Maus – Intégrale : Art Spiegelman

Maus - Intégrale

Titre : Maus – Intégrale

Scénariste : Art Spiegelman
Dessinateur : Art Spiegelman

Édition :Flammarion (1998)

Résumé :
Art Spiegelman retrace le destin de ses parents, juifs polonais déportés par les nazis, entre 1939 et 1945.

Maus, auquel l’auteur a consacré treize ans de sa vie, est aussi le récit de retrouvailles entre un père et un fils après des années d’incompréhension.

Bande dessinée exceptionnelle par son sujet, Maus l’est aussi par son audience.

Petit Plus : Récompensée par le prestigieux Prix Pulitzer en 1992, l’œuvre de Spiegelman a séduit le public au-delà des amateurs de BD en apportant la preuve de la capacité du genre à s’emparer des thèmes les plus ardus.

Ce volume comprend « Mon père saigne l’histoire » et « C’est là que mes ennuis ont commencé ».

Maus04Critique :
Voilà un album que je voulais découvrir depuis longtemps mais je n’osais pas, ayant trop lu sur les horreurs de la Seconde Guerre Mondiale…

Peur aussi de ne retrouver qu’une resucée de ce que je connaissais déjà (tout en sachant que l’on ne saura jamais tout).

Peur de replonger dans les cauchemars qui naquirent lors d’anciennes lectures qui furent traumatisantes, peur de me redemander « Qu’est-ce que moi j’aurais fait ? » et peur en imaginant que tout pourrait recommencer un jour…

Mes craintes étaient justifiées ET injustifiées…

Injustifiées car l’auteur réussi un tour de force en nous parlant avec justesse d’un épisode terrible de notre époque tout en lui donnant une autre vision, si je puis m’exprimer de la sorte.

Par autre vision, j’entends bien entendu le fait qu’il ait dessiné les nazis sous les traits de chats et les juifs sous les traits de souris, ce qui donne au récit une autre dimension, sans en enlever l’horreur, mais avec une autre approche puisqu’il raconte l’histoire d’un fils (l’auteur), arrachant le récit de la bouche de son père, rescapé d’un camp.

Un récit dans le récit qui permet de reprendre un peu d’oxygène dans cette enquête qui est terriblement émouvante mais qui jamais ne sombre dans le pathos.

Vladek, le père d’Artie est un personnage à part, un homme qui a gardé ses manies de tout récupérer qu’il avait acquises au camp, ainsi que celle de faire des économies de tout. Il est exaspérant, son fils en à marre et ne sait plus comment faire avec lui.

Le récit du père comprendra sa rencontre avec la future mère d’Artie, la montée du nazisme, les privations, la spoliation, les séparations, les soi-disant « mise au vert » des plus âgés…

Quand aux craintes, elles furent justifiées dans le sens où on a beau connaître l’Histoire, on la redécouvre toujours sous un autre jour, avec tout son cortège d’horreurs, dont celui de devenir bien souvent égoïste, de ne penser qu’à sauver sa peau et de laisser tomber ses anciens amis, ses voisins, ses membres de sa famille…

Malgré tout, certains font preuve de courage et d’abnégation pour aider les autres ou bien peuvent évoluer dans le bon ou le mauvais sens durant les années de privation (d’où mon éternelle question sur ce que moi j’aurais fait moi, sur mon comportement en de pareilles circonstances)…

Tout cela est bien décrit dans cet album et le fait d’utiliser l’anthropomorphisme donne une certaine atmosphère au récit et le rend encore plus fort, je trouve.

L’auteur nous raconte l’histoire de son père, sans fustiger les uns, sans excuser les autres. Son père explique, il excuse même certains, leur pardonnant leurs abandon. C’est grand…

Et au travers de l’histoire que Vladek raconte à son fils, c’est aussi une histoire vraie qui se déroule sous nos yeux, celle des horreurs qui ont eu lieu, cette déshumanisation d’un peuple et de million d’êtres humains qui ne s’en sont pas sorti.

Une histoire forte, émouvante, un autre regard, et une mise en image de l’indicible. Un album que je relirai dans quelques temps afin de bien n’imprégner du récit et de vérifier que je n’ai rien raté.

