La vie commence vendredi : Ioana Pârvulescu

Titre : La vie commence vendredi

Auteur : Ioana Pârvulescu
Édition : Seuil (06/05/2016)
Édition Originale : Viaţa începe vineri (2009)
Traducteur : Marily le Nir

Résumé :
Vendredi 19 décembre 1897 : on trouve un inconnu évanoui dans la neige, dans une forêt aux environs de Bucarest. Il est habillé bizarrement, ne porte ni barbe ni moustaches, s’exprime d’une drôle de façon.

Toute la ville est en effervescence : serait-ce Jack l’Éventreur, à la une de tous les journaux, un fou échappé de l’asile, un vrai faussaire ou un faux journaliste? Et s’il venait d’une autre époque ?

Un voyage dans le temps qui nous entraîne, à la suite de ce personnage mystérieux, dans la capitale roumaine à la fin du XIXe siècle, le siècle de la joie de vivre, où l’on croyait fermement à l’avenir et aux progrès de la science.

Un compte à rebours, en treize journées trépidantes, avant le réveillon du 31 décembre 1897.

Critique :
Si on ne sait toujours pas ce qui se passe dans cette putain de boite de cassoulet dans la nuit du 2 au 3 (Roland Magdane), maintenant, on sait ce qu’il se passa du 19 au 31 décembre 1897 à Bucarest (la capitale de la Roumanie, pour les fâchés avec les capitales).

Véritable immersion dans la vie roumaine de cette fin de 19ème siècle, l’auteur, qui connait son sujet, va nous entrainer dans bien des familles, grâce à de multiples personnages, du simple commissionnaire, à la jeune fille rêveuse en passant par un policier, un préfet de police ou des notables.

C’est là que le bât commence à blesser.

En plus d’un récit qui s’écoule paresseusement, d’une enquête qui donne l’impression de ne pas avancer, la multitude de narrateurs ne servaient pas toujours l’histoire et la rendaient même parfois un peu difficile à appréhender car il fallait suivre, leur nom n’étant pas noté en début de chapitre et avec des noms roumains, il n’est pas toujours aisé de s’y retrouver.

Par contre, l’écriture de l’auteure est magnifique et j’ai pris plaisir à lire les mots qu’elle avait tamponnée sur les pages (Dany Boon, sort de ma tête) tant ils étaient délicieux pour l’esprit. Là, rien à dire, c’étaient des perles.

— Vous, Iulia, vous êtes comme une petite araignée qui, sentant qu’on l’approche ou qu’on la touche, replie instantanément ses pattes, se roule en boule — on pourrait la confondre avec une petite pierre noire. (…) Maintenant vous faites la même chose, mais, moi, je n’ai plus le temps d’attendre que vous vous détendiez. 

Découvrir la vie roumaine à cette époque était très agréable et j’ai apprécié tous ces petits moments de vie, même si, à la fin, ils ralentissaient le récit qui n’allait déjà pas très vite. Par contre, les petits moments de philosophie étaient du miel pour la gorge enrouée.

Revenons aux bémols car après les fleurs, je lance le pot…

Le roman nous promettait du mystère avec l’apparition mystérieuse d’un homme que l’on suspecte d’être Jack The Ripper, dixit le 4ème de couverture… Il devait être en campagne électorale, lui, parce que c’était juste de belles promesses.

Cet homme retrouvé dans la neige et dont personne ne sait qui il est, ni d’où il vient, a été suspecté un peu de tout, en passant pas faussaires et Martien ! Quant aux suspicions d’être le Ripper, elles ne durent guère et sont plus le fait des commères adeptes de ragots.

D’ailleurs, sur ce mystérieux homme qui semble comme tombé du ciel et qu’on a retrouvé dans la neige, nous en saurons peu, l’auteur ne lui ayant pas assez donné la parole et ce seront les dernières lignes du livres qui confirmeront ce que je suspectais, mais d’une autre manière.

Quant à la résolution de l’homme mort d’une balle et d’une disparition d’objet du culte, la résolution tombera un peu comme un cheveu dans la soupe et nous n’en saurons pas plus puisque une fois le nouvel an passé, nous n’en parlerons plus et irons vers le point final.

Au final, si j’ai aimé la description de le vie à Bucarest en 1897, si j’ai apprécié l’écriture de l’auteure et la manière dont elle décrit les lieux, dont elle fait parler ses personnages, dont elle les fait philosopher.

Dommage que l’enquête ait été fort diluée entre tout ce petit monde qui vaque à ses occupations et que le côté fantastique n’était pas assez mis en valeur, comme la promesse non tenue des 13 journées trépidantes qui, sans être somnolentes, auraient pu être abrégées quelque peu afin de donner plus de rythme au récit.

Lecture en demi-teinte, mais malgré tout, j’en retire du bon, comme quoi, tout n’est jamais perdu dans une lecture.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

— Si j’achète une boîte de conserve, une boîte de cassoulet par exemple, à consommer avant le 2 janvier, qu’est-ce qui ce passe si je l’ouvre le 3 ? Franchement, entre nous ; qu’est-ce qui peut bien ce passer dans cette boîte dans la nuit du 2 au 3 ? Est-ce que les germes attaquent à minuit pile ? Tous les germes avec des montres chrono ! Qu’est-ce qui ce passe si j’ouvre la boîte à 1h du matin ? Est-ce que je peux encore sauver des haricots ? Si tous les haricots sont mort et que la saucisse bouge encore qu’est-ce que je fait moi ?

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Magic time : Doug Marlette

Titre : Magic time

Auteur : Doug Marlette
Édition : Le Cherche midi (07/01/2016) / 10-18 (06/04/2017)

Résumé :
Quand Histoire et destinées individuelles se croisent…

1965. Alors que le mouvement des droits civiques porté par Martin Luther King s’étend dans tous les États-Unis, le pays a les yeux fixés sur Troy, une petite localité du Mississippi.

Quatre jeunes activistes y ont péri dans l’incendie d’une église. Deux membres du Ku Klux Klan sont arrêtés et condamnés à perpétuité.

1990. L’un des condamnés libère sa conscience en désignant le vrai responsable du crime. Un nouveau procès se prépare donc à Troy.

De retour dans sa ville natale, Carter Ransom, ancien sympathisant dans la lutte pour les droits civiques et journaliste au New York Examiner, est aux avant-postes.

Son premier amour, Sarah Solomon, faisait partie des victimes et son père, le tout-puissant juge Mitchell Ransom, avait conduit le premier procès. Carter veut faire toute la lumière sur cette période qui l’a marqué à jamais.

Et c’est dans le passé qu’il va devoir fouiller pour mettre au jour une vérité aussi terrible qu’inattendue.

Doug Marlette retrace ici toute une époque, trouble, pleine de non-dits, de soupçons et de positions ambiguës, mais aussi de courage, de droiture et de passion. Celle de la lutte pour les droits civiques.

Avec une intrigue haletante et des personnages d’une rare humanité, Doug Marlette signe un chef-d’œuvre, à classer entre les romans de John Grisham et de Tom Wolfe.

