Frankenstein – Le monstre est vivant (Intégrale) : Steve Niles, Kelley Jones et Bernie Wrightson

Titre : Frankenstein – Le monstre est vivant (Intégrale)

Scénaristes : Steve Niles et Bernie Wrightson
Dessinateurs : Bernie Wrightson et Kelley Jones
Adapté de l’oeuvre de : Mary Shelley
Traduction : Alain Moyano

Édition : Soleil – US Comics (02/11/2018)

Résumé :
25 ans après la parution du roman illustré qui révolutionna l’art fantastique et influença une génération entière de dessinateurs, Bernie Wrightson retrouva la créature de Mary Shelley !

Ce récit dramatique, tout en noir, blanc et sépia, débute immédiatement après la fin de l’histoire originale…

Le monstre de Frankenstein va enfin faire face à son destin !

Décédé en 2017, Bernie Wrightson, le Maître de l’horreur graphique, n’a pas pu achever cette suite au roman de Mary Shelley.

C’est un dessinateur au style proche, Kelley Jones, qui a eu l’insigne honneur de l’achever, en encrant les crayonnés de Wrightson. Cette édition constitue donc l’intégrale de ce récit exceptionnel.

Critique :
Dès l’ouverture de ce comics, ce fut le coup de foudre pour les dessins. La pleine page qui présente le cirque Stenger’s Funland et ses représentations de Freak’s était magnifique.

Le noir et blanc va comme un gant à ce récit et augmente le côté dramatique au récit, chose que la couleur n’aurait pas si bien rendu.

Il y a une somme de détails dans chaque case, l’apogée arrivant lorsque nous visiterons l’atelier un peu spécial du docteur Ingels. Véritable bonheur pour les yeux !

Bon, assez parlé de la magnificence des dessins, passons au personnage principal et ensuite au scénario.

La créature du docteur Viktor Frankenstein n’a rien à voir avec celle vues dans les films. Ne cherchez pas des boulons ou des cicatrices vulgaires, il n’y en a pas. La créature est longue, filiforme, mais non dépourvue de muscles. Et elle est résistante.

C’est son visage qui fait dire qu’elle n’est pas vraiment humaine. Si je voulais faire une comparaison, je dirais qu’elle ressemble à Michael Jackson dans ses dernières années, surtout son nez…

Non, la créature ne fait pas si peur que ça. On peut comprendre que les spectateurs soient déçus, s’attendant sans doute à une horreur sans nom et se retrouvant devant une créature longiforme, aux longs cheveux et avec un visage d’Amérindien (le nez de Michael Jackson après opération ratée en plus). Les monstres ne sont pas toujours ceux que l’on pense…

Ce récit n’est pas l’adaptation du roman de Mary Shelley, mais plutôt une suite inventée de ce qu’aurait pu être la vie de la créature de Frankenstein. Ses souvenirs dans le Grand Nord, elle va nous les conter, poursuivie par le fantôme de son créateur qui lui crie sans cesse que sa mort sera trop douce.

Il y a peu de dialogues dans ce récit, on se retrouve face aux questionnements de la créature, à son apprentissage dans les livres du docteur Ingles, à sa solitude, à ses errements, à ses prises de conscience, à son dilemme.

Rassurez-vous, ce ne serons jamais des lamentations ou des jérémiades, mais de belles prises de conscience. Il y a une évolution dans l’état d’esprit de la créature et même si tout semble simple dans le récit, il n’en est rien, finalement, car il a de la finesse et de l’intelligence.

C’est un magnifique album que j’ai tenu entre mes mains, autant par les dessins que par le scénario, classique tout en possédant de la finesse dans le personnage de la créature.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°78] et le Haunted reading bingo du Challenge Halloween 2021 chez Lou & Hilde (Bulles).

Outlander – Intégrale 01 – Le chardon et le tartan : Diana Gabaldon [LC avec Bianca]

Titre : Outlander – Intégrale 01 – Le chardon et le tartan

Auteur : Diana Gabaldon
Éditions : J’ai Lu (2017/2018) – 853 pages
Édition Originale : Outlander (1991)
Traduction : Philippe Safavi

Résumé :
Au cours d’une promenade sur la lande, elle est attirée par des cérémonies étranges qui se déroulent près d’un menhir. Elle s’en approche et c’est alors que l’incroyable survient : la jeune femme est précipitée deux cents ans en arrière, dans un monde en plein bouleversement ! 1743. L’Ecosse traverse une période troublée.

Les Highlanders fomentent un nouveau soulèvement contre l’occupant anglais et préparent la venue de Bonnie Prince Charlie, le prétendant au trône.

Plongée dans un monde de violences et d’intrigues politiques qui la dépassent, Claire ne devra compter que sur elle-même pour surmonter les multiples épreuves qui jalonnent ce formidable voyage dans le temps.

Elle connaîtra l’aventure et les périls, l’amour et la passion. Jusqu’au moment crucial où il lui faudra choisir entre ce monde palpitant qu’elle aura découvert et le bonheur qu’elle a connu et qui, désormais, lui paraît si lointain…

Critique :
Le pitch est un vieux truc qui marche toujours : une personne se retrouve projetée dans une époque qui n’est pas la sienne.

Soit cela donne lieu à des comédies du genre Les Visiteurs ou de Retour Vers Le Futur, soit cela reste dans le réalisme et donc, c’est le drame total.

Imaginez-vous projetés dans le passé, en 1743, en Écosse, pays des Higlanders qui se baladent sans rien sous leur kilt…

C’est l’horreur car, venant du futur (1947), vous ne connaissez pas les codes de cette société patriarcale, ni leur culture. Bref, vous êtes pire qu’une bleue et en plus, vous êtes une femme… Plutôt galère comme plan !

C’est dans ce genre de situation que l’on se dit qu’on aurait dû mieux écouter aux cours d’histoire (si tant est que le prof a causé des fiers Highlanders) ou avoir son Manuel des Castors Juniors dans sa poche…

Si au départ le récit m’a emporté, poussé par le souffle de la grande aventure, force est de constater que le soufflé, à un moment, est retombé et que le récit a pris des allure de torture croisée avec un escargot rachitique, tellement c’était long et laborieux à la lecture.

