.

Le roman est captivant, difficile à lâcher, tout en étant glaçant. L’auteur nous livre une enquête bien ficelée, prenante, historique, bien documentée

Mon seul petit bémol sera pour la personne qui assassine, pas super crédible dans son rôle (personnage trop parfait), mais comme je vous l’ai dit, la résolution des crimes est accessoire, elle ne sert qu’à lancer Le sujet puisque ce sera une passerelle entre les affaires de meurtres et les enfants volés.

Le comportement du journaliste, Diego Martín, m’a surprise à la fin. Que l’identité de l’assassin lui fasse un coup, je peux comprendre, mais c’est lui qui avait lancé cette théorie, les flics étant toujours dans le noir total. Par contre, qu’il nous la joue boudeur, choqué, horrifié, là, je tique un peu, même si se faire justice sois-même est interdit et dangereux, sa réaction est anormale. Mais bon…

Un voyage glaçant sur les flots houleux des quartiers madrilènes, dans une Espagne qui a mis la barre sur Tribord dure (droite), avec les nostalgiques de Franco qui hissent les voiles pendant que ceux qui sont à voile et à vapeur serrent les fesses, dans cette galère où tout ce qui n’est pas « espagnol catho pur » est jeté par-dessus bord.

Et puisqu’un jour, un capitaine a décidé qu’il fallait amnistier tous les coupables qui ont profité de la dictature, afin de repartir sur le bon pied, il est clair que sortir une affaire aussi explosive des cales poussiéreuses de l’Histoire, ça risque d’amener des mutineries.

Un super roman policier, plus que noir que policier, glaçant. Une leçon d’Histoire afin de ne pas oublier (ou d’apprendre), le tout porté par des personnages sommes toute un peu stéréotypés (sorte de Chevaliers Blancs) mais attachants.

♫ Tu me estas dando mala vida
yo pronto me voy a escapar ♪

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°224 et le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 12].

Jours barbares : William Finnegan

Titre : Jours barbares

Auteur : William Finnegan
Édition : du sous-sol (16/03/2017) / Points (2018)
Édition Originale : Barbarian Days (2015)
Traduction : Frank Reichert

Résumé :
Le surf ressemble à un sport, un passe-temps. Pour ses initiés, c’est bien plus : une addiction merveilleuse, une initiation exigeante, un art de vivre.

Élevé en Californie et à Hawaï, William Finnegan a commencé le surf enfant. Après l’université, il a traqué les vagues aux quatre coins du monde, errant des îles Fidji à l’Indonésie, des plages bondées de Los Angeles aux déserts australiens, des townships de Johannesburg aux falaises de l’île de Madère.

D’un gamin aventureux, passionné de littérature, il devint un écrivain, un reporter de guerre pour le New Yorker.

À travers ses mémoires, il dépeint une vie à contre-courant, à la recherche d’une autre voie, au-delà des canons de la réussite, de l’argent et du carriérisme ; et avec une infinie pudeur se dessine le portrait d’un homme qui aura trouvé dans son rapport à l’océan une échappatoire au monde et une source constante d’émerveillement.

Ode à l’enfance, à l’amitié et à la famille, Jours Barbares formule une éthique de vie, entre le paradis et l’enfer des vagues, où l’océan apparaît toujours comme un purgatoire.

Un livre rare dont on ne ressort pas tout à fait indemne, entre Hell’s Angels de Hunter S. Thompson et Into The Wild de Jon Krakauer.

Critique :
Si tenir debout sur une planche de surf au milieu des vagues ou des tempêtes est une belle métaphore de nos vie, j’aurais dû penser à me munir d’un gilet de sauvetage car je me suis noyée à la moitié du livre.

Le surf n’est pas un sport que je pratique (déjà que je ne tiens pas super bien sur un skate) mais puisque d’autres l’avaient lu et apprécié et que ces derniers n’étaient que des surfeurs du web, je m’étais dit que moi aussi j’allais aller taquiner les vagues.

Si au départ la mer était joueuse et que j’avançais bien, à un moment, c’est comme si on avait relié une ancre à ma planche, comme si je ramais à contre-courant : plus rien n’avançait et les pages se tournaient doucement, trèèèès doucement…

Alors que je me devais d’être vigilante, je piquais du nez en plein océan !

Tant que l’auteur me parlait de sa jeunesse, à Hawaï, fin des années 50, tout allait bien et même si les termes utilisés dans le surf étaient présents en masse, j’étais tout de même captivée par ces jeunes qui étaient prêt à tout pour surfer sur les vagues, à tout moment.

