Les Chevaliers d’Héliopolis – Tome 4 – Citrinitas, l’oeuvre au jaune : Alejandro Jodorowsky et Jérémy

Titre : Les Chevaliers d’Héliopolis – Tome 4 – Citrinitas, l’oeuvre au jaune

Scénariste : Alejandro Jodorowsky
Dessinateur : Jérémy

Édition : Glénat (15/01/2020)

Résumé :
Il ne deviendra jamais le roi de France. L’Alchimie lui réserve un plus grand destin. 1888.

Au refuge des Chevaliers d’Héliopolis, Asiamar, âgé de cent-dix ans, se prépare à accomplir le dernier rituel de son initiation : Citrinitas, l’œuvre au jaune, qui lui permettra de retrouver sa jeunesse et de vivre mille ans.

Il est désormais temps pour lui de connaître également le secret des Chevaliers gardé par leur maître.

Car celui-ci a besoin de la puissance de tous ses disciples pour sauver l’humanité.

Mais avant cela, il charge Asiamar d’une mission : affronter la dernière grande menace de leur ordre. Un mutant tueur de femmes qui sévit dans les nuits embrumées de Londres, la capitale du monde moderne : Jack l’Éventreur !

Critique :
Soyons sympa, les dessins de Jérémy sont toujours aussi beaux à regarder, les couleurs sont chatoyantes et j’ai passé un bon moment de lecture sans me prendre la tête.

Les débuts étaient prometteurs : Londres, 1888…

Si en voyant ça, j’ai imité le cri du loup de Tex Avery, ensuite, j’ai eu l’impression que tout partait en capilotade, pour ne pas dire en couilles (je resterai polie, hein).

Autant je ne connais pas bien l’Histoire de vos p’tits Louis numérotés (je ne vois donc pas toutes les libertés prises par l’auteur), autant sur Jack The Ripper je suis plus cultivée (vous m’excuserez) et donc, voir les prostituées assassinées dans des coins reculés de parcs, ça m’a fait crier à l’hérésie.

De son côté, Asiamar notre chevalier hermaphrodite passe au dernier niveau, celui du jaune et Fuxi, le maître des chevaliers lui explique l’origine de leur groupe. Petit mot à ceux qui ont lu le tome 4 : vous ne trouvez pas qu’il a des petits airs du personnage Petit-Coeur dans Dragon Ball, le Fuxi ??

Petite crise mais Asiamar gère assez vite sa déception et est ensuite envoyé affronter l’assassin qui terrorise tout Londres… La rencontre à lieu et boum… Mais qui a enclenché le turbo dans cet album ??

Le soucis c’est que tout va trop vite, bien trop vite ! On tombe amoureux des deux côtés rien qu’en un regard et viens-y que je te donne mon âme, mon sang, mon coeur, mon cul (ok, là je ne dirai rien sur la vitesse) et que tout se fasse dans un déchirement qui ferait passer Roméo et Juliette pour des couillons au niveau des promesses.

Comme si ça ne suffisait pas, comme le scénariste déjanté qu’est Jodorowsky doit tout caser en un seul album, on accélère là où on aurait dû prendre son temps et on atermoie durant des cases et des cases sur Asiamar qui aimheu la femme qu’il a croisé car c’est son âmheu, son coeur, sa vie… Bref, fû d’amûr il est.

Et vas-y que ça galope encore plus vite pour terminer avant le mot fin… On aime aussi vite qu’on pardonne et qu’on arrête d’haïr. Le trop lent côtoie le trop rapide, le trop expliqué, trop détaillé côtoie l’expéditif.

Alors oui, à la fin, on sait que tout est résolu, on a fait le tour de la question, le lecteur ne restera pas sur sa faim à la fin, mais ce fut expédié à la vitesse d’une météorite poussée par des réacteurs super-puissant.

Nous avons une morale à la fin, elle nous fait honneur, mais bon, je la trouve un peu surfaite, limite bancale. Heureusement, les personnages sont super intelligents et le principal concerné, Fuxi, a compris. La lumière fut dans son cerveau super prodigieux alors que n’importe qui aurait pu lui expliquer facilement…

Ce quatrième tome aurait dû être exécuté en deux, cela aurait permis à l’auteur d’aller plus doucement, de ne pas résoudre tous les problèmes rapidement, facilement, de faire aller son scénario à la vitesse de l’éclair et de donner l’impression qu’on termine vite avant de passer à autre chose.

Un partage en deux tomes ne m’aurait pas donné l’impression que les auteurs faisaient un tome supplémentaire afin de se faire du fric sur le dos des lecteurs (comme certains le firent sans honte).

Une saga en dents de scie, avec des hauts et des bas et une conclusion un peu trop rapide à mon goût. Maintenant, si on fait abstraction de tout ça, on passe en moment de lecture détente sans se prendre la tête…

À vous de voir ce que vous désirez lorsque vous ouvrez une bédé au moment X. Là, je voulais autre chose….

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°111].

Les Chevaliers d’Héliopolis – Tome 3 – Rubedo, l’oeuvre au rouge : Alejandro Jodorowsky et Jeremy

Titre : Les Chevaliers d’Héliopolis – Tome 3 – Rubedo, l’oeuvre au rouge

Scénariste : Alejandro Jodorowsky
Dessinateur : Jeremy

Édition : Glénat (06/03/2019)

Résumé :
Ils ne l’ont pas laissé devenir roi de France. L’alchimie lui réserve un plus grand destin.