Souvent, je me suis plainte que des auteurs de romans historique avaient été avares dans les détails concernant l’époque, radins avec les atmosphères propres à nous immerger totalement dans la période concernée…

Ici, c’est le contraire ! L’auteure a été trop généreuse avec les détails historiques, avec les atmosphères propres à un manoir d’un laird et elle nous noie totalement dans ses textes, ses dialogues, ses explications… À croire que l’auteure était payée à la ligne tellement il y a des passages inutiles dans ce récit.

C’est bien simple, je pense que je pourrais aller soutenir une thèse sur les Highlanders après cette lecture. Le but est louable, ça rend le récit plus réaliste, mais cela produit le même effet que l’excès de sucre : indigestion au bout d’un moment.

Les personnages maintenant… Claire Beauchamp-Randall, propulsée dans ce monde inconnu, s’adapte assez bien (mieux que je je le ferais) mais ne peut s’empêcher d’ouvrir un peu trop souvent sa bouche, oubliant que dans cette société, la femme n’a pas de droit.

Claire sort de la Seconde Guerre Mondiale où les femmes se sont émancipées et se sont débrouillées sans les hommes… En tout cas, au pays des kilts et des plaids, notre Claire oubliera vite son époux Franck et y pensera très très peu. Loin des yeux…

Et puis, à certain moments, Claire semble adulte et à d’autres, elle se comporte comme une midinette jalouse, comme une ado pas encore sûre des sentiments de l’autre… Elle a été infirmière durant la guerre, elle a connu le Blitz, a été mariée, séparée de son mari durant le conflit et elle se comporte parfois comme une gamine.

Le plus difficile à cerner sera le personnage de Jamie MacTavish : d’un côté, on le découvre en gentleman civilisé avec le sexe faible, il deviendra rouge de confusion lorsque Claire lui proposera de dormir sur le sol de sa chambre parce qu’il est moins froid que le sol du couloir (il restera dans le couloir), il s’avoue puceau (toutes les putes qu’il a croisées étaient en fin de carrière)…

Puis, d’un autre côté, plus tard, il lui avoue que lorsqu’il l’a rencontrée, il a eu envie de la violer pour enfin perdre son pucelage (alors qu’il n’est que haine envers celui qui a déshonoré sa sœur), il la frappe pour la punir de sa désobéissance et un soir, il la bourre (il laboure ?) comme un malade, se moquant qu’elle n’en ait pas vraiment envie…

Et elle lui pardonnera ! Oui, parce qu’elle avait sans doute mérité… Désolée, ça coince.

D’accord, Jamie n’est que le reflet de cette société patriarcale, faite de guerriers virils qui aiment de  prendre des coup, montrer qu’ils sont les maîtres, violenter femmes et enfants, clouer par l’oreille des petits voleurs et hurler à la sorcellerie pour un oui ou pour un non.

Nom de Zeus, au début du récit, Jamie semblait être différent des autres, gentleman au point de se prendre une correction à la place d’une jeune fille qui avait trop fricoté avec un homme, homme d’honneur au point de ne pas en vouloir à Claire de l’avoir mis dans une situation délicate envers ses oncles… Capable de prendre des risques pour sauver Claire, mais aussi de la violenter. Souvent Jamie varie, bien folle est qui s’y fie.

Une autre chose qui m’a dérangée, c’est le luxe de détail de toutes les tortures subies par Jamie dans ce roman ! Certes, ce n’est pas une époque Bisounours, la violence est inhérente, mais il y avait moyen de rester vague et de ne pas raconter ces horreurs durant des pages et des pages.

À mon avis, chez Jamie, il n’y a que son petit orteil droit qui a été épargné de tout coups de poings, de couteau, de balle à mousquet, de baffes, de flagellations, de tortures… Même ses bourses ont été empoignées, la peau de ses fesses flagellé et le petit couloir puant a été investi lui aussi… Aucun détail ne nous est épargné. Trop c’est trop.

Si le départ avait bien commencé, je me suis vite retrouvée à m’ennuyer un peu dans ce récit et je ne me suis pas gênée pour sauter des passages longs et mortellement ennuyeux. Il y a peu d’action et cette dernière est noyée dans tellement de texte, tellement de détails de tortures, qu’à la fin, elle ne me disait plus rien.

Avec 200 pages de moins, cela aurait donné un peu plus de piment au récit. Trop de pathos nuit au pathos.

Pour fêter les 4 ans de nos LC, Bianca et moi avions coché une sacrée brique, hélas, le pavé a tourné à l’indigestion… Les défauts l’emportent sur les qualités et pour ma part, j’arrêterai la saga ici.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°75].

Dracula : Roy Thomas et Mike Mignola (Versions N&B et Couleurs)

Titre : Dracula (Versions N&B et Couleurs)

Scénariste : Roy Thomas
Dessinateur : Mike Mignola
Traduction : Janine Bharucha

Éditions : Comics USA (1994) / Delcourt (2018)

Résumé :
Il y 25 ans, Mike Mignola adaptait le classique film de Francis Ford Coppola basé sur le roman Dracula de Bram Stoker. Longtemps resté épuisé, ce trésor caché revient dans une édition couleur remastérisée digne de ce nom.

Transylvanie, 1462. Vlad Drakul laisse la belle Elisabeta pour guerroyer contre l’envahisseur turc. Revenu victorieux du combat, il découvre qu’elle s’est suicidée à la fausse nouvelle de sa mort.

Éperdu de douleur, il abjure sa foi en l’église et en appelle aux puissances du sang pour venger et retrouver sa bien-aimée à l’aide de pouvoirs obscurs. Il devient alors un vampire connu sous le nom de Dracula.