« Zahkor » ! (souviens-toi, en hébreu) parce que ce genre d’horreur s’est encore déroulée après (Staline, Mao, dans un autre registre) et continuera encore et encore.

Étoile 5

Le « Challenge US » chez Noctembule, Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Prix Pulitzer – 1992) et RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires.

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CHALLENGE AMÉRICAIN 2016 - Eagle+flag

Solomon Gursky : Mordecai Richler

Solomon Gursky - Mordecai Richler

Titre : Solomon Gursky

Auteur : Mordecai Richler
Édition : Du Sous-Sol (2016)

Résumé :
Moses Berger est encore enfant quand il entend pour la première fois parler de Solomon Gursky. Ce personnage mystérieux deviendra bientôt pour lui une obsession qui l’incitera à mener une vaste enquête aux quatre coins du monde. Toute sa vie sera consacrée à démêler le vrai du faux dans l’histoire d’un homme et d’une famille dont les origines sont drapées dans le mystère.

Nous entraînant dans les bas-fonds londoniens du XIXe siècle, en Arctique avec l’expédition de Franklin, dans l’Amérique de la prohibition, dans les paysages vallonnés des Cantons-de-l’Est d’hier et d’aujourd’hui, des hauteurs de Westmount jusqu’aux ruelles du Mile End, Solomon Gursky est un puissant récit qui nous captive par sa verve et son humour mordant.

Des grands romans de Mordecai Richler, il s’agit sans doute du plus ambitieux, car il met au monde une riche mythologie, à la mesure de la destinée des Juifs en Amérique.

c4ff07bdeb24e1f375fddb00b1b8a7daCritique :
Petite voix discordante dans toutes ces éloges pour ce roman… Parce que moi, j’ai aimé certains passages mais pas tout le roman. On peut en scalper une partie ?

C’était suite à une chronique élogieuse chez une copine blogueuse que j’avais acheté cette brique de 633 pages. L’objet est beau, tout blanc, couverture gaufrée, on aurait bien peur de le salir.

J’avais plus que hâte de le lire et il m’aura fallu une laborieuse semaine pour en venir à bout, littéralement aux forceps et même à la vêleuse à certains moments !

Nom de Zeus, pour un roman qui porte le nom de Solomon Gursky, l’un des protagonistes, il n’en parle pas assez à mon goût.

J’aurais aimé en savoir plus sur ce fameux Solomon ainsi que sur son grand-père, Ephraim, sur leur voyage en traineau dans le Grand Nord lorsque ce dernier enleva Solomon dans son traîneau tiré par des chiens.

Ce fut, selon un motif récurrent dans sa vie, un dangereux mélange de vanité, de concupiscence et de témérité qui précipita la chute d’Ephraim.

Mais j’ai dû ronger mon frein jusqu’à la page avant de recevoir mon dû et me gaver de leurs histoires. Et malgré tout, je ne sais pas encore tout…

Entretemps, durant 400 pages, on peut dire que l’auteur m’a aguiché, titillé, fait monter ma curiosité avec des passages consacrés à ces deux hommes hors-normes et juste quand j’étais bien ferrée, que j’étais immergée dans l’histoire, l’auteur changeait de main et faisait retomber mon plaisir en coupant ces merveilleux récits avec celui de Moses Berger, celui qui est obsédé par la vie de Solomon.

Mon aussi, Moses, je le suis, obsédée par ce personnage, mais si tu pouvais arrêter, durant ton enquête, de boire comme un trou, de te balader dans le néant, de trainer ton ennui, de tout foutre en l’air dans ta vie, de me souler avec tes considérations parce que cela me fait chi** durant ma lecture, tout ça. Je t’aurais remercié mille fois si tu l’avais bouclé et que tu t’étais viré du roman. Hélas…

On peut dire que je me suis réjouie durant un tiers du roman, lorsque je suivais Ephraim jeune dans les bas-fonds de Londres, en prison, dans le bateau, ou au Canada, lorsqu’il était plus vieux.

J’ai pris mon pied avec Solomon durant la prohibition et même avant, tant ce personnage est captivant et attirant comme une lumière pour des moustiques.

