Loveday & Ryder – Tome 4 – Le secret de Briar’s Hall : Faith Martin [LC avec Bianca]

Titre : Loveday & Ryder – 04 – Le secret de Briar’s Hall

Auteur : Faith Martin
Édition : HarperCollins Noir (02/06/2021)
Édition Originale : A Fatal Secret (2020)
Traduction : Hanna Chahchoub et Alexandra Herscovici-Schiller

Résumé :
Oxford, Pâques 1961.
A Briar’s Hall, propriété de la famille de Lacey, une chasse aux œufs est organisée pour les enfants du village.

Eddie, 11 ans, disparaît. Son corps est retrouvé dans un puits. Si l’enquête du coroner conclut à un accident tragique, le Dr Clement Ryder, médecin légiste, a des doutes.

Lorsque Martin de Lacey, le propriétaire du manoir, vient lui faire part du souhait du père de l’enfant de relancer l’enquête, Clement obtient de la police locale que Trudy Loveday soit affectée à l’affaire.

C’est tout le petit monde de Briar’s Hall et de la famille de Lacey qu’il faudra étudier de près…

Critique :
Que ça fait du bien de retrouver mes Sherlock Holmes & John Watson en version Dr Clement Ryder & Trudy Loveday.

Attention, Holmes reste en tête du classement des meilleurs détectives et dira même, ironiquement, que Ryder n’a pas observé !

Quant à Poirot, il lui rétorquerait que s’il avait utilisé ses petites cellules grises, il aurait trouvé la solution de ce meurtre crapuleux…

Balancer un gamin de 11 ans dans un puits après lui avoir brisé la nuque, c’est crapuleux. Mais, est-ce bien un crime ou tout simplement un accident dû à de la négligence ??

Une fois de plus, Faith Martin va disséquer la société oxfordienne de 1961, celle où les femmes avaient juste le droit de se taire, de faire des gosses, de cuisiner et de s’occuper de leurs maris (dans l’ordre que vous voulez).

Ce cosy-mystery n’est pas fait pour les lecteurs qui souhaitent du trépidant car il ne se passe pas grand-chose durant cette enquête, si ce n’est des secrets de famille qui ne sentent pas bon en 1961… C’était il y a 60 ans et pourtant, quels progrès avons-nous fait depuis ?! Beaucoup et peu, en même temps.

Une fois de plus, j’ai pris plaisir à suivre ce duo d’enquêteurs atypiques dont on sent l’amitié naissante, le respect l’un pour l’autre, malgré les petits secrets que l’un cache à l’autre, et vice-versa. Il est difficile pour un homme d’âge mûr d’avouer sa maladie et il est difficile pour une jeune fille de parler de sa dispute avec ses parents.

Entrant par la grande porte dans une famille anglaise traditionnelle, nos deux amis auront bien du mal à ne pas se faire refouler par le dragon qui garde la porte et aurait préféré qu’ils passent par la porte de service, comme du temps de la reine Victoria. Dragon qui veille sur la famille et sur ses petits secrets.

L’enquête policière n’est pas trépidante, mais je ne me suis pas ennuyée à la suivre, dévorant ce 4ème épisode avec le même appétit que d’habitude tant j’apprécie découvrir la vie des années 60 en Angleterre (même si nous étions sans droit, nous les femmes), qu’elle soit du côté des prolétaires que des nantis.

Pour une fois, Loveday & Ryder n’ont pas été plus perspicaces que moi et ça me soulage, parce que moi non plus je n’avais rien vu venir !

Sans révolutionner le monde du polar, sans révolutionner les romans sociétaux, sans approfondir un sujet de société important (dont j’aurais aimé en apprendre plus), ce polar reste dans la lignée des premiers : un duo qui marche, qui évolue, des enquêtes lentes sans être ennuyantes, une immersion dans la société d’Oxford, des petits mystères ajoutés au récit.

Le genre de policier à lire sans prise de tête, l’esprit délivré de toute contrainte, les doigts de pieds en éventail et un mojito à côté de vous (ou tout autre boisson). C’est une lecture détente, sans pour autant qu’elle soit simpliste ou neuneu.

Une LC réussie, cette fois-ci, avec ma copinaute Bianca. Son avis rejoint le mien.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°19] et Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°72].

Bal tragique à Windsor – Sa Majesté mène l’enquête 01 : S.J. Bennett

Titre : Bal tragique à Windsor – Sa Majesté mène l’enquête 01

Auteur : S.J. Bennett
Édition : Presses de la cité (06/05/2021)
Édition Originale : The Windsor Knot (2021)
Traduction : Mickey Gaboriaud

Résumé :
Windsor, printemps 2016. La reine Elizabeth II s’apprête à célébrer ses 90 ans et attend avec impatience la visite du couple Obama.

Mais au lendemain d’une soirée dansante au château, un pianiste russe est découvert pendu dans le placard de sa chambre, quasiment nu.

Shocking ! Quel scandale si la presse l’apprenait ! Lorsque les enquêteurs commencent à soupçonner son fidèle personnel d’être impliqué dans cette sordide affaire, Sa Majesté, persuadée qu’ils font fausse route, décide de prendre les choses en main. Mais être reine a ses inconvénients, et notamment celui de ne pas passer inaperçue.

C’est donc Rozie Oshodi, sa secrétaire particulière adjointe, une brillante jeune femme d’origine nigériane, qui va l’aider à démêler ce sac de noeuds en toute discrétion…
God save the Queen du cosy crime !

Critique :
Ce roman ne faisait pas partie de mes envies de lecture, d’ailleurs, j’avais passé outre en librairie.

C’est mon père qui, le voyant dans une brocante, me l’a acheté pour une bouchée de pain et me l’a ensuite offert, se disant que j’apprécierais le cadeau.

Bon, ce n’est pas ma came, ni mon genre de prédilection, mais ma foi, puisqu’il avait osé prendre le risque de m’offrir un livre, je l’ai ouvert et c’est avec une pointe de regret que je l’ai terminé, laissait Sa Majesté à Windsor.

Comme quoi, mon père ne s’était pas si trompé que ça : j’ai apprécié ma lecture.

M’attendant à une lecture légère et frivole, j’ai été fortement étonnée lorsque l’on a parlé de politique, d’espionnage, de Poutine et de ses exécutions de dissidents.