Critique :
Dracula de Bram Stoker, je le connais bien (lu le roman deux fois) et je connais encore plus l’adaptation faite par Francis Ford Coppola (que j’ai du voir 36 fois au moins).

Donc, lire l’adaptation du film (lui même adapté du roman) en bédé, ça pourrait sembler être une redite…

C’est en une sans en être car malgré tout, la mémoire efface certains détails et la version bédé a le mérite d’aller au plus rapide.

Possédant la version couleur, je me suis faite prêter la version en noir & blanc afin de comparer les deux éditions. Lisant la version N&B, je comparais ensuite la page avec celle de la version couleur.

Ce ne sont pas tout à fait les mêmes : la traduction est un peu différente entre les deux, certains graphismes ont été revus, mais dans l’ensemble, peu de différence, si ce n’est que l’on perçoit mieux les dessins avec les couleurs qu’en version N&B.

Si l’histoire est une adaptation assez fidèle du film (mais avec moins de détails), si j’ai pris plaisir à me remettre en mémoire, on ne pourra pas dire que les dessins de Mike Mignola m’auront apportés de la jouissance visuelle.

Trop d’ombres dans les visages et dans les décors. Cela brouille la perception que l’on aimerait avoir des personnages, cela cache les expressions des visages et réduisent l’endroit dans lequel ils évoluent à leur plus simple expression.

Ces zones d’ombres sont les mêmes dans la version couleurs, mais justement, les couleurs apportent un peu plus de détails aux cases et de ce point de vue-là, je préfère la version colorisée de 1994.

Comme je le disais plus haut, l’adaptation est assez fidèle, mais adapter un film en version bédé implique des coupes dans le récit, des ellipses et le bât a blessé un peu car cela donnait l’impression d’être face à un récit décousu.

Évidemment, l’adaptation n’était pas simple : le film de Coppola était long (et bon) puisque le cinéaste avait donné un passé à Dracula, humanisant le vampire, plus que le roman original de Stoker.

Adapter c’est donc trancher, couper, décapiter, renoncer… Le fait d’avoir encore en mémoire une grande partie du film m’a permis de ne pas perdre pied dans ce récit haché.

Anybref, ce ne sera pas un coup de coeur, ni pour les dessins, ni pour l’adaptation générale en bédé. Et ce, quelque soit la version (colorisée ou pas).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°74] et le Haunted reading bingo du Challenge Halloween 2021 chez Lou & Hilde (5. Vampires).

 

Je suis Black Panther : Collectif

Titre : Je suis Black Panther

Scénaristes : Collectif
Dessinateurs : Collectif

Édition : Panini Marvel Anthologie (2018)

Résumé :
Retrouvez plus de quarante-cinq ans de publications consacrées à la Panthère Noire, dans une sélection d’épisodes cultes du héros. Du Wakanda au Manoir des Avengers, découvrez toutes les facettes de T’Challa.

Critique :
N’étant pas une connaisseuse de tout l’univers Marvel, ce n’est qu’avec le film « Captain America : Civil War » que j’ai appris qu’il existait un super-héros nommé Black Panther (j’ai découvert Deadpool avec le film aussi).

Pourtant, ce personnage est apparu en 1966. Comme quoi j’ai encore beaucoup à apprendre.

Ayant adoré le personnage dans les films (et l’acteur aussi, snif), je me suis procurée cette anthologie et comme avec Iron Man, je suis partie à la découverte de ce super-héros dans ses premières aventures, qui avaient un petit air rétro, avec les dessins et les couleurs simplistes.

Les premières aventures se déroulent en compagnie des 4 Fantastiques et du Méchant Klaw. C’est divertissant. Mais cela reste très simpliste dans les intrigues, les méchants sont des méchants qui veulent s’approprier les richesses du Wakanda.

Comme pour l’album consacré à Iron Man, chaque histoire est précédée d’une explication, d’une notice historique, expliquant le récit que nous allons lire.

Par contre, j’ai zappé totalement le premier épisode avec Everett K. Ross tellement les dessins et les couleurs étaient moches.

L’histoire intitulée « Un jour mon prince viendra » était tout simplement géniale, tant au niveau du scénario, moins binaire que les précédents, que des dessins.

La tension qui régnait entre Captain America et Iron Man était celle vue dans le film Civil War. Et puis, c’est l’occasion aussi, pour le mariage du siècle, de croiser plein de super-héros et même quelques X-Mens.

Dans « Voir le Wakanda et mourir », les wakandais ont chipé une technique à Vlad III L’Empaleur… J’ai apprécié les dessins et le fait que les ennemis soient intelligents, forts et qu’ils mettent Black Panther à mal. À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire… Mais j’aurais bien évité les scènes de torture à lui et à son épouse !

Avec ce récit, on peut dire que j’en ai eu pour mes sous ! Voilà un scénario intelligent qui surprend par son déroulement.

Pour ma part, j’ai plus apprécié les derniers épisodes, ceux qui nous sont contemporains. Je ne serai jamais fan des premières esquisses, bien que j’apprécie le côté rétro.

Si cet album ne m’a totalement convaincue de pas le choix des histoires, elles avaient au moins l’avantage de montrer toute la complexité du personnage de T’Challa, à la fois roi d’un pays et super-héros.

Le poste de roi lui donne du pouvoir, mais aussi de très grandes obligations et il ne peut laisser son trône trop longtemps vacant, au risque de voir des tensions se créer dans son peuple.

T’Challa se retrouve souvent le cul entre deux chaises : rester sur son trône et gérer son pays, le défendre contre ceux qui veulent leur voler le Vibranium ou bien sillonner le monde et tenter de réparer les injustices, bref, de défendre le monde puisqu’il est un super-héros.

Me lecture fut faite de haut et de bas, pourtant, ce fut un intéressant car cet album m’a permis d’en apprendre plus sur le personnage de Black Panther, son univers, son royaume, son histoire…

Ceci est une anthologie à réserver aux fans de la Panther ou à ceux qui voudraient, comme moi, en savoir plus. Mon avis mitigé ne m’empêchera pas de découvrir les autres albums de cette collection, ni d’aller lire les albums consacrés à Black Panther.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°67].

