À dos de crocodile : Greg Egan

Titre : À dos de crocodile

Auteur : Greg Egan
Édition : Le Bélial’ – Une Heure Lumière (20/05/2021)
Édition Originale : Riding the Crocodile (2005)
Traduction : Francis Lustman

Résumé :
Des milliers de races extraterrestres et posthumaines cohabitent harmonieusement dans la méta-civilisation de l’Amalgame.

Seul le noyau central, occupé par les Indifférents, des êtres qui refusent tout contact, est un milieu hostile.

Avant de mourir, Leila et Jasim, mariés depuis dix mille trois cent neuf ans, souhaitent en savoir davantage sur les mystérieux Indifférents.

Critique :
De temps en temps, je sors de ma zone de confort de lecture et je m’en vais faire des incursions dans d’autres genres.

Cette fois-ci, j’avais envie de SF et de space-opera. Les novellas publiées par Le Bélial’ sont parfaites pour ce genre : pas trop longues.

Les voyages dans l’espace sont permis, l’immortalité est pour tout le monde et après 10.000 de vie commune (putain, quel bail !), le couple formé par Leila et Jasim décide qu’il est temps de s’arrêter, dit au revoir à tout le monde et s’en va tenter d’entrer en communication avec bulbe central.

Le bulbe est peuplé d’êtres ayant refusé jusqu’à la moindre communication avec ceux qui les entouraient. Voilà de quoi finir sa vie de façon grandiose et audacieuse.

Si au départ j’ai fusionné avec cette lecture, à un moment donné, je me suis retrouvée engluée dans la panade avec l’auteur qui introduisait dans son récit trop de données scientifique, trop de concepts et cela m’a fait décrocher du voyage intergalactique. Plus soulant qu’une bouteille de vin, ces explications.

Le ton froid de l’auteur, en plus de ces concepts scientifiques trop lourds, ne m’a plus donné envie de suivre les pérégrinations de ce couple, qui, après plus de 10.000 de vie commune, se sépare pour des broutilles…

Je ne vais pas m’épancher plus, tout ce que je sais, c’est que l’astrophysique n’est pas mon truc du tout et que je préfère imaginer sans avoir à me farcir cette science à laquelle je ne comprend rien et qui m’a plombé cette lecture qui était pourtant bien partie.

Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Australie) et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°105].


Lorsque le dernier arbre : Michael Christie

Titre : Lorsque le dernier arbre

Auteur : Michael Christie
Édition : Albin Michel (18/08/2021)
Édition Originale : Greenwood
Traduction : Sarah Gurcel

Résumé :
D’un futur proche aux années 1930, Michael Christie bâtit, à la manière d’un architecte, la généalogie d’une famille au destin assombri par les secrets et intimement lié à celui des forêts.

2038. Les vagues épidémiques du Grand Dépérissement ont décimé tous les arbres et transformé la planète en désert de poussière. L’un des derniers refuges est une île boisée au large de la Colombie-Britannique, qui accueille des touristes fortunés venus admirer l’ultime forêt primaire.

Jacinda y travaille comme de guide, sans véritable espoir d’un avenir meilleur. Jusqu’au jour où un ami lui apprend qu’elle serait la descendante de Harris Greenwood, un magnat du bois à la réputation sulfureuse.

Commence alors un récit foisonnant et protéiforme dont les ramifications insoupçonnées font écho aux événements, aux drames et aux bouleversements qui ont façonné notre monde. Que nous restera-t-il lorsque le dernier arbre aura été abattu ?

Fresque familiale, roman social et écologique, ce livre aussi impressionnant qu’original fait de son auteur l’un des écrivains canadiens les plus talentueux de sa génération.

Critique :
En 2038, toute la Terre à connu le Grand Dépérissement : tous les arbres furent décimés et la planète est devenu un désert où il ne fait pas bon vivre.

Toute la Terre ?? Non, un petit village d’arbres résistent encore et toujours à l’envahisseur « désert » et cet oasis se trouve sur une île boisée au large de la Colombie-Britannique.

Cette dystopie est fort prenante, le début m’a aspiré littéralement dans cet univers où il ne fait absolument pas bon vivre, sauf si vous êtes pété de thunes.

Commençant en 2038, le récit va remonter l’échelle du temps pour nous présenter les ancêtres de Jacinda (dite Jake) Greenwood. Oui, ce sera une fresque familiale assez foisonnante et riche en aventures.

Malgré l’enthousiasme du départ, malgré l’écriture parfaitement calibrée de l’auteur, malgré le récit correctement construit qui remonte le fil du temps en nous éclairant sur le destin de la famille Greenwood, malgré les parallèles entre la famille et les arbres, malgré les personnages travaillés, il m’a manqué un petit quelque chose d’important dans ce récit : les émotions !

