Airborne 44 – Tome 1 – Là où tombent les hommes : Philippe Jarbinet

Titre : Airborne 44 – Tome 1 – Là où tombent les hommes

Scénariste : Philippe Jarbinet
Dessinateur : Philippe Jarbinet

Édition : Casterman – Ligne d’horizon (23/09/2009)

Résumé :
Décembre 1944: La bataille des Ardennes fait rage depuis plusieurs jours. Dans une forêt figée par la neige et le gel, d’ultimes détonations parviennent encore aux oreilles d’un GI Airborne abattu dans la neige.

Face à lui, deux enfants impuissants tentent de l’empêcher de mourir. Mais dans son dos, une tache de sang s’agrandit inexorablement…

Critique :
Certains pourraient penser : encore une bédé sur la Seconde Guerre Mondiale. Encore une bédé à la gloire des G.I’s américains.

Et bien non, ce n’est pas une énième bédé, c’est plus profond que ça, plus élaboré, plus recherché…

Les planches du départ sont superbes : on se retrouve plongé dans les Ardennes enneigées.

L’auteur plonge déjà ses lecteurs dans le mystère, car on se demande quel soldat est couché au sol avec les deux enfants qui lui demandent de ne pas mourir.

La suite sera tout aussi remplie de mystères : on repart en arrière et on met face à face un soldat Américain face à un Allemand. Le mystère est de comprendre pourquoi la forêt grouille d’uniformes des Waffen SS et de nazis galonnés. Et pourquoi ils recherchent un soldat allemand qui a déserté ?

Lorsque la Grande Histoire est ramenée à une petite histoire, à hauteur d’Homme, cela permet de mieux toucher le public. Bien entendu, les soldats que nous croiserons n’ont jamais existé, du moins, pas leurs noms ou leurs faits, mais ce que l’histoire raconte, c’est une partie de la Grande Histoire.

Les enfants juifs ayant échappé à une rafle et cherchant leurs parents, les hommes engagés contre leur gré dans l’armée allemande (les « Malgré Nous »), les soldats américains (d’origine allemande), perdus dans la neige, trouvant refuge dans une ferme isolée, les faits des Einzatsgruppen, le génocide par balles, ce sont des faits qui ont eu lieu.

Incorporés au scénario de ce diptyque, ils permettent de nous donner une vision globale de ce que fut cette période de guerre, de nous donner des personnages à qui s’attacher, à suivre et pour qui on croisera les doigts pour qu’ils s’en sortent (pas le chef nazi).

Cela faisait longtemps que j’avais lu ce diptyque, mais je ne m’en souvenais plus. Comme quoi, ranger une de ses biblios, cela permet de retrouver des trésors enfouis depuis trop longtemps (oui, une fois de plus, j’ai lu au lieu de ranger).

L’avantage de cette magnifique bédé, c’est qu’elle est complète en 2 albums. Ensuite, on peut soit s’arrêter là, soit poursuivre avec les autres tomes parus. Le scénario est élaboré, l’auteur ayant fait un travail de fou, afin de ne pas faire d’erreur dans les uniformes.

Le suspense est présent, les dessins sont magnifiques, les personnages bien campés, avec ces soldats américains, descendant de colons allemands, qui se battent sous l’uniforme des G.I’s et tenter de s’en sortir dans cette neige froide, alors qu’il y a des nazis et des soldats allemands dans le coin.

Un bien bel album, incorporé dans un joli coffret cartonné. Encore une fois, j’ai bien fait de remettre de l’ordre dans cette biblio et de ressortir cette pépite, dont j’ai lu le deuxième album de suite.

Retour de flammes – Tome 2 – Dernière séance : Laurent Galandon et Alicia Grande

Titre : Retour de flammes – Tome 2 – Dernière séance

Scénariste : Laurent Galandon
Dessinateur : Alicia Grande

Édition : Glénat (24/02/2021)

Résumé :
Paris, 1941. Le pyromane détruisant les pellicules de films allemands et l’assassin de Victoire courent toujours.

À travers son exploration des milieux interlopes du spectacle sous l’Occupation, le commissaire Engelbert Lange voit resurgir de vieux démons.

Hanté par le fantôme de sa mère qui l’avait abandonné pour tenter une carrière de comédienne et espionné de près par la Gestapo, pas facile de garder la tête froide pour résoudre cette double-enquête digne d’un film de Clouzot…

À travers ce polar historique bien ficelé et dessiné par la prometteuse Alicia Grande, Laurent Galandon nous fait arpenter les rues d’un Paris occupé où le cinéma peut aussi bien servir à contester le pouvoir qu’à le maintenir.

Critique :
C’était la dernièr’ séquence ♪ C’était la dernièr’ séance ♫ Et le rideau sur l’écran est tombé ♫ (*)

Et oui, avec ce second album, les réponses seront données, mais ce sera aussi la dernière séance, celle où la projection s’arrête.

Le passé du commissaire Lange est révélé et je comprends mieux pourquoi il avait tant de haine envers le monde du cinéma. À sa place, nous aurions fait de même.

Le scénariste évite aussi le manichéisme des acteurs/actrices tournant pour la Continental, firme allemande, juste pour les cachets juteux qu’ils reçoivent : lorsque le producteur Greven (un allemand) veut quelqu’un ou quelque chose pour ses films, il ne recule devant rien et bien des acteurs/actrices n’ont pas eu le choix de refuser.

Pourtant, il n’est pas tout à fait noir, plutôt en nuances de gris, comme bien des personnages de ce diptyque, ce qui les rend terriblement réalistes.

Les choses s’accélèrent dans ce tome, l’enquête fait de grands pas et j’ai été scotchée par la résolution, tant je n’avais rien vu venir !

Le scénariste est aussi allé un peu plus loin qu’une résolution à la « Colonel Moutarde avec le briquet dans la cabine de projection ». C’est plus profond que ça, plus réfléchi dans l’esprit du Commissaire Lange, qui, contrairement à son nom, laissera passer ce que d’autres auraient retenu.