Face à Napoléon, Asiamar n’a pu se résoudre à accomplir sa mission. Alors qu’il aurait pu, d’un coup d’épée, changer le cours de l’histoire, il s’est montré trop bon. Il a préféré laisser s’exprimer la part féminine de sa double identité et a donné à l’Empereur un baiser. Aujourd’hui, pour cet échec, il comparait devant les Chevaliers d’Héliopolis.

Car, pour accomplir son destin, un véritable Alchimiste doit aussi savoir se montrer cruel. Apprendre à apprivoiser cette cruauté, c’est l’essence même de Rubedo, l’œuvre au rouge et troisième épreuve alchimique.

Peut-être la plus difficile de toute. Asiamar s’en montrera-t-il capable ?

Le génial Jodorowsky s’associe au jeune prodige Jérémy pour réécrire l’histoire avec un grand H dans une grandiose fable initiatique et ésotérique.

Une fresque épique mêlant les secrets de l’alchimie aux arcanes de l’Histoire.

Critique :
Vous avez sans doute gardé en mémoire vos cours sur la campagne de Russie de Napoléon…

Si non, vous avez peut-être vu un des nombreuses adaptations télévisées…

Dans ce troisième tome, vous saurez enfin pourquoi Napoléon est parti à l’assaut de la mère Russie et tant pis si ça ne correspond pas à ce que l’école vous a appris, ne dit-on pas : les livres au feu ? (et le prof au milieu).

C’est toujours très ésotérique, fantastique, mais Jodorowsky peut encore être plus fou que ça… D’ailleurs, il reprend une théorie que Dan Brown exploitant dans son Da Vinci Code…

Maintenant, si vous êtes un maniaque de la vérité historique ou que vous n’aimez pas trop qu’on joue avec, cette série risque de vous hérisser les poils car la chronologie des faits n’est pas toujours respectée et les fait tout court non plus (et Waterloo morne plaine, elle pue ??).

Par contre, niveau dessins, nous sommes gâtés car les coups de crayon de Jérémy sont très adroits et c’est un plaisir de les regarder.

Une saga qui se lit sans trop se poser de questions puisqu’elle flirte avec l’ésotérisme et le fantastique à fond (c’est plus du flirt, d’ailleurs, c’est de la coucherie pure et simple), mais ça ne m’a pas hérissé tous les poils et j’ai passé un chouette petit moment de lecture, sans me prendre la tête, ce que je désirais avant tout.

Peut-être qu’avec le cerveau enclenché j’aurais tiqué devant les libertés prisent avec l’Histoire, mais vu qu’il est au repos, le tout est passé comme une lettre à la poste.

À vous de juger ! (de la bédé, pas de mon pauvre cerveau vermoulu et fourbu).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°105].

 

Bouncer – Tome 02 – La pitié des bourreaux : Alejandro Jodorowsky et François Boucq

Titre : Bouncer – Tome 02 – La pitié des bourreaux

Scénariste : Alejandro Jodorowsky
Dessinateur : François Boucq

Édition : Les Humanoïdes Associés (2002)

Résumé :
Bouncer et Seth sont bien loin du tumulte de Barro City. Le manchot a emmené son neveu dans un endroit retiré, une vallée où lui-même a été initié au maniement des armes et au contrôle de soi.

Seth entame une longue initiation, où souffrance et privation seront son quotidien. Sera t-il prêt à temps pour venger la mort de ses parents ?

Critique :
Dans ce deuxième tome, on clôt l’arc narratif de la vengeance de Seth.

Notre jeune garçon est parti avec son oncle, le Bouncer, pour apprendre à manier les armes, chez celui qui apprit à son oncle à se battre.

L’apprentissage du jeune Padawan ne sera pas chose facile mais au moins, les auteurs ne se sont pas trop épanché dessus, ne nous faisant partager que les scènes les plus mythiques.

Si j’avais trouvé que dans le premier album, le scénariste semblait avoir mis toutes les horreurs possibles et imaginables, toutes les perversions, tout ce qui était le plus abject, il s’est un peu calmé dans son deuxième tome, même si nous sommes toujours très loin de La Petite Maison Dans La Prairie (et heureusement que nous en sommes loin).

L’Ouest dépeint est plus réaliste que celui de Lucky Luke, il est violent, fait de morts, d’attaques de diligence, de ségrégation, de petits esprits, de violences et de morts par les armes à feux.

Si j’ai trouvé que Seth tombait un peu trop vite amoureux et que son histoire d’amûr n’était pas réaliste, tout le reste était profond à souhait et le dilemme dans lequel ses pères littéraires vont le placer est pervers à souhait. Ça, par contre, j’adore !

Le final est assez conventionnel, même si on a une pointe d’horreur avec le diamant retrouvé (je ne vous dirai pas où il était caché) et il termine d’une manière honorable l’arc narratif commencé dans le tome 1.

Si après ces deux albums, la série n’avait pas continué, les lecteurs ne seraient pas restés sur leur faim.

De nos jours, ceux qui n’en veulent plus peuvent s’arrêter après deux stations s’ils estiment que leur chemin de croix fut assez laborieux, mais moi, je continuerai l’aventure car je suis curieuse de voir ce que les tomes suivants me réservent.

Bouncer, ça avait mal commencé entre nous et là, ça c’est réchauffé.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°102].