Critique :
En remontant le Mississippi… En remontant le temps… Le temps où une partie de l’Amérique se complaisait et se vautrait avec délices dans le ségrégationnisme.

« Bah, on ne faisait que suivre la mouvance », vous diraient-ils pour se défendre, un peu comme ceux qui dirent un jour qu’ils n’avaient fait qu’exécuter les ordres.

Autour de lui, il était admis que personne n’était « responsable » des souffrances des Noirs du Mississippi, à part les Noirs eux-mêmes, que la ségrégation faisait partie de l’ordre naturel de choses et qu’il était inutile de tenter d’y remédier.

Bienvenue dans le Sud profond, celui qui accroche encore des drapeau confédérés à ses murs, celui qui ne reconnait pas les droits des Noirs, celui prétend que seule la race Blanche est supérieure.

Jimbo prit joyeusement la place du New-Yorkais et fit remarquer à Bernhardt que l’emblème offensant en question n’était pas le drapeau sudiste à proprement parler, mais le drapeau de bataille des confédérés. « Vous ne reconnaîtriez pas le drapeau sudiste même si on vous torchait le cul avec. Personne n’en serait capable, cela dit. »

Les histoires de race semblent toujours camoufler des histoires d’argent.

Bienvenue en 1965 : alors que le mouvement pour les droits civiques commence à s’étendre dans tous les États-Unis, une partie des états Sudistes luttent encore et toujours contre la Loi qui donne des droits aux Noirs. Le Ku Klux Klan brûle des croix, exècre les Juifs, les communistes ou font disparaître des militants des droits civiques

— […] Mais peut-être que le Klan était le seul environnement social où il se sentait réellement supérieur. Je suis sûr que ton père était persuadé qu’il défendait tout ce pour quoi il avait travaillé dur. Son foyer, sa famille. C’est la duplicité du Sud dans toute sa splendeur : on agit en suivant nos plus bas instincts et on se convainc que ce sont les plus nobles.

La petite ville de Troy n’y fait pas exception et après la saga « Lanfeust de Troy » et celle de « Carter de Mars », voici le mélange des deux : « Carter de Troy », journaliste de son état, qui a vécu les événements de 1965, qui a participé aux mouvements des droits civiques et qui a perdu une personne chère dans l’incendie de l’église de Shiloh.

Plus qu’un retour vers le passé, c’est un retour mouvementé que va effectuer Carter lorsque l’on va ouvrir un procès après qu’un des condamnés pyromane ait dit qu’il connaissait le véritable instigateur de l’incendie. Quand l’un se met à table, se sont les autres qui ont l’indigestion.

Un procès qui ne va pas aller sans mal pour certaines personnes qui pourraient découvrir le passé peu glorieux de leurs géniteurs ou mettre la main sur des secrets pas agréables à découvrir. Personne n’est tout à fait blanc, ici.

Si vous voulez découvrir la mentalité du Sud des États-Unis, ce livre vous ouvrira des portes dont vous ne soupçonniez pas l’existence, car, au travers d’une histoire romancée, c’est tout un pan de l’Histoire sombre des States que ce livre aborde.

C’était la religion officielle de l’État : on était ségrégationniste dans le Mississippi comme on était catholique en Italie.

— Une ville comme Troy n’est pas si différente de la Vienne de Freud, après tout : les familles envahissantes, la culpabilité, le refoulement, l’alcoolisme, les symptômes psychosomatiques…

L’Histoire nous est contée par Carter, passant habilement du présent (1990) au passé (1965), l’auteur, au travers des souvenirs de son narrateur, ou des autres personnages, nous plonge la tête la première dans une eau boueuse et tumultueuse.

Carter lui adressa un sourire tolérant. Il lui aurait fallu lire tout Faulkner si elle avait voulu avoir ne serait-ce qu’une vague idée de la manière dont les choses se passaient dans les familles comme la sienne et celle de Grayson.

Ici, rien n’est blanc et rien n’est vraiment noir. Tout est gris et même les habitants les plus modérés ne sont pas exempts de fautes puisqu’ils ont laissés faire.

Des femmes et des enfants attaqués par des hommes armés à cheval ? Impossible. Pas en Amérique.

Même Carter n’est pas un militant zélé, lui qui s’est retrouvé mêlé à tout ça un peu par hasard et parce qu’il voulait devenir journaliste…

Pour les militants, les Blancs du Sud se divisaient en deux catégories : le plouc raciste et la bonne âme sentimentale. Le copain de Sarah n’appartenant à aucune des deux, ils ne savaient que penser de lui.

— Allons, nous sommes tous le produit de notre milieu.
— Mais toi, tu as eu une véritable prise de conscience. Moi, j’étais horrible. Une sale raciste, souffla-t-elle avec un regard suppliant.
— Tu parles d’une prise de conscience ! Je n’étais qu’un gamin amoureux.

Et puis, l’amour fait parfois des miracles, transformant un petit Blanc en militant, même si ce n’était pas le plus brillant et que lui aussi avait quelques idées préconçues.

Carter n’avait jamais vu une pauvreté aussi crue, même dans le quartier noir de Troy, « Nègreville », comme on disait, dont il avait toujours imputé l’aspect délabré à ses habitants, sans y avoir jamais vraiment réfléchi.

— Oui, monsieur, comme vous le constatez, ma mère vous est dévouée, à vous et à votre famille. Et vous avez toujours été généreux avec nous, là n’est pas la question. Mais pendant toutes ces années où elle a travaillé pour vous, cuisiné pour vous, nettoyé pour vous, où elle s’est occupée de vos enfants alors que nous étions seuls à la maison, pas une fois vous ne l’avez invitée à s’asseoir avec vous à la table qu’elle mettait chaque jour que Dieu a fait !

La plume peut se révéler mordante à certains moments, plus nostalgique à d’autres, notamment lorsque Carter se remémore sa jeunesse, humoristique lorsqu’il est avec ses amis de toujours ou terriblement caustique avec l’État du Mississippi et certains de ses habitants.

— Souviens-toi que tu écris pour le Mississippien moyen. Et le Mississippien moyen est en dessous de la moyenne.

— Nous avons rencontré une opposition partout où nous nous sommes installés.
— Comme le Troisième Reich, intervint Jimbo avec sa délicatesse habituelle. Enfin, je suppose qu’ils n’ont pas vraiment rencontré d’opposition en Autriche et en Finlande… Ah oui, et en France.

Pendant le déjeuner, Jimbo avait fait à Carter un topo sur l’étonnant parcours du shérif, lui expliquant comment le sympathisant du Klan qui appliquait les règles ségrégationnistes avec brutalité était devenu un juste défenseur de la loi. Encore une de ces sagas rédemptrices défiant toute prévision dont le Sud avait le secret. Il apparaissait par ailleurs que sa personnalité despotique dissimulait un sens aigu du bien et du mal et une foi profonde, dont il faisait désormais profiter le comité de gestion de l’Église méthodiste, où il siégeait au côté du Dr Renfro.

