Bohemian flats : Mary Relindes Ellis

Titre : Bohemian flats

Auteur : Mary Relindes Ellis
Édition : 10/18 (2015)
Édition Originale : The Bohemian Flats (2014)
Traduction : Marc Auligny

Résumé :
Au pied de Minneapolis, sur la rive du Mississippi, se dressent de petites baraques de bois connues sous le nom de Bohemian Flats.

C’est là, dans un joyeux chaos, que des migrants venus des quatre coins d’Europe, Tchèques, Irlandais, Finlandais ou encore Russes, échangent leurs histoires, partagent leurs coutumes, et s’épaulent sur le chemin laborieux du grand rêve américain.

Parmi eux, Albert et Raimund Kaufmann et leur amie d’enfance, Magdalena Richter, aspirent à un avenir plus libre, loin d’une Allemagne moyenâgeuse et intolérante. Mais la Première Guerre mondiale éclate, et avec elle s’envole la belle harmonie qui régnait dans les Flats.

Rattrapés par leur identité allemande, Albert, Raimund, Magdalena et leurs enfants vont être confrontés au passé douloureux de la famille, et à des secrets qu’ils croyaient enterrés pour toujours.

Critique :
L’histoire de la famille Kaufmann s’étale de 1881 à 1968, elle commence en Allemagne et continuera ensuite en Amérique.

Mary Relindes Ellis m’avait emportée dans « Wisconsin » et elle a remis ça, une fois de plus.

Ses personnages sont magnifiques, réalistes, sympathiques, humains, que ce soit le tout jeune Raimund et son frère Albert, leur parents, leur professeur Herr Richter, son épouse…

Commençant son récit dans l’Allemagne de 1881, l’auteure va nous conter la vie de la famille Kaufmann en prenant le temps de nous les présenter et de poser le décor d’une Allemagne rurale.

Les thèmes présentés sont des vieux amis : les relations dans une fratrie, les rapports entre le père et ses fils, la découverte de la sexualité, la figure maternelle, les mariages arrangés, les préjugés, l’intolérance, la religion, l’enseignement, les études, le travail à la ferme, dans les champs, l’envie, la jalousie, la convoitise… Et la fuite vers un autre continent.

C’est beau, c’est puissant, ça se dévore lentement car l’écriture de l’auteure se déguste. Elle n’est pas simpliste, loin de là. Moi qui ai d’habitude un bon rendement de pages à l’heure, j’ai mis plus de temps à avancer, sans pour autant m’ennuyer.

Le rêve américain cher à Trumpinette n’est une carabistouille pour moi. D’accord, en partant aux États-Unis tous les rêves sont permis, tout est possible, vous pouvez réussir en étant parti de rien. Mais pour un qui a réussi, combien ont chuté ? Le soleil ne brille pas pour tout le monde et si on veut devenir riche, faut écraser les autres.

D’ailleurs, aux Etats-Unis, la naissance ne détermine pas la position de l’individu dans la vie : à force de travail, un paysan peut s’élever au rang d’important homme d’affaires, voire occuper une fonction politique. La quantité d’argent ainsi gagné permet également d’acquérir un certain vernis social, mais l’accroissement de la richesse s’accompagne aussi d’une forme de censure que certains appellent les bonnes manières.

Le titre ne le laisse pas deviner, mais toute l’histoire ne se déroule pas dans les Flats de Minneapolis puisque nous aurons la genèse en Allemagne (Bavière) et après, une partie de l’histoire se déroulera dans une ferme de Chippewa Crossing dans le Wisconsin.

Le récit nous contera la vie de la famille Kauffman, leur voyage jusqu’au États-Unis, leurs coups durs, la vie difficile dans les Flats mais empreinte de solidarité entre tous ses habitants, victime du mépris des autres habitants de la ville puisque ne vivent dans les Flats que les gens pauvres.

Le mépris et la haine, nous les retrouveront au moment de la Première Guerre Mondiale où malgré le fait que des hommes originaires d’Allemagne se battent aux côtés d’Américains, ils sont vus comme des espions, des traîtres, des gens à abattre ou à renvoyer chez eux.

Mais dans les lettres suivantes, il évoque les sarcasmes subtils, puis un peu moins subtils, qu’il endure de la part des ingénieurs anglo-saxons, en plus du préjugé anti-allemand qui ne cesse de se répandre à Minneapolis et à Saint Paul. Il n’y a que sur les Flats qu’il se sent à l’abri des insinuations malveillantes.

— Les Anglo-Saxons ont toujours été comme ça depuis que j’habite ici, répond l’homme-ours. Pour eux, ceux qui viennent de pays situés à l’est de Paris sont des Polacks, des Boches, des Bohêmiens ou des sales Russes, assez bons pour travailler dans les manufactures et les usines mais pas assez pour s’asseoir à leur table ou être respectés comme n’importe quel Anglo-Saxon, homme ou femme.