Histoire d’une baleine blanche : Luis Sepúlveda

Titre : Histoire d’une baleine blanche

Auteur : Luis Sepúlveda
Édition : Métailié Bibliothèque hispano-américaine (12/09/2019)
Édition Originale : Historia de una ballena blanca (2019)
Traduction : Anne-Marie Métailié

Résumé :
Au large de la Patagonie une baleine blanche est chargée de protéger les morts mapuches puis, lorsque la fin des temps sera venue, de guider toutes les âmes au-delà de l’horizon.

Tout est prévu et écrit dans le temps des mythologies. Cependant l’homme vit dans un monde où tout bouge et, au XIXe siècle, la chasse à la baleine se développe.

La baleine blanche va devoir défendre son monde immobile contre ces prédateurs, en particulier le baleinier Essex du capitaine Achab. Elle va livrer une guerre sans merci aux baleiniers et devenir un grand mythe de la littérature.

Luis Sepúlveda nous raconte cette histoire du point de vue de la baleine blanche qui nous explique comment elle vit et s’intègre dans l’ordre du monde, ce qu’elle découvre des hommes, sa mission secrète, puis sa guerre et les mystères qu’elle protège.

Enfin, c’est la mer qui nous parle.

Critique :
C’est avec retard que je découvre l’oeuvre littéraire de Luis Sepúlveda, décédé il y a peu.

Après avoir lu de lui un roman noir, je voulais voir ce que sa plume offrait dans un conte.

Sans être très souple, j’adore faire des grands écarts littéraire, les risques sont moins grands que de le faire en vrai, façon JCVD entre deux chaises (ou camions).

Un conte illustré qui m’a emporté loin de chez moi, au milieu de l’océan, près des côtes chilienne (coucou Rachel !), en compagnie d’un cachalot blanc.

Première fois de ma vie de lectrice que j’ai un cachalot en tant que narrateur d’une histoire pleine de poésie, de respect de la nature mais aussi de surpêche et de violence dans la manière de chasser les baleines pour prélever leur suif.

Au travers d’une légende, l’auteur nous parle du peuple des lafkenche qui respectent la nature et en appelle à quatre vieilles femmes pour transporter leurs morts dans une autre île. Une fois dans l’eau, ces vieilles dames se transforment en baleines et se retrouvent sous la protection de notre cachalot blanc.

Tout en apprenant quelques détails de la vie des cétacés, on a envie aussi de hurler « Cétacé, arrêtez de les chasser ! » tant le récit des harpons se plantant dans leur chair donne l’impression que c’est dans la nôtre qu’ils se plantent.

Il y a un océan d’émotions, dans ces pages, un gulf-stream qui vous emporte dans ses flots et vous dépose ailleurs, dans un monde inconnu mais peuplé de mammifères marins en voie de disparition.

Ballotté dans des courants marins violents, le lecteur est mis face à une dichotomie entre des gens de la mer qui ne prélève que le strict nécessaire pour vivre et de l’autre,  des marins qui veulent exploiter toutes les baleines pour les transformer, notamment, en huile pour leurs lampes, afin de ne pas avoir peur du noir.

Une société de consommation qui était déjà en branle dans ce 19ème siècle et qui pensait que tout était infini dans les stocks naturels.

Une très belle histoire qui nous est contée par Mocha Dick, une baleine blanche, qui, d’après ce que j’ai appris, a servi d’inspiration à Herman Melville pour son Moby Dick. Mieux, Mocha Dick a vraiment existé et on lui a donné la parole.

Le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 05] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°06].

La fin de l’histoire : Luis Sepúlveda

Titre : La fin de l’histoire

Auteur : Luis Sepúlveda
Édition : Métailié Bibliothèque hispano-américaine (02/03/2017)
Édition Originale : El Fin de la Historia (2016)
Traduction : David Fauquemberg

Résumé :
Juan Belmonte a mené toutes les batailles de la fin du XXe siècle sur le continent sud-américain, d’abord aux côtés d’Allende, puis des sandinistes au Nicaragua.

Depuis des années il a déposé les armes et vit en Patagonie près de la mer avec sa compagne, Verónica, qui ne s’est pas encore complètement relevée des tortures qu’elle a subies sous la dictature de Pinochet.

Mais son passé le rattrape, et les services secrets russes qui connaissent ses talents d’agent clandestin et de sniper vont le forcer à leur prêter main forte.

À l’autre bout du monde, un groupe de cosaques nostalgiques a décidé de libérer le descendant du dernier ataman, Miguel Krassnoff. Fils des cosaques russes qui ont participé à la Deuxième Guerre mondiale dans les régiments SS, Krassnoff est devenu général de l’armée de Pinochet, avant d’être emprisonné à Santiago pour sa participation à la répression et à la torture pendant la dictature militaire.

Et Belmonte a de bons motifs de haïr “le cosaque”, des motifs très personnels.

Critique :
Chili… La dictature de Pinochet, les tortures, les gens disparus, l’exil…

On brasse large, dans le roman de feu Sepúlveda, que ce soit au niveau des pays et de la ligne du temps.

D’ailleurs, j’ai croisé Poutine dans son bureau, des cosaques, des Russes, des communistes, des anciens guérilleros…

Désolé, on a peut de beau linge dans les pages de ce roman sombre, noir, mais puissant comme le café du matin, celui qui vous botte les fesses.

