Puzzle : Franck Thilliez [LC avec Bianca]

Titre : Puzzle

Auteur : Franck Thilliez
Édition : Fleuve Éditions (10/10/2013) / Presse Pocket (09/10/2014)

Résumé :
Accepteriez-vous de mourir… juste pour un jeu ?
Illan et Chloé, deux jeunes gens spécialistes des chasses au trésor ont longtemps rêvé de participer à la partie ultime.

Celle d’un jeu mystérieux dont on ne connaît pas l’entrée, mais dont on connaît le nom : Paranoïa.

Lorsque les deux amis sont enfin sélectionnés, on leur remet la règle numéro 1 : « Quoi qu’il arrive, rien de ce que vous allez vivre n’est la réalité. Il s’agit d’un jeu. »

Après plusieurs heures de route, ils arrivent devant un gigantesque bâtiment isolé en pleine montagne portant le nom de « Complexe psychiatrique de Swanessong » où ils sont informés de la règle numéro 2 :
« L’un d’entre vous va mourir. »

Quand les joueurs trouvent le premier cadavre, quand Illan découvre des informations liées à la disparition mystérieuse de ses parents, la distinction entre le jeu et la réalité est plus en plus difficile à établir…

Paranoïa peut alors réellement commencer…

Critique :
Huit grands joueurs accédèrent enfin au jeu Paranoïa,
Deux d’entre eux disparurent et seulement six il resta.
Les Six continuèrent le jeu, car tout ceci n’était que fiction,
L’un manqua et les Cinq n’eurent pas de soupçons,
Ramenés à Quatre, ils étaient toujours aussi cons,
De pas remarquer que ça faisait comme dans le roman d’Agatha,
Où à la fin, il ne reste plus que toi, lecteur lambda…

Ça faisait longtemps que je n’avais plus fait un marathon lecture : le temps merdique s’y prêtait, mon jour de congé aussi et, bien entendu, le roman de monsieur Thilliez !

Sacré Franck, va ! C’est pas la première fois que je dévore un de tes romans, mais avec autant de ferveur, je n’en avais plus souvenir (mais je vieilli aussi).

Par contre, mon cher Franck (Tu permets ? Parce que je me suis permise), étant une cinéphile honnête et une grande lectrice, je ne te cacherai pas que j’ai vu venir l’affaire de très très loin ! Pour ta défense, tu ne l’avais pas trop caché non plus…

Est-ce que ça a gâché mon plaisir de savoir à l’avance ce qui m’attendait à la fin ?? Que nenni ! Je savais, je me doutais, je soupçonnais, mais je m’en foutais, je lisais comme une dératée car tu as réussi à créer une ambiance de paranoïa comme j’adore les détester !

Ben oui, on a peur, on tremble, on est dans un huis-clos, le tout se déroulant dans un ancien hôpital psychiatrique désaffecté, avec des conditions météo adaptées et, malgré le fait que je me doutais, je ne pourrai pas nier que tu as su tisser les fil d’un mystère bien sadique et tortueux.

Les descriptions des machines à lobotomiser ou électrocuter les pauvres fous qui furent soignés au Swanessong m’ont fait froid dans le dos, car hélas, ceci n’était plus de la fiction…

— Bon Dieu, la voilà enfin, s’exclama Chloé en restant immobile dans l’encadrement d’une porte. La fameuse salle dédiée à la lobotomie préfrontale. L’une des toutes premières du genre, qui a fait la sombre réputation de cet hôpital.

Conseil à celui ou celle qui voudrait commencer ce roman : vaut mieux le faire au matin et un jour de congé, car si je l’avais ouvert au soir, j’aurais passé une nuit blanche dessus ! Tout en me doutant de l’issue…

C’est vous dire comment l’auteur a réussi à me scotcher à mes pages. Un talent, il a, c’est indéniable ! Je comprends que la clinique Elfique qui s’occupe de mon autre binôme de lecture lui écrive souvent pour se plaindre de l’état de Stelphique après lecture d’une de ses œuvres.

LC réalisée avec Bianca (lien vers sa chronique ICI). Merci à elle de m’avoir donné le choc électrique nécessaire pour enfin sortir ce roman de ma PAL où il prenait la poussière depuis sa sortie (il y a 3 ans).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).