Mon seul bémol sera pour les quelques longueurs que possède ce roman de 800 pages (dans sa version grand format). 100 pages de moins auraient rendu la lecture plus fluide à certains moments.

Un grand roman sur le racisme crasse de certains, sur leurs préjugés, sur des gens qui ont dû se battre pour faire respecter leurs droits élémentaires, ceux que le Congrès venait de leur donner et que certains États je voulaient pas faire respecter.

— Le Congrès, l’interrompit Mitchell en secouant la tête. On n’institue pas la moralité par décret. De plus, tu es accusé d’avoir troublé l’ordre public et d’avoir violé une propriété privée. Tu es aussi coupable que ces… que cette vermine qui t’a frappé !
— L’ordre dont vous parlez doit être troublé ! C’est un ordre corrompu, une paix fausse et hypocrite basée sur les mensonges et les contre-vérités de la ségrégation, sur l’inégalité et l’injustice.

— Avec tout le respect que je vous dois, monsieur Ransom, la discrimination n’a rien d’une bêtise pour tous ceux d’entre nous qui la subissent…

Un grand roman sur des mentalités qui ne changeront jamais tout à fait, hélas… Un roman qui plonge dans le passé pour mieux éclairer le présent. Un roman dont le procès qui s’ouvre dans ses pages va catalyser tous les souvenirs de ces périodes agitées.

Un roman qui m’a remué les tripes.

— Alors, si je comprends bien, les pauvres Blancs qui souffrent, comme Hullender, ils ont une excuse, mais les gens de couleur doivent porter leur croix en silence ?
— Elijah a enfreint la loi, Carter. Et toi, Lige, tu as le droit de ne pas être d’accord avec certaines règles et d’essayer de les faire changer, mais cela reste la législation en vigueur dans ce pays.

Finissons cette chronique sur quelques citations plus coquines ou pleine d’humour :

— Freud a bien dit aussi : « Parfois, un cigare est simplement un cigare. »
— C’est vrai, mais le problème avec toi, c’est qu’un cigare est toujours un cigare.

Ses expériences sexuelles se limitaient au pelotage dans les drive-in avec ces adorables allumeuses du Sud, qui semblaient toutes diplômées d’une même école dont la devise aurait été « tout sauf la pénétration ».

— Oh oui. Et l’eau est toujours aussi froide.
— J’en ai la quéquette qui se recroqueville rien que d’y penser, lança Jimbo qui enfilait un large caleçon de bain jaune vif.
— Comment tu fais la différence ? répliqua Lonnie.
— Elle ressemble à une bite de raton laveur. En plus petit, s’esclaffa Carter.

— Est-ce que vous savez combien d’avocats seraient prêts à donner leur couille gauche pour ce genre de publicité ?
— Jusqu’à nouvel ordre, vous n’avez pas de couille gauche.
— Je sais. C’était une citation du procureur général, qui m’a fortement incitée à participer.

— Inconvenant, répéta Sydney d’un ton appréciateur. Voilà un mot qui semble appartenir à une autre époque et à un autre lieu, comme les guêtres, les tabatières ou la dignité.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et le challenge US (2017-2018) chez Noctembule.

Les rumeurs du Mississippi : Louise Caron


Titre : Les rumeurs du Mississippi

Auteur : Louise Caron
Édition : Aux forges de Vulcain (18/05/2017)

Résumé :
Sara Kaplan, journaliste au New-York Times, reçoit la confession d’un ancien soldat, Barnes, vétéran de la guerre d’Irak. Barnes revendique le meurtre d’une tzigane de 17 ans.

Meurtre pour lequel un Indien a été condamné cinq ans auparavant à la peine capitale. Sara Kaplan publie la lettre. L’affaire occupe d’un coup le paysage médiatique et divise l’Amérique.

Sara est hantée depuis l’enfance par le suicide de son père, vétéran du Vietnam. En s’acharnant à vouloir montrer la responsabilité de l’armée dans la folie de Barnes, elle cherche à surmonter la tragédie qui a détruit sa famille.

Dans sa quête, Sara nous entraîne de New-York à Hué en passant par le Sud désenchanté des Etats-Unis en crise.

Elle dresse, au travers de ses personnages, un portrait de l’Amérique d’aujourd’hui, s’interrogeant sur le rôle de la presse, le racisme, la violence des conflits, et sur la malédiction qui condamne les gens sans mémoire à revivre sans fin leur passé.

Critique :
Voilà un roman qui, du haut de ses 294 pages, pèse pourtant très lourd, le poids des mots (sans le choc des photos) imprimés à l’intérieur lui donnant cette densité énorme.

Ce roman est l’un de ceux que l’on dévore en prenant son temps car l’encre est gluante de toutes ces vérités que l’on connait et qui ne sont pas toujours bonnes à dire, qui ne sont pas souvent dite…

Lors de la lecture, mon esprit a pris son temps afin de ne rien rater par une lecture trop précipitée qui aurait gâché ce morceau de choix.

Que les amateurs de rythme effréné comprennent bien qu’ici l’enquête de la journaliste Sarah Kaplan prend son temps et que nous ne sommes pas dans un thriller où toutes les fins de pages sont en clifhanger mais je peux vous garantir qu’il n’y a pas besoin de courses poursuites pour être happé par ce récit.

Dans cette histoire, l’auteur, au travers de son personnage de Sarah Kaplan, journaliste au très célèbre New-Yokk Times, va vous entrainer dans ce que l’on pourrait nommer l’Amérique profonde, celle qui est raciste par habitude, parce qu’on les a éduqué ainsi et parce qu’à leur âge, on ne les changera plus.

L’auteur va aussi nous plonger dans les affres post-guerre d’Irak et du Vietnam, au travers des parcours de deux vétérans,  l’un étant son père (mort) et l’autre étant Niko Barnes qui a écrit au journal pour s’accuser d’un meurtre.

Comme je le disais, l’enquête menée par Kaplan afin de démêler le vrai du faux se déroule sur un rythme lent, mais petit à petit, on empile les faits et les infos comme des briques, les personnages jouant le rôle du ciment.

Et dans un brouillard qui se lève, le bâtiment commence à prendre forme sous nos yeux qui n’en peuvent plus de lire ce que nous suspections déjà (du moins ceux qui ont un cerveau et qui l’utilise pour réfléchir) sur l’Armée, les guerres, la Justice et sur l’Amérique elle-même.

Quand tout est terminé, on reste groggy de tout ce qu’on a lu, de tout ce qui nous a fait mal au bide et que l’auteur nous a dévoilé avec le talent de ceux qui peuvent nous apprendre des choses que nous soupçonnions déjà depuis longtemps.

À la fin du roman, il nous manquera quelques pièces que nous devrons sculpter nous-même car dans la réalité, on ne sait pas tout et il est des mystères dont nous saurons jamais le fin mot.