Je ne sais pas ce que l’Histoire officielle a dissimulé (beaucoup de choses) mais au moins, la littérature en dévoile une partie, même si la réalité dépassera toujours la fiction.

Les personnages de l’auteur ne sont pas des enfants de coeur et Juan Belmonte, le principal, a un passé violent, trouble, un passé de guérillero. Il a fuit le Chili d’Augusto Pinochet, à été ensuite formé dans une école militaire russe qui a fait de lui un sniper, avant qu’il ne finisse chez les sandinistes au Nicaragua et dans la guerilla bolivienne.

Il a beau vivre dans un bled paumé de la Patagonie (je suis abonnée à cette terre, moi), les enfoirés de pute de fils vous retrouvent toujours pour vous confier une nouvelle mission, sinon, des choses enfouies pourraient resurgir dans les mains des keufs.

Difficile de ne pas s’attacher à Belmonte, à son ami, qui, avec lui, veille sur Veronica, sa compagne brisée par les tortures.

La fin de l’histoire commence dans un sens, va dans un autre, brouille les cartes, les pistes, pour se terminer avec une intensité infernale. J’avais le doigt crispé et je ne vous dirai pas mes pensées, mais elles furent à l’opposées de ce que fera Belmonte finalement. Veronica a plus de force que moi.

Avec Sepúlveda, on empoigne un AK-47 ou un Uzi et on dézingue les politiciens, au sens figuré, bien entendu et comme il reste des munitions (on est en illimité), on balancera aussi sur les escrocs de tout bord, surtout ceux qui ont les mains pleines de sang.

Faut suivre, sinon, on risque d’être largué, mais c’est tellement prenant que les sauts temporels et géographiques ne posent que peu de problèmes. La plume virevolte sur les pages et entraîne le lecteur dans une danse endiablé.

J’aurais aimé découvrir ce roman du vivant de l’auteur… Il était programmé pour le Mois Espagnol de Mai 2019 et puis je n’avais pas eu le temps. L’auteur étant décédé depuis peu, je ne pouvais plus reporter. Mais pourquoi diable n’aie-je pas trouvé le temps de le lire avant ?

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°219 et le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 04].

 

Le Pape terrible – Tome 4 – L’Amour est aveugle : Alejandro Jodorowsky & Theo

Titre : Le Pape terrible – Tome 4 – L’Amour est aveugle

Scénariste : Alejandro Jodorowsky
Dessinateur : Theo

Édition : Delcourt (21/08/2019)

Résumé :
1513, un nuage lugubre obscurcit le ciel de Rome alors que le glas de la grande cloche de l’église San Pietro peinte en noire sonne. Le Pape est mort.

Raphaël et Michel-Ange sont parmi les gardes suisses pour porter son cercueil vers son ultime demeure.

Machiavel, lui, demande en mariage Madame Imperia, la matrone du bordel où il a ses habitudes. Un jour comme un autre dans la ville éternelle…

Critique :
Le pape commence à avoir chaud aux miches, Louis XII veut le destituer, sans parachute doré, cela va sans dire.

Mais le vieux sagouin est machiavélique, encore plus que Machiavel car il sait comment manipuler les foules !

Sans caméras, sans télés, sans Internet, sans journalistes, Jules II va entuber son monde et porter la manipulation au rang d’oeuvre d’art.

Mon Dieu, la crédulité à encore de beaux jours devant elle.

Sans mal juger les personnes de cette époque puisque nous sommes en 1513 et que la religion est toujours l’opium du peuple. Maintenant, les gens ont un autre opium, mais il y en a toujours un, juste qu’il a changé de mains, de visage…

Anybref, avec ce quatrième album, on clôt la saga du Pape Terrible, avec encore une scène de cul dans une fontaine qui est nettement plus explicite que celle qui eut lieu un jour dans une piscine d’un loft sur TF1… La vache, on y va fort (niqué) et on la met profond.

Sexy, le général Gaston de Foix, autant nu qu’habillé… Mais l’amour foudroie ceux qui s’aiment, à tel point que notre Jules II veut devenir à présent un bon chrétien… Sans doute que se faire prendre dans une fontaine d’eau bénite aide à se sentir plus en phase avec sa croyance et le mode de vie honnête qui va avec…

Machiavel est un conteur qui raconte bien les histoires et, tout en s’amusant à jouer la bêbête à deux dos avec Madame Imperia, la matrone du bordel qu’il a demandé en mariage, il nous dévoile les dernières frasques du Pape plus que Terrible.

Les cathos risquent de ne pas aimer ce dernier album, mais bon, le risque est minime, le blasphème n’existe pas chez nous et n’est donc point puni. Taper sur le catho ne comportant aucun danger, allons-y gaiement.

Il est juste dommage que les auteurs ne contrebalancent pas ces hommes d’Église dépravés par de ceux qui étaient justes et faisaient leur job correctement, sans en arriver à ses jeux de pouvoirs malsains.

Tout n’est pas à jeter avec l’eau du bain et je n’ai pas souvenir que le message de Jésus était celui appliqué par les générations de papes, cardinaux, prêtres et autres. Ou alors, nous n’avons pas lu le même livre. Ou certains nous l’ont interprété comme ça les arrangeaient le mieux, afin de se faire un max de pognon. Mais pas tous.

