Les enquêtes de Lord Harold, douzième du nom – Tome 2 – Trois petites souris : Philippe Charlot et Xavier Fourquemin

Titre : Les enquêtes de Lord Harold, douzième du nom – T02 – Trois petites souris

Scénariste : Philippe Charlot
Dessinateur : Xavier Fourquemin

Édition : Vents d’Ouest (10/02/2021)

Résumé :
A Blackchurch, Lord Harold enquête sur une affaire de bétail noyé. Il se rend vite compte qu’il dérange dans ce quartier de Londres où personne, des hautes sphères de la société londonienne jusqu’à la pègre des bas-fonds, ne souhaite le voir fouiner.

Critique :
Ma premoère rencontre avec Lord Harold n’avait pas été concluante, mais comme j’avais décidé de lui laisser une seconde chance, j’ai tenu parole.

Le premier tome s’adressait avant tout à une public jeune, adepte d’humour potache et j’avais trouvé que le scénario manquait un peu de profondeur.

Ce deuxième tome relève le niveau : il y a toujours une dose d’humour, mais je l’ai trouvé moins potache, justement.

Le jeune Lord Harold, toujours au commissariat de Blackchurh (dans les bas-fonds), va s’employer à lever les mystères du premier album et à tenter de mettre fin à la conspiration menée par le méchant de l’album.

Bon, Lord Harold est un malin jeune homme, il a de la suite dans les idées et tel L’Agence Tout Risque version aristo, il va faire en sorte que le Méchant tombe dans ses filets.

Ça reste bon enfant, on a tout de même du mystère du suspense, des péripéties, des retournements de situations, des traitres, des pièges et l’ensemble tient la route, même si nous ne saurons pas comment Lord Harold construit certains de ses pièges…

Les auteurs ont tout de même poussé un peu plus loin la réflexion et sont allé plus loin qu’une simple affaire de rivalités entre deux bandes de malfrats dans le quartier malfamé. On a du complot, du beau complot. Peut-être pas crédible à 100%, mais pour les enfants, ça passera.

Les personnages sont un peu caricaturaux, sans trop de finesse, hormis pour les trois femmes du pub et les dessins de Xavier Fourquemin m’ont rappelés ceux de la saga du « Train des orphelins ».

Une bédé jeunesse qui remonte la pente par rapport au premier album, qui offre un charmant petit moment de lecture, qui offre aussi sa part de mystère et d’enquête. Lord Harold est un jeune homme sympathique, qui veut bien faire, tout en sachant qu’il devrai de temps en temps passer outre de la loi dans ce quartier.

Nous avons beau être dans les bas-fonds de Londres, dans un quartier pire que celui de Whitechapel, comme nous sommes dans de la bédé jeunesse, cela reste correct, pour ne pas froisser les plus jeunes.

Tout compte fait, c’est rafraichissant, ce deuxième volet ! On ne révolutionnera rien, mais cela offre quelques moments de détente, sans se prendre la tête, tout en ayant du plaisir, même si ça ne restera pas dans les annales.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°XX], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°XX], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages), Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°00], et le Haunted reading bingo du Challenge Halloween 2021 chez Lou & Hilde (Dark London / Jeunesse).

Grizzly : Nan Aurousseau

Titre : Grizzly

Auteur : Nan Aurousseau
Édition : Buchet/Chastel (06/05/2021)

Résumé :
Après des années de totale galère, Dan et Jon, deux vieux potes, ont décidé de s’associer. Depuis trois ans, leur camp installé en haute altitude dans les Rocheuses propose aux touristes un lieu exceptionnel et sauvage. Là, trek, randonnée, pêche, safari photos sont au programme.

Un client riche et inconscient a décidé, malgré une tempête de neige qui se prépare, de prendre des photos d’un énorme grizzly qui rôde dans le coin. À reculons, Dan part avec lui à la recherche de l’ours. Le client, malgré les injonctions de Dan, s’approche trop près de l’animal et se fait tuer.

La tempête se déchaîne et Dan se retrouve avec un cadavre sur les bras. Un mécanisme étrange s’enclenche dans son cerveau : il faut absolument se débarrasser du corps pour avoir la paix. Alors que le scénario qu’il échafaude est parfait, Dan, à la dernière minute, ne résiste pas à voler la montre du mort. Un objet de luxe qui le fascine.

À partir de là, les emmerdes vont s’accumuler…

Critique :
Dan, 57 ans, a loupé le coche : il a passé les 50 ans et il n’a pas encore sa montre de prestige !

Qu’à cela ne tienne, le possesseur d’une superbe montre vient justement d’avoir une confrontation violente avec une ourse et Dan en profite pour lui chiper sa superbe montre…

Et de cacher le corps, par la même occasion, pour éviter les ennuis et la mauvaise publicité.

Non, pour une fois, le 4ème de couverture n’était pas trop bavard, dès la première ligne, on se retrouve avec le client mortellement blessé par l’ourse. Comme dans Columbo, on sait ce qu’il s’est passé, mais on ne sait pas comment toute cette histoire va se terminer !

Ce roman est tout simplement déjanté, fou, burlesque, sombre, sanglant. Bref, en un mot, il est jouissif !

Impossible de savoir quelle direction va prendre l’histoire ! Le suspense est entier et tout se déroulera en huis-clos, durant une tempête de neige et on ira de surprises en surprises.

Partant d’un simple accident, d’une imbécilité commise par un citadin qui voulait LA photo avec une ourse, tout va s’enchaîner de manière inattendue, tout en restant logique, comme lorsqu’un domino tombe et entraîne les suivants dans une cascade.