Sinon, niveau écriture, c’est pittoresque et le texte est émaillé de mots juifs, de mots d’argots qui rendent le récit plus vivant. Ça, j’ai apprécié.

Niveau personnages, ils sont bien travaillés et sont tellement à profusion que parfois, on ne sait plus qui est qui et ce qu’il a avoir dans le récit. Mais un bon point pour Bernard, le frère de Solomon qui est un vrai pourri !

— Eh bien, il est mort. C’est fini, maintenant.
— Fini ? Pas du tout. Ça ne fait que commencer. Maintenant, il va faire face à un juge qu’il ne pourra pas soudoyer.

Idem pour la construction du récit, les passages dans le temps ne sont pas toujours chronologiques et il y a intérêt  à être bien concentré pour ne pas y perdre son chemin, sinon, semez des petits cailloux blancs pour ne pas vous perdre.

C’était Jeremy, grand et beau, avec son chapeau à la Sherlock Holmes et son veston en tweed Harris.

Un roman dont j’attendais plus, mieux et qui, à mon sens, avec 200 pages de moins sur la jeunesse et les errements de Moses Berger, aurait été plus excitant pour moi.

— Je vais mourir, mademoiselle O.
— Ça vous dirait que je m’occupe de votre zizi ?

— Vous ne devinerez jamais ce que j’ai trouvé sous son lit. Une pile de Playboy. Avec des pages collées ensemble par son foutre.

— Regarde les choses en face, mon pote : on n’attrape pas la chaude-pisse en s’astiquant le moine.

Étoile 2

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, Le « Challenge US » chez Noctembule, Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Prix Gouverneur Général), le Challenge « Coupe d’Europe des Livres » chez Plume de cajou, le RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires et Le Pavé de l’Été chez Sur Mes Brizées (632 pages).

CHALLENGE - Pavé de l'été 2016

 

Surtensions : Olivier Norek

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Titre : Surtensions

Auteur : Olivier Norek
Édition : Michel Lafon (2016)

Résumé :
Cette sœur acceptera-t-elle le marché risqué qu’on lui propose pour faire évader son frère de la prison la plus dangereuse de France ?

De quoi ce père sera-t-il capable pour sauver sa famille des quatre prédateurs qui ont fait irruption dans sa maison et qui comptent y rester ?

Comment cinq criminels – un pédophile, un assassin, un ancien légionnaire serbe, un kidnappeur et un braqueur – se retrouvent-ils dans une même histoire et pourquoi Coste fonce-t-il dans ce nid de vipères, mettant en danger ceux qui comptent le plus pour lui ?

Des âmes perdues, des meurtres par amour, des flics en anges déchus : la rédemption passe parfois par la vengeance…

brigade_anti_criminalite_la_clauCritique : 
J’avais déjà un œuf à peler avec Monsieur Norek, suite à un micro-ondes utilisé de manière sadique dans « Territoires ».

Maintenant, j’en aurai tout un carton à peler suite à la conséquence désastreuse qu’a eu une vengeance…

Sadique comme il est, l’auteur annonçait déjà une partie de la couleur dans l’intro. Et moi, maso, j’ai quand même osé le lire.

« Code 93 » était trèèès bon, « Territoires » était super trèèèès bon de la mort qui tue, c’est donc avec une certains appréhension et le cœur tremblant que j’ai ouvert cette 3ème aventure de Victor Coste.

Pourquoi cette angoisse ? Parce qu’il aurait été très difficile de faire aussi fort que Territoires et que j’avais peur de me trouver face au roman qui annoncerait le chant du cygne.

L’auteur est un petit démon… Plutôt que de tenter de faire mieux ou égal à son précédent opus, il a fait « différent ».

« J’ai changé » comme le disait un p’tit gars à talonnettes. Ici, c’est vrai, le roman est différent de ses deux prédécesseurs.

— Parce que c’est un coup parfait, confirma Coste. Profitez-en, c’est assez rare de se faire aussi bien baiser.

Exit le personnage principal qu’était la Cité, la banlieue et ses habitants seront un peu mis en retrait et welcome à la prison de Marveil qui nous donnera le « la » en intro. C’est du costaud.