On a beau avoir encore du cul et de la violence, ce dernier tome donne l’impression d’être plus soft que les précédents et même s’il ne suit pas l’Histoire réelle de Jules II, on sait tout de même que ce dernier n’était pas un homme sympa ni un saint.

Donc, prudence, n’avalez pas des couleuvres en lisant cette saga ! Pour le reste, avalez si vous voulez mais n’oubliez pas de vous brosser les dents après, pour garder l’haleine fraîche.

Une saga à ne pas laisser traîner devant les petits enfants, devant les cathos coincés, devant les coincés tout court. À savourer, à découvrir, sans pour autant la prendre comme parole d’évangile car l’Histoire n’est pas respectée à tous les étages.

Quant au tome 4, non seulement il clôture bien la saga, mais en plus, il nous la fout profond aussi et je ne déposerai pas plainte.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°204.

 

Le Pape terrible – Tome 3 – La pernicieuse vertu : Alejandro Jodorowsky et Theo

Titre : Le Pape terrible – Tome 3 – La pernicieuse vertu

Scénariste : Alejandro Jodorowsky
Dessinateur : Theo

Édition : Delcourt (23/10/2013)

Résumé :
Revenu de guerre, Machiavel profite de se ressourcer au bordel de Madame Imperia pour conter les campagnes victorieuses de Jules II.

Campagnes militaires puis amoureuses puisque Michel- Ange a accepté le chantier de la Sixtine et de partager la couche du Saint-Père en compagnie de son rival Raphaël.

Mais dans l’ombre, une autre bataille a commencé : les cardinaux veulent organiser le prochain conclave…

Critique :
Chateaubriand avait dit, en parlant de Talleyrand et de Fouché que c’était « le vice appuyé sur le bras du crime »…

S’il avait vu le pape Jules II en compagnie de Machiavel,  il aurait dit que c’était le vice appuyé sur le bras de la perfidie.

Cachez cette bédé qu’un catho pur jus ne saurait voir. Je n’ose imaginer la tête que ferait une des tantes un peu coincée de mon paternel si elle tombait sur pareille bédé…

On a du sang et des complots, des assassinats, des kidnapping, des demandes de rançons, des magouilles… Jusque là, rien de très horrifiant pour les coincés du culte.

Mais on a aussi du cul, des nichons, de la baise, de la sodomie, du stupre et de la fornication. Bon, rien de nouveau non plus, c’est Sodome et Gomorrhe et cette histoire se trouve dans l’Ancien Testament (ma préférée).

N’empêche que voir un pape qui se vautre dans la fornication à tour de bras (même si ce n’est pas avec ça qu’il prend son pied), ça pourrait choquer les grenouilles de bénitier.

On risque aussi de choquer les férus d’Histoire car il est impossible de restituer ce Pape Terrible dans la chronologie des guerres d’Italie.

Le scénariste est Jodorowsky ne s’embarrasse pas de ces détails et vous débite l’Histoire à sa sauce, donc, ne prenez surtout pas cette saga pour argent comptant, même si, dans l’Histoire, la vraie, ce genre de pape a forcément dû exister. Allez hop, me voici excommuniée à vie.

Apprécions ce volume pour les scènes d’action, pour les leçons dispensée par Machiavel, tandis qu’il s’enfonce dans de grosse matrones, apprécions les dessins, les couleurs et le récit couillu car il illustre très bien les guerres de pouvoir et tout ce qui va avec.

Mais gaffe à ne pas en faire trop non plus… Trop de scènes de cul tuent les scènes de cul ! On a beau savoir que le Pape Terrible est friand de jolis petits culs et des fricandelles boulettes qui vont avec, mais de grâce, ne perdons pas une partie de notre temps à le voir le tich en l’air !

Anybref, même si cette saga s’affranchi de l’Histoire, elle nous dépeint un personnage abject mais fascinant dans sa manière d’arriver à faire marcher les autres sur sa musique.

Jules II est cynique, sadique, voleur, manipulateur, dépravé, se prenant pour Dieu mais c’est un manipulateur hors-paire (de couill** – elle était trop tentante) et un stratège généralissime, mais le prix à payer, pour les autres, est exorbitant car sanglant.

Si Jules II est un salopard de première, il a de la concurrence car tous les cardinaux qui gravitent autour de lui ne pensent, eux-aussi, qu’au pouvoir, à l’argent et au cul. Ce sont de biens mauvais serviteurs de Dieu et ils sont aussi croyant qu’un chat, un chien, un cheval…

Malgré ses défauts, jusqu’à présent, j’ai apprécié cette saga impertinente et je me demande bien comment les auteurs vont nous la terminer.

PS : lu en septembre 2017 et je n’avais pas fait de fiche critique. Maintenant que j’avais enfin mis la main sur le tome 4, il m’a fallu revenir sur le 3, afin de me le remettre en mémoire.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°199.

Les chevaliers d’Heliopolis – Tome 1 – Nigredo, l’oeuvre au noir : Alejandro Jodorowsky & Jérémy

Titre : Les chevaliers d’Heliopolis – Tome 1 – Nigredo, l’oeuvre au noir

Scénariste : Alejandro Jodorowsky
Dessinateur : Jérémy

Édition : Glénat (17/05/2017)

Résumé :
Fin du XVIIIe siècle. Dans un monastère au Nord de l’Espagne se dissimule le temple sacré des Chevaliers d’Héliopolis : une assemblée d’alchimistes immortels et coupés du monde.