Que dalle, rien ressenti durant ma lecture, si ce n’est quelques unes, à certains moments, notamment la colère en voyant ses riches personnages qui viennent se ressourcer dans ce qu’il reste de forêt primaire avant de s’en retourner dans le monde dévasté pour le dévaster un peu plus…

Alors qu’en lisant et entendant les éloges fait à ce roman, je m’attendais à m’embraser tel un vieil arbre sec, et bien, ce ne fut pas le cas. Pourtant, ça avait bien commencé, j’étais happée par le récit et pas la remontée du temps.

À un moment donné, j’ai plutôt survolé certains passages devenus trop longs à mon goût, notamment lors de la cavale d’Everett.

M’attendant à lire un livre porté sur l’écologie ou du moins, sur les arbres, il m’a semblé que ces derniers n’étaient qu’une toile de fond, juste là pour parler des turpitudes de la famille Greenwood, dont les fondateurs ont commencé bien mal dans la vie avant que l’un des deux ne se hisse sur les hautes marches du capitalisme débridé et n’amasse du fric comme un arbre amasse la mousse et les champignons.

C’est donc mitigée que je ressors de cette lecture, sans doute parce que je m’attendais à autre chose et vraiment pas à ce que la saga familiale prenne autant dans place dans le récit, que j’aurais aimé être plus centré sur les arbres.

Même si, dans l’histoire, on comprend bien le mal que l’Homme leur fait en coupant à tort et à travers, en coupant à fond, comme s’ils allaient repousser de suite, grâce à une graine magique du druide Panoramix. Si Idefix avait lu ce roman, je pense qu’il aurait hurlé à la mort à chaque arbre tombé, à chaque forêt éradiquée…

Attention, je ne dis pas que ce roman est mauvais, loin de là, juste que nous nous sommes rencontré à un moment donné et qu’ensuite, nous nous sommes perdus de vue, avant de nous revoir et de passer un bon moment ensemble… Et ainsi de suite.

Je ressors donc de cette lecture mitigée, les longueurs l’ayant emporté sur les meilleurs morceaux (dommage). Sans oublier que le manque d’émotions ressenties a contribué à l’échouage de cette lecture, tel un arbre coupé et jeté dans un fleuve pour qu’il arrive à bon port, mais qui se perd en route.

Le Haunted reading bingo du Challenge Halloween 2021 chez Lou & Hilde – Écologie.

Wild west – Tome 2 – Wild Bill : Thierry Gloris et Jacques Lamontagne

Titre : Wild west – Tome 2 – Wild Bill

Scénariste : Thierry Gloris
Dessinateur : Jacques Lamontagne

Édition : Dupuis (05/03/2021)

Résumé :
Savez-vous comment Martha Cannary est devenue Calamity Jane, la femme la plus célèbre du Far West, ou encore comment elle a connu Wild Bill, ce vétéran de la bataille de Five Forks et héros de la guerre de Sécession, chasseur de primes, justicier et roi de la gâchette ?

Dans des décors époustouflants, ce western au dessin flamboyant nous entraîne au cœur de la conquête de l’Ouest à travers les paysages les plus emblématiques de l’Ouest américain.

Un monde sauvage, sans foi ni loi. Au lendemain de la guerre civile, alors que les guerres indiennes font rage, Wild Bill est toujours à la poursuite des assassins d’un crime qu’il s’est juré de venger. Sur ce territoire à feu et à sang, il recroisera bientôt Martha.

Dans Wild West, les légendes prennent vie, et plongent au-delà des mythes dans la réalité cruelle d’un enfer impitoyable.

Au plus près du contexte historique, à cette époque de la ruée vers l’or, de la construction du chemin de fer et des massacres de bisons, la saga embarque dans le présent de l’Histoire avec ses odeurs de poudre, de sang et de larmes.

Critique :
Calamity Jane m’avait enchanté, Wild Bill Hickok allait-il faire de même ?

Hormis le fait qu’il porte un peu trop haut son chapeau, sur la couverture, l’album a rempli son contrat et j’en suis sortie plus que satisfaite.

Bon, je passerai sur le fait qu’il ne doit pas être facile pour Martha Cannary (Calamity Jane) de cacher sa féminité au sein d’un bataillon de Tuniques Bleues, que c’est quasi impossible au bout d’un moment, mais ce serait chipoter.

Nous sommes dans un western réaliste, autrement dit, pas chez la famille Ingalls au milieu de la prairie (série bien connue) mais dans un film de Sergio Leone où 3 types aux mines patibulaires font face à celui qu’ils nomment « étranger ». Oui, si tu n’es pas du coin, tu es étranger !

La scène de la mouche et la musique d’Ennio Morricone en moins, on se croirait dans « Il était une fois dans l’Ouest ». Si vous connaissez le film, vous comprendrez que dans ce western réaliste, on a de la violence totalement gratuite car les Humains sont ainsi…

Où qu’il aille… l’homme corrompt tout.

Dans ces plaines, on tue des bisons et on ne prend même pas la peine de retourner la bête pour prendre la peau de l’autre côté… Une gabegie, une fois de plus, comme si les bisons étaient reproductibles à l’infini et que quelque soit le nombre que l’on massacre, Dieu pourvoira à leur remplacement…

Wild Bill est un homme de parole, quand il promet une chose, il va jusqu’au bout et même le diable ne lui fera pas détourner de sa mission, même pas des billets verts.

