Il y a un robot dans le jardin : Deborah Install

Titre : Il y a un robot dans le jardin

Auteur : Deborah Install
Édition : Super 8 éditions (12/01/2017)

Résumé :
Dans un monde où acquérir un androïde fonctionnel est devenu tout à fait possible, Ben est peut-être en train de laisser passer le train de sa vie. Vivant sur l’héritage de ses parents, il regarde, impuissant, sa femme avocate s’éloigner de lui. Loser ?

Mais, un matin, Ben trouve un robot dans son jardin. Un adorable petit machin de ferraille qui, assis dans l’herbe, contemplant des chevaux, éprouve toutes les peines du monde à expliquer ce qu’il fabrique ici. « Débarrasse-nous de ce truc ! » exige sa femme en substance.

Contre toute attente, Ben s’embarque alors avec Tang dans une quête à travers tout le pays afin de ramener le robot à son propriétaire. Tendre et malicieux, drôle et manipulateur, Tang apprend vite. Et si, sous le vernis écaillé de l’intelligence artificielle, se cachait un vrai cœur ? Et si, au bout du chemin, Ben trouvait bien plus que ce qu’il pensait chercher ?

Critique :
Un peu de douceur dans ce monde de brute, ça ne fait pas de mal. Que du contraire. Et cette lecture, sous ses faux airs de littérature SF Feel-Good est un concentré d’énergie positive et se révèle être un récit plus profond que ce que l’on pourrait penser de prime abord.

À une époque où tout le monde possède son androïde dernier cri, se retrouver avec un robot « vintage » dans son jardin ne ferait plaisir à personne.

À personne, vous êtes sûrs ? Parce que Ben, le loser de service, lui, est intrigué par ce petit bout de ferraille d’un mètre trente.

Le robot était assis sous le saule, les jambes étendues devant lui et le dos tourné à notre fenêtre. Des gouttelettes causées par la rosée d’automne parsemaient son corps métallique, ce qui donnait un curieux mélange, entre estampe japonaise et tas de ferraille.

Si, si, Ben est un loser de première catégorie ! Sans-emploi, vivant de l’héritage laissé par ses parents, laissant à sa femme avocate le soin de sortir les poubelles, de préparer à manger et pire, il peut passer toute sa journée en pyjama peignoir. Moi, à la place d’Amy, son épouse, je lui aurais arraché les yeux !

Une publicité chez nous disait à propos du Lotto « Six croix qui peuvent changer une vie » et bien, pour ce roman, on pourrait dire « Ce petit robot peut changer ta vie » car à la fin du roman, notre Ben pourrait, la main sur le coeur, dire « J’ai changé »…

Comment ne pas s’attacher à Tang, ce robot qui donne l’impression d’avoir été fabriqué à la va-vite, avec sa tête carrée posée sur un corps carré et ses petites réflexions, ces « pourquoi » posé sans cesse, comme un enfant, ces bouderies, ses petits mensonges…

Mais enfin, êtes-vous en train de vous dire, ce n’est qu’un tas de ferraille, ça ne pense pas, ça n’a pas de sentiments !!

Détrompez-vous, gens de peu de foi et de coeur ! Notre Tang, vu la première fois, donnerait l’impression de n’être que de la ferraille, mais moi, je l’ai trouvé plus vivant que certains humains, plus touchant, plus amusant, plus émouvant.

Le grand voyage qu’il va accomplir avec Ben, loser de son état, va être le plus grand voyage jamais réalisé par un loser anglais et leurs péripéties pourraient donner lieu à un roman… Suis-je bête, ils viennent de l’écrire puisque je viens de le lire d’une traite.

Oh, ce n’était sans doute pas le prochain Goncourt, certains pourraient dire que c’est trop too much, trop de bons sentiments, trop gentillet, et pourtant, moi je ne l’ai pas vu de la sorte, y voyant plus un récit sur la différence, sur l’acceptation de l’autre, sur des populations qui voient dans les androïdes ou les robots des simples machines et d’autres des êtres doués de raison, d’empathie, des êtres qu’il faut traiter avec respect.

J’ai vu aussi le légume Ben devenir un autre homme, changer, évoluer, apprendre à se démerder seul, commencer à apprécier Tang, à lui apprendre des choses, tandis que Tang évoluait lui aussi de son côté, même si parfois on avait l’impression d’être face à un enfant souffrant d’autisme ou face à un enfant capricieux.

Oui,  j’ai aimé leur voyage, leurs différentes rencontres, leurs relations, leur amitié.

Un roman qui fait du bien et qui se trouve être plus profond qu’on pourrait le croire. Une lecture rafraichissante et une bouffée d’oxygène bienvenue.

A ce stade, je dois avouer que je n’aurais jamais imaginer traverser les États-Unis a volant d’une Dodge Charger, en compagnie d’un robot vintage et d’un teckel radioactif. Mais la vie est pleine de surprises qu’il vaut mieux ne pas contester.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017),  « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017) et le Challenge British Mysteries chez My Lou Book.

La fille d’avant : J.P. Delaney

Titre : La fille d’avant

Auteur : J.P. Delaney
Édition : Mazarine (08/03/2017)

Résumé :
C’est sans doute la chance de sa vie : Jane va pouvoir emménager dans une maison ultra-moderne dessinée par un architecte énigmatique… avant de découvrir que la locataire précédente, Emma, a connu une fin aussi mystérieuse que prématurée.

À mesure que les retournements de situation prennent le lecteur au dépourvu, le passé d’Emma et le présent de Jane se trouvent inextricablement liés dans ce récit hitchcockien, saisissant et envoûtant, qui nous emmène dans les recoins les plus obscurs de l’obsession.

Critique :
En ouvrant ce roman, laissez vos certitudes sur le paillasson, dehors, shootez dedans, carrément, car l’auteur va jouer avec durant un certain temps…

Durant une grande partie de votre lecture, en fait. Je dois avouer qu’elle a bien joué avec…

On commence doucement, on plante le décor de cette maison à l’architecture épurée, au décor épuré et aux règles contraignantes à foison !

Une des règles précise : interdiction de laisser quoi que ce soit traîner par terre, à aucun moment.

Deux femmes, deux portraits. Emma, avant, Jane, maintenant.

Je l’avoue de suite, jamais je ne pourrais entrer dans la maison de One Folgate Street vu que je ne suis pas prête à me débarrasser de mes affaires, que j’adore empiler les livres, foutre le bordel… Et que oui, j’apprécie encore de me servir de clenche pour ouvrir mes portes et que j’adore pester sur ma douche qui n’est pas moderne au point de me reconnaître et d’adapter la chaleur que j’aime.

1. Dresser la liste de tous les objets qui vous semblent indispensables.

De plus, le questionnaire me ferait hurler et entre nous, One Folgate Street a tout d’un Big Brother puissance 10 ou, par certains de ses comportements, on pense de suite à la voiture Christine, de Stephen King.