Bizarrement, TOUS les Américains sont issus de l’émigration massive (sauf les Natifs que sont les Amérindiens, qui sont là depuis bien plus longtemps), tous sont étrangers et pourtant, les Anglo-Saxons se considèrent comme les seuls vrais Américains et tous les autres sont déclarés des étrangers.

Mon seul petit bémol pour ce récit sera pour le personnage d’Otto, le frère aîné Kauffman qui est le salopard de ces pages, même si, une fois tout le monde parti en Amérique, nous ne le reverrons pas avant la fin.

Là où le bât a blessé, c’est que Otto va commettre un acte abject, abominable, dégueulasse, honteux (les mots me manquent), qui ne sert en rien le récit et qui m’a semblé déplacé, hors de propos, vu les années qui avaient passé et que cet acte ne lui rapporterait rien qu’une sale vengeance très basse et complètement inutile. Voilà, c’est dit.

Un magnifique récit qui couvre les périodes allant de 1880 à l’après 1960, commençant en Bavière et allant jusque dans le Minnesota, en passant par le Wisconsin et passant un peu par les champs de batailles de la Première Guerre Mondiale.

Une fresque familiale qui s’étale sur 80 ans, servie par des personnages sympathiques, émouvants, portés par une écriture très belle. Une fresque qui rend hommage à tous ceux qui ont construit l’Amérique et qui n’étaient que des petites gens, pauvres.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°85] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.


 

Les larmes noires : Julius Lester

Titre : Les larmes noires

Auteur : Julius Lester
Édition : Livre de Poche Jeunesse (08/10/2014)
Édition Originale : Day of tears (2005)
Traduction : Raphaële Eschenbrenner

Résumé :
1859. La jeune femme vit dans une plantation de coton entourée des siens et de la famille du maître, lorsqu’on la sépare de ses parents et de ceux qu’elle aime.

À treize ans, elle est vendue, comme des centaines d’autres esclaves. Sarah, la fille du maître, très attachée à Emma, ne pardonnera jamais cette barbarie à son père…

Un texte à plusieurs voix – celles des Noirs et celles des Blancs, celles des esclaves et celles des maîtres. Un chef-d’oeuvre littéraire d’une grande portée humaniste.

Critique :
Il est des lectures où l’on se dit qu’on aurait mieux fait d’aller lire « Tchoupi », c’est moins bien mais au moins, ça ne fait pas mal au bide.

Georgie. Un propriétaire du Sud n’a pas su gérer en bon père de famille l’exploitation léguée par son père et pour éponger ses dettes de jeux, il vend des centaines d’esclaves.

Oui, des centaines. Plus de 400 esclaves qui, d’après les moeurs en vigueur à cette époque (1859) étaient tout de même bien traités.

Ils n’étaient pas libres de leur vie, de leurs gestes, ils étaient esclaves, mais le gentil maître ne fouettait pas. Par contre, il n’a pas de parole, pas de couilles, juste des dettes de jeu car c’est le pigeon de classe royale.

Ce roman choral donne la parole à des esclaves, mais aussi aux maîtres Blancs, que ce soit cet enfoiré de Pierce Butler, ses filles Frances et Sarah, un esclavagiste, une acheteuse d’esclaves ou d’autres esclaves, chacun apportant sa pierre à l’édifice et son point de vue.

J’ai eu un peu de mal au départ car le récit est présenté à la manière d’une pièce de théâtre et les points de vue changent souvent, ce qui est un peu déstabilisant, mais pas de panique, le récit est tellement prenant que je suis passé au-dessus de tout ça.

Le roman est court, très court, cela ne laisse pas beaucoup de possibilité à l’auteur de développer son histoire, de nous montrer la genèse, mais en en 150 pages, il réussi tout de même à vous mettre le coeur en vrac et à vous donner envie de lire les Petzi de votre enfance afin de se remettre de la lecture.

L’auteur évite l’écueil facile du pathos, il maintient la barre et ne s’y aventure pas. Nous aurons droit à quelques scènes tristes, déchirantes, qui brisent le coeur, mais il ne s’appesantit jamais dessus, préférant les les courtes explications aux longs discours.

L’enfer étant pavé de bonnes intentions, une bonne action ne restant jamais longtemps impunie, les choix de certains pourraient avoir des conséquences dramatiques pour les autres et il faut ensuite vivre avec, ce qui n’est pas toujours facile. Un passage l’illustrera bien et j’ai fermé les yeux et serré les lèvres très fort car la facture était aussi salée que les larmes de certains.

Un court roman fort sur l’esclavage, malgré le fait qu’il n’a que 150 pages, même si j’aurais aimé en avoir plus afin de passer plus de temps avec une partie des personnages. Une lecture à faire, même si ce n’est jamais drôle de plonger dans les pages sombres de l’Histoire. Mais moi, je n’ai fait que lire et ressentir, eux, ils l’ont vécu.