Ensuite, une enquête concernant un enlèvement et une autre sur un braquage et nous plongerons au cœur de notre équipe de la brigade criminelle du 93, nous permettant de passer plus de temps avec eux, pour mon plus grand plaisir.

— Une ado qui n’utilise pas son portable pendant quatre-vingt-seize heures, j’aurais tendance à vérifier son pouls, fit remarquer Johanna.

Les enquêtes sont prenantes, on passe des deux côté de la loi niveau narration : enquêteurs et braqueurs, ce qui donne du peps à l’histoire et sa dose d’adrénaline.

La plume m’a, une fois de plus, enchantée et elle griffe toujours autant en disant, noir sur blanc, des vérités que l’on a tendance à oublier, hélas.

Un centre pénitentiaire n’est efficace que s’il reconstitue une société carcérale juste, avait-il dit. Sans prédateurs, sans proies, dans une parfaite équité, sans privilèges ni passe-droits, sans nécessité de violence, sans jalousie de ce que l’autre pourrait avoir de plus ou de mieux. La force devenant inutile, il ne reste plus qu’à vivre ensemble, en bonne société. Malheureusement, il n’existe pas d’endroit plus dangereux, inégal et injuste que la prison. Et au lieu de ressortir équilibré ou cadré, les détenus en sortent plus violents, désabusés, perdus et agressifs, sans aucun projet de réinsertion. Plus venimeux en sorte. La prison comme une école du crime.

Certains pourraient trouver que tout se goupille facilement, mais moi, j’aime quand des bandits ou des assassins tombent à cause d’un grain de sable qui est venu se nicher dans leur mécanique parfaitement huilée ou d’une bêtise faite par un membre de leur entourage. Là, je jouis.

Une fois de plus, l’auteur nous propose une histoire réaliste, sans tests ADN réalisés pour chaque quart de poil de mollet de fourmi trouvé, sans profilage réalisé à l’aide d’une brosse à dent ou de photos de mauvaise qualité qui, une fois agrandie, vous font découvrir une image dans la rétine du gars.

Non, ici, on sent la réalité à plein nez, on sent l’ombre des tours de la Cité, même si elle est moins présente que dans les deux précédents tomes, mais on bouffera le fait que les gens riches peuvent aussi jouer aux salauds finis. On a tendance à l’oublier ou à moins leur en vouloir qu’à la racaille.

Et puis, cette toile d’araignée qu’il est parvenu à tisser dans les pages de son récit… Et ces personnages, travaillés, ni tout bon, ni tout méchant, oscillant dans des nuances de gris, avec leur force, leurs faiblesses, leurs fêlures, leurs codes d’honneur…

Sans compter, cerise sur le gâteau, ces touches d’humour qui parsèment le roman, des émotions à l’état brut (j’ai failli lâcher le roman plusieurs fois), du suspense, de l’adrénaline, de réalisme (je l’ai déjà dit ?) et quelques petits clins d’œil à d’autres auteurs, avec des noms de rues ou un rôle de brute épaisse.

— Il est tombé une fois avec ce play-boy, un certain Michaël Mention, alias Rhinocéros.

Excellent, mais un cran sous Territoires et puis, beaucoup de chagrin en tournant la dernière page… C’est fini ? Passez-moi des kleenex, merci !

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016) et Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Prix Le Point du polar européen 2016).

CHALLENGE - Thrillers et polars 2015-2016

Les tragédies du ghetto : Israël Zangwill

Tragédies du ghetto - Zangwill [N]

Titre : Les tragédies du ghetto

Auteur : Israël Zangwill
Édition : 10-18 (1984)

Résumé :
Avec « Les Enfants du Ghetto », qui met en scène la communauté juive des quartiers est de Londres, Zangwill connaît un succès exceptionnel.

Ce roman atteint de tels records de vente qu’on le qualifie de « best-seller » : le mot restera.

Cette œuvre et les suivantes, romans, récits et nouvelles, lui valent le surnom de « Dickens juif » et le placent parmi les écrivains britanniques les plus importants de son époque.

Après avoir adapté Les Enfants du ghetto pour le théâtre, il fait jouer à New York ses principales pièces, dont The Melting Pot (Le Creuset), métaphore qui désigne la société américaine ; l’expression « melting-pot » est passée à la postérité dans de nombreux pays.

