La Traversée des Temps – 03 – Soleil Sombre : Eric-Emmanuel Schmitt

Titre : La Traversée des Temps – 03 – Soleil Sombre

Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Édition : Albin Michel (02/11/2022)

Résumé :
Poursuivant sa traversée de l’histoire humaine, Noam s’éveille d’un long sommeil sur les rives du Nil, en 1650 av. J.-C. et se lance à la découverte de Memphis, capitale des deux royaumes d’Égypte. Les temps ont bien changé.

Des maisons de plaisir à la Maison des morts, des quartiers hébreux au palais de Pharaon se dévoile à lui une civilisation inouïe qui se transmet sur des rouleaux de papyrus, qui vénère le Nil, fleuve nourricier, momifie les morts, invente l’au-delà, érige des temples et des pyramides pour accéder à l’éternité.

Mais Noam, le coeur plein de rage, a une unique idée en tête : en découdre avec son ennemi pour connaître enfin l’immortalité heureuse auprès de Noura, son aimée.

Avec le troisième tome du cycle de La Traversée des Temps, Éric-Emmanuel Schmitt nous embarque en Égypte ancienne, une civilisation qui prospéra pendant plus de trois mille ans.

Fertile en surprises, Soleil sombre restitue ce monde en pleine effervescence dont notre modernité a conservé des traces, mais qui reste dans l’Histoire des hommes une parenthèse aussi sublime qu’énigmatique.

Critique :
Bienvenue à Memphis ! Non, pas dans le Tennessee, mais en Égypte !

Si on a tous en nous quelque chose de Tennessee, il est plus difficile d’avoir en nous une vie dans l’Égypte ancienne.

Puisque la littérature peut nous faire voyager dans l’espace, elle sait aussi nous faire voyager dans le temps. Après avoir arpenté le Néolithique et m’être pris un déluge sur la tronche (Paradis Perdus), après avoir assisté à la construction et la chute de la tour de Babel dans la Mésopotamie (La porte du ciel), place maintenant à l’Égypte des pharaons, celle qui vit l’exode des Hébreux sous l’égide d’un certain Moïse.

Avec brio, Eric-Emmanuel Schmitt continue de mettre en scène des petites histoires pour nous raconter l’Histoire (la grande), revisitant par la même occasion, les grands faits bibliques, les mettant à hauteur d’Homme, les expurgeant de leur côté fantastique.

Noam est un personnage attachant, même s’il peut aussi être exaspérant, par moment, mais dans le fond, je l’aime bien, il est réaliste, on prend plaisir à le retrouver. Noura, la femme qu’il aime et qui, comme lui, est atteinte d’immortalité, est plus calculatrice, plus manipulatrice et elle m’a exaspéré avec sa jalousie, alors qu’elle ne s’était pas privée pour aller avec d’autres hommes.

Dans ce troisième tome, c’est la société égyptienne qui est mise à l’honneur et elle est moins glamour que dans les reportages télés qui parlent de découvertes de tombeaux de pharaon ou de vestiges historiques.

Sans pour autant utiliser des esclaves, les pharaons avaient tout de même mis leurs sujets sous servitude. Il faudra toujours des petites mains pour construire des grands stades… heu, pyramides ! Rien n’a changé, tout, tout à continué ! Ah, non, on a inventé les casques de chantiers, au moins !

Dans ce roman, il n’y a pas que des aventures, de l’amour, de l’amitié, il y a aussi des réflexions sur le vieillissement, sur la médecin, le pouvoir, son hérédité, sur le fait que ceux en bas de la pyramide sont toujours les plus mal lotis, comparés à ceux qui se pavanent dans les hauteurs, les premiers de cordée qui, sans les petits du bas, ne seraient rien. Les seules choses qui ruissellent, ce sont les misères et les malheurs, pas les richesses (ou alors, entre riches).

Il me faudrait trop de place pour parler de tout ce qui m’a plu, dans les réflexions de l’auteur (au travers celles de Noam), mais sachez que je les ai trouvées intéressantes, intelligentes et non dénuées de fondement.

Mon premier bémol sera pour le fait que le Méchant soit le même à travers les âge : Derek. Un peu réducteur, je trouve, j’aurais aimé que nos personnages affrontent d’autres salopards, d’autres égoïstes, d’autres enfoirés. Le second pour les quelques longueurs de texte, à certains moments.

Oui, je cherche la petite bête, parce que dans le fond, le vrai fond, j’ai passé un bon moment de lecture, hors du temps, dans cette Égypte ancienne que j’aurais aimée arpenter. Les quelques longueurs n’ont pas réussi à entraver mon plaisir de lecture et mes retrouvailles avec cette grande fresque Historique.

Les intermezzo, entre deux parties, sont toujours le bienvenu, puisqu’ils nous montrent nos héros, à notre époque. Le suspense est bien mené, dans ces petits morceaux et on a toujours hâte d’en savoir plus.

Pour le prochain tome, on quitte l’Égypte (dommage !) pour se diriger vers la Grèce au IVe siècle avant J.C.

Une fois encore, l’auteur réussi à prouver qu’il est un grand conteur et qu’il y a moyen de mélanger des petits histoires dans la grande, sans pour autant lui porter préjudice. Le tout sans jamais être rébarbatif ou que l’Histoire devienne un cours magistral d’université.