Partant d’un fait réel (la vente de centaines d’esclaves) et mêlant habillement les personnages réels (Pierce Butler, Fanny Kemble son ex épouse) et les fictifs, l’auteur nous prouve qu’en peu de pages, avec quelques mots, on peut produire un récit qui marque au fer rouge son lecteur.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°XX] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Marshal Bass – Tome 2 – Meurtres en famille : Darko Macan & Igor Kordey

Titre : Marshal Bass – Tome 2 – Meurtres en famille

Scénariste : Darko Macan
Dessinateur : Igor Kordey

Édition : Delcourt Néopolis (04/10/2017)

Résumé :
Pour sa deuxième enquête, notre héros est confronté à une famille pratiquant le meurtre… en famille ! Bébés momifiés, course à pied dans des étendues arides et moult coups de feu dans cette aventure haute en couleur !

La vie dans le western était impitoyable pour beaucoup, à tel point que le meurtre y était considéré comme un business comme un autre.

Sur la piste d’un tueur en série, Marshal Bass y est alors confronté et se met en tête qu’il faut éradiquer le crime.

Cependant ce qui aurait dû être un cas plutôt simple va très mal tourner. Car quoi de pire que de tomber amoureux de la fille des assassins…

Critique :
Quoi de plus merveilleux que le travail en famille ? Papa, maman et les deux enfants, garçon et fille, travaillent de concert et de conserve.

La vie est bourrée d’ironie et comme elle a envie de se marrer de temps en temps, elle place un tueur en série sur le chemin de notre sympathique famille qui se coupe en quatre pour… assassiner des gens et les détrousser !

Si vous aimez La Petite Maison Dans La Prairie, passez votre chemin, c’est L’Auberge Rouge version far-west.

Une fois de plus, nous sommes plongés dans un western qui ne fait pas dans la dentelle car il explore la noirceur des Hommes (et des Femmes). Et pas que celle des assassins détrousseurs.

Même notre Marshal River Bass monte en puissance dans ce tome puisqu’il retire sa veste de bon père de famille qui a accepté ce boulot de marshal pour nourrir ses gosses…

Ah, notre personnage principal n’est pas aussi bon qu’on a essayé de nous faire croire, et c’est tant mieux. De plus, Bass aussi envie de se taper la jeune fille qu’il pourchasse pour meurtres, qui elle-même était désirée par son frère… Ça devient cochon, là !

Mais bon, les chats ne font pas des chiens et là, seuls ceux qui ont lu l’album comprendront mon insinuation. On patauge dans le glauque. Yes !

Je ne suis toujours pas fan des dessins des visages, mais les décors sont magnifiques, grandeurs nature, plein de couleurs et comme dans le premier tome, la double page vaut le coup d’œil poussé afin de remarquer tous les petits détails.

Le scénario est grinçant, ironique, noir, violent et le croque-mort va avoir du boulot. J’espère qu’il fait des prix de groupe…

Pour les enfants, privilégiez les aventures de Lucky Luke et pour les adultes à qui on ne la fait plus, présentez-leur les deux premiers tomes du Marshal River Bass. C’est violent, en effet, mais moins que le premier tome de la série Bouncer (Jodorowsky).

Heureusement qu’il y a un peu d’humour, ce qui fait diminuer la tension artérielle après quelques scènes macabres et violentes.

Les albums du Marshal River Bass ont du punch, de bons scénarios, de la violence, des flingues, des morts violentes, des lynchages, bref, ce qui fait que l’Ouest est l’Ouest et pas un monde de Bisounours.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°64] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Marshal Bass – Tome 1 – Black & White : Darko Macan & Igor Kordey

Titre : Marshal Bass – Tome 1 – Black & White

Scénariste : Darko Macan
Dessinateur : Igor Kordey
Coloriste : Desko

Édition : Delcourt Néopolis (07/06/2017)

Résumé :
Arizona, 1875. Un gang d’esclaves affranchis, dirigé par un mystérieux Milord, terrorise tout un état.

River Bass, premier afro-américain de l’US Marshal Service, est le seul à pouvoir l’infiltrer. Il a accepté l’étoile pour le respect et l’égalité, mais il ne sera confronté qu’à la cruauté du monde.

Bass sera démasqué par le gang infiltré et son combat pour la justice s’arrête là. Commence alors celui pour sa vie…

Critique :
Le western est revenu à la mode, tant mieux pour ceux et celles qui adorent ça, dont moi…

Depuis sa sortie, je lorgnais sur cette nouvelle série et puis, je suis passée à autre chose parce que je ne peux pas tout acheter en neuf. Là, ayant pu les acheter en seconde main et je ne me suis pas privée.

Le pitch est pour le moins original puisqu’il met en scène un U.S Marshall Noir, à une époque où les Noirs n’avaient aucun droits et étaient toujours susceptibles de se faire pendre à toute branche d’arbre.

Sa mission, s’il l’accepte ? Infiltrer un gang de Noirs qui braquent les banques et tuent.

Quand on met en scène un tel personnage, il faut tout de même lui donner un peu d’épaisseur et faire en sorte que le lecteur en sache un peu plus sur ce nouveau personnage.