Des comme lui, on n’en a pas fait des masses. Chasseur de primes, il a tout de même une certaine humanité contrairement à ces cols blancs de Washington qui ne respectent aucun des traités qu’ils ont signés. Le génocide des Amérindiens va s’accélérer avec les parcages dans des camps de la mort, appelés « réserves » pour faire politiquement correct.

De l’autre côté, nous suivrons aussi notre Martha Cannary qui se retrouve dans une situation qu’elle n’aurait jamais pensée et va devoir s’acclimater au milieu d’un peuple qu’elle ne connait qu’aux travers des récits des autres qui les considèrent comme des sauvages barbares.

Les dessins sont toujours extraordinaires, sauf pour les chevaux que j’ai trouvé fort figés, mais les paysages donnaient envie d’aller chevaucher dans ce pays magnifique (dommage qu’il y ait certains américains) et qui aurait pu devenir quelque chose de grandiose si les Hommes qui y mirent pied avaient eu une autre mentalité au lieu d’être avide de toutes les richesses.

Ce deuxième album est riche en détails, riche en Histoire, riche en horreurs humaines et ne se prive pas de taper là où ça fait mal, sans pour autant diaboliser les Blancs et glorifier les Rouges, mais en montrant que les imbéciles sont partout, les assoiffés de violences aussi.

À force d’avoir massacré les Indiens, de les avoir roulés, grugés, volés, mis plus bas que terre, ces derniers ont la rage, ils veulent montrer ce qu’ils valent, défendre leurs territoires sacrés, leurs bisons, leurs familles et une fois que le premier domino des assassinats vengeurs est tombé, impossible d’arrêter les autres car les plus modérés ne seront plus écoutés par les jeunes impulsifs.

Si on peut le lire indépendamment du premier tome, il y a tout de même une continuité et ce serait bête de passer à côté de l’excellent Calamity Jane.

Un album qui sent la sueur, le sang, les larmes, la poudre de fusil, le canasson, les massacres de bisons, d’Indiens, de colons, les injustices et les magouilles des politiciens pour éliminer définitivement le problème des Indiens et pouvoir prendre le reste de leurs territoires.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°229], Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur , le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B) – 54 pages et le Challenge bd « Des histoires et des bulles » chez Noctembule (Avril 2021 – Avril 2022) – Western N°30.

Wild West – Tome 1 – Calamity Jane : Thierry Gloris et Jacques Lamontagne

Titre : Wild West – Tome 1 – Calamity Jane

Scénariste : Thierry Gloris
Dessinateur : Jacques Lamontagne

Édition : Dupuis (24/01/2020)

Résumé :
Le paysage de Monument Valley, Tsé Bii’ Ndzisgaii, comme disent les indiens navajos suffit à évoquer la Conquête de l’Ouest. À l’arrière d’une calèche, un garçonnet joue ♫ Oh Suzanna ♪ au banjo.

Mais derrière ce décor majestueux à la tranquillité trompeuse, la mort rôde pour faucher sur la route le rêve américain.

Le prologue met le lecteur au diapason du climat de violence qui règne dans l’Ouest sauvage, avec ses assassins et ses chasseurs de tête, ses proxénètes et ses prostituées.

Rien n’arrête la marche du progrès. Alors que le chemin de fer se construit, dans un territoire à feu et à sang, qu’importent les ravages et l’exploitation.

Originaire du Missouri, la famille de Martha Cannary, avant qu’elle ne devienne la célèbre Calamity Jane, avait elle aussi échoué dans sa traversée, livrant l’orpheline à elle-même.

Critique :
Ça canarde sec dans les ruelles puisqu’après Soleil, c’est au tour de Dupuis de sortir une série western réaliste qui aux antipodes de ce bon vieux Lucky Luke.

Mettez de côté la vision de Calamity Jane que Morris nous a donné car ici, nous sommes dans le réalisme et donc dans la violence, le sexe, la prostitution, le sang, les tripes, les magouilles et j’en passe.

Réaliste ne veut pas dire que ceci est la biographie officielle de Martha Cannary, future Calamity Jane !

L’auteur prend des libertés avec ce que fut la vie de Martha Cannary mais il le fait avec brio, alors, pourquoi pas puisque ce n’est pas une biographie ? Nous n’étions pas présent, de toute façon.

Ce western au dessins plus vrais que nature nous offre des personnages détaillés physiquement ainsi que des décors soit magnifiques (Nature), soit glauques (rues des villes). Mais le tout est somptueux et les couleurs ont été choisies avec soin car elles correspondent bien à l’ambiance.

Le prologue, qui commence de manière bucolique, est déstabilisant car sur le moment, je n’ai pas très bien compris où il allait s’inscrire dans l’histoire, puis, j’ai étudié les cases et j’ai supposé que la gamine avec ses couettes était Martha Cannary allant vers l’Ouest avec ses parents avant que le voyage ne tourne au drame.