Quant à son légitime propriétaire, Edward Monkford, il me colle des frissons dans le dos. Lui c’est ZE grand maniaque qui traîne des casseroles pire qu’un certain FF et qui, de par son comportement ambigu, a tout d’un sociopathe de haut niveau.

– Les violences ne sont pas toujours physiques, souligne Carol, sans hausser la voix. Le besoin d’exercer un contrôle absolu est également une forme de mauvais traitement.
Ces mots me font l’effet d’une gifle. Car je vois bien que, sous un certain angle, ils correspondent à la réalité.

La construction du roman alterne les chapitres avec Emma, qui était la locataire d’avant et avec Jane, qui est la locataire de maintenant, avec, de temps, des dialogues ou des situations qui se répètent, ce qui vous déstabilise et fait naître en vous des frissons de peur car vous ne savez pas encore ce qu’il s’est passé dans la maison de One Folgate Street, sauf que Emma y est morte !

Comme je vous le disais, l’auteur joue avec nos certitudes, joue avec la narration, avec nos nerfs, construisant petit à petit son intrigue et nous dévoilant ce qu’il ressort de l’enquête de Jane au sujet d’Emma.

— Et que se passe-t-il quand quelqu’un qui veut tout contrôler rencontre quelqu’un d’incontrôlable ? Le mélange peut se révéler explosif.

L’écriture est fluide, l’angoisse monte au fur et à mesure qu’on tourne les pages, j’ai eu très souvent envie de hurler à Jane « Fuis, pauvre folle » et je me suis demandée si Edward Monkford tomberait raide mort en entrant dans mon bureau où les piles sont aussi nombreuses que des mensonges chez les politiciens en campagne.

Rien à dire, niveau thriller psychologique, il tient plus que la route et ses promesses car je me suis faite balader durant les 400 pages avec un plaisir immense. Je ne voulais qu’une chose, le terminer, et vite, pour enfin savoir…  Lecture addictive qui m’a obligée à aller dormir assez tard, mais pas de regrets !

Un roman au mystère qui s’épaissit de plus en plus pour mieux jouer avec vos certitudes ou vos pensées, des personnages attachants, plaisants ou qui vous donneront des sueurs froides, comme le maniaque de chez maniaque, Edward Monkford !

Un presque huis clos haletant ! Des comme lui, j’en redemande.

Mais  jamais, au grand jamais, je ne voudrais une maison aussi connectée que celle du One Folgate Street car les règles de vie y sont bien trop contraignantes. Par contre, ça donne un super thriller psychologique…

— Ne vous excusez jamais pour une personne que vous aimez, lui dit-il sans élever la voix. Vous passez pour un connard.

PS : Un tout grand merci à Stelphique de m’avoir conseillé de lire ce livre !!!

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017),   « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017), Challenge British Mysteries chez My Lou Book.

Le Tour d’Écrou : Henry James

Titre : Le Tour d’Écrou

Auteur : Henry James
Édition : J’ai Lu (01/05/2003)

Résumé :
Existe-t-il plus grand plaisir que d’écouter des récits macabres, la veille de Noël, dans une vieille maison isolée ? Qu’il est diabolique le frisson qui glace alors les sangs…

Qu’il est divin le cri des femmes épouvantées… Ce ne sont pourtant que des histoires… Tandis que celle-ci… Elle a été vécue… Par des enfants encore, deux petits orphelins, si admirablement gracieux, si serviables et si doux…

Et leur gouvernante, une jeune fille des plus honnêtes. Ce qu’ils ont vu, ce qu’ils ont enduré et les circonstances extraordinaires des événements qui les ont… Mais non ! c’est trop horrible…

Ça dépasse tout… En pure terreur ! Car le pire, c’est de savoir que, justement, on ne saura jamais tout…

Critique (par Ida) :
Cette nouvelle, exemple emblématique de la littérature gothique de la période victorienne est l’une des œuvres de Henry James les plus connues, notamment parce qu’elle a été l’objet de plusieurs adaptations cinématographiques.

Une bande de mondains en panne de télé (on est à la fin du XIXe siècle) passe le temps devant la cheminée en se racontant des histoires, genre veillée paysanne mais chez les riches. Un certain Douglas prétend avoir une histoire terrifiante à leur raconter…

Sauf qu’il doit faire attendre son public pour se faire envoyer le texte du journal de l’ancienne institutrice de sa petite sœur à qui cette histoire est arrivée…

Histoire de faire monter le suspens on doit attendre le texte original… Pas question, qu’il se charge d’en faire lui-même un récit.

Lorsque le manuscrit arrive, nouvelle veillée au coin de la cheminée… Et Douglas lit le texte dont le nom de la rédactrice restera inconnu.

Discrétion ? Je dirais plutôt effet narratif, puisque le texte étant un récit à la première personne, le fait que la rédactrice reste anonyme facilitera l’identification du lecteur (et surtout de la lectrice) au narrateur… Un peu comme comme avec un porno POV.

Or donc la meuf elle répond à une annonce d’un super rupin qui vient d’hériter de la garde des neveux dont les parents sont morts aux colonies, et qui n’a absolument pas envie de renoncer à sa vie mondaine de londonien (on le comprend!) pour s’emmerder avec des gniards qu’il n’a même pas eu le plaisir de faire. Il les a expédiés dans une de ses propriétés du fin fond de la campagne dans un bled que Google Earth ne connaît même pas.

Le neveu de dix ans, Miles, est au pensionnat, mais sa petite sœur Flora est trop jeune et a besoin d’une gouvernante. Vu les gages proposés, notre narratrice fauchée et qui en pince pour le bellâtre fortuné dès le premier regard, accepte le deal et prend la diligence pour le fin fond de la campagne où elle est accueillie comme le messie dans une super baraque.

Le décor est planté… Et je ne peux pas m’empêcher de penser au sketch de Bigard sur les films d’horreur… Si on t’offre un pont d’or pour arriver dans un château où on te donne la plus belle chambre, et que tout les reste du personnel est trop ravi de te voir… C’est louche ! Elle aurait dû se méfier !

En plus la gamine dont elle doit s’occuper est toute mignonnette… Jolie, charmante et adorable… Intelligente et obéissante… Bref c’est too much… « Barre toi ! Ça pue ! » qu’on a envie de lui crier !

Trop tard ! Le courrier arrive… Elle aurait dû comprendre que si, ni l’oncle pété de thunes et accessoirement tuteur légal, ni l’intendante de la maison ne veulent ouvrir ou lire la lettre du pensionnat… C’est qu’il y a une couille quelque part.

Hé ben oui ! Le pensionnat ne veut plus de Miles… Il aurait fait du mal à ses camarades… ça me rappelle trop quand on voulait me payer au smic horaire par chèques emploi service pour faire baby-sitter faisant la garde partagée de deux gamins autistes et d’un hyperactif au domicile de l’une des familles à raison de 12 heures par jours, 6 jours par semaines (déclarées 5 jours de 8 heures – mais j’étais nourrie avec les enfants !)… J’ai fui en courant… Elle aurait dû faire pareille la pauvre !!!

