Pieds nus sur la terre sacrée : Teresa Carolyn McLuhan & Edward S. Curtis

Titre : Pieds nus sur la terre sacrée

Auteurs : Teresa Carolyn McLuhan & Edward S. Curtis
Éditions : Denoël (2011) / Folio Sagesses (2014-2015)
Édition Originale : ouch the Earth : a Self-Portrait of Indian Existence (1974)
Traducteur : Michel Barthélémy

Résumé :
Pieds nus sur la terre sacrée rassemble des textes appartenant au patrimoine oral ou écrit des Indiens d’Amérique du Nord.

Cette sélection se propose d’apporter des éclaircissements sur l’histoire des Indiens et de montrer la pérennité de leur civilisation.

Le ton de ces écrits, classés par ordre chronologique, est tour à tour celui de la sagesse, du lyrisme, de l’éloquence ou de l’émotion profonde.

Portrait de la nature et de la destinée indiennes, ils sont avant tout la preuve de la renaissance d’une civilisation authentiquement indienne.

Cette anthologie tend à mettre en relief les traits caractéristiques de cette civilisation où les considérations politiques et historiques s’estompent au profit d’une harmonie de l’homme et de la nature, dans laquelle la terre devient une création sacrée.

Voilà un domaine de l’expérience indienne qui peut entrer dans notre héritage commun.

Critique :
Homme Blanc a la langue fourchue comme celle du serpent.

Sa langue dit une chose et son cœur en pense une autre.

Sa parole ne vaut rien, sa signature non plus. Ses traités, il ne les respecte jamais.

Son avidité est sans limites, sans bornes, toujours les autres doivent reculer devant lui.

Même la Nature, même les animaux, même nous, les Premiers Hommes qui étaient là bien avant son arrivée.

L’Homme Blanc se révolte lorsqu’on veut lui faire adhérer à une religion qu’il ne veut pas, mais il impose la sienne à tous, parle de son Livre que son Dieu lui a transmit, mais jamais deux Hommes Blancs ne disent la même chose sur leur religion. Mais ils voudraient que nous laissions la nôtre pour la sienne…

Nous ne nous querellons jamais à propos de religion parce que c’est un sujet qui concerne chaque homme devant le Grand Esprit. Frère, nous ne voulons pas détruire ta religion, ni te la voler ; nous voulons seulement jouir de la nôtre.

Frère, on nous a dit que tu avais prêché parmi les hommes blancs aux alentours. Ces gens sont nos voisins : nous les connaissons. Nous attendrons un peu et verrons les effets que tes prédictions ont eus sur eux. Si nous trouvons qu’ils deviennent meilleurs, plus honnêtes et moins disposés à tromper les Indiens, nous reconsidérerons ce que tu nous as dit.

L’Homme Blanc a fait des révolutions lorsque les riches ne lui laissaient rien à manger, mais il fait la même chose lorsqu’il est arrivé sur les Terres des autres, tuant les Bisons et gaspillant l’animal en ne prenant que sa langue ou sa fourrure.

Puis il a voulu imposer l’élevage à nous, les Hommes Rouges, alors que nous étions des chasseurs et non des éleveurs.

Tremblant et ne sachant pas se défendre ou se nourrir lorsqu’il est arrivé, l’Homme Blanc était content que l’Homme Rouge lui donne de quoi remplir son estomac.

Pleurnichant, il supplia qu’on lui accorde un petit lopin de terre afin de poser son tapis et d’y vivre tranquillement, mais ensuite, il ne cessa de vouloir plus et ce qu’il aurait pu avoir par amitié, il le prit de force. Et nous traita ensuite de voleur…

Pourquoi prendre par force ce que vous pouvez avoir tranquillement par l’amitié ? Pourquoi nous anéantir alors que nous vous fournissons votre nourriture ? Que pouvez-vous obtenir par la guerre ?

Où sont les guerriers aujourd’hui ? Qui les a exterminés ? Où sont nos terres ? Qui les pille ? Quel homme blanc peut dire que je lui ai volé sa terre ou un seul de ses sous ? Pourtant, ils disent que je suis un voleur.

Nous chassant de la terre de nos Pères et des Pères de nos Pères, l’Homme Blanc n’avait jamais qu’un seul ordre à la bouche : « Cassez-vous, pov’cons » et, tels ses politiciens aux cœurs fourbes et à la langue fourchue, toujours ils nous firent des promesses qu’ils ne tinrent jamais.