M’attendant à une enquête simpliste où je ne croiserai que peu de fois la reine Elizabeth, puisque qu’il était dit que c’était Rozie Oshodi, sa secrétaire particulière, qui enquêtait, j’ai été scotchée par les ramifications que ce décès prenait et par le fait que Lilibeth était très présente !

Pas besoin d’avoir eu un abonnement à Point De Vue Images Du Monde pour s’immerger dans la vie à la cour anglaise et se rendre compte que le personnage de Elizabeth II était plus que conforme à la réalité, bien que je n’aie jamais été convié à un Dine-and-sleep chez elle, encore moins à boire du thé.

Sans vouloir être plus royaliste que la reine elle-même, j’ai apprécié cette immersion dans le château de Windsor et dans la vie de la reine. L’auteure met très bien en scène The Queen et, sans jamais parler des multiples scandales, elle est arrivée à lui donner de l’épaisseur, une présence certaine et à donner l’impression que cette affaire avait réellement lieu.

Si vous cherchez du rythme trépidant, faudra aller voir ailleurs, le récit va à son rythme, adoptant un train de sénateur qui ne m’a pas déplu puisque je n’ai jamais baillé une seule fois et que j’ai même dévoré ce roman.

Pas moyen de savoir qui avait fait le coup, même si j’avais un léger soupçon, je me posais encore bien trop de questions. L’auteure est allée plus loin qu’un simple colonel Moutarde avec la corde, dans la chambre . Sans pour autant révolutionner le policier, elle a au moins pris la peine d’aller plus loin que le classique habituel et déjà trop vu.

Une lecture rafraichissante, agréable, so british au possible. Je n’attendais rien de cette lecture, si ce n’est de l’ennui ou des futilités et tout compte fait, j’ai été agréablement surprise et c’est un bon moment de lecture sans prise de tête que j’ai passé, même si j’ai fait tourner mes petites cellules grises afin de défaire ce foutu nœud de Windsor !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°11], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°74], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°69] et Le challenge « British Mysteries 2021 » chez MyLouBook.

 

Le Prieuré de l’Oranger : Samantha Shannon

Titre : Le Prieuré de l’Oranger

Auteur : Samantha Shannon
Édition : de Saxus Fantasy (31/10/2019) – 958 pages
Édition Originale : The Priory of the Orange Tree (2019)
Traduction : Charlotte Lungstrass-Kapfer

Résumé :
Un monde divisé. Un reinaume sans héritière. Un ancien ennemi s’éveille. La maison Berethnet règne sur l’Inys depuis près de mille ans.

La reine Sabran IX qui rechigne à se marier doit absolument donner naissance à une héritière pour protéger son reinaume de la destruction, mais des assassins se rapprochent d’elle…

Ead Duryan est une marginale à la cour. Servante de la reine en apparence, elle appartient à une société secrète de mages.

Sa mission est de protéger Sabran à tout prix, même si l’usage d’une magie interdite s’impose pour cela.

De l’autre côté de l’Abysse, Tané s’est entraînée toute sa vie pour devenir une dragonnière et chevaucher les plus impressionnantes créatures que le monde ait connues.

Elle va cependant devoir faire un choix qui pourrait bouleverser son existence. Pendant que l’Est et l’Ouest continuent de se diviser un peu plus chaque jour, les sombres forces du chaos s’éveillent d’un long sommeil…

Bientôt, l’humanité devra s’unir si elle veut survivre à la plus grande des menaces.

Critique :
♫ La Mère, voici le temps venu, D’aller prier pour notre salut, le Sans-Nom est revenu ♪
♪ Le Saint, tu peux garder ton vin ♪ Ce soir on boira notre chagrin ♪ le Sans-Nom est revenu ♪
♫ Toi la reine Sabran, Tu peux sortir tes dents ♪ Les dragons sont revenus ♪

La première chose qui a attiré mon œil sur ce roman, c’est sa magnifique couverture ! Une œuvre d’art. La 2ème c’est que ce roman était best-seller du New-York Times puis j’ai lu la mention « Mérite d’avoir autant de succès que GOT ». Allez hop, vendu !

N’est pas Georges R.R. Martin qui veut… Si l’univers développé par l’auteurs est riche, si ses personnages sont nombreux, si les femmes sont mises en avant et si on a des intrigues de pouvoir, on est loin tout de même des intrigues étoffées de GOT, de ses personnages marquants et de ses salopards flamboyants !

Le début du roman fut assez laborieux, je ramais entre les différentes régions de l’Est et de l’Ouest, face à tous les personnages et les 300 premières pages ont été lues à la vitesse d’un escargot asthmatique, ce qui est rare chez moi, étant donné que j’ai dévoré des pavés de plus de 600 pages en deux jours à peine.

Pour que je préfère regarder une rediffusion de « Petits meurtres en famille » (que je connais) au lieu de lire ce pavé, est un signe qui ne trompe pas : je m’y ennuie ! Pour que je préfère aller repasser mon linge, moi qui déteste ça, c’est un encore plus un signe qui ne trompe pas : je m’emmerde ! L’introduction est fort longue et sans des moments un peu plus excitants, je pense que j’aurais été voir ailleurs.

Certes, il fallait présenter l’univers dans lequel nous allions évoluer, mettre tout en place, mais il y avait peut-être moyen de le faire moins long ou de mieux incorporer ces moments creux dans le récit général, au fur et à mesure. Le récit est dense, on suit plusieurs trames scénaristiques et au départ, il y a assez bien d’informations à retenir et à digérer.

À l’Est, en Seiiki, on vénère les dragons et des dragonniers chevauches des dragons d’eau, tandis que dans l’Ouest, en Yniss, on chasse et on craint les dragons.

De plus, dans l’Ouest, la religion se nomme Vertu, elle a ses règles très strictes et ceux qui la pratique aimeraient que tout le monde ait cette religion car c’est la Vérité. Ça ne se discute même pas. Dans l’Est, au contraire, on a une autre véritable Vérité et elle remet en cause les textes sacrés et les mythes que cela a créé. Ailleurs, ce sont des autres croyances…

— Ce décret a mille ans, répondit sèchement Sabran. Le Saint a écrit de sa main que toutes les autres croyances ne sont que mensonges.
— Ce n’est pas parce qu’on a toujours fait quelque chose qu’on doit absolument continuer.

Les problèmes entre les religions est un des points que j’ai apprécié dans ce roman car ils avaient des senteurs que nous connaissons bien, quand des gens très pieux considère les croyances des autres comme hérétiques, persuadés qu’ils sont meilleurs que les autres alors qu’ils n’ont aucune tolérance ou courtoisie pour autrui, bien que la tolérance et la courtoisie soient de leurs vertus.

