Âme de pirate : Charlotte Macaron [NetGalley]

Titre : Âme de pirate

Auteur : Charlotte Macaron
Édition : 404 (09/01/2020)

Résumé :
Naviguer dans ce labyrinthe d’îles, si proches les unes des autres qu’elles frôlent la coque des navires qui s’y aventurent, affronter le brouillard opaque qui les recouvre, et les ombres qui s’y cachent, relève de la folie furieuse !

Mais, poursuivi par la Marine Royale, l’équipage pirate du Saule pleureur n’a pas le choix. Ils ne se laisseront pas intimider par la sombre réputation des Mortes-Îles. Ils ont à leur bord les meilleurs navigateurs, et rien n’arrêtera leur soif de liberté.

Pourtant ce labyrinthe leur réserve bien des épreuves et ils n’en sortiront peut-être pas indemnes…

Critique :
Quand c’est bon, c’est toujours trop court…

Oui mais là, c’était vraiment trop court, limite 3 minutes, douche et préliminaires comprises…

Et pourtant, le plaisir était là.

Comme quoi, un p’tit coup rapide peut satisfaire la grande lectrice que je suis.

What did you expect ??

Merci NetGalley pour l’envoi de cet epub au bon format. Mais est-ce un court roman ou une nouvelle un peu plus épaisse ? Nous dirons que nous naviguons entre deux eaux.

Ne virez pas de bord mais tâchez de souquer ferme vers ce petit roman numérique qui possède tout ce qui fait un bon roman de piraterie.

L’auteure nous proposant une histoire courte (56 pages), elle doit mettre le lecteur de suite dans le bain, alors, peu de préliminaires et on se retrouve déjà pourchassé par trois galions de la Couronne et engagé dans un détroit d’îles qui a tout du Triangle des Bermudes.

L’élément fantastique va comme un gant à un roman de pirates et sans en faire trop, l’auteure arrive à immerger son lecteur dans un lieu qui fait frissonner tous les marins, lecteur y compris, ajoutant une pincée de fantastique, juste ce qu’il fallait.

L’art de la nouvelle est toujours le même : en dire juste assez, pas trop, ni trop peu, bref, faut doser la poudre à canon si on ne veut pas que ça nous pète à la gueule et même si je ne suis pas une fan des récits courts.

Un sans faute car j’ai apprécié cette histoire où les combats étaient vivants, bourrés de suspense, de dynamisme, d’émotions et où les termes consacrés à la navigation rendaient ce récit plus réaliste sans pour autant avoir besoin d’un dictionnaire.

Les personnages des pirates sont directement attachants, d’ailleurs, ce sont eux les héros du livre et non leurs poursuivants, les marins de sa Majesté d’un royaume inconnu de notre Monde. Nos pirates sont flamboyants.

Et c’est dommage car nous avions le fond et la forme pour écrire une grande aventure, pour étoffer un peu plus ce Monde qui n’est pas le nôtre, de cette Magie qui a disparu il y a quelques années.

Bref, j’ai beau avoir pris mon pied littéraire, je reste tout de même avec un goût amer de trop peu en bouche car l’auteure nous a donné plein d’indications sur ce Monde, sur les personnages des pirates, qui auraient méritées d’être plus développées dans un roman plus épais.

Je remercie les éditions NetGalley pour cette navigation en territoire fantastique où je n’ai pas su lâcher la barre avant d’être arrivée à destination. Là, j’ai cargué les voiles puisque j’étais arrivée à bon port, secouée mais ayant le pied marin, je n’ai pas eu le mal de mer.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°152.

 

Elfes – Tome 24 – Le Bagne de Komoorth : Eric Corbeyran et Bojan Vukic

Titre : Elfes – Tome 24 – Le Bagne de Komoorth

Scénariste : Eric Corbeyran
Dessinateur : Bojan Vukic

Édition : Soleil (17/04/2019)

Résumé :
Nawel a traduit l’antique grimoire relatant l’histoire de Haarn’al, le premier semi-elfe. Il est temps d’en savoir plus et de se plonger dans l’histoire de celui par qui le rapprochement et la dissension sont arrivés.

Chaque jour, sur un archipel perdu appelé Le Roc, l’ancêtre sacré des semi-elfes reçoit la visite de dizaines de curieux impatients de voir de leurs propres yeux le premier bâtard d’une espèce bâtarde dont l’innombrable descendance peinait à trouver sa place au sein d’un monde qui ne voulait pas d’elle.

Les mains d’Haarn’al possédaient en outre un pouvoir. Elles étaient capables de chasser tous les maux…

Critique :
Si dans la saga des Nains, j’ai un faible pour la caste des Errants, dans celle des Elfes j’ai toujours eu de l’affection pour les semis-elfes qui, tout comme les métisses, appartiennent à deux cultures mais sont rejetés par les deux.

Le cul entre deux chaises, n’étant ni tout à fait des Hommes ni tout à fait des Elfes, ce peuple est réduit à une vie d’errance et de merde.

Même dans la grande saga Elfes on n’arrivait pas vraiment à les caser, chaque album pouvant être lu indépendamment des autres et on ne les a pas fait briller dans la résolution du cas de l’invasion des zombies.

Des laissés-pour-comptes à tous les étages, je vous le dis !

Mais quand on est au fond du trou, la seule solution qui reste, c’est de remonter (ou alors de se laisser mourir) et on peut dire que nos semi-elfes vont faire une remontada digne d’un Napoléon revenant de son exil, avec la rage aux dents. Faudra juste éviter la morne plaine de Waterloo…

Dommage que cet album ne possédait pas plus de planches car il aurait mérité un traitement plus approfondi que ce qu’il a eu.

Le dilemme est là : en soi, l’histoire aurait été plus courte si le scénariste n’avait pas développé les histoires de deux des personnages principaux : Tein-Nooh et Oranth’al, la soeur ancienne gladiatrice dans une arène et le frangin ancien guerrier-moine défroqué.

Leurs enfances fut misérable, Dickens n’était pas loin, Hugo non plus. Heureusement que leur père littéraire les a dotés d’un caractère en acier trempé et d’une science du combat (qu’on leur a appris).

Problème, lorsqu’on raconte ses histoires personnelles, l’Histoire centrale, elle, s’en trouve réduite. Ou alors, faut faire un ajout d’une dizaine de planches et faire grossir l’album.

Développer les récits de nos deux Mad Max était une excellente chose, mais j’aurais aimé en savoir plus sur celle du bagne de Komoorth, où l’on vous emprisonne pour un rien et surtout parce que vous êtes un semi-elfe… Vous voyez le parallèle avec notre Histoire à nous ?

Autre parallèle avec les moines guerriers qui combattent l’injustice mais qui eux-mêmes sont injustes… On connaît ça aussi.