La versatilité de vos déclarations est telle que celui qui a planté un piquet et tracé une ligne autour de nous, et a affirmé que cette ligne ne serait jamais dépassée, fut le premier à dire qu’il ne pouvait la garantir, et il arracha le piquet et effaça toute trace de ligne.

Les Lois de l’Homme Blanc sont faites pour être respectées, qu’ils disaient. Mais en fait, leurs lois sont faites par des Hommes Riches, pour être appliquées aux Hommes Pauvres car le Riche sait toujours s’y soustraire. Mais l’Homme Rouge, lui, il doit s’y plier et s’il tue un Blanc, le châtiment sera terrible, alors que l’inverse n’est pas vrai.

Ce peuple [l’Homme Blanc] a fait des lois que les riches peuvent briser mais non les pauvres. Ils prélèvent des taxes sur les pauvres et les faibles pour entretenir les riches qui gouvernent. Ils revendiquent notre mère à tous, la terre, pour eux seuls et ils se barricadent contre leurs voisins ; ils la défigurent avec leurs constructions et leurs rebuts. Cette nation est comme un torrent de neige fondue qui sort de son lit et détruit tout sur son passage.

Nous demandons que la même loi soit appliquée pareillement à tous les hommes. Si un Indien viole la loi, punissez-le par la loi. Si un homme blanc viole la loi, punissez-le aussi.

L’Homme Blanc est un fléau pour nous, les Indiens. Il nous a toujours méprisé, considéré comme des Sauvages, nous a empêché de vivre comme nous avions toujours vécu (alors que nous étions chez nous), nous a spolié nos terres, nous a pris nos droits, a fait de nous des esclaves alors que nous étions, avant son arrivée, des Hommes Libres.

Si vos ancêtres ont gagné leur liberté sur les champs du danger et de la gloire, nos ancêtres la possédaient de droit à la naissance, et nous avons dû vous la quémander comme le plus misérable des esclaves achète sa liberté…

Quand j’ai combattu pour protéger ma terre et mon foyer, on a dit que j’étais un sauvage. Quand personne ne comprenait ni n’approuvait ma façon de vivre, on a dit que j’étais fainéant. Quand je me suis efforcé de gouverner mon peuple, j’ai été dépouillé de mon autorité.

Toujours nous avons essayé d’être conciliants, nous avons respecté les traités signés, nous avons espéré être enfin tranquille, mais jamais nous ne le fûmes !

Quel traité le Blanc a-t-il respecté que l’homme rouge ait rompu ? Aucun. Quel traité l’homme blanc a-t-il jamais passé avec nous et respecté après ? Aucun.

Nous avons, comme demandé, envoyé nos fils dans les écoles de l’Homme Blanc, mais il ne nous est revenu que des lettrés ne sachant ni chasser, ni pêcher, ni se débrouiller. L’Homme Blanc nous a-t-il envoyé ses Fils pour que nous en fassions des Hommes ? Jamais.

Plusieurs de nos jeunes gens ont été jadis élevés dans les collèges des provinces du Nord ; ils furent instruits de toutes vos sciences mais, quand ils nous revinrent, ils ne savaient pas courir et ignoraient tout de la vie dans les bois… Incapables de faire des guerriers, des chasseurs, ou des conseillers, ils n’étaient absolument bons à rien.

Surtout ne faite pas lire ce recueil de nos textes au Président Blond Décoloré Et Mal Coiffé des Américains, il penserait qu’il a raison de vouloir ériger un mur à la frontière mexicaine car, prenant ce recueil à témoin, il dirait « Regardez ce qui est arrivé aux Indiens qui ont accepté les premiers arrivants et qui les ont accueillis : ils ont été envahis, assassinés, déplacés, virés, éliminés et presque remplacés ».

Groupant les textes des grands chefs Indiens, ce petit recueil est de la dynamite, un condensé d’émotions brutes qui vous touchent en plein cœur.

Rendez-moi ma liberté – liberté de voyager, liberté de m’arrêter, liberté de travailler, liberté de faire du commerce là où je le choisis, liberté de suivre la religion de mes pères, liberté de penser et d’agir pour moi-même – et j’obéirai à chaque loi ou je me soumettrai au châtiment.

