Histoire d’une baleine blanche : Luis Sepúlveda

Titre : Histoire d’une baleine blanche

Auteur : Luis Sepúlveda
Édition : Métailié Bibliothèque hispano-américaine (12/09/2019)
Édition Originale : Historia de una ballena blanca (2019)
Traduction : Anne-Marie Métailié

Résumé :
Au large de la Patagonie une baleine blanche est chargée de protéger les morts mapuches puis, lorsque la fin des temps sera venue, de guider toutes les âmes au-delà de l’horizon.

Tout est prévu et écrit dans le temps des mythologies. Cependant l’homme vit dans un monde où tout bouge et, au XIXe siècle, la chasse à la baleine se développe.

La baleine blanche va devoir défendre son monde immobile contre ces prédateurs, en particulier le baleinier Essex du capitaine Achab. Elle va livrer une guerre sans merci aux baleiniers et devenir un grand mythe de la littérature.

Luis Sepúlveda nous raconte cette histoire du point de vue de la baleine blanche qui nous explique comment elle vit et s’intègre dans l’ordre du monde, ce qu’elle découvre des hommes, sa mission secrète, puis sa guerre et les mystères qu’elle protège.

Enfin, c’est la mer qui nous parle.

Critique :
C’est avec retard que je découvre l’oeuvre littéraire de Luis Sepúlveda, décédé il y a peu.

Après avoir lu de lui un roman noir, je voulais voir ce que sa plume offrait dans un conte.

Sans être très souple, j’adore faire des grands écarts littéraire, les risques sont moins grands que de le faire en vrai, façon JCVD entre deux chaises (ou camions).

Un conte illustré qui m’a emporté loin de chez moi, au milieu de l’océan, près des côtes chilienne (coucou Rachel !), en compagnie d’un cachalot blanc.

Première fois de ma vie de lectrice que j’ai un cachalot en tant que narrateur d’une histoire pleine de poésie, de respect de la nature mais aussi de surpêche et de violence dans la manière de chasser les baleines pour prélever leur suif.

Au travers d’une légende, l’auteur nous parle du peuple des lafkenche qui respectent la nature et en appelle à quatre vieilles femmes pour transporter leurs morts dans une autre île. Une fois dans l’eau, ces vieilles dames se transforment en baleines et se retrouvent sous la protection de notre cachalot blanc.

Tout en apprenant quelques détails de la vie des cétacés, on a envie aussi de hurler « Cétacé, arrêtez de les chasser ! » tant le récit des harpons se plantant dans leur chair donne l’impression que c’est dans la nôtre qu’ils se plantent.

Il y a un océan d’émotions, dans ces pages, un gulf-stream qui vous emporte dans ses flots et vous dépose ailleurs, dans un monde inconnu mais peuplé de mammifères marins en voie de disparition.

Ballotté dans des courants marins violents, le lecteur est mis face à une dichotomie entre des gens de la mer qui ne prélève que le strict nécessaire pour vivre et de l’autre,  des marins qui veulent exploiter toutes les baleines pour les transformer, notamment, en huile pour leurs lampes, afin de ne pas avoir peur du noir.

Une société de consommation qui était déjà en branle dans ce 19ème siècle et qui pensait que tout était infini dans les stocks naturels.

Une très belle histoire qui nous est contée par Mocha Dick, une baleine blanche, qui, d’après ce que j’ai appris, a servi d’inspiration à Herman Melville pour son Moby Dick. Mieux, Mocha Dick a vraiment existé et on lui a donné la parole.

Le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 05] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°06].

La fin de l’histoire : Luis Sepúlveda

Titre : La fin de l’histoire

Auteur : Luis Sepúlveda
Édition : Métailié Bibliothèque hispano-américaine (02/03/2017)
Édition Originale : El Fin de la Historia (2016)
Traduction : David Fauquemberg

Résumé :
Juan Belmonte a mené toutes les batailles de la fin du XXe siècle sur le continent sud-américain, d’abord aux côtés d’Allende, puis des sandinistes au Nicaragua.

Depuis des années il a déposé les armes et vit en Patagonie près de la mer avec sa compagne, Verónica, qui ne s’est pas encore complètement relevée des tortures qu’elle a subies sous la dictature de Pinochet.

Mais son passé le rattrape, et les services secrets russes qui connaissent ses talents d’agent clandestin et de sniper vont le forcer à leur prêter main forte.

À l’autre bout du monde, un groupe de cosaques nostalgiques a décidé de libérer le descendant du dernier ataman, Miguel Krassnoff. Fils des cosaques russes qui ont participé à la Deuxième Guerre mondiale dans les régiments SS, Krassnoff est devenu général de l’armée de Pinochet, avant d’être emprisonné à Santiago pour sa participation à la répression et à la torture pendant la dictature militaire.

Et Belmonte a de bons motifs de haïr “le cosaque”, des motifs très personnels.

Critique :
Chili… La dictature de Pinochet, les tortures, les gens disparus, l’exil…

On brasse large, dans le roman de feu Sepúlveda, que ce soit au niveau des pays et de la ligne du temps.

D’ailleurs, j’ai croisé Poutine dans son bureau, des cosaques, des Russes, des communistes, des anciens guérilleros…

Désolé, on a peut de beau linge dans les pages de ce roman sombre, noir, mais puissant comme le café du matin, celui qui vous botte les fesses.

