Ghetto X : Martin Michaud


Titre : Ghetto X

Auteur : Martin Michaud
Édition : Libre Expression (26/08/2019)

Résumé :
Alors que Victor Lessard prend ses distances des Crimes Majeurs pour éclaircir le passé de son père, un journaliste respecté et influent est assassiné par un tireur embusqué.

À l’insistance de sa partenaire, Jacinthe, Victor accepte de donner ses impressions sur la scène de crime. Pris pour cible et blessé dans un attentat par les assassins du journaliste, Victor doit disparaître pour assurer sa sécurité et celle de ses proches.

C’est donc en marge de leur statut de policiers que Victor et Jacinthe remontent une piste jusqu’à un obscur et dangereux groupe armé d’extrême-droite. Au péril de leur vie, ils tenteront de freiner les desseins meurtriers de ces extrémistes et ceux de l’homme mystérieux qu’ils protègent.

Critique :
Câlice de chien sale ! Je garderai un chien de ma chienne à NetGalley pour l’envoi de ce titre en PDF (et pas noté dans la fiche que c’était du PDF) !

Crisse de câlice d’ostie de tabarnak ! Je ne vous raconte même pas la lecture horrible que cela donne sur une liseuse puisque c’était écrit en tout petit caractères et qu’avec un PDF, on perd l’option d’agrandissement.

Un truc à te flinguer les yeux !

N’étant pas une artiste du transformisme d’un PDF en fichier Epub, j’ai fait plus simple : je suis allée à la librairie pour l’acheter en format papier !

Un comble, quand on y pense bien. On a fait des révoltes pour moins que ça et je n’apposerai pas le logo de chez NetGalley puisque cette lecture se fait à mes frais et sur papier ! Criss de tarla, va.

Ceci dit, j’étais vénère mais j’ai attaqué le roman d’un bon pied puisque l’auteur n’était pas responsable et le livre encore moins.

Premier constat : je n’ai pas révisé mon « Petit Québécois Sans Peine » et j’ai donc ramé avec leurs expressions fleuries. Les jurons, ça va, je maîtrise quand ils se mettent à sacrer, mais le reste de leur parler qui mélange des anglicismes et d’autres expressions bien à eux, là, je cale…

Le rythme de ma lecture a donc pris un coup dans l’aile. Mon char n’avançait plus.

Deuxième constat : autant où j’ai adoré le côté haut en couleur de Jacinthe, l’ancienne partner de Lessard chez les poulets, autant où je n’ai pas accroché avec Victor Lessard au départ.

Là, niveau flic portant un lourd passé, on est dans les médaillés des championnats du monde des personnages littéraires maltraités dans leur enfance par leur créateur littéraire.

Anybref, je vous le dis, la première moitié du roman fut assez laborieuse, je ramais, je ne prenais pas mon pied littéraire et j’en étais à penser à ma liste des courses à faire, ce qui est un signe qui ne trompe pas sur mon peu d’intérêt dans une lecture.

Puis, passé la moitié (à peu près), ma tête s’est redressée et mon esprit à balancé la liste des courses et j’ai ensuite eu du mal à quitter ma lecture puisque les 300 dernières pages ont été lues d’une traite.

Si jamais, « Se payer la traite », c’est synonyme de « se payer du bon temps » ou « s’offrir des folies ». Ben oui, j’ai dû réviser un peu mon québécois pour comprendre ce que les personnages disaient, bande d’ostie d’mongol, va !

La seconde moitié était bien mieux, plus rythmée, plus chouette, j’ai commencé à apprécier Lessard, j’ai apprécié les petites phrases bien vraies de l’auteur

— […] On n’a pas à aller chez eux leur dire quoi faire, on n’a pas à leur imposer notre façon de voir les choses. […] Les talibans ont été vaincus, mais qu’est-ce que ç’a changé? Rien ! Des milliers de morts pour rien ! Que chacun se mêle de ses affaires et reste chez eux. On n’essaiera pas d’aller leur rentrer la démocratie de force dans la gorge, pis eux autres, ils viendront pas se promener en burka devant chez nous. Sinon regarde ce qui est arrivé: en intervenant là-bas, on a favorisé la montée du terrorisme. Leur réponse, ç’a été la violence pis la haine. Pis si ça continue, ça va être notre réponse à nous autres aussi.

Dommage que mon départ avec le récit fut si chaotique, que je n’aie pas accroché plus que ça à l’enquête et qu’il m’ait fallu passer la moitié pour commencer à me plaire dans ce roman. Si je n’avais pas eu l’obligation de rendre une chronique, je pense que je l’aurais abandonné sans aucun remords.

Presque 300 pages lues laborieusement avant que je ne me ressente le plaisir de lecture, sérieux, je m’en câlisse pas du tout, moi car le pitch me plaisait et j’aurais préféré passer du bon temps avec Victor Lessard un peu plus rapidement.

Anybref, tout n’est pas à jeter, j’ai fini par me plaire dans ce roman policier aux senteurs exotiques du parler québécois et tout compte fait, l’enquête était chouette dans sa seconde partie.

Mais le fichier en PDF, ça c’était un maudit criss’ de fond de capote recyclé !

— La raison d’être de l’armée, c’est de recruter des individus pour en faire des tueurs. Et leur apprendre à tuer au nom de notre système capitaliste, drapé dans un idéal de démocratie: protéger notre pays pour continuer à faire rouler l’économie. Dans cette rhétorique-là, y a pas de coupables, pas de logique. Juste un ennemi à abattre.

— Oui. La logique de Poutine est simple : plus l’Occident est divisé, plus il devient fragile.
Jacinthe la considéra pensivement.
— Pis pendant ce temps-là, ça lui permet d’avancer ses pions ailleurs.
— Exactement. En démocratie, c’est l’opinion publique, le champ de bataille. Le président Poutine est à la tête d’une armée de trolls qui publient chaque jour des infos avec des faux comptes sur les médias sociaux.
L’enquêtrice fixa la spécialiste des affaires russes d’un regard incrédule.
— Des fake news ?
— De la désinformation, tout à fait. La montée du populisme, ce n’est pas un hasard. La plus grande réussite de Poutine, ç’a été de faire croire à l’Occident qu’il est vulnérable face aux migrants.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°136.

La servante écarlate – Tome 2 – Les testaments : Margaret Atwood [LC avec Bianca]

Titre : La servante écarlate – Tome 2 – Les testaments

Auteur : Margaret Atwood
Édition : Robert Laffont – Pavillons (10/10/2019)
Édition Originale : The Testaments (2019)
Traducteur : Michèle Albaret-Maastsch

Résumé :
Quinze ans après les événements de La Servante écarlate, le régime théocratique de la République de Galaad a toujours la mainmise sur le pouvoir, mais des signes ne trompent pas : il est en train de pourrir de l’intérieur.

A cet instant crucial, les vies de trois femmes radicalement différentes convergent, avec des conséquences potentiellement explosives.

Deux d’entre elles ont grandi de part et d’autre de la frontière : l’une à Galaad, comme la fille privilégiée d’un Commandant de haut rang, et l’autre au Canada, où elle participe à des manifestations contre Galaad tout en suivant sur le petit écran les horreurs dont le régime se rend coupable.

Aux voix de ces deux jeunes femmes appartenant à la première génération à avoir grandi sous cet ordre nouveau se mêle une troisième, celle d’un des bourreaux du régime, dont le pouvoir repose sur les secrets qu’elle a recueillis sans scrupules pour un usage impitoyable.

Et ce sont ces secrets depuis longtemps enfouis qui vont réunir ces trois femmes, forçant chacune à s’accepter et à accepter de défendre ses convictions profondes.