— La piété peut transformer ceux qui ont soif de pouvoir en véritables monstres, prêts à distordre n’importe quel précepte pour justifier leurs actions, affirma Ead.

— En effet. » Elle sirota un peu de son vin. « Je suis sûre que vous apprécieriez énormément la compagnie d’une hérétique.
— Nous ne vous définissons plus de la sorte. Ainsi que je vous l’ai promis dans ma lettre, ces jours sont révolus.
— Je constate qu’il n’a fallu à la maison Berethnet qu’un petit millénaire et une crise majeure pour suivre ses propres enseignements concernant la courtoisie. 

La solidarité ne devient intéressante que lorsque l’on est le dos au mur et que l’on a besoin des autres pour vaincre l’ennemi commun. Pourtant, c’est bien connu que l’union fait la force… C’est plus facile de le prendre comme devise que de l’appliquer, bien entendu.

Une autre chose que j’ai apprécié, c’est que certains personnages ont évolués, passant de « chieurs nés » à « personnage avec ses blessures et ses faiblesses » que l’on arrivait à comprendre et puis à apprécier.

Le reste est de facture classique avec le retour d’un Grand Méchant qui se nomme le Sans Nom, une prophétie, des mensonges racontés depuis des siècles, des élus, des armes magiques pour le terrasser et une alliance entre plusieurs peuples que tout sépare, notamment les croyances…

Sauf en ce qui concerne le féminisme, bien mis en avant, puisque l’on a un reinaume gouverné par des femmes depuis des siècles et que les personnages féminins ne sont pas des créatures apeurées ou stéréotypées. Malgré tout, les femmes sont toujours ramenée à leur but primaire : pondre des enfants !

Un bon point aussi pour le fait que les amours n’étaient pas que Homme/Femme mais aussi homosexuelles (hommes ou femmes). Un petit pas qui pourrait déboucher sur un grand pas… Qui sait ?

Hélas, ce qu’il a manqué le plus, dans ce roman, ce sont les émotions provoquées par le récit et celles que l’on aime ressentir pour certains personnages. Ici, que dalle, nada. Même si j’en ai apprécié quelques uns, ils ne marqueront pas mon esprit comme d’autres le firent, même en ne parlant que du genre fantasy.

La saga de « L’épée de vérité » (Terry Goodking) n’était pas exempte de lourds défauts (dichotomie, manichéisme, violences, tortures, bienséance dans ses rapports H/F et personnages « Mary & Gary Stu »), mais elle avait de la flamboyance et m’avait apportée des émotions à foison. Ce qui a manqué cruellement dans le prieuré, alors qu’il n’avait pas les défauts de la saga de Goodking. Comme quoi…

Il est aussi un équilibre difficile à atteindre dans les finals : trop longs, on n’en voit pas le bout et quand c’est trop court, on a l’impression qu’on s’est tapé des longs préliminaires pour que se retrouver avec un bouquet final qui se termine bien trop vite. Tout ça pour ça ?? 50 pages à tout casser ? J’aurais aimé que cela durât plus longtemps.

C’est mitigée que je ressors de cette lecture dont l’équilibre du scénario n’était pas atteint. Trop de langueurs monotones au départ, des personnages agréables mais sans être marquants et un combat final qui se termine bien trop vite.

Des critiques élogieuses de ce roman se trouvent sur Babelio et je vous invite à aller les découvrir. J’aurais aimé ressentir ce que les autres lecteurs/trices ont ressenti en lisant de pavé… Hélas, j’ai pris une toute autre direction.

Lu dans sa version publiée aux éditions De Saxus et faisant 958 pages (qui furent longues).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°05], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°73], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°68] et Le pavé de l’été – 2021 (Saison 10) chez Sur Mes Brizées.

La mer éclatée – Intégrale : Joe Abercrombie

Titre : La mer éclatée – Intégrale

Auteur : Joe Abercrombie
Édition : Bragelonne Fantasy (2017) – 864 pages
Éditions Originales : Half a King (2014) / Half the World / Half a War
Traduction : Juliette Parichet

Résumé :
Découvrez les Intégrales Bragelonne ! Cette édition exclusive numérique contient les ouvrages suivants : La Moitié d’un roi ; La Moitié d’un monde ; La Moitié d’une guerre.

« J’ai fait le serment de venger la mort de mon père. Je suis peut-être la moitié d’un homme, mais ce serment était entier. » Né faible aux yeux de son père, le prince Yarvi a juré de récupérer un trône dont il n’a pourtant jamais voulu.

Mais il doit d’abord affronter la cruauté de sa propre famille, les humiliations de l’esclavage, ainsi que les eaux amères de la Mer Éclatée.

Tout cela avec une seule main valide. C’est au côté d’une étrange assemblée d’exclus et de marginaux, et non parmi les nobles de son rang, que Yarvi apprendra à être un homme – s’il survit aux épreuves de toutes sortes qui l’attendent…

Critique :
Celui qui cherche la vengeance devrait creuser deux tombes : une pour son ennemi et une pour lui…

Yarvi sait de quoi je parle, lui qui a décidé de venger la mort de son père et de son frère, alors que les deux le méprisaient ouvertement.

Allez savoir pourquoi notre jeune homme, qui ne possède qu’un bras (pas de chocolat ?) valide, l’autre étant une sorte de moignon, qui ne sait pas se battre, à peine tenir une épée, a prononcé ce serment totalement fou.

Yarvi n’avait sans doute pensé que sa vengeance entraînerait d’autres personnes, étrangères à tout cela, à mourir pour sa cause ou à cause de sa vengeance. Des amis, des soldats, des innocents, autrement dit, un bain de sang pour n’avoir qu’une faible satisfaction une fois la vengeance accomplie.

Quand aux serments, ils ont tendance à un peu trop lier les gens qui les prononcent. Enfin, pas toujours, Yarvi en a respecté certains et en a bazardé d’autres. On s’arrange comme on peu avec sa conscience et si on juge que l’acte accompli est un moindre mal, on pourra dormir sur ses deux oreilles.

Voilà dans la fantasy comme je l’aime ! Déjà, les personnages ne sont pas ce que l’on pense, ils changent, cachent leur jeu. Yarvi n’a rien d’un guerrier badass, il est faible, ne sait pas se battre et ne possède que son enseignement de futur ministre, ce qui lui donne une langue acérée et la possibilité de se jouer des autres.