Là, on ne peut pas dire que les auteurs nous ait donné du grain à moudre et on termine l’album en sachant peu de choses sur River Bass, sinon qu’il est marié, a une sacrée marmaille et aime faire l’amour à sa femme. Ah oui, j’oubliais, il tire vite et bien aussi.

À mon humble avis (même si on ne me demande pas), cette histoire aurait mérité de s’étaler sur deux albums afin de lui donner plus de corps, plus de profondeur et ne pas se retrouver avec un récit qui se termine en bain de sang et de manière un peu trop simple, trop facile.

Il aurait été intéressant de suivre plus longtemps Bass dans sa mission d’infiltration afin de savoir si le chef de gang avaient d’autres motivations que celle de se faire plein de fric (il aurait pu vouloir déstabiliser une ville, un réseau de banques, le pays,…).

Les dessins sont spéciaux, j’ai eu un peu de mal au départ et ensuite, je m’y suis faite. Certaines couleurs sont très belles pour les yeux et la double planche du braquage est très réaliste et bourré de détails entre le gang qui s’enfui et les braves gens qui s’interposent pour les stopper.

Quant aux dialogues, ils ne sont pas dépourvus d’humour et d’un brin de cynisme.

Un western violent, sanglant, rempli de cadavres qui n’est pas pour les amateurs de western version Petite Maison Dans La Prairie. Si vous cherchez de la tendresse et des bonnes actions, va falloir changer de saloon.

J’aurais aimé plus de profondeurs, moins de manichéisme, plus de détails sur le passé de Bass mais comme j’ai apprécié ma lecture, je vais continuer la série. Qui sait, j’en saurais peut-être plus sur le Marshall dans les tomes suivants.

Une bande dessinée inspirée d’une histoire vraie.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°61] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Mauvais garçon : Michaël Morpurgo

Titre : Mauvais garçon

Auteur : Michaël Morpurgo
Édition : Folio Junior (2015)
Édition Originale : Not Bad For A Bad Lad
Traduction : Diane Ménard

Résumé :
« Mauvais garçon ! » On l’a toujours appelé comme ça. Petit, il faisait les quatre cents coups. En grandissant, il est devenu un vrai voyou et a été placé en maison de redressement où on lui mène à son tour la vie dure.

Un jour, M. Alfie, un vieil homme qui s’occupe de chevaux, lui offre une seconde chance et lui confie Dombey, un cheval maltraité et farouche.

Critique :
Mais pourquoi est-ce si court, ce récit ? Parce qu’il y avait matière à développer plus profondément les personnages et ce qu’il leur arrive.

Un grand-père raconte à son petit fils ses jeunes années d’errance, de voyou, d’enfant incompris, né sans père, dans une famille nombreuse, juste avant la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

Si notre héros sans nom devient un mauvais garçon, c’est aussi à cause de ces profs qui n’ont pas fait d’effort avec lui, de ce directeur, prompt à juger, qui ne lui a jamais donné l’occasion de montrer ses talents ou de lui donner des responsabilités, comme le fit sa prof de musique…

Ajoutons ensuite les renvois successifs et les mauvaises fréquentations et on obtient un sale gosse envoyé en maison de correction.

Au travers son récit, l’auteur nous parle des maisons de corrections dans l’Angleterre des années 50, des lieux de perdition où la sévérité est loi mais ou l’entraide est absente. Il nous parle de ces êtres humains qui ont plus facile de punir, de corriger des gamins en perdition, au lieu de les aider, de tendre la main et de leur donner une autre chance.

Pourtant, lorsque monsieur Alfie tend la main à notre mauvais garçon et lui propose de l’aider avec les chevaux, notre sale gosse change car enfin, quelqu’un lui a dit qu’il n’était pas si mauvais que ça pour un mauvais garçon.

Hélas, ce livre ne fait qu’une centaine de pages et c’est là qu’on voit qu’il est destiné à un jeune public car l’auteur brosse un portrait épuré de notre sale gosse, n’approfondit pas le travail qu’il réalise avec les chevaux, sa relation privilégiée avec Dombey, ce cheval qui n’a plus confiance et pire, il nous plante même là sans que nous sachions ce qu’il arrive à monsieur Alfie !

La fin est précipitée aussi, elle est belle, pleine de douceur et d’émotions, de morale et de happy end, mais, une fois de plus, cela aurait mérité plus de traitement en profondeur de la part de l’auteur.

Il faudrait deux versions de ce chouette petit roman plein de tristesse et de tendresse : la version abrégée pour les gosses et la version longue pour les adultes qui n’aiment pas terminer une lecture avec un goût de trop peu.

Malgré ma sensation de faim non rassasiée, ce roman jeunesse est un bon roman d’apprentissage qui nous prouve que l’on peut sauver de la délinquance des jeunes en leur tendant la main au bon moment et en leur donnant une seconde chance, confiance en soi.