Dan a retiré la pièce maîtresse d’un mikado, avec application (qu’il pense), mais cela a fragilisé toute la construction. Avec les délires Dan, qui possède une imagination folle, on va assister à cette pièce macabre, mais drôle (ou le contraire), jusqu’à la conclusion, impuissant devant les faits qui se déroulent sous nos yeux. Le tout pour notre plus grand plaisir.

Comment les personnages en sont arrivés là ? À cause d’une photo, d’une ourse pas contente, d’une tempête de neige, de la jalousie, d’une imagination débridée, d’une bite, de partie de jambes en l’air, de deux flics et d’un voisin vieux et puant…

Un roman court, intense, jouissif, avec un suspense maîtrisé, des personnages dont on saura peu de choses (pas besoin d’en savoir plus, ils se suffisent à eux-mêmes). Un excellent moment de lecture avec ce pauvre Dan et toutes les merdes qui vont lui arriver suite à ce vol d’une montre valant le prix d’un rein.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°79] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°90].

Le dernier chant : Sonja Delzongle

Titre : Le dernier chant

Auteur : Sonja Delzongle
Édition : Denoël Sueurs froides (31/03/2021)

Résumé :
Et si les animaux n’étaient que de malheureuses sentinelles…

C’est le bruit, qui tue. Le dernier chant. Il apporte la mort. Telle est la prédiction de la vieille Innu devant l’immense cimetière qu’est devenu le fleuve Saint-Laurent en ce matin d’août 2021. À perte de vue, des marsouins, des bélugas, quelques orques, flottent le ventre en l’air. Une hécatombe sans précédent.

Deux mois après, dans une réserve du Congo, les gorilles succombent eux aussi à un mal inexpliqué. Et, chose stupéfiante, les survivants, prostrés semblent pleurer…

Quel lien entre ces phénomènes qui se multiplient dans le monde ? A qui profite la disparition de ces êtres vivants ? C’est ce que se demande Shan, chercheuse à l’Institut de virologie de Grenoble, en découvrant le dossier déposé sur son bureau par un stagiaire.

La voilà décidée à mener l’enquête, seule. Mais déjà, des yeux la surveillent, quoi qu’elle fasse, où qu’elle s’envole… Et à l’approche de la vérité, Shan mettra en jeu non seulement ses convictions, mais aussi sa propre vie.

Critique :
Voilà un roman dont il ne me sera pas facile de faire la chronique car j’ai vécu des émotions intenses durant ma lecture et va falloir faire passer dans ma chronique.

A contrario, certaines petites choses ont eu tendance à moins bien passer durant ma lecture…

Commençons par le positif : les émotions ressenties durant la lecture ! Elles furent intenses, surtout au départ, avec les décès inexpliqués de plusieurs mammifères, dont des baleines et des gorilles. Ça vous prend aux tripes car l’autrice arrive à vous décrire cette hécatombe sans pour autant en faire des tonnes.

C’est un polar écologique d’anticipation, mais on se doute qu’il ne faudra pas attendre des centaines d’années pour arriver à ce genre d’extinctions de masse… La date butoir est plus proche qu’on ne le pense. Je dirais même plus, ça a commencé depuis longtemps !

Anybref, cette première partie est intense et bourrée de suspense, de mystères, à tel point que je me demandais comment l’autrice allait se dépatouiller de tout cela dans le final du roman : de manière folle ou en restant les pieds sur terre ? Ouf, elle n’a pas suivi le chant des mauvaises sirènes…

L’avantage de ce polar écologique, c’est qu’en plus d’être addictif, bien écrit, il vous envoie vous coucher moins bête qu’avant, vous pousse à des réflexions et donne matière à réfléchir sur notre mode de vie toujours plus fou, exagéré, bourré de gaspillage, de douleurs animales, de foutage des ressources de la planète en l’air…

Les personnages croisés sont bien campés, bien typés, j’ai apprécié celui de Shan, la scientifique, qui est un personnage fort complexe et rempli de fêlures : débarquée de son pays en France, ce ne fut pas rose tout les jours, les Blancs ayant tendance au dénigrement des autres.

Pourtant, Shan, qui est intelligente, aura parfois un comportement un peu imbécile : se ruer sur des évidences un peu trop grosses, faire confiance à des gens qu’elle ne connait pas, discute avec un Deadbot sans y voir malice et fait du quad deux jours après sa sortie de l’hôpital (non, je ne crois qu’après ÇA, il soit indiqué de faire du quad, mais je ne suis pas médecin). Les HPI ne sont pas toujours les plus intelligents…

Dans le récit, qui à un moment donné vire vers quelques théories complotistes (les personnages pensent ce qu’ils veulent, pas obligé de les croire sur parole), l’autrice nous parle du « covirus », nous rappelant ce que nous avons vécu, mais sans aller plus loin. Il semble d’ailleurs terminé puisque personne ne porte de masque et que tout le monde vit l’un sur l’autre (la vie d’avant !). Alors, pourquoi en parler ? On aurait pu le bazarder de l’équation.

Détail sans importance, je vous l’accorde. Là où le bât a blessé grave sa mère (je parle d’jeun’s), c’est dans le final, version Zorro qui arrive pile au bon moment, sorte de deus ex machina qui n’arrive que dans les romans ou les films (dans la vie réelle, cours toujours) et dans le fait que les Grands Méchants ont tout des stéréotypes des méchants croisés dans des films drôles et débiles : zéro crédibilité ! Dommage.

Si le départ avait été correctement amorcé, bourré d’émotions en tout genre, de mystères, de suspense, de questionnements, ça se détériore un peu dans la seconde partie.