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Les Enquêtes de Nicolas Le Floch – Tome 14 – Le Prince de Cochinchine : Jean-François Parrot

[Billet Bénévole de Dame Ida qui atteste une fois encore ne pas avoir reçu de tailleurs Chanel ou de salaire de la revue des Deux Mondes]

Titre : Les Enquêtes de Nicolas Le Floch – Tome 14 – Le Prince de Cochinchine

Auteur : Jean-François Parrot
Édition :

Résumé :
1787, Nicolas Le Floch de passage en Bretagne pour la naissance de son petit-fils retrouve son ami de jeunesse, Pigneau de Behaine, devenu évêque d’Adran.

Ce dernier est venu discuter une alliance entre le roi de Cochinchine et Louis XVI.

L’enquête du commissaire, pour meurtre, se trouve doublée d’affaires d’État où les intérêts du royaume sont fragilisés par les complots soutenus par la Triade.

Critique :
Or donc, lorsque fut venu le temps de procéder à mon bookshopping trimestriel avec une vieille amie (oh oui ! Elle a bien vingt ans de plus que moi… Comment ? Non ! Ce n’est la nouvelle doyenne des français ! Qui a dit ça ?), tandis que je furetais dans les rayons, je suis tombée sur le quatorzième volet tout chaud sorti du four, des enquêtes de Nicolas Le Floch, Commissaire au Châtelet dont j’ai eu le privilège de suivre la carrière assidument depuis ses débuts sous le règne de Louis XV…

Il va sans dire que je l’ai prestement ajouté à mon panier et que j’ai laissé ma PAL en souffrance souffrir un peu plus… Elle n’est plus à ça près la pauvre!

Élevé par le Chanoine Le Floch dont il portera le nom, il apprend qu’il est en réalité le bâtard et seul fils d’un Marquis de Ranreuil dont il hérite le titre.

Il lui faudra en revanche treize aventures pour éclaircir les mystères de la généalogie de sa branche maternelle qui lui réserveront des surprises assez conséquentes expliquant peut être à quoi il doit tous les petits coups de pouces qui ont fait de lui le Commissaire des « Affaires Extraordinaires » de la couronne.

Depuis que la petite vérole a emporté Louis XV, et a chassé la Du Barry de Versailles, le voilà au service de Sa Majesté Louis XVI depuis quelques volumes. Il semble que le compte à rebours avant le déclenchement de la Révolution française soit déjà bien avancé puisque cette aventure débute en 1787, soit deux ans avant la prise de la Bastille.

Le volume précédent évoquait déjà l’affaire du collier d’une reine à la réputation bien entamée.

Celui-ci évoque une insécurité croissante dans la capitale, et une détestation de plus en plus marquée du petit peuple pour l’aristocratie.

Une détestation qui est attisée en réalité par les spéculations discrètes d’une bourgeoisie toute aussi nuisible aux conditions économiques de vie du peuple que les abus des nobles… Bourgeoisie qui confisquera à son profit le pouvoir et qui laissera le peuple aussi pauvre qu’avant… Jusqu’à aujourd’hui.

Ainsi, Nicolas Le Floch s’est retiré en ses terres de Ranreuil avec son propre fils (né de sa liaison avec une ancienne périprostipute devenue Lady outre-manche et espionne pour le compte des français !), dont la femme vient d’accoucher de la troisième génération d’une lignée de Ranreuil où la bâtardise semble être devenue une tradition remontant à l’avant dernier règne.

Or, voilà que Nicolas qui se détend en folâtrant dans les vagues bretonnes échappe de peu à un attentat, et apprend en se réfugiant en son logis qu’un messager est venu lui apporter deux missives lui intimant de se rendre d’urgence à Paris…

Messager qui a pour tâche de l’escorter pour le protéger d’un nouvel attentat… et n’hésite pas à zigouiller un personnage fort suspect en chemin.

Une fois arrivé à Paris, Nicolas essaie de comprendre  pourquoi on l’avait mandé.

Vaine tentative puisque les signataires des deux billets qui avaient réclamé son retour semblent ne rien y comprendre et ne se souviennent pas d’avoir signé ou expédié quoi que ce soit.

L’ombre de Sartine, son ancien supérieur appelé depuis à de plus hautes et mystérieuses fonctions y serait-elle pour quelque chose?