Les dialogues sont soignés, on a de l’humour noir, des vérités à imprimer, à mettre en action, à ne pas oublier et bien que nous soyons dans de la fantasy, le fond du récit est hautement contemporain de notre Histoire : guerres pour le pouvoir, pour être encore plus calife que l’on n’est déjà calife, posséder les autres, les faire plier sous notre joug, leur imposer notre croyance (la déesse unique alors que les autres croient en plusieurs dieux), peur de ce que les autres pourraient faire, peur de leur pouvoir qui est de mettre l’or sur papier (l’invention de la lettre de change ou du chèque), la place des femmes, la possession d’armes de destruction massive…

Si la première partie est consacrée à Yarvi, la suivante (qui est le tome 2) sera pour Épine et Brand et la troisième pour Skara, Raith et Koll (tome 3). Ce n’est pas pour autant que l’auteur laisse tomber les autres, ils sont toujours présent, évoluent, changent et jamais je n’ai réussi à savoir où se situait exactement Yarvi tant il pouvait être sage et tout autant où il aurait pu être un parfait tyran.

L’auteur n’a pas oublié les femmes dans son récit et elles se tailleront une belle place parmi les hommes, en tant que combattantes, forgeronnes, reines, sorcières, navigatrices, esclaves. Vraies salopes, femmes perfides, femmes lucides, femmes de fer ou femmes essayant de ménager la chèvre et le chou (tout en comprenant, un peu tard, qu’il est très difficile à garder l’équilibre), évoluant aussi au fil des pages, prenant de l’ampleur à certains moments ou disparaissant ensuite du récit.

Pas d’édulcorants dans cette histoire, les morts saignent, les tripes sortent, la guerre est sale et le comportement des soldats, mercenaires et autres dirigeants n’a rien de glorieux. C’est sale et monstrueux. Soyez pas dans leur passage, fuyez pauvres fous.

Le ton de l’auteur est cynique, ses personnages aussi, personne n’est tout à fait blanc ou noir, tout le monde étant teinté de gris et comme nous, ont parfois des réactions qui ne les mets pas en valeur, des actes condamnables, des choses qu’ils regretteront ensuite (ou pas) car personne ne connait à l’avance les répercussions que pourraient avoir la pose de l’acte X au jour J.

N’ayant jamais lu les autres romans de l’auteur, je n’ai aucun point de comparaison mais je compte bien remédier à cette erreur et me plonger dans ces autres trilogies afin de voir si son univers est toujours aussi réaliste et cynique (j’espère) ou si, comme d’autres, on retrouve toujours les mêmes recettes cuisinées (Gemmel).

Les manigances des ministres et des dirigeants avaient un goût machiavélique. L’auteur a réussi à tenir la barre de son scénario et à ramer sans jamais faiblir dans son récit que j’ai dévoré très vite (pour un gros pavé). Il est cohérent dans les actions de ses personnages et nous réserve quelques petites surprises durant son histoire.

En attendant, je suis contente d’être repartie dans de la très bonne fantasy (ceci n’est que mon avis, hein), réaliste, cynique, noire, sans concession, sans happy end bisounours (même si je pleure la disparition de certains personnages), où la guerre était vraiment ce qu’elle est (sale et monstrueuse) et où les personnages ne se soucient pas d’être aimé car être craint dure plus longtemps !

Lu dans sa version « Intégrale » papier (864 pages), mais cette intégrale existe aussi en 3 volumes au format poche édités par les éditions Bragelonne. Les couvertures sont super aussi.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°314], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°67] et Le pavé de l’été – 2021 (Saison 10) chez Sur Mes Brizées – 864 pages.

 

Les secrets de Cloudesley : Hannah Richell

Titre : Les secrets de Cloudesley

Auteur : Hannah Richell
Édition : Belfond Le cercle (03/10/2019)
Édition Originale : The peacock summer (2018)
Traduction : Julia Taylor

Résumé :
Quand un manoir de famille anglais recèle un terrible secret, celui des amours interdites entre une femme du monde et un peintre célèbre de l’après-guerre… Maggie, artiste de 25 ans, a mis les voiles pour l’Australie.

Un jour, un appel de l’hôpital : Lillian, sa grand-mère chérie, celle qui l’a élevée, vient d’avoir une attaque. Aussitôt, Maggie s’envole direction l’Angleterre et la petite ville de Clouds Green dans la campagne du Buckinghamshire.

Au chevet de Lilian, elle lui promet de la ramener chez elle, au manoir de Cloudesley. Mais Maggie se rend compte que la maison de son enfance a perdu de sa superbe : la poussière a colonisé les lieux, les fuites d’eaux et les dettes s’accumulent.

Au fil des années, la fortune de feu Charles Overton, riche marchand d’art, s’est réduite comme peau de chagrin et les promoteurs immobiliers rodent tel des vautours. La jeune femme est bien décidée à remuer ciel et terre pour sauver le domaine mais la tâche s’annonce ardue.

Elle ne sait pas encore qu’entre ses vieux murs, la demeure abrite un trésor mais aussi un terrible secret.

Car soixante ans auparavant, le temps d’un été, Lillian a connu une passion dévastatrice, dangereuse, et a vu sa vie basculer…

Maggie parviendra-t-elle à sauver Cloudesley ? La révélation du secret de Lillian lui permettra-t-elle de faire la paix avec son propre passé ?

Critique :
Au vu du résumé, ce roman n’était pas fait pour moi. Sans la chronique tentatrice de ma copinaute Bianca, jamais ce roman ne serait entré dans ma PAL.

L’histoire est tristement banale : une femme, Lillian, a épousé un homme (Charles Overton) qui n’était pas celui qu’elle pensait.

L’amour est à sens unique, dans leur couple, et son époux est du genre enfant gâté qui commande et à qui on ne refuse rien. Il est sadique, machiavélique et Lillian est sa possession.

Durant un été, Lillian va vivre une histoire d’amour torride avec un peintre nommé Jack. Non, non, pas le Jack qui meurt gelé à la fin de Titanic. Que Céline Dion arrête sa chanson !! Bien que le Jack, d’après les descriptions, pourrait être aussi sexy que Di Carpaccio dans le film avec l’iceberg.