Les théories complotistes viennent se mélanger avec d’autres théories abordées dans le  récit, le rendant chaotique. Cela donne l’impression que l’autrice veut trop en faire, trop mettre de sujets différents dans son récit, on s’éparpille un peu au lieu de ce concentrer sur ce qui nous avait fait mener l’enquête du début.

N’allez pas croire que ces bémols ont gâchés ma lecture, le positif l’emportera sur les points négatifs. Le récit est entraînant et diaboliquement efficace.

Que faisons-nous subir à la Terre et aux animaux ? La Terre nous survivra, elle a connu pire que les virus que sont les Humains.

Mais nous ? Survivrons-nous alors qu’on se tire des balles dans les pieds, qu’on (nous) scie les branches sur lesquelles nous sommes assis ? Il me restera des questions sans réponse… Un jour, on le saura et il sera trop tard…

Un thriller écologique qui apporte des émotions, des questionnements et qui est terriblement addictif. À découvrir, malgré ses petits défauts…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°77], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°89]. et le Haunted reading bingo du Challenge Halloween 2021 chez Lou & Hilde (Écologie).

Le passager sans visage – Grace Campbell 02 : Nicolas Beuglet

Titre : Le passager sans visage – Grace Campbell 02

Auteur : Nicolas Beuglet
Édition : Xo Editions (16/09/2021)

Résumé :
« Tu n’es pas seule à chercher »…

Ce mot anonyme laissé sur son paillasson est plus qu’un appel : un électrochoc. Cette fois, l’inspectrice Grace Campbell le sait, elle n’a pas le choix. Elle doit ouvrir la porte blindée du cabinet situé au fond de son appartement. Et accepter de se confronter au secret qui la hante depuis tant d’années…

Des confins de la campagne écossaise aux profondeurs de la Forêt-noire où prend vie le conte le plus glaçant de notre enfance, jamais Grace n’aurait pu imaginer monter dans ce train surgi de nulle part et affronter le Passager sans visage…

Avec ce thriller au suspense angoissant, Nicolas Beuglet nous plonge dans les perversions les plus terribles de nos sociétés. Et, au passage, nous interroge : et si parmi les puissants qui régissent le monde se cachaient aussi des monstres sans visage ?

Un train, un passager sans visage, une organisation terrifiante.

Critique :
Nicolas Beuglet ne se contente pas de nous pondre des thrillers plan-plan.

Non, il pousse toujours le curseur plus haut, plus loin et s’appuie sur de la documentation ou des faits réels dont on aurait aimé qu’ils ne fussent que de la fiction sortie tout droit de l’imagination un peu folle de l’auteur.

Hélas non… C’est ce qui le rend encore pus glaçant une fois la lecture terminée, comme si ce ne l’était déjà pas assez durant la lecture, en imaginant qu’une telle abomination ait pu avoir lieu.

Ce thriller est addictif, une fois commencé, il est difficile de le fermer. Surtout que l’on découvre enfin ce que cachait la pièce secrète de l’inspectrice Grace Campbell. Entre nous, je n’avais pas imaginé ça ainsi, je pensais le secret plus glauque. L’horreur arrivera ensuite, bien plus tard…

S’appuyant sur ce que je pensais n’être qu’une légende, un conte pour enfants pas sages, l’auteur développera une autre théorie, une de celle qui rend ce conte encore plus terrible que ce qu’il est déjà au départ… Entre nous, les contes pour enfants ne sont pas des histoires à raconter le soir à des gosses, ils sont tous horribles !

Puis, se nourrissant de ces théories, le récit poursuivra sa route en englobant aussi des faits de sociétés bien connus que sont ces maudits réseaux sociaux. Utilisés à bon escient, ils permettent de faire de belles rencontres, d’échanger des idées, des points de vue intéressants, mais mal utilisés, ils sont comme du vent et de l’essence sur des braises.

Au rayon des bémols, il faudra prendre en compte le fait que tout se déroulera toujours super bien pour notre inspectrice, même si, au passage, elle dégommera des gens sans sourciller (puis aura des états d’âmes pour d’autres qui ne les méritent pas), se sortira de tous les pièges, résoudra toutes les énigmes et, cerise sur le gâteau, se fera aider par un ancien personnage que je n’aurais jamais vu dans ce rôle là.

Bon, si Grace Campbell avait eu des difficultés pour son enquête, le roman aurait fait 600 pages et aurait surtout manqué de rythme. Ma foi, je préfère ainsi, même si ça manque un peu de crédibilité, que les personnages sont un brin manichéistes.

Ce récit est glaçant, horrible, surtout lorsque l’auteur prononce un mot devenu tabou en Belgique et ce n’est pas « crise gouvernementale » ou « querelles linguistiques » ! Un mot qui a fait tout trembler chez nous, provoquant des refontes et une fusion police-gendarmerie. Ce mot que l’on ne veut pas imaginer…

Oui, les sujets abordés dans ce thriller sont horribles, encore plus lorsque l’on comprend que ce n’est pas de la fiction, que ces horreurs ont eu lieu et que personne n’a moufté, que personne n’a été inquiété, jugé ou condamné. À se demander si les gens n’étaient pas devenus fous pour oser cautionner une telle abomination.

Moi qui pensais qu’on avait touché le fonds des horreurs humaines, j’ai été bien naïve ! La réalité dépassera toujours la fiction…

Un thriller intelligent, mené tambour battant, qui nous fera suivre bien des pistes qui sembleront farfelues avant que tout ne s’emboîte parfaitement et ne nous laisse, une fois de plus, sur le cul.

Vivement la suite !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°73].