Vivement la suite !

 

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Airborne 44 – Tomes 4 – Destins croisés : Philippe Jarbinet

Titre : Airborne 44 – Tomes 4 – Destins croisés

Scénariste : Philippe Jarbinet
Dessinateur : Philippe Jarbinet

Édition : Casterman (2012)

Résumé :
Je marche dans une guerre qui broie tout : les hommes, les femmes, les enfants, les paysages… Rien, ni personne, ne lui échappe… Même mes souvenirs semblent vouloir mourir… Je marche dans une guerre noire, mais je garde l’espoir qu’il y ait au bout… …une lumière.

Critique :
Nous retrouvons Gavin, le soldat américain, là où nous l’avions laissé, sur la plage de Omaha Beach, bien que depuis le précédent album, il ait avancé avec son unité.

Unité décimée, bien entendu. Malgré tout, pas le choix, faut avancer, faut aller se mesurer, une fois encore, avec les soldats allemands, qui n’ont plus rien à perdre, qui savent très bien qu’après, ce sera l’Allemagne qui sera envahie par les autres, alors, ils se battent avec l’acharnement de ceux qui sont désespérés.

Peu de dialogues, au début de cet album, mais le scénariste nous fait partager les pensées de Gavin, qui, bien qu’enfonçant des portes ouvertes, n’en restent pas moins pétries de vérités.

Les dessins sont toujours magnifiquement bien réalisés et toute la violence des combats est bien rendue. Pas de manichéisme, heureusement, entre les soldats américains et allemands, les salauds comme ceux qui n’ont rien demandé se trouvant des deux côtés de la barrière.

Une fois de plus, beaucoup d’émotions dans ce quatrième tome, qui termine d’une belle manière, le récit commencé dans le précédent et s’attache à nous montrer des petites histoires dans la grande, notamment une malencontreuse erreur d’un soldat qui lui pèsera sur le cœur et un beau geste de pardon d’un autre côté.

L’album ne tournera pas que autour de Gavin, nous suivrons aussi une jeune fille dans la résistance, dans les hôpitaux de fortune sur le front où les hommes estimaient que les femmes n’étaient pas capables d’être autre chose qu’infirmière et dans la ville de Paris où les résistants de la 13ème heure se vengeront en tondant des pauvres femmes…

Ce second tome clôt correctement le diptyque consacré à Gavin et au débarquement de Normandie.

Un bel album, aussi bon que le premier, même si différent.

Airborne 44 – Tome 3 – Omaha Beach : Philippe Jarbinet

Titre : Airborne 44 – Tomes 3 – Omaha Beach

Scénariste : Philippe Jarbinet
Dessinateur : Philippe Jarbinet

Édition : Casterman (2011)

Résumé :
En 1938, un jeune franco-américain de 17 ans, Gavin, est en vacances avec ses parents sur la côte normande. Il y tombe amoureux d’une séduisante jeune française, Joanne, et va vivre sur place, l’espace de quelques semaines, le plus bel été de son existence.

Six ans plus tard, le 6 juin 1944, dans la ligne de mire des batteries allemandes, Gavin s’apprête à remettre les pieds sur le sol normand, au sein de la première vague d’assaut en passe de débarquer à Omaha Beach. Son esprit est plein du souvenir de Joanne, avec qui il a correspondu des années durant.

Mais depuis avril 1944, Joanne n’a plu écrit. Pour elle, Gavin va s’efforcer de survivre…

Critique :
Gavin Jentro va débarquer sur une plage de Normandie, mais pas pour des vacances, cette fois-ci.

Si je vous dis que nous sommes le 6 juin 1944, je pense que vous comprendrez tout de suite dans quelle horreur Gavin et bien d’autres, vont mettre les pieds.

Quelques années plus tôt, en 1938, notre Gavin, dont la mère est Normande, était venu passer des vacances dans le coin, sans penser une seule seconde qu’un jour, il y reviendrait en tant que soldat et que la belle plage serait souillée par le sang et les corps de milliers de soldats morts.

Des corps morts pour les cormorans, comme le chantait quelqu’un (même s’il ne parlait pas des soldats, mais d’un navire).

Il avait connu l’amour avec Joanne, les étreintes, les promenades à vélo, le sexe et l’amour, celui avec un grand A.

Cette bédé, qui ne met pas en scène des soldats de la 101e aéroportée (US Airborne), n’en reste pas moins criant de vérité, tant les événements mis en scène sont réalistes, bien que romancé, puisque Gavin et les autres personnages, américains ou allemands, sont issus du scénariste.

On a beau détester les guerres, les trouver inutiles, sanguinaires, horribles, cela ne m’a jamais empêché de vouloir en savoir plus et donc, de lire des récits de la Seconde Guerre Mondiale, surtout.

Comme les deux premiers tomes m’avait enchanté, j’ai décidé de poursuivre ma lecture de cette série et bien m’en a pris.

Heu, sauf que j’aurais dû prendre aussi le tome 4, puisque cette histoire est un diptyque et que là, je crève de ne pas connaître la suite… Bien que je m’en doute, car j’ai remarqué un détail important et que j’ai compris ce qui était vraiment arrivé à un personnage.