Après ces deux pages d’intro qui ne sont pas restées idylliques longtemps, nous entrons de plain-pied dans une bédé à la violence omniprésente, tenant plus de la série Deadwood que de La Petite Maison Dans La Prairie. Au cas où certains n’auraient toujours pas compris…

Cette superbe bédé ne met pas qu’en scène notre future Calamity Jane qui apprend violemment que dans la vie, il y a les prédateurs et les prédatés, mais elle nous fait aussi croiser la route de James Butler Hickok chasseur de primes, dit Wild Bill, qui lui expliquera que Dieu a créé un instrument qui donne l’égalité parfaite entre les hommes et les femmes… Sans doute par l’entremise de Samuel Colt…

Ne cherchez pas la bonté humaine dans ces pages, à cet époque et en ces endroits, elle n’existe pas ou alors, elle n’est jamais désintéressée. Les hommes veulent du sexe et font parler la poudre (ils tirent leurs coups dans tous les sens du terme) et les femmes sont soit bonniches, soit prostituées.

Un excellent album western qui nous montre le far-west de manière réaliste et non pas à la mode Lucky Luke. À découvrir !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°150] et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

Shelton & Felter – Tome 3 – Billy Bowman a disparu : Jacques Lamontagne

Titre : Shelton & Felter – Tome 3 – Billy Bowman a disparu

Scénariste : Jacques Lamontagne
Dessinateur : Jacques Lamontagne

Édition : Kennes (octobre 2019)

Résumé :
Shelton, ancien boxeur devenu journaliste, et Felter, petit libraire hypocondriaque, s’associent afin de faire la lumière sur une série de mystères.

Critique :
Shelton et Felter, le duo d’enquêteurs les plus improbables et qui pourtant, marche à fond !

Shelton, montagne de muscle, ancien boxeur, pas toujours une lumière et Felter, le libraire hypocondriaque haut comme trois pommes avec un cerveau digne de Holmes et Poirot.

Les voici devant une disparition en chambre close, ou plutôt, en toilettes closes…

Désolée, on ne choisit pas le lieu de sa disparition… C’est dans les chiottes du Bell’s Tavern, que Billy Bowman, le nouveau batteur prodige des Red Sox de Boston, a disparu.

Pour les incultes du fond, les Red Sox ne sont pas un groupe de rock mais une prestigieuse équipe de baseball et le Billy a réussi douze home runs en six semaines.

Et il a disparu, enlevé… Mais comment ? Par où puisque personne ne l’a vu sortir des chiottes ?? Et surtout, par qui ?

Shelton et Felter, c’est une enquête, c’est l’Amérique des années 20 mais c’est aussi de l’humour avant tout ! Sans oublier d’incorporer, dans le scénario, le racisme américain, la ségrégation raciale, les mafias qui tirent les ficelles et magouilles les matchs.

Le tout dans des décors qui collent bien à l’époque.

Lire un album de Shelton et Felter, c’est l’assurance de passer un bon moment et de se torturer les méninges car l’auteur ne cherche pas la facilité dans ses enquêtes, nous embrouille un peu et comme Holmes, Felter ne nous dit rien avant la résolution finale.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°38] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

 

Le couple d’à côté : Shari Lapeña [LC avec Bianca]

Titre : Le couple d’à côté

Auteur : Shari Lapeña
Édition : Presses de la cité Thriller (2017) / Pocket (2018)
Édition Originale : The Couple Next Door (2016)
Traduction : Valérie Le Plouhinec

Résumé :
La baby-sitter leur a fait faux bond, et alors ? Invités à un dîner chez leurs voisins, Anne et Marco décident de ne pas renoncer à leur soirée.

Cora, leur bébé de six mois, dort à poings fermés et ils ne sont qu’à quelques mètres. Que peut-il arriver ? Toutes les demi-heures, l’un ou l’autre va vérifier que tout va bien.

Pourtant, quand à une heure déjà avancée, le couple regagne son domicile, c’est un berceau vide qui les attend.

Désespérés mais aussi dépassés, les jeunes parents attirent les soupçons de la police : Anne en dépression depuis son accouchement, Marco au bord de la ruine… les victimes ont soudain des allures de coupables.

Dans cette sombre histoire, chacun semble dissimuler, derrière une image lisse et parfaite de terribles secrets. L’heure de la révélation a sonnée.

Critique :
À quoi reconnait-on un bon thriller psychologique addictif ? Quand on l’emmène avec soi en cuisine et que, durant la surveillance de la cuisson des cuisses de poulets, on continue de le lire !

Pourtant, c’était pas gagné : je n’aime pas les histoires d’enlèvement d’enfants. Lorsque je l’ai commencé pour ma Lecture Commune, je ne savais plus de quoi il était question…

Le départ du roman ressemble un peu à l’affaire de la disparition de la petite Maddie (Madeleine McCann)…

À savoir, un bébé de 6 mois est laissée seule dans sa chambre pendant que ses parents passent la soirée chez leurs voisins d’à côté, les parents se relayant pour aller voir si la petite va bien et écoutant avec un babyphone. Mais au retour, la petite Cora a disparu.