À noter que en fin de roman, l’auteur nous livre des documents sur la délinquance juvénile et ensuite nous parle des chevaux de la race Suffolk Punch, la plus ancienne race de chevaux de trait connue, quasi éteinte.

Contrairement aux Shire ou Clydesdale, ces chevaux n’ont que peu de fanons aux jambes (ces poils rigides situés au-dessus du sabot et derrière le pied dans lesquels la boue vient se foutre).

Le Suffolk Punch est plus ramassé et plus massif que les autres races de traits lourds britanniques, comme le Clydesdale et le Shire. Leurs robes est toujours alezane (bizarrement, Dombey est un pie).

Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9) et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°13].

Mages – Tome 1 – Aldoran : Jean-Luc Istin, Kyko Duarte et Nanjan

Titre : Mages – Tome 1 – Aldoran

Scénariste : Jean-Luc Istin
Dessinateur : Kyko Duarte
Coloriages : Nanjan

Édition : Soleil (19/06/2019)

Résumé :
Tyrom, un vieil ermite, s’attache bien malgré lui à Shannon, une gamine espiègle de Castlelek. Cette cité indépendante est convoitée par le roi Gerald qui entend l’annexer à son royaume.

Alors, quand Tyrom voit un mercenaire menacer Shannon, il s’interpose.

L’instant d’après, la dépouille fumante du mercenaire git à ses pieds. Il ne comprend pas ce qu’il vient de se passer. Est-il un mage ? Et si oui ? Pourquoi a-t-il perdu la mémoire ?

Critique :
Une fois de plus, Jean-Luc Istin n’a rien inventé mais c’est la manière qu’il a de nous raconter les histoires qui nous plait, ainsi que les différents personnages qui gravitent dans ses sagas.

En voici une nouvelle que je n’avais pas eu l’occasion, le temps, de lire à sa sortie et je profite de ces congés forcés pour enfin pendre le temps (j’ai encore de quoi lire pour un confinement de 6 mois au moins).

Castlelek, une ville prospère, tranquille, indépendante où il ne se passe jamais rien.

Une gamine, Shannon, intrépide, curieuse, aventureuse, qui se lie d’amitié avec un géant (Tyrom) vivant en ermite dans les hauteurs de la ville, sorte d’ours mal léché ronchon et amnésique, qui va, comme nous, s’attacher à la petite Shannon.

Effectivement, une amitié entre un vieux ronchon et une gamine bourrée d’espièglerie, on a tous connu ça. Un roi voisin qui veut mettre la main sur la ville indépendante, leur taxer du fric pour sa protection et qui envoie, pour les faire plier, des mercenaires, c’est du connu, ça se fait encore sûrement.

Un autre roi assassiné par un mage et le coupable qui a disparu sans que l’on arrive à mettre la main dessus, c’est du tout cuit aussi. Ne manquait que la fôte à « Aldoran m’a tué » inscrit au mur, par le doigt ensanglanté du roi mourant…

Mais comme je le disais, si le scénario est basique, la manière de le conter ne l’est pas et cet album se laisse lire du début à la fin avec avidité car si l’auteur nous emmène une fois encore dans les terres d’Arran que nous connaissons bien, il nous présente un nouvel ordre, celui des Mages, que nous avions entrevu dans un album de la saga Elfes.

Une fois de plus, tout se tient, tout s’enchaîne, même si je voudrais avoir un jour le plan de lecture de tous les albums des différents monde afin de relire tout dans le bon ordre.

Nous avons beau être dans de la fantasy, tout ce qui s’y passe, hormis la magie, n’est jamais que la copie de nos sociétés, à une époque donnée. Rien de neuf sous le soleil sauf l’art et la manière de raconter les histoires pour captiver les lecteurs.

Je compte bien découvrir la suite de la saga Mages pour voir comment elle évolue et si elle arrive au niveau des sagas Elfes et Nains… Sans oublier les sales bêtes d’Orcs et de Gobelins qui, pour le moment, ont tout pour me plaire.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°214.

Jours barbares : William Finnegan

Titre : Jours barbares

Auteur : William Finnegan
Édition : du sous-sol (16/03/2017) / Points (2018)
Édition Originale : Barbarian Days (2015)
Traduction : Frank Reichert

Résumé :
Le surf ressemble à un sport, un passe-temps. Pour ses initiés, c’est bien plus : une addiction merveilleuse, une initiation exigeante, un art de vivre.

Élevé en Californie et à Hawaï, William Finnegan a commencé le surf enfant. Après l’université, il a traqué les vagues aux quatre coins du monde, errant des îles Fidji à l’Indonésie, des plages bondées de Los Angeles aux déserts australiens, des townships de Johannesburg aux falaises de l’île de Madère.

D’un gamin aventureux, passionné de littérature, il devint un écrivain, un reporter de guerre pour le New Yorker.

À travers ses mémoires, il dépeint une vie à contre-courant, à la recherche d’une autre voie, au-delà des canons de la réussite, de l’argent et du carriérisme ; et avec une infinie pudeur se dessine le portrait d’un homme qui aura trouvé dans son rapport à l’océan une échappatoire au monde et une source constante d’émerveillement.