Dans cette série, les personnages ne sont pas manichéens, tout le monde aura son mot à dire : résistants et collabos, soldats allemands et soldats libérateurs. On a la trouille dans les barques, mais aussi dans les bunkers, et tout le monde joue sa vie, dans cette affaire (sauf les plus hauts gradés, planqués).

Même si le jeune soldat allemand n’a pas envie de tuer les soldats qui débarquent, c’est ça ou mourir, sous les balles de son officier en premier, puis sous celle de l’ennemi ensuite (oui, pour les soldats allemands, les Anglais, Américains, Canadiens, étaient l’ennemi).

Les dessins sont très réalistes, eux aussi, et les tons pastel leur allaient à ravir, même durant le débarquement et sa grande boucherie sanglante.

Un grand album et une série qui est réussie, jusqu’à présent !

Un bon anniversaire à Sherlock Holmes !! 

 

Ringo – Intégrale : William Vance, Jacques Acar et André-Paul Duchâteau

Titre : Ringo – Intégrale

Scénariste :
Dessinateur :

Édition : Le Lombard (18/11/2022)

Résumé :
Convoyeur de fonds pour la Wells Fargo au beau milieu d’un territoire sans foi et à la loi balbutiante, Ray Ringo ne peut compter que sur sa fine gâchette.

Pourtant entre les flèches des Apaches, les crocs des coyotes, les balles des malandrins ou les feux croisés du Nord et du Sud, ce ne sont pas les façons de mourir qui manquent, dans le Far-West…

Et entreprendre cette chevauchée en compagnie de Ringo, c’est remonter une seconde piste tout aussi palpitante : l’évolution graphique de William Vance à travers une décennie !

Albums : Piste pour Santa Fe Scénario / La ville de la peur Scénario / Le serment de Gettysburg / L’or des déserteurs / El Diablo s’en mêle / Trois salopards dans la neige

Cette intégrale rassemble les albums « Tout Vance, tome 08 : L’intégrale Ringo, 1ère partie » et « Tout Vance, tome 09 : L’intégrale Ringo, 2ème partie ».

Critique :
Le Ringo de cet album n’est pas parent avec celui qui chantait ♫ Laisse les gondoles à Venise ♪.

Non, lui, il aurait plutôt chanté : ♫ Laisse l’or de la Wells Fargo tranquille ♪ Ou t’y laissera ta chemise ♪

Notre Ringo évolue dans le far-west violent, où les bandits attaquent les fourgons transportant des coffres remplis d’or, magouillant pour faire tomber dans une embuscade le convoi d’or et Ringo, agent de la Wells Fargo est là pour les en empêcher.

Nous sommes dans un western datant des années de publication de l’hebdo Tintin (1965) et je ne le connaissais pas du tout (premièrement, pas mon époque et deuxièmement, je lisais des vieux hebdos Spirou, pas des Tintin).

Le western étant mon dada, je me suis laissée tenter par cette intégrale qui réunit les deux précédentes intégrales de Ringo (Tout Vance, tome 08 : L’intégrale Ringo, 1ère partie » et « Tout Vance, tome 09 : L’intégrale Ringo, 2ème partie »).

William Vance, je le connais de Ramiro et surtout de mon chouchou XIII (qui à un moment donné s’est perdu, je sais). Les dessins sont donc comme je les aime, j’étais en terrain plus que connu. Ce sont des dessins réalistes, les chevaux sont bien faits, les visages aussi et on retrouve les mêmes traits que dans XIII.

Les scénarios sont assez conventionnels, dans le plus pur esprit des bédés western des années 60/70 : le gentil est gentil et les méchants sont méchants.

De plus, Ringo, gentil comme il est, n’assassine pas les voleurs, les bandits, mais leur laisse une chance. Bref, un boy-scout bien aimable, mais qui tire bien et vise juste. Un Lucky Luke en plus réaliste, mais pas au point d’un Blueberry ou d’un Durango.

Hormis la dernières aventure qui se déroule dans la neige et le blizzard (où personne ne tousse, n’est trempé, ne se perd) qui m’a moins emballée, je ne peux pas me plaindre de la qualité des autres : elles sont correctes, pour l’époque (il faut se replacer dans le contexte de l’époque).

Rien de transcendantal, bien entendu, rien d’exceptionnel, mais des aventures western agréables à lire, plaisantes, sans fioritures, dans l’air du temps, à la Jerry Spring, un peu.

Maintenant, si vous n’êtes pas fan de western, passez votre chemin, vous ne trouverez pas votre compte, sauf si vous aimez les preux chevaliers poursuivant les vilains pas beaux qui volent l’argent des banques ou des mines.

Les amateurs de bédés western y trouveront leur compte, sauf s’ils cherchent du réalisme… Non pas que ces histoires ne soient pas réalistes, loin de là, mais quand les bons gagnent toujours, on quitte le réalisme.

Malgré tout, je suis contente d’avoir découvert ce héros western dans cette intégrale.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°103] et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

La véritable Histoire vraie / Les méchants de l’Histoire – Tome 1 – Dracula : Bernard Swysen et Julien Solé

Titre : La véritable Histoire vraie / Les méchants de l’Histoire – Tome 1 – Dracula

Scénariste : Bernard Swysen
Dessinateur : Julien Solé

Édition : Dupuis (29/06/2018)

Résumé :
Si le personnage du comte Dracula parle à tout le monde, peut-être est-ce moins le cas de Vlad III Basarab, dit « l’Empaleur ».