Critique :
Le monde décrit dans La Servante Écarlate n’était pas de la petite bière, nous étions loin du pays des Bisounours…

Pourtant, malgré le fait que nous étions dans une dystopie, il y avait des relents de déjà-vécu quelque part dans le Monde ou quelque part dans le passé.

Il fait froid dans le dos, ce roman, car nos sociétés pourraient basculer dans ce cauchemar très vite, sans que l’on s’en rende compte et sans que l’on sache y faire quelque chose.

Sans oublier que certaines sociétés sont dans ce puritanisme religieux…

Puritains quand ça les arrange, bien entendu ! On oblige les autres au puritanisme, mais si on gratte sous la croûte de pudibonderies, on trouvera de la saloperie.

Quand à la religion, elle a bon dos et ne sert qu’à justifier certaines règles, certains comportements, qu’ils soient machistes, phallocratiques, misogynes ou qu’ils transforment la femme en vache reproductrice. Une tyrannie doit reposer sur quelque chose et la religion est souvent la bonne excuse.

Bien souvent, les suites sont moins bonnes que le premier tome, mais ici, ce n’est pas le cas, j’ai même trouvé la suite meilleure que le premier opus !

En tout cas, niveau froid dans le dos, j’ai eu ma dose pour quelques temps. J’ai comme une envie de me jeter sur des Petzi ou des Martine, c’est vous dire combien j’ai flippé ma race.

Dans le monde décrit brillamment par l »auteure, les femmes n’ont aucun droit, si ce n’est celui de fermer sa gueule et de jouer aux juments reproductrices, ou aux vaches gestantes. Au choix… Mais elles n’ont pas toujours le choix de l’étalon (ou du taureau).

Le taux de fécondité ayant fortement baissé, il faut bien perpétuer la race Humaine avec celles qui savent encore tomber enceinte et donc… Les Servantes Écarlates sont comme des vaches qu’on engrosse pour prendre le veau. L’enfant, pardon.

Trois personnages marquants vont nous raconter leur vie dans cette suite : une Tante, une jeune fille habitant le Canada (donc libre) et une fille d’un Commandeur, habitant Galaad (Gilead dans la traduction précédente, mais ça ne m’a pas dérangé).

Nous sommes 15 ans après la premier tome, donc, le récit n’est pas linéaire et ne vous attendez pas à retrouver Defred aux commandes de la narration.

J’ai trouvé que donner la parole à une Tante qui avait connu la démocratie, qui avait assisté à le chute de la société, qui avait été dans un camp et qui en était sortie en abandonnant une partie de son âme, était une riche idée. Nous avons vu la naissance de Galaad d’une autre manière et compris que si ça arrivait chez nous, cela se passerait de la même manière : sans quasi de résistance.

Le récit est fort, puissant, intense, horrible… Il m’a donné froid dans le dos. Entrer ainsi dans le fonctionnement de Galaad et voir le lavage de cerveau m’a donné envie de vomir. Voir le système de l’intérieur, voir sa corruption, sa corrosion, son hypocrisie, son manichéisme, m’a collé la nausée tant tout était réaliste et possible.

Mon seul bémol sera pour la fin qui est un peu trop précipitée à mon goût. Bianca l’a trouvée elle aussi un peu trop rapide, mais malgré ce léger point critique, tout le reste est dans le haut du panier littéraire.

Une dystopie à l’écriture fine, caustique, réaliste. Une tyrannie basée sur des mensonges, sur religion dont les écrits sont détournés pour servir les intérêts de quelques-uns et pas du bien commun.

Des personnages forts, énigmatiques, profonds et qui évolueront au fil des pages. Un monde décrit qui fait froid dans le dos et où la lecture et l’écriture sont devenus dangereux, interdits et réservés à quelques personnes triées sur le volet.

Anybref, une fois de plus, une LC réussie avec Bianca et nous sommes sur la même longueur d’ondes. Et si vous suivez le lien, vous en aurez la preuve !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°134.

Pieds nus sur la terre sacrée : Teresa Carolyn McLuhan & Edward S. Curtis

Titre : Pieds nus sur la terre sacrée

Auteurs : Teresa Carolyn McLuhan & Edward S. Curtis
Éditions : Denoël (2011) / Folio Sagesses (2014-2015)
Édition Originale : ouch the Earth : a Self-Portrait of Indian Existence (1974)
Traducteur : Michel Barthélémy

Résumé :
Pieds nus sur la terre sacrée rassemble des textes appartenant au patrimoine oral ou écrit des Indiens d’Amérique du Nord.

Cette sélection se propose d’apporter des éclaircissements sur l’histoire des Indiens et de montrer la pérennité de leur civilisation.

Le ton de ces écrits, classés par ordre chronologique, est tour à tour celui de la sagesse, du lyrisme, de l’éloquence ou de l’émotion profonde.

Portrait de la nature et de la destinée indiennes, ils sont avant tout la preuve de la renaissance d’une civilisation authentiquement indienne.

Cette anthologie tend à mettre en relief les traits caractéristiques de cette civilisation où les considérations politiques et historiques s’estompent au profit d’une harmonie de l’homme et de la nature, dans laquelle la terre devient une création sacrée.

Voilà un domaine de l’expérience indienne qui peut entrer dans notre héritage commun.

Critique :
Homme Blanc a la langue fourchue comme celle du serpent.

Sa langue dit une chose et son cœur en pense une autre.

Sa parole ne vaut rien, sa signature non plus. Ses traités, il ne les respecte jamais.

Son avidité est sans limites, sans bornes, toujours les autres doivent reculer devant lui.

Même la Nature, même les animaux, même nous, les Premiers Hommes qui étaient là bien avant son arrivée.

L’Homme Blanc se révolte lorsqu’on veut lui faire adhérer à une religion qu’il ne veut pas, mais il impose la sienne à tous, parle de son Livre que son Dieu lui a transmit, mais jamais deux Hommes Blancs ne disent la même chose sur leur religion. Mais ils voudraient que nous laissions la nôtre pour la sienne…

Nous ne nous querellons jamais à propos de religion parce que c’est un sujet qui concerne chaque homme devant le Grand Esprit. Frère, nous ne voulons pas détruire ta religion, ni te la voler ; nous voulons seulement jouir de la nôtre.

Frère, on nous a dit que tu avais prêché parmi les hommes blancs aux alentours. Ces gens sont nos voisins : nous les connaissons. Nous attendrons un peu et verrons les effets que tes prédictions ont eus sur eux. Si nous trouvons qu’ils deviennent meilleurs, plus honnêtes et moins disposés à tromper les Indiens, nous reconsidérerons ce que tu nous as dit.

L’Homme Blanc a fait des révolutions lorsque les riches ne lui laissaient rien à manger, mais il fait la même chose lorsqu’il est arrivé sur les Terres des autres, tuant les Bisons et gaspillant l’animal en ne prenant que sa langue ou sa fourrure.

Puis il a voulu imposer l’élevage à nous, les Hommes Rouges, alors que nous étions des chasseurs et non des éleveurs.

Tremblant et ne sachant pas se défendre ou se nourrir lorsqu’il est arrivé, l’Homme Blanc était content que l’Homme Rouge lui donne de quoi remplir son estomac.

Pleurnichant, il supplia qu’on lui accorde un petit lopin de terre afin de poser son tapis et d’y vivre tranquillement, mais ensuite, il ne cessa de vouloir plus et ce qu’il aurait pu avoir par amitié, il le prit de force. Et nous traita ensuite de voleur…

Pourquoi prendre par force ce que vous pouvez avoir tranquillement par l’amitié ? Pourquoi nous anéantir alors que nous vous fournissons votre nourriture ? Que pouvez-vous obtenir par la guerre ?