L’art d’un auteur est d’arriver à sublimer une histoire vue et revue, lue des centaines de fois, afin d’emporter son lectorat avec son récit. Pas de doute, Hannah Richell a parfaitement réussi sa mission parce que dès les premières lignes, j’ai été happée par ce récit où s’entremêle deux époques bien distinctes.

La première nous est contemporaine. Maggie, jeune fille qui a foiré une partie de sa vie, revient à Cloudesley, magnifique bâtisse qui a connu ses heures de gloire et qui maintenant est comme Lillian, sa propriétaire : décrépite, fuitant de partout et en fin de vie, même s’il leur reste encore du souffle.

L’autre histoire (années 50) est celle de Lillian, la jeune épouse non comblée du propriétaire de Cloudesley, mariée à un tyran et qui va découvrir l’amour, le vrai, celui avec un grand A, celui qui emporte tout. Vas-y Céline, chante !

Oui, le récit faisait « convenu », je me demandais comment l’auteure allait réussir à sublimer une histoire aussi banale et pourtant, elle y est arrivée les doigts dans le nez (enfin, je n’ai pas été vérifier…).

La première chose essentielle était de réussir les personnages et c’est chose faite. Pas de wonder-woman dans ces pages, juste des femmes normales, avec leurs soucis, leurs emmerdes, bref, des portraits réalistes, attachants et non stéréotypés ou caricaturés.

Rien n’est simple, rien n’est facile dans la vie et Lillian a dû afficher devant les autres un visage souriant (♫ je vais bien, tout va bien ♪) car c’est ce que les gens voulaient voir.

Ben oui, comment ne pas être heureuse en ayant épousé un homme riche, encore séduisant malgré son âge et en vivant dans une aussi belle demeure que Cloudesley ? La cage était dorée, mais personne n’a jamais réussi à le comprendre, sauf Jack qui a observé (tel un Sherlock Holmes).

Mon seul bémol sera pour la fin qui paraît un peu précipitée, qui reste ouverte et dont j’aurais aimé que l’auteure la referme, même si, dans ma tête, je ne doute pas que Maggie puisse vivre, elle aussi, une belle histoire d’amour.

Sans jamais sombrer dans la guimauve à deux balles, l’auteure réussit à emporter son lecteur dans ce récit à deux voix, mêlant adroitement les deux époques, les souvenirs et les secrets remontant à la surface.

Un très beau récit, rempli d’émotions, tout en douceur à certains moments, tout en violence à d’autres, l’un contrebalançant l’autre, le tout dans des ambiances dignes des plus grands manoirs anglais. Bref, une réussite.

Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°66],  Le challenge « British Mysteries 2021 » chez MyLouBook et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°68].

Les aventures du fils de Sherlock Holmes racontées par le Dr. Watson : Dr Watson

Titre : Les aventures du fils de Sherlock Holmes racontées par le Dr. Watson

Auteur : Dr Watson
Édition : PRNG (2019) / De Varly (01/03/2020)
Édition Originale : The Adventures of the Son of Sherlock Holmes (1910)
Traduction :

Résumé :
Quel est le lecteur qui ne se souvienne d’avoir suivi avec un intérêt parfois passionné le récit des aventures du célèbre Sherlock Holmes ? Mais voici plus de dix ans que le génial policier a cessé d’étonner les deux mondes par ses exploits prodigieux.

Hâtons-nous de les rassurer : Sherlock Holmes n’est pas mort. Il a eu la bonne fortune d’entrer en possession d’un héritage qui en fit, presque du jour au lendemain, un des plus riches propriétaires du Royaume-Uni.

Depuis lors, son existence se passa dans son manoir, au milieu de ses vastes domaines dans le Comté de Devon, où il goûte un repos bien gagné, après tant d’années d’une existence aventureuse, où sa vie fut si souvent à la merci du moindre incident.

Il y mène l’existence du gentilhomme, partagé entre la gestion de son bien et l’éducation de ses enfants.

Son fils aîné, qui porte le nom de Sherlock, comme son père, vient d’atteindre sa vingt-sixième année . il est sorti depuis trois ans du Collège of Physicians und Surgeons avec le grade de docteur en médecine.

Très répandu dans la société élégante de New-York, où le grand renom de son père et sa fortune, et les manières affables du jeune homme lui ont valu le meilleur accueil, il va y trouver matière à d’intéressantes études et les aventures ne vont pas lui manquer.

Ce sont quelques-unes de ces aventures, racontées par le docteur Watson — qui se fait l’historiographe du fils après avoir été celui du père — que le lecteur va lire.

Il pourra se convaincre que, si Sherlock Holmes a disparu de la scène, son génie, comme son nom, va revivre dans son fils, en qui s’annoncent déjà toutes les qualités qui font les grands détectives…

Critique :
Ce roman de 200 pages comporte trois nouvelles. C’est le format qui convient le mieux aux enquêtes de Sherlock Holmes qui sont plus rapides que celle d’Hercule Poirot.

Ici, le Sherlock qui enquête est le fils du célèbre détective du 221b Baker Street.

S’il possède l’intelligence de son père, il lui manque malheureusement son charisme et sa prestance. Là, j’ai souvent eu l’impression d’être face à un gamin riche et gâté qui aurait peut-être eu besoin d’une bonne fessée de temps en temps.

Quant à ce pauvre Watson, il n’a pas le plus beau rôle car il fait figure de l’homme qui doute de tout, même de l’innocence du fils de son meilleur ami.

Sans compter que dans la première affaire, il n’a pas été très futé, notre brave docteur Watson ! J’avais compris le truc bien avant lui, il était tellement flagrant qu’il m’avait sauté à la gueule et mordu le nez.

Avant d’aller plus loin, je tiens tout de même à m’insurger contre l’édition lue qui était bourrée de coquilles en tout genre : faute de frappe, oubli de lettre, erreur d’espacements au niveau de la ponctuation (oubli d’un espace après la virgule, oubli de l’espace après le point, oubli de l’espace avant le point d’exclamation – et souvent dans les dialogues, un espace entre le mot et la virgule,…) ou présence de point final au milieu d’une phrase et j’ai même eu un S majuscule fait avec le sigle $ (dollar) et ce n’était pas un jeu de mot. Sur un clavier AZERTY, ils ne sont pas l’un près de l’autre, pourtant.