 

Devenir quelqu’un : Willy Vlautin

Titre : Devenir quelqu’un

Auteur : Willy Vlautin
Édition : Albin Michel – Terres d’Amérique (03/02/2021)
Édition Originale : Don’t skip out on me (2018)
Traduction : Hélène Fournier

Résumé :
A vingt et un ans, Horace Hopper ne connaît du monde et de la vie que le ranch du Nevada où il travaille pour les Reese, un couple âgé devenu une famille de substitution pour lui. Abandonné très tôt par ses parents, il se sent écartelé entre ses origines indiennes et blanches.

Secrètement passionné de boxe, Horace se rêve en champion, sous le nom d’Hector Hidalgo, puisque tout le monde le prend pour un Mexicain…

Du jour au lendemain, il largue les amarres et prend la direction du sud, vers sa terre promise.

Saura-t-il faire face à la solitude du ring et au cynisme de ceux qu’il croisera en chemin ? Peut-on à ce point croire en sa bonne étoile, au risque de tout perdre ?

Critique :
Tout le monde, un jour, à voulu être quelqu’un… Quelqu’un qui compte, quelqu’un dont on se souvienne, quelqu’un d’autre…

Tout le monde a voulu, un jour, prouver qu’il/elle était quelqu’un, capable de se débrouiller seul, de faire ses preuves et d’aller au bout de ses rêves.

♫ J’irai au bout de mes rêves ♫ Où la raison s’achève ♪ comme le chantait JJG.

Le rêve de Horace Hopper est de devenir champion de boxe. Il est persuadé que s’il le veut, qu’à force d’entrainement, il y arrivera et il n’écoute pas la voix de la raison d’Eldon Reese, son employeur et père de substitution. Le voici parti pour la grande ville, lui qui a vécu dans les montagnes du Nevada.

Ce roman met en scène le parcours initiatique d’un jeune homme dont toute sa vie ne fut qu’une vie de merde : abandonné à sa grand-mère par sa mère, son père était déjà foutu le camp bien avant, cible des autres à l’école, métissé Indien, il se rêve Mexicain et refuse ses origines. Vu sa fiche, on aurait pou croire que quelqu’un lui en voulait pour lui avoir déjà fait subir toutes ces emmerdes.

L’histoire a un goût de déjà-lu ou de déjà-vu : un gamin maltraité par la vie et les Hommes, venant de la rase campagne, qui part à la ville pour réaliser son rêve de devenir champion de boxe alors qu’il part d’une feuille à peine écrite dans ce sport.

Il est innocent, le gamin, on le sent bien et les autre aussi le perçoive. Lâché dans la jungle, il essaiera de s’en sortir du mieux qu’il peut… Le rêve Américain, ce vieux mythe, lui semble à sa portée et notre jeune homme fera comme bien d’autres avant lui : lâcher la proie pour l’ombre.

Horace est hanté par ses échecs passés, pensant qu’il n’a rien fait de bien dans sa vie, même si Eldon Reese, le vieux rancher qui l’a recueilli avec son épouse, lui dit le contraire.

Le récit ne s’encombre pas du superflu, Horace boxe dans les poids plumes et le récit est expurgé de ce qui pourrait lui donner du gras. On se doutera qu’il y a des combats de boxe truqués, des magouilles, des choses louches, des sommes d’argent gardées par ceux qui n’y avaient pas droit et qu’on a manipulé Horace, mais sans que jamais les choses soient dites noir sur blanc.

On croisera de la misère humaine, aussi, mais sans jamais approfondir le sujet, ces rencontres n’étant que de celles que l’on fait parfois sur la route de notre vie. À peine rencontrée, aussitôt oubliée.

Mêlant adroitement les passages où Horace tente de devenir boxeur et se prend des coups dans la tronche avec ceux de la vie du couple Reese sur son ranch, on se rend compte que la vie est ironique : Horace va chercher loin une carrière alors qu’il aurait pu être un rancher et les Reese, sans Horace, ne savent plus s’en sortir avec leurs moutons. Il était utile à quelqu’un et ce crétin est parti.

Plusieurs fois j’ai eu envie de colles des baffes à Horace, que j’ai trouvé mou du genou à certains moments, quand il doutait et parfois, je l’ai trouvé trop timoré lorsqu’il voulait prouver à tout le monde et avant tout à lui, qu’il allait devenir quelqu’un. Hors il était déjà devenu quelqu’un…

Il m’aura manqué de l’empathie pour Horace, mais il me pardonnera sans doute, lui qui sait encaisser les coups mieux que personne, au sens propre comme au sens figuré et qui, quand il les rend, le fait avec une force énorme. Toute sa vie fut ainsi.

En fait, le personnage le plus important, le plus empathique, ce sera Eldon Reese, le vieux rancher qui a pris Horace sous son aile, qui sera ce qui se rapprochera le plus du père pour Horace et qui n’a pas réussi à le retenir parce que le gamin se sent indigne de son amour. Horace, t’es con, tu sais !

Un roman sombre que la quête d’identité, sur la non acceptance de ce que l’on est, le refus de ses origines ancestrales et la volonté de prouver que l’on peut devenir quelqu’un, quelque soit le prix à payer.

C’est le combat de Horace contre ses démons intérieurs, contre ses origines, contre le monde entier, ce sont les coups qu’il a encaissé durant toute sa courte vie (il n’a que 21 ans) et la possibilité qu’il a de les rendre, même si ce n’est pas aux bonnes personnes puisqu’il est sur un ring et que ce n’est pas la vraie vie, ce qu’il se passe dessus.

C’est l’histoire éternelle d’une personne qui ne se sentait pas digne de recevoir l’amour des gens qui l’avaient recueilli, d’un jeune homme qui n’avait pas compris tout ce qu’il avait déjà accompli, qu’il pouvait être fier de son parcours, qu’il était devenu quelqu’un, même s’il ne le savait pas, même s’il ne voulait pas l’entendre.