Je ne sais pas ce que l’Histoire officielle a dissimulé (beaucoup de choses) mais au moins, la littérature en dévoile une partie, même si la réalité dépassera toujours la fiction.

Les personnages de l’auteur ne sont pas des enfants de coeur et Juan Belmonte, le principal, a un passé violent, trouble, un passé de guérillero. Il a fuit le Chili d’Augusto Pinochet, à été ensuite formé dans une école militaire russe qui a fait de lui un sniper, avant qu’il ne finisse chez les sandinistes au Nicaragua et dans la guerilla bolivienne.

Il a beau vivre dans un bled paumé de la Patagonie (je suis abonnée à cette terre, moi), les enfoirés de pute de fils vous retrouvent toujours pour vous confier une nouvelle mission, sinon, des choses enfouies pourraient resurgir dans les mains des keufs.

Difficile de ne pas s’attacher à Belmonte, à son ami, qui, avec lui, veille sur Veronica, sa compagne brisée par les tortures.

La fin de l’histoire commence dans un sens, va dans un autre, brouille les cartes, les pistes, pour se terminer avec une intensité infernale. J’avais le doigt crispé et je ne vous dirai pas mes pensées, mais elles furent à l’opposées de ce que fera Belmonte finalement. Veronica a plus de force que moi.

Avec Sepúlveda, on empoigne un AK-47 ou un Uzi et on dézingue les politiciens, au sens figuré, bien entendu et comme il reste des munitions (on est en illimité), on balancera aussi sur les escrocs de tout bord, surtout ceux qui ont les mains pleines de sang.

Faut suivre, sinon, on risque d’être largué, mais c’est tellement prenant que les sauts temporels et géographiques ne posent que peu de problèmes. La plume virevolte sur les pages et entraîne le lecteur dans une danse endiablé.

J’aurais aimé découvrir ce roman du vivant de l’auteur… Il était programmé pour le Mois Espagnol de Mai 2019 et puis je n’avais pas eu le temps. L’auteur étant décédé depuis peu, je ne pouvais plus reporter. Mais pourquoi diable n’aie-je pas trouvé le temps de le lire avant ?

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°219 et le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 04].

 

Le Pape terrible – Tome 4 – L’Amour est aveugle : Alejandro Jodorowsky & Theo

Titre : Le Pape terrible – Tome 4 – L’Amour est aveugle

Scénariste : Alejandro Jodorowsky
Dessinateur : Theo

Édition : Delcourt (21/08/2019)

Résumé :
1513, un nuage lugubre obscurcit le ciel de Rome alors que le glas de la grande cloche de l’église San Pietro peinte en noire sonne. Le Pape est mort.

Raphaël et Michel-Ange sont parmi les gardes suisses pour porter son cercueil vers son ultime demeure.

Machiavel, lui, demande en mariage Madame Imperia, la matrone du bordel où il a ses habitudes. Un jour comme un autre dans la ville éternelle…

Critique :
Le pape commence à avoir chaud aux miches, Louis XII veut le destituer, sans parachute doré, cela va sans dire.

Mais le vieux sagouin est machiavélique, encore plus que Machiavel car il sait comment manipuler les foules !

Sans caméras, sans télés, sans Internet, sans journalistes, Jules II va entuber son monde et porter la manipulation au rang d’oeuvre d’art.

Mon Dieu, la crédulité à encore de beaux jours devant elle.

Sans mal juger les personnes de cette époque puisque nous sommes en 1513 et que la religion est toujours l’opium du peuple. Maintenant, les gens ont un autre opium, mais il y en a toujours un, juste qu’il a changé de mains, de visage…

Anybref, avec ce quatrième album, on clôt la saga du Pape Terrible, avec encore une scène de cul dans une fontaine qui est nettement plus explicite que celle qui eut lieu un jour dans une piscine d’un loft sur TF1… La vache, on y va fort (niqué) et on la met profond.

Sexy, le général Gaston de Foix, autant nu qu’habillé… Mais l’amour foudroie ceux qui s’aiment, à tel point que notre Jules II veut devenir à présent un bon chrétien… Sans doute que se faire prendre dans une fontaine d’eau bénite aide à se sentir plus en phase avec sa croyance et le mode de vie honnête qui va avec…

Machiavel est un conteur qui raconte bien les histoires et, tout en s’amusant à jouer la bêbête à deux dos avec Madame Imperia, la matrone du bordel qu’il a demandé en mariage, il nous dévoile les dernières frasques du Pape plus que Terrible.

Les cathos risquent de ne pas aimer ce dernier album, mais bon, le risque est minime, le blasphème n’existe pas chez nous et n’est donc point puni. Taper sur le catho ne comportant aucun danger, allons-y gaiement.

Il est juste dommage que les auteurs ne contrebalancent pas ces hommes d’Église dépravés par de ceux qui étaient justes et faisaient leur job correctement, sans en arriver à ses jeux de pouvoirs malsains.