Vraiment dommage que l’album n’ait pas été plus long car il y avait matière à faire plus, à pousser un peu plus loin la réflexion car les semis-elfes méritent mieux que des histoires sans réel fil conducteur.

Dans la saga des Nains, la caste des Errants est jusqu’à présent très poussée, très profonde, bourrée d’émotions en tout genre et les semis-elfes auraient mérité le même traitement car ils sont pareils que les Errants.

Malgré tout, les auteurs ont réussi à transformer la donne et à donner un Nouvel Espoir à nos semis-elfes, ceux qui ont été toute leur vie le cul entre deux chaises…

À voir dans le prochain tome quelle direction nos auteurs vont donner à nos Elfes à moitié.

♫ Les portes du pénitencier, bientôt vont se fermer ♪ (ou s’ouvrir).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°144.

La servante écarlate – Tome 2 – Les testaments : Margaret Atwood [LC avec Bianca]

Titre : La servante écarlate – Tome 2 – Les testaments

Auteur : Margaret Atwood
Édition : Robert Laffont – Pavillons (10/10/2019)
Édition Originale : The Testaments (2019)
Traducteur : Michèle Albaret-Maastsch

Résumé :
Quinze ans après les événements de La Servante écarlate, le régime théocratique de la République de Galaad a toujours la mainmise sur le pouvoir, mais des signes ne trompent pas : il est en train de pourrir de l’intérieur.

A cet instant crucial, les vies de trois femmes radicalement différentes convergent, avec des conséquences potentiellement explosives.

Deux d’entre elles ont grandi de part et d’autre de la frontière : l’une à Galaad, comme la fille privilégiée d’un Commandant de haut rang, et l’autre au Canada, où elle participe à des manifestations contre Galaad tout en suivant sur le petit écran les horreurs dont le régime se rend coupable.

Aux voix de ces deux jeunes femmes appartenant à la première génération à avoir grandi sous cet ordre nouveau se mêle une troisième, celle d’un des bourreaux du régime, dont le pouvoir repose sur les secrets qu’elle a recueillis sans scrupules pour un usage impitoyable.

Et ce sont ces secrets depuis longtemps enfouis qui vont réunir ces trois femmes, forçant chacune à s’accepter et à accepter de défendre ses convictions profondes.

Critique :
Le monde décrit dans La Servante Écarlate n’était pas de la petite bière, nous étions loin du pays des Bisounours…

Pourtant, malgré le fait que nous étions dans une dystopie, il y avait des relents de déjà-vécu quelque part dans le Monde ou quelque part dans le passé.

Il fait froid dans le dos, ce roman, car nos sociétés pourraient basculer dans ce cauchemar très vite, sans que l’on s’en rende compte et sans que l’on sache y faire quelque chose.

Sans oublier que certaines sociétés sont dans ce puritanisme religieux…

Puritains quand ça les arrange, bien entendu ! On oblige les autres au puritanisme, mais si on gratte sous la croûte de pudibonderies, on trouvera de la saloperie.

Quand à la religion, elle a bon dos et ne sert qu’à justifier certaines règles, certains comportements, qu’ils soient machistes, phallocratiques, misogynes ou qu’ils transforment la femme en vache reproductrice. Une tyrannie doit reposer sur quelque chose et la religion est souvent la bonne excuse.

Bien souvent, les suites sont moins bonnes que le premier tome, mais ici, ce n’est pas le cas, j’ai même trouvé la suite meilleure que le premier opus !

En tout cas, niveau froid dans le dos, j’ai eu ma dose pour quelques temps. J’ai comme une envie de me jeter sur des Petzi ou des Martine, c’est vous dire combien j’ai flippé ma race.

Dans le monde décrit brillamment par l »auteure, les femmes n’ont aucun droit, si ce n’est celui de fermer sa gueule et de jouer aux juments reproductrices, ou aux vaches gestantes. Au choix… Mais elles n’ont pas toujours le choix de l’étalon (ou du taureau).

Le taux de fécondité ayant fortement baissé, il faut bien perpétuer la race Humaine avec celles qui savent encore tomber enceinte et donc… Les Servantes Écarlates sont comme des vaches qu’on engrosse pour prendre le veau. L’enfant, pardon.

Trois personnages marquants vont nous raconter leur vie dans cette suite : une Tante, une jeune fille habitant le Canada (donc libre) et une fille d’un Commandeur, habitant Galaad (Gilead dans la traduction précédente, mais ça ne m’a pas dérangé).

Nous sommes 15 ans après la premier tome, donc, le récit n’est pas linéaire et ne vous attendez pas à retrouver Defred aux commandes de la narration.

J’ai trouvé que donner la parole à une Tante qui avait connu la démocratie, qui avait assisté à le chute de la société, qui avait été dans un camp et qui en était sortie en abandonnant une partie de son âme, était une riche idée. Nous avons vu la naissance de Galaad d’une autre manière et compris que si ça arrivait chez nous, cela se passerait de la même manière : sans quasi de résistance.

Le récit est fort, puissant, intense, horrible… Il m’a donné froid dans le dos. Entrer ainsi dans le fonctionnement de Galaad et voir le lavage de cerveau m’a donné envie de vomir. Voir le système de l’intérieur, voir sa corruption, sa corrosion, son hypocrisie, son manichéisme, m’a collé la nausée tant tout était réaliste et possible.

Mon seul bémol sera pour la fin qui est un peu trop précipitée à mon goût. Bianca l’a trouvée elle aussi un peu trop rapide, mais malgré ce léger point critique, tout le reste est dans le haut du panier littéraire.

Une dystopie à l’écriture fine, caustique, réaliste. Une tyrannie basée sur des mensonges, sur religion dont les écrits sont détournés pour servir les intérêts de quelques-uns et pas du bien commun.

Des personnages forts, énigmatiques, profonds et qui évolueront au fil des pages. Un monde décrit qui fait froid dans le dos et où la lecture et l’écriture sont devenus dangereux, interdits et réservés à quelques personnes triées sur le volet.

Anybref, une fois de plus, une LC réussie avec Bianca et nous sommes sur la même longueur d’ondes. Et si vous suivez le lien, vous en aurez la preuve !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°134.

Astérix – Tome 38 – La Fille de Vercingétorix : Jean-Yves Ferri & Didier Conrad

Titre : Astérix – Tome 38 – La Fille de Vercingétorix

Scénariste : Jean-Yves Ferri
Dessinateur : Didier Conrad

Édition : Albert René (24/10/2019)

Résumé :
Escortée par deux chefs arvernes, une mystérieuse adolescente vient d’arriver au village. César et ses légionnaires la recherchent, et pour cause : au village, on murmure que le père de la visiteuse ne serait autre que… le grand Vercingétorix lui-même, jadis vaincu à Alésia !

Critique :
Astérix et moi, c’est une vieille histoire d’amour et dès que j’ai eu l’occasion, j’ai acheté tous les albums du duo Goscinny/Uderzo car je voulais les avoir sous la main et ne plus les emprunter.