Une histoire banale, presque… L’art de l’auteure se trouve dans la dimension psychologique qu’elle donne à la trame de son histoire, à ses personnages, à l’entourage, ainsi qu’à la place qu’elle donne au qu’en-dira-t-on lorsque les médias et les gens biens-pensants apprennent que les parents ont laissé leur petite fille toute seule.

Difficile de s’attacher aux personnages des parents puisqu’on les a rencontré directement à la soirée de la disparition du bébé, avec un mari qui drague la voisine, une épouse jalouse…

Puis, après la disparition de la petite, on les cotoye entre deux crises de larmes, d’engueulades, de crises de jalousie à nouveau, de lourds secrets,…. La matière pour éprouver de la sympathie était faible et pourtant, j’ai eu de l’empathie pour les parents, malgré le peu de traitement de fond que leur mère littéraire leur consacre.

Le rythme est rapide, les phrases s’enchaînent, pas le temps de respirer, les secrets se dévoilent, les couilles dans le pâté ressortent, certaines étant attendues et déduites depuis un certain temps, d’autres pas…

Le point positif de ce thriller psychologique est qu’il est addictif, rythmé et que les tensions sont présentes à tous les étages. Il fut un moment où je ne savais plus à quel saint me vouer tant je ne savais plus qui disait la vérité, qui mentait, qui jouait avec mes pieds, qui me manipulait… J’adore ce genre de petits jeux !

Le petit bémol sera pour un final qui se résout un peu trop vite, des personnages qui tournent vite casaques, qui se doutaient déjà, sans qu’on le sache, un inspecteur plus intelligent que la normale et qui a sans doute bénéficié d’un coup de pouce scénaristique de l’auteure qui lui a donné les bonnes pensées au bon moment.

Effectivement, c’est plus gai d’avoir des policiers qui enquêtent intelligemment ! On en rêverait, même si ce n’est pas super réaliste.

Anybref, j’aurais aimé un peu plus de profondeur dans certains personnages, plus de traitement, de fouille dans une partie des secrets que l’auteure nous dévoile, car si vite que la boîte est ouverte, si vite elle est refermée. Dommage, avec un peu plus de pages, on aurait pu aller plus au fond des choses.

Une LC réussie, une fois de plus, avec ma copinaute Bianca.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°213.

Shelton & Felter – Tome 2 – Le spectre de l’Adriatic : Jacques Lamontagne

Titre : Shelton & Felter – Tome 2 – Le spectre de l’Adriatic

Scénariste : Jacques Lamontagne
Dessinateur : Jacques Lamontagne

Édition : Kennes (2018)

Résumé :
Pauvre Felter ! Il doit se rendre aux obsèques de sa sœur en Angleterre, de l’autre côté de l’Atlantique. Pour cela, pas le choix, il doit prendre le bateau. Lui qui souffre tellement du mal de mer…

Heureusement, Shelton se propose de l’accompagner ! Mais le voyage sera loin d’être calme, avec une nouvelle enquête qui se profile à l’horizon pour notre duo de choc… En effet, dans la cabine B215, un passager vient de mettre fin à ses jours.

Enfin, c’est ce que tout le monde croit avant que Felter, entre deux nausées, n’arrive et ne remarque certains détails troublants…

Critique :
♫ Love Boat soon will be making another run ♪ The Love Boat promises something for everyone ♫ Set a course for adventure ♪ Your mind on a new romance ♫

STOOOOP ! On rembobine. Impossible de passer la musique de Love Boat (La croisière s’amuse) alors qu’il y a eu un crime en chambre close dans le bateau !

Mais que sont venus faire dans cette galère Felter, notre libraire hypocondriaque amateur de chats et Shelton, l’ancien boxeur jovial reconverti en journaliste ??

Felter déteste les navires, il souffre du mal de mer, mais puisque sa sœur est décédée, il se sent obligé de monter à bord de l’Adriatic qui traverse l’océan en direction de l’Angleterre, pour aller voir sa frangine une dernière fois avant sa mise en terre.

Entre deux vomissements, notre sagace libraire va pouvoir mettre au travail ses petites cellules grises et ses talents de déduction car la traversée ne sera pas de tout repos.

Si l’histoire des vols est assez simple, même simpliste (il n’y a que Shelton qui n’a rien vu venir), celle du crime en cabine close est plus complexe, même si ensuite elle m’a fait penser à une résolution de la grande Agatha Christie, mais transposée sur la mer que l’on voit danser le long des golfes clairs.

Je fais ma maline, mais sur le moment, je séchais ferme et n’arrivais pas à trouver la solution de ce meurtre. Bon sang, mais c’est bien sûr ! C’est après la résolution que j’ai fait le rapprochement avec un Agatha Christie que j’avais revu dans la série « Les petits meurtres ».

Nos personnages sont toujours aussi sympathiques, drôles, leur duo se complétant autant qu’il diffère. Les dessins sont agréables, détaillés, lumineux et l’album est humoristique.