Tout n’est pas à jeter avec l’eau du bain et je n’ai pas souvenir que le message de Jésus était celui appliqué par les générations de papes, cardinaux, prêtres et autres. Ou alors, nous n’avons pas lu le même livre. Ou certains nous l’ont interprété comme ça les arrangeaient le mieux, afin de se faire un max de pognon. Mais pas tous.

On a beau avoir encore du cul et de la violence, ce dernier tome donne l’impression d’être plus soft que les précédents et même s’il ne suit pas l’Histoire réelle de Jules II, on sait tout de même que ce dernier n’était pas un homme sympa ni un saint.

Donc, prudence, n’avalez pas des couleuvres en lisant cette saga ! Pour le reste, avalez si vous voulez mais n’oubliez pas de vous brosser les dents après, pour garder l’haleine fraîche.

Une saga à ne pas laisser traîner devant les petits enfants, devant les cathos coincés, devant les coincés tout court. À savourer, à découvrir, sans pour autant la prendre comme parole d’évangile car l’Histoire n’est pas respectée à tous les étages.

Quant au tome 4, non seulement il clôture bien la saga, mais en plus, il nous la fout profond aussi et je ne déposerai pas plainte.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°204.

 

Le Pape terrible – Tome 3 – La pernicieuse vertu : Alejandro Jodorowsky et Theo

Titre : Le Pape terrible – Tome 3 – La pernicieuse vertu

Scénariste : Alejandro Jodorowsky
Dessinateur : Theo

Édition : Delcourt (23/10/2013)

Résumé :
Revenu de guerre, Machiavel profite de se ressourcer au bordel de Madame Imperia pour conter les campagnes victorieuses de Jules II.

Campagnes militaires puis amoureuses puisque Michel- Ange a accepté le chantier de la Sixtine et de partager la couche du Saint-Père en compagnie de son rival Raphaël.

Mais dans l’ombre, une autre bataille a commencé : les cardinaux veulent organiser le prochain conclave…

Critique :
Chateaubriand avait dit, en parlant de Talleyrand et de Fouché que c’était « le vice appuyé sur le bras du crime »…

S’il avait vu le pape Jules II en compagnie de Machiavel,  il aurait dit que c’était le vice appuyé sur le bras de la perfidie.

Cachez cette bédé qu’un catho pur jus ne saurait voir. Je n’ose imaginer la tête que ferait une des tantes un peu coincée de mon paternel si elle tombait sur pareille bédé…

On a du sang et des complots, des assassinats, des kidnapping, des demandes de rançons, des magouilles… Jusque là, rien de très horrifiant pour les coincés du culte.

Mais on a aussi du cul, des nichons, de la baise, de la sodomie, du stupre et de la fornication. Bon, rien de nouveau non plus, c’est Sodome et Gomorrhe et cette histoire se trouve dans l’Ancien Testament (ma préférée).

N’empêche que voir un pape qui se vautre dans la fornication à tour de bras (même si ce n’est pas avec ça qu’il prend son pied), ça pourrait choquer les grenouilles de bénitier.

On risque aussi de choquer les férus d’Histoire car il est impossible de restituer ce Pape Terrible dans la chronologie des guerres d’Italie.

Le scénariste est Jodorowsky ne s’embarrasse pas de ces détails et vous débite l’Histoire à sa sauce, donc, ne prenez surtout pas cette saga pour argent comptant, même si, dans l’Histoire, la vraie, ce genre de pape a forcément dû exister. Allez hop, me voici excommuniée à vie.

Apprécions ce volume pour les scènes d’action, pour les leçons dispensée par Machiavel, tandis qu’il s’enfonce dans de grosse matrones, apprécions les dessins, les couleurs et le récit couillu car il illustre très bien les guerres de pouvoir et tout ce qui va avec.

Mais gaffe à ne pas en faire trop non plus… Trop de scènes de cul tuent les scènes de cul ! On a beau savoir que le Pape Terrible est friand de jolis petits culs et des fricandelles boulettes qui vont avec, mais de grâce, ne perdons pas une partie de notre temps à le voir le tich en l’air !

Anybref, même si cette saga s’affranchi de l’Histoire, elle nous dépeint un personnage abject mais fascinant dans sa manière d’arriver à faire marcher les autres sur sa musique.

Jules II est cynique, sadique, voleur, manipulateur, dépravé, se prenant pour Dieu mais c’est un manipulateur hors-paire (de couill** – elle était trop tentante) et un stratège généralissime, mais le prix à payer, pour les autres, est exorbitant car sanglant.

Si Jules II est un salopard de première, il a de la concurrence car tous les cardinaux qui gravitent autour de lui ne pensent, eux-aussi, qu’au pouvoir, à l’argent et au cul. Ce sont de biens mauvais serviteurs de Dieu et ils sont aussi croyant qu’un chat, un chien, un cheval…

Malgré ses défauts, jusqu’à présent, j’ai apprécié cette saga impertinente et je me demande bien comment les auteurs vont nous la terminer.

PS : lu en septembre 2017 et je n’avais pas fait de fiche critique. Maintenant que j’avais enfin mis la main sur le tome 4, il m’a fallu revenir sur le 3, afin de me le remettre en mémoire.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°199.