Cela le rend plus humain aussi. Et sa partie de bras de fer avec Greven était très bien menée aussi, bravo l’ami !

♫ La lumière s’éteint déjà et le film est terminé… ♪

Ces deux bédés, qui se déroulaient dans le milieu du cinéma et à Paris sous l’Occupation de 1941, étaient véritablement bien menées. Comme quoi, ceux qui disent du mal des bédés (que ce sont pour les enfants), se trompent lourdement.

(*) Eddy Mitchell – La dernière séance

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°150], Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°32] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 62 pages).

Retour de flammes – Tome 1 – Premier rendez-vous : Laurent Galandon et Alicia Grande

Titre : Retour de flammes – Tome 1 – Premier rendez-vous

Scénariste : Laurent Galandon
Dessinateur : Alicia Grande

Édition : Glénat (05/02/2020)

Résumé :
Le cinéma est une arme de guerre. Paris, sous l’Occupation, septembre 1941. Un incendie dans le cinéma Le Concordia détruit la pellicule d’un film de propagande nazi.

Chargé de résoudre l’affaire, le commissaire français Engelbert Lange découvre sur les lieux qu’il est surveillé par la Gestapo.

Car c’est la deuxième fois qu’un acte similaire est perpétré dans la capitale, les autorités allemandes prennent donc la chose très au sérieux : la piste terroriste est privilégiée. Son enquête va conduire Lange dans le monde du 7e Art. Il va découvrir l’intensité créatrice et le vent de liberté qui subsistent dans un Paris sous tension.

Mais entre la pression de ses supérieurs et celle de l’occupant, il va surtout devoir rendre des comptes… et voir resurgir de vieux démons.

À travers ce polar historique bien ficelé et dessiné par la prometteuse Alicia Grande, Laurent Galandon nous fait arpenter les rues d’un Paris occupé où le cinéma peut aussi bien servir à contester le pouvoir qu’à le maintenir.

Une enquête en deux volumes.

Critique :
Dans le film « La cité de la peur », un mystérieux assassin tuait les projectionnistes qui projetaient le film « Red is dead », un film d’horreur nanardesque. C’était délicieusement décalé.

Ici, c’est différent : un mystérieux type détruit des films de propagande nazi. Nous ne sommes pas dans une comédie, mais en 1941, sous l’Occupation.

Un agent de la police secrète allemande demande au commissaire Lange d’éponger cette affaire avant qu’il n’y ait des fuites et que les gens évitent les cinémas et ses merveilleux films allemands ! C’est de l’ironie de ma part, bien entendu, ce n’en est pas du fridolin qui cherche surtout un coupable Juif.

Le graphisme est très beau, les dessins sont réalistes, coloriés dans des tons pastels, assez clairs. Bref, c’est un bel objet.

Comme le commissaire Lange, nous sommes des néophytes en matière de cinéma des années 40, heureusement, en même temps qu’une personne le renseignera, nous pourrons en apprendre plus de notre côté et se coucher moins bête.

Le scénariste a fait du bon boulot en amenant des détails de la vie à Paris sous l’occupation et les infos sur le cinéma de l’époque de manière subtile, intégrant le tout dans son scénario, dans les dialogues, sans que cela ressemble à un cours. Alicia Grande, la dessinatrice, a bien restitué le tout en images.

Bien des sujets seront mis en lumière dans ce premier album, les uns s’imbriquant dans les autres à la manière des briques de couleurs célèbres, le tout formant une toile cohérente. De plus, notre commissaire n’enquêtera pas que sur le pyromane des bobines de propagandes. Il y a du crime mystérieux aussi.

Les personnages ne sont pas figés, chacun a ses petits secrets, ses bizarreries. Le commissaire décroche le pompon (mais je ne dirai rien de plus), son adjoint, l’inspecteur Goujon fera fort lui aussi, sa voisine Clothilde n’est pas en reste non plus…

Des mystères, des enquêtes qui doivent se faire avec délicatesse pour ne pas froisser les copains des dignitaires nazis et où le mot « collaboration » peut prendre plusieurs sens, bon comme mauvais.

Le résultat est que le premier tome est instructif tout en étant addictif. Nous sommes face à des enquêtes dont les mystères sont aussi épais qu’une bottine allemande et avec des personnages qui nous cachent bien des petits secrets inavouables…

Bien des personnages connus se retrouveront croqués dans ce premier album, dont Tino Rossi qui ne chantait pas « petit papa Noël » à la table des officiers allemands ou le réalisateur Clouzot qui ne faisait qu’une seule prise puisque les mètres de pellicule étaient comptés, ainsi que Danielle Darrieux et Fernandel chez Maxim’s.

Une bande dessinée sur une période sombre de l’Histoire et ce ne sont pas les projecteurs du cinéma qui vont lui donner de la lumière, vu que le régime de Vichy a créé le C.O.I.C (Comité d’Organisation de l’Industrie Cinématographique) afin de contrôler la production cinématographique…

Sans compter qu’il fallait correspondre aux exigences de Goebbels qui voulait que les français se contentent de films creux, de sornettes légères, de films inconsistants, comme les producteurs de films faisaient déjà puisque soumis à la censure vichyste.

Une belle découverte, une fois de plus et je m’en vais de ce pas lire le second tome (c’est un diptyque) afin de découvrir ce qu’il se cache derrière tous ces mystères…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°138], Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°20], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 64 pages), et Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Espagne).

 

Le magicien d’Auschwitz : José Rodrigues dos Santos

Titre : Le magicien d’Auschwitz Comment celui que l’on surnommait le Grand Nivelli a survécu à l’enfer

Auteur : José Rodrigues dos Santos
Édition : Hervé Chopin (08/04/2021)
Édition Originale : O Mágico de Auschwitz (2019)
Traduction : Adelino Pereira

Résumé :
Prague, 1939. Les Allemands envahissent la Tchécoslovaquie où se sont réfugiés Herbert Levin, sa femme et son fils pour fuir le régime nazi.

Le magicien, qui se fait déjà appeler le « Grand Nivelli » est très vite remarqué par les dirigeants SS fascinés par le mysticisme et les sciences occultes.