À une moyenne de 2 à 3 coquilles par pages, multiplié par 200 pages, ça en fait beaucoup. Alors oui, nous faisons tous des fautes d’inattention dans nos chroniques, j’en retrouve toujours dans les miennes, même après relecture, j’en loupe des tonnes aussi, mais le prix de cet ouvrage étant de 17€, je l’ai trouvée saumâtre !

Passons au point plus agréable maintenant que l’abcès est percé : les trois nouvelles sont bien conçues point de vue enquête et résolution. On ne cassera pas la baraque, mais elles étaient bien fichues.

Rien d’exceptionnel, des enquêtes de bonne facture, correctes, sans jamais posséder des résolutions qui déchirent puisque j’ai vu venir bien des trucs et astuces, contrairement à Watson. Hors ce dernier ne doit jamais être plus bête que le lecteur, mais à son niveau !

Se déroulant en Amérique, à New-York pour être plus précise, ces nouvelles manquaient des épices anglais traditionnels, ceux dans lesquels ont baigné Holmes et Watson, formant un duo complémentaire et équilibré.

Le fiston, bien que très intelligent et fougueux, n’atteint jamais le charisme de son père (dont on ne saura rien, même pas le nom de son épouse), semble être une pâle copie. Son immigration aux États-Unis n’apporte rien, à mon sens, aux récits des enquêtes qui auraient eu plus d’ancrage, de poids, de sel, si elles avaient été en Angleterre.

Pas tout à fait une réussite, pas tout à fait un échec, c’est le cul entre deux chaises que j’ai terminé ce recueil de nouvelles qui dataient de l’an 1910…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°313].

Le carnaval des ombres : R. J. Ellory

Titre : Le carnaval des ombres

Auteur : R. J. Ellory
Édition : Sonatine (06/06/21) – 605 pages
Édition Originale : Carnival of Shadows (2014)
Traduction : Fabrice Pointeau

Résumé :
1959. Alors qu’un cirque ambulant vient de planter son chapiteau dans la petite ville de Seneca Falls, Kansas, un corps couvert d’étranges tatouages est découvert sous le carrousel.

Dépêché sur les lieux, l’agent spécial Michael Travis n’est pas aidé par les membres du cirque, peu enclins à livrer leurs secrets. Mais l’affaire prend vite une tournure inattendue…

Critique :
En juin, il n’y avait pas que le Mois Anglais, il y avait aussi la sortie du dernier roman de R.J Ellory et rien ne me fait plus plaisir que de lire ses romans !

Double plaisir puisque l’auteur, anglais, a toujours pour décor l’Amérique.

Celle des années 50 est encore plus intéressante car les nouvelles technologies sont absentes, c’est la Guerre Froide et il y a toujours moyen d’écrire un super roman sur ces périodes.

Au départ, c’est une enquête de routine qui échoue dans les mains de l’agent spécial senior, Michael Travis. Son enquête dans une fête foraine où se produisent quelques phénomènes est, somme toute, assez classique.

Ce qui l’est moins, c’est la personnalité de Michael Travis : il est fracassé, torturé (mais ne fume pas, ne bois pas, ne se drogue pas), son enfance n’a guère était agréable et il est aussi raide qu’une planche à repasser ! Limite un manche de balai enfoncé dans le cul tant il est respectueux des règles. « Fuck the rules » ne sera jamais tatoué sur son bras (aucun tatouage, d’ailleurs).

Travis est pétri de certitudes, il a ses propres convictions et lui faire ouvrir les yeux ne sera pas une mince affaire, lui qui a les pieds bien trop ancrés dans la réalité et totalement imperméable à la magie où à l’inexplicable.

Son passé, nous l’apprendrons pas bribes, les épisodes malheureux de sa vie de retrouvant insérés entre deux chapitres de son enquête. Plus intelligent pour un auteur de nous apprendre par petits morceaux que de commencer son récit par la vie de son personnage principal. En tout cas, moi, ça me plait ainsi.

Les ambiances « Amérique des années 50 » étaient bien présentes, Ellory étant doué pour les descriptions, sans devoir en faire des tonnes, comme il est doué pour créer des personnages réalistes, bien ancrés dans le récit et ayant une véritable présence physique.

Si les freaks de son récit ne sont pas comme ceux du roman de Katherine Dunn « Amour monstre » ou comme ceux chez Harry Crews, « La malédiction du gitan », les siens auraient plus des airs de famille avec les phénomènes qu’un Stephen King aurait pu mettre en scène dans l’un de ses romans.

Ici, pas de sœurs siamoises, d’enfant poisson ou de nain culturiste, mais des gens possédant certains pouvoirs… Parfois même plus de doigts que la normale…

Lors de la première partie du récit, bien que je m’y sois trouvée aussi bien qu’un poisson dans l’eau, je ne pouvait m’empêcher de le trouver normal : un homme assassiné, une enquête d’un agent du FBI (et pas un Fox Mulder) en solo, une fête foraine sortant de l’ordinaire, bref, pas de quoi  défriser la moustache à Hercule Poirot…

Puis tout à coup, j’ai compris que sous le tapis, il y avait des saloperies, des cafards puants, ainsi que des squelettes dans les placards et une fois que ça a commencé à sortir, j’ai compris pourquoi me camarade blogueurs/euses avaient trouvé le dernier roman d’Ellory génial ! Ah oui, putain, je confirme !

Ellory a beau être un auteur anglais, il a une capacité d’analyse de l’Amérique, qu’elle soit profonde, politicienne ou institutionnelle (FBI, CIA,…), extraordinaire. Sa plume devient scalpel et il la dissèque, sortant ses viscères (pas toutes à la fois) à la manière d’un prestidigitateur pour nous les exposer sous nos yeux ébahis.

Son truc est qu’il utilise sûrement une plume magique qui sait si bien mettre les mots sur les idées, sur les actions qu’on a l’impression de ne pas être dans un roman mais de le vivre vraiment, aux côtés des personnages.

Une fois de plus, Ellory nous livre un roman sombre, où l’Amérique et ses institutions ne sortiront pas grandies (mais nous le savions déjà).

Prenez place dans le chapiteau du Carnaval Diablo, laissez-vous emporter par la magie du spectacle, ouvrez votre cœur, laissez vos certitudes, vos convictions, vos préjugés sur le bas-côté et embarquez dans ce voyage fait d’illusions, de vérités, de révélations où vous pourriez en sortir grandi, comme notre agent spécial Travis.

Lu l’édition Sonatine de 605 pages et c’est avec lui que je termine ce Mois Anglais qui fut aussi magique que ma lecture.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°312], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°65], et Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, CryssildaTitine et Le pavé de l’été – 2021 (Saison 10) chez Sur Mes Brizées.