Une chouette série qui met en scène deux personnages aux antipodes l’un de l’autre, une sorte de Holmes/Watson en version comique et hypocondriaque. Un régal pour ceux qui aiment la bédé et les enquêtes.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°162 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°007].

Shelton & Felter – Tome 1 – La mort noire : Jacques Lamontagne

Titre : Shelton & Felter – Tome 1 – La mort noire

Scénariste : Jacques Lamontagne
Dessinateur : Jacques Lamontagne

Édition : Kennes (2017)

Résumé :
Boston, 1924. S’il ne s’était un jour méchamment déboîté l’épaule pendant un combat de boxe, Isaac Shelton exercerait probablement aujourd’hui encore son métier de débardeur sur les quais.

Mais contraint à se reconvertir, c’est en qualité de journaliste à la pige qu’il fait la connaissance de Felter, petit libraire passionné de littérature policière.

Le premier est athlétique et plutôt beau garçon (si ce n’est un vilain nez cassé, autre souvenir de combat) ; le second est doté d’un puissant sens de l’observation et d’un esprit d’analyse hors du commun (qualités contrebalancées par un tempérament hypocondriaque et une multitude de tocs).

Animés pour l’un par le besoin de décrocher un scoop rémunérateur et pour l’autre par l’envie de ressembler à ses héros littéraires, les deux compères vont s’associer afin de tenter de faire la lumière sur une série de meurtres insolites.

Critique :
Sherlock Holmes et le docteur Watson transposés à Boston, États-Unis… Ce n’est pas une nouveauté…

Deux chois s’offraient à l’auteur : copier ou s’inspirer des deux personnages et c’est cette dernière option qu’ail a choisi.

Un excellent choix car pour le détective, le roi de la déduction, nous avons Thomas Felter, un libraire, très petit, hypocondriaque, maniaque, célibataire et possédant… Quatre, non, cinq, six chats ? Sept ? Purée, ils bougent tout le temps, je n’arrive pas à les compter !

Dans le rôle du faire-valoir aux muscles, nous avons Isaac Shelton, un ancien boxeur, Irlandais, sans le sous et journaliste free-lance.

Un duo improbable qui marche du tonnerre ! Deux personnages qui n’auraient pas dû devenir copains mais que le hasard et un cadavre ont fait se rencontrer.

Les dessins sont sympas, lumineux, clairs et les dialogues bien pensés, bien pesés et le duo de personnages est mis en scène comme il le fallait. Ils sont attachants, sympathiques et aussi opposés l’un et l’autre qu’un Holmes et un Watson.

Dans cette bédé, rien n’est en trop, le scénario de l’enquête est soigné et l’auteur évite l’écueil du dénouement de l’enquête trop tarabiscoté ou de celui trop simpliste. Le bon dosage n’est jamais facile à atteindre, mais il n’a pas cédé à la facilité.

Suivre nos deux enquêteurs est un vrai plaisir, on a des situations cocasses, un Boston des années 20 bien reconstitués, les cases sont propres, sans surcharges, les dialogues sont fins et l’humour est toujours présent, en touche délicate, tout comme l’élément fantastique qui n’est là que pour nous troubler.

Moi je trouve que cette bédé à un petit goût à la Green Manor et on en redemande. Ça tombe bien, j’ai le tome suivant sous la main !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°157 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°02].

Ghetto X : Martin Michaud


Titre : Ghetto X

Auteur : Martin Michaud
Édition : Libre Expression (26/08/2019)

Résumé :
Alors que Victor Lessard prend ses distances des Crimes Majeurs pour éclaircir le passé de son père, un journaliste respecté et influent est assassiné par un tireur embusqué.

À l’insistance de sa partenaire, Jacinthe, Victor accepte de donner ses impressions sur la scène de crime. Pris pour cible et blessé dans un attentat par les assassins du journaliste, Victor doit disparaître pour assurer sa sécurité et celle de ses proches.

C’est donc en marge de leur statut de policiers que Victor et Jacinthe remontent une piste jusqu’à un obscur et dangereux groupe armé d’extrême-droite. Au péril de leur vie, ils tenteront de freiner les desseins meurtriers de ces extrémistes et ceux de l’homme mystérieux qu’ils protègent.

Critique :
Câlice de chien sale ! Je garderai un chien de ma chienne à NetGalley pour l’envoi de ce titre en PDF (et pas noté dans la fiche que c’était du PDF) !

Crisse de câlice d’ostie de tabarnak ! Je ne vous raconte même pas la lecture horrible que cela donne sur une liseuse puisque c’était écrit en tout petit caractères et qu’avec un PDF, on perd l’option d’agrandissement.

Un truc à te flinguer les yeux !

N’étant pas une artiste du transformisme d’un PDF en fichier Epub, j’ai fait plus simple : je suis allée à la librairie pour l’acheter en format papier !

Un comble, quand on y pense bien. On a fait des révoltes pour moins que ça et je n’apposerai pas le logo de chez NetGalley puisque cette lecture se fait à mes frais et sur papier ! Criss de tarla, va.