Ode à l’enfance, à l’amitié et à la famille, Jours Barbares formule une éthique de vie, entre le paradis et l’enfer des vagues, où l’océan apparaît toujours comme un purgatoire.

Un livre rare dont on ne ressort pas tout à fait indemne, entre Hell’s Angels de Hunter S. Thompson et Into The Wild de Jon Krakauer.

Critique :
Si tenir debout sur une planche de surf au milieu des vagues ou des tempêtes est une belle métaphore de nos vie, j’aurais dû penser à me munir d’un gilet de sauvetage car je me suis noyée à la moitié du livre.

Le surf n’est pas un sport que je pratique (déjà que je ne tiens pas super bien sur un skate) mais puisque d’autres l’avaient lu et apprécié et que ces derniers n’étaient que des surfeurs du web, je m’étais dit que moi aussi j’allais aller taquiner les vagues.

Si au départ la mer était joueuse et que j’avançais bien, à un moment, c’est comme si on avait relié une ancre à ma planche, comme si je ramais à contre-courant : plus rien n’avançait et les pages se tournaient doucement, trèèèès doucement…

Alors que je me devais d’être vigilante, je piquais du nez en plein océan !

Tant que l’auteur me parlait de sa jeunesse, à Hawaï, fin des années 50, tout allait bien et même si les termes utilisés dans le surf étaient présents en masse, j’étais tout de même captivée par ces jeunes qui étaient prêt à tout pour surfer sur les vagues, à tout moment.

Ce n’est pas la première fois que je bois la tasse avec un roman, le plus chiant est que ce roman faisait partie de ma PAL Pedigree, celle des champions, celle qui se compose de livres que je veux absolument lire, ceux qui sont les plus susceptibles de me procurer des coups de coeur.

Loupé !

Âme de pirate : Charlotte Macaron [NetGalley]

Titre : Âme de pirate

Auteur : Charlotte Macaron
Édition : 404 (09/01/2020)

Résumé :
Naviguer dans ce labyrinthe d’îles, si proches les unes des autres qu’elles frôlent la coque des navires qui s’y aventurent, affronter le brouillard opaque qui les recouvre, et les ombres qui s’y cachent, relève de la folie furieuse !

Mais, poursuivi par la Marine Royale, l’équipage pirate du Saule pleureur n’a pas le choix. Ils ne se laisseront pas intimider par la sombre réputation des Mortes-Îles. Ils ont à leur bord les meilleurs navigateurs, et rien n’arrêtera leur soif de liberté.

Pourtant ce labyrinthe leur réserve bien des épreuves et ils n’en sortiront peut-être pas indemnes…

Critique :
Quand c’est bon, c’est toujours trop court…

Oui mais là, c’était vraiment trop court, limite 3 minutes, douche et préliminaires comprises…

Et pourtant, le plaisir était là.

Comme quoi, un p’tit coup rapide peut satisfaire la grande lectrice que je suis.

What did you expect ??

Merci NetGalley pour l’envoi de cet epub au bon format. Mais est-ce un court roman ou une nouvelle un peu plus épaisse ? Nous dirons que nous naviguons entre deux eaux.

Ne virez pas de bord mais tâchez de souquer ferme vers ce petit roman numérique qui possède tout ce qui fait un bon roman de piraterie.

L’auteure nous proposant une histoire courte (56 pages), elle doit mettre le lecteur de suite dans le bain, alors, peu de préliminaires et on se retrouve déjà pourchassé par trois galions de la Couronne et engagé dans un détroit d’îles qui a tout du Triangle des Bermudes.

L’élément fantastique va comme un gant à un roman de pirates et sans en faire trop, l’auteure arrive à immerger son lecteur dans un lieu qui fait frissonner tous les marins, lecteur y compris, ajoutant une pincée de fantastique, juste ce qu’il fallait.

L’art de la nouvelle est toujours le même : en dire juste assez, pas trop, ni trop peu, bref, faut doser la poudre à canon si on ne veut pas que ça nous pète à la gueule et même si je ne suis pas une fan des récits courts.

Un sans faute car j’ai apprécié cette histoire où les combats étaient vivants, bourrés de suspense, de dynamisme, d’émotions et où les termes consacrés à la navigation rendaient ce récit plus réaliste sans pour autant avoir besoin d’un dictionnaire.

Les personnages des pirates sont directement attachants, d’ailleurs, ce sont eux les héros du livre et non leurs poursuivants, les marins de sa Majesté d’un royaume inconnu de notre Monde. Nos pirates sont flamboyants.

Et c’est dommage car nous avions le fond et la forme pour écrire une grande aventure, pour étoffer un peu plus ce Monde qui n’est pas le nôtre, de cette Magie qui a disparu il y a quelques années.