Où sont les guerriers aujourd’hui ? Qui les a exterminés ? Où sont nos terres ? Qui les pille ? Quel homme blanc peut dire que je lui ai volé sa terre ou un seul de ses sous ? Pourtant, ils disent que je suis un voleur.

Nous chassant de la terre de nos Pères et des Pères de nos Pères, l’Homme Blanc n’avait jamais qu’un seul ordre à la bouche : « Cassez-vous, pov’cons » et, tels ses politiciens aux cœurs fourbes et à la langue fourchue, toujours ils nous firent des promesses qu’ils ne tinrent jamais.

La versatilité de vos déclarations est telle que celui qui a planté un piquet et tracé une ligne autour de nous, et a affirmé que cette ligne ne serait jamais dépassée, fut le premier à dire qu’il ne pouvait la garantir, et il arracha le piquet et effaça toute trace de ligne.

Les Lois de l’Homme Blanc sont faites pour être respectées, qu’ils disaient. Mais en fait, leurs lois sont faites par des Hommes Riches, pour être appliquées aux Hommes Pauvres car le Riche sait toujours s’y soustraire. Mais l’Homme Rouge, lui, il doit s’y plier et s’il tue un Blanc, le châtiment sera terrible, alors que l’inverse n’est pas vrai.

Ce peuple [l’Homme Blanc] a fait des lois que les riches peuvent briser mais non les pauvres. Ils prélèvent des taxes sur les pauvres et les faibles pour entretenir les riches qui gouvernent. Ils revendiquent notre mère à tous, la terre, pour eux seuls et ils se barricadent contre leurs voisins ; ils la défigurent avec leurs constructions et leurs rebuts. Cette nation est comme un torrent de neige fondue qui sort de son lit et détruit tout sur son passage.

Nous demandons que la même loi soit appliquée pareillement à tous les hommes. Si un Indien viole la loi, punissez-le par la loi. Si un homme blanc viole la loi, punissez-le aussi.

L’Homme Blanc est un fléau pour nous, les Indiens. Il nous a toujours méprisé, considéré comme des Sauvages, nous a empêché de vivre comme nous avions toujours vécu (alors que nous étions chez nous), nous a spolié nos terres, nous a pris nos droits, a fait de nous des esclaves alors que nous étions, avant son arrivée, des Hommes Libres.

Si vos ancêtres ont gagné leur liberté sur les champs du danger et de la gloire, nos ancêtres la possédaient de droit à la naissance, et nous avons dû vous la quémander comme le plus misérable des esclaves achète sa liberté…

Quand j’ai combattu pour protéger ma terre et mon foyer, on a dit que j’étais un sauvage. Quand personne ne comprenait ni n’approuvait ma façon de vivre, on a dit que j’étais fainéant. Quand je me suis efforcé de gouverner mon peuple, j’ai été dépouillé de mon autorité.

Toujours nous avons essayé d’être conciliants, nous avons respecté les traités signés, nous avons espéré être enfin tranquille, mais jamais nous ne le fûmes !

Quel traité le Blanc a-t-il respecté que l’homme rouge ait rompu ? Aucun. Quel traité l’homme blanc a-t-il jamais passé avec nous et respecté après ? Aucun.

Nous avons, comme demandé, envoyé nos fils dans les écoles de l’Homme Blanc, mais il ne nous est revenu que des lettrés ne sachant ni chasser, ni pêcher, ni se débrouiller. L’Homme Blanc nous a-t-il envoyé ses Fils pour que nous en fassions des Hommes ? Jamais.

Plusieurs de nos jeunes gens ont été jadis élevés dans les collèges des provinces du Nord ; ils furent instruits de toutes vos sciences mais, quand ils nous revinrent, ils ne savaient pas courir et ignoraient tout de la vie dans les bois… Incapables de faire des guerriers, des chasseurs, ou des conseillers, ils n’étaient absolument bons à rien.

Surtout ne faite pas lire ce recueil de nos textes au Président Blond Décoloré Et Mal Coiffé des Américains, il penserait qu’il a raison de vouloir ériger un mur à la frontière mexicaine car, prenant ce recueil à témoin, il dirait « Regardez ce qui est arrivé aux Indiens qui ont accepté les premiers arrivants et qui les ont accueillis : ils ont été envahis, assassinés, déplacés, virés, éliminés et presque remplacés ».

Groupant les textes des grands chefs Indiens, ce petit recueil est de la dynamite, un condensé d’émotions brutes qui vous touchent en plein cœur.

Rendez-moi ma liberté – liberté de voyager, liberté de m’arrêter, liberté de travailler, liberté de faire du commerce là où je le choisis, liberté de suivre la religion de mes pères, liberté de penser et d’agir pour moi-même – et j’obéirai à chaque loi ou je me soumettrai au châtiment.

Voilà un peuple qui était considéré comme « sauvage », qui ne savait ni lire, ni écrire mais qui a une analyse tellement juste, tellement vrai de ce qu’est l’Homme Blanc qu’on se dit qu’il n’est pas nécessaire d’aller à l’école pour être instruit et arriver à lire dans le cœur des Hommes.

Nous étions un peuple sans lois, mais nous étions en très bons termes avec le Grand Esprit, Créateur et Maître de toute chose. Vous présumiez que nous étions des sauvages. Vous ne compreniez pas nos prières. Vous n’essayiez pas de les comprendre. Lorsque nous chantions nos louanges au soleil, à la lune ou au vent, vous nous traitiez d’idolâtres. Sans comprendre, vous nous avez condamnés comme des âmes perdues, simplement parce que notre religion était différente de la vôtre.

Tout ce que j’ai lu était vrai, avant, pendant et maintenant : l’Homme Blanc est avide, rapace, envieux, querelleur, casseur, envahisseur et veut toujours tout au détriment de tout le reste. Il a dicté aux autres ce qu’ils devaient faire, mais n’a jamais voulu qu’on lui dicte à lui ce qu’il devait faire.

Frère, notre territoire alors était grand et le vôtre était petit. Vous êtes maintenant devenus un grand peuple, et il nous reste à peine l’espace pour étendre nos couvertures. Vous avez notre pays ; mais cela ne vous suffit pas. Vous voulez nous forcer à épouser votre religion. […] Frère, tu dis qu’il n’y a qu’une façon d’adorer et de servir le Grand Esprit. S’il n’y a qu’une religion, pourquoi le peuple blanc est-il si partagé à ce sujet ? Pourquoi n’êtes-vous pas tous d’accord, si vous pouvez tous lire le livre ?

Ces hommes [les missionnaires] savent que nous ne comprenons pas leur religion. Nous ne pouvons pas lire leur livre – ils nous racontent des histoires différentes sur ce qu’il contient ; nous pensons qu’ils font parler le livre selon leurs besoins.

Ils ne nous sont d’aucune utilité [les missionnaires]. Si les Blancs n’ont pas besoin d’eux et qu’ils ne leur sont d’aucun secours, pourquoi les envoient-ils chez les Indiens ? Si l’homme blanc a besoin d’eux et qu’ils lui sont secourables, pourquoi ne les garde-t-il pas chez lui ?

Les Poppies peuvent ressortir leur titre et chanter à tue-tête ♫ Non, non, rien n’a changé, tout, tout à continué ♪

Le recueil est court, mais il est intense. C’est du concentré de sagesse, mais aussi d’acide, c’est un tacle violent sous la ceinture mais un tacle mérité.