Ceci dit, j’étais vénère mais j’ai attaqué le roman d’un bon pied puisque l’auteur n’était pas responsable et le livre encore moins.

Premier constat : je n’ai pas révisé mon « Petit Québécois Sans Peine » et j’ai donc ramé avec leurs expressions fleuries. Les jurons, ça va, je maîtrise quand ils se mettent à sacrer, mais le reste de leur parler qui mélange des anglicismes et d’autres expressions bien à eux, là, je cale…

Le rythme de ma lecture a donc pris un coup dans l’aile. Mon char n’avançait plus.

Deuxième constat : autant où j’ai adoré le côté haut en couleur de Jacinthe, l’ancienne partner de Lessard chez les poulets, autant où je n’ai pas accroché avec Victor Lessard au départ.

Là, niveau flic portant un lourd passé, on est dans les médaillés des championnats du monde des personnages littéraires maltraités dans leur enfance par leur créateur littéraire.

Anybref, je vous le dis, la première moitié du roman fut assez laborieuse, je ramais, je ne prenais pas mon pied littéraire et j’en étais à penser à ma liste des courses à faire, ce qui est un signe qui ne trompe pas sur mon peu d’intérêt dans une lecture.

Puis, passé la moitié (à peu près), ma tête s’est redressée et mon esprit à balancé la liste des courses et j’ai ensuite eu du mal à quitter ma lecture puisque les 300 dernières pages ont été lues d’une traite.

Si jamais, « Se payer la traite », c’est synonyme de « se payer du bon temps » ou « s’offrir des folies ». Ben oui, j’ai dû réviser un peu mon québécois pour comprendre ce que les personnages disaient, bande d’ostie d’mongol, va !

La seconde moitié était bien mieux, plus rythmée, plus chouette, j’ai commencé à apprécier Lessard, j’ai apprécié les petites phrases bien vraies de l’auteur

— […] On n’a pas à aller chez eux leur dire quoi faire, on n’a pas à leur imposer notre façon de voir les choses. […] Les talibans ont été vaincus, mais qu’est-ce que ç’a changé? Rien ! Des milliers de morts pour rien ! Que chacun se mêle de ses affaires et reste chez eux. On n’essaiera pas d’aller leur rentrer la démocratie de force dans la gorge, pis eux autres, ils viendront pas se promener en burka devant chez nous. Sinon regarde ce qui est arrivé: en intervenant là-bas, on a favorisé la montée du terrorisme. Leur réponse, ç’a été la violence pis la haine. Pis si ça continue, ça va être notre réponse à nous autres aussi.

Dommage que mon départ avec le récit fut si chaotique, que je n’aie pas accroché plus que ça à l’enquête et qu’il m’ait fallu passer la moitié pour commencer à me plaire dans ce roman. Si je n’avais pas eu l’obligation de rendre une chronique, je pense que je l’aurais abandonné sans aucun remords.

Presque 300 pages lues laborieusement avant que je ne me ressente le plaisir de lecture, sérieux, je m’en câlisse pas du tout, moi car le pitch me plaisait et j’aurais préféré passer du bon temps avec Victor Lessard un peu plus rapidement.

Anybref, tout n’est pas à jeter, j’ai fini par me plaire dans ce roman policier aux senteurs exotiques du parler québécois et tout compte fait, l’enquête était chouette dans sa seconde partie.

Mais le fichier en PDF, ça c’était un maudit criss’ de fond de capote recyclé !

— La raison d’être de l’armée, c’est de recruter des individus pour en faire des tueurs. Et leur apprendre à tuer au nom de notre système capitaliste, drapé dans un idéal de démocratie: protéger notre pays pour continuer à faire rouler l’économie. Dans cette rhétorique-là, y a pas de coupables, pas de logique. Juste un ennemi à abattre.

— Oui. La logique de Poutine est simple : plus l’Occident est divisé, plus il devient fragile.
Jacinthe la considéra pensivement.
— Pis pendant ce temps-là, ça lui permet d’avancer ses pions ailleurs.
— Exactement. En démocratie, c’est l’opinion publique, le champ de bataille. Le président Poutine est à la tête d’une armée de trolls qui publient chaque jour des infos avec des faux comptes sur les médias sociaux.
L’enquêtrice fixa la spécialiste des affaires russes d’un regard incrédule.
— Des fake news ?
— De la désinformation, tout à fait. La montée du populisme, ce n’est pas un hasard. La plus grande réussite de Poutine, ç’a été de faire croire à l’Occident qu’il est vulnérable face aux migrants.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°136.

La servante écarlate – Tome 2 – Les testaments : Margaret Atwood [LC avec Bianca]

Titre : La servante écarlate – Tome 2 – Les testaments

Auteur : Margaret Atwood
Édition : Robert Laffont – Pavillons (10/10/2019)
Édition Originale : The Testaments (2019)
Traducteur : Michèle Albaret-Maastsch

Résumé :
Quinze ans après les événements de La Servante écarlate, le régime théocratique de la République de Galaad a toujours la mainmise sur le pouvoir, mais des signes ne trompent pas : il est en train de pourrir de l’intérieur.