Mages – Tome 5 – Shannon : Jean-Luc Istin, Ornella Savarese et Kyko Duarte

Titre : Mages – Tome 5 – Shannon

Scénariste : Jean-Luc Istin
Dessinateur : Ornella Savarese et Kyko Duarte

Édition : Soleil (23/06/2021)

Résumé :
Shannon doit protéger sa cité mais tout se complique lorsque des enfants découvrent un trou au sous-sol d’une maison où ils sont aspirés puis recrachés. Depuis, ils sont, comment dire… différents.

À ces faits s’ajoute la mort du maître des archives. Une mort accidentelle ? Peut-être pas.

Shannon mène l’enquête et celle-ci la mène aux enfants, ces enfants qui semblent obéir à une entité étrangère.

Critique :
♫ Possédés, tout le village était possédé ♫ Inutile de fuir ou de lutter ♪ C’est écrit dans votre destinée ♪ Tu ne pourras pas y échapper ♫ C’est gravé ♪ (*)

Shannon a bien grandi. Nous avions croisé sa route dans le premier tome des Mages et là voici en poste dans une petite ville, chargée de la protéger.

La règle est ainsi pour les Mages, ils doivent prêter allégeance à un seigneur.

L’Ordre des Ombres en a décidé ainsi : faut les surveiller, ces Mages rempli de puissance, car c’est à cause d’une mauvaise interprétation des augures que la guerre des goules a eu lieu. Maintenant, on les surveille, ces maudits Mages !

Le scénario est ultra classique : une entité qui a des tentacules comme le Cthulhu, prend possession des enfants, petit à petit, puis une brume vicieuse s’installe et qui sait ce qui pourrait traîner dans cette brume ? Les brumes comptent pas pour des prunes !

Les dessins de Kyko Duarte ne sont pas neufs pour moi, mais ici, sur certains visages, j’ai trouvé que les traits n’étaient pas toujours nets, bien formés… Ce sera mon seul bémol à ce niveau-là.

Le scénario est un vieux classique des films d’horreur, même s’il ne fout pas les chocottes tant que ça. Il y aurait eu sans doute moyen de pousser le curseur des frissons un peu plus haut. Malgré tout, le suspense est présent et la question qu’il se pose c’est : comment Shannon va-t-elle sauver le village, possédé par l’entité pieuvresque ?

Une enquête dans les vieux grimoires plus tard et notre Mage va pouvoir nous expliquer l’histoire de ce Cthulhu qui ne vit pas dans les abysses marines mais dans les bois. ♫ Promenons-nous dans les bois, tant que le Cthulhu n’y est pas ♪

Le final était bien parti et bardaf, deus ex machina… Ok, Shannon n’était sans doute pas assez puissante pour dégommer le poulpe des bois, mais présenté ainsi, ça fait Zorro qui arrive à temps (manquait plus que le café et les croissants) et qui sauve tout le monde. Un vieux classique, je vous le disais.

Cela ne m’a pas empêché de prendre du bon temps en lisant ce cinquième tome des Mages, même si j’aurais aimé que l’on me cuisine la soupe d’une autre manière.

Le final, par contre, laisse présager que les magouilleurs commencent à se mettre en place et que cela risque de nous donner des albums hautement intéressants pour le futur (en tout cas, je l’espère).

Les auteurs devront être attentifs et ne pas nous proposer des copiés-collés de ce qui a déjà été fait dans d’autres séries (télés, comics, bédés). Ce qui se prépare a déjà tellement été cuisinée qu’elle pourrait se révéler un cassage de gueule en beauté si les auteurs ne font pas gaffe.

(*) Destiné : Guy Marchand

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°72], et le Haunted reading bingo du Challenge Halloween 2021 chez Lou & Hilde (Bulles) et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 64 pages).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bretzel & beurre salé – 01 – Une enquête à Locmaria : Margot Le Moal et Jean Le Moal

Titre : Bretzel & beurre salé – 01 – Une enquête à Locmaria

Auteurs : Margot Le Moal et Jean Le Moal
Édition : Calmann-Lévy (31/03/2021)

Résumé :
Mais qui est le nouveau propriétaire mystère de la plus belle maison de Locmaria, celle de la pointe de Kerbrat ?

Tout ce paisible village du Finistère le guette depuis des semaines et voilà que débarque, en pleine tempête, Cathie Wald, une pimpante Strasbourgeoise. La cinquantaine, divorcée, caractère bien trempé, elle a décidé de prendre un nouveau départ en Bretagne, et d’ouvrir à Locmaria un restaurant de spécialités alsaciennes.

La plupart des habitants l’accueillent à bras ouverts, ravis de ce petit vent de changement. Mais certains voient son installation d’un mauvais oeil. Et ne tardent pas à lancer les hostilités. Après une soirée choucroute, un notable du village s’effondre, et Cathie est accusée de l’avoir empoisonné.

Une tentative de faire plier bagages à l’étrangère ? Quoi qu’il en soit, Cathie n’est pas du genre à se laisser intimider. Et rien ne l’arrêtera pour prouver l’innocence de sa choucroute traditionnelle, quitte à se lancer elle-même sur les traces du coupable !

Au propre comme au figuré, on se régale dans ce savoureux cosy crime à la mode bretonne !

Critique :
Quand on a tendance à foirer quelques lectures, il faut parfois lâcher du lest et aller vers une lecture de secours : un cosy mystery, qu’ils soit à la sauce anglaise ou française.

Lorsqu’on a lu quelques romans sombres, il est parfois salvateur de se dégoter une lecture légère qui fera du bien au moral, que l’on lira les doigts de pieds en éventail (même si ce n’est plus la saison) et qui relancera la machine.