Bref, j’ai beau avoir pris mon pied littéraire, je reste tout de même avec un goût amer de trop peu en bouche car l’auteure nous a donné plein d’indications sur ce Monde, sur les personnages des pirates, qui auraient méritées d’être plus développées dans un roman plus épais.

Je remercie les éditions NetGalley pour cette navigation en territoire fantastique où je n’ai pas su lâcher la barre avant d’être arrivée à destination. Là, j’ai cargué les voiles puisque j’étais arrivée à bon port, secouée mais ayant le pied marin, je n’ai pas eu le mal de mer.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°152.

 

Elfes – Tome 24 – Le Bagne de Komoorth : Eric Corbeyran et Bojan Vukic

Titre : Elfes – Tome 24 – Le Bagne de Komoorth

Scénariste : Eric Corbeyran
Dessinateur : Bojan Vukic

Édition : Soleil (17/04/2019)

Résumé :
Nawel a traduit l’antique grimoire relatant l’histoire de Haarn’al, le premier semi-elfe. Il est temps d’en savoir plus et de se plonger dans l’histoire de celui par qui le rapprochement et la dissension sont arrivés.

Chaque jour, sur un archipel perdu appelé Le Roc, l’ancêtre sacré des semi-elfes reçoit la visite de dizaines de curieux impatients de voir de leurs propres yeux le premier bâtard d’une espèce bâtarde dont l’innombrable descendance peinait à trouver sa place au sein d’un monde qui ne voulait pas d’elle.

Les mains d’Haarn’al possédaient en outre un pouvoir. Elles étaient capables de chasser tous les maux…

Critique :
Si dans la saga des Nains, j’ai un faible pour la caste des Errants, dans celle des Elfes j’ai toujours eu de l’affection pour les semis-elfes qui, tout comme les métisses, appartiennent à deux cultures mais sont rejetés par les deux.

Le cul entre deux chaises, n’étant ni tout à fait des Hommes ni tout à fait des Elfes, ce peuple est réduit à une vie d’errance et de merde.

Même dans la grande saga Elfes on n’arrivait pas vraiment à les caser, chaque album pouvant être lu indépendamment des autres et on ne les a pas fait briller dans la résolution du cas de l’invasion des zombies.

Des laissés-pour-comptes à tous les étages, je vous le dis !

Mais quand on est au fond du trou, la seule solution qui reste, c’est de remonter (ou alors de se laisser mourir) et on peut dire que nos semi-elfes vont faire une remontada digne d’un Napoléon revenant de son exil, avec la rage aux dents. Faudra juste éviter la morne plaine de Waterloo…

Dommage que cet album ne possédait pas plus de planches car il aurait mérité un traitement plus approfondi que ce qu’il a eu.

Le dilemme est là : en soi, l’histoire aurait été plus courte si le scénariste n’avait pas développé les histoires de deux des personnages principaux : Tein-Nooh et Oranth’al, la soeur ancienne gladiatrice dans une arène et le frangin ancien guerrier-moine défroqué.

Leurs enfances fut misérable, Dickens n’était pas loin, Hugo non plus. Heureusement que leur père littéraire les a dotés d’un caractère en acier trempé et d’une science du combat (qu’on leur a appris).

Problème, lorsqu’on raconte ses histoires personnelles, l’Histoire centrale, elle, s’en trouve réduite. Ou alors, faut faire un ajout d’une dizaine de planches et faire grossir l’album.

Développer les récits de nos deux Mad Max était une excellente chose, mais j’aurais aimé en savoir plus sur celle du bagne de Komoorth, où l’on vous emprisonne pour un rien et surtout parce que vous êtes un semi-elfe… Vous voyez le parallèle avec notre Histoire à nous ?

Autre parallèle avec les moines guerriers qui combattent l’injustice mais qui eux-mêmes sont injustes… On connaît ça aussi.

Vraiment dommage que l’album n’ait pas été plus long car il y avait matière à faire plus, à pousser un peu plus loin la réflexion car les semis-elfes méritent mieux que des histoires sans réel fil conducteur.

Dans la saga des Nains, la caste des Errants est jusqu’à présent très poussée, très profonde, bourrée d’émotions en tout genre et les semis-elfes auraient mérité le même traitement car ils sont pareils que les Errants.

Malgré tout, les auteurs ont réussi à transformer la donne et à donner un Nouvel Espoir à nos semis-elfes, ceux qui ont été toute leur vie le cul entre deux chaises…

À voir dans le prochain tome quelle direction nos auteurs vont donner à nos Elfes à moitié.

♫ Les portes du pénitencier, bientôt vont se fermer ♪ (ou s’ouvrir).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°144.

La servante écarlate – Tome 2 – Les testaments : Margaret Atwood [LC avec Bianca]

Titre : La servante écarlate – Tome 2 – Les testaments

Auteur : Margaret Atwood
Édition : Robert Laffont – Pavillons (10/10/2019)
Édition Originale : The Testaments (2019)
Traducteur : Michèle Albaret-Maastsch

Résumé :
Quinze ans après les événements de La Servante écarlate, le régime théocratique de la République de Galaad a toujours la mainmise sur le pouvoir, mais des signes ne trompent pas : il est en train de pourrir de l’intérieur.