Si nous n’avions ni argent, ni terre, ni pays, rien dont nous puissions être volés, ces manteaux-noirs [les missionnaires] ne se soucieraient pas de notre bien dans l’au-delà. Le Grand Esprit ne nous punira pas pour ce que nous ne savons pas. Il rendra justice à ses enfants rouges. Ces manteaux-noirs parlent au Grand Esprit et demandent que nous voyions la lumière comme eux, lorsqu’eux-mêmes sont aveugles et en désaccord sur la lumière qui les guide.

Si l’homme blanc veut vivre en paix avec l’Indien, il peut vivre en paix. Il n’est pas nécessaire de se quereller. Traitez tous les hommes pareillement. Donnez-leur la même loi. Donnez-leur à tous une chance égale de vivre et de croître…

Ce roman, que l’on pourrait qualifier de Noir, puisqu’il est social, c’est aussi un condensé de la colère de tout un peuple qui a vu les siens mourir de faim, de froid, d’épuisement, alors qu’ils ne manquaient jamais de rien avant l’arrivée des Colons.

C’est âpre, tout en étant bien dit car les Indiens avaient le sens de la diplomatie et savaient tourner leur phrases pour ne pas choquer l’Homme Blanc qui a parfois des airs de vierge effarouchée lorsque l’on met la tête dans sa propre merde.

J’admets qu’il y a de bons hommes blancs, mais leur nombre est sans comparaison avec celui des mauvais qui doivent être les plus forts puisqu’ils dominent. Ils font ce qui leur plaît. Ils asservissent ceux qui ne sont pas de leur couleur, bien qu’ils aient été créés par le même Grand Esprit que nous. Ils feraient de nous des esclaves s’ils le pouvaient. Comme ils n’y parviennent pas, ils nous tuent ! Aucune foi ne peut être accordée à leur parole. Ils ne sont pas comme les Indiens qui, ennemis pendant la guerre seulement, sont amis en temps de paix. Ils diront à l’Indien : « Mon ami, mon frère ! » Ils lui prendront la main et au même instant, le détruiront.

On sent aussi dans les textes que les Indiens sont forts, qu’ils ne pleurent pas, qu’ils détestent la pitié, qu’ils sont fiers.

Il nous est maintenant facile, à nous tous qui ne sommes pas Indiens, d’éprouver rage et souffrance pour eux. Les Indiens morts ou vivants n’auraient témoigné que mépris et pitié pour de tels sentiments. Il est trop facile de ressentir de la sympathie pour un peuple dont la culture a été anéantie.

Nous n’avons commis qu’un seul péché : nous étions en possession de ce que l’homme blanc convoitait.

C’est beau, c’est puissant, c’est finement analysé, c’est magnifiquement envoyé (dommage qu’on ne les ai que si peu écouté) et c’est le coeur lourd qu’on termine ce petit recueil qui est aussi un plaidoyer pour un retour à la Terre, à la Nature, le tout dans le respect de tout un chacun, Humains, animaux, ainsi que les plantes et tout le reste.

L’homme blanc, lui, retourne le sol, abat les arbres, détruit tout… Il fait exploser les rochers et les laisse épars sur le sol… Comment l’esprit de la terre pourrait-il aimer l’homme blanc ? Partout où il l’a touché, il laisse une plaie.

Nous ne pouvons vivre côte à côte. Il y a sept ans seulement nous avons signé un traité qui nous assurait que les terrains de chasse aux bisons nous seraient laissés pour toujours. Ils menacent maintenant de les reprendre. Mes frères, devons-nous nous soumettre ou devons-nous leur dire : « Tuez-moi d’abord avant de prendre possession de ma patrie ! »

J’ai demandé à certains grands chefs Blancs d’où ils tenaient le droit de dire à l’Indien qu’il resterait dans un endroit alors qu’il voit les hommes blancs aller où ils veulent. Ils ne peuvent me répondre. Ce que je demande au gouvernement, c’est d’être traité comme tous les autres hommes sont traités. Si je ne peux aller dans mon propre foyer, donnez-moi un foyer où mon peuple ne mourra pas si vite…

L’homme blanc ne prend pas les scalps. Il fait pire : il empoisonne les cœurs. Rien n’est pur pour lui. Ses compatriotes ne seront pas scalpés, mais dans quelques années, ils seront devenus comme les hommes blancs, si bien que vous ne pourrez plus leur faire confiance et qu’il faudra, comme dans les colonies des Blancs, presque autant d’officiers que d’hommes pour s’occuper d’eux et maintenir l’ordre.

Croyez bien qu’aussi misérables que nous paraissions à vos yeux, nous nous regardons néanmoins comme plus heureux que vous, en ceci que nous nous contentons du peu que nous avons… Vous serez profondément déçus si vous pensez nous persuader que votre pays est meilleur que le nôtre. Pourtant si la France est, comme vous le dites, un petit paradis terrestre, est-il sensé de le quitter ? Et pourquoi abandonner femmes, enfants, parents et amis ? Pourquoi risquer vos vies et vos biens chaque année ? Et pourquoi vous aventurer et prendre de tels risques quelle que soit la saison, affronter les orages et les tempêtes de la mer pour venir dans un pays étranger et barbare que vous considérez comme le plus pauvre et le plus malheureux de la terre ?

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°41, Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

Taqawan : Éric Plamondon

Titre : Taqawan

Auteur : Éric Plamondon
Édition : Livre de Poche Policier (27/02/2019) / Quidam (2018)

Résumé :
« Ici, on a tous du sang indien et quand ce n’est pas dans les veines, c’est sur les mains. »

Le 11 juin 1981, trois cents policiers de la sûreté du Québec débarquent sur la réserve de Restigouche pour s’emparer des filets des Indiens Mi’gmaq.

Émeutes, répression et crise d’ampleur : le pays découvre son angle mort. Une adolescente en révolte disparaît, un agent de la faune démissionne, un vieil Indien sort du bois et une jeune enseignante française découvre l’immensité d’un territoire et toutes ses contradictions.

Comme le saumon devenu taqawan remonte la rivière vers son origine, il faut aller à la source…

Histoire de luttes et de pêche, d’amour tout autant que de meurtres et de rêves brisés, Taqawan se nourrit de légendes comme de réalités, du passé et du présent, celui notamment d’un peuple millénaire bafoué dans ses droits.

Critique :
Des injustices, tout le monde en a vu dans sa vie mais tout le monde n’en a pas subi comme les Femmes, les Juifs, les Noirs, les Amérindiens, les Gitans, les homos, les handicapés, et j’en passe.

Dès qu’il y a des différences, quelles qu’elles soient, dès que l’on veut faire plier des peuples, des personnes, les spolier, les virer, les anéantir, pour toutes les raisons possibles et imaginables puisque lorsqu’on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage.

Les injustices touchent souvent des minorités, mais pas toujours… Dans notre cas à nous, les femmes, cela concerne plus de la moitié de l’Humanité.

Anybref, ici, les injustices touchent les Amérindiens Mi’gmaq à qui l’ont refuse le droit de pêcher le saumon, chose qu’ils pratiquent depuis la nuit des temps, bien avant l’arrivée de l’Homme Blanc, celui qui s’appropria tout le territoire, reléguant les anciens habitants dans des réserves, transformant leurs enfants sauvages en petits civilisés, le tout à coup de trique (dans tous les sens du terme, hélas).

À partir de 1870, pour remercier ces vaillants guerriers, on leur enlève leurs enfants pour les emprisonner dans des pensionnats. À grands coups de bâton le matin, de douches froides le soir et de viols la nuit, les institutions vont faire rentrer l’idée de civilisation dans la tête des sauvages.

Ironie, bien entendu car pour moi, les Sauvages ne sont pas les Amérindiens, même s’ils ne sont pas des anges non plus. Les Sauvages et les Barbares, c’étaient les Blancs qui spolièrent le tout et qui ont vidé la Nature de tout ce qu’elle produit, reprochant ensuite au Mi’gmaq de prendre quelques tonnes de saumons quand les autres en prélèvent des centaine de tonnes.