Pourtant, le vampire de Bram Stoker s’inspire directement de ce prince de Valachie aux méthodes sanguinaires, qui régna durant le XVe siècle.

Bien qu’il soit resté célèbre pour avoir souvent eu recours à la torture dite du « pal », on méconnaît cependant sa véritable personnalité.

Critique :
Dracula… Pour certains, ce n’est qu’un personnage de romans, un vampire sorti de l’imagination de Bram Stoker.

Ce serait réducteur d’affirmer cela, puisque Stoker, pour son récit, s’est inspiré librement d’un personnage ayant réellement existé : Vlad III, dit aussi Vlad Drăculea (fils du dragon), Vlad Tepes, ou Vlad l’Empaleur (là, on comprend de suite son hobby), qui vécut en Roumanie au XVe siècle et était prince de Valachie.

La Valachie, pour ceux qui n’ont pas étudié leurs vieilles cartes de géographie, ça correspond aujourd’hui au sud de la Roumanie. C’était un des dernier rempart des chrétiens contre l’invasion ottomane.

Comme pour les autres tomes de cette série, les auteurs se sont attachés à nous faire découvrir le personnage, tout en y ajoutant des touches d’humour, des jeux de mots et des petites réflexions des personnes empalées. Il a empalé tellement de gens qu’on ne les compte plus… Des forêts de pal, qu’il a planté.

Bilan carbone de Vlad : ou il a fait une grosse déforestation, ou il a recyclé des bois qu’il possédait avant… L’Histoire n’est pas précise sur ce fait.

Je connaissais une partie de l’histoire de Vlad Tepes, ayant lu Histoire vraie du vampirisme (Johannes Van Aken), hélas, j’avais oublié les détails. Cette bédé lui étant exclusivement consacrée, les faits historiques sont plus nombreux et c’est moins rébarbatif à lire.

Dommage que ma mémoire ne soit pas bonne, au sinon, j’aurais eu de quoi alimenter les futurs repas de famille, avec quelques recettes de Vlad Tepes pour avoir de beaux écrevisses ou pour un ragoût peu ragoutant…

Une fois de plus, j’ai adoré l’album de cette série qui manie avec habilité les faits historiques, les horreurs commises par le personnage historique, le tout enrobé d’humour, sans pour autant que cela desserve l’histoire, avec un h minuscule ou majuscule.

Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 64 pages).

 

Durango : La jeunesse – Tome 1 – Le premier homme que tu tueras : Yves Swolfs et Roman Surzhenko

Titre : Durango : La jeunesse – Tome 1 – Le premier homme que tu tueras

Scénariste : Yves Swolfs
Dessinateur : Roman Surzhenko

Édition : Soleil (10/11/2022)

Résumé :
Texas 1882. Témoin de l’assassinat de trois cowboys , un jeune vagabond échappe lui-même de justesse au tueur, un professionnel armé d’une carabine équipée d’une lunette.

Le jeune homme est bientôt engagé comme apprenti par le propriétaire du plus grand ranch de la région et pour qui travaillaient les trois victime mais ignore qu’en acceptant cet emploi, il deviendra témoin actif d’une sanglante guerre entre éleveurs.

Critique :
Ah, la jeunesse des héros de bandes dessinées… Du pain béni, une manière de continuer les aventures des héros, d’une autre manière, avec des autres scénaristes aux manettes, de donner un nouveau souffle à une série qui tourne en rond, ou de se faire plus d’argent… Biffez les mentions inutiles.

Blueberry est passé à la casserole (avant que ça ne devienne nullissime, ses aventures de jeunesse), Spirou aussi, Lucky Luke et même à une époque, je me souviens que les Donald, Mickey et consorts y étaient passés aussi.

Alors, le verdict de cette série dérivée consacrée à la jeunesse de celui qui ne se nomme pas en Durango, gadget ou vraie bonne idée ?

Le dessinateur a mieux repris l’univers de Swolfs que Giuseppe Ricciardi (Iko) sur la série mère. Un bon point déjà pour cette nouvelle bédé. Durango est jeune, encore frêle et n’a jamais tiré sur un homme. On apprendra qu’il s’est enfui de chez lui, mais nous n’en saurons pas encore la raison.

Cette jeunesse sera composée de trois albums, autre bon point : elle ne risque pas d’aller se perdre comme la jeunesse de Blueberry.

Et le scénario dans tout cela ? Il prend le temps de se mettre en place, le jeune Durango est un peu effacé dans ce premier album, il vient d’arriver dans un ranch et reste à sa place. Ce qui ne l’empêche pas de voir et de comprendre certaines choses.

Si le récit prend du temps à se mettre en place, c’est qu’il faut construire le triangle (qui ne sera pas amoureux) entre les trois éleveurs, faire monter la pression et les emmener vers le point de rupture. Il faut magouiller, mentir, manipuler les différents clans d’éleveurs et le faire plus rapidement n’aurait pas été réaliste, bien que le feu couve depuis longtemps.