A cet instant crucial, les vies de trois femmes radicalement différentes convergent, avec des conséquences potentiellement explosives.

Deux d’entre elles ont grandi de part et d’autre de la frontière : l’une à Galaad, comme la fille privilégiée d’un Commandant de haut rang, et l’autre au Canada, où elle participe à des manifestations contre Galaad tout en suivant sur le petit écran les horreurs dont le régime se rend coupable.

Aux voix de ces deux jeunes femmes appartenant à la première génération à avoir grandi sous cet ordre nouveau se mêle une troisième, celle d’un des bourreaux du régime, dont le pouvoir repose sur les secrets qu’elle a recueillis sans scrupules pour un usage impitoyable.

Et ce sont ces secrets depuis longtemps enfouis qui vont réunir ces trois femmes, forçant chacune à s’accepter et à accepter de défendre ses convictions profondes.

Critique :
Le monde décrit dans La Servante Écarlate n’était pas de la petite bière, nous étions loin du pays des Bisounours…

Pourtant, malgré le fait que nous étions dans une dystopie, il y avait des relents de déjà-vécu quelque part dans le Monde ou quelque part dans le passé.

Il fait froid dans le dos, ce roman, car nos sociétés pourraient basculer dans ce cauchemar très vite, sans que l’on s’en rende compte et sans que l’on sache y faire quelque chose.

Sans oublier que certaines sociétés sont dans ce puritanisme religieux…

Puritains quand ça les arrange, bien entendu ! On oblige les autres au puritanisme, mais si on gratte sous la croûte de pudibonderies, on trouvera de la saloperie.

Quand à la religion, elle a bon dos et ne sert qu’à justifier certaines règles, certains comportements, qu’ils soient machistes, phallocratiques, misogynes ou qu’ils transforment la femme en vache reproductrice. Une tyrannie doit reposer sur quelque chose et la religion est souvent la bonne excuse.

Bien souvent, les suites sont moins bonnes que le premier tome, mais ici, ce n’est pas le cas, j’ai même trouvé la suite meilleure que le premier opus !

En tout cas, niveau froid dans le dos, j’ai eu ma dose pour quelques temps. J’ai comme une envie de me jeter sur des Petzi ou des Martine, c’est vous dire combien j’ai flippé ma race.

Dans le monde décrit brillamment par l »auteure, les femmes n’ont aucun droit, si ce n’est celui de fermer sa gueule et de jouer aux juments reproductrices, ou aux vaches gestantes. Au choix… Mais elles n’ont pas toujours le choix de l’étalon (ou du taureau).

Le taux de fécondité ayant fortement baissé, il faut bien perpétuer la race Humaine avec celles qui savent encore tomber enceinte et donc… Les Servantes Écarlates sont comme des vaches qu’on engrosse pour prendre le veau. L’enfant, pardon.

Trois personnages marquants vont nous raconter leur vie dans cette suite : une Tante, une jeune fille habitant le Canada (donc libre) et une fille d’un Commandeur, habitant Galaad (Gilead dans la traduction précédente, mais ça ne m’a pas dérangé).

Nous sommes 15 ans après la premier tome, donc, le récit n’est pas linéaire et ne vous attendez pas à retrouver Defred aux commandes de la narration.

J’ai trouvé que donner la parole à une Tante qui avait connu la démocratie, qui avait assisté à le chute de la société, qui avait été dans un camp et qui en était sortie en abandonnant une partie de son âme, était une riche idée. Nous avons vu la naissance de Galaad d’une autre manière et compris que si ça arrivait chez nous, cela se passerait de la même manière : sans quasi de résistance.

Le récit est fort, puissant, intense, horrible… Il m’a donné froid dans le dos. Entrer ainsi dans le fonctionnement de Galaad et voir le lavage de cerveau m’a donné envie de vomir. Voir le système de l’intérieur, voir sa corruption, sa corrosion, son hypocrisie, son manichéisme, m’a collé la nausée tant tout était réaliste et possible.

Mon seul bémol sera pour la fin qui est un peu trop précipitée à mon goût. Bianca l’a trouvée elle aussi un peu trop rapide, mais malgré ce léger point critique, tout le reste est dans le haut du panier littéraire.

Une dystopie à l’écriture fine, caustique, réaliste. Une tyrannie basée sur des mensonges, sur religion dont les écrits sont détournés pour servir les intérêts de quelques-uns et pas du bien commun.

Des personnages forts, énigmatiques, profonds et qui évolueront au fil des pages. Un monde décrit qui fait froid dans le dos et où la lecture et l’écriture sont devenus dangereux, interdits et réservés à quelques personnes triées sur le volet.

Anybref, une fois de plus, une LC réussie avec Bianca et nous sommes sur la même longueur d’ondes. Et si vous suivez le lien, vous en aurez la preuve !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°134.