Pourquoi se serait-il préoccupé des six tonnes annuelles pêchées dans le sud de la Gaspésie par les Indiens alors que les pêcheurs sportifs de l’Est du Canada en sortaient cent fois plus, huit cents tonnes par année, de la Nouvelle-Écosse jusqu’à Terre-Neuve? C’était encore pire au large des côtes. Les bateaux-usines capturaient trois mille tonnes de saumon par saison (et ça, c’était sans compter les centaines de tonnes d’autres poissons rejetés à la mer parce que trop petits ou pas assez rentables).

Ce livre qui tacle méchamment dans les talons d’Achille n’est pas construit de manière linéaire, ni même en alternant le passé et le présent.

Non, il serait même plutôt déconstruit et au départ, ça déstabilise un peu cette manière d’englober des souvenirs du siècle passé, où d’une ère lointaine, avec ceux de maintenant, le tout entrecoupé d’extrait de J.T, de recettes de soupe aux huîtres, de légendes, de publicité pour un motor home, d’histoires sur les saumons ou de règlements légaux, anciens et présents.

Avec des chapitres très courts, le rythme est saccadé, mais tout se tient, tout est englobé dans le grand tout et forme un récit qui, sous ses airs bordélique au départ, donne finalement un récit d’une grande cohésion et empreint d’humanisme mêlé de fourberies humaines.

C’est violent car les tacles sont sous la ceinture mais ça fait toujours du bien de dire tout haut ce que l’on pense tout bas. Il n’est pas normal que les Québécois luttent pour une reconnaissance culturelle et linguistique alors qu’ils la refuse aux Mi’gmaq ! Si moi j’ai droit à ma reconnaissance culturelle, il est normal que les autres y aient droit aussi et que tout comme moi, ils luttent pour la faire reconnaître.

— Alors pourquoi le gouvernement québécois ne veut pas donner aux Indiens ce qu’il demande lui-même au gouvernement canadien? Pourquoi faut-il un droit à la culture et à la langue française au Québec à l’intérieur du Canada mais pas de droit à la culture et à la langue mi’gmaq à l’intérieur du Québec ?

Véritable roman noir ancré dans la réalité, ce récit commence par le conflit qui opposa les indiens Mi’gmaq aux forces de police chargées de récupérer leurs filets de pêche et tournera autour de cette guerre du saumon, d’autres petites histoires venant se greffer tout autour pour donner au récit un impact qui fait mal à la gueule.

Sans verser dans la caricature, l’auteur parvient à déployer devant nos yeux avides des personnages différents, réalistes, véritable condensé de ce que l’on pourrait trouver dans cette région, avec leurs pensées divergentes et leurs beaux discours empreint d’humanité mais où leur courage est absent.

Sans nous forcer dans une direction comme on le ferait avec un animal que l’on veut piéger, l’auteur nous considère assez grands que pour tirer nos propres conclusions avec ce qu’il nous a livré comme faits.

Et pourquoi acheter quand la nature vous fournit tout ce dont vous avez besoin? On leur a donc accroché au cou l’offre et la demande, le profit, le marché. À Restigouche, le seul bien monnayable était le saumon. Alors on les a obligés à vendre le saumon tout en réglementant son commerce. Un marché contrôlé par le pouvoir, une variable d’ajustement. Le saumon, celui qu’il suffisait d’attraper pour vivre, ils devaient désormais le vendre pour survivre.

Il y a dans ces pages quatre personnages qui m’ont éblouis, chacun à sa façon. Océane étant celle qui m’a le plus ému alors qu’elle a peu de dialogues, mais elle n’avait pas besoin de parler pour dégager cette force. Magnifique.

Une lecture qui ne laisse pas indemne.

Mutt sangewite’lm’g moqwa’ wen gesatgit nmu’j negmewei.
Ne fais pas confiance à celui qui n’aime pas son chien.

On dirait que le colonialisme, c’est un peu comme un saumon, tu peux le jeter à la mer, il finit toujours par remonter là où il est né.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°19.

Les Naufrageurs : Iain Lawrence

Titre : Les Naufrageurs

Auteur : Iain Lawrence
Édition : Folio Junior (1999)
Édition Originale : The Wreckers (1998)
Traducteur : Henri Robillot

Résumé :
1799… Un navire se fracasse sur les récifs le long des côtes de Cornouailles. John Spencer, le fils du capitaine et le plus jeune membre de l’équipage, survit au naufrage.

Lorsqu’il reprend connaissance, il comprend avec effroi que les hommes qui viennent à sa rencontre sont des pilleurs d’épaves…

Les habitants du village de Pendennis semblent se livrer à un mystérieux trafic…

Qui tire les ficelles ? Et à qui John pourra-t-il se fier pour libérer son père retenu prisonnier ?

Un roman d’aventures captivant dans la grande tradition de L’île au trésor et Moonfleet.

Critique :
Les comparaisons avec un autre roman, c’est souvent surfait ! Parce que croyez-moi, on est tout de même très loin de l’île au trésor ! Pas à quelques encablures, mais à au moins mille miles marin !

Hissez les voiles, matelot, nous voguons au fil de l’eau. Pour l’ambiance maritime, je ne me plaindrai pas, l’auteur plonge son lecteur dedans, toutes voiles dehors.

Prévoyez un dico Gogole à vos côtés afin de vous y retrouver entre le mât d’artimon et de misaine et sachez comment virer au lof.

Niveau aventures, je ne me suis pas embêtée non plus, ça bouge, on galope dans tous les sens, on a du mystère, des fausses pistes, une enquête, une énigme dans le fait qu’on ne sait pas qui est le chef des naufrageurs, mais le tout semble brouillon, trop vite écrit, juste de quoi faire un livre pour que les jeunes amateurs d’aventures aient leur dose sans trop se poser de questions.

Les événements s’enchainent un peu trop vite, un peu trop bien, les personnages ne sont pas assez travaillés, surtout Simon Mawgan, l’oncle de Mary qui recueille John Spencer, notre jeune naufragé.

Il s’emporte pour un rien, se calme aussi vite, à l’air parfois un peu trop détaché de tout, cachant des choses, donnant l’impression qu’il est une brute sans coeur. J’aurais aimé plus de profondeur. D’ailleurs, même la fin du roman ne m’a pas vraiment éclairé sur son comportement général, sauf pour une chose que j’avais déjà deviné.

De plus, hum, l’auteur n’est pas trop regardant dans le soucis du détail ! À un moment donné, il dit que les deux gosses montent sur leurs poneys à cru et dans une scène plus loin, il nous dit qu’ils sont « étrier contre étrier »… La selle a dû pousser sur le dos du cheval ou pour ces enfants là, monter avec une selle ou à cru, c’est la même chose !

Tout à l’air d’être un peu trop beau pour être vrai, les personnages tournant assez vite casaque, Mary racontant les confidences de John à son oncle, puis à une autre personne (on ne peut lui faire confiance, à cette gamine !) et tout allant un peu trop bien dans le final, alors que peu de temps auparavant, c’était la Bérézina totale à Waterloo.

Deus ex machina… Oui, un peu. Ça se retourne plus vite qu’un chat portant une tartine beurrée sur le dos.

Quant au commanditaire des naufrageurs, faut pas avoir fait ses études chez Holmes pour le deviner, il se voit aussi bien que le nez au milieu de la figure et les soupçons sont totalement confirmé lorsqu’il tue une personne au lieu de la mettre en joue.