Léningrad, 1943. Le jeune soldat Francisco Latino combat pour Hitler au sein de la Division bleue espagnole. Ce légionnaire réputé pour sa brutalité se fait remarquer durant le siège russe. Les SS décident de l’envoyer en Pologne où les enjeux sont devenus prioritaires.

Ni Herbert Levin, ni Francisco Latino ne savent encore que leurs destins vont se croiser à Auschwitz. Un destin qui va dépasser leur propre histoire.

Critique :
Herbert Levin, connu sous son nom de scène du Grand Nivelli est un illusionniste, un magicien et il est Juif… Il a fui Berlin, s’est réfugié en Tchécoslovaquie et pensait mener une vie tranquille, loin des folies des nazis.

Pas de chance, cette maudite engeance ne s’est pas privée de montrer à tout le monde qu’elle n’avait peur de personne…

L’armée allemande s’est même permise le luxe de faire tout ce que le traité de Versailles lui interdisait de faire et sans recevoir de plus fort qu’un froncement de sourcils de la part des autres pays…

Ce que j’ai apprécié le plus dans ce roman, c’est le réalisme et le travail de documentation que l’on sent derrière le récit. Les réactions des gens collent à la réalité et le lecteur s’immerge assez vite dans les décisions iniques prisent par les nazis envers les Juifs. Niveau restrictions, ils ont tout eu, tout vu… Ils ne savent pas encore qu’on peut faire pire.

D’un côté nous suivons le Grand Nivelli et sa famille, aux proies avec les restrictions de liberté (et de tout), pensant que tout va s’arranger et que les nazis ne pourront pas faire tout et n’importe quoi. Lorsque l’on connait l’Histoire, on a les tripes qui se nouent mais on sait très bien qu’à l’époque, on n’aurait jamais cru que cela irait aussi loin dans l’horreur.

En parallèle, nous suivons aussi les pas de Francisco Latino, légionnaire portugais qui s’est battu en Espagne durant la guerre civile aux côtés des nationalistes de Franco et qui se sent en dette avec l’Allemagne et part combattre sur le front russe dans une division composée de volontaires, l’Espagne n’étant pas entrée en guerre.

On se doute qu’à un moment donné, les destins de nos deux personnages vont se télescoper mais l’on ne sait ni où, ni quand. Une chose est sûre, ce ne sera pas dans la neige et le froid du front russe où l’on va cailler des billes aux côtés de Francisco et de son ami Juanito.

Bref, le côté réaliste n’est pas à remettre en cause, ni le travail de documentation qui se trouve derrière, ni même le fait que le lecteur en apprendra un peu plus sur les nazis et leur folie de l’ésotérisme poussé jusqu’à l’imbécilité.

D’un côté, ils sont hyper rationnels dans leur méthode d’extermination et de l’autre, ils croient à l’astrologie, à l’Atlantide avec sérieux, aux dieux Wotan et Thor, ainsi qu’à la société de Thulé, se contredisant dans leurs discours, dans leurs manières de faire, sans que cela leur posent le moindre problème…

Là où le bât a blessé, c’est au départ du récit car je n’arrivais pas à m’attacher à Levin (Le Grand Nivelli) et il m’a fallu une bonne cinquantaine de pages avant que la magie opère avec lui. J’ai mis du temps aussi avec Francisco et c’est seulement sur le front russe que le personnage s’est révélé plus profond que je ne le pensais.

L’arrivée du camp d’Auschwitz ne se fera qu’au deux-tiers du récit (dans la troisième partie)… Sous-titré « Comment celui que l’on surnommait le Grand Nivelli a survécu à l’enfer », je trouve que c’est exagéré car notre illusionniste n’exécutera qu’un seul tour afin de montrer à un ami qu’il n’a pas perdu la main et ce, dans les dernières pages du récit…

Lorsque le mot « fin » est apparu, il m’a semblé venir trop brusquement car il laissait tout le monde en plan et notre Grand Nivelli n’avait pas encore réussi à survivre à l’enfer… Ouf, il y aura une suite, mais j’aurais aimé le savoir dès le départ…

Le sous-titre aurait pu être plus sobre car là, il vend une chose qui n’arrivera pas dans ce premier tome, Nivelli n’ayant même pas encore commencé à organiser, comme on dit là-bas…

Il n’est pas facile d’écrire un livre qui se déroule en partie dans le camp de travail d’Auschwitz I et en faible partie dans celui de Birkenau, bien plus inhumain que l’autre (oui, il est toujours possible de faire pire).

Pas évident non plus, dans les dialogues, de faire parler des nazis qui exposent leur point de vue sur ces horreurs et d’entendre que pour eux, c’est comme couper une jambe atteinte de gangrène afin de sauver le reste du corps… On pourrait croire que ça leur fait autant d’effet que de trier les fruits pourris afin de préserver les sains…

Pourtant, on apprendra que certains se sentirent mal au départ, que d’autres s’évanouirent, même les grands dirigeants, car au départ, ce n’est pas facile, puis, on s’habitue, selon notre guide dans le camp.

Le plus horrible, c’est que même les prisonniers s’habituent à l’indicible et ne sursautent plus, ne cillent plus, devant ceux ou celles qui se suicident en se jetant sur la clôture de haute-tension, passant à côté des corps sans que cela leur fasse quelque chose, ils en ont tellement vu.

Ce n’est pas la première fois que je lis ça et mes tripes se nouent toujours car je me doute que dans la situation, je ne m’en ferais plus à force de voir des corps morts.

L’Homme s’habitue à tout, même à l’indicible et ça, ça fait froid dans le dos, même si c’est une forme de protection, comme ces témoins qui furent prisonniers dans des camps et qui ont effacé les violences de leur mémoire.