Parallèlement, Zangwill s’interroge sur la montée des périls qui menacent la communauté juive dans l’Europe des années 1880 et 1890 : les pogroms de Russie et de Pologne, les émeutes antisémites de Londres lors des crimes de Jack l’Éventreur, l’affaire Dreyfus en France.

Critique : 
À mon avis, j’ai dû recevoir une version de ce roman qui n’est pas conforme au 4ème de couverture parce que je ne retrouve rien des émeutes de Londres en 1888 et je n’ai pas vu l’ombre d’un dreyfusard dans les pages…

Il est vrai que dans la préface, il est dit que ces cinq Tragédies du Ghetto (sur un total de onze qui constituent l’édition originale) représentent un choix traduit de l’anglais par Charles Mauron.

Soit les promesses du 4ème sont dans les tragédies non inclues ou alors ces passages se trouvaient dans les lignes que j’ai sauté pour tenter d’arriver au bout de ce roman.

Cinq nouvelles, : une qui se déroule en Amérique et les 4 autres en Angleterre. Cinq histoires dont j’ai eu du mal à venir à bout, hormis la première et l’avant-dernière qui m’ont bien plu.

Et dans les deux qui m’ont plu, il y avait des longueurs qui me donnaient envie de fermer les yeux. C’est vous dire combien j’ai eu du mal à venir à bout de ce petit ouvrage qui promettait beaucoup, tel un politicien en campagne électorale.

Las, moi qui avait envie d’en apprendre un peu plus sur les émeutes de 1888 ou sur le quartier juif de Whitechapel, j’en suis pour mes frais puisque rien de tout cela ne se trouvait dans cette édition et que l’auteur nous a plus dressé le portrait de quelques familles juives et de leur soucis.

Je vous jure que pour certains, avec la famille qu’ils ont, pas besoin d’ennemis !

Pas besoin non plus des catho ou des protestants pour avoir des misères. Les juifs de ce roman sont les premiers à faire naître la tragédie et à l’alimenter, tout seuls comme des grands.

Entre certains commerçants qui ne respectent plus le Shabbat et font tourner leurs échoppes même ce jour sacré là, alors qu’avant, ils se lamentaient que les autres ne respectaient rien; entre ceux qui ont promis et qui n’ont pas tenu leurs promesses; entre une mère qui houspille sa fille qui s’occupe d’elle, plaçant celle qui ne fait rien sur un piédestal et dénigrant l’autre, croyez-moi qu’ils sont les plus forts pour s’enfoncer dans le tragique et l’entretenir eux-mêmes.

« Ah ! voilà où était l’ironie du drame. L’unique condition était aussi l’unique condition que les pauvres tisserands ne pouvaient accepter. Il leur était loisible de ramener ce Shabbat qui durait maintenant une semaine à son ancienne dimension d’un seul jour pourvu que ce Shabbat lui-même se trouvât le dimanche. Mieux encore, la journée de travail qu’on leur offrait était moins longue et la paye plus grosse que la leur. Et l’ironie la plus profonde de cette ironie même était que le propriétaire de chacune de ces usines était un frère en Israël ! Jeshurun engraissé qui ruait maintenant ».

— Tu m’emprisonnes ici sans une âme à qui parler, du matin jusqu’au soir, éclata un jour Mrs Brill.
Salvina ne fut pas fâchée d’avoir cette interprétation des silences larmoyants de sa mère. Elle regretta seulement que celle-ci n’ait pas eu la force d’exprimer le plaisir qu’elle trouvait à bavarder quand le Ghetto lui en fournissait l’occasion, au lieu de réclamer plus de faste.

— Ne me jette pas à la tête que tu m’épargnes la honte de vivre aux crochets de ton père. Je suis capable de gagner mon pain moi-même. Je n’ai pas besoin de tes meubles pour maison de poupée qu’on a peur de toucher – comme si on marchait entre des coquilles d’œuf. J’aimerais mieux aller vivre seule dans une chambre et frotter des parquets que de devoir quelque chose à quelqu’un. Alors je serais ma propre maîtresse et non pas sous la coupe d’une fille. Si seulement Kitty se mariait, alors je pourrais aller vivre avec elle. Pourquoi ne se marie-t-elle pas ? Ce n’est pas comme si elle te ressemblait. Y a-t-il une plus jolie fille dans toute la congrégation ? C’est parce qu’elle n’a pas d’argent, ma pauvre Kitty qui se tue au travail. Son père lui ferait une dot, s’il était un homme, et non un porc.