Régulièrement, je sors un album de la grande époque et je me replonge dans leurs aventures faites de Romains, de pirates, de Goths ou autre peuplade de cette époque.

D’ailleurs, si on me privait de mes albums d’Astérix, j’arrêterais de respirer !

Le décès de Goscinny, on ne s’en remettra jamais et ses bons mots manqueront toujours. N’est pas Goscinny qui veut, Jean-Yves Ferri encore moins, mais il se débrouille bien et j’ai souri à quelques uns de ses jeux de mots, même si aucun n’arrivera jamais à la cheville d’un « Il ne faut jamais parler sèchement à un Numide » et tous les autres, dont « César affranchit le rubicon ».

Les dessins sont conformes à ceux d’origines et c’est toujours un plaisir de revoir mes sympathiques Gaulois qui résistent, encore et toujours, à l’envahisseur, tout en se chamaillant, se bagarrant et en vendant du poisson pas frais.

Originalité de cet album ? Les jeunes ! Place aux ados, dont les fils de Cétautomatix (Selfix), le forgeron et d’Ordralfabétix, le poissonnier ( Blinix). Ils auront tout de même un grand rôle dans l’histoire, reléguant parfois nos deux gaulois célèbres en faire-valoir.

Dans cet album, ce sont les enfants qui semblent se préoccuper de considération climatique ou du sort des sangliers, alors que les adultes ne pensent qu’à manger, boire, se taper dessus…

Ça me fait un peu grincer des dents cette nouvelle mode qui met les enfants au-dessus des parents, comme on le voit souvent dans des pubs, avec des gosses qui expliquent à leurs parents ce que tout adulte pourvu d’un cerveau sait déjà.

Anybref, ces ados, gros consommateurs d’Internet, de smartphone, de trottinette électrique et amateurs de mal-bouffe viennent nous faire la leçon… On est des cochons pollueurs, entre autre. Comme si toutes ces batteries qu’on utilise étaient bio à 100% et respectaient l’environnement et les droits de l’Homme (travail)…

Heureusement, chez nos Gaulois, les ados se rebellent un peu mais n’en sont pas encore à faire des marches pour le climat. Juste une fugue…

De l’humour ? Oui, on en a. Des baffes ? Moins que d’habitude… Des pirates ? Tiens, pour une fois, ils ne se contenteront pas de hurler « Les Gau… Les Gau… Les Gaugau… » avant de finir coulé sur la case suivante, mais ils prendront part au récit et ça fait du bien de partager un peu plus qu’un naufrage avec eux.

J’ai apprécié aussi que le personnage d’Adrénaline évolue et qu’il se redresse, dans les deux sens, puisque sur la fin, elle se tient plus droite. Malheureusement, niveau ado rebelle, on avait connu plus marquant avec Goudurix (Astérix et les Normands) et avec Pepe (En Hispanie) pour ce qui était des enfants difficiles. Se souviendra-t-on d’Adrénaline ensuite ?

Un autre personnage que j’ai bien aimé, c’est le cheval Nosfératus, celui de d’Adictoserix, car le dessinateur lui a donné un air et une démarche de conspirateur, tel Morris avec un Jolly Jumper marchant sans faire de bruit.

Mon seul bémol pour ce nouvel album sera pour la très longue intro et le fait que les auteurs avaient des tas de bonnes idées, mais trop peu de pages pour les exprimer toutes ou les développer un peu plus. Un album de 62 pages aurait sied mieux à cette aventure mais nous sommes dans l’ère du 48 pages.

Un bon album ? Oui, on pourrait avoir mieux, mais faudrait faire revenir Goscinny du royaume des morts, lui qui savait raconter beaucoup en peu de planches et rendre des personnages secondaires hyper attachant…

On aurait pu avoir pire, avec des calembours amenés de manière grossière, mais ce n’est pas le cas dans ce nouvel album qui, je dois vous l’avouer, m’a fait passer un bon moment (mais moins qu’avec un ancien).

L’humour est ancré dans notre époque, les auteurs ont essayé de coller au plus à l’âme de la série tout en l’amenant dans notre époque, en lui insufflant de la modernité et en la mettant à leur sauce à eux, sans pour autant dénaturer le produit.

Pour une fois, je ne hurlerai pas « Goscinny, reviens, ils sont devenus fous » et j’espère que l’album suivant sera dans la lignée de celui-ci tout en sachant que le challenge est relevé car il faut passer après Goscinny et ce n’est pas une mince affaire !

— Qu’est-ce qu’il dit le petit artisan d’en face ?
— Il dit qu’avec toi le ton monte trop vite !!!
— Tu veux le voir monter le thon ?

— Euh… A ce propos, on voulait vous dire…
— Cette aventure avec Adrénaline nous a un peu faite réfléchir sur notre orientation…
— Tout compte fait, j’essaierais bien le métier de forgeron…
— Et moi, la poissonnerie.
— Ce serait bien. On n’aurait que la rue à traverser !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°92.

La forme de l’eau : Guillermo Del Toro & Daniel Kraus

Titre : La forme de l’eau

Auteurs : Guillermo Del Toro & Daniel Kraus
Édition : Bragelonne Fantastique (07/03/2018)
Édition Originale : The Shape of Water (2018)
Traducteur : Isabelle Troin

Résumé :
Nous sommes en 1963, et Elisa Esposito survit tant bien que mal. Née muette, abandonnée par sa famille, elle travaille de nuit comme femme de ménage au Centre Occam de recherche aérospatiale.

Un soir, elle surprend quelque chose qu’elle n’était pas censée voir : un homme amphibie prisonnier d’une cuve, qui doit être étudié par les scientifiques pour faire avancer la course à l’espace de la Guerre Froide.

La créature est terrifiante, mais aussi magnifique – elle fascine Elisa. Utilisant la langue des signes, celle-ci établit une communication. Bientôt, la créature devient sa seule raison de vivre.

Pendant ce temps, Richard Strickland, le militaire brutal qui a capturé la créature en Amazonie, envisage de la disséquer avant que les Russes ne tentent de s’en emparer.

Elisa doit tout risquer pour sauver la créature. Avec l’aide d’une collègue qui souffre du racisme ambiant et d’un voisin malchanceux qui n’a plus rien à perdre, elle met au point un plan d’évasion. Mais Strickland ne l’entend pas de cette oreille. Et les Russes sont bel et bien sur l’affaire…

Le fantastique, la romance et l’horreur s’entremêlent dans une histoire d’amour obsédante et tragique, qui a remporté le Lion d’or du meilleur film à la Mostra de Venise en 2017.

Critique :
Une histoire d’amour entre une humaine et une créature qui a tout du monstre, ça sent le déjà vu, pour ceux qui connaissent « La belle et la bête ».