La postface est intéressante aussi car l’auteur assène une vérité que trop souvent nous oublions : seuls les témoins survivants peuvent parler, les morts, eux, ne peuvent rien raconter. Personne ne saura ce qui s’est passé dans la tête des gens entrés dans une chambre à gaz, lorsqu’ils ont compris que…

On ne peut que l’imaginer, mais personne ne pourra jamais en témoigner car pas de survivants. Ce n’est pas pour autant qu’il ne faut pas en parler, ce n’est pas parce que certains camps n’ont eu aucun survivants qu’ils sont moins importants que les autres. Mais les morts sont toujours silencieux…

Un roman historique qui mêle la fiction avec la réalité, les personnages fictifs croisant les réels et qui nous parle de ces nazis fanas d’ésotérisme et de théories totalement farfelues, dingues, mais auxquelles ils croyaient dur comme fer. Rien n’a changé, certains racontent encore des imbécilités et on les écoute, on les croit…

Et cela mène à des horreurs telles que les camps d’extermination. L’auteur ne se contente pas d’accuser les nazis des horreurs commises, mais par l’entremise de notre guide dans Birkenau, il mettra aussi dans l’accusation les autres pays qui ont regardé leurs pieds, se contentant de faire des leçons de morale mais n’agissant pas, comme nous le faisons toujours.

On pourrait croire que c’est un énième roman sur la shoah, mais non, il est différent sans pour autant trahir l’époque, les faits, l’Histoire. C’est plusieurs histoires dans l’Histoire et c’est toujours bouleversant.

PS : on apprend aussi que pour ce qui est des motifs d’arrestation, l’arbitraire et l’imagination sont toujours au pouvoir… Comme cet homme, prisonnier du camp d’Auschwitz pour « sabotage »… Il avait acheté une patate dans la rue. Peut-être quelque part, à cette époque, il existait un livre secret que l’on se passait sous le manteau et intitulé « Comment foutre en l’air la machine nazie avec une patate » ?? Un tuto en version papier et non You Tube…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°253] et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.

Bratislava 68, été brûlant : Viliam Klimáček

Titre : Bratislava 68, été brûlant

Auteur : Viliam Klimáček
Édition : Agullo (2018)
Édition Originale : Horuce Leto 68 (04/10/2011)
Traduction : Richard Palachak et Lydia Palascak

Résumé :
Nous sommes une nation condamnée à la tendresse. On nous envahit facilement. Au printemps 1968, le parti communiste tchécoslovaque expérimente le « socialisme à visage humain ».

La censure est interdite, les frontières s’ouvrent vers l’Ouest, les biens de consommation font leur apparition…

Un vent de liberté souffle sur le pays. Cet été là, Alexander et Anna montent dans leur Skoda Felicia, un cabriolet flambant neuf, pour rejoindre leur fille Petra à Bratislava où elle vient de terminer de brillantes études de médecine.

Tereza, fille d’un cheminot rescapé des camps de concentration et d’une éditrice à la Pravda qui ont longtemps accueilli des réfugiés hongrois de 1956, séjourne dans un kibboutz en Israël pour renouer avec sa culture juive.

Jozef, pasteur défroqué pour avoir refusé de dénoncer des paroissiens auprès du Parti, fait ses premières armes à la radio.

Dans la nuit du 20 au 21 août, tandis que les tanks soviétiques envahissent la ville, le destin de ces trois personnages et de leurs familles va basculer.

Pendant quelques heures, la frontière avec l’Autriche reste ouverte, Vienne est à une heure de train. Chacun devra alors faire un choix : partir ou rester ?

Fuir la violence ou résister à l’oppresseur ?

Critique :
Il est des livres où dès les premières lignes, vous êtes conquis(e), vous rentrez dedans et vous sentez aussi bien que dans des charentaises confortables.

Ce fut le cas ici, je me suis coulée dans le récit, j’ai adhéré aux différents personnages, comme si je les connaissais depuis longtemps.

L’auteur s’est basé sur des témoignages d’exilés Slovaques pour bâtir son récit et on le ressent bien car il y a du réalisme, du vécu, même s’il a changé les noms et mélangé plusieurs destinées.

Au départ, tout va bien. On fait la rencontre des nos personnages principaux, on découvre la vie en Tchécoslovaquie, sous le règne des Socialistes qui en pratique un qui n’a de socialisme que le nom.

À choisir, je préfère encore la Gauche Caviar que ce communisme qui, une fois de plus, empêche ses citoyens de découvrir le monde et le garde prisonnier d’un rideau de fer, isolant le bloc de l’Est (lorsque j’étais gamine, je pensais que c’était un vrai rideau de fer, après, on m’a expliqué… Vous imaginez la taille du rideau ?) de celui de l’Ouest, dirigé par des salopards de capitalistes.

Tels des parents castrateurs empêchant leurs rejetons d’aller voir sur la palier de l’appart, ou sur la rue, devant la maison, les dirigeants communistes sont d’une sévérité immonde, d’une imbécilité crasse, d’un illogisme débile, préférant laisser la possibilité à des crétins de faire des études, empêchant les bons éléments, les premiers de classe, aller à l’université, vous déclarant incompatible parce que votre ancêtre était un grand capitaliste  (il possédait un petit atelier de couture)…

Ces derniers temps, je bouffe du communisme, que ce soit celui de l’Archipel de Soljenitsyne (Russie), celui de la dynastie Kim (Corée du Nord) et maintenant, celui de la Tchécoslovaquie et pas un pour relever l’autre. Je découvre toujours des saloperies au fur et à mesure de mes lectures. Fin de la parenthèse.

La plume de l’auteur est primesautière, presque, agréable à suivre, teintée d’ironie aussi. Il vous emmène dans ce récit, commençant gentiment, doucement, mais sans masquer les imbécilités du parti au pouvoir, des restrictions que les citoyens subissent, du fait qu’il faut adhérer au parti pour espérer évoluer dans la société (même si le parti avait exécuté ses propres membres) et gare à ceux dont les ancêtres étaient des Koulak ou des vilains capitalistes.

Anna, Alexander, Petra, Jozef, Erika, Tereza, Anna vivaient leur petites vies avant le basculement et l’entrée des chars russes en août 68. Que faire ? Fuir pendant qu’il est encore temps ou rester ? Et si fuite il y a, quelles conséquences auront-elles sur les familles restées au pays ?