Oui, le scénario est intéressant, il est riche, même si vieux comme le monde. Pourtant, toujours d’actualité : je commets une exaction et je fais accuser un autre à ma place, afin de mettre le feux aux poudres… Vieux truc qui marche toujours !

Les dernières cases de cet album préparent déjà le Durango du futur, avec ces réflexions qu’il se fait en lui-même et qui seront la base de ce qu’il sera plus tard.

Bref, un très bon album, pas un gadget. En espérant qu’il ne faille pas attendre autant entre deux albums que pour la série mère et que la suite soit du même tonneau (c’est-à-dire de bonne facture et pas partir en eau de boudin).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°91], Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 48 pages).

La véritable Histoire vraie – Tome 03 – Hitler : Bernard Swysen et Ptiluc

Titre : La véritable Histoire vraie – Tome 03 – Hitler

Scénariste : Bernard Swysen
Dessinateur : Ptiluc

Édition : Dupuis (01/03/2019)

Résumé :
Si la Seconde Guerre mondiale et la Shoah sont bien le point d’orgue du règne d’horreur d’Hitler, l’histoire a commencé bien avant cela.

Pour comprendre comment et pourquoi l’indicible a pu se produire, il faut remonter un peu avant la naissance d’Hitler lui-même, au moment où son père adopte ce patronyme. Toute l’enfance d’Adolf Hitler, ses choix, ses échecs vont former un homme complexe et vont le mener à son « combat », comme il le raconte lui-même.

Convaincu comme beaucoup d’hommes de son temps de la culpabilité des Juifs après la Première Guerre mondiale, il va développer un antisémitisme violent. Recruté par un parti politique en 1919, celui-ci va servir de terreau pour ses aspirations. Il se découvre alors un talent d’orateur qui va lui permettre d’électriser les foules et, malgré les approximations qu’il raconte, de les rallier à son parti. Il en prendra le contrôle quelques mois après… la machine est alors lancée.

Les deux auteurs reviennent sur ce parcours surréaliste et sur cet enchaînement de circonstances atroces qui ont permis à Hitler d’accéder au pouvoir. Au fil des pages, des histoires plus petites se dessinent en creux, comme celle de Kurt Gerstein, officier nazi qui aura tout fait pour prévenir les forces libres des camps d’extermination, ou celle de von Gersdorff, qui a fait partie de la résistance au sein même du parti nazi.

Critique :
Peut-on rire de tout ? Il paraît que oui, mais pas avec tout le monde…

J’ajouterai qu’on peut rire de tout, à conditions de le faire intelligemment et que, sous couvert de l’humour, on parle de choses vraies, de faits avérés et qu’on n’aie pas peur d’utiliser à bon escient l’humour noir, sarcastique, ironique.

Après Staline, je me devais de lire l’autre salopard, Hitler (et je suis loin d’en d’avoir pas terminé avec tous les salopards d’assassins de masse du 20ème siècle).

Même scénariste, même dessinateur, ce qui veut dire que l’on continue dans l’univers animalier, dans l’anthropomorphisme et je dois dire que la tête de rat va comme un gant à Hitler, sans vouloir offenser les rats, bien entendu.

Comme pour les autres bédés, on commence avec l’enfance et la jeunesse du sujet, on nous présente ses parents (ce ne sont pas des gens qu’on a envie d’apprécier), les études du vrai méchant, ses folies, ses lubies, ses pensées, ses illogismes, sa haine, ses raccourcis faciles, le fait qu’il ne supporte pas les contradictions, le tout baignant dans sa méchanceté crasse, dans ses délires de dictateurs pas encore formé tout à fait.

Lors des pages consacrées à la Première Guerre Mondiale, j’ai croisé Milou, avant de tomber sur les Dalton, puis sur Tintin. Le tout étant parfaitement intégré dans le récit et servant juste de clin d’oeil, comme pour une phrase tirée de rabbi Jacob.

L’humour noir est présent, les auteurs sont sarcastiques, mais jamais insultant pour les gens qui ont souffert de ces horreurs. Afin d’illustrer la montée du racisme et de l’antisémitisme, ils utiliseront deux personnages, un professeur et son aide, Juifs, qui, après avoir voulu aller en Amérique (No), en Pologne, en Belgique, se retrouveront finalement en France, à trembler devant les soldats allemands qui défilent sur les Champs Élysées.

Les pages consacrées aux camps de la mort seront en noir et blanc, les prisonniers auront tous des visages de souris, comme dans l’excellente bédé Maus de Art Spiegelman. Sans entrer dans les détails, les deux auteurs arrivent très bien à faire passer les émotions dans ces quelques pages. Les soldats américains, eux, auront des têtes de Mickey.

Cette bédé à beau faire de l’humour, elle n’en reste pas moins une bédé historique, qui parle de faits historique et met en scène le moustachu végétarien qui aimait les animaux (comme quoi, on peut aimer les animaux et faire subir aux Hommes des atrocités avant de les exterminer).

Les auteurs nous montrent aussi comment l’homme moustachu n’aimait pas être contredit, s’adressait toujours à des foules acquises à ses idées, utilisant des phrases simples, du populisme, des raccourcis faciles… Et comment il se débarrassa de ses SA et de tous ceux qui auraient pu lui faire de l’ombre ou le contester.