Les chevaliers d’Heliopolis – Tome 1 – Nigredo, l’oeuvre au noir : Alejandro Jodorowsky & Jérémy

Titre : Les chevaliers d’Heliopolis – Tome 1 – Nigredo, l’oeuvre au noir

Scénariste : Alejandro Jodorowsky
Dessinateur : Jérémy

Édition : Glénat (17/05/2017)

Résumé :
Fin du XVIIIe siècle. Dans un monastère au Nord de l’Espagne se dissimule le temple sacré des Chevaliers d’Héliopolis : une assemblée d’alchimistes immortels et coupés du monde.

Alors que le disciple Dix-sept s’apprête à compléter sa formation et à intégrer l’ordre, son maître Fulcanelli dévoile aux autres chevaliers le terrible secret de ses origines.

Dix-Sept est en réalité le fils caché de Louis XVI et de Marie-Antoinette : le roi de France Louis XVII ! Héritier de cette destinée, le jeune homme va-t-il réclamer le trône qui lui est dû ou rester dans l’ombre, fidèle aux préceptes millénaires de l’Alchimie ?

Critique :
Hé bien, j’ai vu votre Louis XVI sous un angle jamais vu : son fessier royal !

Ça commençait fort avec ce roi qui devait chatouiller la vulve de sa femme avec une plume de paon royal afin qu’elle soit fertile et surtout, qu’ils arrivent à baiser ensemble !

J’ai pouffé de rire car ça m’a rappelé une vieille blague avec une feuille de palmier.

En tout cas, riez sous cape si vous voulez, mais 9 mois après l’introduction du sceptre royal dans la grotte aux merveilles, Louis XVII était né.

Je ne vais pas vous raconter l’Histoire de France et ce qui se passa en 1789 et plus tard, lorsque vos souverains perdirent la tête. Je connais tout ça aussi mais les auteurs ont pris quelques libertés avec l’Histoire en l’accommodant à la sauce fantastique et le résultat n’est pas si mal que ça.

Bon, j’ai haussé les sourcils d’étonnement face à un gorille qui sait se battre à l’épée, mais c’est le fait qu’il parle qui m’a le plus étonné. Bah, nous étions avec un groupe d’Immortels, alors, hein, nous n’étions plus à ça près !

Les dessins de Jérémy sont un plaisir pour les yeux, les couleurs aussi. Réalistes, somptueux dans les décor, ça donne déjà envie de feuilleter l’album pour les revoir une fois de plus.

Son trait me semblait connu et j’ai donc fait un petit tour sur Babelio pour en savoir plus. Bingo, je connaissais, en effet, puisque j’ai lu les deux premiers tomes de la saga de pirates « Baraccuda » dont je vous parlerai plus tard.

Le scénario prends quelques libertés avec l’Histoire, mais pas tant que ça et quand il le fait, il le fait bien. Ceci n’est pas tout à fait une uchronie même si, dans notre histoire, Louis XVII n’est pas mort. Il est encore un peu tôt pour savoir si nous allons nous diriger vers l’uchronie ou pas.

Ce premier album semble poser les bases, sans entrer trop dans les détails car nous ne savons pas à quoi servent chez Chevaliers d’Héliopolis, ni quel destin ils réservent au Dauphin qui, pour le moment, est un guerrier hors pair mais peine un peu à attirer notre capital sympathie.

Pour ses parents, ceux qui furent guillotiné, là, le capital sympathie est aux abonnés absents car il n’y a pas grand-chose pour les sauver ou les racheter. Le Roi est un salopard de violeur (dans la bédé, pour le reste, je ne l’ai pas connu) et son épouse une mère sans coeur.

Réalité historique (je ne connais pas tout et les témoins sont morts) ou pas, ce roi Louis XVI qui est un horrible personnage par tous les côtés ?

Premier tome qui pose les bases mais qui développe peu, nous laissant donc avec moult questions sans réponses. Réponses qui, je l’espère, seront apportées dans le tome suivant et pas tout à la fin de la saga ou jamais.

Ma curiosité est éveillée, j’ai loué le deuxième tome afin de me faire une idée plus précise et si ce n’est pas à la hauteur, je passerai à autre chose. Ce qui serait dommage car le graphisme est à la hauteur, lui.

Moi je ne demande qu’a poursuivre car j’ai pris du plaisir à ma lecture.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°112.

 

Les rues de Santiago : Boris Quercia

Titre : Les rues de Santiago

Auteur : Boris Quercia
Éditions : Asphalte (06/03/2014) / Livre de Poche (03/06/2015)
Édition Originale : Santiago quinones, Tira (2010)
Traducteur : Baptiste Chardon

Résumé :
Il fait froid, il est six heures du matin et Santiago n’a pas envie de tuer qui que ce soit.

Le problème, c’est qu’il est flic. Il est sur le point d’arrêter une bande de délinquants, dangereux mais peu expérimentés, et les délinquants inexpérimentés font toujours n’importe quoi…

Après avoir abattu un jeune homme de quinze ans lors d’une arrestation musclée, Santiago Quiñones, erre dans les rues de sa ville, Santiago du Chili, en traînant son dégoût.

C’est ainsi qu’il croise le chemin de la belle Ema Marin, une courtière en assurances qui semble savoir beaucoup de choses sur son passé.

Critique :
Vous connaissiez « Les rues de San-Francisco » et maintenant, on vous transpose la série au Chili pour en faire « Les rues de Santiago ».