Ce roman noir, je l’ai dévoré, mais avec lenteur, prenant bien le temps de m’imprégner des atmosphères, des contradictions des personnages, de leurs peurs, de leurs déboires, de leur envie de liberté. Leur exil, je l’ai ressenti dans mes tripes, les imaginant tout laisser derrière eux, souvenirs, maisons et familles…

Sans sombrer dans le pathos gratuit, l’auteur a su insuffler des émotions fortes dans ses familles qui furent déchirées, qui prirent les chemins de l’exil, quasi le cul nu, laissant une partie des leurs derrière eux, aux mains d’un pouvoir qui n’aiment pas voir les siens partir ailleurs, passer le rideau.

Ou que vous alliez, ils suivent vos dires et peuvent encore vous toucher en plein coeur en vous culpabilisant car à cause de votre départ, le pays a eu du mal à continuer à produire… Ils diront que vous êtes un vilain, un non patriote, que le pays vous a tant donné, à vous, à votre famille et qu’en retour, ingrat que vous êtes, vous avez fui !

Après votre lâche fuite, notre production s’est tassée temporairement. Dire que pendant des années vous avez fait semblant d’être un homme qui aime son travail et sa ville natale… nous ne croyons plus que vous ayez été sincère. Vous étiez un bon spécialiste, certes, vous avez cependant renoncé à votre mission au plus mauvais moment.

Quel est le bon moment pour se rappeler que la patrie a des tentacules partout, contre lesquels on ne peut que gémir jusqu’à la folie ?

Pas de chapitre pour ce roman, mais des actes, comme dans une pièce de théâtre, comme des témoignages que l’on mettrait bout à bout pour en faire un tout qui tient parfaitement la route, qui nous montre un Monde aux antipodes du nôtre ou, malgré tout, nous avons toujours des libertés, dont celle de quitter le pays (hors pandémie) et d’en dire tout le mal qu’il nous sied.

L’auteur ne perd pas de temps en détails paysagers ou en descriptions graphique de ses personnages, mais il va à l’essentiel et donne à ses lecteurs/lectrices une fameuse piqûre de rappel, des fois que nous penserions que 68, c’est juste des pavés sous la plage… Pardon, que sous les pavés, il y avait la plage et des manifestations estudiantines.

Dans ce roman noir, dans ces témoignages que l’auteur a transformés en fiction, toutes ressemblances avec des personnes existant ou ayant existées n’est pas fortuite du tout. Elle est réelle.

Ces 50 tableaux racontent des petites histoires dans la grande, mais font intégralement partie de la grande Histoire aussi. Ils sont importants pour que l’on n’oublie pas la chance que nous avons de vivre où nous sommes, même si tout n’est jamais rose.

Un magnifique roman, une fois de plus.

Dans ce roman, j’omets volontairement la description des personnages et des paysages. Je les saute à votre place. Lecteur, je les ai toujours survolés et je vous imagine un peu comme moi, pour cette raison j’espère que ce rembourrage ne vous manquera pas.

L’homme sait qu’il est en train de vivre l’Histoire. Il sait que sa femme, son fils, lui et son pays sont le beurre, et l’Histoire, le couteau. Et que quelqu’un l’étale sur une tranche de pain et s’apprête à y mordre.

Avant même qu’elle passe le bac, le comité du parti communiste du lycée déclara qu’Erika n’était pas autorisée à faire des études supérieures. On était en 1960. Elle était « incompatible » : son père avait été dentiste dans le privé et un autre membre de sa famille avait été un grand capitaliste. Entendez par là qu’il avait eu un petit atelier de couture. Bien que leurs biens aient été pillés par l’État, que leur cabinet et leur atelier appartiennent désormais au peuple entier, les enfants continuaient de souffrir du fait que leurs parents n’avaient pas été des pauvres types, mais des personnes qui avaient réussi.

Ainsi, Jozef Rola était soupçonné de ce qu’il avait combattu toute sa vie, lui qui avait refusé l’ordination pour ne pas trahir ses futurs paroissiens. Ne soyons pas surpris par la réaction de l’évêque. Certes, il était maladroit, mais il se comporta comme tout habitant d’une démocratie du monde, comme l’équipe du film américain, comme chaque étranger qui nous a posé cette question durant des dizaines d’années, dont la réponse leur était incompréhensible : pourquoi votons-nous pour ces communistes que nous ne cessons de décrier ? Chacun de nous est conditionné par un système de pensée différent, ils ne peuvent pas nous comprendre, tout comme d’ailleurs nous ne comprendrons jamais les gauchistes de l’Ouest ou les jeunes maoïstes de Paris. Avec notre vécu, on ne peut pas sympathiser avec les révolutionnaires de café. Si on les avait expropriés de leurs magasins, chassés de leurs appartements ou si on avait envoyé leurs propres pères dans les mines d’uranium, peut-être qu’ils comprendraient.

Ils remplaçaient les gens. Pièce par pièce. Tu acceptes ? Tu signes et tu restes. Tu n’acceptes pas ? Pars. Qui ne hurle pas comme un loup avec nous hurle contre nous.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°193] et Le Mois du Polar – Février 2021chez Sharon [Fiche N°19].

 

Tout pour la patrie : Martín Caparrós

Titre : Tout pour la patrie

Auteur : Martín Caparrós
Édition : Buchet/Chastel Littérature étrangère (06/02/2020)
Édition Originale : Todo por la patria (2018)
Traduction : Aline Valesco

Résumé :
Buenos Aires, 1933. L’Argentine est ravagée par la crise, et seul le football semble capable d’enthousiasmer une population à genoux.

Soudain, le pays tout entier retient son souffle : Bernabé Ferreyra, la star du ballon de l’époque, a disparu. Andrés Rivarola, dit Petit, un travailleur à la petite semaine – accessoirement ami du dealer de Ferreyra –, se lance à sa poursuite.