Voilà un peuple qui était considéré comme « sauvage », qui ne savait ni lire, ni écrire mais qui a une analyse tellement juste, tellement vrai de ce qu’est l’Homme Blanc qu’on se dit qu’il n’est pas nécessaire d’aller à l’école pour être instruit et arriver à lire dans le cœur des Hommes.

Nous étions un peuple sans lois, mais nous étions en très bons termes avec le Grand Esprit, Créateur et Maître de toute chose. Vous présumiez que nous étions des sauvages. Vous ne compreniez pas nos prières. Vous n’essayiez pas de les comprendre. Lorsque nous chantions nos louanges au soleil, à la lune ou au vent, vous nous traitiez d’idolâtres. Sans comprendre, vous nous avez condamnés comme des âmes perdues, simplement parce que notre religion était différente de la vôtre.

Tout ce que j’ai lu était vrai, avant, pendant et maintenant : l’Homme Blanc est avide, rapace, envieux, querelleur, casseur, envahisseur et veut toujours tout au détriment de tout le reste. Il a dicté aux autres ce qu’ils devaient faire, mais n’a jamais voulu qu’on lui dicte à lui ce qu’il devait faire.

Frère, notre territoire alors était grand et le vôtre était petit. Vous êtes maintenant devenus un grand peuple, et il nous reste à peine l’espace pour étendre nos couvertures. Vous avez notre pays ; mais cela ne vous suffit pas. Vous voulez nous forcer à épouser votre religion. […] Frère, tu dis qu’il n’y a qu’une façon d’adorer et de servir le Grand Esprit. S’il n’y a qu’une religion, pourquoi le peuple blanc est-il si partagé à ce sujet ? Pourquoi n’êtes-vous pas tous d’accord, si vous pouvez tous lire le livre ?

Ces hommes [les missionnaires] savent que nous ne comprenons pas leur religion. Nous ne pouvons pas lire leur livre – ils nous racontent des histoires différentes sur ce qu’il contient ; nous pensons qu’ils font parler le livre selon leurs besoins.

Ils ne nous sont d’aucune utilité [les missionnaires]. Si les Blancs n’ont pas besoin d’eux et qu’ils ne leur sont d’aucun secours, pourquoi les envoient-ils chez les Indiens ? Si l’homme blanc a besoin d’eux et qu’ils lui sont secourables, pourquoi ne les garde-t-il pas chez lui ?

Les Poppies peuvent ressortir leur titre et chanter à tue-tête ♫ Non, non, rien n’a changé, tout, tout à continué ♪

Le recueil est court, mais il est intense. C’est du concentré de sagesse, mais aussi d’acide, c’est un tacle violent sous la ceinture mais un tacle mérité.

Si nous n’avions ni argent, ni terre, ni pays, rien dont nous puissions être volés, ces manteaux-noirs [les missionnaires] ne se soucieraient pas de notre bien dans l’au-delà. Le Grand Esprit ne nous punira pas pour ce que nous ne savons pas. Il rendra justice à ses enfants rouges. Ces manteaux-noirs parlent au Grand Esprit et demandent que nous voyions la lumière comme eux, lorsqu’eux-mêmes sont aveugles et en désaccord sur la lumière qui les guide.

Si l’homme blanc veut vivre en paix avec l’Indien, il peut vivre en paix. Il n’est pas nécessaire de se quereller. Traitez tous les hommes pareillement. Donnez-leur la même loi. Donnez-leur à tous une chance égale de vivre et de croître…

Ce roman, que l’on pourrait qualifier de Noir, puisqu’il est social, c’est aussi un condensé de la colère de tout un peuple qui a vu les siens mourir de faim, de froid, d’épuisement, alors qu’ils ne manquaient jamais de rien avant l’arrivée des Colons.

C’est âpre, tout en étant bien dit car les Indiens avaient le sens de la diplomatie et savaient tourner leur phrases pour ne pas choquer l’Homme Blanc qui a parfois des airs de vierge effarouchée lorsque l’on met la tête dans sa propre merde.

J’admets qu’il y a de bons hommes blancs, mais leur nombre est sans comparaison avec celui des mauvais qui doivent être les plus forts puisqu’ils dominent. Ils font ce qui leur plaît. Ils asservissent ceux qui ne sont pas de leur couleur, bien qu’ils aient été créés par le même Grand Esprit que nous. Ils feraient de nous des esclaves s’ils le pouvaient. Comme ils n’y parviennent pas, ils nous tuent ! Aucune foi ne peut être accordée à leur parole. Ils ne sont pas comme les Indiens qui, ennemis pendant la guerre seulement, sont amis en temps de paix. Ils diront à l’Indien : « Mon ami, mon frère ! » Ils lui prendront la main et au même instant, le détruiront.