Ce n’est pas la première fois que je bois la tasse avec un roman, le plus chiant est que ce roman faisait partie de ma PAL Pedigree, celle des champions, celle qui se compose de livres que je veux absolument lire, ceux qui sont les plus susceptibles de me procurer des coups de coeur.

Loupé !

Spirou et Fantasio – Tome 10 – Les Pirates du silence : André Franquin

Titre : Spirou et Fantasio – Tome 10 – Les Pirates du silence

Scénaristes : André Franquin & Maurice Rosy
Dessinateur : André Franquin

Édition : Dupuis (1958)

Résumé :
Spirou et Fantasio sont en reportage à Incognito City. Une bande de malfaiteurs a l’intention de piller la ville grâce au gaz soporifique inventé par Champignac.

Critique :
Pour moi, les meilleurs Spirou et Fantasio sont ceux de Franquin. Question de goût, sans doute, mais mon coeur reste accroché aux albums qu’il a scénarisés et dessinés.

Gosse, j’adorais cet album, je l’ai d’ailleurs tellement lu qu’il en tombe en ruine, rafistolé de partout qu’il est.

Je le trouvais plus drôle que d’autres et à l’âge que j’avais, il me parlait plus que les histoires avec un dictateur (Le dictateur et le champignon) ou une usurpation d’identité (La mauvaise tête) ou de microfilms à récupérer (La corne du rhinocéros).

Avec l’âge, ce sont plutôt ceux qui ne me parlaient pas qui ont ma préférence, maintenant que j’ai un cerveau.

Anybref, je ne vais pas faire ma râleuse non plus car j’ai retrouvé le plaisir que je ressentais lorsque je le lisais enfant.

Le scénario tient sur une ligne, il n’a rien d’exceptionnel non plus car nous sommes dans des cambriolages mais ce qui fait que je reste indulgente avec cet album, c’est le Marsupilami et le grand rôle que son père littéraire lui a donné dans cette aventure, introduisant même une nouvelle particularité à cet étrange animal à longue queue.

Particularité qu’il regrettera ensuite, mais trop tard, le mal était fait et cela donnera un excellent gag à la fin de cette première aventure.

Dans les aventures de Spirou et Fantasio, j’ai toujours adoré l’écureuil Spip et ses mimiques ou ses réflexions souvent très drôles (ici il n’y en a pas), le Marsupilami et son intelligence, le côté un peu fantasque de Fantasio et le côté sérieux de Spirou.

Dans cet album, même si Spip ne nous fera pas part de ses pensées, nous avons tout de même de l’action, du suspense, du mystère, autrement dit, les ingrédients indispensables pour nous faire passer un bon moment, à Incognito City, ville où les reporters sont interdits, ville où les voitures ont des airs de grosses américaines, comme on en retrouvera ensuite dans la seconde petite enquête de nos deux amis, à la recherche du mystère des voitures volées.

Certes, pas le meilleur album, surtout après l’excellent « Repaire de la Murène » que j’adore, mais cette relecture s’est faite avec le sourire, avec le plaisir, toujours présent, même si, maintenant, avec le recul, je ne classerais plus cet histoire dans les meilleures.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°176 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°21].

Ghetto X : Martin Michaud


Titre : Ghetto X

Auteur : Martin Michaud
Édition : Libre Expression (26/08/2019)

Résumé :
Alors que Victor Lessard prend ses distances des Crimes Majeurs pour éclaircir le passé de son père, un journaliste respecté et influent est assassiné par un tireur embusqué.

À l’insistance de sa partenaire, Jacinthe, Victor accepte de donner ses impressions sur la scène de crime. Pris pour cible et blessé dans un attentat par les assassins du journaliste, Victor doit disparaître pour assurer sa sécurité et celle de ses proches.

C’est donc en marge de leur statut de policiers que Victor et Jacinthe remontent une piste jusqu’à un obscur et dangereux groupe armé d’extrême-droite. Au péril de leur vie, ils tenteront de freiner les desseins meurtriers de ces extrémistes et ceux de l’homme mystérieux qu’ils protègent.

Critique :
Câlice de chien sale ! Je garderai un chien de ma chienne à NetGalley pour l’envoi de ce titre en PDF (et pas noté dans la fiche que c’était du PDF) !

Crisse de câlice d’ostie de tabarnak ! Je ne vous raconte même pas la lecture horrible que cela donne sur une liseuse puisque c’était écrit en tout petit caractères et qu’avec un PDF, on perd l’option d’agrandissement.

Un truc à te flinguer les yeux !

N’étant pas une artiste du transformisme d’un PDF en fichier Epub, j’ai fait plus simple : je suis allée à la librairie pour l’acheter en format papier !