Ce cosy crime était parfait pour ça et il a rempli sa mission avec brio : me détendre, me faire du bien au moral, sans mettre à mal mon cerveau fatigué.

Le pitch de départ est souvent le même : une nouvelle personne arrive dans un petit village, les locaux la regardent soit de travers, soit l’accueillent à bras ouverts et ensuite, les emmerdes arrivent en escadrille.

Bizarrement, comme dans le premier tome d’Agatha Raisin, une personne meurt après avoir mangé la choucroute de Cathie, la nouvelle (pour Agatha, c’était une quiche achetée). Les regards suspects se tournent donc vers Cathie Wald, la p’tite nouvelle dans ce village breton et les commentaires racistes fusent puisqu’elle est originaire d’Alsace.

Une fois de plus, les esprits de clocher sont de sortie, les ragots vont bon train, certaines personnes malveillantes en profitant pour en rajouter à la brouette de calomnies déversée sur cette pauvre Cathie.

Rien de neuf sous le soleil, tous les ingrédients du cosy crime sont réunis, ainsi que ceux qui font le fond de commerce de bien des séries télés ou romans : tout commence mal et ensuite, tout fini bien, les méchants sont châtiés et les bons triomphes. Simpliste, non réaliste, mais pour le moral, c’est bon.

Hélas, les personnages n’échapperont pas à la dichotomie : le méchant vilain pas beau cumule toutes les horreurs possibles, à tel point qu’on aimerait qu’il clamse et qu’on offrirait volontiers une médaille à son assassin (ou à sa meurtrière, pas de sexisme). Ses sbires ne valent pas mieux, ils sont méchants, bêtes et n’ont rien pour relever un peu leur portrait.

De l’autre côté, les gentils sont gentils (où sont leurs défauts ?) et Cathie est bourrée de qualités, même si elle semble avoir des petits secrets, qui ne seront pas dévoilé dans ce premier tome. Mystère !

Quant au résumé qui annonce qu’elle se lancera elle-même sur la trace du coupable, sans l’aide du journaliste, elle serait toujours à se demander qui a empoisonné sa choucroute, alors que j’avais trouvé son identité bien avant tout le monde, y compris les gendarmes !

Ce n’était pas complexe, ce n’est pas du Agatha Christie et une fois éliminé l’impossible, ce qui restait, pas si improbable que ça, ne pouvait être que la vérité. Puis j’ai même pensé à une complexité que les auteurs auraient pu faire et j’ai embrayé là-dessus et c’était bingo (bien que moi, j’avais complexifié un peu plus).

Donc, ce charmant petit cosy crime était des plus reposant pour mon petit cerveau fatigué… Il sentait bon l’iode et les embruns de la mer, mais il a aussi manqué des descriptions de paysages qui m’auraient aidé à voyager plus facilement et donné un autre ancrage à ce roman se déroulant dans le Finistère.

Attention, cela ne veut pas dire que ce policier breton est merdique, loin de là ! Il est juste fait pour passer un moment de lecture tranquille et sympa, sans se prendre la tête, sans faire fumer ses méninges, par contre, il risque de vous donner envie de bouffer de la flammekueche et autre spécialités culinaires. Mauvais pour la ligne, donc ! Mais si bon pour l’estomac… À défaut de paysage, nous aurons la gastronomie.

Un cosy mystery qui ne mange pas de pain (mais de la flammekueche), qui ne révolutionnera pas le monde du polar, qui ne fera pas de l’ombre aux romans policiers d’Agatha Christie, ni aux détectives du Yorkshire, mais qui, dans l’ensemble, a rempli son rôle de m’aérer l’esprit, de me détendre, de me donner du plaisir de lecture, sans que mon moral ne soit en berne.

Bref, il a rempli le contrat, ce qui n’est déjà pas si mal vu que d’autres livres, qui me faisaient super envie et avec lesquels je pensait passer des moments forts de lecture, se sont avérés me donner envie de les refermer après un ennui mortel durant ma lecture.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°71].

Manhattan Sunset : Roy Braverman

Titre : Manhattan Sunset

Auteur : Roy Braverman
Édition : Hugo & cie- Thriller (04/02/2021)

Résumé :
Il n’y a pas pire vengeance que ce qui blesse ceux qu’on aime. À moins qu’on ne les tue.

Il n’y a pas pire obsession qu’un fantôme qui vous hante. À moins que ce ne soit celui d’un ami.

Il n’y a pas pire crime que de tuer une enfant. À moins de la tuer deux fois.

Un New York sombre et violent, avec des rues comme des canyons dans lesquels la vie se perd et la mort s’engouffre. Avec fracas parfois, comme lorsqu’elle vient saisir une petite fille, retrouvée assassinée, le corps mutilé, au milieu d’un amas d’épaves de voitures.

En équilibre précaire, accroupi tout en haut d’une pile de carrosseries déglinguées, Pfiffelmann interroge son partenaire, l’inspecteur Donnelli : « Alors, tu en dis quoi ? ». Un début d’enquête somme toute normal.

Sauf que  » Pfiff  » est un fantôme, qui exige lui aussi la vérité sur les circonstances de sa mort. Comme si Donnelli n’avait pas déjà tout son soûl de crimes, d’obsessions et de vengeances. Comme si la ville ne lui avait pas déjà arraché un lourd tribut.

Critique :
New-York, la ville qui ne dort jamais…

Donnelli, inspecteur au NYPD, est un flic bourru, au gosier en pente, qui n’a pas beaucoup de respect pour sa nouvelle partenaire, qu’il surnomme Bleue-bite et en plus, il voit le fantôme de son ancien coéquipier, assassiné lors d’une perquisition qui a mal tournée.