On sent aussi dans les textes que les Indiens sont forts, qu’ils ne pleurent pas, qu’ils détestent la pitié, qu’ils sont fiers.

Il nous est maintenant facile, à nous tous qui ne sommes pas Indiens, d’éprouver rage et souffrance pour eux. Les Indiens morts ou vivants n’auraient témoigné que mépris et pitié pour de tels sentiments. Il est trop facile de ressentir de la sympathie pour un peuple dont la culture a été anéantie.

Nous n’avons commis qu’un seul péché : nous étions en possession de ce que l’homme blanc convoitait.

C’est beau, c’est puissant, c’est finement analysé, c’est magnifiquement envoyé (dommage qu’on ne les ai que si peu écouté) et c’est le coeur lourd qu’on termine ce petit recueil qui est aussi un plaidoyer pour un retour à la Terre, à la Nature, le tout dans le respect de tout un chacun, Humains, animaux, ainsi que les plantes et tout le reste.

L’homme blanc, lui, retourne le sol, abat les arbres, détruit tout… Il fait exploser les rochers et les laisse épars sur le sol… Comment l’esprit de la terre pourrait-il aimer l’homme blanc ? Partout où il l’a touché, il laisse une plaie.

Nous ne pouvons vivre côte à côte. Il y a sept ans seulement nous avons signé un traité qui nous assurait que les terrains de chasse aux bisons nous seraient laissés pour toujours. Ils menacent maintenant de les reprendre. Mes frères, devons-nous nous soumettre ou devons-nous leur dire : « Tuez-moi d’abord avant de prendre possession de ma patrie ! »

J’ai demandé à certains grands chefs Blancs d’où ils tenaient le droit de dire à l’Indien qu’il resterait dans un endroit alors qu’il voit les hommes blancs aller où ils veulent. Ils ne peuvent me répondre. Ce que je demande au gouvernement, c’est d’être traité comme tous les autres hommes sont traités. Si je ne peux aller dans mon propre foyer, donnez-moi un foyer où mon peuple ne mourra pas si vite…

L’homme blanc ne prend pas les scalps. Il fait pire : il empoisonne les cœurs. Rien n’est pur pour lui. Ses compatriotes ne seront pas scalpés, mais dans quelques années, ils seront devenus comme les hommes blancs, si bien que vous ne pourrez plus leur faire confiance et qu’il faudra, comme dans les colonies des Blancs, presque autant d’officiers que d’hommes pour s’occuper d’eux et maintenir l’ordre.

Croyez bien qu’aussi misérables que nous paraissions à vos yeux, nous nous regardons néanmoins comme plus heureux que vous, en ceci que nous nous contentons du peu que nous avons… Vous serez profondément déçus si vous pensez nous persuader que votre pays est meilleur que le nôtre. Pourtant si la France est, comme vous le dites, un petit paradis terrestre, est-il sensé de le quitter ? Et pourquoi abandonner femmes, enfants, parents et amis ? Pourquoi risquer vos vies et vos biens chaque année ? Et pourquoi vous aventurer et prendre de tels risques quelle que soit la saison, affronter les orages et les tempêtes de la mer pour venir dans un pays étranger et barbare que vous considérez comme le plus pauvre et le plus malheureux de la terre ?

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°41, Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

Terminus Elicius : Karine Giebel

Titre : Terminus Elicius                                            big_4

Auteur : Karine Giebel
Édition : Pocket (2008)

Résumé :
Istres-Marseille. Pour Jeanne, la vie est ponctuée par cet aller-retour ferroviaire quotidien entre son travail de gratte-papier au commissariat et la maison de sa mère.

Elle attend néanmoins qu’un événement vienne secouer le fil de son existence: un regard, enfin, du capitaine Esposito?

La résolution, peut-être, de cette affaire de serial killer qui défraie la chronique phocéenne?

« Vous êtes si belle, Jeanne Si touchante et si belle. » Ce soir-là, une lettre, glissée entre deux banquettes, semble combler toutes ses espérances. Un peu trop, même.

Car derrière le mystérieux soupirant se cache le meurtrier tant recherché par la police.