Un comble, quand on y pense bien. On a fait des révoltes pour moins que ça et je n’apposerai pas le logo de chez NetGalley puisque cette lecture se fait à mes frais et sur papier ! Criss de tarla, va.

Ceci dit, j’étais vénère mais j’ai attaqué le roman d’un bon pied puisque l’auteur n’était pas responsable et le livre encore moins.

Premier constat : je n’ai pas révisé mon « Petit Québécois Sans Peine » et j’ai donc ramé avec leurs expressions fleuries. Les jurons, ça va, je maîtrise quand ils se mettent à sacrer, mais le reste de leur parler qui mélange des anglicismes et d’autres expressions bien à eux, là, je cale…

Le rythme de ma lecture a donc pris un coup dans l’aile. Mon char n’avançait plus.

Deuxième constat : autant où j’ai adoré le côté haut en couleur de Jacinthe, l’ancienne partner de Lessard chez les poulets, autant où je n’ai pas accroché avec Victor Lessard au départ.

Là, niveau flic portant un lourd passé, on est dans les médaillés des championnats du monde des personnages littéraires maltraités dans leur enfance par leur créateur littéraire.

Anybref, je vous le dis, la première moitié du roman fut assez laborieuse, je ramais, je ne prenais pas mon pied littéraire et j’en étais à penser à ma liste des courses à faire, ce qui est un signe qui ne trompe pas sur mon peu d’intérêt dans une lecture.

Puis, passé la moitié (à peu près), ma tête s’est redressée et mon esprit à balancé la liste des courses et j’ai ensuite eu du mal à quitter ma lecture puisque les 300 dernières pages ont été lues d’une traite.

Si jamais, « Se payer la traite », c’est synonyme de « se payer du bon temps » ou « s’offrir des folies ». Ben oui, j’ai dû réviser un peu mon québécois pour comprendre ce que les personnages disaient, bande d’ostie d’mongol, va !

La seconde moitié était bien mieux, plus rythmée, plus chouette, j’ai commencé à apprécier Lessard, j’ai apprécié les petites phrases bien vraies de l’auteur

— […] On n’a pas à aller chez eux leur dire quoi faire, on n’a pas à leur imposer notre façon de voir les choses. […] Les talibans ont été vaincus, mais qu’est-ce que ç’a changé? Rien ! Des milliers de morts pour rien ! Que chacun se mêle de ses affaires et reste chez eux. On n’essaiera pas d’aller leur rentrer la démocratie de force dans la gorge, pis eux autres, ils viendront pas se promener en burka devant chez nous. Sinon regarde ce qui est arrivé: en intervenant là-bas, on a favorisé la montée du terrorisme. Leur réponse, ç’a été la violence pis la haine. Pis si ça continue, ça va être notre réponse à nous autres aussi.

Dommage que mon départ avec le récit fut si chaotique, que je n’aie pas accroché plus que ça à l’enquête et qu’il m’ait fallu passer la moitié pour commencer à me plaire dans ce roman. Si je n’avais pas eu l’obligation de rendre une chronique, je pense que je l’aurais abandonné sans aucun remords.

Presque 300 pages lues laborieusement avant que je ne me ressente le plaisir de lecture, sérieux, je m’en câlisse pas du tout, moi car le pitch me plaisait et j’aurais préféré passer du bon temps avec Victor Lessard un peu plus rapidement.

Anybref, tout n’est pas à jeter, j’ai fini par me plaire dans ce roman policier aux senteurs exotiques du parler québécois et tout compte fait, l’enquête était chouette dans sa seconde partie.

Mais le fichier en PDF, ça c’était un maudit criss’ de fond de capote recyclé !

— La raison d’être de l’armée, c’est de recruter des individus pour en faire des tueurs. Et leur apprendre à tuer au nom de notre système capitaliste, drapé dans un idéal de démocratie: protéger notre pays pour continuer à faire rouler l’économie. Dans cette rhétorique-là, y a pas de coupables, pas de logique. Juste un ennemi à abattre.

— Oui. La logique de Poutine est simple : plus l’Occident est divisé, plus il devient fragile.
Jacinthe la considéra pensivement.
— Pis pendant ce temps-là, ça lui permet d’avancer ses pions ailleurs.
— Exactement. En démocratie, c’est l’opinion publique, le champ de bataille. Le président Poutine est à la tête d’une armée de trolls qui publient chaque jour des infos avec des faux comptes sur les médias sociaux.
L’enquêtrice fixa la spécialiste des affaires russes d’un regard incrédule.
— Des fake news ?
— De la désinformation, tout à fait. La montée du populisme, ce n’est pas un hasard. La plus grande réussite de Poutine, ç’a été de faire croire à l’Occident qu’il est vulnérable face aux migrants.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°136.