Alors serait-ce ainsi un remake que l’on nommerait « La muette et le monstre amphibie » ?

Non, c’est plus que ça, c’est mieux que ça, c’est différent de ça. On oublie la Belle du conte ou de chez Disney et on découvre une histoire d’amitié, d’amour, différente de tout ce que l’on connait.

Différente car si le scénario pourrait être du réchauffé (tout à été écrit depuis le temps) la manière de nous le présenter est différente, bien amenée, notamment grâce à quelques personnages allant des plus sympathiques ou crétiniste à la Trump.

Elisa Esposito est muette, elle est insignifiante, personne ne la voit, ne fait attention à elle, ne prend la peine d’apprendre le langage de signes, sauf Giles, le vieil homo qu’elle a pour voisin et Zelda, une collègue de travail, Noire, que tout le monde considère comme une moins que rien, vu sa couleur de peau.

Face à ces trois personnages qui ont tout d’insignifiant, de laissés-pour-compte par le reste des gens, nous avons Richard Strickland, une espèce de militaire imbu de sa personne, qui va chercher une créature dans l’Amazonie et qui n’hésitera pas à tuer les témoins ou ceux qui se mettent en travers de la route.

L’archétype de l’Américain qui se prend pour le roi du Monde, qui pense que tout lui est dû, que ce qui appartient aux autres est à lui, enfin, à l’Amérique. D’ailleurs, les autres, ce sont des animaux, ça ne souffre pas, ça ne pense pas…

Bref, le salopard dans toute sa splendeur mais sous la carapace d’enculé de première on a aussi un homme qui a souffert et qui souffre encore. Le portrait n’est pas que tout noir et on a l’impression que la rage qu’il passe sur la créature, c’est celle qu’il n’ose pas passer sur son chef, le général Hoyt, celui qui le tient par les roupettes.

Le récit prend le temps de planter son décor, de nous envoyer en Amazonie pour capturer la créature tout en nous faisant entrer dans la psyché de Strickland, dans les pensées de sa femme (Lainie), dans la vie d’Elisa Esposito et des autres personnages qui parsèment de leur présence importante les pages de ce roman (Giles, Zelda et Dmitri Hoffstetler).

N’allez pas croire que l’histoire d’amour/amitié entre la créature et Elisa ressemble à du mauvais Harlequin, Del Toro a pris le temps de développer leurs différentes rencontres et de quelle manière cela va se dérouler. C’est bien amené et on ne sombre jamais dans la mièvrerie bas de gamme.

Anybref, voilà une histoire d’amour bien foutue, bien fichue que l’on repose sur la table avec une pointe de nostalgie à l’idée de devoir remonter à la surface.

Le tout est de se laisser entraîner par les auteurs et de vibrer pour cette histoire d’amûr non conventionnelle. Si vous ne voulez pas y entrer, vous serez comme Strickland, imperméable à tout.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le moi espagnol 2019 chez Sharon (Mai 2019).

L’envol du moineau : Amy Belding Brown

Titre : L’envol du moineau

Auteur : Amy Belding Brown
Édition : Le Cherche Midi (21/03/2019)
Édition Originale : Flight of the Sparrow (2014)
Traducteur :

Résumé :
Colonie de la baie du Massachusetts, 1672. Mary Rowlandson vit dans une communauté de puritains venus d’Angleterre.

Bonne mère, bonne épouse, elle souffre néanmoins de la rigidité morale étouffante qui règne parmi les siens.

Si elle essaie d’accomplir tous ses devoirs, elle se sent de plus en plus comme un oiseau en cage.

Celle-ci va être ouverte de façon violente lorsque des Indiens attaquent son village et la font prisonnière. Mary doit alors épouser le quotidien souvent terrible de cette tribu en fuite, traquée par l’armée.

Contre toute attente, c’est au milieu de ces « sauvages » qu’elle va trouver une liberté qu’elle n’aurait jamais imaginée.

Les mœurs qu’elle y découvre, que ce soit le rôle des femmes, l’éducation des enfants, la communion avec la nature, lui font remettre en question tous ses repères.

Et, pour la première fois, elle va enfin pouvoir se demander qui elle est et ce qu’elle veut vraiment.

Cette renaissance pourra-t-elle s’accoutumer d’un retour « à la normale », dans une société blanche dont l’hypocrisie lui est désormais insupportable ?

Critique :
Lui, dès que j’ai lu son résumé juste après avoir flashé sur sa belle couverture, je savais qu’il était fait pour moi !

NetGalley et l’éditeur ayant donné un accord favorable à ma demande, et je les remercie, je me suis plongée dans cette histoire.

1672… Je ne vous ferai pas un topo de la mentalité des colons anglais de cette époque lointaine, mais je peux vous dire qu’ils étaient puritains au possible et plus catholique que tous les papes et cardinaux réunis, passé et présent confondus.

Ici, quand il arrive une chose, c’est la volonté de Dieu. On ne discute pas ! Dieu, si ça se trouve, Il n’a peut-être rien dit, rien décidé, rien prévu… Hérétique que je suis !

Quoiqu’il se passe, c’est SA volonté à LUI et on ne la remet pas en question. Tu trébuches, tu meurs, tu te fais enlever par des Indiens, c’est que c’était SA volonté, point barre et si tu en réchappes aussi.

Ça m’a fait froid dans le dos un tel prosélytisme, et l’auteur n’a pas manqué de soulever les illogismes de leur croyance puisque pour, un esclave, c’est la volonté de Dieu et donc, tenir des gens sous son autorité et les faire trimer, c’est chrétien, Il l’a voulu ainsi et vos gueules les mouettes (ou les moineaux).

À cette belle époque, nous les femmes (nous le charme), ben on avait le droit de la fermer, le droit d’obéir et les horribles 3K prônés par les nazis étaient d’application (Kinder, Küche, Kirche = Enfants, cuisine, église).

Mary Rowlandson, notre héroïne, n’a pas beaucoup de marge de manœuvre dans sa vie, surtout qu’elle est mariée à un pasteur qui est plus rigide que l’outil de travail de Rocco après la prise de 4 comprimés bleus. C’est vous dire comment il est rigide, le gars et on ne remet pas son autorité en question, merci bien.

La scène de l’attaque du village de Lancaster, par les Indiens est très réaliste. J’ai serré les dents devant la violence de l’attaque et les morts inutiles, femmes et enfants tués juste pour le plaisir. Ne nous leurrons pas, les Indiens n’étaient pas des Bisounours.

Bizarrement, lorsque Mary Rowlandson est prisonnière des Indiens et que ceux-ci crèvent de faim, et bien, mes dents se sont serrées aussi devant tant de souffrances, pourtant, quelques chapitres auparavant, ils avaient massacrés femmes, enfants et hommes.