Commence alors une correspondance amoureuse qui, pour Jeanne, n’aura de terminus qu’au bout de l’enfer…

Critique : 
Ma vision des trains se résumait à deux choses : les nombreux retards de la SNCB (certains trajets sont moins rapide en 2014 qu’en 1934, c’est vous dire) ou Jean Lefebvre dans la 7ème compagnie et ses chipoteries dans la loco afin de trouver les freins, ponctuées de sifflet de cette même loco, additionné de « Non, c’est pas ça. Ça, c’était « touche pas à ça, p’tit con ». C’est vous dire que je m’y connaissais, en réseau ferroviaire !

Maintenant, je pourrai frissonner en repensant aux petits mots glissés à côté du siège de Jeanne, personnage central du roman de Giebel.

Premier point qui m’a saisi lors de ma lecture, c’est que le personnage principal, Jeanne, n’est pas vraiment le genre de personnage que je m’attendais à trouver. On est loin d’un personnage habituel (le personnage fort).

Voyez pas vous-même : elle vit encore chez sa mère qui est limite castratrice, bien qu’elle travaille au commissariat de Marseille, elle n’a pas de vie sociale car pas de relations amicales avec ses collègues, dans le train, elle s’assied sur un siège solitaire.

En plus, elle a des tocs, parle toute seule ou plutôt à son autre moi et rase presque les murs. Bref, une femme transparente – ce qui m’a déstabilisée – m’attendant à une femme plus dans les normes.

Le visage de Jeanne se crispa de colère. je ne lui parlerais plus jamais ! Plus jamais ! Et je ne trahirais pas Elicius ! Le double continua à protester. Avec véhémence. Et Jeanne essaya de ne plus entendre sa voix… Depuis des années, elle essayait de ne plus l’entendre. En vain. Parfois, elle avait envie de le tuer. Tuer l’autre. Même si l’issue du combat était fatale. Pour ne plus l’entendre. Pour oublier, aussi ? Mais depuis quand la chose avait-elle envahi son âme ? Elle ne s’en souvenait pas.

Par contre, c’était une merveilleuse idée de la faire ainsi, la Jeanne, parce que cela faisait d’elle une personne plus facilement impressionnable, ce qui ajoutait un « truc » en plus dans le déroulement de l’histoire et ce fut une surprise bien agréable !

Surprise aussi que dès la deuxième lettre, le mystérieux Elicius lui avoue d’emblée qu’il est le meurtrier qui sévit dans la région et dont les policiers du commissariat de Jeanne cherche désespérément à arrêter.

« Hier soir, j’étais avec une autre femme que vous. Mais je ne suis pas resté longtemps avec elle. Juste le temps de la tuer… »

Y a pas à dire, l’auteur a vraiment le don de me surprendre et de me mettre sur mon fondement sans perte de temps inutile. Je ne m’attendais pas à cette révélation, pensant que Elicius allait jouer un peu plus avec Jeanne avant de tout révéler. Ben non, et ce fut encore plus jouissif.

Le roman est court, juste 250 pages : pas de temps mort. Suivre les pensées, les interrogations, les angoisses, les joies et la vie minable de Jeanne furent un moment fort, impossible de décrocher.

Tandis que l’inspecteur Esposito ne sait plus où donner de la tête avec les meurtres qui se succèdent sans qu’il semble y avoir un mobile apparent ou des points communs entre les victimes, le cœur de Jeanne vibre d’amour pour son mystérieux Elicius qui sait lui parler et trouver les mots qu’il faut.

« Vous n’avez pas conscience de votre beauté, Jeanne. On dirait même que vous faites tout pour la cacher. De quoi avez-vous donc peur ? Peur que l’on vous regarde ? Que l’on vous trouve belle ? Parce que vous êtes belle, Jeanne ».

Mais Jeanne ne nous livre pas toute sa vie, il reste des parts d’ombre et on s’interroge : comment tout cela va-t-il évoluer ? Se terminer ? Et les pages défilent plus vite, l’adrénaline nous faisant lire plus rapidement, avec fébrilité.

J’avais deviné un tout petit morceau du mobile, pas « toute l’affaire », loin de là, et puis hop, j’ai encore ei droit à des surprises à la fin !

Une belle écriture, un scénario bien pensé, bien pesé, un personnage central différent de ce que l’on pourrait croire, un récit bien rythmé et des palpitations cardiaques avec Jeanne, dans le train.

Madame Giebel vient encore de me faire passer un bon moment !

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014) et  Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Prix marseillais du polar).