Surtout quand elle se rend compte à plusieurs reprises qu’un type et une affreuse la matent… et que le type et la meuf en question sont un ancien valet du domaine et l’ancienne gouvernante et qu’ils sont censés être carrément morts depuis un moment, et traînent derrière eux une réputation assez glauque.

Ce qu’ils sont censés avoir fait est tellement glauque que ce n’est jamais expliqué clairement… Et allez savoir pourquoi, notre héroïne pressent d’entrée de jeu que les adooorables bambins dont elle a la charge sont menacés par les fantômes des deux affreux.

Et cela, sans que l’intendante de la maison ne se pose la question de devoir la faire interner ! Ben oui quoi… voir des morts et psychoter d’entrée de jeu sur le fait qu’ils viennent menacer les enfants… C’est normal !

C’est là toute la faiblesse ce cette longue nouvelle de 160 pages… L’auteur sait distiller le suspense avec art, mine de ne pas y toucher… Mais les atermoiements, tergiversations et cogitations de l’héroïne ainsi que les dialogues entre elle et l’intendante de la maison tournent autour du pot en permanence.

Les dialogues sont presque illisibles, tant les personnages sont censés se comprendre sans jamais finir leur phrases pleines de trous…

Bien qu’amatrice de l’écriture parfois chargée ou complexe du XIXème siècle, et que la trame de l’histoire est dans le plus pur jus du gothique victorien (Henry James n’a été naturalisé britannique que six mois avant de mourir mais a écrit une bonne part de son œuvre sous le règne de Victoria), j’ai vraiment été rebutée par la construction narrative de cette nouvelle.

Ne connaissant pas d’autres œuvres d’Henry James, je me demande s’il s’agit de son style… Où s’il n’a pas seulement dépeint avec un rare talent le point de vue subjectif de son héroïne un tantinet hystérique et torturée qui pourrait être aussi folle que les fantômes sont vrais… genre de psychologie de personnages qui m’est généralement pénible (cf mon aversion notoire pour Scarpetasse, héroïne de très bons polars… mais personnage que je trouve imbuvable !).

Pour le savoir… Et bien je vais être obligée de me taper une autre nouvelle de cet auteur ! Et de préférence une nouvelle qui ne m’empêche pas d’éteindre la lumière quand je suis toute seule la nuit… Parce que mine de rien… L’ambiance et assez oppressante, et l’intrigue plutôt costaude.

En résumé : une nouvelle emblématique du gothique victorien, à l’histoire prenante, jouant sur les ambiances, le mystère et le non dit, qui tient du roman psychologique en nous faisant peu a peu basculer de l’oppression aux limites de la folies à travers le récit d’une la narratrice confrontés à des revenants pas très sympathiques…

Reste à réussir à s’identifier à elle et à être assez à l’aise avec cette écriture chargée voire un poil alambiquée typique de la période.

Étoile 3

Watership Down : Richard Adams

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Titre : Watership Down

Auteur : Richard Adams
Édition : Monsieur Toussaint Louverture (2016)
Date de publication originale : Novembre 1972

Résumé :
C’est dans les fourrés de collines verdoyantes et idylliques que se terrent parfois les plus terrifiantes menaces. C’est là aussi que va se dérouler cette vibrante odyssée de courage, de loyauté et de survie.

Menés par le valeureux Hazel et le surprenant Fyveer, une poignée de braves choisit de fuir l’inéluctable destruction de leur foyer. Prémonitions, malices et légendes vont guider ces héros face aux mille ennemis qui les guettent, et leur permettront peut-être de franchir les épreuves qui les séparent de leur terre promise, Watership Down. Mais l’aventure s’arrêtera-t-elle vraiment là ?

waterCritique :
Mais que voilà un excellent roman d’aventure, une quête qui s’apparente à celle d’un Ulysse ou d’une Communauté de l’Anneau, sauf que dans ce cas-ci, ce sont des lapins qui en sont les héros !

Non, je vous rassure de suite, je n’ai pas fumé le kilo de basilic ou bu mon stock de bière trappiste Westvleteren !

On pourrait se demande ce qu’il y a de passionnant ou de captivant à suivre une dizaine de lapins qui ont fui leur garenne à cause de la prémonition de l’un d’eux, mais je vous jure que tous les ingrédients de la Grande Aventure sont réunis et que nos lapins sont aussi bien travaillés que si c’était des humains.

544 pages d’aventures, de péripéties, de dangers, d’amitié, et de découvertes de différentes garenne…

Et ces garennes, elles ont rudement un air de nos différentes sociétés ! Que se soit la dictature d’un tyran lapin, que se soit des lapins qui ont le ventre plein mais qui sont résignés ou des lapins de clapier, tout y est bien expliqué et différencié.

Nos héros lapins sont eux aussi bien différenciés, entre le timoré, le bagarreur, le conteur, le calme, le rigolo, le visionnaire ou celui qui devient un héros sans le vouloir, leur portrait est complet et ils sont tous attachants.

Oui, j’ai tremblé durant leur périple jusque la terre promise de Watership Down et tremblé lors de leur quête de hases pour peupler leur nouvelle garenne. Il y avait du suspense, des bagarres, des temps forts, des tensions, de la sueur au bout de mes mains.

L’auteur a aussi pris le temps aussi de développer toute une culture autour de nos lapins, leurs contes, leurs légendes, leur vision de la création du monde, leurs habitudes, leurs moeurs, leur langage particulier, dont le récit est truffé de mots inconnus dont on comprend vite le sens sans devoir aller dans le lexique…

Pour les lapins, fu inlè désigne le moment qui suit le lever de la lune.

Plusieurs d’entre eux étaient presque sfar – c’est l’état qui s’empare d’eux lorsque, paralysés par la peur ou l’épuisement, ils se figent, pétrifiés, les yeux rivés sur le vilou qui s’approche pour leur ôter la vie.

Lire les histoires de Shraavilshâ, le lapin malin de leurs légendes, fut un vrai plaisir. Assurément, le lapin Dandélion est un excellent conteur !

Shraar-Vilou-Shâ, ou Shraavilshâ – le « Prince-aux-mille-ennemis » –, est pour les lapins un héros mythique, malin, l’indécrottable défenseur des opprimés. L’ingénieux Ulysse en personne lui a peut-être même emprunté quelques-uns de ses tours, car Shraavilshâ est très vieux et jamais à court d’imagination pour tromper ses adversaires.

J’ai passé un excellent moment de lecture avec les aventures de Hazel, Fyveer, Bigwig, Dandelion, Silvère, Rubus, Pipkyn, Rahmnus, Spidwil et Akraan. Puis des autres lapins qui se joignirent à eux.