Problème d’interprétation : les rues sont-elles celles de la ville chilienne ou celles du policier Santiago Quiñones ?

Puisque j’avais commencé la trilogie de Quiñones par le tome 2 puis le tome 3, je me devais de la clôturer par le premier tome pour boucler la boucle et le découvrir un peu moins borderline que dans les suivants.

Juste un peu moins, je vous rassure de suite.

Santiago Quiñones est fidèle et égal à lui-même : un flic qui n’obéit à personne, qui mène ses propres investigations, selon ses méthodes, qui n’hésite jamais à sniffer un rail de coke, à boire de l’alcool, à baiser des femmes et à se foutre dans les emmerdes.

Après avoir fait un carton – sans le vouloir – sur un membre d’un gang, le voilà qui décide de suivre une jolie fille aux dents de travers. Oui, désolé, certains mecs aiment les gros nibards, d’autres les gros culs (ou les petits), mais Santiago ♫ hissez haut ♫  aime les filles aux dents de travers.

Santiago, c’est le flic qui aime aussi te raconter sa vie au travers de ses introspections, tout en parcourant sa ville, te la faisant découvrir par le petit bout de la lorgnette, autrement dit, basta les cartes postales, c’est le Chili brut que tu découvres.

Un meurtre qui arrive presque par hasard, une enquête qui n’en est pas tout à fait une, un Santiago dépassé, flouzé, sa tête mise à prix, ses hormones sexuelles bouillonnantes et la bite fièrement dressée qui va nous mener sur la solution presque sans le vouloir car sa manière d’enquêter reste atypique.

Un roman noir qui ouvre la trilogie d’une belle manière, un roman noir qui se lit très vite, sans pause, sans reprendre sa respiration, avec quelques notes d’humour noir. C’est dense, rythmé, sans que l’on ait le temps de s’ennuyer ou de trouver le temps long.

Un roman noir urbain qui fleure bon le polar hardboiled, la drogue, l’alcool, la poudre de révolver et le sexe, le tout porté par un flic désabusé, parfaitement humain, authentiquement humain, même, mais qui peut partir en vrille en quelques secondes avec tout les risques que cela comporte pour celui qui se retrouvera devant la gueule noir de son flingue.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le moi espagnol 2019 chez Sharon (Mai 2019).

La légende de Santiago : Boris Quercia

Titre : La légende de Santiago

Auteur : Boris Quercia
Édition : Asphalte Noir (11/10/2018)
Édition Originale : La sangre no es agua (2019)
Traducteur : Isabel Siklodi

Résumé :
Rien ne va plus pour Santiago Quiñones, flic à Santiago du Chili. Sa fiancée Marina ne l’aime plus, ses collègues policiers le méprisent, et il est rongé par la culpabilité depuis qu’il a aidé son beau-père, gravement malade, à mourir.

Aussi, quand il tombe sur le cadavre d’un trafiquant dans un resto chinois, son premier réflexe est d’empocher la demi-livre de cocaïne pure qu’il trouve également sur les lieux.

Un coup de pouce bienvenu pour traverser cette mauvaise passe, d’autant qu’on vient de lui confier une enquête sensible sur des meurtres racistes…

Mais ce faux pas ne va pas tarder à le rattraper.

Critique :
Me voici revenue du Chili où j’ai été enquêter sur des crimes lâches avec Santiago Quiñones.

Au passage, j’ai sniffé de la coke, subit un tremblement de terre, pris des coups dans la gueule, euthanasié son beau-père avec un coussin, cassé la gueule d’un pauvre innocent, et j’en passe.

– Toi, Santiago, quand tu fous la merde, tu ne la fous pas qu’à moitié.

C’est comme ça lorsqu’on suit les pas de Santiago Quiñones, on ne sait jamais trop dans quoi on va s’embarquer, juste que ce sera un truc assez barge, à la limite de la légalité, qu’on passera la ligne rouge de nombreuses fois car notre flic n’en est pas à une près. Je connais l’animal, ce n’était pas ma première.

Un clou chasse l’autre. Il y a toujours quelqu’un de plus méchant que toi, qui par comparaison te donne l’impression d’être un ange.

Niveau enquête, on ne peut pas dire non plus qu’on s’est foulé, Santiago et moi… Pas trop vite les gars, on ne se cherche pas du boulot non plus. Que les petits jeunes se fassent les dents sur les enquêtes, ils ne sont pas encore blasés, eux…

Moi, ça m’est égal, ils sont jeunes, ils débutent. Je demande à les voir dans quelques années, quand ils auront de la bedaine, quand ils éviteront de se mouiller, quand ils trahiront leurs propres principes et seront corrompus comme tout le monde. Mais je ne serai plus là pour le constater. Je serai certainement déjà quelques pieds sous terre, et cette enquête n’y changera rien.

Santiago Quiñones est un flic chilien qui n’entre dans aucune catégorie… Oubliez les fins limiers tels Sherlock Holmes, Hercule Poirot, Columbo et même Navarro, notre policier n’a rien reçu en héritage de ceux-là.