Mais un assassinat dans un quartier du nord de la ville menace de faire basculer l’affaire en scandale national…

Critique :
L’Argentine des années 30… Il y a une fascination pour le régime d’Hitler dans ce gouvernement qui est très à droite, ainsi qu’une passion pour le foot qui semble déjà puer la corruption à plein nez.

Rivarola, le personnage principal, est un être désabusé, un peu cynique, chômeur, copain avec un petit dealer qui voudrait bien qu’il l’aide à retrouver le joueur de foot Bernabé Ferreyra qui a disparu alors qu’il lui doit de l’argent.

Son enquête ne se passera pas comme prévu et un meurtre plus tard, Rivarola va se transformer en enquêteur. Pas par amour de l’énigme, juste parce qu’il voit là une manière de s’en sortir financièrement.

Nous sommes dans un pays corrompu jusqu’à la moelle, alors, un de plus ou un de moins…

J’ai aimé le portrait au vitriol d’une société et d’un pays vérolé par la corruption qui touche même le foot où les dirigeants des clubs se font des couilles en or avec l’argent que les pauvres gens dépensent pour venir voir des matchs et penser à autre chose qu’à leur misère.

Mais… Ben oui, il est là… Si au départ j’ai souri devant ces portraits d’hommes flemmards, désabusés (Rivarola et le Moineau) à un moment donné, le roman et moi sommes partis dans des directions différentes et jamais plus jamais nous ne nous sommes rejoints.

Est-ce que cela a tenu dans la manière d’écrire les dialogues ? Aux personnages dans lesquels je ne me suis jamais trouvée ? Manquait-il quelque chose au récit pour lui donner le goût de reviens-y ?

Sans doute un peu de tout cela car à un moment donné, j’ai décroché et c’est de manière lointaine que j’ai suivi le fil de l’enquête, n’arrivant même pas à m’indigner du final qui illustrait pourtant bien l’imbécillité et le fanatisme fait homme.

Au suivant !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°221 (B??) et Le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 06].

 

La Nuit sous le pont de pierre : Léo Perutz

Titre : La Nuit sous le pont de pierre

Auteur : Léo Perutz
Édition : Le Livre de Poche Biblio (1990)
Édition Originale : Nachts unter der steinernen brücke (1953)
Traducteur : Jean-Claude Capèle

Résumé :
« La belle Esther, l’épouse de Mordechai Meisl, s’éveilla dans sa maison de la place des Trois-Fontaines. La lumière du soleil matinal tombait sur son visage et donnait à ses cheveux des reflets rougeâtres… C’était un rêve ! murmura-t-elle. Et nuit après nuit, c’est toujours le même ! Quel beau rêve ! Mais, loué soit le Créateur, ce n’est qu’un rêve. »

Roman des amours irréelles, roman d’une ville disparue, roman d’une société enchanteresse : dans « La Nuit sous le pont de pierre », Leo Perutz ressuscite, avec une maestria digne des kabbalistes qu’il met en scène, la Prague du XVIIe siècle.

Quatorze tableaux pour peindre les amours merveilleuses de la belle Esther et de l’Empereur, et pour magnifier un monde extravagant, empli de bouffons, d’astrologues, d’alchimistes et de courtisans fébriles, où s’entrelacent les passions.

Critique :
Les nouvelles ne sont pas mon genre littéraire préféré car elles me laissent souvent un goût de trop peu, mais je ne pourrai pas me plaindre de cette frustration dans ce roman.

Un début, une fin, du développement et pas cette sensation de vide lorsqu’on arrive à la dernière ligne de l’histoire.

Non seulement l’auteur a réussi ce tour de force, mais en plus, toutes les histoires s’entremêlent…

Donc, au fil des pages, on retrouve certains des personnages, avec toujours, au centre de tout, le banquier usurier Mordechai Meisl et l’empereur Rodolphe II, roi de Bohème, souverain du Saint-Empire romain germanique.

Rodolphe… L’empereur fantasque qui ne paie pas ses dettes et qui dépense sans compter pour acquérir des tableaux. Bref, le genre de souverain qu’on n’a pas envie d’avoir. Dépensier, mais aussi colérique et qui n’assume pas sa tâche. Encore un qui est payé à ne rien foutre.

Dans les rues de Prague, on entre souvent dans le quartier Juif, de nuit comme de jour et s’il n’est pas question d’argent, d’or ou de cuivre, il est question de magie, de fantastique, de kabbale, de rites secrets et de mysticisme.

Les nouvelles s’enchaînent et hormis quelques unes, sur la fin, que j’ai moins aimé, tout le reste est passé comme une lettre à la poste, un jour où elle bosse, la Poste, bien entendu.

Si la lecture de la première nouvelle laisse le lecteur un peu perdu, ne comprenant pas tout, la lecture des suivantes lui apportera les éclairages nécessaires, mais toujours avec des touches de fantastiques.

Une lecture dont je n’attendais rien, mais qui m’a donné plus que prévu. Une atmosphère délicieusement gothique, fantastique, et une visite de la Prague du XVIème siècle, nous faisant arpenter le quartier Juif, qui fut détruit pour cause d’insalubrité.

Retour à Birkenau : Ginette Kolinka (avec Marion Ruggieri)

Titre : Retour à Birkenau

Auteurs : Ginette Kolinka (avec Marion Ruggieri)
Édition : Grasset Documents français (09/05/2019)

Résumé :
« Moi-même je le raconte, je le vois, et je me dis c’est pas possible d’avoir survécu… »

Arrêtée par la Gestapo en mars 1944 à Avignon avec son père, son petit-frère de douze ans et son neveu, Ginette Kolinka est déportée à Auschwitz-Birkenau : elle sera seule à en revenir, après avoir été transférée à Bergen-Belsen, Raguhn et Theresienstadt.

Dans ce convoi du printemps 1944 se trouvaient deux jeunes filles dont elle devint amie, plus tard : Simone Veil et Marceline Rosenberg, pas encore Loridan–Ivens.

Aujourd’hui, à son tour, Ginette Kolinka raconte ce qu’elle a vu et connu dans les camps d’extermination. Ce à quoi elle a survécu. Les coups, la faim, le froid. La haine. Les mots. Le corps et la nudité. Les toilettes de ciment et de terre battue. La cruauté.