Pour les lapins, tout ce qui est inconnu est dangereux. Leur premier réflexe est de sursauter, le second, de déguerpir.

Une grande épopée où l’Homme s’en prend plein la gueule avec sa manie de tout détruire, son irrespect pour la Nature et ses animaux, une vision réaliste de la société des lapins (si vous en avez eu, vous savez que ce sont de grands couillons), des aventures lapinesques souvent violentes et cruelles, un grand voyage, une quête, de l’amitié, de la bravoure, de  l’intelligence et de la malice de lapin.

Un superbe roman ou la belette est un vilou, l’ennemi des lapins !

Étoile 4,5

« A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017) et le Challenge British Mysteries chez My Lou Book.

BILAN - Coup de coeur

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Code 1879 – Les enquêtes du généalogiste : Dan Waddel

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Titre : Code 1879 – Les enquêtes du généalogiste

Auteur : Dan Waddell
Édition : Actes Sud Babel Noir (2012) / Rouergue Noir

Résumé :
Le cadavre d’un homme poignardé et amputé des deux mains vient d’être découvert, abandonné dans un cimetière de l’ouest londonien.

Lors de l’autopsie, l’inspecteur Grant Foster remarque, gravée au couteau dans la peau de la victime, une inscription énigmatique pour l’interprétation de laquelle il fait appel à Nigel Barnes, généalogiste professionnel.

Alors qu’un deuxième corps est identifié comme étant l’œuvre du même assassin, leurs recherches vont les plonger dans les bas-fonds du Londres victorien et les conduire dans les méandres obscurs d’une affaire criminelle de la fin du XIXe siècle qui semble liée aux meurtres. Si leur intuition se confirme, d’autres victimes sont à redouter…

Atmosphère brumeuse, suspense et humour assurent la réussite de ce premier volet d’une série originale qui interroge le passé pour mieux démasquer les monstres de notre temps.

code-1879-dan-waddel-babel-noirCritique :
Qui suis-je ? Où vais-je ? D’où viens-je ?

Certes, on vient tous et toutes du ventre de notre mère, mais si nous voulons en savoir plus sur nous-même, nous devrons peut-être nous pencher sur nos ancêtres et de ce fait, s’intéresser à la généalogie.

La généalogie est un passe-temps très populaire. Le troisième sur Internet. Après le porno et les placements privés.

Mais qui aurait pu croire que pour résoudre des meurtres, il allait falloir s’y plonger de très près ?

Sûrement pas l’inspecteur Grant Foster ! Et pourtant, s’il veut résoudre ses meurtres du présent, il va devoir plonger dans le passé et remonter, sans la DeLorean, en 1879.

Si le départ est un peu lent, ensuite, on attrape sa vitesse de croisière et on alterne les chapitres avec les policiers chargés de l’enquête (Foster et sa jolie collègue Heather Jenkins) ou avec le généalogiste Nigel Barnes, chargé par Foster de trouver la signification de l’inscription gravée au couteau dans la peau des cadavres retrouvés.

Pénétrer à pas feutrés dans l’univers des généalogistes est très intéressant, même si vous ne devez pas faire de bruit dans la grande salle des recherches et manipuler certaines anciennes éditions avec prudence, sans mouiller le bout de vos doigts (manie que je ne possède pas, ouf).

Une fois dans la salle de lecture, Nigel fut assailli par l’odeur familière, riche, presque écœurante, du papier fatigué et vieillissant. S’immerger dans les recueils des journaux lui donnait l’impression d’emprunter un passage vers le passé.

L’écriture est classique, rien de neuf sous le soleil, mais l’enquête qui a un pied dans le présent et dans le passé est remplie de mystère et de suspense, sans oublier de vieilles ruelles des bas-fonds londoniens pleines de fog.

Il avait emprunté les escaliers de Baker Street, la peur au ventre. L’arrivée et le rugissement du train, le fracas de la vapeur lorsqu’il s’était arrêté, tout cela avait failli lui faire remonter les marches à toutes jambes ; mais il avait résisté.

Bien avant l’ami Jack, il y avait eu un autre qui maniait le couteau à la sortie des pubs et vous le suivrez avec prudence lors de ses maraudes sanglantes… Qui était-il et qui le copie de nos jours, ça, faudra attendre un petit peu…

En plus de passer du bon temps avec des personnages intéressants et travaillés, d’avoir une enquête qui chevauche deux époques, un scénario qui se tient, on apprend des petites choses sur la généalogie et sur l’origine de certains noms de familles.

Sans doute pas le roman de l’année, mais un bon moment de lecture, du plaisir, du fog, du sang, des cadavres et du mystère. What’else ?

Ce n’est pas le premier Dan Waddel que je lis et « La moisson des innocents », avec l’inspecteur Foster, était un roman noir profond.

Ici, nous sommes face à du roman noir aussi en raison du contexte social du Londres de 1879 dans ce qu’il avait de plus misérable comme quartiers. Mais la profondeur en moins.

Une très agréable lecture et un final qui m’a fait serrer les dents, les fesses et tout ce que je pouvais serrer !

« Quiconque essaie d’oublier le passé a un cadavre enterré à la cave ».

Étoile 3,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017) et le Challenge British Mysteries chez My Lou Book.

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Les Rats – James Herbert

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Titre : Les Rats

Auteur : James Herbert
Édition : Pocket (1999) / Fleuve Noir (2003)
Édition Originale : The Rats (1974)

Résumé :
Ils avaient appris à vivre dans l’ombre, furtivement, à sortir surtout la nuit et à craindre les hommes. Et soudain ils commencèrent à réaliser leur force et à prendre goût à la chair humaine.

À leurs dents tranchantes comme des rasoirs, à leur nombre venait s’ajouter une arme supplémentaire: l’horreur et le dégoût qu’inspirait leur multiple grouillante. Bientôt on découvrit les restes ensanglantés des premières victimes…

herbertrats1988Critique :
Voilà encore un livre qui fiche la pétoche ! Non pas parce que ce genre d’horreur pourrait nous arriver, mais parce qu’il met en scène des animaux que nous aimons peu : les rats !

Pourtant, un rat domestique, c’est charmant… Et les rats sont aussi propres qu’un chat !

De plus, les rats sont des sacrés nettoyeurs d’égouts et ils nous débarrassent d’un tas de saloperies en les bouffant avec leurs petites dents qui poussent sans arrêt.

Paraît que pour la ville de Bruxelles, c’est un rat par habitant. Pour d’autres métropoles, c’est de l’ordre de 1,5 rat par tête de pipe, mais je me demande bien si la moitié du rat correspond à l’avant ou à l’arrière de la bestiole…

Bon, fini de rire, maintenant ! Dans la ville de Londres, des gens se sont fait attaquer par des rats noirs bien plus gros que les rats gris habituels ! Ils ne craignent pas l’Homme, ces grosses bêtes, ils attaquent et semblent doués d’intelligence autre que celle de l’animal.