La dernière phrase est terrible et elle m’a cassée en deux…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°66].

Les femmes d’Heresy Ranch : Melissa Lenhardt

Titre : Les femmes d’Heresy Ranch

Auteur : Melissa Lenhardt
Édition : Cherche Midi (11/02/2021)
Édition Originale : Heresy
Traduction :

Résumé :
Elles étaient seules, elles étaient vraies, elles étaient magnifiques. Colorado, 1873. Après la mort de son mari, Margaret Parker décide de continuer à s’occuper de son ranch.

À ses côtés, celles qu’elle considère comme sa famille : deux soeurs, Joan et Stella, une cuisinière, Julie, et Hattie, une ancienne esclave au passé aventureux. Mais des femmes seules sur un ranch ont vite fait d’exciter toutes les convoitises, et bientôt elles sont dépossédées de leurs biens.

Elles n’ont plus, chacune, qu’un cheval, et le choix qui reste dans l’Ouest américain à celles qui ont tout perdu : se marier ou se prostituer. Ces femmes-là vont néanmoins trouver une option inédite pour survivre : tourner le dos à la loi dont elles ont été les victimes et prendre les armes pour se faire justice. Le gang Parker est né. Bien vite, les exploits de cette mystérieuse bande de femmes défraient la chronique et les Pinkerton se mettent sur leur piste.

Les Femmes d’Heresy Ranch est un formidable récit d’aventures tiré de faits réels. Historienne et romancière au talent fou, Melissa Lenhardt y crée des personnages inoubliables, au caractère bien trempé, et nous livre des informations inestimables sur la vie méconnue des femmes dans l’Ouest américain.

Critique :
Un western féministe, ça, je n’avais pas encore lu ! Les seuls personnages féminins qui ressortaient des western étant ceux de Calamity Jane et de Ma Dalton…

Maintenant, j’ajouterai le gang Parker. Non, non, pas celui de Bonnie Parker ! Celui de Margaret Parker, composé uniquement de femme et d’un seul homme, celui qui joue les transporteurs ou cocher.

Comment en sont-elles arrivées là ? Non pas par goût du lucre, juste pour survivre, sinon, elles auraient dû écarter les jambes et ça, c’était hors de question…

Le western est quasiment masculin, l’Ouest n’étant déjà pas tendre avec le sexe fort, alors vous pensez bien, avec le sexe dit faible…

Dans l’Ouest (Colorado) et à cette époque-là (entre 1873 et 1877), les femmes n’ont rien à dire, elles ne peuvent pas mener les affaires, s’occuper d’un ranch. Les hommes les pensent incapables de le faire, incapables de voter, trop sujette à leurs émotions, intellectuellement plus faibles qu’eux.

Ajoutez à cela un égo énorme et vous comprendrez qu’aucun mec n’avait envie qu’une femme leur damne le pion, prospèrent mieux qu’eux, soit la tête pensante du couple et vivent sans un homme. Si en plus, l’homme est envieux, il vous piquera votre exploitation et vous enverra à la soupe populaire, qui n’existe pas encore…

Ça, c’est ce qui s’appelle le souffle de la grande aventure ! Nos femmes ont monté un gang, elles attaquent des banques ou des transports de fonds. Rassurez-vous, le roman n’est pas composé que de braquages, ils seront même le parent pauvre. Le récit se composera de leur fuite, de l’entrée dans le gang d’une autre femme, de leurs rêves, leurs envies et le duel final, qui ne sera pas comme vous pourriez le penser.

Commençant comme un récit historique retrouvé tant bien que mal et étayé par des récits ou des carnets écrits par Margaret Parker, les récits ont parfois tendance à se répéter, selon que l’on a changé de point de vue, cela donne l’impression de repartir en arrière et casse un peu le rythme.

Mon autre petit bémol sera pour les portraits des hommes, sans nuances aucune. Où l’on a affaire à des salopards de chez salopards ou bien à des hommes biens. Je vous certifie que les hommes biens sont peu nombreux, à la limite de l’extinction de l’espèce.

Un peu de nuance dans les portraits mâles n’aurait pas fait de tort, je sais que l’on a mis le pied dans un monde peuplé de testostérone et d’égo aussi gros qu’un éléphant, qu’en ce temps-là, les hommes étaient ainsi, que penser autrement était sujet de raillerie, de moquerie et pas dans l’air du temps, mais bon, tout n’est pas noir ou blanc, dans les êtres humains… Et les femmes ne virent pas toutes en LGBT.

Ces quelques bémols n’en sont pas vraiment, plus des réflexions sur ma lecture… Cela ne m’a pas empêché de vibrer, de cavaler, d’avoir les chocottes, de vibrer avec mon gang de femmes que personne n’imagine qu’il existe, puisque les femmes sont incapables de commettre des actes de pareille amoralité.

Puis, ça défriserait les poils du cul des mecs d’admettre que des femmes en sont capables et qu’en plus, elles sont plus intelligentes qu’eux.

Voilà donc un western féministe, qui nous parle des conditions de vie des femmes du temps de l’Ouest, du far-west, dans un monde où les hommes font la loi et où les femmes la subissent, victimes, elles aussi, des autres femmes qui ne veulent pas s’émanciper ou si oui, se gardent bien de le crier sur tous les toits. Les hommes se serrent les coudes, les femmes se tirent dans les pattes…

L’écriture est simple mais jamais simpliste, elle est fluide et le roman se lit sans effort, même si de temps en temps, on bondit face aux injustices faites aux femmes ou aux autres personnages.

Si les portraits des hommes sont sans nuances, celui des femmes sont mieux réussi et en nuance, même si, finalement, on aura un affrontement entre les Méchants et les Gentilles, limite à la Tarantino.

Ce qui m’aura marqué le plus, dans ce western, c’est la place énorme donnée aux femmes, même à une Noire (qui était un sacré personnage que j’ai adoré), ce qui est fort rare dans cette littérature.