Alors que le disciple Dix-sept s’apprête à compléter sa formation et à intégrer l’ordre, son maître Fulcanelli dévoile aux autres chevaliers le terrible secret de ses origines.

Dix-Sept est en réalité le fils caché de Louis XVI et de Marie-Antoinette : le roi de France Louis XVII ! Héritier de cette destinée, le jeune homme va-t-il réclamer le trône qui lui est dû ou rester dans l’ombre, fidèle aux préceptes millénaires de l’Alchimie ?

Critique :
Hé bien, j’ai vu votre Louis XVI sous un angle jamais vu : son fessier royal !

Ça commençait fort avec ce roi qui devait chatouiller la vulve de sa femme avec une plume de paon royal afin qu’elle soit fertile et surtout, qu’ils arrivent à baiser ensemble !

J’ai pouffé de rire car ça m’a rappelé une vieille blague avec une feuille de palmier.

En tout cas, riez sous cape si vous voulez, mais 9 mois après l’introduction du sceptre royal dans la grotte aux merveilles, Louis XVII était né.

Je ne vais pas vous raconter l’Histoire de France et ce qui se passa en 1789 et plus tard, lorsque vos souverains perdirent la tête. Je connais tout ça aussi mais les auteurs ont pris quelques libertés avec l’Histoire en l’accommodant à la sauce fantastique et le résultat n’est pas si mal que ça.

Bon, j’ai haussé les sourcils d’étonnement face à un gorille qui sait se battre à l’épée, mais c’est le fait qu’il parle qui m’a le plus étonné. Bah, nous étions avec un groupe d’Immortels, alors, hein, nous n’étions plus à ça près !

Les dessins de Jérémy sont un plaisir pour les yeux, les couleurs aussi. Réalistes, somptueux dans les décor, ça donne déjà envie de feuilleter l’album pour les revoir une fois de plus.

Son trait me semblait connu et j’ai donc fait un petit tour sur Babelio pour en savoir plus. Bingo, je connaissais, en effet, puisque j’ai lu les deux premiers tomes de la saga de pirates « Baraccuda » dont je vous parlerai plus tard.

Le scénario prends quelques libertés avec l’Histoire, mais pas tant que ça et quand il le fait, il le fait bien. Ceci n’est pas tout à fait une uchronie même si, dans notre histoire, Louis XVII n’est pas mort. Il est encore un peu tôt pour savoir si nous allons nous diriger vers l’uchronie ou pas.

Ce premier album semble poser les bases, sans entrer trop dans les détails car nous ne savons pas à quoi servent chez Chevaliers d’Héliopolis, ni quel destin ils réservent au Dauphin qui, pour le moment, est un guerrier hors pair mais peine un peu à attirer notre capital sympathie.

Pour ses parents, ceux qui furent guillotiné, là, le capital sympathie est aux abonnés absents car il n’y a pas grand-chose pour les sauver ou les racheter. Le Roi est un salopard de violeur (dans la bédé, pour le reste, je ne l’ai pas connu) et son épouse une mère sans coeur.

Réalité historique (je ne connais pas tout et les témoins sont morts) ou pas, ce roi Louis XVI qui est un horrible personnage par tous les côtés ?

Premier tome qui pose les bases mais qui développe peu, nous laissant donc avec moult questions sans réponses. Réponses qui, je l’espère, seront apportées dans le tome suivant et pas tout à la fin de la saga ou jamais.

Ma curiosité est éveillée, j’ai loué le deuxième tome afin de me faire une idée plus précise et si ce n’est pas à la hauteur, je passerai à autre chose. Ce qui serait dommage car le graphisme est à la hauteur, lui.

Moi je ne demande qu’a poursuivre car j’ai pris du plaisir à ma lecture.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°112.

 

Les rues de Santiago : Boris Quercia

Titre : Les rues de Santiago

Auteur : Boris Quercia
Éditions : Asphalte (06/03/2014) / Livre de Poche (03/06/2015)
Édition Originale : Santiago quinones, Tira (2010)
Traducteur : Baptiste Chardon

Résumé :
Il fait froid, il est six heures du matin et Santiago n’a pas envie de tuer qui que ce soit.

Le problème, c’est qu’il est flic. Il est sur le point d’arrêter une bande de délinquants, dangereux mais peu expérimentés, et les délinquants inexpérimentés font toujours n’importe quoi…

Après avoir abattu un jeune homme de quinze ans lors d’une arrestation musclée, Santiago Quiñones, erre dans les rues de sa ville, Santiago du Chili, en traînant son dégoût.

C’est ainsi qu’il croise le chemin de la belle Ema Marin, une courtière en assurances qui semble savoir beaucoup de choses sur son passé.

Critique :
Vous connaissiez « Les rues de San-Francisco » et maintenant, on vous transpose la série au Chili pour en faire « Les rues de Santiago ».

Problème d’interprétation : les rues sont-elles celles de la ville chilienne ou celles du policier Santiago Quiñones ?

Puisque j’avais commencé la trilogie de Quiñones par le tome 2 puis le tome 3, je me devais de la clôturer par le premier tome pour boucler la boucle et le découvrir un peu moins borderline que dans les suivants.

Juste un peu moins, je vous rassure de suite.