Non seulement il le voit, mais en plus, Pfiffelmann, fantôme de son état, lui parle, l’aide dans son enquête et Donnelli lui répond, ce qui le fait passer pour un fou aux yeux des autres.

Le cadre est posé, ce polar ne sera pas comme les autres, même si nous partons avec le flic bourru, désabusé et à tendance alcoolo. Donnelli, c’est le flic qui n’arrive jamais au bon moment, qui ne tombe pas à pic, mais qui, tout comme Grouchy, arrive quand tout est terminé et que ses collègues sont morts.

Ceci est un polar violent, noir comme la crasse sur les buildings, noir comme le fond des rues des quartiers mal famés, noir comme un café torréfié avec des chaussettes sales et du charbon. Bref, cherchez pas la lumière, la rédemption, les bons sentiments, les Bisounours, il n’y en a pas !

Le seul moment lumineux sera au moment du Manhattanhenge, lorsque le soleil couchant et flamboyant prend la 42e rue en parfaite enfilade. Moment de grâce, temps suspendu avant le dur retour aux affaires et aux meurtres qui semblent précéder notre pauvre inspecteur Donnelli, à cran à cause du fantôme de son coéquipier.

Les dialogues sont savoureux, heureusement qu’ils ajoutent de temps en temps une petite note d’humour, sinon, ce roman serait à vous donner envie de ne plus espérer dans le genre humain. Entre des meurtres de sang-froid, des tortures animales, des enlèvements d’enfants, du trafic d’êtres humains et j’en passe, l’ambiance est aussi plombée qu’un cercueil.

Mon bémol sera pour la présence du fantôme de Pfiffelmann : non pas que je n’ai pas apprécié ce personnage qui détonne dans un univers policier, il a ajouté son impertinence, qui était la bienvenue. Non pas que je sois réfractaire au fantastique, le fantôme pouvant aussi symboliser la voix de la conscience de Donnelli et ma foi, nous avons tous fait des dialogues dans notre tête… Non ? Oups…

Ce qui m’a le plus gênée, c’est que le fantôme lui explique ce qu’il s’est passé durant son assassinat, alors qu’il n’y a pas eu de témoin et que Donnelli n’a jamais su ce qu’il s’était passé.

Ce genre de détail donne un ancrage trop réaliste au fantôme et là, ailleurs que dans du Harry Potter ou dans le film Ghost, ça coince un peu chez moi. On n’est pas dans la série Ghost Whisperer tout de même !

Un peu trop facile, encore un peu et c’est Pfiff le fantôme qui résout l’enquête ! D’ailleurs, j’ai compris assez vite qui était le coupable… C’était du très classique et ne sera pas mémorable.

Ce polar est assez  effréné au départ, les descriptions de New-York nous la font vivre de l’intérieur et ses personnages, bien que semblant stéréotypés au départ, s’échappent assez vite de la caricature pour prendre leur envol et nous offrir quelques belles passes d’armes dans certains dialogues en plus de la guerre entre les flics de base et les Men In Black du FBI…

Quand les éléphants se battent, c’est l’herbe qui trinque ! Autrement dit, à force de se tirer dans les pattes entre les différents services, le droit des victimes, lui, est bafoué et la justice, elle l’a dans le cul !

Le final est à la limite de ne plus savoir où donner de la tête tant les différents protagonistes de l’enquête arrivent de tous les côtés et comme souvent, trop c’est trop. Entre le NYPD, le FBI, la mafia lituanienne, les Russes, le MI6, ça fait trop de monde sur le pont.

Cet excès de protagonistes nuit au final de l’histoire. Tous ces rebondissements, après un petit essoufflement dans le récit, boostent le rythme, mais ne m’ont pas convaincue.

Manhattan Sunset est un polar du style hard-boiled, avec des durs à cuire, ce qui en fait un roman sombre, très sombre et très violent, sans possibilité de rémission. Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir…

Manhattan Sunset est plus pour un public avertit alors que Pasakukoo était plus dans le registre du polar de plage, celui qui fait du bien au moral. Ici, le moral est en berne, mais au moins, j’ai apprécié ma lecture, même si elle ne restera pas gravée dans ma mémoire.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°70].

 

Les soeurs de Montmorts : Jérôme Loubry

Titre : Les soeurs de Montmorts

Auteur : Jérôme Loubry
Édition : Calmann-Lévy (25/08/2021)

Résumé :
Novembre 2021. Julien Perrault vient d’être nommé chef de la police de Montmorts, village isolé desservi par une unique route. Alors qu’il s’imaginait atterrir au bout du monde, il découvre un endroit cossu, aux rues d’une propreté immaculée, et équipé d’un système de surveillance dernier cri.

Mais quelque chose détonne dans cette atmosphère trop calme.

Est-ce la silhouette menaçante de la montagne des Morts qui surplombe le village ? Les voix et les superstitions qui hantent les habitants ? Les décès violents qui jalonnent l’histoire des lieux ?

Critique :
Julien Perrault, flic, est allé chercher le calme dans le trou du cul de la France : Montmorts.

Là, il se dit qu’il va être pépère tranquille dans ce commissariat dont l’affaire la plus importante est un habitant qui cherche à la biblio un livre qui n’existe pas, d’un auteur qui n’existe pas et qui traite la bibliothécaire de salope.

Lui comme moi, nous nous attendions à débarquer dans un village peuplé de bouseux, sans électricité, sans wifi, avec des routes qui datent des guerres napoléoniennes et nous en avons été pour nos frais : le village est pimpant, bien pourvu, loin des décors collant habituellement aux idées que l’on se fait d’un trou perdu.