Les promotions ne sont pas pour lui, il est bordeline, ne s’embarrasse pas avec les règlements, sniffe de la coke volée, trompe sa femme, est un électron libre, vous montre un visage impassible en toutes circonstances et est poursuivi par sa « légende noire », comme il l’appelle.

« Je suis la pomme pourrie dans le panier, personne ne veut rester dans mes parages. Je suis l’exemple même du flic raté, qu’on montre du doigt aux nouveaux. Pour recadrer un petit jeune, j’ai entendu un collègue dire : « Si tu continues comme ça, tu vas finir comme Quiñones. » Je suis une légende, ils me croient capables de tout, et comme souvent dans les légendes, tout est faux. »

Peut-être que tout aurait été différent si je n’avais pas laissé les petits jeunes jouer aux détectives. Je serais allé droit au but, en commençant par passer les menottes au suspect et l’attacher à la cuisinière avant même de lui demander son nom. Mais c’est justement ce genre de réflexes qui m’ont toujours empêché de grimper les échelons. Je ne voulais pas en rajouter avec ma légende, je les ai laissés faire pour qu’ils apprennent le métier.

On ne se plonge pas dans un récit de Boris Quercia pour lire une enquête policière digne de ce nom : son flic est blasé, il n’enquête pas trop fort pour certains délits, bien que pour d’autres, il soit prêt à tuer les coupables, mais ce n’est pas en surchargeant ses narines de poudre blanche qu’on résout une affaire.

En fait, on lit l’auteur pour découvrir un portrait de la ville de Santiago du Chili comme aucun Tour Opérateur ne vous montrera. Avec Quiñones pour guide, on passe de l’autre côté du décor de carte postale et on explore les faces cachées et sombres de la faune chilienne.

Le Chinois a trois fils, tous délinquants – ils doivent avoir repris le flambeau. Un banal changement de gérance. Tant qu’il y aura des acheteurs, il y aura des vendeurs. À quoi ça sert de mettre en taule le dealer de service ? À rien, il sera remplacé par un autre et tout continuera comme d’habitude, eux qui trafiquent et nous à leurs trousses. C’est l’heure de la récré, on va tous dans la cour jouer aux gendarmes et aux voleurs.

Dans ce pays, c’est pas la modestie qui nous étouffe. Tout le monde sait comment améliorer notre économie, mais bizarrement, ça continue d’aller mal.

La première fois qu’on lit Quercia, on pourrait être perturbé par ses multiples retours en arrière afin d’explorer la vie de ses personnages, mais une fois qu’on a pris le pli (il vient très vite), on s’amuse de cette manière de faire redescendre l’adrénaline et de faire durer le suspense.

Pas de temps mort, même lorsque notre flic est face à sa mère qui ne se remet pas de la mort de son second mari, même face à ses problèmes avec son demi-frère qu’il vient de rencontrer ou face à ses aventures sexuelles assez folles (on est vachement plan-plan face à Santiago !!) ou ses soucis avec le contrôle anti-dopage.

Elle met de la poudre sur ma bite, dure comme un bâton. Elle ressemble à un beignet couvert de sucre glace.
Ensuite elle revient sur moi, me montrant son dos, et guide doucement ma bite jusqu’à son cul. Elle m’enfourche petit à petit et je rentre en elle doucement jusqu’à ce que ses fesses se posent sur mes hanches. On reste un moment comme ça, sans bouger. Angélica gémit. On ne bouge pas, mais elle me serre puis relâche à l’intérieur et c’est comme si elle me suçait. La coke se mêle à notre sang comme si des milliers de points traçaient des lignes de plaisir qui vont jusque dans ma tête. Angélica gémit encore et commence à bouger doucement en avant et en arrière, jusqu’à ce que j’explose en elle.

« Elle ne m’a jamais laissé l’enculer, il me dit, complètement bourré, un peu amusé et à la fois désemparé.
– C’est parce que tu ne bandes pas, gros lard… »

C’est toujours avec brio que l’auteur relance la machine, sans qu’elle s’essouffle et sans faire d’esbroufe car les emmerdes qui surgissent dans la vie de Santiago suffisent à alimenter la machine, le tout pimenté de soucis avec un peu tout le monde, que ce soit des bandits, des flics, sa mère ou des femmes un peu trop fatales.

Coucher avec Angélica de temps en temps réveillait mon amour pour Marina. Évidemment, il est impossible d’expliquer ça à ta femme.

Les 250 pages passent trop vite et on se surprend, au moment de tourner la dernière page, d’en redemander encore un peu plus. Merde, c’est fini…

Un roman brutal, sombre, violent, dont le personnage principal par en long dérapage incontrôlé et voit sa vie de merde partir en couilles sans qu’il ne puisse rien faire d’autres que de s’enfoncer un peu plus dans les ennuis car c’est plus fort que lui, Santiago a un côté destructeur.

Un flic torturé, déglingué, cynique, sarcastique, adepte de sexe et de coke, sans oublier les cigarettes et qui voit sa ville changer sous ses yeux, avec l’augmentation de la pédophilie, la montée de la xénophobie et des extrémistes en tout genre, prêt à tout pour rendre le Chili aux Chiliens.