L’auteure a réussi un sacré tour de force ! Mettant en scène des Indiens avec une grande rigueur historique, elle les dépeint tels qu’ils étaient, sans en rajouter, dressant un portrait tel qu’on le fait de nos jours, et pas comme il l’était dans les années 1600 (ou même plus tard).

Sans oublier de nous les montrer avec les yeux des citoyens Blancs, puritains, chrétiens jusqu’au bout des ongles et persuadé que tout ce qui n’est pas chrétien est sauvage. Ce sont des païens ! Et je vous passerai les fake news qui leur collent aux mocassins !

J’ai vibré avec Mary, j’ai souffert avec elle et j’ai souri lorsqu’elle a découvert, avec stupeur, que les Indiens ne sont pas si sauvages que ça, pas si cruels non plus et que chez eux, la notion de partage est ancrée, celle de rire, d’élever ses papooses dans l’amour… Tout le contraire de ce qui se passe dans son monde à elle.

Bref, sans être chrétiens, ces hommes et femmes ont des principes qui ont tout du chrétien charitable. Mieux encore, notre Mary a plus de libertés en étant prisonnières des Indiens que dans sa propre maison !

Un livre empreint d’un grand humanisme, une femme qui a vu ses certitudes s’effondrer, qui a bénéficié de plus de liberté en captivité que dans sa vie d’épouse et qui a découvert que le portrait de ces païens n’était pas juste.

Mais toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire… Les gens aiment croire, encore de nos jours, que les Autres sont mauvais, doué de duplicité, de violence, qu’on n’en fera jamais rien de bon et que s’ils veulent qu’on les accepte, ils doivent devenir tels que nous, avoir nos croyances, notre mode de vie, tout en sachant que même s’ils font tout comme il faut, ils seront toujours rejetés.

Un vibrant récit, une plongée dans une époque fort troublée où les gens se tournaient pour tout vers le Seigneur Dieu (maintenant, on se tourne vers d’autre), où la femme avait zéro droit et les Indiens encore moins, victimes déjà de massacres et de spoliations.

Un récit tiré d’une histoire vraie, récit terrible où une femme a dû batailler, non contre les sauvages, mais contre les siens, batailler contre les rumeurs, les ragots immondes, les gens avides de sensationnel et de récit glauque, le tout sans liberté aucune.

Poignant, humain, grandiose.

#LenvolDuMoineau #NetGalleyFrance

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

La case de l’oncle Tom : Elizabeth Harriet Beecher-Stowe [LC avec Bianca]

Titre : La case de l’oncle Tom

Auteur : Elizabeth Harriet Beecher-Stowe
Édition : L’école des loisirs Classiques abrégés (2008)
Édition Originale : Uncle Tom’s Cabin (1852)
Traducteurs : L. Belloc et A. de Montgolfier

Résumé :
Dans l’Etat du Kentucky, au XIXème siècle. Mr Shelby est un riche propriétaire terrien. Chez lui, les esclaves sont traités avec bonté.

Cependant, à la suite de mauvaises affaires, il se voit obligé de vendre le meilleur et le plus fidèle d’entre eux, le vieux Tom.

Tom, qui s’est résigné à quitter sa famille, rencontre la jeune et sensible Evangeline Saint-Clare, qui incite son père à l’acheter.

Un intermède heureux dans sa vie, mais qui sera de courte durée car il va être vendu une nouvelle fois…

Critique :
Il n’est pas évident de parler de ce roman, publié sous forme de feuilleton dans les années et dont on dit qu’il est l’un des facteurs de l’exacerbation des tensions qui menèrent à la Guerre de Sécession…

Heu, elle est forte, celle-là tout de même !! Rendre responsable l’auteure du livre de cette boucherie fratricide, c’est chercher à tout pris la chèvre émissaire (la dame ne peut être un bouc, voyons !).

Paraîtrait même qu’Abraham Lincoln prononça cette phrase : « C’est donc cette petite dame qui est responsable de cette grande guerre » lorsqu’il rencontra Harriet Stowe au début de la guerre de Sécession. Les avis divergent…

C’est vous dire son impact lorsqu’il paru dans cette Amérique où l’esclavage était plus que normal, naturel et que la plupart pensaient, sérieusement, que si on ne fouettait pas ses « nègres », ils allaient devenir paresseux et j’en passe (ceci n’est pas mon avis ! Je ne fais que transcrire un sentiment de l’époque et je le précise pour ceux ou celles qui voient midi à leur porte).

À la limite, pour certaines personnes, le fait de fouetter leurs esclaves ou de les brutaliser leur faisaient du bien (aux esclaves). De multiple fois j’ai eu envie d’entrer dans le roman et de baffer certains personnages.

Peu avant la publication de ce roman, en 1850 donc, le gouvernement avait édicté une loi qui punissait toute personne qui aiderait un esclave fugitif en le nourrissant, l’abreuvant, en lui permettant de se reposer… ou en l’aidant dans sa fuite.

Heureusement que de nos jours ce genre de loi inhumaine n’existe pas ! Oui, je suis ironique parfois. Toujours…

Différents personnages parsèment ce roman, Blancs ou Noirs, et l’auteure, si elle donne l’impression de fait preuve de manichéisme avec les bons maîtres qui sont gentils comme tout et les méchants de gros salopards et bien on se rend compte qu’en grattant un peu sous la surface, tous ne sont pas toujours figé dans leurs actes.

Le bon monsieur Shelby a fait des mauvais placements et doit se résoudre à vendre son esclave adoré Tom, mais pour le racheter, il refusera que sa femme donne des cours de musique (on ne s’abaisse pas à ça) ou à vendre des chevaux. Le gentil Saint-Clare trainera à signer les papiers d’affranchissement de Tom et le marchand d’esclave finira repenti, limite en Saint-Paul.

— Non ! dit Chloé. Ce qu’il a fait n’est pas juste ! le maître n’aurait jamais dû te vendre, Tom, pour payer ses dettes. Ne lui as tu pas gagné deux fois plus qu’on ne lui donne de toi ? Il te devais la liberté ; il te la devait depuis des années. 

Si les Blancs sont à la limite du stéréotype, par contre, on dirait qu’on a tenté de réunir tous les clichés pour les personnages Noirs, allant de la femme métisse à la beauté fatale, à l’ouvrier Noir l’insouciant, au petit comique, à la cuisinière l’affectueuse, aux méchants contremaitres, en passant par l’imbécile servile qui veut plaire aux Blancs. Sans parler de leur manière de s’exprimer…

Et c’est de là que découleront mes bémols : tous ces multiples personnages auxquels je n’ai pas eu le temps de m’attacher (contrairement à ceux de « La colline aux esclaves »), pour le fait que Oncle Tom ne soit pas si présent que ça dans l’histoire et pour le côté chrétien que je déteste du « pardonne à ton ennemi » ou du « prie et Dieu t’aidera » qui fait que les gens restent passifs, malgré leurs conditions dantesques.