Après les rats musqués, voici l’ère des rats mutants…

— Avez-vous vu ce qu’il y a dans la cour de récréation ?
— Ce sont les rats géants, les tueurs.
Ils rentrèrent dans le bureau pour regarder par la fenêtre. Les rats continuaient à s’assembler. Ils pouvaient être deux cents.
—La cour en est noire, dit le jeune professeur qui n’en pouvait croire ses yeux.
—Que cherchent-ils ?
Le directeur se tournait vers Harris comme s’il faisait autorité en ce domaine.
— Les enfants, répliqua Harris.

My god, en peu de pages l’auteur est arrivé à me foutre une trouille monstre ! Je voyais ses sales bêtes dévorer l’enfant dans son berceau, je les voyais dévorer les chiens des flics, je les vu bouffer le dératiseur, attaquer les métros,…

Il suivit le rail argenté du rayon de sa torche jusqu’à quatre formes sombres. Quatre rats gigantesques. Qui les attendaient. Tapis dans l’obscurité, ils les attendaient. Pendant quelques instants, les deux groupes se figèrent dans une contemplation mutuelle et totalement immobile. Puis les humains commencèrent à reculer lentement. Les rats continuaient de les regarder fixement. Henry entendit une exclamation étouffée dans son dos et la main de Violet resserra son étreinte sur son bras.
— Derrière nous. Il y en a d’autres ! parvint-elle à articuler.

Le roman est court, à peine 190 pages, mais il est prenant, éprouvant, épouvantable et horrible ! La tension monte crescendo, les tripes se nouent doucement et quand ça vous pète à la gueule, vous avez juste une envie : hurler (mais pas lâcher le roman).

Les personnages principaux sont Harris, professeur de dessin dans l’East End et sa femme, Judy. Des gens normaux, pas des super-héros. C’est avec eux que l’on va passer du temps et tenter d’éradiquer (avec d’autres) la vermine qui attaque tout le monde et qui infecte les gens.

Comment les scientifiques vont-ils faire pour se débarrasser de ces horribles bestioles mangeuses d’Hommes ? J’avoue qu’ils avaient trouvé un super moyen, mais son application a failli me faire fermer le roman durant quelques minutes… Mon petit coeur s’est serré, comme celui de Harris.

Attention, le roman ne se contente pas d’être un roman d’épouvante et point barre, non, il dissèque aussi la ville de Londres dans ce qu’elle a de moins reluisant : les quartiers pauvres !

James Herbert nous décrit la vétusté et l’insalubrité de certains lieux, toutes les ruines d’immeubles détruits pendant la Seconde Guerre mondiale et dont on a reconstruit dessus, sans rien assainir, et il dresse aussi un constat amer sur l’apathie des hommes politiques en place qui n’ont jamais rien fait pour aider ces quartiers.

Si les rats ont proliféré dans ces endroits là et pas ailleurs, c’est parce que les lieux s’y prêtaient aussi. Bon, ce n’est pas à cause de cela qu’ils ont muté, mais après leur mutation, on ne pouvait rêver de meilleur décor que ceux des quartiers défavorisés.

Là, je dis génial dans l’utilisation de la ville de Londres ! On s’y croirait ! Attention, on ne fait pas le circuit touristique… N’oubliez pas la combinaison étanche si vous ne voulez pas finir dans les estomacs des rats.

Les rats s’étaient repus de son corps. Mais la faim les tenailla bientôt. Alors ils se mirent en quête d’un nouveau festin. Ils avaient goûté au sang de l’homme.

Bon, on savait déjà grâce à Pénélope Solette (les Nuls) que Régis était un con, mais maintenant, je peux dire aussi que Harris est un con ! Mais bordel de dieu, Harris, qu’est-ce que tu avais besoin de courir derrière le sous-secrétaire à la Santé publique, cet imbécile imbu de lui-même de Foskins ??

Enfin, cela a permis au lecteur de comprendre l’origine de l’horreur et d’avoir les yeux qui s’agrandissent d’horreur dans les dernières lignes. Jusqu’au bout j’aurai eu peur… et même encore après !

Un roman d’épouvante, un roman sans temps morts, un récit qui monte crescendo, l’horreur qui vous prend à la gorge, une écriture qui, sans être exceptionnelle, nous plonge dans l’horreur absolue et nous fait dresser les poils sur les bras, sursautant au moindre bruit dans la maison.

Suspense et angoisse garantis ! Moi, c’est décidé, je ne vais plus au cinéma et je vais éviter les stations de métro le soir…

Âmes sensibles, s’abstenir !

Une fois debout, il sentit des pattes courir sur tout son corps. Baissant la tête pour tenter d’apercevoir ce qui pouvait bien grimper aussi vite que lui, il reçut de plein fouet une haleine tiède et fétide. Destinées à sa gorge, de longues dents se plantèrent dans sa joue dont elles arrachèrent un gros morceau.
Il titubait à travers la pièce, battait l’air de ses bras, le sang giclant de son corps. Il crut avoir trouvé la porte, mais quelque chose de lourd lui sauta sur la nuque et le jeta de nouveau par terre.
DES RATS ! Ce mot hurlait dans sa tête. DES RATS ME DÉVORENT VIVANT !
Dieu, mon Dieu, au secours.
La chair de sa nuque fut arrachée par lambeaux. Il ne pouvait plus se relever à présent ; il avait trop de rats sur son dos, mangeant sa chair, buvant son sang. Des frissons parcouraient son échine jusqu’à son cerveau hébété.

Étoile 3,5

PS : la note de 3,5 Sherlock n’est pas vraiment le reflet de ce que j’ai ressenti… Mais bon, ce n’est pas de la haute littérature niveau écriture, mais du super scénario d’horreur avec une utilisation magnifique de la ville de Londres !

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « La littérature fait son cinéma – 4ème année » chez Lukea Livre, « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017) et le Challenge British Mysteries chez My Lou Book.

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Le Sang du Monstre : Ali Land

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Titre : Le Sang du Monstre

Auteur : Ali Land
Édition : Sonatine (2016)

Résumé :
Après avoir dénoncé sa mère, une tueuse en série, Annie, quinze ans, a été placée dans une famille d’accueil aisée dans un quartier huppé de Londres. Elle vit aujourd’hui sous le nom de Milly Barnes et a envie, plus que tout, de passer inaperçue.

Si elle a beaucoup de difficultés à communiquer avec ses camarades de classe, elle finit néanmoins par se prendre d’affection pour une ado influençable du voisinage. Sous son nouveau toit, elle est la proie des brimades de Phoebe, la fille de son tuteur, qui ignore tout de sa véritable identité.