Le récit n’est pas exhaustif, mais donne assez bien des petits détails, comme Hugo Boss, le tailleur des costumes pour Nazis et du personnage de Kurt Gerstein, de l’institut d’hygiène, qui découvrira la terrible réalité des camps de concentration… Cet homme tenta d’alerter le monde, mais il ne fut pas écouté.

J’ai souvent entendu dire que l’Adolf était arrivé au pouvoir légalement, par les urnes, mais cette bédé nous explique que ce n’est pas tout à fait ainsi que cela s’est passé : le rat s’est fait nommer chancelier de la république de Weimar, alors que le président Hindenburg avait toujours refusé de le nommer. Non, non, il n’a pas été élu chancelier par les Allemands.

Cette bédé est remplie de petites choses intéressantes, impossibles à résumer dans ma pauvre chronique. La bédé est copieuse, bien faite, intelligente et raconte les choses dans toute leur simplicité, mais aussi dans toute leur atrocités.

Et pendant que le rat montait, pendant que le rat prenait le pouvoir, prenait les pays limitrophes, les gouvernements européens fronçaient les sourcils, levaient un doigt menaçant, mais se laissaient berner, endormir, par les belles promesses du petit caporal… Et de nos jours, personne ne voit venir non plus. ♪ Anne, ma soeur Anne, si je te disais ce que je vois v’nir ♫

Bon, si vous n’avez pas encore compris, cette bédé est excellente (mais ceci n’est que mon avis, bien entendu) et mériterait d’être lue par plus, peut-être que certains comprendraient qu’avec ce genre d’idéologie, on va droit dans le mur, droit dans des guerres, dans les violences, dans le sang…

Que c’est le sang des civils qui coule le premier, puis celui des proches du dictateur, quand il en a marre de voir votre gueule, quand il pense que vous allez lui faire de l’ombre, le contester, remettre en question ses ordres, que vous les avez mal exécutés… C’est parano à l’extrême, un dictateur et bien seul… Il ne peut faire confiance qu’à son chien.

Une bédé qui parle de l’Histoire avec humour, mais sans jamais que ce dernier ne dénature les propos, les faits, les horreurs. On sourit, mais le récit nous fait souvent ravaler notre sourire.

Vous aviez à choisir entre la guerre et le déshonneur : vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre.

La véritable Histoire vraie / Les méchants de l’Histoire – Tome 07 – Joseph Staline : Bernard Swysen et Ptiluc

Titre : La véritable Histoire vraie / Les méchants de l’Histoire – Tome 07 – Joseph Staline

Scénariste : Bernard Swysen
Dessinateur : Ptiluc

Édition : Dupuis (2020)

Résumé :
Impossible de considérer une collection « Les méchants de l’Histoire », sans Staline, « le petit père des peuples », l’homme d’acier de l’URSS, connu pour les purges et la déportation de ses opposants politiques, les déplacements forcés de populations entières et les famines qu’il provoqua. Bilan : plusieurs millions de morts.

Avec cette collection, Bernard Swysen n’hésite pas à sauter à pieds joints dans les nids de guêpes de l’histoire en brossant le portrait des vilains et en assaisonnant la réalité historique de son humour pimenté pour s’attaquer à ces grandes figures historiques et tragiques.

Joseph Staline est né Iossif Vissarionovitch Djougachvili en 1878 à Gori, en Géorgie. Son père était cordonnier. Il est surtout décrit comme un ivrogne qui battait sa femme et voulait empêcher son fils de suivre des études pour devenir prêtre. À l’école, Staline se détourne de la foi religieuse puis adhère au Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR) en 1898.

Ptiluc, un des plus grands fabulistes animaliers contemporains, s’empare de cette trajectoire dans son trait burlesque en mettant en perspective la manière dont Staline se racontait lui-même.

Du décalage naît le rire grinçant de la caricature, à partir d’un récit chronologique rigoureux, qui ne cache rien des ambitions et de l’autoritarisme du dictateur. Staline décède en 1953. Il reste sans doute le fantôme le plus controversé de l’histoire.

Critique :
Cette série sur les Grands Méchants de l’Histoire continue de m’enchanter, tout en me faisant frémir.

L’horrible Torquemada m’avait fait grincer des dents, j’avais apprécié l’humour noir qui se mélangeait bien au récit historique et Staline ne dément pas cette recette qui marche.

Là aussi, l’humour est présent, mais il est noir, sombre, caustique, grinçant.

Le fait de représenter Staline en animal (un ours), ainsi que tout les autres personnages, donne une tout autre dimension au récit.

Une brillante idée que l’on retrouve aussi dans Hitler (que je suis en train de lire).

Comme pour les autres Méchants, on commence par leur naissance, on nous montre leurs parents, leurs travers et pour peu, on se prendrait d’affection pour cet ourson qui vient de naître. Pas longtemps, je vous rassure de suite.

Le personnage de Iossif (futur Staline) est abject, bête mais aussi intelligent (ben oui, on le comprend en lisant la bédé), cynique, retors, menteur, colérique, manipulateur d’une méchanceté crasse et il finira parano sur la fin de sa vie. Le portrait est grinçant, nullement indulgent. Ah, il était battu par son père et aussi par sa mère, mais ceci n’excuse en rien.