Santiago Quiñones est fidèle et égal à lui-même : un flic qui n’obéit à personne, qui mène ses propres investigations, selon ses méthodes, qui n’hésite jamais à sniffer un rail de coke, à boire de l’alcool, à baiser des femmes et à se foutre dans les emmerdes.

Après avoir fait un carton – sans le vouloir – sur un membre d’un gang, le voilà qui décide de suivre une jolie fille aux dents de travers. Oui, désolé, certains mecs aiment les gros nibards, d’autres les gros culs (ou les petits), mais Santiago ♫ hissez haut ♫  aime les filles aux dents de travers.

Santiago, c’est le flic qui aime aussi te raconter sa vie au travers de ses introspections, tout en parcourant sa ville, te la faisant découvrir par le petit bout de la lorgnette, autrement dit, basta les cartes postales, c’est le Chili brut que tu découvres.

Un meurtre qui arrive presque par hasard, une enquête qui n’en est pas tout à fait une, un Santiago dépassé, flouzé, sa tête mise à prix, ses hormones sexuelles bouillonnantes et la bite fièrement dressée qui va nous mener sur la solution presque sans le vouloir car sa manière d’enquêter reste atypique.

Un roman noir qui ouvre la trilogie d’une belle manière, un roman noir qui se lit très vite, sans pause, sans reprendre sa respiration, avec quelques notes d’humour noir. C’est dense, rythmé, sans que l’on ait le temps de s’ennuyer ou de trouver le temps long.

Un roman noir urbain qui fleure bon le polar hardboiled, la drogue, l’alcool, la poudre de révolver et le sexe, le tout porté par un flic désabusé, parfaitement humain, authentiquement humain, même, mais qui peut partir en vrille en quelques secondes avec tout les risques que cela comporte pour celui qui se retrouvera devant la gueule noir de son flingue.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le moi espagnol 2019 chez Sharon (Mai 2019).

La légende de Santiago : Boris Quercia

Titre : La légende de Santiago

Auteur : Boris Quercia
Édition : Asphalte Noir (11/10/2018)
Édition Originale : La sangre no es agua (2019)
Traducteur : Isabel Siklodi

Résumé :
Rien ne va plus pour Santiago Quiñones, flic à Santiago du Chili. Sa fiancée Marina ne l’aime plus, ses collègues policiers le méprisent, et il est rongé par la culpabilité depuis qu’il a aidé son beau-père, gravement malade, à mourir.

Aussi, quand il tombe sur le cadavre d’un trafiquant dans un resto chinois, son premier réflexe est d’empocher la demi-livre de cocaïne pure qu’il trouve également sur les lieux.

Un coup de pouce bienvenu pour traverser cette mauvaise passe, d’autant qu’on vient de lui confier une enquête sensible sur des meurtres racistes…

Mais ce faux pas ne va pas tarder à le rattraper.

Critique :
Me voici revenue du Chili où j’ai été enquêter sur des crimes lâches avec Santiago Quiñones.

Au passage, j’ai sniffé de la coke, subit un tremblement de terre, pris des coups dans la gueule, euthanasié son beau-père avec un coussin, cassé la gueule d’un pauvre innocent, et j’en passe.

– Toi, Santiago, quand tu fous la merde, tu ne la fous pas qu’à moitié.

C’est comme ça lorsqu’on suit les pas de Santiago Quiñones, on ne sait jamais trop dans quoi on va s’embarquer, juste que ce sera un truc assez barge, à la limite de la légalité, qu’on passera la ligne rouge de nombreuses fois car notre flic n’en est pas à une près. Je connais l’animal, ce n’était pas ma première.

Un clou chasse l’autre. Il y a toujours quelqu’un de plus méchant que toi, qui par comparaison te donne l’impression d’être un ange.

Niveau enquête, on ne peut pas dire non plus qu’on s’est foulé, Santiago et moi… Pas trop vite les gars, on ne se cherche pas du boulot non plus. Que les petits jeunes se fassent les dents sur les enquêtes, ils ne sont pas encore blasés, eux…

Moi, ça m’est égal, ils sont jeunes, ils débutent. Je demande à les voir dans quelques années, quand ils auront de la bedaine, quand ils éviteront de se mouiller, quand ils trahiront leurs propres principes et seront corrompus comme tout le monde. Mais je ne serai plus là pour le constater. Je serai certainement déjà quelques pieds sous terre, et cette enquête n’y changera rien.

Santiago Quiñones est un flic chilien qui n’entre dans aucune catégorie… Oubliez les fins limiers tels Sherlock Holmes, Hercule Poirot, Columbo et même Navarro, notre policier n’a rien reçu en héritage de ceux-là.

Les promotions ne sont pas pour lui, il est bordeline, ne s’embarrasse pas avec les règlements, sniffe de la coke volée, trompe sa femme, est un électron libre, vous montre un visage impassible en toutes circonstances et est poursuivi par sa « légende noire », comme il l’appelle.

« Je suis la pomme pourrie dans le panier, personne ne veut rester dans mes parages. Je suis l’exemple même du flic raté, qu’on montre du doigt aux nouveaux. Pour recadrer un petit jeune, j’ai entendu un collègue dire : « Si tu continues comme ça, tu vas finir comme Quiñones. » Je suis une légende, ils me croient capables de tout, et comme souvent dans les légendes, tout est faux. »

Peut-être que tout aurait été différent si je n’avais pas laissé les petits jeunes jouer aux détectives. Je serais allé droit au but, en commençant par passer les menottes au suspect et l’attacher à la cuisinière avant même de lui demander son nom. Mais c’est justement ce genre de réflexes qui m’ont toujours empêché de grimper les échelons. Je ne voulais pas en rajouter avec ma légende, je les ai laissés faire pour qu’ils apprennent le métier.