À l’ouverture du procès de la mère de Milly, qui fait déjà la une de tous les médias, la tension monte d’un cran pour la jeune fille dont le comportement va bientôt se faire de plus en plus inquiétant.

big_ben_nuit_londres_fev_2006_01Critique :
Quand on est ado, la tendance est à se plaindre de sa daronne, qu’on trouve toujours pas assez cool, trop chiante, trop si, trop là, trop fais-pas-ci, fais-pas-ça…

Ne le niez pas, nous avons tous et toutes été des ados et si un gamin de 12 ans me lit, il y passera comme tout le monde !

Pourtant, lorsqu’on découvre, au fil des 288 pages, le portrait de la mère d’Annie, on se dit qu’on a été le cul dans le beurre avec notre mère lorsque nous étions ados !!

Son portrait est glaçant, révulsant, horrible, il fait froid dans le dos et partout ailleurs. De plus, découvrir que sa fille, Annie, 15 ans, lutte pour ne pas se laisser envahir par un sentiment de culpabilité, fait tout aussi monter la tension cardiaque.

Il n’y a pas plus grande trahison que lorsqu’on trahit son propre sang.

Ben oui, Annie s’en veut d’avoir dénoncé sa mère, elle s’en veut aussi de ne pas être intervenue plus tôt (le cul entre deux chaises), elle aurait aimé que sa mère la regarde avec amour, qu’elle l’aime, elle voudrait la revoir, mais depuis qu’elle est devenue Milly et qu’elle est placée dans une famille d’accueil, c’est seulement lors du procès de sa mère qu’elle aura l’occasion de la revoir. Ou pas.

Tout aficionado de thriller psychologique se devrait de lire ce roman car il culmine dans les hauteurs niveau tension !

D’ailleurs, il y a eu quelques passages où mon palpitant palpitait fort. Je suis passée par tous les états : révoltée, ulcérée, énervée, passionnée, envie de vomir,… mais jamais je n’ai lâché le roman de la journée !

L’auteur a réussi à s’infiltrer avec réalisme dans la peau des ados des années 2010, ceux qui sont nés avec un smartphone à la main, un compte Facebook et une chaine You Tube dès leur sortie du ventre de leur mère.

Il n’a jamais fait bon être la tête de turc de l’école ou de sa classe, mais depuis l’émergence du smartphone, le cauchemar est devenu enfer pour certains ! On ne se bat plus à coup d’insultes dans la cour de récré, mais à coup de vidéo ou photos volées : des photos de nus ou dans une fâcheuse posture, de préférence.

Pour Annie-Milly, j’ai ressentie une empathie profonde, je l’ai plainte, j’aurais voulu l’aider, mais elle était devenue la Tête de Cul des autres, la meneuse de la meute l’ayant pris en grippe. Comme ça arrive toujours.

J’ai apprécié de me retrouver dans l’enfer des écoles bourgeoises et dans une famille des quartiers chics de Londres, là où l’on pense que tout est parfait… Mais une fois la porte d’entrée poussée, je me suis retrouvée chez des gens à problèmes, avec une mère à l’ouest et un père qui ne voit que ce qui l’arrange.

Dans ce quartier de Londres, tout n’est qu’apparences. On s’envoie des baisers de la main, tout en se poignardant dans le dos. Et on remue le couteau pour que la plaie ne se referme pas.

Elle a l’œil vitreux, et elle n’arrête pas de se toucher le nez. Mike n’est pas aveugle. Il choisit de ne rien voir. Elle s’est réapprovisionnée. Et elle est défoncée. Baisée. Elle se fait baiser. Elle se fait défoncer. Elle se défonce.

Vous me direz qu’on a déjà eu des romans dans le même genre… Oui, mais, ici, la différence, elle se trouve dans la narration à la première personne, et c’est Milly-Annie qui nous raconte sa lutte contre le fantôme de sa mère, contre les filles de son école, son désir d’être aimée…

Cette plongée psychologique, c’est une plongée dans un abîme sans fonds, noir, sombre, où l’on pourrait se perdre. Et durant toute la lecture, on se demande quel loup Annie-Milly va nourrir : le gentil ou le méchant ?

Le cerveau des psychopathes est particulier – J’ai fais mes calculs : quatre-vingts pour cent la génétique, vingt pour cent l’environnement. Et donc moi. Cent pour cent foutue.

Un conte amérindien où le vieux Cherokee raconte à son petit-fils qu’en chacun de nous se livre une bataille entre deux loups. L’un est méchant, l’autre bon. Le garçon demande à son grand-père, quel loup gagne ? Et le vieillard de lui répondre, celui que tu nourris.

C’est une lecture avec la boule au ventre, une lecture qu’on ne lâche que difficilement, en grognant, et, tel un chien affamé, on se rue de nouveau dessus dès qu’on a 2 minutes (même moins).

Un roman fort de café noir, le petit bien serré… Un thriller psychologique d’une justesse effarante, une narration qui vous tient sous tension, sous adrénaline, le souffle court, la respiration haletante.

Il y a aussi beaucoup de réalisme dans les ados et leur manière de vouloir toujours être sous le feu de l’actualité, de faire le buzz, leur façon de trouver leur place dans la société et leurs sales coups bas.

Les écoles ultra-sélectives favorisent le développement d’une espèce d’adolescents particulièrement manipulateurs. Et ils ont plus d’un tour dans leur sac.

Et puis, nous ne sommes jamais à l’abri d’un retournement de situation dans notre règlement de compte entre ados…

Une lecture coup de cœur qui m’a fait monter le rythme cardiaque dans la zone rouge.

Étoile 4,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017) et le Challenge British Mysteries chez My Lou Book.

BILAN - Coup de coeur

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Un flair infaillible pour le crime : Ann Granger

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Titre : Un flair infaillible pour le crime

Auteur : Ann Granger
Édition : 10-18 (2015)

Résumé :
Quand Thomas Tapley, un des voisins de Benjamin Ross, est retrouvé mort dans son salon, l’inspecteur de Scotland Yard se rue sur la scène de crime. Tapley est revenu récemment de l’étranger et peu de choses sont connues à son sujet.

Quand son cousin, Jonathan Tapley, conseiller de la Reine, se présente, la vérité au sujet de son passé tragique remonte doucement à la surface. Benjamin et Lizzie découvrent que plus d’une personne pourrait tirer bénéfices de sa mort.

lizzie-martin-tome-4-un-flair-infaillible-pour-le-crime-676237-250-400Critique :
Lire les enquêtes de Lizzie Martin et de son policier de mari Ben Ross est toujours un plaisir, même si ce couple anglais a des airs de famille avec celui formé par Charlotte et Thomas Pitt !

Ici, nous sommes plus tôt dans la ligne du temps et à 20 ans des méfaits de Jack The Ripper, mais Londres est toujours Londres et elle est régulièrement sous smog, fog ou odeurs horribles flottant au-dessus de la Tamise.

Niveau ambiance, on est dans le top ! Manque plus que les odeurs, tiens, et ce serait plus que parfait. Enfin non, épargnez-nous les romans victoriens en odorama…

Thomas Tapley, voisin du couple Ross est un petit homme insignifiant qui fait sa petite ballade tous les matins. Il vit chichement, pourtant, sa quakeresse de logeuse n’a jamais eu à se plaindre d’un loyer en retard ou d’une demande de prêt d’argent.