Pourtant, notre flic va passer une journée en enfer, ne sachant plus où donner de la tête, tel un John McClane (les muscles et les explosions en moins) ne sachant pas ce qu’il va lui arriver ensuite car il n’a pas lu le scénario, tout en se disant que s’il avait été au 36 Quai des Orfèvres, il aurait passé des journées plus paisibles !

Ce roman policier surfe allégrement avec le fantastique, limite surnaturel et jusqu’à l’explication finale, on se demande bien ce qui a pu arriver à certains habitants de Montmorts pour avoir le cerveau vidé de la sorte.

Auraient-ils tous regardé une chaîne de télé qui proposerait plus que du temps de cerveau à une boisson pétillante ? Nul ne le sait, mais j’ai eu beau faire fumer mes méninges, imaginer tout et n’importe quoi, je n’ai jamais réussi à trouver avant que l’auteur ne me foute le nez dedans.

L’auteur n’a pas peur de jouer avec ses lecteurs, de les entraîner là où l’on ne s’y attend pas, de nous mettre le cerveau à néant, de nous faire danser selon son tempo à lui et de laisser planer le doute, jusqu’au bout, sur côté surnaturel ou non de son récit.

Il m’aura juste manqué un petit quelque chose : durant tout mon récit, je ne me suis attachée à aucun personnage, ils auraient pu tous mourir sans que cela m’en touche une (de corde sensible). Dommage, cela aurait été un petit plus bien agréable que de vibrer en ayant peur pour leur vie.

Au moins, l’auteur a préféré donner plus de présence, d’épaisseur au village de Montmorts, faisant de lui un personnage à part entière, un protagoniste muet, mais bien présent et qui nous offre quelques atmosphères bien angoissantes de par ses lieux étranges er rempli de superstition ou d’anciens faits guère reluisants.

L’auteur a réussi à bien doser le  rythme de son récit, sans qu’il ne soit trop rapide ou trop lent, sans perte de régime, relançant la machine du mystère et du suspense sans trop en faire (et ça marche !), me donnant envie d’arriver au bout pour enfin savoir tout sur tout !

Il n’a pas succombé aux sirènes des actions rocambolesques dans le but de tenir son public en haleine, même si, durant le roman, nous aurons quelques scènes de folie, mais pas dans le but d’en rajouter, tout s’expliquera à la fin.

Si vous en avez marre de vous faire manipuler par les banquiers, assureurs, politiciens et autre prometteurs de beaux jours, venez vous faire manipuler par Jérôme Loubry : ça vous coûtera moins cher. Au moins, vous aurez le plaisir de dire, avec un grand sourire : putain, il m’a bien eu !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°69].

Sykes : Pierre Dubois et Dimitri Armand

Titre : Sykes

Scénariste : Pierre Dubois
Dessinateur : Dimitri Armand

Édition : Le Lombard (06/11/2015)

Résumé :
Lorsque « Sentence » Sykes pose le premier sabot dans ses collines natales, le jeune Jim Starret reconnaît immédiatement une légende de l’Ouest, digne des illustrés avec lesquels il a appris à lire.

Mais son nouveau héros n’est pas là lorsque la redoutable bande des Clayton assassine sa mère sous ses yeux.

Dès lors, Jim n’a plus qu’une obsession : rejoindre Sykes et participer à la traque. Il a déjà payé le prix du sang. Il ignore encore que ce sont ses démons qui forgent une légende du Far-West.

Critique :
La première planche est assez inquiétante : on y voit l’ombre d’un cavalier, sans que l’on sache si c’est un bandit ou un ami… En tout cas, elle illustre bien le calme avant la tempête.

Une fois de plus, nous sommes face à un western classique : des bandits, les Clayton, qui attaquent une ferme, qui assassinent, qui violent, qui ont des tas de cadavres derrière eux et un marshal, Sykes, lancé à leur poursuite, avec deux hommes pour l’aider.

Classique, oui, mais… Il y a quelques chose dans le regard blasé et fatigué de Sykes qui change tout. La soupe est vieille, certes, mais l’auteur avait le talent de la cuisiner autrement.

Sans courir, il prend le temps de nous présenter Sykes, de le faire rentrer dans sa chambre, de lui donner de l’épaisseur, de lui faire vivre un incident dans la ville où il a posé ses bagages.

Même dans le pistage de nos bandits, pas de galops effrénés, on va au pas, on suite la piste, on a la patience et l’intelligence de ne pas courir ventre à terre. On chevauche, mais on discute aussi et les dialogues sont aussi le sel de cette bédé.

Dans ce western crépusculaire, les salopards ne sont pas que les bandits, il y a aussi les gros magnats de la finance, les promoteurs, les politicards, qui veulent les terres des fermiers et qui sont prêt à tout pour les obtenir, même aux moyens extrêmes.

Les dessins sont réussis, c’est un régal pour les yeux, que ce soit les visages ou les décors grandioses de l’Ouest. L’agencement des cases est diversifié, peut nous donner de grands paysages en arrière-plan, ou des scènes sur deux cases l’une à côté de l’autre. En tout cas, c’est réussi en ce qui concerne les découpages et les couleurs.

Le scénario possède aussi quelques beaux moments, comme entre Sykes, marshal blasé par toutes ces années de fusillades, de morts, de vies fauchées et le jeune Jim qui regarde les armes à feu avec des étincelles d’envie dans les yeux et qui pense que la vie que Sykes a menée était une vie géniale.