— Pauvre Salvina ! soupira Mrs Brill. Elle le mérite quoiqu’elle ait gâché notre vie pendant des années.

J’ai eu beaucoup de mal à le terminer, j’ai dû me forcer en sautant des lignes tellement je patinais dans ma lecture.

Pourtant, ce roman possède son lot de personnage noirs comme l’encre la plus sombre et les bassesses y sont légions. Il avait tout d’un grand noir bien serré. Des vrais tragédies à l’état pur, garanties A.O.C.

Mais jamais je n’ai pas accroché…

C’est pour cela que je ne le coterai pas.

BILAN - Minion tasse dépité - OKLe Mois Anglais (Juin 2015) chez Titine, Lou et Cryssilda.

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Un fond de vérité : Zygmunt Miłoszewski [Teodor Szacki 2]

Titre : Un fond de vérité                                     big_5

Auteur : Zygmunt Miloszewski
Édition : Mirobole (2015)

Résumé :
Fraîchement divorcé, Teodore Szacki a quitté son travail de procureur à Varsovie et débarque dans la paisible bourgade de Sandomierz, où il compte bien refaire sa vie. Mais six mois à peine après avoir abandonné l’agitation de la capitale et l’asphyxie de son mariage, il s’ennuie déjà.

Heureusement, devant l’ancienne synagogue de la vieille ville, du travail l’attend : un corps de femme drainé de son sang, tout comme dans un rite sacrificiel juif… Lorsque le mari de la victime subit le même sort, la population de la ville renoue avec des peurs vieilles de plusieurs décennies. Aux prises avec une flambée d’antisémitisme sans précédent, Szacki va devoir plonger dans un passé aux échos douloureux, et tenter de trouver la vérité dans une histoire qui déchaîne toutes les passions.

Critique : 
Son premier roman m’avait emmené au 7ème ciel, malgré son introduction assez longue (mais les préliminaires, avec cet auteur, c’est agréable) et le second, c’est un pied intégral, confirmant tout le bien que je pensais de l’auteur.

Je me suis toujours dit que je vivais dans un pays de malades mentaux niveau politique (celle dite « du gaufrier », on vous l’expliquera un jour), mais je vois qu’à la course à l’imbécilité, la Pologne galope à nos côtés.

Le premier roman m’avait subjugué par son côté politique – le communisme était au menu – et le second ne déroge pas à la règle.

Aux rayons X, la Pologne ne laisse voir que des fantômes des années 40-50 et un antisémitisme qui s’accroche à ses basques mieux qu’un virus. Vous croyez en être débarrassé, et bien non, il revient au galop.

Je dois dire que j’ai eu un peu peur en ouvrant le roman, peur qu’il n’arrive pas à la cheville du premier, peur d’être déçue… Et puis, mon procureur préféré, Teodore Szacki, a quitté la capitale pour se retrouver muté dans la petite ville de Sandomierz et j’avais quelques craintes pour lui.

C’est vrai, quoi, qu’allait-il avoir à se mettre sous la dent, le Sherlock Holmes des prétoires ? Hein ? Un vol de GSM ? Une dispute conjugale ? Il ne se passe jamais rien chez ces bouseux de Sandomierz et ses collègues ont l’air moins sympa que les anciens.

Fallait pas avoir peur pour notre procureur imbu de sa petite personne ! Il a déjà trouvé où fourrer son bâton de berger (le cochon) et en plus, il est confronté à un meurtre assez sanglant, avec des relents antisémites qui vont venir se graver dessus.

Une femme a été retrouvée, saigné à blanc, selon un vieux rituel d’abattage juif. Là, sûr qu’elle était casher.

L’auteur n’est pas tendre avec son pays, la Pologne a des squelettes dans le placard – comme d’autres – et des spectres qui flottent toujours autour de certaines villes.