Mais alors, pourquoi a-t-on tué cet homme insignifiant ? On ne lui a rien volé ! Il n’avait pas d’objets de valeur, en plus… Mystère et boule de gomme ! C’est à notre inspecteur Ben Ross d’enquêter, avec l’aide de sa femme, pour le plus grand énervement du Superintendant Dunn.

Ce 4ème opus est excellent ! J’ai aimé les ambiances, les dialogues, les petites choses apprises sur la ville de Londres, ses habitants, les mœurs et les places de chacun dans la société, le scandale ne devant pas éclabousser les gens importants, très chèèère.

La narration alternée entre Lizzie et son mari donne plus de peps au roman, puisque nous suivons chacun des deux personnages principaux aux travers de leurs pérégrinations, de leur enquêtes, de leur petite vie.

Bien souvent, quand on change de narrateur, l’auteur revient un court moment en arrière pour présenter ce que l’autre a fait pendant le premier vaquait à ses occupations, ce qui fait qu’on ratisse assez large et nous donne une lecture agréable, légère, une petite douceur pour l’heure du thé, dans ce monde de brute.

Si on pourrait avoir quelques soupçons sur l’identité du meurtrier, l’auteur s’amuse ensuite à brouiller les cartes et à rajouter du mystère dans le mystère, afin de nous tenir en haleine jusqu’au dernier moment.

Les personnages principaux sont travaillés, ils évoluent, les différents protagonistes concerné par l’enquête aussi, mais j’aurais aimé qu’on développe aussi un peu plus les autres policiers ou le chef de l’inspecteur Ross. Leur portrait est trop vite esquissé et j’aimerais en savoir plus sur eux.

Un roman policier historique qui se dévore en une journée, une enquête plaisante à suivre, des pistes que l’on se plait à explorer, des personnages attachants, du mystère, de la condition sociale, des secrets bien cachés que l’on se plait à déterrer…

Oui, j’ai vraiment pris mon pied avec ce 4ème opus ! Un peu de légèreté après une lecture sombre (Un cœur sombre de Ellory) et une autre qui le sera aussi.

Lire un roman de Ann Granger, c’est se plonger dans l’Angleterre victorienne. On le savoure avec a cup of tea, des scones, du cake, des muffins, des crumpets…

PS : et là se pose le problème de la cotation soulevé par Yvan : c’était super, mais bon, ce n’est pas un chef-d’œuvre littéraire non plus, donc, pas de 4 étoiles, mais un 3,5 étoiles avec un coup de cœur ! ♥♥♥♥

PS 2 : Dionysos, je vais faire gaver ce qu’on a parlé l’autre jour…

Étoile 3,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon; « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017), le Challenge British Mysteries chez My Lou Book, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, le Challenge « Victorien » chez Camille et le RAT a Week, le marathon de l’épouvante Édition 2016 chez Chroniques Littéraires.

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Un cœur sombre : R.J. Ellory

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Titre : Un cœur sombre

Auteur : R.J. Ellory
Édition : Sonatine (2016)

Résumé :
Combien de temps peut-on échapper à sa conscience ?

Sous sa façade respectable, Vincent Madigan, mauvais mari et mauvais père, est un homme que ses démons ont entraîné dans une spirale infernale.

Aujourd’hui, il a touché le fond, et la grosse somme d’argent qu’il doit à Sandià, le roi de la pègre d’East Harlem, risque de compromettre son identité officielle, voire de lui coûter la vie.

Il n’a plus le choix, il doit cette fois franchir la ligne jaune et monter un gros coup pour pouvoir prendre un nouveau départ. Il décide donc de braquer 400 000 dollars dans une des planques de Sandià.

Mais les choses tournent très mal, il doit se débarrasser de ses complices, et un enfant est blessé lors d’échanges de tirs.

Comble de malchance, le NYPD confie l’enquête à la dernière personne qu’il aurait souhaité. Rongé par l’angoisse et la culpabilité, Madigan va s’engager sur la dernière voie qu’il lui reste : celle d’une impossible rédemption.

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♫ Je ne suis pas un héros ♪ est un refrain que pourrait fredonner Vincent Madigan, ajoutant un couplet sur ♫ Je ne suis pas un type bien ♪ car Madigan est l’archétype du anti-héros dans toute sa magnificence !

Les bloggueurs qui ont conseillé de tuer ou d’étriper celui qui oserait vous dévoiler l’intrigue ont eu bien raison, car ne rien savoir est bénéfique, dans ce roman, afin de se prendre le coup de pied au cul après quelques chapitres.

— Elle est forte, celle-là ! comme le disait si bien le maréchal des logis-chef Ludovic Cruchot.

Oui, cette fois-ci, l’auteur fait fort, plus fort que le roquefort et vous colle d’emblée son pied dans le fondement, vous faisant écarquiller vos yeux comme des billes de Lotto.

Vincent Madigan donc, le personnage principal, est un anti-héros. Un salaud, un menteur, un magouilleur, un voleur, un fouteur de vie en l’air, et j’en passe et des meilleures. Vous ne voudriez ni l’avoir eu pour mari et je vous le déconseille en tant que père.

Ce n’est pas la première ni la dernière fois qu’au auteur nous sert un anti-héros comme personnage principal, mon cher Jim Thompson nous l’avait déjà fait avec le shérif de Pottsville, Nick Corey.

À la différence que Nick Corey me faisait rire avec ses magouilles, ses mensonges, ses meurtres… Vincent, lui, n’y est pas arrivé.

Aucune empathie pour lui, pourtant, j’ai dévoré les 560 pages du roman, me demandant comment ça allait finir et comment il allait se dépatouiller de ses emmerdes qu’il s’était créé lui-même.

Quand à l’enquêteur, oubliez les irréprochables Sherlock Holmes, Hercule Poirot, Columbo, ici, même chez les flics ont n’est pas tout blanc et question magouilles, ils n’ont pas à rougir devant Vince Madigan.

Vous l’aurez compris, nous sommes ici dans du sombre de chez sombre et si vous chercher des traces d’humour, vous en trouverez peu, hormis dans quelques répliques grinçantes.

Si Nick Corey, le shérif de Pottsville, avait l’air d’un crétin, Vincent Madigan lui ne l’est point, loin de là, il y a même du petit Machiavel en lui. C’est un véritable roublard doublé d’un menteur invétéré.

En plus d’être un type imbuvable, il est accro à l’alcool (le Jack’s) et aux cachetons qu’il bouffe comme si c’étaient des M&M’S (ceux à la cacahuète parce que ce sont mes préférés).