Un superbe roman coup de poing, une plume qui était belle, trempée ainsi dans l’encrier où flottait quelques gouttes de venin qui donnera des sueurs froides à certains qui pensent que ne pas réfléchir est la bonne solution, et même à ceux qui réfléchissent déjà…

— Je connais les chiffres, dans quelques années se sera nous, les Blancs, qui seront en minorité. Et une minorité, je ne vous apprend rien, à vous journaliste, se replie toujours sur son identité. Ses valeurs.

— Ces Blancs-là, se sentent mal aimés, mal défendus. Ils ont une revanche à prendre, et à la prochaine élection, il y a tout à parier qu’ils soutiendront un type qui leur parlera de la supériorité des Américains blancs, qui leur fera miroiter le retour de la prospérité. Le fameux rêve américain. Plus les gens sont en bas de l’échelle plus ils ont besoin d’entendre qu’on prendra en compte leurs intérêts spécifiques. Ils veulent relever la tête, êtres fiers d’appartenir à la classe populaire. Ils choisissent un homme providentiel qui se dira plus vertueux que les élites actuelles, qui démolira la presse, les étrangers, et leur promettra de travailler pour eux d’abord, avec honnêteté. Amercia First. Il les attrapera avec des slogans sur la grandeur de l’Amérique comme on attire des guêpes avec du miel. Ils céderont aux sirènes de patriotisme. Ce sera un vote identitaire, que vous le vouliez ou non.

Un roman boueux comme le Mississippi qui déborde, emportant tout sur son passage, et aussi tortueux que tous ses méandres.

Pour le coup, je remercie les éditions Aux Forges de Vulcain pour la publication d’un tel roman, son auteure pour avoir pris le temps de nous mitonner un tel roman aux petits oignons et à Babelio d’avoir fait suivre.

J’essayais de passer en revue les massacres qui ornaient la cabane, l’aigle, un renard, un tête de cerf, un dix-corps, un castor, une belette…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018)  et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.

Le peuple d’en bas (Le peuple de l’abîme) : Jack London

Titre : Le peuple d’en bas ( Le peuple de l’abîme )

Auteur : Jack London
Édition : 10-18 (1984) – Libretto
Édition originale : The People of the Abyss (1903)

Résumé :
1902. London, déguisé en clochard, se perd pendant trois mois dans les bas-fonds de Londres, et en rapporte ce témoignage terrifiant. Loin des avenues de l’aventure, mais au plus près des réalités d’un siècle qui, décidément, commençait sous de bien sinistres couleurs.

[NB : « The People of the Abyss » (1903) a été édité sous 2 titres différents : « Le Peuple d’en bas » et « Le Peuple de l’abîme »].

Critique :
Voici encore une lecture dont on ne sort pas indemne et qui me hantera durant de longues années.

Pourtant, je savais dès le départ que la vie dans l’East End n’avait rien d’une réjouissance et que les pauvres gens qui y vivaient le faisaient dans des conditions misérables et très peu hygiénique.

Mais ce que je pensais, ce que je savais était en deçà de la réalité et il fallait bien l’enquête de Jack London pour nous faire découvrir les choses horribles qui faisaient de l’East End un endroit pire que les abîmes décrites dans la Bible.

Comment est-ce possible autant de misère noire, des gens qui ne mangent pas à leur faim tous les jour, qui ne trouvent pas de travail, alors que l’Angleterre est à son apogée, toute puissante et civilisée ?

Mauvaise gestion, comme toujours… Et Jack London ne se prive pas de nous l’expliquer en fin d »ouvrage, avec chiffres à l’appui, et je vous jure que ça fait froid dans le dos.

Quant aux associations qui, soi-disant, aidaient les gens de l’East End à s’en sortir, elles le faisaient mal, puisqu’elles abordaient les problèmes avec des idées complètement fausses, même si elles étaient sincères car hélas, elles approchaient l’existence de ces malheureux sans la comprendre.

Sans entrer dans les détails, je vous dirai que j’ai lu la misère des pauvres gens qui vivaient entassés à 6 ou 8 dans la même pièce, qui sous-louaient à d’autres une place assise par terre, ou, pire encore, je ne vous parlerai pas du même lit loué à trois personnes différentes, chacune l’occupant à tout de rôle selon son horaire…

Il y a, dans ses situations miséreuses, une sacrée dose l’illogisme et le terrible cercle vicieux de celui ou celle qui se faisait broyer et qui n’avait plus la possibilité de s’en sortir.

Illogique dans le sens où les gens qui allaient dormir une nuit à l’asile se devaient de se réaliser des travaux pour cet asile, travaux lourds, sales, qui leur auraient rapporté plus qu’un morceau de pain sec s’ils l’avaient réalisé pour le pire des patrons capitalistes !

Oui, l’exploitation de la misère humaine se faisait sur le dos des plus pauvres et par les institutions qui auraient dû les aider… Et qui au lieu de ça, les faisait plonger toujours un petit peu plus dans l’abîme.

Illogisme aussi dans le fait que les policiers empêchaient les clochards de dormir à la belle étoile, forçant ces pauvres gens à porter la bannière (comme on dit) jusqu’aux petites heures (marcher tout le temps), jusqu’au moment où l’on ouvrait les parcs publics (vers 4 ou 5h du mat’) et où tous ces gens, épuisés de leur nuit blanche, allaient s’étaler sur des bancs, choquant ensuite les gens biens pensants qui les trouvaient, à 10h du matin, en train de ronfler sur les pelouses.

Sans parler du sadisme dans le fait que l’argent que certains nantis donnaient aux pauvres, ils l’avaient eux-mêmes arraché aux pauvres via les loyers indécents ou sur le prix des marchandises de première nécessité…

Là, on ne m’apprend rien, je le savais déjà, hélas…

Facile… Certains riches propriétaires louaient des taudis à des prix prohibitifs, amassaient du fric sur le dos des habitants de l’East End, puis, ces messieurs bien-pensants allaient ensuite tranquillement à l’église, se permettant même, en plus, de conseiller les travailleurs sur la meilleure façon d’utiliser l’argent qu’il leur restait, celui que ces riches patrons ou proprios n’avaient pas pris.

Sade, reviens, on a trouvé plus sadique que toi ! Machiavel, c’est de toi ces belles idées ? Non, tu n’avais rien inventé, juste observé l’Homme et ses pires travers.

L’Homme est un loup pour l’Homme, et cette citation ne rend pas hommage aux loups qui sont plus civilisés que certains Humains, riches à foison, et qui veulent devenir encore plus riche, le tout sur le dos des plus pauvres, sinon, c’est pas drôle.

Je pourrais vous en parler durant des heures de ce superbe roman et vous donner à vous aussi, l’envie d’aller vomir sur le genre humain.

Riche idée, en tout cas, qu’à eue Jack London, de se déguiser en clochard pour aller explorer ces quartiers interdits de Londres – cette face cachée, soigneusement cachée, du plus puissant empire de la terre.