Raconter leur histoire, comme si elle était véridique, en utilisant des carnets, un interview, des coupures de journaux, c’était très intelligent car cela donnait un souffle de récit historique, apportant un petit plus au récit.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°65], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°88] et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

Sherlock vs Cthulhu – 02 – Les psychoses neurales : Lois H. Gresh

Titre : Sherlock vs Cthulhu – Tome 2 – Les psychoses neurales

Auteur : Lois H. Gresh
Édition : Ynnis (10/02/2021)
Édition Originale : Sherlock Holmes VS. Cthulhu: The Adventure of the Neural Psychoses (2018)
Traduction : Thomas Bauduret

Résumé :
Le combat épique entre la logique froide de Sherlock Holmes et l’horreur indicible de Cthulhu continue !

La monstrueuse portée d’Amelia Scarcliffe va bientôt voir le jour, grouillant des hérauts de Cthulhu. Ses chants appellent la folie, la mort… mais aussi une fortune infinie. Et Moriarty fera tout ce qui est en son pouvoir pour mettre la main dessus, quitte à abattre les murs entre un monde d’horreurs indicibles et le nôtre.

Après l’affrontement entre Sherlock Holmes et l’Ordre de Dagon, d’affreuses créatures ont commencé à hanter la Tamise, tandis que la démence s’est emparée des rues de Whitechapel.

Alors que les hommes de main de Moriarty sèment la terreur en se confrontant aux membres de la secte, seuls Holmes et le docteur Watson peuvent remédier à la situation. Mais pourront-ils trouver l’origine de cette psychose avant que Watson n’en devienne la victime ?

Critique :
Cette fois-ci, c’est terminé, le troisième tome ne sera pas lu par moi ! La coupe est pleine, n’en jetez plus…

La lecture du premier tome avait déjà en dents de scie, celle du deuxième fut une catastrophe sans nom faite de soupirs et de sauts de pages.

Si dans le premier tome j’avais apprécié les 200 premières pages, ici, je ne saurais dire combien de pages j’ai vraiment appréciées… Celles consacrées au final, ce qui ne fait pas énormément de pages !

Qu’est-ce qui m’a bloqué dans ma lecture ? Je ne saurais trop le dire. L’auteur n’écrit pas comme un pied, il y avait de la logique dans sa narration, ce n’était pas erratique. Les personnages de Holmes et Watson, vus par l’auteur, ne m’ont jamais emballés, mais c’est une histoire de goût.

Pour tout dire, je me suis ennuyée dans le récit, rien ne trouvait grâce à mes yeux et ce fut donc laborieux d’arriver à la page 100. Après, je ne me suis plus embarrassée avec les scrupules, j’ai tracé la route jusqu’à l’affrontement final avec une sale bête et puis basta, j’ai refermé le livre et je ne perdrai pas mon temps à lire le troisième et dernier opus.

Autant où la trilogie consacrée à Holmes vs Cthulhu de Lovegrove était montée en puissance au fil des tomes, autant celle-ci fait le contraire. Si le premier tome de l’autre trilogie ne m’avait pas emballé, les deux autres oui et j’avais terminé cette trilogie contente.

Ici, on part dans l’autre sens : ça commence moyen puis ça s’enfonce, alors, je n’ose imaginer pour le dernier tome !

Bah, sans rancune, ce n’était pas pour moi, j’ai assez de livres dans ma PAL pour m’offrir des frissons littéraires.

Je dois encore couver un virus littéraire parce qu’avec mes dernières lectures, c’est où ça passe (et donc, j’adore) ou ça casse et je passe royalement à côté. Pour le moment, pas d’entre deux, c’est tout ou rien.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°62] et Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°74].

À vol d’oiseau – Walt Longmire 08 : Craig Johnson

Titre : À vol d’oiseau – Walt Longmire 08

Auteur : Craig Johnson
Édition : Gallmeister Noire (2016) / Points (2018)
Édition Originale : As the crow flies (2012)
Traduction : Sophie Aslanides

Résumé :
Le shérif Walt Longmire doit mener à bien une affaire des plus importantes : marier sa fille unique, Cady. Mais pendant les préparatifs de la cérémonie Walt et son ami Henry Standing Bear sont les témoins d’un étrange suicide. Audrey Plain Feather s’est jetée de la falaise avec son fils dans les bras.

Si l’enfant est miraculeusement sain et sauf, il apparaît rapidement que cette mort est un meurtre déguisé. Walt se retrouve aux prises avec la nouvelle chef de la police tribale, la très belle et très zélée Lolo Long, et pour compliquer encore leurs relations, le FBI débarque en force pour suivre l’affaire.

Une chasse à l’homme s’engage, qui mènera le shérif au plus profond de la réserve indienne avec pour guides un mystérieux corbeau et la sagesse des anciens.

Critique :
Le shérif Walt Longmire est face à une situation importante, la plus difficile de sa carrière, la plus dangereuse, aussi : trouver un autre endroit que la réserve indienne pour marier sa fille Cady !

Déjà qu’elle va être en pétard de ne plus pouvoir faire la cérémonie où elle voulait… Longmire a les chocottes et il est à la recherche d’un autre endroit super chouette, avec son ami, Henry Standing Bear, La Nation Cheyenne.

À croire que les gens attendent que le shérif soit dans les parages, occupé à un truc super important, pour se donner la mort devant lui… Suicide, accident ou meurtre ? Va falloir démêler ça !

Lire une enquête de Walt Longmire, c’est retrouver toute une bande de vieux amis, des potes, c’est aussi mener l’enquête à son aise, sans courir, en prenant son temps.

L’auteur ne se contente pas de nous offrir un polar whodunit classique, il en profite aussi pour nous parler des réserves indiennes, de leurs occupants, des soucis qu’ils ont. C’est aussi l’occasion de lire du nature writing car les décors prennent une place importante dans ces récits. Le voyage vaut la peine, le lire, c’est le vivre.

Pour ce huitième opus (oups, j’ai sauté le 7), notre shérif du comté d’Absaroka, Wyoming, va passer la frontière et enquêter au Montana, avec une policière aux méthodes expéditives et musclées : Lolo Long de la police tribale. Un cas à elle toute seule. Ses adjoints habituels seront donc en retrait, hormis son chien.

Lors des enquêtes de Longmire, on ne voit pas le sang couler, ou si peu, ça reste sobre, même si nous aurons plusieurs morts et quelques mystères à éclaircir.

Les fausses pistes, les suspects, les mensonges, les omissions, les chausse-trappes, tout est présent pour nous tenir en haleine durant les 430 pages de la version poche, sans pour autant que cela tourne au remake de 24h chrono. On ne perd pas son temps, mais on sait le prendre aussi.

Une fois de plus, j’ai passé un bon moment lecture avec mon vieil ami le shérif Longmire et son ami l’Ours, le Cheyenne qui conduit un tas de ferraille qui semble ne s’en prendre qu’à ceux qui le dénigre, comme Longmire.

C’est frais, agréable, les dialogues ne manquent jamais d’humour, le récit ne manque jamais d’un soupçon de roman noir puisqu’il nous montre aussi les conditions de vie des Amérindiens dans les réserves : leur recours aux chèques d’allocations, leurs écoles pourries, la scolarité la plus médiocre des États-Unis, l’alcool, la débrouille…

Sans jamais être péjoratif, l’auteur nous les montre tels qu’ils sont et dans ces pauvres ères, on trouve toujours des êtres plus lumineux que d’autres.

Toujours un plaisir à lire ! Bon, faudra maintenant que je répare mon oubli et que me rue sur le 7ème épisode, parce que même si on peut les lire indépendamment les uns des autres, le faire dans le bon ordre est toujours mieux.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°61].

Les Tambours du dieu noir suivi de L’Étrange Affaire du djinn du Caire : Phenderson Djèli Clark

Titre : Les Tambours du dieu noir suivi de L’Étrange Affaire du djinn du Caire

Auteur : Phenderson Djèli Clark
Édition : L’Atalante – La Dentelle du cygne (15/04/2021)
Édition Originale : The Black God’s Drums (2018)
Traduction : Mathilde Montier

Résumé :
Louisiane. Années 1880. Tandis qu’une guerre de Sécession interminable démantèle les États-Unis d’Amérique, un complot menace

La Nouvelle-Orléans, territoire indépendant libéré de l’esclavage, au cœur duquel les Tambours du dieu noir, une arme dévastatrice jalousement gardée, attisent les convoitises.

Il faudra tout le courage et la ténacité de Jacqueline « LaVrille » – jeune pickpocket qui rêve de découvrir le monde –, ainsi que la magie ancestrale des dieux africains qui coule dans ses veines, pour se faire entendre et éviter le désastre.

Le Caire. 1912. Depuis une cinquantaine d’années, les djinns vivent parmi les hommes et, grâce à leur génie mécanique, l’Égypte nouvelle s’est imposée parmi les puissants. Ce qui ne va pas sans complications…

Pour preuve l’étrange affaire du djinn du Caire, que se voit confier Fatma el-Sha’arawi – agente du ministère de l’Alchimie, des Enchantements et des Entités surnaturelles – quand un djinn majeur est retrouvé mort. Suicide ? Trop évident. C’est une machination diabolique que Fatma va mettre au jour.

Critique :
137 pages, pas une de plus et en 137 pages, l’auteur arrive à produire deux novellas d’excellente facture, à m’emporter dans une Nouvelle-Orléans steampunk et puis à me transporter au Caire, tout aussi steampunk, les djinns en plus.

Sans avoir besoin d’en faire trop ou d’en rajouter, l’auteur arrive sans mal à donner le contenance qu’il faut à ses personnages, à ses univers et produire deux scénarios bien mystérieux et addictifs.

Le premier récit uchronique, se déroulant à La Nouvelle-Orléans, nous met face à une Guerre de Sécession qui n’a pas cessé mais où l’esclavage a déjà été aboli dans cette ville indépendante.

L’héroïne, une jeune fille d’à peine 13 ans (Jacqueline, surnommée « LaVrille »), avait assez d’épaisseur pour prendre la plus grande partie de l’histoire sur ses épaules, n’en déléguant que peu à La Capitaine avec laquelle elle va vivre une histoire qui ne sera pas banale.

C’est un univers riche, peuplé de dieux, de magie vaudou, de confédérés dans la brume et de parlé créole. Celui-ci, écrit de manière phonétique, est parfois à lire à voix basse pour être mieux compris. Lorsque la capitaine parle de « dèd », il faut y lire « dead ». Rassurez-vous, pas besoin du dictionnaire Djadja (Aya Nakamura) pour comprendre.

Et dans cette Uchronie, c’est Napoléon qui a perdu face à Toussaint Louverture. Les Caraïbes sont des îles libres. Mais elles ont payé un lourd tribu suite à l’utilisation des Tambours du Dieu Noir.

En peu de pages, je me suis attachée à cette gamine débrouillarde qui vit avec la présence d’une déesse dans sa tête et qui bénéficie de ses visions. C’est une uchronie remplie de suspense, de mystère et d’une enquête dans la ville des Morts… J’ai adoré et le final n’est pas expédié, au moins.

La seconde, tout aussi uchronique, m’a envoyé sous la chaleur sèche du Caire, en compagnie de l’enquêtrice Fatma el-Sha’arawi, une agente du ministère de l’Alchimie, des Enchantements et des Entités surnaturelles (sur une carte de visite, ça en jette).

Dans une ville musulmane, une femme qui s’habille comme les colons anglais (pantalon, chapeau melon et canne en métal) fait naître toute sorte de commentaires de la part d’une société patriarcale à fond. « Du temps de mon grand-père… » comme lui rappelle souvent son collègue. Mais on n’y est plus, du temps de ton papy, vieux coincé.