Anybref, ça se lit vite, ça met du piment au voyage en train, on sent les embruns et on entend le bruit des vagues mais on oubliera ce récit tellement vite qu’il faudra se dépêcher de faire la chronique avant de l’avoir totalement zappé.

Ça se lit, sans plus ou ça se lit, à la rigueur.

Le navire prend l’eau de toute part, va falloir souquer ferme et écoper !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

 

Les premières aventures de Sherlock Holmes – Tome 1 – L’ombre de la mort : Andrew Lane

Titre : Les premières aventures de Sherlock Holmes – Tome 1 – L’ombre de la mort

Auteur : Andrew Lane
Édition : Flammarion (2011)
Édition Originale : Young Sherlock Holmes, book 1: Death Cloud (2010)
Traducteur : Marie Hermet

Résumé :
« Il ne faut pas se mêler de tous les combats que l’on rencontre sur son chemin, Sherlock. Choisis ceux qui te semblent importants, et laisse le reste aux autres. »

Quand Sherlock s’est retrouvé embarqué dans l’enquête, il ne pensait pas frôler la mort d’aussi près. Une course poursuite haletante s’engage alors…

Critique :
Un super opus !! Pour de la littérature « enfantine », il est superbement bien écrit, pas trop complexe, pas trop neuneu non plus. Je l’avais commandé par Internet et je ne fus pas déçue de mon choix.

Nous nous retrouvons avec Sherlock, 14 ans, et il a hâte d’aller retrouver sa maison pour les vacances scolaires.

Stupeur, c’est son frère Mycroft qui vient le chercher et lui annoncer que suite au départ de leur père à la guerre en Inde et de l’état de santé fragile de leur mère, il devra passer ses vacances chez le frère de leur père : Sherrinford Holmes. C’est peu de le dire, mais Sherlock n’est guère enchanté par l’idée.

Notre pauvre garçon se retrouve coincé entre gouvernante qui ne cache pas son animosité envers lui, un oncle qui ne parle que de religion, rédemption et d’une tante qui a l’air plus « shootée » qu’autre chose.
Sherlock sent qu’il va s’ennuyer, n’ayant même pas accès à la bibliothèque. Heureusement, il va croiser un orphelin de son âge, Matthew

Afin d’éviter que son cadet ne remplisse pas son cerveau, Mycroft fera en sorte qu’il ait un précepteur et lui adjoindra un certain monsieur Crowne.

Cet Amyus Crowe est plus intéressant qu’il ne l’aurait pensé, assez excentrique en plus. du genre un couteau planté dans la correspondance, sur le manteau de la cheminée et des cigares dans le seau à charbon. Cela ne vous rappelle rien ?

C’est lui qui va lui apprendre les bases de son futur métier (même si Sherlock ne sait pas encore que ce sera son futur métier) : l’observation, la déduction, le calcul différentiel, la logique, l’écoute, etc.

« Tu viens d’apprendre que la déduction est importante, mais qu’elle ne sert à rien sans connaissances. Ton intelligence ressemble à un métier à tisser : elle tourne à vide et ne peut rien produire sans que tu lui fournisses un fil de trame » lui dira-t-il.

De plus, il a une fille, Virginia… Et Sherlock est intrigué par la jeune fille qui, du fait qu’elle a vécu en Amérique, est assez « libre » dans ses manières. Amour ? Amitié ? En tout cas, il l’apprécie fort et elle aussi… Les premiers émois de notre futur détective…

L’affaire prendra un tournant lorsque, se promenant avec Crowe pour observer les champignons, Sherlock trouve un cadavre avec des pustules. Variole ? Peste bubonique ? Sherlock s’ennuyait ? Plus maintenant !!

De plus, au début de l’histoire, Matthew avait été le témoin d’un étrange phénomène : en passant devant une maison où un homme venait de mourir, une bien étrange fumée noire, semblant douée d’une vie propre, s’échappait de la fenêtre…

Le final du livre est assez dynamique et c’est avec regret que je l’ai terminé. Un goût de trop peu.

 

La jeunesse de Sherlock Holmes – Tome 1 – L’oeil du corbeau : Shane Peacock

Titre : La jeunesse de Sherlock Holmes – Tome 1 – L’oeil du corbeau

Auteur : Shane Peacock
Édition : Milan Jeunesse (2008)
Édition Originale : The boy Sherlock Holmes : Eye of the crow (2007)
Traducteur :

Résumé :
Sherlock Holmes, 13 ans, est le fils d’une union décriée entre une jeune aristocrate et un professeur juif sans le sou.

Dans le Londres des années 1860, ce mariage rejette la famille en marge de la bonne société.

Jeune homme solitaire, fasciné par sa mère à laquelle il est extrêmement attaché, Sherlock a un esprit rebelle et intuitif. Au début du roman, une ravissante jeune femme a été brutalement assassinée dans un quartier pauvre et malfamé de Londres.

Arrêté par la police, un jeune Arabe clame son innocence. Sherlock se passionne aussitôt pour l’affaire et débute une enquête parallèle.

Une enquête qui va bouleverser sa vie à jamais et fixer à tout jamais son destin.

Critique :
Agréablement surprise !

Ce fut un coup de chance de tomber sur ce livre alors que je ne le cherchais pas. « Chouette, un nouvel apocryphe », me suis-je dis, me fichant pas mal qu’il soit en littérature pour jeunes.

Après lecture, je me suis félicitée de l’avoir acheté. Quelques petites adaptations par rapport au canon, les parents de Holmes n’étant pas de petits propriétaires terriens, mais qui vivent de manière un peu chiche à Londres, dans un quartier pour tous les défavorisés aux comptes bancaires inexistants et qui tirent le diable par la queue.

Sa mère, Rose Sherrinford (clin d’oeil au prénom que SACD voulait donner à son personnage, finissant par le nommer Sherlock) était issue d’une famille aisée, mais pas le père, Wilber Holmes (pas d’allusion au sujet du père qui aurait pu s’appeler Siger), juif et peu fortuné. Ils se marieront contre l’avis des parents de Rose et partiront dans ce quartier mal fréquenté.

Les parents de Rose ayant déshérité leur fille, les salauds, obligeant le couple à se débrouiller avec peu d’argent et à travailler dur. En tout cas, Rose a une grande affection pour son fils cadet, qui lui, n’aime pas trop l’école, sauf si elle est buissonnière.

Mycroft est absent, sauf pour nous apprendre qu’il travaille et l’auteur parle aussi d’une soeur, Violet, morte à l’âge de quatre ans.

Voici donc notre jeune Sherlock, déjà friand des journaux et histoires à sensation, des crimes sordides, qui croise la route des Irréguliers…

Attention, rien à voir avec la bande sympathique du canon. Il y a là un certains Maléfactor, jeune homme de quinze ans, chef de la bande, qui déteste Holmes.

Directement, il m’a fait penser à quelqu’un… Non, pas Malefoy de Harry Potter, quoique… Je vous met sur la piste : ce garçon est intelligent, malgré le fait qu’il vive dans les taudis, il parle très bien, comme s’il n’était pas issu de la fange de la population mais du haut du panier, c’est une sorte de Holmes en version « obscure », c’est un chef, un meneur, passionné de géométrie…

Oui, aime aussi les problèmes mathématiques… Un peu plus ? Holmes le nomme « le petit Napoléon du banditisme »… Vous avez compris, je pense.

Nous croiserons aussi un certain Andrew C. Doyle, moustachu, et sa fille, prénommée… Irène ! Oui.

Ils vivent à Montague Street (la première adresse de Holmes), et la mère est décédée. Elle et Sherlock deviendront amis, elle l’aidera même dans son enquête sur la mort suspecte, le cachant dans la niche du chien (un grand péteur, celui-là).