Et encore, London avait encore cette chance de n’être là qu’en immersion et d’avoir la chance, ensuite, de rentrer dans son petit logement, de se laver, de se changer, de pouvoir dormir sans risque d’être dérangé, seul dans son lit et de pouvoir manger, alors que les autres étaient condamnés à marcher dans les rues, le regard rivé au sol, se baissant sans cesse pour se nourrir de miettes, de pépins de fruits, de trognons de chou noirs de suie échappés au balai de l’éboueur.

Un roman noir très fort, douloureux, qui ne sombre jamais dans le pathos, se bornant à nous rapporter ce qu’il a vu, entendu ou « testé » lui-même.

Jack London a un talent de conteur, c’est, en plus, un observateur impitoyable et j’aurais aimé lire sa première version, celle dans laquelle il mettait l’accent sur la responsabilité des gens en place et du roi Edouard VII, mais l’éditeur a préféré qu’il mette l’accent sur les faits divers liés à la criminalité.

Dommage… Malgré cette censure qu’on lui demanda, on a toujours une petite pique envers le pouvoir en place.

Il n’en reste pas moins que ce roman est la description d’un Enfer sur terre et que les portraits qu’il nous livre sont fouillés, sordides, touchants, inoubliables.

Un roman qu’on lit mal à l’aise parce que nous, on ne vit pas à 8, ou 10, ou 12 dans une même pièce, sans fenêtres et que tous les jours, on mange au moins plus qu’à notre faim.

Une véritable immersion, sans fards, sans artifices, sans édulcorants dans la misère la plus noire, une description des lieux et des faits sans concession, une critique acerbe de la société des riches, de la société bien-pensante, une dénonciation de cette abomination et la preuve, noir sur blanc, que ces pauvres gens n’en pouvaient rien et n’auraient jamais pu s’en sortir, pas à cause d’eux, non, mais à cause du système capitaliste, un système pervers qui crée la misère et qui y maintient les gens.

Méditons sur cette phrase « La civilisation a centuplé le pouvoir de production de l’humanité et, par suite d’une mauvaise gestion, les civilisés vivent plus mal que des bêtes ».

PS : Ida avait déjà rédigé une chronique – non rémunérée – sur ce roman. J’avais l’intention de le lire depuis longtemps, le Mois Anglais venait à point nommé pour le découvir.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda, et Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule (auteur américain).

Transmetropolitan – Tome 5 – Année 5 : Warren Ellis & Darick Robertson

Titre : Transmetropolitan – Tome 5 – Année 5

Scénariste : Warren Ellis
Dessinateur : Darick Robertson

Édition : Urban Comics Editions (2015)

Résumé :
Rien ne va plus pour Spider Jerusalem. Il vient de perdre son boulot et tout ce qu’il lui restait, une infection du cerveau en phase terminale vient de lui être diagnostiquée et le Président des États-Unis en personne n’a rien d’autre à faire que de lancer une horde d’assassins à ses trousses.

Pour autant, le journaliste hors-la-loi n’en perd pas son large sourire jubilatoire.

Ses sordides assistantes viennent de mettre la main sur un indice de poids capable de prouver la corruption et les meurtres perpétrés par le chef de l’État. Spider a la Vérité pour alliée, et rien d’autre ne compte.

transmetropolitan-annee-5-3Critique :
♫ Et voilà, c’est fini ♪ ♫ Ne sois jamais amer, reste toujours sincère ♪ (1)

Dernier volume de cette saga dantesque, cette série trash qui m’a emmené là où aucune autre auparavant ne m’avais emmenée.

J’avais hâte de lire le dernier album et pas trop envie parce que je savais qu’après celui-ci, je ne lirais plus jamais les enquêtes journalistiques de Spider Jerusalem, le journaliste le plus déjanté, le plus drogué, le plus fumeur, le plus buveur, le plus vulgaire, le plus colérique, le plus misanthrope, le plus athée et le plus barré que la planète ait jamais connu.

Durant 4 albums, j’ai suivi Spider dans son travail de journaliste gonzo, dans sa recherche de la Vérité et je dois vous dire qu’on atteint les plus hauts niveaux dans le cynisme, le sadisme, la misanthropie, les drogues, les clopes, l’alcool, les insultes, le refus de l’autorité, le bafouement des règles, le tabassage, ou l’utilisation intensive d’armes prohibées dont le terrible Agitateur d’Intestins (dont les réglages de base sont diarrhée liquide et prolapsus, ainsi que divers réglages plus fantaisistes tels que « volcan intestinal » ou « horreur intestinale innommable »).

Si Spider affectionne tant cette arme, en dépit de son illégalité, c’est qu’elle est non-létale, humiliante et intraçable. Et putain, moi aussi je voudrais la même !!

Franchement, tu sais ce que c’est, le pire, dans cette saga ? C’est que c’est lui le gentil !! Oui, c’est Spider Jerusalem le gentil… Et ça, ça m’en bouchera toujours un coin.

Dernière ligne droite donc, avec un Spider malade, un Spider qui cherche ses mots mais qui, aidé de ses deux sordides assistantes, veut mettre un point (poing ?) d’honneur à faire virer le président Gary Callahan, alias Le Sourire et à dénoncer toutes ses magouilles et les meurtres qu’il a commis durant sa campagne (et après).

Le dernier tome ne nous laisse pas le temps de dormir sur nos lauriers, le président multipliant les exactions, avec l’aide des flics et après avoir muselé toutes les chaines d’infos.

Les dessins sont toujours superbes, les détails aussi (faut s’amuser à tout repérer dans les dessins de Darick Robertson) et le scénario ne se barre jamais en couilles (pas comme la santé de Spider).

Un final sous haute-tension, je vous le dis. Tous les coups sont permis et Spider Jerusalem a franchi une nouvelle étape dans sa recherche de la vérité à tout prix. Si, c’était encore possible d’aller plus loin…

L’auteur continue de mettre le doigt là où ça fait mal, c’est-à-dire sur les travers de notre société et dénonce aussi les mécanismes de récupération des multiples tragédies que le gouvernement utilise à des fins de communication positive.

Quand ce n’est pas la programmation même d’une catastrophe dans le but de la récupérer politiquement, tout en se débarrassant de certains quartiers et des pauvres gens qui y vivaient.

Les dernières pages sont consacrées à des extraits des différents articles que Spider Jerusalem a écrit pour le journal « The Word ». Des courts paragraphes de texte, le tout illustré par des pleines pages dont chacune est réalisée par un artiste différent.

Une saga dont je suis contente d’avoir découverte et qui fera partie de mes indispensables car elle m’a emmenée là où aucune autre n’avait osée le faire, le tout en restant réaliste dans les événements survenus, même si nous étions dans un Futur où j’espère ne jamais vivre.

Un gros coup de coeur général pour les 5 volumes qui compose Transmetropolitan.

Étoile 4

(1) Voilà C’est Fini – Jean-Louis Aubert

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

BILAN - Coup de coeur

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Transmetropolitan – Année Quatre – Tome 4 : Warren Ellis & Darick Robertson

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Titre : Transmetropolitan – Année Quatre – Tome 4

Scénariste : Warren Ellis
Dessinateur : Darick Robertson

Édition : Vertigo Essentiels (2015)

Résumé :
Avoir pour adversaire les deux tiers de la Ville n’est pas chose nouvelle pour le reporter hors-la-loi Spider Jerusalem. Ceci dit, avoir pour ennemi principal le président des États-Unis est une tout autre histoire, surtout lorsque celui-ci est plus enragé qu’un serpent à sonnette sous amphet’.

Le temps est donc compté pour Spider et ses loyales (et sordides) assistantes, forcés de se cacher et de mener leur guérilla journalistique via des méthodes plus discrètes. Mais le danger est aussi là où on ne l’attend pas, et Spider risque fort d’en faire les frais.

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Quelque chose cloche. Je le sens dans mon testicule gauche, celui où un franc-maçon a planté un clou.

Mais non, il ne m’est pas poussé une paire de couilles durant la nuit ! Ce n’est pas moi qui ai dit ça, mais Spider Jerusalem, bande de moules, va !

Spider Jerusalem, notre ami journaliste totalement barré… Souvenez-vous que la fois dernière, nous l’avions laissé en bien fâcheuse posture…

Notre journaliste gonzo préféré avait été censuré lors de la parution d’un de ses articles et le journal pour lequel il travaillait l’avait licencié.

Why ? Ce salopard de nouveau président, celui que l’on surnomme le Sourire, vient juste de durcir sa politique concernant les médias et il en a tout particulièrement après Spider. Le voici sans médias pour publier ses articles.

Comment le héros va-t-il réagir ?

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Rien à redire, les auteurs sont toujours aussi barré, que ce soit aux dessins ou au scénario. Spider, quant à lui, ne déroge pas à la règle et il est véritablement déchaîné (plus que d’habitude encore).

C’est toujours aussi cynique, sarcastique, trash, cinglant et on explore toujours les sujets qui dérangent avec, cette fois-ci : le contrôle des médias par le pouvoir politique, les manipulations obscures, les assassinats commandités, la prostitution infantile, la misère, les magouilles politiques…

Bien que ce soient des sujets souvent abordés dans la saga, Warren Ellis ne sombre pas dans la redite et parvient sans problème à se renouveler, le tout sans répéter les épisodes précédents.

La guerre entre Spider et le président est déclarée et il n’est pas encore né celui qui empêchera notre journaliste de publier ses articles ! Il y a des canaux sur le côté, des pirates, et notre ami fumeur, buveur, drogué et speedé va devenir une sorte de croisement entre un blogueur et un Anonymous.

La pression est sur les épaule de Spider, ses sordides assistantes sont là pour l’épauler et on en apprend un petit peu plus sur elles, surtout sur Yelena. Et puis, notre Spider sera mis quelques fois en position dangereuse… et finira presque en enfer, là où il n’y a pas de cigarettes.

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J’ai apprécié aussi ce tome 4, comme tout la série jusqu’à présent. Certes, ça cause de politique, mais les auteurs le font bien, ils frappent sous la ceinture, ils sont justes, même s’ils utilisent le mode un peu punk et trash pour le dire.

La société futuriste qu’ils décrivent n’est tout compte fait pas si éloignée que ça de la nôtre, hormis pour les mélanges entre les humain et les petits gris préférés de l’agent Mulder.

Spider vit dans  un monde égoïste, où l’on se moque de la nature, des droits des minorités, des droits des gens et où le peuple ne demande qu’une chose Panem et circenses. Pour le reste, ce sont des moutons qui ne contrôlent pas les actes des gens pour lesquels ils ont voté et qui préfèrent lire les actus people que les actus réalistes.

Je me suis retrouvée frustrée quand fut venu le moment de refermer le livre : hé, attendez les mecs, vous allez pas me laisser poireauter de la sorte avec un final pareil ?? Non, mais, je fais quoi, moi, si je ne trouve pas le tome 5 tout de suite ??

Encore un tome réussi qui me fait monter mon rythme cardiaque et si ça continue, je vais terminer chez le cardiologue, moi !

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule. Participait aussi au RAT a Week, le marathon de l’épouvante Édition 2016 chez Chroniques Littéraires (296 pages).

BILAN LECTURE - Veux la suite t'excites pas

 

 

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Transmetropolitan – Année 3 : Ellis Warren & Darick Robertson

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Titre : Transmetropolitan – Année 3

Scénariste : Ellis Warren
Dessinateur : Darick Robertson

Édition : Urban Comics (2015)

Résumé :
La Ville, antre de perdition et de fourmillements perpétuels, s’avère pour certains un lieu de solitude intraitable.

Surtout pour un journaliste tel que Spider Jerusalem, vénéré autant qu’il peut être méprisé. Mais bien sûr, face à la récente élection du Sourire à la tête du pays, ses états d’âmes sont le cadet de ses soucis.

Dans une société décérébrée où tout peut être acheté, volé et produit en masse, la Vérité est une denrée rare. Spider est pourtant bien déterminé à la maintenir sur le marché, et ce quel qu’en soit le prix.

cartoon-001Critique :
Ouh, j’ai eu un peu peur au début de l’album, peur d’avoir perdu mon journaliste gonzo préféré car durant les premières pages, Spider Jerusalem nous parle de sa vision de la vie au travers de 3 décès.

Il pleut, il est dehors, il n’y a pas d’action, pas d’enquête, juste Spider qui évoque la mort. Malgré tout, vu que c’est Spider, ça reste assez trash.

Ensuite, nous revenons à ce que Spider fait de mieux : prendre des notes pour ses futurs articles car le nouveau président est entré à la Maison Blanche et il a tout l’air d’être encore pire que le précédent que Spider avait surnommé « La Bête ».

Notre Spider est pareil et égal à lui-même : il cherche, il enquête, il fouille les poubelles afin d’expliquer à ses sordides assistantes (c’est ainsi qu’il les nomme) comment arriver à la Vérité grâce à son journalisme agressif.

— Monstruer. […] C’est l’art de maltraiter les gens, de les prendre en embuscade avec des questions, de les traquer avec des questions, de les acculer avec des questions et de les enterrer sous des putains de questions. […] Monstruer, au bout du compte, c’est se sentir concerné. C’est rendre à ces enflures […] la monnaie de leur pièce. Leur faire sentir ce que c’est d’être nous. […] On leur montre qu’ils ont des comptes à rendre. […] C’est ça le journalisme affectif. C’est se soucier du monde dont on parle dans nos articles. Certains disent que c’est du mauvais journalisme, que la vision du monde dans le médias.

Si le début tenait plus de la dissertation sur le sujet de la Mort, la suite est bien une enquête de Spider Jerusalem sur les magouilles des politiciens et sur certains arrangements pris par la police.

— Ils pensent, comme beaucoup de gens, que la peur suffira. Que la peur maintiendra tout le monde à sa place. Que la peur empêchera tout le monde de se concentrer sur ce qui se passe vraiment. […] Je n’ai pas peur d’eux. C’est eux qui ont peur de moi. Ils ont peur de la vérité.

Avec son récit, l’auteur nous démontre aussi que toutes les vérités ne sont pas toujours bonnes à dire et que pour une vérité divulguée, ça peut donner lieu à des dommages collatéraux importants. Et Spider en est le principal responsable car c’est à cause de sa pratique du journalisme gonzo qu’il a déclenché ça.

Malgré tout, la conscience de Spider a dû se barrer il y a longtemps car pour lui ne compte que la vérité qu’il aime crier sur tous les toits, lui qui considère les gens comme des moutons, des crétins, des imbéciles, leur reprochant de ne pas surveiller les gens qu’ils ont élus.

Dans ces albums, il n’y a pas que les textes qui sont importants, il y a aussi les images et même si Spider se ballade seul dans la ville, il faut admirer les dessins et chercher des petits détails qui font que cette série n’est pas comme les autres (voyez dans l’illustration de la couverture : la trace blanche de sperme sur son short noir).

Si le nouveau président voulait faire taire Spider, et bien, c’est raté ! Le voici encore plus incontrôlable que d’habitude, encore plus dangereux, plus fou, plus taré et bien décidé à faire éclater des vérités.

Une saga que je ne regrette pas d’avoir découverte, une plongée dans un monde futuriste mais tout compte fait, pas si éloigné du nôtre !

La vie ça craint, et après tu meurs.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule et le RAT a Week, le marathon de l’épouvante Édition 2016 chez Chroniques Littéraires.

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Transmetropolitan – Année 2 : Ellis Warren & Darick Robertson

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Titre : Transmetropolitan – Année 2

Scénariste : Ellis Warren
Dessinateur : Darick Robertson

Édition : Urban Comics (2014)

Résumé :
Meurtres. Viols. Vols d’ADN. Le journaliste hors-la-loi Spider Jerusalem a couvert les sujets les plus infâmes que La Ville ait portés.

Mais toutes ces horreurs ne sont rien à côté de ce qu’il estime être l’expression ultime de la dégradation humaine : la politique. Malheureusement pour sa santé mentale, cette année électorale risque fort d’être le clou du spectacle.

Deux candidats, deux bêtes, à la merci d’un éditorialiste enragé.

trans-3415462-18Critique :
La politique et ses manoeuvres retorses pour se faire élire…

La mission de Spider Jerusalem ? Faire en sorte que le président sortant, qu’il a surnommé « La Bête » ne se fasse pas réélire une fois de plus.

Son adversaire ? Le candidat Callahan, dit « Le sourire ».

Ici, attention, nous avons un gros fil rouge à suivre, contrairement au premier tome qui était une sérieuse mise en bouche mais avec des chapitres différents.

Les élections approchent et tous les coups sous la ceinture sont permis, surtout si c’est Spider qui les donne.

Il est toujours aussi fou, aussi drogué, aussi foutraque, il a toujours la haine des autres et sa nouvelle assistante va en faire les frais.

Pourtant, les articles de Spider Jerusalem, même s’il sont plein de haine envers le genre humain et bourré d’insultes, n’en sont pas moins vrais et très profonds. Il a compris le Système et voudrait ouvrir les yeux de ses con-citoyens qui eux s’en foutent.

Je ne peux pas résoudre les problèmes. Je peux juste m’assurer que les gens ne fassent pas semblant de les ignorer. Faire en sorte que d’autres les résolvent. Ceux qui le peuvent.

Les dessins sont toujours aussi détaillés, avec une foultitude de petites choses qui rendent les dessins réalistes.

Les dialogues sont incisifs, on pense qu’on a gagné mais non, il faut encore poursuivre le combat car on vient de se faire baiser sur toute la lige pas cet enculé de… Pardon, fréquenter Spider Jerusalem est mauvais pour le langage…

Suivez-moi jusqu’en enfer, abrutis, allez… Suivez quiconque a le sourire, la couverture, l’image qu’il faut… Suivez quiconque dire : « Je vais m’occuper de vous, je vais prendre toutes les décisions importantes à votre place pour que vous puissiez retourner vous faire chier les uns les autres et vous foutre en l’air dans une béate ignorance… ».

C’est à coup de boulets rouges lancés au bazooka que l’auteur tire sur la politique sociale de son pays et sur ses politiciens qui sont prêts à s’allier avec le diable si ça peut les faire gagner un état important.

Étoile 4,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le RAT a Week, le marathon de l’épouvante Édition 2016 chez Chroniques Littéraires, Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule et Le Challenge Halloween (2016) chez Lou & Hilde.

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Le peuple de l’abîme (Le peuple d’en bas) : Jack London

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Titre : Le peuple de l’abîme

Auteur : Jack London
Édition : 10-18 (1984) / Phébus Libretto (1999)
Édition Originale : The People of the Abyss (1903)

Résumé :
1902. London, déguisé en clochard, se perd pendant trois mois dans les bas-fonds de Londres, et en rapporte ce témoignage terrifiant.

Loin des avenues de l’aventure, mais au plus près des réalités d’un siècle qui, décidément, commençait sous de bien sinistres couleurs.

456Critique (Par Ida et pas par moi !) :
Mon intérêt quelque peu pervers pour le fameux Jack l’éventreur m’a conduite il y a quelques temps à visionner un reportage lui étant consacré ou était évoqué un livre de Jack London, « le peuple de l’abîme » pour nous parler de la vie misérables des londoniens de l’Eastend dont Whitechapel n’était qu’un quartier…

Jack London… L’auteur de Croc-Blanc et de l’Appel de la forêt qui a quelque peu ennuyé voir traumatisé quelques milliards de collégiens tenus de travailler dessus à grands coup de fiches de lecture, de contrôles etc…

Il faut dire qu’en France, la découverte de la littérature étant indissociablement associée à un devoir de productions scolaires et de contrôles de connaissance, dégoûte facilement les élèves les moins brillants des livres à jamais, associant dans leurs têtes à jamais la lecture à une pression inquisitoriale…

C’est donc sans grand enthousiasme que je me suis procuré cet ouvrage, mue par ma seule curiosité de ripperologue amatrice…

La librairie virtuelle associée au compte de ma liseuse ne me laissait aucune excuse puisque « le peuple de l’abîme » étant assez ancien pour être libre de droits, il était disponible gratuitement si je voulais bien me passer des versions à un ou deux euros assorties de préfaces que personne ne lit jamais.

J’ai donc redécouvert Jack London, écrivain, romancier et surtout, explorateur de l’âme humaine lorsqu’elle se confronte aux conditions les plus extrêmes de l’existence.

Car en effet, la confrontation de l’homme à la dureté des éléments n’est-il pas son thème de prédilection si on essaie de se remémorer ses vieux souvenir de collégienne de l’Appel de la forêt ou de Croc-Blanc ?

Ce livre est le fruit d’une immersion de l’auteur, parti vivre incognito dans l’East End, malgré la réprobation de ses proches, voire des londoniens des beaux quartiers eux-mêmes, partageant l’existence des plus démunis qui peuplent cette région mystérieuse de Londres.

Une région si mystérieuse que le bureau londonien de l’agence de voyage Thomas Cook (elle existait déjà à l’époque !), était prêt à lui vendre et à lui préparer un circuit dans les terres les plus reculées de l’Afrique…

Mais incapable de l’aider à préparer son expédition dans la partie de la même ville devenue terra incognita pour les gens comme il faut.

Un style étonnamment moderne, vivant, qui se lit avec facilité et avec plaisir… Un texte qui n’est pas un roman mais une sorte de carnet de voyage, ou de reportage anthropologique immersif, un vadémécum de tranches de vies où London nous présente avec une authenticité rare, les unes après les autres ses rencontres avec quelques figures de l’East End qui lui confient leurs histoires.

Des histoires où affleurent la désespérance la plus noire, la misère la plus crasse, où chacun n’a pour but que d’assurer sa survie quotidienne souvent improbable, dans un univers pollué, surpeuplé, et où la malnutrition sape jour après jour vos possibilité de pouvoir continuer à travailler…

Un récit sur le dépotoir d’une cité dont la prospérité triomphante s’appuie sur l’exploitation des plus faibles qui a leur tour s’exploitent les uns les autres…

Un East End où s’entassent les anglais des campagnes et étrangers attirés par la ville-monde… et où leur progéniture dégénère affaiblie faute de nourriture suffisante, de soins, ou d’éducation… Les files devant les hospices… Les asiles de nuit où l’on dort debout en s’appuyant les uns sur les autres…

Un monde où l’homme perd peu à peu son humanité, traité par ses semblables comme une bête de somme bonne pour la boucherie, l’équarissage ou l’usine de colle, dès qu’elle faiblit.

Nous sommes loin de la cheminée du 221b Baker Street et des scones de Mrs Hudson… Loin des salons fréquentés par les héros d’Ann Granger, d’Anne Perry ou des intrigues amoureuses en dentelles de Jane Austin…

Dickens, le premier avait déjà évoqué le destin des miséreux de Londres quelques décennies plus tôt…

Mais choisissant le roman pour le faire, il laissait à son lecteur le choix de mettre l’horreur à distance, en réduisant cette misère à une fiction, et en maintenant le voile pudique du refoulement sur les oubliés du triomphe d’un Empire pourtant construit avec leur sueur. Jack London ne nous laisse pas cette possibilité.

Ce livre date de 1902. Il n’est donc plus « victorien » à une ou deux années près… Mais il on ne peut pas croire que le destin des plus pauvres ait tant évolué en quelques années…

Un chef d’œuvre.

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Transmetropolitan – Année 1 – Le come-back du siècle : Ellis Warren & Darick Robertson

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Titre : Transmetropolitan – Année 1 – Le come-back du siècle

Scénariste : Ellis Warren
Dessinateur : Darick Robertson

Édition : Urban Comics (2014)

Résumé :
Exilé depuis près de cinq ans loin du fracas de la civilisation, le journaliste Spider Jérusalem est contraint de reprendre le chemin de La Ville.

Secondé par ses deux assistantes, Channon Yarrow et Yelena Rossini, l’acide et misanthrope pamphlétaire reprend alors son combat contre les abus de pouvoir, la corruption et les injustices de cette société du 21e siècle qu’il chérit autant qu’il l’exècre.

Dans les rues étouffées par le silence médiatique, raisonne bientôt les mots amers et enivrés du plus fervent défenseur de la Vérité.

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bb-transmetropolitanCritique : 
Irrévérencieux ? Politiquement incorrect ? Jouissif ? Dingue ?

Un peu de tout ça… Voilà comment je pourrais décrire ce comics qui m’a fait l’effet d’un bonbon Kiss Cool fourré à la nitroglycérine et à l’acide.

Non, je n’exagère pas ! Ceux qui connaisse Spider Jerusalem savent que je n’exagère pas.

Spider Jerusalem est un ancien journaliste qui s’est exilé 5 ans loin du fracas d’une ville de New-York plus que futuriste. Étant obligé de revenir, il va donc reprendre son ancien métier qui était journaliste gonzo.

Quésako ? Non, Gonzo ! Et rassurez-vous, vous pouvez le nourrir après minuit.

Le journalisme gonzo, c’est un journalisme ultra-subjectif, un concept défini par Hunter S. Thompson. Pour vous éclairer, on dira que c’est une méthode d’investigation journalistique axée sur l’ultra-subjectivité : informer le plus possible le lecteur sur la nature et l’intensité des facteurs, déformant son point de vue pour recomposer une image vraisemblable de la réalité.

[…] le journalisme est un flingue. Il n’a qu’une seule balle, mais si tu vises bien, c’est suffisant. En visant bien, tu peux faire sauter un genou du monde…

Anybref, quand Spider est sur une affaire, il va jusqu’au bout car son métier est d’informer, mais aussi de gueuler sur tout le monde, d’emmerder tout le monde, de détester l’humanité toute entière, de boire, de fumer, de prendre toutes les drogues qui peuvent exister dans ce monde futuriste et il adore être détesté.

Tu as pissé sur l’économie, chié sur la loi et tu t’es torché avec la vérité. Tu mérites d’être écorché, d’être trainé dans la rue par des malades mentaux armés de planches cloutées et de servir de chiottes à des babouins en chaleur.

En fait, tous les travers qui sont dénoncés dans ce comics sont ceux de notre époque, hormis certaines choses, comme les humains qui se font télécharger (et finissent en nuage), les chats à trois yeux et deux gueules qui fument, les chiens qui parlent, les résurrection des cryogénisés ou ces concitoyens qui sont des transgenres, mi-humains, mi-aliens.

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Les dialogues sont percutants, pas de temps morts, des dessins qui offrent un panorama d’une ville de New-York qui fait peur, surchargée de panneaux publicitaires, agressifs, peuplés de personnages marginaux, trainant leur misère comme d’autres trainent leur ennui.

Le tout sur un ton irrévérencieux, ironique, sarcastique, politiquement incorrect, acide et lucide.

Spider Jerusalem n’est pas un personnage que l’on aurait envie de côtoyer, ça pas du tout ! Il est dingue, fou, rien ne l’arrête, drogué, et j’en passe et des meilleures.

Par contre, le suivre est jubilatoire et fortement conseillé car c’est un plaisir de fin gourmet.

Attention à ne pas mettre la bédé sous les yeux d’un enfant car il y a des gros mots…

— Je n’aurai de repos que quand on t’aura violé, brûlé, castré, farci de merde de chien, et qu’on aura suspendu ton cadavre au milieu de Century Square pour que les nécrophiles puissent jouer avec.

Étoile 4,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule, Le Challenge Halloween (2016) chez Lou & Hilde et le RAT a Week, le marathon de l’épouvante Édition 2016 chez Chroniques Littéraires.

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