Les mentalités sont encore fort moyenâgeuse pour certains et les imbéciles croyant encore aux vieilles légendes sont nombreux. Oh, on ne les entend pas, en temps normal, mais chassez l’imbécilité et elle reviendra ventre-à-terre.

Il n’existait pas de remède à la stupidité.

Pas tendre non plus avec les médias, avides de sang, inventant des faits s’il le faut, publiant tout et n’importe quoi sans l’avoir vérifié et montant la tête des habitants de la petite ville.

Il [Teodore] connaissait assez le fonctionnement des médias pour savoir que, grosso modo, il consistait à manger son propre vomi. Le circuit de l’nfo était si rapide qu’on n’avait plus le temps de chercher la source ou de la vérifier, l’information en elle-même devenait la source et le fait que quelqu’un l’avait transmise, la justification suffisante de sa rediffusion. Après quoi, il suffisait simplement de la répéter en boucle, en ajoutant un commentaire de son cru ou de la bouche d’un expert invité sur le plateau.

Ce que j’aime chez l’auteur, c’est sa plume (même si on a droit à celle du traducteur) qui n’hésite pas à pratiquer l’humour, qui n’est pas tendre envers son pays et ses compatriotes et qui a un petit je-ne-sais-quoi qui me prend aux tripes pour ne plus me lâcher.

Ils buvaient leur café dans des gobelets en plastique. Son goût était si affreux qu’au final, Teodore en était persuadé, tous les patients devaient revenir ici pour troubles gastriques.

Si l’enquête est prenante à suivre, il y a aussi tout l’aspect « j’entre de plein-pied dans la société polonaise » qui est important. Ceci est un vrai roman noir.

L’auteur ne se borne pas à écrire un fait ou une histoire, non, il développe le tout, brode autour – sans jamais lasser le lecteur – vous faisant entrer tout entier dans son histoire avec un grand H.

Il lui aurait fallu répondre sincèrement que n’importe quelle tentative de juger des personnes selon leur appartenance à un groupe national, ethnique ou religieux, lui était complètement insupportable. Il en était persuadé, chaque pogrom avait trouvé sa source dans une discussion modérée à propos d’une « certaine réserve »

Les rancœurs sont tenaces, le passé leur colle aux basques, les vieilles haines aussi et le portrait qu’il nous brosse de son pays est assez sombre.

Notre procureur est toujours aussi imbu de lui-même, a gardé son esprit acéré, sa bite est devenue volage, il est toujours aussi anti-religieux, anti-dogme, anti-hobby, mais sa vision des habitants changera au fur et à mesure que le temps passe.

La juge Tatarska l’avait exploité d’une manière qu’il n’avait auparavant jamais connue, pas même dans les films pornographiques.

— Vous êtes tellement lubriques dans ce patelin.
— De longs hivers, de longues nuits, il n’y a plus de ciné, la télé est chiante. Que faire d’autre ?

Les personnages secondaires vont aussi évoluer et les surprises seront nombreuses. J’ai vraiment pris mon pied lors de ma lecture. Bluffée j’ai été.

— Il ne restait plus qu’à appliquer la vieille règle de Sherlock Holmes qui dit qu’une fois qu’on a écarté toutes les alternatives, alors, celle qui reste, même la plus invraisemblable, doit être vraie.

Lire Zygmunt Miloszewski est un plaisir de fin gourmet, du petit-lait, le petit Jésus en culotte de velours.

Ouvrir un roman avec le procureur Teodore Szacki, c’est aussi orgasmique qu’un roman caché de Conan Doyle où Holmes culbuterait Irene Adler sur la table en lui disant « Vous avez de beaux yeux, vous savez »… et elle qui lui répondrait « Oh oui, grand fou, allez-y, prenez-moi sur le coin de la table ».

C’est vous dire le plaisir que j’ai eu à le lire. Mais gaffe, sortez couverts, messieurs. N’oubliez pas l’imper anglais… Ceux qui l’ont lu sauront de quoi je veux parler.

PS : À noter que le titre et l’illustration de la couverture lui vont comme un gant.

Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015).