Avec un écriture qui vous plonge dans le New-York contemporain, dans le milieu des malfrats, d’un Parrain, des flics corrompus et d’une société qui ferme les yeux, l’auteur nous propose un polar qui sort des sentiers battus puisque le but n’est pas de savoir si c’est le Colonel Moutarde qui a tué le Dr Lenoir dans la bibliothèque avec le chandelier.

Non, ici, pas de coupable à trouver, juste un coupable à suivre dans sa vie de merde afin de savoir comment il va s’en sortir, un homme qui a plongé du côté Obscur de la Force en peu de temps, de se voir dresser le portrait d’un Vincent qui aurait pu rester dans les clous, mais qui un jour a perdu sa naïveté au profit du cynisme assumé.

Un roman noir sombre, sans lumière, une descente prodigieuse dans la vie d’un homme qui a basculé de l’autre côté, un portrait de la société américaine sans concession. C’est brut, c’est du lourd et ça te prends aux tripes direct, malgré les quelques longueurs.

Comme quoi, l’auteur arrive à me faire du bien à chaque roman, tout en changeant de style, d’univers, de personnage…

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule, Le Challenge Halloween (2016) chez Lou & Hilde, « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017) et le RAT a Week, le marathon de l’épouvante Édition 2016 chez Chroniques Littéraires.

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[Sherlock Holmes] Le Chien des Baskerville : Raymond Gérôme [Au théâtre ce soir – 1974]

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Le Chien des Baskerville, adaptation de Jean Marcillac, mis en scène par Raymond Gérôme pour l’émission Au théâtre ce soir en 1974.

Raymond Gérôme … Sherlock Holmes
André Haber André Haber … Watson
Christian Alers … Le docteur Mortimer
Jean-Pierre Gernez … Sir William Baskerville
Bernard Musson … Barrymore, le maître d’hôtel
Christiane Moinet … Eliza, la femme de Barrymore
Jean-Jacques Steen … Jones, le cocher de Londres
Robert Bazil … Billy, le second cocher
Pierre Hatet … Stapleton
Colette Teissèdre … Beryl
Liliane Patrick … Laura Lyons
Bernard Durand … Le valet de chambre

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Les décors sont bien entendu de Roger Harth et les costumes de Donald Cardwell.

Holmes-HoundBaskerville03-MODCe que j’en ai pensé :
Une fois les trois coups donné, les tentures s’ouvrent et on s’installe dans le salon de Baker Street.

On y retrouve un Holmes qui possède un petit bidou (ou coussin d’amour) et un Watson assez mince, ce qui est étonnant puisqu’on représente souvent (à tort) ce brave docteur ventripotent et croulant.

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Dr Watson

Passons, si vous le voulez bien, au décor du salon du 221b : un néophyte le trouvera correct, bien réalisé et reconnaîtra que c’est bien du Roger Harth (mdr) mais l’holmésien, lui, ne retrouvera pas les petits détails qui auraient fait de cet appart THE appart of Sherlock Holmes.

La preuve que le diable se cache dans les détails, Sherlock Holmes nous dit que nous sommes en 1890, hors, à cette époque, il était porté disparu (présumé mort) dans les chutes de Reichenbach…

Anybref, passons aux choses sérieuses  : la pièce de théâtre est assez semblable au roman, hormis les prénoms changés des Baskerville et quelques petits détails qui ne seront pas respectés mais c’est logique puisque nous sommes au théâtre et donc, certaines scènes extérieures devront rester à l’intérieur.

Mais j’y reviendrai.

Il y a un peu d’humour dans les répliques de Holmes envers Watson et le docteur Mortimer, de par son étourderie, nous fera sourire très souvent.

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Docteur Mortimer

Par contre, j’ai trouvé que Raymond Gérôme, l’acteur qui joue Sherlock Holmes, faisait un peu trop de mimiques qui ne vont pas au personnage.

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Déjà qu’il est ventripotent et que son pantalon a dû être coupé par un tailleur qui avait une aiguille dans l’œil, car il était fort ajusté au niveau des bijoux de famille que l’on a vu se dessiner de temps en temps.

Et puis, my god, les poses qu’il a prises parfois, dans le salon des Baskerville ! Encore un peu, il aurait pu dire d’une voix graveleuse « Alors cocotte, on a envie de me chevaucher » tant il était affalé sur une chaise avec l’allure d’un macho dans un harem de femmes en rut.

Si cette assise n’est pas digne d’un gentleman, il y a aussi, bien entendu, l’usage de la macfarlane et du deerstalker en plein Londres et de la pipe calebasse qui est anachronique à cette époque.

Mais bon, à l’intérieur, il porte un costume, donc, ça peut aller, je ne ferai pas de gros yeux sur cette cape et cette casquette de chasseur qui ne doivent être portées qu’à la campagne. Une fois dans la lande déserte et ténébreuse, il peut porter ses oripeaux !

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Si j’ai bien aimé le côté potache lors des répliques de Holmes envers Watson, si j’ai aimé le Watson proposé car ce n’est pas une débile profond, j’ai détesté les mimiques que nous sert à tout bout de champ l’acteur jouant Holmes. Elles sont de trop. Et trop is te veel.

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Quant à Barrymore, le majordome, il serait parfait pour jouer le rôle de Dracula en lieu et place de Béla Lugosi tant il a le physique pour ça.

La musique jouée lors de son entrée en scène avait tout pour aller avec les contes de la crypte. Brrrrr.

Niveau détails qui changent par rapport au roman canonique, on a un Sir David Baskerville qui est décédé (au lieu de Sir Charles) et un Sir William comme neveu (au lieu de Sir Henry) et bien entendu, on zappe tout l’aspect du détective qui fait semblant de rester à Londres pour affaire alors qu’il est sur la lande et observe tout.

Ici, nous avons deux décors distincts, le 221b et le salon de Baskerville, donc, pas moyen de faire autrement et je dois dire que ce n’est pas dérangeant puisque pas le moyen de faire autrement. Qui a dit que je me répétais ??

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Sir William Baskerville et Sherlock Holmes au 221b

Certes, les hurlement du chien ne font pas très réalistes, on dirait un technicien hurlant après s’être coincé le doigt dans une porte, certes le fait de nous commenter au travers d’une longue vue ce qu’il se passe sur la lande fait perdre de l’intensité dramatique à la chose, mais dans une pièce de théâtre, cela passe facilement et cela évite aussi de nous proposer un chien mal fichu comme dans les téléfilms avec Matt Frewer (les critiques qui cassent sont à venir).

La pièce dure 2h12, mais malgré quelques passages plus lents, je n’ai pas trouvé le temps long.

Si l’acteur principal avait perdu un peu de bide et fait moins de grimaces, c’eut été parfait, un peu comme la nouvelle version que j’avais vue à Bruxelles avec Olivier Minne jouant un Holmes sexy en diable mais dans des décors plus épurés.

Étoile 3

Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017), le Challenge British Mysteries chez My Lou Book et Le Challenge Halloween (2016) chez Lou & Hilde.

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British Mysteries 2016-2017

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