L’île du docteur Moreau (BD) : Dobbs, Fabrizio Fiorentino et H. G. Wells

Titre : L’île du docteur Moreau (BD)

Scénaristes : Dobbs et H. G. Wells
Dessinateur : Fabrizio Fiorentino

Édition : Glénat (2017)

Résumé :
Unique survivant d’un naufrage, Edward Prendick est secouru par Montgomery, l’assistant d’un certain Docteur Moreau.

Depuis une dizaine d’années, sur leur île isolée du monde, les deux scientifiques se livrent à de terribles expériences, greffant et modifiant génétiquement des animaux pour les rendre doués de conscience et de parole.

Sur place, les « Hommes-bêtes » obéissent à un ensemble de règles bien précises, la Loi, leur interdisant tout comportement primitif, et vénèrent Moreau tel un dieu. Mais Prendick découvrira bien vite que les pulsions animales de ces créatures sont loin d’être oubliées…

Interrogeant les questions de l’identité et de la dignité animale, le troublant et visionnaire L’Île du Docteur Moreau n’a rien perdu de sa pertinence. Retrouvez ce classique de la science-fiction aujourd’hui en BD !

Critique :
Chaque année, le Mois Anglais me permet de découvrir des classiques et Wells en fait partie intégrante.

Ne connaissant la réputation de la terrible île du docteur Moreau que par ouï-dire, j’ai posé le pied sur cette plage qui n’avait rien d’ensoleillé, coquillages et crustacés…

La première chose qui frappe dans cette adaptation, c’est la qualité des dessins, des couleurs. Là, on est dans le haut du panier. Ils sont réalistes et précis.

L’histoire est connue de tout le monde, sans doute mal ou pas dans les détails. Sachez juste que Prendick, un beau blond, est l’unique survivant d’un naufrage. Il est recueilli par Montgomery et à cause du capitaine du navire qui le foutra à l’eau, Montgomery sera contraint de le faire venir sur l’ile de ce fameux docteur Moreau.

On ne le répètera jamais assez : science sans conscience n’est que rune de l’âme ! La créature du docteur Frankenstein en était déjà un bel exemple, mais ici, on a franchit un autre palier et voulant jouer à Dieu et les créatures hybrides du docteur pourraient se retourner contre lui.

Ce qui choque dans cet album, ce sont les expérimentations du docteur et ses créatures, dont on ne sait trop si elles sont plus bêtes que humaines ou le contraire.

L’animalité reste en elles, comme elle se trouve cachée en nous, quelque part, surgissant souvent dans les moments les plus extrêmes de nos existences (guerres, agressions ou achat de PQ avant un confinement).

Si l’histoire ne dira pas comment ces expériences ont pu avoir lieu, on a tout de même un aperçu de la salle d’opération de ce docteur fou et ça ne donne pas envie d’aller y faire un tour.

Prendick n’est pas un personnage lisse, s’il critique les autres de ne pas traiter les hommes/bêtes correctement, il n’hésitera pas, plus tard, à leur tirer dessus, la peur prenant le dessus sur son humanité.

Une belle adaptation qui me donne envie de plonger dans le roman original (que je possède, en plus) afin de voir ce qui a été passé à la trappe pour faire tenir le tout en 56 pages. En tout cas, les ambiances horribles sont bien présentes dans la bédé et elles donnent des frissons durant la lecture.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°311], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°64], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages), Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°00] et Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine.

L’épopée de Gengis Khan – 03 – La chevauchée vers l’Empire : Conn Iggulden

Titre : L’épopée de Gengis Khan – 03 – La chevauchée vers l’Empire

Auteur : Conn Iggulden
Édition : Pocket (2011) – 608 pages
Édition Originale : The epic story of the great conqueror : Bones Of The Hills (2008)
Traduction : Jacques Martinache

Résumé :
La conquête des terres chinoises à peine achevée, Gengis Khan se voit contraint d’envoyer ses guerriers dans une autre direction.

Mohammed, le shah du Khwarezm, a en effet torturé et massacré les émissaires que le chef mongol lui avait envoyés, et Gengis se doit de laver cet affront.

Pour le grand khan et ses armées menées par ses frères et ses plus fidèles généraux, c’est le début de la plus longue campagne qu’ils aient jamais entreprise, à l’assaut d’un immense territoire qui s’étend de la mer d’Aral aux rives de la mer Caspienne.

La conquête continue… Mais si Gengis sait se montrer à la hauteur lorsqu’il s’agit de conquérir, sera-t-il capable d’assurer sa succession afin de veiller à la pérennité de son empire et de son peuple ?

Critique :
Pour ma dernière chevauchée aux côtés de Gengis Khan et de ses guerriers Mongols, j’ai été servie en action, sang, violences…

Pourtant, ma soif de conquêtes littéraire n’est pas prête d’être étanchée, tout comme celle de Gengis, sauf que lui, c’était conquérir des territoires.

Lorsque l’Empire Romain s’est étendu et qu’ils ont conquis toute la Gaule (sauf un village peuplé d’irréductibles Gaulois), ils ont construit des routes, des bâtiments, des aqueducs, apporté leur savoir, leur culture (après avoir saigné à blanc les territoires et les populations, bien entendu).

Bref, ils ont joué au parfait petit colonisateur (ironique) venant apporter la lumière aux barbares, ainsi que leur savoir-faire.

Gengis Khan, lui, n’a rien apporté que la désolation, les pillages, la mort… puisqu’il n’a rien construit sur les territoires qu’il a conquis, n’ayant pas assez de guerriers que pour les occuper et n’ayant pas envie de changer de vie, passant de nomade à sédentaire.

D’ailleurs, lui et ses hommes pillaient les richesses, mais sa yourte ne portait pas de signe de richesse extérieure, ni intérieure. Aucun de ses généraux, les chefs des tumans (10.000 guerriers) n’avait de signe extérieur de richesses et n’occupait leurs postes que grâce à leur mérite.

Dans le dernier tome de cette trilogie (les suivants ne sont pas traduits, dommage), on n’aura aucun moment de répit (ou si peu), sans pour autant que la chevauchée devienne fatigante.

Que du contraire, l’auteur atteint même son apogée avec ce troisième opus de la vie de Gengis Khan. Les descriptions de combats et de violences sont parfaitement décrites (sans jamais devenir lourde).