BILAN - Coup de coeur

Un long moment de silence : Paul Colize

Titre : Un long moment de silence                                 big_5

Auteur : Paul Colize
Édition : Manufacture de livres (2013) / Folio Poche (2014)

Résumé :
1920, Wladyslaw ouvre sa pharmacie à Lwów.
1948, trois jeunes Italiens attendent la sortie des élèves du Brooklyn College devant leur coupé Hudson rouge.
1952, un homme poursuit une fillette sur le parking enneigé de l’aéroport de Stuttgart.
1989, une femme prend trop vite une courbe du Ring de Bruxelles.
2012, Stanislas déshabille une femme qu’il connaît à peine.

POLAR - Grand_Place_11Critique : 
Ce roman possède ce que j’appellerai le « double effet Kisscool » (celui que seuls les anciens connaissent)… Tout comme le célèbre bonbon, j’ai eu droit à deux explosions : un « bang » en lisant la solution et un « triple bang » dans la gueule en lisant les dernières lignes.

Il y a deux récits dans ce roman. Le premier concerne Stanislas Kervyn qui voudrait savoir pourquoi on a commis un attentat au fusil mitrailleur, à l’aéroport du Caire, en 1954, fauchant son père puisqu’il faisait partie des 21 victimes innocentes. Savoir aussi qui l’a commandité, qui était visé dans la foule…

Bref, il a grandi avec une place manquante, celle de son père, il avait des questions, il a enquêté, écrit un livre et quand il pensait que tout était terminé, un vieil homme vient tout remettre en question.

Le second récit concerne un jeune homme, Nathan Katz qui a survécu aux terribles « 186 marches » du camp de Mauthausen. Arrivé à New-York, il va s’engager, avec un groupe, à traquer les anciens nazis et à les éliminer.

Quel était le point commun entre ces deux histoires qui à un moment donné, sont en alternance ? Durant toute ma lecture, je me suis posée la question et j’ai tenté de trouver la solution, bien que Yvan, ici présent, m’ait dit que je ne la trouverais jamais… Il avait bien raison.

Si la solution de l’affaire m’a fait pousser un « ah oui, j’y avais pas pensé, joli ! », le mot de l’auteur à la fin m’a filé un coup de poing dans l’estomac.

Encore un auteur qui pourra se vanter d’avoir réussi à me laisser muette, offrant ainsi à mon homme un long moment de silence.

L’auteur a réussi le pari fou de tenir son lecteur en haleine (sans courses poursuites), avec un quatrième de couverture qui ne dévoile rien de l’histoire et qui ne donne pas envie d’aller voir plus loin.

Niveau personnages, fallait oser aussi nous pondre un type aussi détestable que Stanislas Kervyn : égocentrique, mal poli, en guerre avec la terre entière, égoïste, tyrannique, colérique et j’en passe. Je veux bien qu’il a perdu son père dans l’attentat alors qu’il n’avait qu’un an, mais en vouloir au monde entier ne changera rien.

Stanislas a aussi un problème avec les femmes parce qu’il ne leur « fait pas l’amour » mais il les baise à la hussarde, à la brutale, par devant, par derrière, il s’en moque. Pour lui, elle ne sont rien.

Nathan Katz, par contre, est un jeune homme sympathique, bien que sa manière d’agir ne soit pas toujours très « kasher » (« catho » n’ira pas dans ce cas-ci).  Il aura au moins le mérite de nous faire réfléchir aux notions de « vengeance » et de « pardon », ainsi que sur l’imbécilité des guerres.

Le récit, l’histoire, les personnages, tout est profond et bien travaillé.

Pas de temps mort, les chapitres, courts, s’enchainent et les deux histoires s’alternent, le présent faisant suite au passé, nous abandonnant toujours à un moment où l’on voudrait poursuivre, avant de se rejoindre pour l’explication finale à laquelle je n’avais pas pensé.

Deux romans de mon concitoyen lus et deux réussites ! Chapeau bas, monsieur Colize.

Ses derniers mots me trottent encore dans la tête…

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), Le « Challenge US » chez Noctembule, le « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore et « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence » chez The Cannibal Lecteur.

CHALLENGE - Thrillers polars 2013-2014 (1)BIBLIO - Pedigree PALCHALLENGE - US CHALLENGE - Ma PAL Fond au soleil