Il nous insulte copieusement et nous sort le typique « vous ne savez pas à qui vous avez affaire », ainsi que l’autre grand classique de ceux qui regardent beaucoup la télé : « Je veux parler à mon avocat. » Il me gonfle tellement que je lui lance :
« Ton costume nazi, il est dans le coffre ? Ou c’est ton petit noir qui te le repasse ? »

C’est fantastique d’être chef, on peut dire une chose un jour et son contraire le lendemain, et ça passe crème. On ne demande de la cohérence qu’aux subalternes.

Allez, je pourrai encore un peu profiter de mon flic borderline avec le premier tome de la trilogie, le seul que je n’aie pas encore lu (Les rues de Santiago).

Personne n’a jamais rien fait, personne n’est jamais coupable de rien. Tout le monde a toujours de bonnes raisons, des politiciens véreux aux pédophiles. Les premiers disent que c’est la seule façon de financer la politique, les seconds que les enfants les ont provoqués, mais ils sont tous innocents, c’est toujours les circonstances.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2018 [Olé]

Une fois de plus, je participe au Mois Espagnol chez Sharon, qui se déroule en Mai, juste avant le Mois Anglais… 

Alors, avant de bouffer du mouton bouilli à la menthe, je vais me faire un régime paella, tapas et tortillas.

Si je n’ai jamais mis les pieds en Espagne, je ne serais pas contre un petit voyage dans les terres andalouses pour aller à la rencontre du cheval Ibérique : le Pur Race Espagnol (juste après avoir braqué une banque pour me l’acheter).

En attendant père Noël, je vais lire espagnol et latino-américain ! Ça coûte moins cher… MDR

Tu m’l’achètes, dis ???

Mes choix pour ce mois ? Je vais piocher dans cette liste :

  1. Far West Gitano : Ramon Erra (Espagne)
  2. Monteperdido : Agustin Martinez (Espagne)
  3. Les Détectives Sauvages : Roberto Bolaño (Chili)
  4. Les hommes t’ont fait du mal : Ernesto Mallo (Argentine)
  5. Le Gros, le Français et la Souris : Raúl Argemi (Argentine)
  6. Patagonia Tchou Tchou : Raúl Argemi (Argentine)
  7. Les rues de Barcelone : Francisco González Ledesma (Espagne)
  8. Avaler du sable : Antônio Xerxenesky (Brésil)
  9. La Stratégie du pékinois : Alexis Ravelo (Espagne)
  10. Les fleurs ne saignent pas : Alexis Ravelo (Espagne)
  11. La Veille de presque tout : Victor del Arból (Espagne)
  12. La dernière nuit à Tremore Beach : Mikel Santiago (Espagne)
  13. La Ballade des misérables : Anibal Malvar (Espagne)
  14. Enquêtes d’Alfred et Agatha – 2 – Qu’est-il arrivé à Snouty Jones ? : Anna Campoy (Espagne)
  15. Le Lecteur De Cadavres : Antonio Garrido (Espagne)
  16. Satanas : Mendoza Mario (Colombie)
  17. Meurtre au comité central : Manuel Vázquez Montalbán (Espagne)
  18. Jours de combat :  Paco Ignacio Taibo II (Mexique)

Tant de chiens : Boris Quercia

tant de chiens

Titre : Tant de chiens

Auteur : Boris Quercia
Édition : Asphalte (2015)

Résumé :
Encore une mauvaise période pour Santiago Quiñones, flic à Santiago du Chili. Son partenaire Jiménez vient de mourir au cours d’une fusillade avec des narcotrafiquants. Pire encore, le défunt semble avoir été mêlé à des histoires peu claires, et il avait les Affaires internes sur le dos.

Par curiosité autant que par désœuvrement, Santiago commence à mener l’enquête, et il retrouve une jeune femme qu’il connaît bien, Yesenia. Tous deux ont grandi dans le même quartier avant que leurs chemins se séparent.

Entretemps, Yesenia a connu l’enfer : séquestrée et violée par son beau-père, elle ne vit plus que pour se venger. Au nom de leur amitié passée, elle va demander à Santiago d’abattre son bourreau…

img-2-small580Critique : 
Direction le Chili à la découverte d’un de ses flics : Santiago Quiñones qui se trouve en fâcheuse posture, les balles des narcotrafiquants sifflant au-dessus de sa tête, un rottweiller qui s’en prend à son partenaire, Jiménez…

Plusieurs pistolets mitrailleurs nous tirent dessus et les balles ricochent de partout, je suis planqué dans un cagibi où sont entreposées des bouteilles de gaz et les balles me sifflent aux oreilles.

Quand Quiñones s’en sort sans une égratignures, c’est pour apprendre que son partenaire est mort et qu’il avait les bœufs-carottes des Affaires Internes sur le dos.

Ce petit roman noir est un concentré de noirceur sur la vie au Chili. En peu de mots, de phrases, de réflexions (de Santiago ou d’autres), de pages, l’auteur survole ce qui ne va pas dans son pays et on parle de la corruption, de la misère des gens, de la pédophilie, des trafics de drogues, des gens désabusés, du sort des mapuches, des flics ripoux, des politiciens véreux…

Le style de Boris Quercia ne fait pas dans la dentelle et appelle un chien un chien et ces derniers seront nombreux dans ce court récit, tant les gens ont des vies de chiens.