Sherlock devra démontrer toute son habilité lors de cette enquête, se déguiser, fuir, escalader des murs, faire ami-ami avec les Irréguliers et leur terrible Maléfactor, additionner les indices, observer les corneilles, oiseaux intelligents et ne pas se faire attraper par un certain Lestrade.

Irène l’aide du mieux qu’elle peut, mais le danger qu’elle court lui fera renoncer à cette amitié naissante.

Dommage, on sentait bien que la fille aimait bien notre Sherlock et que cela était réciproque. Maléfactor aussi, l’aimait bien. Le livre se termine sur une note tragique et Sherlock deviendra celui qu’il sera plus tard.

EDIT : Meloë, du Consulting blogger, n’était pas du même avis que le mien et elle avait critiqué sévèrement ce roman. Ses critiques étaient justifiées, elle a tout à fait raison, mais malgré ces grosses erreurs et ces errances et tout le reste, j’avais apprécié ce roman. Comme quoi, de gustibus…

 

 

L’habitude des bêtes : Lise Tremblay

Titre : L’habitude des bêtes

Auteur : Lise Tremblay
Édition : Delcourt (22/08/2018)
Édition Originale :
Traducteur :

Résumé :
« J’avais été heureux, comblé et odieux. En vieillissant, je m’en suis rendu compte, mais il était trop tard. Je n’avais pas su être bon. La bonté m’est venue après, je ne peux pas dire quand exactement. »

C’est le jour sans doute où un vieil Indien lui a confié ce chiot, Dan. Lorsque Benoît Lévesque est rentré à Montréal ce jour-là, il a fermé pour de bon la porte de son grand appartement vide. Ce n’était pas un endroit pour Dan, alors Benoît est allé s’installer dans son chalet du Saguenay, au cœur du parc national.

Mais quand vient un nouvel automne, le fragile équilibre est rompu. Parce que Dan se fait vieux et qu’il est malade. Et parce qu’on a aperçu des loups sur le territoire des chasseurs. Leur présence menaçante réveille de vieilles querelles entre les clans, et la tension monte au village…

Au-delà des rivalités, c’est à la nature, aux cycles de la vie et de la mort, et à leur propre destinée que devront faire face les personnages tellement humains de ce roman au décor grandiose.

Critique :
Voilà un roman qui fait comme une petite bulle de calme entre deux lectures, un petit roman qui se lit trop vite, où à peine après avoir fait connaissance des personnages, on les quitte déjà car 124 pages, ça fait comme une grosse nouvelle (ou un petit roman).

Pourtant, dans ces 124 pages, il y a des choses qui nous sont habituelles, comme ces chasseurs qui deviennent un peu fous avant la chasse, comme ce petit village où tout se sait, où tout se murmure, où même après 20 ans, vous n’êtes toujours pas d’ici…

Et surtout ce qui est vieux comme le monde : un homme qui fait sa loi et qui intimide tellement les autres que tout le monde s’écrase et la ferme, de peur des représailles.

Non, ce type n’a pas une mèche blonde peroxydée… Mais si on mettait ce potentat local à la tête du pays, m’est avis qu’il se comporterait comme le rustre qui a élu résidence à la White House.

Dans ces montagnes, tout va moins vite qu’à la ville, on prend le temps de vivre, de se laisser aller et notre ancien dentiste, Benoît Lévesque, qui vivait à 200 à l’heure avant, a trouvé agréable de regarder le temps d’écouler sans courir derrière lui.

Le moment le plus pénible de ma lecture fut pour l’agonie du chien de Benoît car je ne sais que trop bien ce que c’est de voir son vieux compagnon dépérir, n’être plus l’ombre que de lui-même alors qu’il fut l’ombre de votre ombre.

J’ai perdu mon chien il y a 8 ans et dernièrement, ce fut la grande chienne de chez mes parents qui était, elle aussi, toujours dans mes pas. Heureusement, l’auteure n’a pas trop épilogué sur la fin du chien, ce qui m’a évité les chutes du Niagara.

La souffrance et le vide ressentit par Benoît, je l’ai ressenti aussi dans mon être car je sais que l’on peut s’attacher un peu trop à nos bêtes.

De plus, pour Benoît, ce chien l’avait changé, avait fait de lui un autre homme, un homme plus attaché aux autres, alors qu’avant, il se fichait des autres, autant de sa femme que de sa fille, qui en a souffert et en souffre encore.

Dans ce roman, on dirait qu’il ne passe pas grand-chose, pourtant, de manière sous-jacente, l’auteure nous invite à la réflexion sur ce Monde qui va trop vite, sur ces gens qui ne vivent plus selon le rythme des saisons, qui ne vivent que pour le superficiel, sur ceux qui pensent que tout leur est dû et qu’ils doivent être les seuls prédateurs dans ces montagnes, quitte pour cela à faire souffrir les loups.

Non, il ne se passe pas grand-chose dans ce petit roman, si ce n’est la vie qui passe et des portraits à la serpe des habitants de ce village perdu et qui ont l’accent du Québec.

Un roman qui fiche tout de même un sacré petit coup de blues à la fin de sa lecture, surtout qu’on a l’impression qu’il y avait encore tant à dire, tant à apprendre d’eux.

Un roman trop vite terminé…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

 

Les larmes de la liberté / Fuir la colline aux esclaves : Kathleen Grissom [LC avec Bianca]

Titre : Les larmes de la liberté / Fuir la colline aux esclaves

Auteur : Kathleen Grissom
Édition : Pocket (01/02/2018)
Édition Originale : Glory over Everything : Beyond The Kitchen House (2016)
Traducteur : Isabelle Allard

Résumé :
Philadelphie, 1830. Pour sauver un jeune garçon victime de marchands d’esclaves, James, va devoir affronter les secrets de son passé.

Orfèvre respecté de la bonne société de Philadelphie, James devient l’amant de Caroline, jeune femme malheureuse dans son mariage. Quand celle-ci tombe enceinte, James est rattrapé par son passé.

Mais avant d’avoir pu avouer ses origines à Caroline, il est appelé au secours par Henry, un ancien esclave qui lui a autrefois sauvé la vie. Son fils Pan a disparu. Tout porte à croire qu’il a été enlevé et vendu.

Pour retrouver Pan, James doit retourner sur les lieux de son enfance, la colline aux esclaves…

Critique :
Le premier opus, « La colline aux esclaves » m’avait retourné les tripes, me procurant des émotions en grand.

J’avais un peu peur de ne pas ressentir la même chose dans sa « suite » puisque je ne serais plus en compagnie du personnel de la plantation du capitaine Pyke à Tall Oaks puisque nous allions suivre la destinée de James et celle de Suckey, dont on avait fait connaissance dans le précédent volume.

Niveau émotions, elles furent différentes mais toujours au rendrez-vous car le personnage de James – qui s’est enfui de la plantation et apprend à se débrouiller seul – est émouvant dans le fait qu’il refuse sa condition de Nègre (sorry pour le mot, mais à cette époque de 1830…) puisqu’on lui a toujours dit qu’il appartenait à la classe Blanche.

Son secret, il va falloir le préserver, le protéger, car si les gens qu’il fréquente à Philadelphie apprennent ses origines négroïdes, il peut dire adieu à sa vie sociale, à sa position, à tout.

Bien que nous soyons dans le Nord et que les Noirs soient un peu mieux traité que dans le Sud, ils sont toujours esclaves et exclus de la Société. Nous ne sommes pas dans le monde des Bisounours et même si la liberté a une meilleure saveur dans le Nord que dans le Sud, il s’avère que les Noirs occupent toujours les places les plus basses dans la société.