On voit Staline qui dicte ses mémoires a un écrivain, le pauvre homme se faisant fusiller du regard ou menacer de mort s’il n’acquiesce pas aux dires du Petit père des peuples (qui fit crever son peuple et les autres).

Dans les dialogues et les dessins, les auteurs ont réussi à mettre en scène tout l’illogisme du système de Staline, son iniquité, sa brutalité, sa perversité et sa débilité, notamment dans une case qui résumera tout de manière formidable. Un petit dessin est souvent plus éclairant qu’une longue phrase.

Les camps de travail, les goulags, la famine en Ukraine (Holodomor – la collectivisation forcée des campagnes), ne seront pas expliqués dans les détails, quelques cases suffiront à en parler, les auteurs préférant se concentrer sur l’horrible personnage qu’est Staline, nous montrant aussi que dans nos pays, on le voyait comme un grand homme…

La seconde guerre mondiale sera une part importante de l’album, ce qui permettra aux auteurs de nous faire découvrir le rat Hitler et de nous signaler que Staline avait fait passer par les armes 80% des cadres de l’Armée Rouge, laissant l’armée sans têtes pensantes au début de la guerre. Un des personnage se permet de lui rappeler se fait, dans cet album, il ne fera pas long feu…

On nous parle aussi du massacre de Katyń, ainsi que du fait que l’armée russe eut l’interdiction (par Staline) d’intervenir en Pologne, laissant les nazis massacrer tout le monde, afin qu’ensuite, ce tyran moustachu puisse occuper le pays sans y trouver de résistance. Machiavélique.

Une bande dessinée excellente, qui arrive à faire de l’humour avec un sujet difficile, avec un personnage qui ne prête pas à rire, le ridiculisant au passage, ne se privant pas de l’égratigner, de le montrer dans fard, tel qu’il était et de nous brosser, avec un humour noir et froid, le portrait de ce dictateur assassin qui possède plus de morts à son actif que l’autre moustachu allemand.

Avec son système, pas besoin de preuves, de procès (ou alors, ils étaient truqués), de simples soupçons suffisent. Ou alors, fallait juste que la personne disparaisse parce qu’elle avait contrarié Staline, parce qu’elle était un artiste, un intellectuel, que cette personne lui faisait de l’ombre ou aurait pu lui en faire…

À lire pour aller se coucher moins bête ! Et pour ressentir toute l’horreur du communisme qui n’avait de communisme que le nom. Ce qu’il a fait, ce n’était rien de plus qu’un dictature, un système sanguinaire, à sens unique, tout devant être tourné vers lui, pour son profit.

PS : à noter que dans cet album, il y a quelques références à des bédés bien connues, à vous de les retrouver !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°90].

Sherlock Holmes et l’héritière de Lettox Castle : Pascal Malosse

Titre : Sherlock Holmes et l’héritière de Lettox Castle

Auteur : Pascal Malosse
Édition : De l’antre (01/03/2022)

Résumé :
Un héritage inattendu dont se gaussent les journaux, un château hanté au cœur de la lande écossaise , un riche entrepreneur au passé trouble…

Après un bref séjour sur la Côte d’Azur, retour en Albion dans cette nouvelle enquête à laquelle Sherlock Holmes devra mesurer son talent si particulier.

Critique :
De cet auteur, j’avais déjà lu « Sherlock Holmes et les Romanov » qui était de bonne facture, sans casser trois pattes à un canard.

Ce qui n’est pas rédhibitoire, puisque malgré le manque de contexte historique, j’avais apprécié cette petite enquête du format d’une nouvelle. Format qui convient le mieux aux enquêtes de Sherlock Holmes.

Ne vous laissez pas distraire par le dessin de couverture très moche, s’il est loupé, le scénario, lui est réussi, sans pour autant, une fois de plus, vous laissez comme deux ronds de flans lors de l’explication finale.

Holmes est consulté, au 221b Baker Street, par une dame, une lingère qui vient d’hériter d’un château en Écosse. Elle ne connaissait pas l’homme qui lui a légué sa fortune, elle ne comprend rien et en plus, le château est hanté !

Si vous possédez un cerveau et que vous savez l’utiliser, vous comprendrez aisément, sans pour autant percevoir tout ce qu’il y a derrière cette affaire (le passé et la technique utilisée).

Les personnages sont assez conformes aux canoniques, l’enquête ne traîne pas en longueurs, si on est attentif, quelques indices sauteront aux yeux et sinon, le lecteur (lectrice) se laissera porter par cette petite enquête au pays des kilt et sera comme Watson, un peu perdu, sans comprendre, jusqu’à ce que Holmes fasse la lumière.

Comme je vous l’ai dit, il ne faut pas espérer un dénouement à la Agatha Christie, ce n’est sans doute pas le but recherché. Ni une horreur avec un serpent tueur, tout droit sorti du cerveau diabolique d’un médecin voulant garder le fric…

L’enquête est classique, la résolution aussi, rien de neuf sous le soleil, si ce n’est que cet apocryphe peu aller se classer parmi les bons pastiches holmésiens, ceux qui respectent le personnage, qui me le mettent en scène dans une enquête classique même si elle sent le fantastique (il n’y en aura pas), sans monstres de profondeur ou vampires (ouf).