Face à la mort inexplicable et spectaculaire d’un djinn dans un quartier huppé de la capitale égyptienne, notre enquêtrice va devoir faire travailler son cerveau et bien s’entourer, si elle veut comprendre les morts tout aussi inexplicables qui vont suivre et le recrudescence des goules dans certains quartiers pauvres.

Ce que j’ai apprécié, dans ces univers uchroniques, c’est que ce sont les femmes qui sont les héroïnes, elles qui sont mises à l’honneur. Sans être des Tomb Raider sous anabolisants ou autres stéroïdes, elles utilisent leur cerveau, leurs connaissances, leur potentiel, n’hésitant pas à travailler en équipe.

L’univers de l’auteur est riche, malgré le peu de pages et on n’a aucun mal à y adhérer. Gaffe ensuite à ne pas se tromper et à penser que Napoléon a bien quitté les Caraïbes à grand renfort de coups de pieds dans le cul !

Deux novellas uchronique que j’ai pris plaisir à découvrir, tant le scénario, l’univers, les personnages, étaient bien étoffés, sans pour autant que l’auteur ait besoin d’en faire trop. En plus, il met bien les femmes en valeur, ce qui ne gâche rien !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°57].

L’inconnu de la forêt : Harlan Coben

Titre : L’inconnu de la forêt

Auteur : Harlan Coben
Édition : Belfond (15/10/2020)
Édition Originale : The Boy from the Woods
Traduction : Roxane Azimi

Résumé :
WILDE. SON NOM EST UNE ÉNIGME, TOUT COMME SON PASSÉ.

Il a grandi dans les bois. Seul. Aujourd’hui, c’est un enquêteur aux méthodes très spéciales.

VOUS IGNOREZ TOUT DE LUI.

Il est pourtant le seul à pouvoir retrouver votre fille et cet autre lycéen disparu. Le seul à pouvoir les délivrer d’un chantage cruel. D’un piège aux ramifications inimaginables. Mais ne le perdez pas de vue.

CAR, DANS LA FORÊT, NOMBREUX SONT LES DANGERS ET RARES SONT LES CHEMINS QUI RAMÈNENT À LA MAISON.

Critique :
Corben Dallas, oui, Harlan Coben, non… Je pense qu’entre lui et moi, ce sera comme Capri : fini !

C’est le genre de thriller que j’aurais adoré lire lorsque j’avais 20 ans, mais maintenant que j’ai quelques années de plus, ce genre de récite passe difficilement car je l’ai trouvé vide.

Comme un squelette sans ses organes, sans sa peau… Les personnages m’ont donné l’impression d’être sans relief, sans épaisseur, fadasses, juste là pour l’histoire, comme des figurants de seconde zone.

Le personnage principal, Wilde, le Mowgli qui a vécu dans la forêt manque de crédibilité, de profondeur, alors qu’il le pilier central du roman. Sorte d’écolo intello qui aurait les capacités de déplacement en forêt aussi silencieux que ceux de Black Panther…

Mieux, tout gamin, il a appris à lire tout seul en regardant des émissions de télés faites pour les élèves. Les enseignants peuvent donc aller pointer dès à présent à Popol Emploi, la téloche fera leur job ! Désolé, ça n’est pas passé chez moi… Un peu gros ! Trop de qualités tuent le personnage.

Quant au méchant politicien, sorte de clone de Trumpinette (mais en édulcoré), il n’a que peu de présence et semble être lui aussi sans consistance.

Pourtant, les thèmes abordés dans ce thriller étaient intéressants et universels : le harcèlement scolaire, un politicien qui semble être une menace s’il vient à être élu, le patriotisme, la fin qui justifie les moyens, le sacrifice de l’un pour en sauver des millions, l’extrémisme, le système judiciaire contre lequel on ne peut aller contre car c’est le système,…

Oui, bien vu, dommage qu’aucun de ces thèmes ne soient vraiment approfondis ! Ils sont survolés… Quelques lignes de-ci, de -là… C’est expédié vite fait, mal fait.

Pire, l’auteur parle du harcèlement scolaire subi par la jeune Naomi, mais il a oublié d’y ajouter les émotions dans son texte. C’est froid, tellement froid que je n’ai pas frémi (alors que je bondis toujours sur le sujet). Dans un romans de Stephen King (pour ne pas le citer), une scène de harcèlement me hante encore des années après ! Jamais je l’oublierai la boîte à lunch Scooby-Doo.

Ce manque d’émotions ressentie à la lecture de ces horreurs faites à cette ado m’a aidé à comprendre pourquoi personne du corps professoral ne réagissait dans l’entourage de Noami : la faute de l’auteur ! Les personnages sont restés de marbre tant le sujet du harcèlement était mal traité.

Malheureusement, pour un thriller, le récit est un peu poussif, surtout au départ. Ensuite, ça bouge un peu plus, mais jamais au point de m’avoir scotché au récit. Les dialogues sont plats, sans reliefs aucun, plus pour meubler des silences ou noircir des pages.

Un bon point pour le final qui évite le happy end et qui tacle le système judiciaire américain et les extrémistes de tous poils qui malgré les preuves mises sous leur nez, hurlent toujours au fake news ou à la vidéo truquée, tant ils n’ont pas envie de remettre en question leur idole, son discours et ses idées.

Pour eux, il est plus simple de rester accroché à leurs convictions pures et dures que de les voir valser, se briser et d’ensuite devoir réfléchir et changer. Quant on est à fond avec une équipe, quoiqu’elle fasse, on reste fidèle et on ne va pas changer de club.

Bon, comme vous l’avez sans doute compris, cette lecture ne restera pas dans les annales littéraires et finira au tableau des déceptions de 2021.

Cela faisait longtemps que je n’avais plus lu de Coben, c’était l’occasion pour moi d’y revenir et de passer un bon moment de lecture (j’avais la foi). Hélas, elle ne fut pas palpitante comme ce fut le cas avec d’autres romans.

Déception totale. Lui et moi, je pense que ce sera terminé. Au suivant !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°55].