A cet instant crucial, les vies de trois femmes radicalement différentes convergent, avec des conséquences potentiellement explosives.

Deux d’entre elles ont grandi de part et d’autre de la frontière : l’une à Galaad, comme la fille privilégiée d’un Commandant de haut rang, et l’autre au Canada, où elle participe à des manifestations contre Galaad tout en suivant sur le petit écran les horreurs dont le régime se rend coupable.

Aux voix de ces deux jeunes femmes appartenant à la première génération à avoir grandi sous cet ordre nouveau se mêle une troisième, celle d’un des bourreaux du régime, dont le pouvoir repose sur les secrets qu’elle a recueillis sans scrupules pour un usage impitoyable.

Et ce sont ces secrets depuis longtemps enfouis qui vont réunir ces trois femmes, forçant chacune à s’accepter et à accepter de défendre ses convictions profondes.

Critique :
Le monde décrit dans La Servante Écarlate n’était pas de la petite bière, nous étions loin du pays des Bisounours…

Pourtant, malgré le fait que nous étions dans une dystopie, il y avait des relents de déjà-vécu quelque part dans le Monde ou quelque part dans le passé.

Il fait froid dans le dos, ce roman, car nos sociétés pourraient basculer dans ce cauchemar très vite, sans que l’on s’en rende compte et sans que l’on sache y faire quelque chose.

Sans oublier que certaines sociétés sont dans ce puritanisme religieux…

Puritains quand ça les arrange, bien entendu ! On oblige les autres au puritanisme, mais si on gratte sous la croûte de pudibonderies, on trouvera de la saloperie.

Quand à la religion, elle a bon dos et ne sert qu’à justifier certaines règles, certains comportements, qu’ils soient machistes, phallocratiques, misogynes ou qu’ils transforment la femme en vache reproductrice. Une tyrannie doit reposer sur quelque chose et la religion est souvent la bonne excuse.

Bien souvent, les suites sont moins bonnes que le premier tome, mais ici, ce n’est pas le cas, j’ai même trouvé la suite meilleure que le premier opus !

En tout cas, niveau froid dans le dos, j’ai eu ma dose pour quelques temps. J’ai comme une envie de me jeter sur des Petzi ou des Martine, c’est vous dire combien j’ai flippé ma race.

Dans le monde décrit brillamment par l »auteure, les femmes n’ont aucun droit, si ce n’est celui de fermer sa gueule et de jouer aux juments reproductrices, ou aux vaches gestantes. Au choix… Mais elles n’ont pas toujours le choix de l’étalon (ou du taureau).

Le taux de fécondité ayant fortement baissé, il faut bien perpétuer la race Humaine avec celles qui savent encore tomber enceinte et donc… Les Servantes Écarlates sont comme des vaches qu’on engrosse pour prendre le veau. L’enfant, pardon.

Trois personnages marquants vont nous raconter leur vie dans cette suite : une Tante, une jeune fille habitant le Canada (donc libre) et une fille d’un Commandeur, habitant Galaad (Gilead dans la traduction précédente, mais ça ne m’a pas dérangé).

Nous sommes 15 ans après la premier tome, donc, le récit n’est pas linéaire et ne vous attendez pas à retrouver Defred aux commandes de la narration.

J’ai trouvé que donner la parole à une Tante qui avait connu la démocratie, qui avait assisté à le chute de la société, qui avait été dans un camp et qui en était sortie en abandonnant une partie de son âme, était une riche idée. Nous avons vu la naissance de Galaad d’une autre manière et compris que si ça arrivait chez nous, cela se passerait de la même manière : sans quasi de résistance.

Le récit est fort, puissant, intense, horrible… Il m’a donné froid dans le dos. Entrer ainsi dans le fonctionnement de Galaad et voir le lavage de cerveau m’a donné envie de vomir. Voir le système de l’intérieur, voir sa corruption, sa corrosion, son hypocrisie, son manichéisme, m’a collé la nausée tant tout était réaliste et possible.

Mon seul bémol sera pour la fin qui est un peu trop précipitée à mon goût. Bianca l’a trouvée elle aussi un peu trop rapide, mais malgré ce léger point critique, tout le reste est dans le haut du panier littéraire.

Une dystopie à l’écriture fine, caustique, réaliste. Une tyrannie basée sur des mensonges, sur religion dont les écrits sont détournés pour servir les intérêts de quelques-uns et pas du bien commun.

Des personnages forts, énigmatiques, profonds et qui évolueront au fil des pages. Un monde décrit qui fait froid dans le dos et où la lecture et l’écriture sont devenus dangereux, interdits et réservés à quelques personnes triées sur le volet.

Anybref, une fois de plus, une LC réussie avec Bianca et nous sommes sur la même longueur d’ondes. Et si vous suivez le lien, vous en aurez la preuve !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°134.