Après avoir suivi les formations militaires des fils du khan, on assistera, impuissants, aux tensions entre les deux fils aînés de Gengis : Djötchi et Djaghataï, sans qu’aucun généraux n’osent dire au khan qu’il exagère dans son mépris pour Djötchi. Hé, c’est que le khan, il en impose et que tout le monde est à ses ordres.

Gengis est un assassin en puissance, il a peut-être uni les différentes tribus de son peuple, mais à quel prix ? Celui de la mort et du sang puisqu’il entraînera tout son peuple derrière lui pour attaquer sans cesse ou faire le siège de différentes cités.

Le khan est inflexible, têtu et ne souffre pas qu’on lui fasse l’affront de tuer ses émissaires, alors, il a envahi et razzié le Khwarezm (l’actuel Ouzbékistan et une petite partie du Turkménistan).

Pourtant, si l’on fait les comptes, vu le nombre de vies perdues (dizaines de milliers), même parmi les femmes et les enfants, cela en valait-il vraiment la peine ? Pas besoin d’y répondre, on connaît la réponse.

Aux travers des yeux de ses généraux ou de ceux de ses ennemis, on comprendra ses stratégies de batailles, mais aussi leur manière de vivre, de penser, d’être. C’est tout un pan de la culture mongole, nomade, qui nous est offert. Et ils vivaient à la dure.

Dans ce dernier tome du règne de Gengis Khan, jamais l’auteur ne fait l’apologie des méthodes du grand khan, il le met en scène, lui, ses généraux, ses guerriers, son peuple, nous parle de leur méthode de vie, de leur pensées, sans jamais prendre parti.

Sa plume virevolte sur les pages mieux qu’un petit cheval mongol et son récit se lit tout seul, les 600 pages passant même trop vite.

Une excellente biographie de Gengis Khan, romancée, tout en restant fidèle à l’Histoire. C’est très instructif à lire, sans jamais devenir redondant, sans jamais être lourd ou chiant à lire. Une fresque historique à découvrir afin de mieux connaître les invasions Mongoles et leur terrible Khan qui fut plus un razzieur, un pilleur, un démolisseur qu’un bâtisseur.

Lu dans son édition Pocket – 608 pages

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°309], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°62], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°67], Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine et Le pavé de l’été – 2021 (Saison 10) chez Sur Mes Brizées.

Agatha Christie – Tome 16 – Cartes sur table : Franck Leclercq et Agatha Christie

Titre : Agatha Christie – Tome 16 – Cartes sur table

Scénaristes : Franck Leclercq et Agatha Christie
Dessinateur : Franck Leclercq

Édition : Emmanuel Proust Éditions (2009)

Résumé :
Quatre spécialistes du crime et quatre criminels endurcis sont conviés à dîner par l’étrange Monsieur Shaitana.

Une soirée peu commune, qui se conclut par une passionnante partie de bridge…

Et l’assassinat du maître de maison !

Entre alors en scène le plus légendaire des détectives : Hercule Poirot… Cette fois-ci, « ses petites cellules grises » auront fort à faire pour résoudre cette énigme criminelle des plus complexes.

Critique :
À l’époque lointaine où j’avais lu le roman, il m’avait semblé difficile à comprendre car je ne connaissais rien (et je ne connais toujours rien) au bridge. Pour la petite précision, je devais avoir dans les 14 ans lorsque je l’avais lu.

Ayant tout oublié, la série « Les petits meurtres » avait été une bonne chose pour faire la mise à jour mémorielle et faire en sorte de ne plus oublier le nom du coupable et le moment où il avait choisi de passer à l’acte.

Les dessins ne m’ont pas enchantés mais comparés à d’autres de cette même collection (ou d’autres éditions), on pourrait presque dire qu’ils sont super, même si certains traits sont épais alors que la première planche avait des airs de ligne claire.

L’allure générale de Poirot n’est pas une de celle que j’apprécie, mais comme toujours, comparée à d’autres albums, la tête de notre détective est plus que correcte.

Je reprocherai à sa démarche ou à certaines de ses poses, un côté un peu trop statique, une raideur dans les dessins qui semble plus tenir d’un Lego© que de son allure guindée naturelle, comme le montre l’illustration ci-dessous.

Et puis, shocking, une seule allusion à ses petites cellules grises, aucune trace de ses petites manies habituelles et encore pire, il fait toute l’enquête avec le même costard brun informe, ce qui est choquant car ça ne met pas en valeur sa recherche de l’élégance.

Nous sommes face à un Poirot de pacotille, une imitation alors que l’album est une transcription fidèle du roman et non un apocryphe. On le voit même non rasé, les cheveux pas encore coiffé lorsqu’il prend son petit-déjeuner.

Heureusement qu’il lui reste son talent de détective et qu’il arrivera à résoudre cette sombre affaire de meurtriers parfaits que Shaitana avait rassemblé dans sa demeure afin de jouer avec eux comme un chat avec des souris. Sauf qu’une souris avait tué le chat.

En ce qui concerne les dessins de Ariadne Oliver (sa première enquête avec Poirot), ils sont changeants selon les case et elle avait une allure un peu trop glamour et nous sommes loin de la toison de cheveux gris qu’on lui attribue dans les romans originaux. Au moins, son caractère féministe est resté mais elle n’a pas croqué la pomme…

Par contre, les anglais sont fidèles à eux-mêmes en ayant une très haute opinion d’eux et de leur cher pays !

Si les dessins ne sont pas au point, ils sont tout de même un poil meilleurs que d’autres et les couleurs assez claires n’ont jamais assombris des visages ou des décors. Hélas, ça manquait un peu de pep’s.

Cette mise en album d’un roman fait toujours perdre des tas de détails, il faut caviarder et couper un peu partout afin de tout caser dans 48 pages. Je vais me répéter, mais avec plus de pages, le récit aurait pu être plus complet et moins tranché.

La bédé est une bonne idée pour ceux ou celles qui voudraient découvrir Poirot et qui auraient la flemme de lire les romans originaux et pourtant, rien ne vaudra jamais l’original à la copie. Par contre, pour se remettre en mémoire le roman, la bédé est intéressante. Il y a à boire et à manger dans le concept.

Une fois plus, la Reine du Crime avait trouvé un plan retors, machiavélique qui laissait son lecteur bouche bée devant la résolution. Fallait y penser !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°30], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°60], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 48 pages) et Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine.