Lucky Luke – Tome 16 – Le Magot des Dalton : Morris & Vicq

Titre : Lucky Luke – Tome 16 – Le Magot des Dalton

Scénariste : Vicq
Dessinateur : Morris

Édition : Dargaud (07/06/1996)

Résumé :Les Dalton apprennent l’existence d’un trésor caché par l’un de leurs co-détenus dans une ville de l’Ouest. Seul problème, ce magot est situé près d’un rocher, or une prison a été construite sur les lieux.

S’évadant de la prison dans le camion à soupe, ceux-ci vont trouver sur leur chemin une nouvelle fois Lucky Luke, ainsi qu’un juge débonnaire !

Critique : 
À croire que l’esprit de Goscinny planait sur l’album car malgré sa disparition et l’apparition d’un nouveau scénariste, on ne se retrouve pas face à une daube sans goût mais devant une madeleine de Proust réunissant différents albums de Lucky Luke.

Les puristes me diront que tous les albums de Lucky Luke scénarisés par le talentueux et génialissime Goscinny étaient tous du haut de gamme… Je l’avoue, son génie s’exprimait mieux dans les Astérix ou dans les Lucky Luke publiés aux éditions Dupuis.

Paraît que ce serait la faute à Morris qui n’aimait pas trop que son scénariste face des calembours comme il avait l’art de le faire dans les aventures du petit gaulois… Donc, René Goscinny devait se retenir.

Et voilà que dans cet album post-Goscinny, je retrouve un peu de sa verve, de son humour, de ses dialogues aux petits oignons. Là, on peut dire que j’ai été plus qu’étonnée.

Les dalton sont toujours égal à eux-mêmes, creusant 4 trous pour s’évader de la prison. Par contre, les voir creuser un tunnel pour pénétrer dans une autre prison, on a de quoi être étonnée ! Ce n’est pas Averell qui me contredira !

Je vous parlais des madeleines de Proust un peu plus haut, et elles me sont venues à l’esprit en voyant le capitaine de la cavalerie, aussi flegmatique que celui de l’album « Le 20ème de cavalerie ».

Bon sang, mais c’est bien sûr ! Les nouvelles méthodes appliquées aux prisonniers font penser à celles dans « Les dalton se rachètent », un lieu rassemblant tout ce que le pays compte de desperados, ça ressemble furieusement à « Dalton City » et tous ces bandits qui veulent aller en prison, on se croirait dans « À l’ombre des derricks », quand on avait trouvé un gisement de pétrole dans la prison.

Il y aussi autre chose qui m’a fait aimer cet album : Lucky Luke se roule des cigarettes, fume comme un pompier et boit de la bière ou des boissons alcoolisées, et il ne mâchouille pas un brin d’herbe tout en buvant de la limonade pour faire politiquement correct !

Bref, ce n’est pas un album pépite comme le furent certains à l’ère des éditions Dupuis, mais il est tout de même meilleur que certains que j’ai pu lire des éditions Dargaud et, ma foi, il mérite qu’on souligne son scénario original, ses rappels à d’autres albums, ainsi que la qualité de ses dialogues.

Une bonne surprise !

Le Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018)le Challenge « Polar Historique » de Sharon et le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et « Le Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.

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Lucky Luke – Tome 13 – Le juge : Morris & Goscinny

Le juge - lucky luke

Titre : Lucky Luke – Tome 13 – Le juge

Scénariste : Goscinny (non crédité sur l’album)
Dessinateur : Morris

Édition : Dupuis (1959)

Résumé :
Austin, Texas. Lucky Luke est chargé de convoyer du bétail jusqu’au ranch de Silver City. Mr Smith, le patron, lui annonce que le voyage ne sera pas facile : à l’ouest de la rivière Pecos, il n’y a pas de loi, pas de shérif mais que des hors-la-loi. Cela n’effraie pas Lucky Luke.

Mais, ce qu’il ne sait pas c’est que sa route passe par Langtry, là où règne un juge pas des plus commodes : le juge Roy Bean, » la loi à l’ouest de Pecos  » ainsi que « Justice de paix et bières glacées »…

album-page-large-7044Critique : 
Lorsque j’ouvris cet album pour la première fois, je fus surprise de découvrir que le juge Roy Bean (1825/1903) avait réellement existé et son ours aussi.

Notre pauvre Lucky Luke, convoyeur de bétail, va croiser  la route (près de Langtry) de ce juge qui tient son Code Civil à l’envers et qui, si il peut citer des termes légaux en latin, c’est parce qu’il fut lui-même très souvent assis sur le banc des accusés…

Par contre, voir Lucky Luke sur le banc des accusés et condamné après une parodie de procès, voilà qui ne s’est jamais vu !

LE JUGE : Et maintenant, nous allons nous occuper de ton procès, étranger…
LUCKY LUKE : Mais je n’ai rien fait, moi !
LE JUGE : Dans ce tribunal, l’accusé n’a pas besoin de faire quelque chose… Nous nous chargeons de tout !!

Ici, on mêle le personnage réel du juge avec de la fiction, de l’humour, de la bière glacée, des magouilles en tout genre, le tout sur fond de procès truqué ou arrangé.

Roy Bean a un sacré caractère, il est de mauvaise foi et c’est un ancien malfrat qui a gardé une raideur dans le cou, vestige d’une pendaison ratée…

Ça ne l’a pas calmé puisqu’il a toujours gardé ce côté malfrat assez prononcé, mais avec des lois ou des peines qu’il invente selon son bon vouloir.

LE JUGE : Combien avez-vous d’argent ?…
LUCKY LUKE : 50 dollars environ…
LE JUGE : 50 dollars environ d’amende !

Quant à ses jugements, ils sont à l’emporte-pièce et l’on a peu de chance de s’en tirer sans frais, surtout quand son ours est témoin ou donneur de sentence. Ma foi, on se demande même si le juge sait lire, vu qu’il tient son code Civil à l’envers…

LUCKY LUKE : Minute ! Je proteste ! Manifestement, le juge ne sait pas lire !…
LE JUGE : Pas lire ?… Moi ??!! […] Que l’accusé écrive quelque chose ! Je lirai devant tout le monde pour prouver que je sais lire… Le public peut prendre des paris sur le fait que je sais lire… Une amende à ceux qui ne parient pas !
LUCKY LUKE : Tenez, juge ! Lisez ça…
LE JUGE : Hmm… Ne me bousculez pas ! Il y a un tas de lettres là-dedans… Le… juge… est… une… vieille… fri… pouille…

Oui, le juge est un magouilleur de première, mais il a un bon fond, dans le fond et si, au départ, on avait de l’antipathie pour cet homme, on le trouvera vite super sympa lorsqu’on aura fait la connaissance de son antithèse, Bad Ticket.

Bad Ticket, c’est un autre juge, un juge qui veut détrôner le juge de Langtry et si Lucky Luke a dans l’idée de les dresse l’un contre l’autre, il devra vite changer d’option et se rallier au moins pire des deux.

Ceci est le portrait d’une Amérique profonde, sans foi ni loi, ou avec un substitut de loi qui ne favorise que le juge lui-même.

LE JUGE : J’aurais dû lire ce code civil plus tôt ! C’est plein de choses intéressantes et même utiles pour un juge !

Le tout avec humour bien entendu !

— Que se passe-t-il, Jacinto ?
— Un horror ! He visto los horribles fantasmas, lividos y siniestros que han tratado de destrozarme !!
— Eeeh ?… Que dit-il ?…
— Il dit : un horror ! He visto los horribles fantasmas, lividos y siniestros que han tratado de destrozarme !
— Et ça veut dire quoi ?…
— Ça, je ne sais pas, je ne comprends pas l’espagnol…

Petit Plus : John Huston a consacré un film à Roy Bean avec Paul Newman dans le rôle principal : Juge et Hors-la-loi (1972).

Étoile 4,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur,  le RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires et « Le Mois Américain 2016 » chez Titine.

CHALLENGE AMÉRICAIN 2016 - Lone Ranger

La langue au chat… : Erle Stanley Gardner

Titre : La langue au chat…                                     big_3

Auteur : Erle Stanley Gardner
Édition:  Un Mystère n°90 édité par Presses de la Cité – 1ère édition (1952)

Résumé (Extrait) :
Le chaton avait des yeux jaunes qui lui avait valu d’être appelé « Ambre », et ces yeux ne quittait pas la boule de papier froissé qu’Helen Kendal agitait par-dessus son bras de fauteuil.

Critique :
Après avoir avalé quelques romans noirs et un de dark fantasy où l’auteur prenait un malin plaisir à trucider tout le monde, je me devais d’opter pour une lecture plus calme. Perry Mason, le célèbre avocat américain était l’homme qui tombait à point…

Minute papillon ! Qui a dit « papy avocat » ? Non, non, non, dans les livres, Mason n’a pas 90 balais et sa secrétaire n’en a pas 86 ! Il est jeune, il est beau, il est grand et fort, il sent bon le prétoire tout chaud et sa secrétaire tient plus du modèle « poupoupidou », avec un cerveau bien alimenté, que de la mamy gâteuse du téléfilm des années 90 !

Bien, maintenant que j’ai mis les choses au point, parlons du roman : Franklin Shore a fichu le camp il y a 10 ans de chez lui et n’a plus donné signe de vie à sa famille. Bien que déclaré mort juridiquement, sa chiante mégère de « veuve » conteste l’affaire et la nièce, Helen Kendal, ainsi que Gérald, le frère du disparu, ne peuvent rien toucher de l’argent.

Helen comprit alors pourquoi tante Matilda se refusait obstinément à croire Franklin Shore décédé. Elle le haïssait trop pour pouvoir supporter l’idée qu’il échappât à sa vengeance. Elle se plaisait à l’imaginer revenant pour les seules raisons pouvant l’obliger à revenir : parce qu’il serait vieux, seul, meurtri par la vie, et dans le besoin.

Sur ce, tout s’emballe : le « disparu » téléphone à Helen et lui dit qu’il vit toujours. Stupeur ! Ensuite, c’est le chaton d’Helen qui a failli mourir empoisonné. Que de péripéties pour cette jolie jeune fille.

Si Perry Mason va entrer en scène, c’est parce que Franklin, l’oncle volage, a demandé à sa nièce d’aller le quérir, afin qu’il se mette en contact avec Henry Leech, un homme de confiance. Homme qui sera retrouvé raide mort dans sa voiture…

– […] En revanche, j’ai toujours remarqué que, lorsque vous m’indiquiez des indices, ce n’est pas tant pour attirer mon attention sur eux que pour m »empêcher de la porter sur d’autres choses. (Le lieutenant Tragg s’adressant à Perry Mason)

Le reste de l’histoire ne sera que rebondissements et imbroglio comme je les aime.

Ce qui m’a sauté aux yeux directement, c’est le côté « anti-jap » qui transpire dans cette histoire vis-à-vis du domestique, Komo… L’histoire se déroule en 1942, normal, donc. Les autres que j’avais lu étaient postérieurs ou antérieurs à cette date ou occultaient la seconde guerre mondiale.

Une chose qui m’a fortement plu dans ce roman-ci, c’est qu’il ne se déroule pas tout à fait comme dans les nombreux autres que j’ai lu.

Ici, pas le scénario habituel du client(e) qui demande à Mason de l’aider, en omettant des tas de choses importantes + meurtre + accusation client(e) + enquête de Mason + procès où Perry Mason prouve que son client(e) est innocent(e) et démasque le coupable par la même occasion.

Le schéma de celui-ci est différent et c’est « tant mieux ». Ici, durant l’enquête de Perry Mason, Della Street, sa secrétaire, se fait arrêter par le lieutenant Tragg et se retrouve accusée d’avoir soustrait un témoin important.

La voilà au tribunal devant un jury. Le district attorney, Hamilton Burger, jubile : cette fois, il va accrocher Mason à son tableau de chasse. Depuis le temps qu’il est son adversaire dans les cours et tribunaux… « Là, c’est sûr, je vais l’avoir » se dit-il en se frottant les mains.

Pas de chance, Perry est toujours le plus fort et il indiquera même le chemin vers la solution aux 12 jurés en leur parlant du comportement étrange d’un chaton… Pour qui connait les mœurs des chatons, la solution crève les yeux, une partie du jury l’a comprise et moi aussi.

Nous n’assisterons pas non plus à la dernière contre-attaque de Perry au procès, mais nous le retrouvons, à la fin, en compagnie de sa secrétaire, innocentée par le jury, lui expliquant comment il a solutionné l’affaire, qui est coupable, pourquoi, comment et toussatoussa.

Pas de déroulement du procès ? Vachement inhabituel dans les romans mettant en scène l’avocat…

De plus, puisque le lieutenant Tragg et le district attorney lui avaient reproché de trop se mêler des enquêtes et d’utiliser des méthodes peu orthodoxes, il ne leur a pas donné la solution de l’affaire, les laissant patauger dedans jusqu’au cou.

– Mason, dit Burger [District Attorney], vous exercez votre métier de façon peu orthodoxe. Vos méthodes sont spectaculaire, théâtrales et bizarres.
– Vous oubliez un qualificatif, glissa Mason.
Le district attorney battit des paupières :
– Effectives ? s’enquit-il.
Mason acquiesça.
– C’est bien ce qui m’ennuie, dit Burger.
– Je suis aise de vous l’entendre reconnaître.
– Oh ! Ça ne m’ennuie pas dans le sens que vous pensez, mais simplement parce que vous risquez de faire école et que chaque avocat de ce comté s’efforcera bientôt de jouer un plus fin avec la police.
– Si je découvre le véritable coupable d’un crime avant la police, est-ce mal agir ?
– Ce sont vos moyens que je critique.
– Qu’ont-ils de si critiquables ?
– Vous ne vous contentez pas d’interroger vos clients dans votre bureau et de plaider leur cause devant le tribunal. Vous vous lancez à corps perdu dans des enquêtes, vous procurant des preuves par tous les moyens, vous refusant à mettre la police dans la confidence.

La solution, les deux hommes doivent la trouver. Ils y arriveront, mais cela mettra bien 15 jours de plus et à ce moment là, ils comprendront que Mason savait tout…

Bluffant, donc, ce petit roman, qui m’a sorti des sentiers battus de l’auteur.

Ajoutons aussi des traits d’humour et des réparties bien senties entre l’avocat et le flic ou contre le district attorney.

– Nous avons une minute, Floyd, dit le lieutenant Tragg. Le type qui nous attends est mort. Il ne risque donc pas de faire quoique ce soit qui puisse nous embrouiller. Mais Maître Masson, lui, est bien vivant.
– Sous-entendez-vous que je pourrais vous embrouiller ? s’enquit l’avocat avec un sourire.
– Quand une de vos aventures nocturnes rend mon intervention nécessaire, je préfère avoir un entretien avec vous le plus vite possible. Cela simplifie toujours beaucoup les choses.

Et des traits d’esprits du lieutenant Tragg :

– C’est vous, Mason ? Est-ce que vous allez encore m’annoncer que vous avez découvert un cadavre ?
– Non, non ! dit vivement l’avocat.
– J’aime mieux ça. Qu’y a-t-il donc ?
– Je n’ai pas découvert de cadavre, mais une personne qui était avec moi vient d’en découvrir un dans une automobile, près du réservoir qui est à l’entrée de la route d’Hollywood…
– Oh, fit le lieutenant Tragg, c’est quelqu’un se trouvant avec vous qui a découvert ce cadavre ? Vous avez, je suppose, dépassé le nombre de cadavres que vous pouviez découvrir personnellement et vous préférez maintenant passez la main à votre estimable secrétaire ?
– Croyez-vous que ce soit vraiment le moment de vous donner tant de peine pour faire de l’esprit ?

Et une secrétaire qui ne se laisse pas faire face au lieutenant…

– Qu’est-ce que c’est que cela ?
– C’est une porte, répondit Della avec humeur. Vous avez déjà vu des portes, lieutenant [Tragg]. C’est fait ordinairement de bois, posé sur des gonds; ça s’ouvre et se referme.
– Comme c’est curieux ! fit Tragg.

Bien que j’ai compris certaines choses, tout n’était pas illuminé dans mon esprit, ma théorie s’étant affinée tout au long de ma lecture. L’auteur a pris soin aussi d’embrouiller les pistes et de nous lancer des leurres au visage.

J’ai adoré le final, Mason gagnant une fois de plus sur ce pauvre Burger, qui est cuit et qui doit se répéter, comme un mantra « Un jour, je l’aurai ».

Livre participant au challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014) et  Le « Challenge US » chez Noctembule.

Note : Le petit chat noir est en fait l’avatar de Karine, du blog  « Livrenvie – Black Kat’s Blog ». Allez lui rendre visite, ses chroniques sont addictives, ces citations du jour sont fraiches, mais attention, elle pourrait vous faire augmenter la pile de livre…