Une trame prenante, plusieurs récits qui s’entrechoquent, car en plus de découvrir la vie de James, nous aurons celle du jeune Pan, enlevé par des marchands d’esclaves et celle de Suckey, qui n’a rien à envier à ses semblables.

Les conditions de vie déplorables et inhumaines des Noirs en ces temps reculés est bien décrite, et quelques scènes sont assez éprouvantes, comme ces colonnes d’esclaves, enchaînés et tirés par des cavaliers hargneux maniant le fouet en cuir avec violence et plaisir.

Ce roman est différent du premier, mais il m’a permis d’avoir des nouvelles des personnages qui évoluaient dans le premier et ces nouvelles m’ont fait plaisir pour certains et j’ai été peinée pour d’autres.

James est un personnage intéressant, émouvant et qui va évoluer au fil du temps, apprenant à considérer les Noirs comme des êtres vivants, des êtres humains et non comme des animaux. On ne peut pas trop lui en vouloir, on l’a élevé dans cette mentalité et en changer prend du temps.

Il va vivre des aventures stressantes, éprouvantes et devra renaître différemment pour pouvoir avancer sur le chemin de l’acceptation de soi et des autres. L’auteur amorce ces changements de manière subtiles ou brusques, tout dépend du moment et des événements, mais le tout est amené de manière réaliste.

Le récit est, une fois de plus, éprouvant pour l’âme et le cœur, il tord les tripes, donne envie de hurler, d’entrer dans le roman et d’en liquider quelques uns.

Mon cœur s’est serré plusieurs fois, dont une fois de trop car j’aurais aimé une autre destinée pour un personnage, mais il est vrai que nous aurions franchi alors les limites du réalisme pour entrer dans l’ère des Bisounours et que cela aurait enlevé cette part de réalité au récit.

Un roman qui m’a ému, comme son précédent, mais d’une autre manière car l’auteur, tout en restant dans le même sujet qu’est l’esclavage, a su renouveler son récit tout en gardant ce qui avait fait la recette du premier.

Un roman fort, profond, émouvant, dont on ne sort pas vraiment indemne. J’ai donc demandé à Bianca, ma complice de LC, de nous mettre des Oui-Oui et des Petzi au menu de nos prochaines LC.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018).

 

La servante écarlate : Margaret Atwood

Titre : La servante écarlate

Auteur : Margaret Atwood
Édition : Robert Laffont Pavillons poche (2017-2015) / J’ai Lu (2005)
Édition Originale : The Handmaid’s Tale (1985)
Traducteur : Sylviane Rué

Résumé :
Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l’Ordre a été restauré. L’État, avec le soutien de sa milice d’Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d’un Évangile revisité.

Dans cette société régie par l’oppression, sous couvert de protéger les femmes, la maternité est réservée à la caste des Servantes, tout de rouge vêtues.

L’une d’elle raconte son quotidien de douleur, d’angoisse et de soumission.

Son seul refuge, ce sont les souvenirs d’une vie révolue, d’un temps où elle était libre, où elle avait encore un nom.

Une œuvre d’une grande force, qui se fait tour à tour pamphlet contre les fanatismes, apologie des droits de la femme et éloge du bonheur présent.

Critique :
♫ Imagine all the people, ♪ Living life in peace… ♪ (John Lennon – Imagine)

Et c’est là que l’aiguille a rayé définitivement le disque car dans cette dystopie, le Imagine de Lennon serait plus qu’un rêve, ce serait un péché.

Imaginez un monde où certaines femmes n’auraient pour unique fonction que celle de reproductrice (les servantes écarlates), un peu comme dans un élevage de chevaux où on mettrai les meilleures juments à la disposition d’étalons…

Mais ici, c’est nous, les femmes, qui occupons cette fonction dévolue en temps normal à des animaux d’élevage.

Attention, il est interdit de séduire l’homme ou de copuler en dehors des moments d’ovulation. L’épouse de votre commandant vous tiendra fermement pendant que monsieur vous la mettra dedans afin de vous ensemencer. Le tout sans sentiments, sans jouissance aucune, sans bruit, sans se toucher… Pire que des bêtes !

Vos droits ? Vous n’en avez pas, vous n’en avez plus. Vous n’avez plus d’argent, plus de comptes en banque, l’interdiction d’exercer un métier, sauf si vous êtres une Martha, qui sont les bonnes à tout faire ou une Tante, qui sont les espèces de formatrices au centre et qui feront de vous de parfaite petites femmes formatées jusqu’au bout des ongles…

Prête à assurer les fonctions de reproductrices puisque les autres ne savent plus…

Dans l’hypothèse où vous seriez un rebut de femme, on vous enverra aux Colonies où vous crèverez à petit feu à force de barboter dans des déchets toxiques. Là bas, il y aura aussi les invertits, les traitres, les pervertis, les contestataires… tout ce qui n’est pas net pour la nouvelle société, ce qui ne rentre pas dans le moule.

La Religion est omniprésente, mais on a vachement interprété les Évangiles pour les faire coller à la dictature que l’on a instaurée. Ne faites pas un pas sur le côté où il vous en cuira. La corde vous attend… Haut et court vous serez pendu(e).

Fermez votre gueule, avancez les yeux baissé dans ce monde formaté à l’extrême et tâchez de produire des beaux bébés bien formés parce que, à cause de la pollution et de l’utilisation massive de produits chimiques (Bayer-Monsanto, si vous me lisez…), la fertilité est plus basse encore que celle qui régnerait dans un couvent de sœurs stériles déflorées par des moines grabataires castrés.

Le bandeau-titre annonce que ce livre a fait trembler l’Amérique de Trump, pourtant, Trumpette fait plus peur que ce roman, à mon avis.

Attention, je ne suis  pas en train de dire qu’on ne frissonne pas en lisant l’histoire que nous raconte Defred, servante écarlate de son état (jument reproductrice), nous détaillant son quotidien et ce qui s’est passé avant, quand tout a changé et que personne n’a bougé.

Oui, le récit fait froid dans le dos parce qu’il n’est pas aussi SF qu’on voudrait le croire, il a même des relents contemporains quand on voit comment certains montent au créneau pour nous faire perdre nos maigres droits, à nous les femmes, au nom d’une religion qu’ils ne comprennent pas toujours ou qu’ils adaptent selon leur humeur ou selon leurs désidératas.

Le récit alterne les moments présents et les moments dans le passé, quand le changement à eu lieu et quand les gens étaient satisfaits de certaines décisions car elles leur agréaient et ne les concernaient pas directement.

Après vint le désenchantement pour certains et certaines tandis que d’autres proliféraient sur le terreau de la privation de libertés et se rengorgeaient d’avoir des postes importants.

Un roman qui décrit un monde qui fait froid dans le dos, où l’amour est banni, la bagatelle aussi, la jouissance de même, le café ainsi que l’alcool, les revues porno, le maquillage, les beaux habits, les enseignes lumineuses, le droit à la parole, à la liberté… et où l’on vit dans un univers aseptisé qui ne me donne qu’une seule envie : aller me pendre.

Un roman où il est difficile d’entrer en empathie avec les différents personnages et où la lecture se déroule avec des angoisses. J’ai essayé de prendre de la hauteur afin de ne pas trop flipper et le fait de ne m’être attachée à aucun personnage, hormis un peu Defred, a fait en sorte que je n’en suis pas ressortie trop traumatisée.

Une dystopie que je conseille, même si elle m’a fait moins mal aux tripes que « Fahrenheit 451″ dans lequel j’étais entrée violemment.

Lisez et surveillez bien qu’un jour, on ne recommence pas à brûler des livres ou à éliminer la culture… Et ce jour là, ne regardons pas à côté.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018) et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°1 – Une Étude en Rouge – lire un livre dont la couverture est à dominante rouge).