Les pauvres, on leur avait bien lavé le cerveau. L’époque de l’écriture ne doit pas être étrangère à la chose non plus, en ce temps là, la religion tenait encore une place importante dans les foyers, la rédemption aussi, ainsi que le puritanisme.

Juste que ces chrétiens étaient de mauvais chrétiens puisqu’ils tenaient des gens en esclavage, qu’ils n’avaient pas l’intention de changer le système et que même si certains étaient plus sympas que d’autres, ils étaient toujours dégoutté de poser les mains sur une personne de couleur.

Voilà comme vous êtes tous, vous autres chrétiens. Vous formez des associations, et vous envoyez quelque pauvre missionnaire passer sa vie parmi les païens. Mais qu’on me montre un seul de vous qui prenne avec lui un de ces malheureux et qui se donne la peine de le convertir ! Non ! quand vous en arrivez là, vous n’êtes plus d’accord, ils sont trop sales et désagréables, dites-vous, c’est trop de soin.. et ceci, et cela !

Malgré ces petits bémols plus haut, ce sont des gouttes d’eau dans l’océan du plaisir que j’ai pris en lisant – enfin – ce Grand Classique de la littérature qui aborde quasi à chaque page le caractère immoral et scandaleux de l’esclavage, que ce soit dit par des Noirs ou par certains Blancs, énonçant des faits réels.

— Osez me dire qu’un homme doit travailler toute sa vie, depuis l’aube jusqu’au soir, sous l’œil vigilant d’un maître, sans pouvoir manifester une fois une volonté irresponsable… courbé sous la même tâche monotone et terrible, avec tout juste assez de nourriture pour être en état de continuer sa tâche… oui, qu’un homme me dise qu’il est indifférent à une créature humaine de se voir traitée de cette façon… 

Niveau écriture, elle m’a fait penser à celle dans « Oliver Twist » : mélodramatique et sentimentale, comme s’il fallait, en plus de dénoncer un système inhumain et maléfique, faire pleurer dans les chaumières. Tout en étant moins poussé que chez Dickens, où là, je n’en pouvais plus de le lire.

Résultat ? Malgré certaines scènes émouvantes, ma gorge ne s’est pas serrée car trop de mélodrame tue le mélodrame et me fait l’effet inverse. Niveau émotions, j’en ai pris plus dans la gueule avec « La colline aux esclaves » qu’avec la case de l’Oncle Tom.

Et c’est là que vous vous dites : mais pourquoi tu lui colles 4 Sherlock, alors ?? Et bien, parce que, malgré ses défauts, ses stéréotypes, son style sentimental, son côté happy end un peu trop poussé (et des coïncidences trop bienheureuses pour être vraies), j’ai dévoré ce roman et je l’ai bien aimé.

C’est ça les contradictions du lecteur… Des défauts, une critique qui les pointent tous et un résultat final qui dit « j’ai super bien aimé » et ça, docteur, ça ne se soigne pas.

Bianca a le même ressenti que moi, quasi, et elle a bien aimé cette LC aussi.

Il est dommage que l’on ne s’efforce pas de tendre la main à ceux qui pourraient se relever…

Des nouvelles du monde : Paulette Jiles

Titre : Des nouvelles du monde

Auteur : Paulette Jiles
Édition : La Table ronde Quai voltaire (17/05/2018)
Édition Originale : News of the World (2016)
Traducteur : Jean Esch

Résumé :
Hiver 1870, le capitaine Jefferson Kyle Kidd parcourt le nord du Texas et lit à voix haute des articles de journaux devant un public avide des nouvelles du monde : les Irlandais migrent à New York ; une ligne de chemin de fer traverse désormais le Nebraska ; le Popocatepetl, près de Mexico, est entré en éruption.

Un soir, après une de ses lectures à Wichita Falls, on propose au Capitaine de ramener dans sa famille, près de San Antonio, la jeune Johanna Leonberger. Quatre ans plus tôt, la fillette a assisté au massacre de ses parents et de sa sœur par les Kiowas qui l’ont épargnée, elle, et élevée comme une des leurs.

Le vieil homme, veuf, qui vivait jadis de son métier d’imprimeur, profite de sa liberté pour sillonner les routes, mais l’argent se fait rare. Il accepte cette mission, en échange d’une pièce d’or, sachant qu’il devra se méfier des voleurs, des Comanches et des Kiowas autant que de l’armée fédérale.

Sachant aussi qu’il devra apprivoiser cette enfant devenue sauvage qui guette la première occasion de s’échapper.

Pourtant, au fil des kilomètres, ces deux survivants solitaires tisseront un lien qui fera leur force.

Dans ce splendide roman aux allures de western, Paulette Jiles aborde avec pudeur des sujets aussi universels que les origines, le devoir, l’honneur et la confiance.

Critique :
Donnez-moi la main que je vous hisse dans le chariot estampillé « eaux curatives » aux côtés du Kep-Ten Kidd et de la jeune Chohenna car le voyage vaut la peine d’être vécu et je vous envie de ne pas l’avoir encore fait…

Le capitaine Jefferson Kyle Kidd parcourt le nord du Texas pour lire aux gens des nouvelles, tirées de différents journaux, choisissant les plus intéressantes, des exotiques, évitant de parler politique si l’endroit ne s’y prête pas.

Sa haute stature d’1,80m, sa voix posée, agréable et son grand âge de 71 ans en impose aux autres, mais rien ne le prédestinait à escorter une jeune gamine de 10 ans qui a passé 4 ans chez les Kiowas après que ceux-ci aient massacré sa famille.

Il est dit que les enfants enlevés par les indiens et élevés parmi eux ne savent jamais vraiment tout à fait se réadapter à la vie dite civilisée, même si leur captivité n’a durée qu’une seule année. Comme s’ils avaient été marqué à jamais par leur famille d’adoption, ces enfants restaient indiens toute leur vie.

C’est le cas de Johanna qui prononcera ensuite son prénom « Cho-hanna » et qui fera du capitaine un « kep-ten », ayant bien du mal à prononcer les lettres « r » ou le « th » anglais alors qu’elle manie la langue kiowas avec habilité, même si celle-ci est très difficile car basée beaucoup sur des positions du corps, des mains, des voyelles, des sons chantés.

Le voyage est long – 600km – et je vous conseille de bien vous installer sur le banc du chariot car même si on n’a pas le temps de s’ennuyer tant le récit est dense du fait que ce voyage n’a rien d’une balade tranquille, nous devrons aussi faire face au choc de deux cultures diamétralement opposées et à une petite fille qui est de nouveau arrachée aux siens.

Ajoutons à cela une écriture assez petite et le fait que les tirets cadratin et guillemets sont partis en vacances sans prévenir le lecteur (c’est une mode cette économie de tirets et guillemets ??). Bon, cette absence n’a pas gêné ma lecture le moins du monde car l’agencement des phrases est bien fait à tel point que vous ne douterez jamais de qui parle.