Mon bémol sera pour le fait que le dénouement de cette poursuite est assez rapide. Trop rapide, même. J’avais pensé qu’en coursant le 5ème larron, nous aurions du rab, mais non, là aussi ce fut assez court, trop court et il a manqué quelques cases de plus afin de donner un rôle à ce fameux Révérend qui prêchait la violence ou lieu de la paix, ce mentor de la bande de Clayton.

Ce sera le seul bémol, tout le reste du final est conforme à l’Ouest, à nos deux hommes qui prennent de l’âge, à la fin d’une ère, de leur ère, celle des prairies remplies de bisons qui laissent place maintenant à de derricks tirant du pétrole.

Véritable western crépusculaire aux dessins magnifiques, Sykes donne un aperçu de ce qui arrive lorsqu’on regarde trop dans l’abîme, lorsque l’on continue de chasser sa baleine blanche, illustrée par tous les repris de justice du pays que l’on dégomme.

Qui vit par les armes périra par les armes et la mère du petit Jim avait bien raison, hélas. Les auteurs bouclent la boucle et le final est magnifique, même si empreint de tristesse.

La vie dans l’Ouest était dure, violente et la vie n’avait que peu de valeur face aux requins qui voulaient les terres que les premiers colons avaient prises lors de leur arrivée…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°63], Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur. et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 75 pages).

Orcs et Gobelins – Tome 14 – Shaaka : Sylvain Cordurié et Jean-Charles Poupard

Titre : Orcs et Gobelins – Tome 14 – Shaaka

Scénariste : Sylvain Cordurié
Dessinateur : Jean-Charles Poupard

Édition : Soleil (08/09/2021)

Résumé :
Longtemps, Shaaka a œuvré pour le Margrave Egilon. Mais lassée de risquer sa peau, elle a quitté son employeur. Jusqu’au jour où Egilon vient la trouver.

Pour s’emparer d’un gisement d’or en Ourann, il a fait empoisonner des points d’eau et a causé la mort de nombreux orcs, s’attirant les foudres d’un orc légendaire.

Pour sauver sa fille, il veut que Shaaka lui fasse quitter l’île d’Enghien.

Critique :
Cet album, je l’attendais impatiemment car il y avait une orc sur la couverture et, jusqu’à présent, si dans les univers Elfes et Nains, nous avions des femmes bien présentes, avec des rôles importants, il n’en était rien dans l’univers des Orcs & Gobelins.

Vu la race, il est difficile de faire dans la dentelle ou la finesse puisque nos culs verts sont spécialisés dans la baston.

Enfin, c’est surtout les Orcs qui aiment la castagne et les guerres, avec les gobelins, on a plus de marge…

Notre héroïne Orc, Shaaka, ne va pas déroger à la règle : elle est badass, a du muscle, sait se battre et est pourvue d’une forte poitrine. Messieurs, la faite pas chier, vous la trouverez et ça fera mal.

Le scénario est classique : un riche seigneur a voulu encore être plus riche, pour cela, fallait virer les Orcs qui se trouvaient sur les territoires et ce crétin n’a rien trouvé de mieux que d’aller faire empoisonner leurs sources.

Les Orcs qui veulent lui expliquer qu’on ne fait pas ce genre de saloperie, ce ne sont pas des enfants de coeur, loin de là. Et le seigneur de confier sa chieuse de fille à notre Orc Shaaka.

Un tandem disparate, ça marche toujours (au cinéma ou ailleurs), surtout si on a l’un des deux qui sait se battre, s’orienter, survivre dehors et pas l’autre qui a pété toute sa vie dans de la soie.

Surtout si l’une d’elle fut de nombreuses années aux ordres d’un seigneur et que l’autre est la vilaine fifille un peu trop gâtée par son pôpa et qui se pense supérieure aux Orcs puisque ceux-ci n’ont que le goût du meurtre dans le sang, oubliant que son père tua bien des êtres vivants pour augmenter sa richesse.

— Ta race a le goût du meurtre dans le sang !
— Si on va par là, la tienne aussi. Même si vos crocs sont moins apparents et que vos manières font parfois illusions.

Non, non, nous ne tomberons pas dans le registre de l’humour, ce tandem-ci, ce ne sont pas « Les compères » mais plus « Les fugitifs », sans les conneries de Pierre Richard, bien entendu. Ici, on est dans une chasse à l’Orc et à la fille du seigneur, tous les coups sont permis, tortures comprises.

Je ne suis pas déçue de ma lecture, même si elle restait conventionnelle dans l’ensemble (avec quelques surprises tout de même), mais j’avoue que pour la première héroïne Orcs de la saga, j’aurais préféré quelque chose de plus fin qu’une guerrière badass devant se coltiner le pur produit du capitalisme seigneurial des terres d’Arran.

Par contre, il y a un bel équilibre entre les Gentils qui ne le sont pas vraiment et les Méchants qui ne sont que les justiciers envoyés par les Orcs pour venger les familles mortes suite à l’empoisonnement des points d’eau.

Ce sont des machines à tuer, certes, mais la vengeance est leur but et on ne peut les blâmer. Quant à nos deux femmes, humaine et Orc, elles ne sont pas des philanthropes non plus et les fabricants d’armes qui les aideront encore moins, mais pas plus salauds que d’autres, ne faisant que vendre un produit demandé.

Oui, j’aurais aimé une autre histoire, mais celle-ci me convient tout de même car l’équilibre des goûts est atteint et le manichéisme n’est pas de mise dans ce récit. À noter qu’il y a tout de même une morale à cette histoire et que j’ai apprécié grandement le final.

On reste donc dans du bon avec ce nouvel album.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°60] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 54 pages).