Parfois, la fraternité. La robe que lui offrit Simone et qui la sauva.

Que tous, nous sachions, non pas tout de ce qui fut à Birkenau, mais assez pour ne jamais oublier ; pour ne pas cesser d’y croire, même si Ginette Kolinka, à presque 94 ans, raconte en fermant les yeux et se demande encore et encore comment elle a pu survivre à « ça »…

Critique :
Des livres sur les camps d’exterminations et/ou de concentration, j’en ai lu assez bien dans ma vie.

Certains étaient tellement horrible à lire qu’ils ont terminé dans le freezer avant de repartir dans la biblio et ne plus jamais en sortir.

C’est donc toujours en respirant un grand coup que je me plonge dans ces heures noires et sanglantes que furent l’extermination d’êtres humains durant la Seconde Guerre Mondiale.

Si je devais résumer le récit de madame Kolinka, je dirais « sobriété » car il reste sobre comparé à d’autres romans qui décrivent ce que les Juifs et autres subirent dans les camps, mais malgré cette sobriété dans son témoignage, il est tout de même d’une force qui te pète encore et toujours dans la gueule, même si tu sais…

Avec force et en peu de mots, elle nous décrit la faim, la soif, le froid, la crasse, les coups, les brimades, les privations, le travail harassant, les ordres gueulés, les kapos, les maladies, les morts, les disparus, les fouilles…

Une fois de plus, en lisant, j’ai vu des images que mes yeux aimeraient ne plus jamais voir (vœu pieu), une fois de plus, j’ai ressenti les souffrances dans ma chair car j’ai pensé à ce que je pourrais ressentir si c’était moi et ma famille qui vivions cette horreur sans nom.

Une fois de plus, j’ai perdu pied… Puis je me suis raccrochée parce que le récit était beau, malgré les quelques horreurs qu’il décrivait, parce qu’il était profond, fort, empreint de tendresse et que cette dame accompagne des jeunes à Birkenau pour leur expliquer, pour témoigner, pour que l’on ne dise pas « je ne savais pas ».

Cette dame, je l’avais entendue parler de son livre à La Grande Librairie (émission dangereuse pour la PAL) et ce qui le tourmentait, c’était que le camp de Birkenau, de nos jours, au printemps, c’était beau car rempli de fleurs, d’herbes…

La crasse des latrines avait été nettoyée et qu’il était difficile pour ceux qui n’avaient pas vu ça, d’imaginer ce que le camp était en 40-45.

Une autre aussi l’étonne : personne ne lui pose des questions sur les privations alimentaires mais bien des gens lui demandent si elle avait croisé Hitler durant son séjour… Pas vraiment le genre de questions que je poserais.

Sans entrer dans les détails, l’auteure survole les années de bonheur avant les années de l’horreur et celles qui suivirent son retour dans sa famille, sans son père, sans son petit frère, sans non neveu…

Comme je vous le disais, c’est sobre, pas trop détaillé dans l’horreur, sans fioritures aucune, sans apitoiement car elle désire juste témoigner, raconter ce qu’elle a vu, vécu.

Un récit tout en sobriété, tout en force, tout en humilité, tout en émotions.

Un récit que l’on lit d’un coup, sans relever la tête, avec les tripes nouées et une boule au fond de la gorge car ceci n’est pas une fiction, mais une réalité.

Un récit bouleversant mais accessible aux âmes les plus sensibles car il n’explore pas en profondeur la noirceur de l’Humain en cette Seconde Guerre Mondiale et dans ces camps de la mort.

Un récit qui restera dans mon coeur, comme bien des autres.

Entrée de Birkenau (Auschwitz II), vue depuis l’intérieur du camp

Le garçon en pyjama rayé : John Boyne

Titre : Le garçon en pyjama rayé

Auteur : John Boyne
Édition : Folio Junior (2006) / Gallimard (2009)
Édition Originale : The Boy in the Striped Pajamas (2006)
Traducteur : Catherine Gibert

Résumé :
Vous ne trouverez pas ici le résumé de ce livre car il est important de le découvrir sans savoir de quoi il parle. On dira simplement qu’il s’agit de l’histoire du jeune Bruno que sa curiosité va mener à une rencontre de l’autre côté d’une étrange barrière. Une de ces barrières qui séparent les hommes et qui ne devraient pas exister.

Critique :
Nous qui savons, comment aurions-nous perçu les horreurs des camps de concentration de la Seconde Guerre Mondiale si nous avions été des enfants ?

Sûrement pas de la même manière que nous les percevons alors que nous sommes des adultes et que nous avons « vu » les images.

Donc, transposons-nous dans la peau d’un gamin de 9 ans qui voit déambuler, de la fenêtre de sa chambre, des gens qui portent des pyjamas.

C’est cool de passer toute sa journée en pyjama en plus, il y a plein d’autre enfants, de l’autre côté des barbelés et Bruno, il s’embête dans sa nouvelle maison de Hoche Vite… Ah, mon pauvre Bruno, si tu savais…

Voilà un petit livre qui percute et qui tord autant les tripes que si tout était expliqué noir sur blanc.

Aux travers des yeux d’un enfant, le petit Bruno, nous allons percevoir ce que ses yeux de gamin voient au loin, derrière les barbelés.

Au travers de son innocente et de son nombrilisme (il a 9 ans), nous allons comprendre de quoi il s’agit et nos connaissances nous permettrons de traduire le tout avec une facilité déconcertante, mais elle fait encore plus mal car nous sommes face-à-face avec un gamin qui ne comprend pas parce qu’on ne lui a rien expliqué.

Le récit s’inscrit bien dans ce qu’un enfant de cet âge pourrait penser, écrire, dire… Bruno est un petit garçon qui ne s’exprime pas avec des phrases savantes qui ne correspondent pas à son âge. Cette candeur ajoute une dimension tragique au récit qu’il nous fait puisque nous, nous savons.