Si l’auteur continue d’en écrire dans cette même veine, je serai au rendez-vous, parce que ça a beau être court, ne pas être des résolutions de malade, le tout est tout de même correct, divertissant et l’univers holmésien est respecté.

Alors, what’else ?

#Challenge Halloween 2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°57], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 76 pages) et Le Challenge Halloween 2022 chez Lou & Hilde (Du 26 septembre au 31 octobre) – Fantômes.

Louisiana, la couleur du sang – Tome 2 : Léa Chrétien et Gontran Toussaint

Titre : Louisiana, la couleur du sang – Tome 2

Scénariste : Léa Chrétien
Dessinateur : Gontran Toussaint

Édition : Dargaud (22/01/2022)

Résumé :
Ce deuxième volume de la trilogie « Louisiana » poursuit la saga d’une famille de planteurs dans le sud des États-Unis au XIXe siècle.

Après le décès d’Augustin, patron tyrannique du domaine, sa veuve tente de prendre en main son destin, malgré les conflits qui l’opposent à son fils revenu d’Europe et sa fille aux idées progressistes.

Ce chapitre met de nouveau en lumière la violence d’une société dominée par les hommes sur fond de racisme symbolisé par l’esclavagisme, à la veille de la guerre de Sécession qui fera éclater ce modèle.

Critique :
1961, nous retrouvons Louise Soral, notre grand-mère, mettant en ordre des documents, avant de reprendre le fil de son récit, celui qui eut commença en 1805, dans une plantation sucrière, dans le Sud de l’Amérique.

Laurette, la mère de Joséphine, est en fait la grand-mère de Louise Soral.

Depuis le décès de son mari, Laurette pète un câble, parlant toute seule, devenant raciste (ce qu’elle n’était pas du tout avant) et oubliant que son mari s’est fait sauter le caisson.

Antoine, le frangin de Joséphine est revenu et il n’a pas changé : un buveur, un violeur, un profiteur, un mec qui pense que les autres lui appartiennent et que les esclaves sont des objets dont on peut disposer à l’envi, surtout les femmes.

Les personnages de Laurette et Joséphine ne sont plus les mêmes, elles sont bien différentes des deux personnes du premier album. Jeune, Joséphine était amie avec une jeune esclave de la plantation, maintenant, elle ne supporte pas que son fils aime une fille Noire. Ce qui, à cette époque, une telle relation (avec de l’amour et l’envie de se marier) n’était ni morale, ni légale.

Nous sommes loin des idées larges qu’avait la Joséphine du début, de sa tolérance. Elle utilise même des mots honni à notre époque (mais pas à la sienne, bien entendu).

La preuve que tout le monde change, en bien ou en mal. Par contre, l’Histoire se répète, comme toujours, puisqu’elle est un éternel recommencement. On a beau avoir eu l’envie de changer les choses, une fois adulte, une fois mariée et avec un enfant, Joséphine a relégué ses rêves, ses projets.

Quant aux hommes, ils restent les mêmes, surtout son frère et Joséphine a cette horrible impression que la malédiction familiale ne recommence.

J’étais contente que le personnage de Marie Laveau, la prêtresse vaudou, soit plus présente dans cet album. Afin d’asseoir son pouvoir, elle doit acquérir un grand savoir, notamment sur les petits secrets des hommes… C’est le prix à payer pour rester libre, elle qui cumule le fait d’être une femme et Noire de peau.

J’ai préféré cet album au premier, il est sombre, mais d’une manière différente du premier et les personnages avaient moins ce côté manichéen, limite caricatural. Certes, voir Joséphine changer à ce point n’est pas agréable, mais c’est plus conforme à son époque et au moins, elle a plus de nuances.

En prenant de l’âge, les personnages deviennent ce qu’ils n’auraient pas voulu devenir avant. Hormis Jean, le fils de Joséphine, qui, même devenu adulte, reste tolérant, veut changer de vie, épouser la fille Noire qu’il aime toujours. Vous pensez bien que môman Joséphine n’est absolument pas d’accord.

Lorsque Joséphine n’avait pas de responsabilités, il était doux de rêver et de jurer que jamais l’on ne deviendrait comme ses parents ou les autres adultes (on passe par ce moment nous-même, ado), et puis boum, une fois mise devant les responsabilités et une plantation à faire tourner, on finit par devenir comme les autres, ceux qui ricanaient devant l’égalité des races (concept de races qui n’existent pas, en plus).

Ce deuxième album fait aussi le lien entre la narratrice, notre vieille grand-mère (qui a 100 ans, alors) et Jean, le fils de Joséphine.

Les dessins sont toujours réalistes et les coloris, même dans les tons sombres, mettent bien en valeur le travail de graphisme.

Un bon deuxième album, meilleur que le premier, selon mon avis (mais qui ne vaut pas grand-chose), même si, sur la fin, Joséphine dépasse les bornes de toutes les limites… Ah la salope !

Dommage que je ne possède pas le troisième album, celui se termine sur la guerre de Sécession qui se profile et j’aimerais savoir ce qu’il va arriver aux membres restants de cette famille : Joséphine, son fils Jean, son épouse et leur petite fille, Louise…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°42], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages) et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.