Voilà un magnifique récit fait partie de ceux qu’on lit à son aise, sans se presser, comme on savourerait un grand whisky qui a patiemment muri dans son fut de chêne (ou de ce que vous voulez), comme on savourerait un met exquis et raffiné, cuisiné avec amour et professionnalisme par un grand chef : on prend le temps de savourer, on ne se bâfre pas et on ne fait pas cul-sec.

Ce roman est bourré d’émotions en tout genre, pas de celles qui vous font verser une larme à chaque fois, mais de tas de petits moments intenses, de petits gestes, d’apprivoisement entre deux êtres que tout oppose et qui se trouvent réuni sans vraiment l’avoir voulu. Ces deux êtres qui vont vivre un voyage où ils devront avoir confiance l’un dans l’autre.

Et puis, cette traversée d’une partie du Texas, les traumatismes encore apparents d’une guerre fratricide qui opposa le Nord et le Sud, cette civilisation qui voit émerger le progrès alors que les bandits, des pillards et les guerres indiennes font encore des ravages… Ces paysages magnifiques parsemés de maisons calcinées et de famille décimées. Magnifique et horrible en même temps.

Ne vous attendez pas, ici, à un récit palpitant à la manière d’un James Bond sautant de toit en toit, mais plus à un Sean Connery vieilli et blanchi sous le harnais de l’armée, un homme instruit, qui sait se défendre mais n’a plus 20 ans, ni même 50, mais 70 !

Les palpitations seront ailleurs et même dans les moments les plus calmes, on ne sait jamais ce qui peut surgir d’un coin de la plaine ou au détour d’un bosquet. Et puis, l’auteur, de sa plume habile et poétesse, arrive sans peine à entraîner son lecteur même pour traverser des rivières en crue ou affronter des êtres dépourvus de toute humanité et abjects.

Un voyage magnifique que je viens de faire à bord du chariot estampillé « Eaux curatives » et ce roman, à l’instar de ces eaux, eut un véritable effet curatif, mettant du baume à mon cœur, un antidote à la morosité ambiante tant par ses deux personnages principaux que par leur récit de leur périple.

Un roman fort, émouvant, profond, merveilleux, des personnages qu’on a du mal à quitter et un récit porté par une plume magnifique.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

Les larmes de la liberté / Fuir la colline aux esclaves : Kathleen Grissom [LC avec Bianca]

Titre : Les larmes de la liberté / Fuir la colline aux esclaves

Auteur : Kathleen Grissom
Édition : Pocket (01/02/2018)
Édition Originale : Glory over Everything : Beyond The Kitchen House (2016)
Traducteur : Isabelle Allard

Résumé :
Philadelphie, 1830. Pour sauver un jeune garçon victime de marchands d’esclaves, James, va devoir affronter les secrets de son passé.

Orfèvre respecté de la bonne société de Philadelphie, James devient l’amant de Caroline, jeune femme malheureuse dans son mariage. Quand celle-ci tombe enceinte, James est rattrapé par son passé.

Mais avant d’avoir pu avouer ses origines à Caroline, il est appelé au secours par Henry, un ancien esclave qui lui a autrefois sauvé la vie. Son fils Pan a disparu. Tout porte à croire qu’il a été enlevé et vendu.

Pour retrouver Pan, James doit retourner sur les lieux de son enfance, la colline aux esclaves…

Critique :
Le premier opus, « La colline aux esclaves » m’avait retourné les tripes, me procurant des émotions en grand.

J’avais un peu peur de ne pas ressentir la même chose dans sa « suite » puisque je ne serais plus en compagnie du personnel de la plantation du capitaine Pyke à Tall Oaks puisque nous allions suivre la destinée de James et celle de Suckey, dont on avait fait connaissance dans le précédent volume.

Niveau émotions, elles furent différentes mais toujours au rendrez-vous car le personnage de James – qui s’est enfui de la plantation et apprend à se débrouiller seul – est émouvant dans le fait qu’il refuse sa condition de Nègre (sorry pour le mot, mais à cette époque de 1830…) puisqu’on lui a toujours dit qu’il appartenait à la classe Blanche.

Son secret, il va falloir le préserver, le protéger, car si les gens qu’il fréquente à Philadelphie apprennent ses origines négroïdes, il peut dire adieu à sa vie sociale, à sa position, à tout.

Bien que nous soyons dans le Nord et que les Noirs soient un peu mieux traité que dans le Sud, ils sont toujours esclaves et exclus de la Société. Nous ne sommes pas dans le monde des Bisounours et même si la liberté a une meilleure saveur dans le Nord que dans le Sud, il s’avère que les Noirs occupent toujours les places les plus basses dans la société.

Une trame prenante, plusieurs récits qui s’entrechoquent, car en plus de découvrir la vie de James, nous aurons celle du jeune Pan, enlevé par des marchands d’esclaves et celle de Suckey, qui n’a rien à envier à ses semblables.

Les conditions de vie déplorables et inhumaines des Noirs en ces temps reculés est bien décrite, et quelques scènes sont assez éprouvantes, comme ces colonnes d’esclaves, enchaînés et tirés par des cavaliers hargneux maniant le fouet en cuir avec violence et plaisir.

Ce roman est différent du premier, mais il m’a permis d’avoir des nouvelles des personnages qui évoluaient dans le premier et ces nouvelles m’ont fait plaisir pour certains et j’ai été peinée pour d’autres.

James est un personnage intéressant, émouvant et qui va évoluer au fil du temps, apprenant à considérer les Noirs comme des êtres vivants, des êtres humains et non comme des animaux. On ne peut pas trop lui en vouloir, on l’a élevé dans cette mentalité et en changer prend du temps.

Il va vivre des aventures stressantes, éprouvantes et devra renaître différemment pour pouvoir avancer sur le chemin de l’acceptation de soi et des autres. L’auteur amorce ces changements de manière subtiles ou brusques, tout dépend du moment et des événements, mais le tout est amené de manière réaliste.

Le récit est, une fois de plus, éprouvant pour l’âme et le cœur, il tord les tripes, donne envie de hurler, d’entrer dans le roman et d’en liquider quelques uns.

Mon cœur s’est serré plusieurs fois, dont une fois de trop car j’aurais aimé une autre destinée pour un personnage, mais il est vrai que nous aurions franchi alors les limites du réalisme pour entrer dans l’ère des Bisounours et que cela aurait enlevé cette part de réalité au récit.

Un roman qui m’a ému, comme son précédent, mais d’une autre manière car l’auteur, tout en restant dans le même sujet qu’est l’esclavage, a su renouveler son récit tout en gardant ce qui avait fait la recette du premier.