Pas de violence, mais malgré tout, elle est là, cachée dans le récit de Bruno, alors que lui ne pense que nous conter les banalités de son quotidien. Il a 9 ans et perçoit le monde au travers du prisme de son âge et jamais il ne se rendra compte de ce que Schmuel lui raconte, à mots couverts.

Je n’en dirai pas plus, j’en ai déjà trop dit, parce que ce petit livre, il faut l’ouvrir vierge de tout résumé, de toute chronique, de toute informations.

C’est fort, c’est beau, c’est triste, c’est une toute petite histoire dans l’Histoire mais qui à elle seule résume bien des choses et ne déforme pas la réalité de ces horreurs que des Hommes peuvent faire subir à d’autres, sans même que ça leur pèse, leur coûte, leur remue la conscience…

J’ai refermé ce livre avec un sourire triste tant ce récit était bien écrit, bien pensé, tragique et merveilleux à la fois.

L’adulte que je suis a « compris » depuis longtemps, mais si vous le faites lire à un enfant qui ne « sait pas encore », soyez à ses côtés pour lui expliquer car vu avec leurs yeux d’enfants, ils pourraient, eux aussi, ne pas comprendre, comme le petit Bruno et passer à côté de tout.

Ce roman est une porte d’entrée pour commencer à leur parler ce que certains peuvent faire à leurs semblables et surtout, que ce qui ne devait plus jamais arriver s’est reproduit, encore et encore… Sous nos yeux et nous regardons toujours ailleurs…

 

Les Aventures de Lucky Luke (d’après Morris) – Tome 7 – La Terre promise : Jul & Achdé

Titre : Les Aventures de Lucky Luke (d’après Morris) – Tome 7 – La Terre promise

Scénariste : Jul
Dessinateur : Achdé

Édition : Lucky Comics (04/11/2016)

Résumé :
« Jack la poisse » a un service à demander à son ami Lucky Luke : que celui-ci escorte sa famille de Saint-Louis à Chelm City. La petite troupe quitte la misère de la Pologne pour conquérir sa part du rêve américain.

Bien que le périple doive s’étirer sur 4500 kilomètres, traverser un désert et un territoire indien, le cow-boy justicier accepte sans sourciller.

Jack, dont le véritable patronyme est Jacob Stern, est bien soulagé de ne pas avoir à révéler à ses proches qu’il n’est pas avocat à New York, mais garçon vacher dans le Middle-West.

La mission s’annonce simple et sans encombre. Mais c’est compter sans le fait que Moïshé, Rachel, Hanna et Yankel sont juifs, et que la pratique quotidienne de leur religion est souvent incompatible avec la vie dans l’Ouest sauvage.

Critique :
Je ne pense pas qu’il serait possible, de nos jours, de refaire un film tel que « Rabbi Jacob » et donc, le pari de faire rire avec le judaïsme et l’immigration était un pari osé pour les auteurs.

Rien que pour cela, je saluerai l’idée et la prise de risques, sans compter que les auteurs ont été drôles sans jamais être irrespectueux.

Le judaïsme est décrit dans ses grandes longueurs, dans ce que l’on connait le plus, mais sans jamais être condescendant ou moqueur.

La famille juive des Stern est accompagnée de Lucky Luke comme escorte et c’est tout naturellement qu’ils lui expliquent pourquoi ils ne peuvent pas manger certains aliments ou voyager la nuit de vendredi à samedi.

Si l’humour est présent, c’est hélas par des clins d’oeils à un film connu (Rabbi Jacob) où les auteurs empruntent des répliques célèbres ou alors, des clins d’oeils à d’autre film, comme Star Wars, mais point de calembour maison, comme le faisait le regretté Goscinny, même si Morris ne lui laissait pas trop en faire.

[Lucky Luke] — Quel rêve épouvantable ! Je crois que je ne digère pas la carpe farcie…
[Jolly Jumper] — Méfie-toi du côté obscur de la farce, Luke !

— Comment ? Lucky Luke, vous n’êtes pas juif ?!
— Ben non.
— Lucky Luke n’est pas juif…Ça alors ? Et votre cheval non plus n’est pas juif ?
— Lui non plus, hélas…
— Bon ben, c’est pas grave ! Je vous prend quand même !

Alors oui, on sourit, mais j’aurais préféré des nouveautés, sans pour autant renier les connues, mais bon, on est loin des « Ming Li Foo est voué à la propreté, il vient d’essuyer des coups de feu ! » qui dans le genre, était tout à fait innovant.

Tout comme dans le précédent, « Les Tontons Dalton », cet album n’est qu’un florilège de bons mots connus mais rien de neuf sous le soleil. Dommage.

Je soulignerai juste un calembour d’humour noir fait par Moishé Stern sur les voyages inconfortables que les juifs ont l’habitude de faire… Fallait oser ! Celui sur l’étoile du shérif était plus subtil.

— C’est joli mais euh… tous les juifs d’ici sont-ils obligés de porter une étoile sur leurs vêtements ?
— Ce monsieur est le shérif de la ville, miss Hanna !
— Un juif shérif ?! C’est beau l’Amérique.

Avec des airs d’albums comme « La caravane » (très bon) ou de « La fiancé de Lucky Luke » (très mauvais) nous sommes face à une aventure où, une fois de plus, Lucky Luke doit escorter des gens et les protéger mais sans que l’histoire ne soit trépidante et si l’aventure est plaisante, on attend l’action un peu trop longtemps et elle n’arrive pas vraiment.

Si l’album ne brille pas par sa nouveauté et est très conventionnel, le fait d’avoir placé une famille juive ashkénaze sous la houlette de Lucky Luke est néanmoins neuve et méritait d’être mise en album, j’aurais préféré des nouveaux gags mélangés à des clins d’oeils.

Le juge Roy Bean les accuserait de casus belli, les condamnerait à 50 dollars environ d’amende et les ferait poursuivre par son ours, attachés tous les deux à un arbre, avant de leur faire payer pour qu’ils lui offrent une bière et de les obliger à nous sortir de nouveaux calembours pour l’album suivant !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.