On était déjà allées au commissariat et ils avaient envoyé le dossier au tribunal, mais il y avait un pont ce week-end là et personne n’avait envie de faire quoi que ce soit. Tout le monde s’en foutait. Je les comprends. Chacun a ses propres blessures, alors pourquoi souffrir en plus pour celles des autres ?

Il y a ce chien enragé de la malchance qui m’a sauté à la gorge et qui ne me lâche plus.

Les phrases sont courtes, sèches, mordantes comme les canines acérées d’un chien, piquantes comme des épines de cactus.

Je cherche mes cigarettes et lui en offre une. Il ne fume pas, c’est ce genre-là.

« Tire-toi », je lui demande. Mais elle, loin de m’obéir, dégrafe sa robe et reste en face de moi, en petite culotte et talons hauts. « C’est gratuit », elle me dit, mais la vie m’a appris que rien n’est gratuit, et ça encore moins.

L’enquête de Santiago Quiñones est courte, rythmée, remplie de chausse-trappes, de pièges, de drogues, de saloperie, le tout distillé à la goutte près, de la came pure, non coupée, en somme.

Quant à notre flic, il est comme je les aime : ténébreux, pas toujours réglo, qui boit sans virer à l’alcoolo, qui ne crache pas sur une ligne de coke à l’occasion ou à se faire tailler une pipe dans des toilettes sales.

Un portrait noir mais pourvu de quelques lumières car s’il n’est pas tout noir, il n’est pas tout blanc non plus, notre flic. En tout cas, Santiago est lucide et le regard qu’il porte sur la société est servi dans sa vérité toute nue.

Si on apprend une chose en étant flic, c’est que les pères sont de vraies merdes dans ce pays. Ils fourrent leur bite et disparaissent. L’autre chose, c’est qu’ici personne ne paie pour ses fautes, à moins d’être pauvre. Mais ça ne compte pas, les pauvres payent toujours, ici comme ailleurs.

Une fillette qui vit dans la rue, dit Ricardo, a au moins son groupe de copains, des enfants comme elle qui vivent sous les ponts et sniffent de la colle. Ce sont des bandes urbaines avec des liens d’amitié très forts. Dans les foyers, l’amitié n’existe pas. Ce sont de petites prisons où tout dépend du sens moral de celui qui exerce le pouvoir, et l’histoire de l’humanité nous a suffisamment montré quel niveau d’abjection peut atteindre l’être humain.

La ville est aussi un personnage principal avec ses rues, ses habitants, sa pollution, ses salauds, ses pédophiles, ses trafics en tout genre. Une ville qui charrie encore son poison dans ses rues, elle qui a du mal à se remettre de la dictature.

C’est un grand type chauve, un peu voûté, comme souvent chez les gens grands au Chili. C’est un pays qui punit ceux qui dépassent la moyenne, les grands essayent de passer inaperçus et les très grands, comme ce type, se voûtent pour entrer dans le rang.

J’ai apprécié aussi que l’histoire ne parte pas dans le sens où je l’avais cru et qu’à un moment donné, tout en gardant ses protagonistes, elle bascule vers autre chose dont nous n’aurons le fin mot que dans les dernières pages, celles qui arrivent trop vite tant on aurait aimé prolonger le voyage.

Un petit roman noir corsé, une enquête qui sert de trame à présenter ce qui ne va pas dans le pays, à nous en brosser un portrait peu flatteur, une enquête rythmée, sans temps mort, avec quelques scènes de sexe pour faire passer tout cela.

Elle mord mon dos au travers de la chemise. Ça ressemble à une attaque cannibale. Je m’excite de plus en plus et j’ai du mal à me retenir, j’ai envie de la pénétrer, mais elle ne se laisse pas faire, elle continue à me travailler et à faire pression sur mon dos avec ses seins.

Une plume sèche, qui va droit au but et qui nous emporte directement au Chili.

Des personnages haut en couleur, des femmes fatales, des balles qui sifflent, une situation sociale de merde, des flics ripoux, de la violence non gratuite, de la drogue, des pipes, du sexe, des coups de pieds dans la fourmilière, des coups dans la gueule, des embrouilles, des magouilles, de l’horreur abjecte, des vérités vraies, …

Une fois qu’on t’a mis en taule, tu n’en sors plus, même si tu sors. C’est « l’université du crime », pour reprendre l’expression à la mode dans l’émission du Flaco Fuenzalida.

C’est du costaud, cette came de 199 pages concentrée et non coupée.

Bref, du hardboiled comme on l’aime : intelligent, brutal, sans fioritures et servi, cette fois-ci, avec une petite sauce chilienne bien piquante. Et on avale tout et on en redemande.

Un flic n’est pas là pour faire respecter la loi. Un flic est là, comme presque tout le monde, pour exécuter des ordres, des mandats. Arrêtez tel type. Enquêtez sur tel autre. Suivez cette dame, découvrez qui a envoyé ce mail. Si on ne supportait pas les injustices dans ce monde, on ne pourrait plus allumer la télé et regarder les informations. En fait, ce qui nous préoccupe vraiment, c’est arriver à la fin du mois, en vie d’une part, avec un peu d’argent de côté si possible d’autre part. Car être vivant sans un rond, ce n’est pas être vivant.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016).