Un roman fort, profond, émouvant, dont on ne sort pas vraiment indemne. J’ai donc demandé à Bianca, ma complice de LC, de nous mettre des Oui-Oui et des Petzi au menu de nos prochaines LC.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018).

 

La dernière frontière : Howard Fast

Titre : La dernière frontière

Auteur : Howard Fast
Édition : Gallmeister Totem (2014 – 2018)
Édition Originale : The Last Frontier (1941)
Traducteur : Catherine de Palaminy

Résumé :
1878. Les Indiens cheyennes sont chassés des Grandes Plaines et parqués en Territoire indien, aujourd’hui l’Oklahoma.

Dans cette région aride du Far West, les Cheyennes assistent, impuissants, à l’extinction programmée de leur peuple. Jusqu’à ce que trois cents d’entre eux, hommes, femmes, enfants, décident de s’enfuir pour retrouver leur terre sacrée des Black Hills.

À leur poursuite, soldats et civils arpentent un pays déjà relié par les chemins de fer et les lignes télégraphiques.

Et tentent à tout prix d’empêcher cet exode, ultime sursaut d’une nation prête à tout pour retrouver liberté et dignité.

Critique :
Sherman rédigea l’acte de nomination du général George Crook, lui donna les pleins pouvoirs dans les Plaines et lui ordonna d’abattre les Cheyennes comme on tire les loups qui maraudent.

Oui, les tirer comme des loups, comme des bêtes car pour eux, ce n’était même pas des humains…

Les États-Unis ne sortiront pas auréolé de gloire, avec ce roman d’Howard Fast qui raconte la longue marche que firent les Cheyennes depuis les rudes terres de l’Oklahoma où on les parquait, à celles qui furent les leurs, dans les Black Hills.

Imaginez 300 Cheyennes, dont à peine 80 hommes, dont la moitié seulement de ces guerriers est dans la fleur de l’âge, tout le reste étant des femmes, des enfants et des vieillards, marchant durant plus de 1.500 kilomètres avec 12.000 soldats à leur cul qui leur ont tendu des souricières où pas une souris n’aurait pu passer, pratiquant même ensuite la stratégie de la tenaille, bien connue de la 7ème Compagnie.

Douze mille hommes, près d’une division entière de soldats des États-Unis, vétérans endurcis des vieux régiments qui avaient combattu les Indiens, essayaient de capturer ces trois cents Cheyennes. Et, sur les trois cents, il n’y avait que quatre-vingts hommes environ, dont la moitié seulement étaient des guerriers dans la force de l’âge.

Et vous savez quoi ? Les Cheyennes sont passés, les Cheyennes ont marché, on les a rattrapé, combattu, on les a pourchassé, mais jamais on ne les a capturé, sauf ceux qui se rendirent afin de permettre aux autres d’échapper à tous ces hommes en bleus lancés à leur trousse comme s’ils avaient commis un crime atroce.

Leur seul crime était de vouloir rentrer chez eux pour ne pas mourir de faim en Oklahoma, ils voulaient juste rentrer chez eux. Pacifiquement. Rien de plus…

Honteux, horrible, à vomir, voilà ce qu’on aurait envie de hurler à la face de l’Amérique pour ce qu’elle fit endurer à ces pauvres Indiens, dépossédés de leurs Terres ancestrales – dont on leur avait pourtant garanti qu’ils les garderaient – parqués pire que du bétail sur une terre aride, crevant de faim, de soif, de maladie, n’ayant plus de bisons à chasser et qui ne demandaient qu’une chose : rentrer dans les Black Hills.

Ben non, pouvaient pas, les Indiens, pas de libre circulation de ces minorités, dans ce grand pays qu’est l’Amérique. Trois sont déjà foutu le camp et en représailles, on en demande 10 pour enfermer dans le trou à rat qu’est la prison de Dry Tortuga…

Ce livre, c’est une baffe donnée à la face des États-Unis, c’est un plaidoyer envers le courage qu’eurent ces hommes et ces femmes de partir sur un périple impossible, alors qu’ils étaient déjà à bout de force, juché sur des poneys maigres et fatigués.

Ce livre, c’est aussi une baffe jetée à l’Homme Blanc qui a peur de ce qu’il ne connaît pas, qui raconte des tas de mensonges sur les autres, inventant au fur et à mesure pour ajouter de l’huile sur le feu et faire le jeu de la propagande. C’est une ode à la tolérance, à l’humanisme, au fait qu’il faut traiter les autres comme des Êtres Humains et pas comme du bétail.

— Mais nom de Dieu, capitaine, même les Indiens sont des êtres humains. Vous ne pouvez pas affamer des enfants et mettre ça sur le compte de leur race.
— Je vous saurais gré de vous mêler de vos affaires, lieutenant, trancha Wessells.

Ici, c’est l’Homme Rouge qui en sort grandi car il est resté pacifique, ne voulant pas recommencer une guerre, tandis que l’Homme Blanc se comportera comme il le fait encore et toujours, alliant la bêtise à la brutalité, la violence avec l’entêtement.

Le Kansas recouvra son sang-froid et découvrit qu’il n’existait pas un cas, pas un seul et unique cas, d’un citoyen assassiné ou molesté par les Cheyennes, pas une seule maison incendiée : des chevaux avaient été enlevés, du bétail abattu, rien de plus.

Pourtant, lorsqu’on écoute le Blanc, ce sont les Indiens qui sont des sauvages, des êtres ne possédant pas plus d’esprit qu’un enfant. On devait manquer de miroir à l’époque…

Le récit d’Howard Fast est magnifique, prenant, bourré de bêtise humaine, de stratégie indienne, de volonté de paix alors qu’en face, on ne sait parler que de guerre et de conflits.

Les coulisses du pouvoir sont abjectes parce que réalistes, on suit tout cela impuissant, alors qu’on a envie de hurler toute sa rage devant autant de décisions absurdes (afin de justifier sans doute qu’on en a une grosse) car dura lex sed lex, sauf pour eux, politiciens.

Un roman dont on sort bouleversé, ému, la partie se déroulant à Fort Robinson étant à la limite de l’insoutenable, tant l’entêtement bête d’un officier va amener ce peuple fier et libre à devoir vivre des jours en enfer.

À Camp Robinson, le thermomètre marquait ce jour-là -30°. L’officier devait connaître ce détail. C’était une des informations données par tous les journaux de la région. Les squaws et les enfants ne possédaient pas une couverture qui ne fût en loques. Ils ont effectivement quitté leur réserve avec les mêmes vêtements qu’ils portent aujourd’hui, mais ils sont partis en août et nous sommes maintenant en janvier. En outre, les vêtements s’usent dans le Nebraska aussi bien qu’à Washington.

Un roman magnifique, un roman fort, un roman à lire et un formidable travail de l’auteur afin de récupérer des témoignages alors qu’il y avait la barrière de la langue, le Cheyenne étant une langue très riche mais très difficile à apprendre.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018).