On ne se plonge pas dans un récit de Boris Quercia pour lire une enquête policière digne de ce nom : son flic est blasé, il n’enquête pas trop fort pour certains délits, bien que pour d’autres, il soit prêt à tuer les coupables, mais ce n’est pas en surchargeant ses narines de poudre blanche qu’on résout une affaire.

En fait, on lit l’auteur pour découvrir un portrait de la ville de Santiago du Chili comme aucun Tour Opérateur ne vous montrera. Avec Quiñones pour guide, on passe de l’autre côté du décor de carte postale et on explore les faces cachées et sombres de la faune chilienne.

Le Chinois a trois fils, tous délinquants – ils doivent avoir repris le flambeau. Un banal changement de gérance. Tant qu’il y aura des acheteurs, il y aura des vendeurs. À quoi ça sert de mettre en taule le dealer de service ? À rien, il sera remplacé par un autre et tout continuera comme d’habitude, eux qui trafiquent et nous à leurs trousses. C’est l’heure de la récré, on va tous dans la cour jouer aux gendarmes et aux voleurs.

Dans ce pays, c’est pas la modestie qui nous étouffe. Tout le monde sait comment améliorer notre économie, mais bizarrement, ça continue d’aller mal.

La première fois qu’on lit Quercia, on pourrait être perturbé par ses multiples retours en arrière afin d’explorer la vie de ses personnages, mais une fois qu’on a pris le pli (il vient très vite), on s’amuse de cette manière de faire redescendre l’adrénaline et de faire durer le suspense.

Pas de temps mort, même lorsque notre flic est face à sa mère qui ne se remet pas de la mort de son second mari, même face à ses problèmes avec son demi-frère qu’il vient de rencontrer ou face à ses aventures sexuelles assez folles (on est vachement plan-plan face à Santiago !!) ou ses soucis avec le contrôle anti-dopage.

Elle met de la poudre sur ma bite, dure comme un bâton. Elle ressemble à un beignet couvert de sucre glace.
Ensuite elle revient sur moi, me montrant son dos, et guide doucement ma bite jusqu’à son cul. Elle m’enfourche petit à petit et je rentre en elle doucement jusqu’à ce que ses fesses se posent sur mes hanches. On reste un moment comme ça, sans bouger. Angélica gémit. On ne bouge pas, mais elle me serre puis relâche à l’intérieur et c’est comme si elle me suçait. La coke se mêle à notre sang comme si des milliers de points traçaient des lignes de plaisir qui vont jusque dans ma tête. Angélica gémit encore et commence à bouger doucement en avant et en arrière, jusqu’à ce que j’explose en elle.

« Elle ne m’a jamais laissé l’enculer, il me dit, complètement bourré, un peu amusé et à la fois désemparé.
– C’est parce que tu ne bandes pas, gros lard… »

C’est toujours avec brio que l’auteur relance la machine, sans qu’elle s’essouffle et sans faire d’esbroufe car les emmerdes qui surgissent dans la vie de Santiago suffisent à alimenter la machine, le tout pimenté de soucis avec un peu tout le monde, que ce soit des bandits, des flics, sa mère ou des femmes un peu trop fatales.

Coucher avec Angélica de temps en temps réveillait mon amour pour Marina. Évidemment, il est impossible d’expliquer ça à ta femme.

Les 250 pages passent trop vite et on se surprend, au moment de tourner la dernière page, d’en redemander encore un peu plus. Merde, c’est fini…

Un roman brutal, sombre, violent, dont le personnage principal par en long dérapage incontrôlé et voit sa vie de merde partir en couilles sans qu’il ne puisse rien faire d’autres que de s’enfoncer un peu plus dans les ennuis car c’est plus fort que lui, Santiago a un côté destructeur.

Un flic torturé, déglingué, cynique, sarcastique, adepte de sexe et de coke, sans oublier les cigarettes et qui voit sa ville changer sous ses yeux, avec l’augmentation de la pédophilie, la montée de la xénophobie et des extrémistes en tout genre, prêt à tout pour rendre le Chili aux Chiliens.

Il nous insulte copieusement et nous sort le typique « vous ne savez pas à qui vous avez affaire », ainsi que l’autre grand classique de ceux qui regardent beaucoup la télé : « Je veux parler à mon avocat. » Il me gonfle tellement que je lui lance :
« Ton costume nazi, il est dans le coffre ? Ou c’est ton petit noir qui te le repasse ? »

C’est fantastique d’être chef, on peut dire une chose un jour et son contraire le lendemain, et ça passe crème. On ne demande de la cohérence qu’aux subalternes.

Allez, je pourrai encore un peu profiter de mon flic borderline avec le premier tome de la trilogie, le seul que je n’aie pas encore lu (Les rues de Santiago).

Personne n’a jamais rien fait, personne n’est jamais coupable de rien. Tout le monde a toujours de bonnes raisons, des politiciens véreux aux pédophiles. Les premiers disent que c’est la seule façon de financer la politique, les seconds que les enfants les ont provoqués, mais ils sont tous innocents, c’est toujours les circonstances.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).