L’idée ne manque de traverser la tête de notre héros. Dans ses tentatives pour éclaircir ce mystère, voià qu’il retrouve un de ses très vieux amis devenu évêque pour les Missions Etrangères, en charge de négociations pour le Roi de Cochinchine qui a laissé son propre fils encore bien jeune venir en France en signe de confiance à l’égard de la France…

Et voilà que Nicolas se trouve accusé du meurtre du messager qui l’avait escorté et qui s’avérait ne pas être qui il prétendait…

Une mésaventure qui vaudra à notre héros de visiter les geôles de la Bastille dont il sortira d’une façon assez rocambolesque.

Et qu’a donc à voir tout cela avec l’intrusion au sein des Missions Étrangères où le petit Prince de Cochinchine a failli être enlevé en même temps que fut dérobé le sceau de son père ?

Quelle est donc cette mystérieuse secte amanite qui ourdirait ses complots dans l’ombre ? Et que vient donc faire la Hollande dans ce bouillon de plus en plus obscur?

Ce que j’en ai pensé… ? Bon… Ben je suis un peu embêtée.

D’abord parce que je suis fan depuis le début du beau Marquis (celui de Ranreuil ! Pas celui de Sade !). C’est toujours avec impatience que j’attends le prochain volume de ses aventures (un peu comme on attend une nouvelle saison du Sherlock de la BBC !).

Certes, j’y ai retrouvé avec plaisir le style ampoulé que l’auteur emploie pour que son livre fleure bon le XVIIIème siècle…

Certes, j’y ai retrouvé le talent avec lequel il parvient à mêler la grande histoire à ses petites histoires, nous dressant un tableau assez fidèle et précis de la situation sociale et politique de l’époque…

Certes, c’est toujours avec tendresse que je retrouve ses personnages récurrents à la psychologie finement campée, comme on retrouve de vieux amis, et qu’il sait faire évoluer et vieillir au fil des années (allez savoir pourquoi mais j’ai une grande affection pour « La Paulet », mère maquerelle monstrueuse – rien à voir avec celle du film qui est jolie et classe – au langage fleuri et qui écorche les expressions métaphoriques de la langue française d’une façon plus que comique)…

Certes, j’ai regretté qu’il nous parle un peu moins cuisine (les précédents volumes étaient généreux en descriptions de recettes d’époque)…

Mais…

Mais j’ai eu un peu de mal à adhérer à l’intrigue… Ou du moins à ces deux intrigues dont on se demande quand elles vont (ou pas !) finir par se mêler et prendre du sens l’une par rapport à l’autre pratiquement jusqu’à la fin.

Ménager son suspens est une chose… Mais à force de le ménager on maintient là le lecteur dans une inconfortable perplexité qui m’a un peu gâté mon plaisir.

Ekhö Monde miroir – Tome 7 – Swinging London : Christophe Arleston & Alessandro Barbucci

Titre : Ekhö Monde miroir – Tome 7 – Swinging London

Scénariste : Christophe Arleston
Dessinateur : Alessandro Barbucci

Édition : Soleil (22/11/2017)

Résumé :
Au Royaume-Uni, la situation est des plus critiques. Il y a pénurie de thé et les Preshauns peinent à contrôler leur pendant bestial.

Les incidents se multiplient et les humains voient des choses qu’ils ne devraient pas voir. Yuri et Fourmille sont mandatés pour tirer ça au clair.

Coiffé d’un chapeau melon et bottée de cuir, ils vont, à l’ombre de Big Ben, mener l’enquête au milieu des bobbies et des punks.

Critique :
Que pourrait-il y avoir de pire que du Lapsang Souchong introuvable en Europe ? Une pénurie TOTALE de thé en Angleterre…

Jetez un seau d’eau glacée à la figure de tous les amateurs de thé, cette situation horrible se passe sur Ekhö, le monde miroir du nôtre !

Ça n’en reste pas moins une catastrophe internationale pour les Preshauns qui, sans ce breuvage divin pour les calmer, pourraient en arriver à se laisser aller à leurs penchants bestiaux et monstrueux…

Mais que fait Scotland Yard, good lord the bloody bastard ? Ben Scotland Yard, il sèche sur le mystère du thé qui disparaît des entrepôts !

Fourmille Gratule pourra bien coiffer la deerstalker qui n’est pas de Sherlock Holmes afin de résoudre cette affaire ô combien explosive !

Aidé du fidèle Yuri qui aimerait mélanger ses fluides téluriques aux siens, les voici enquêtant dans un Londres qui n’a rien de celui que nous connaissons puisque dans le monde miroir, aucune machine électrique ne fonctionne.

Depuis que j’ai découvert Ekhö dans mon Lanfeust Mag© (en vente dans toutes les bonnes librairies), je ne me lasse pas des enquêtes de Fourmille et de Yuri dans ce monde décalé qu’est Ekhö, et les savoir à Londres a augmenté mon plaisir.

Pour ceux qui ne connaitrait pas le prolifique scénariste qu’est Arleston, il convient de vous mettre en garde : il a de l’humour, beaucoup d’humour, il s’amuse à mélanger les codes de notre monde avec ceux des autres et à jouer avec les lieux communs d’un pays ou d’une ville.

Ce qui veut dire qu’en plus de l’action liée à l’enquête, qu’en plus des personnages drôles et attachants que sont Fourmille et Yuri, vous risquez aussi d’avoir des grands sourires bêtes devant certains faits détournés de notre société ou devant certains dialogues.

Moi, c’est ma tasse de plaisir, lire les aventures de Foumille et en plus, la voir se faire habiter par l’esprit de Sherlock Holmes, c’est un petit plus sur lequel je ne cracherai pas.

L’inconvénient de ma lecture, c’est que j’ai découvert cet album en plusieurs épisodes, puisque prépublié dans le génialissime Lanfeust Mag, et donc, je serai bien obligée d’aller l’acheter lorsqu’il sortira en album afin de me remettre toute cette aventure désopilante en tête !

Je me demande bien où le prochain album de Ekhö va entrainer notre duo… Après New-York, Paris, Hollywood, Barcelone, Rome, le Sud Profond et Londres, que nous réserve ce scénariste prolifique qui, à lui seul, occupe une grande place dans ma biblio vu toutes ses séries ?

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et et le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (Plaisirs à Cultiver).

Entre deux mondes : Olivier Norek

Titre : Entre deux mondes
Auteur : Olivier Norek
Édition : Michel Lafon (05/10/2017)

Résumé :
Fuyant un régime sanguinaire et un pays en guerre, Adam a envoyé sa femme Nora et sa fille Maya à six mille kilomètres de là, dans un endroit où elles devraient l’attendre en sécurité. Il les rejoindra bientôt, et ils organiseront leur avenir.

Mais arrivé là-bas, il ne les trouve pas. Ce qu’il découvre, en revanche, c’est un monde entre deux mondes pour damnés de la Terre entre deux vies. Dans cet univers sans loi, aucune police n’ose mettre les pieds.

Un assassin va profiter de cette situation.

Dès le premier crime, Adam décide d’intervenir. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il est flic, et que face à l’espoir qui s’amenuise de revoir un jour Nora et Maya, cette enquête est le seul moyen pour lui de ne pas devenir fou.

Bastien est un policier français. Il connaît cette zone de non-droit et les terreurs qu’elle engendre. Mais lorsque Adam, ce flic étranger, lui demande son aide, le temps est venu pour lui d’ouvrir les yeux sur la réalité et de faire un choix, quitte à se mettre en danger.

Critique :
Olivier… Oui je me permets de t’appeler par ton prénom car tu m’as donné tellement d’émotions aux travers tes romans, que tu me donnes l’impression d’être une amourette de jeunesse, une de celle qui nous a fait souvent pleurer.

Et vu le nombre de fois où tu m’as ému, fait pleurer (et rire, aussi), où j’ai eu envie de rompre avec toi, où je me suis dit « Non, non, je vais arrêter avec lui, ça me fait trop mal au bide de le lire »… Je me permets d’interpeller via ton prénom.

Anybref, cher Olivier Norek, beau dieu grec, comme avec Lebel, je te garde depuis un certain roman un chat de ma chienne ! Et même sans l’affaire du chat, ce sera pour toutes les fois où vous m’avez poignardé en plein cœur, bande de vilains auteurs que vous êtes.

Mais revenons à toi, Olivier… Tes trois précédents romans poussaient déjà le réalisme au-delà du possible et les émotions ressenties durant la lecture avaient tout des coups de poings dans le plexus. Dans ton dernier roman, tu as réussi à faire exploser mon cœur dès le premier chapitre… Qui était très court mais super intense.

Le problème, avec tes romans, c’est qu’ils contiennent une large part de vérité, celle que l’on ne veut pas voir, entendre, celle que l’on ne suspecte pas toujours, celle que les médias ne nous racontent pas, celles sur lesquelles on aimerait tirer un voile pudique, ne plus en entendre parler, faire l’autruche – ce que nous faisons si bien, d’ailleurs.

— Remarque, ça fait presque deux ans qu’on ferme les yeux, c’est pas pour les ouvrir aujourd’hui.

— À la fin, il faudra regarder tout ce qu’on a accepté de faire, murmura-t-il. Et ce jour-là, j’ai peur de me dégoûter.

Certes, ton histoire avec les migrants est romancée, mais on sent bien qu’elle n’est pas si éloignée que ça de la réalité et qu’en plus, tu as dû l’écrire avec tes tripes et ton cœur pour arriver à nous donner autant d’émotions avec ces quelques personnages aux destinées si différentes.

Un vibrant appel du pied pour que nous ne fermions plus les yeux sur que l’on a appelé « la crise des migrants », pour que l’on s’intéresse à leurs histoires, à leurs vies, à leurs demandes et que l’on se comporte enfin comme des pays civilisés, ce que nous ne sommes pas, au regard de nos exactions ou de nos comportements.

— Vous croyez aux fantômes, Passaro ?
— Je ne me suis jamais posé la question. Vous parlez des esprits qui hantent les maisons ?
— Exact. Coincées entre la vie terrestre et la vie céleste. Comme bloqués entre deux mondes. Ils me font penser à eux, oui. Des âmes, entre deux mondes.

Oui, Olivier, je t’en veux de m’avoir tant ému (pourtant, c’est une sensation que je recherche dans mes lectures), je t’en veux aussi d’avoir mis autant d’humanisme et de profondeur dans ton scénario, dans ces nouveaux personnages qui évitent l’écueil du manichéisme et dans ces policiers qui ont tout des pauvres types désabusés et qui ne prennent pas plaisir à faire la chasse aux migrants.

— On tire tellement de grenades lacrymo qu’elles arrivent toutes les semaines par palettes. Il y en a plus à Calais qu’à la réserve nationale du RAID. 

— Y a des indices dans la vie, lieutenant. Quand dans votre ville il y a une BAC en hélico, c’est qu’il y a un truc pourri au royaume. 

Je t’en veux aussi, Olivier, d’avoir réussi, en peu de pages (413), à foutre le bordel dans ma vie peinarde de lectrice qui savait déjà que le monde n’était pas rose, que l’on nous ment tout le temps, qu’on nous manipule… Et maintenant que j’en sais plus, je me sens encore plus déprimée, au point d’avoir envie de lire un Tchoupi ou un Oui-Oui…

— Ce n’est pas le premier. La violence est partout puisque la pauvreté est immense. Tu ne peux pas mettre ensemble dix mille hommes, quasiment enfermés, tributaires de la générosité des Calaisiens et des humanitaires, sans autre espoir qu’une traversée illégale, et croire que tout va bien se passer. 

Là où je t’en veux à mort, c’est que ton final, en plus de m’avoir ému au possible, me met dans cette situation horrible des lecteurs/lectrices qui savent tout de ce qu’il s’est vraiment passé dans ton scénario, alors que de tes personnages, eux, n’en savent rien et moi, je vais devoir vivre avec ÇA, avec cette injustice, avec cette erreur, avec cette boulette, avec cette séparation horrible…

Et ça, je ne vais pas te le pardonne, mon cher Olivier ! De plus, tu me dois un paquet de kleenex…

Je ne sais pas de quoi sera fait ton prochain roman, mais si son ramage et son plumage sont équivalent à celui-ci, tu seras le phénix des hôtes de ce blog car tes phrases font mouches, tapent là où ça fait mal – sans pour autant nous faire une leçon de morale – et en plus, last but not least, tu manies bien les petites phrases humoristiques.

Nous devenons tous des monstres quand l’Histoire nous le propose.

On a 208 fois plus de chance de gagner au loto que de naître en bonne santé, dans un pays démocratique et en paix, avec un toit sur la tête.

L’Angleterre s’est refermée, contractée même, comme tous les pays riches, qui n’ont qu’une seule trouille, c’est de voir l’autre partie du monde venir se décrotter les pompes sur leur paillasson.

— Si la France n’accueille plus les réfugiés de guerre, alors je crois qu’on peut abandonner tout espoir.

— Que craignez-vous, Paris ? Que le président s’en vante dans un livre ?

Le caissier fit biper les articles et s’étonna de cette collection de vêtements sombres.
— Il suit des cours de ninja votre gamin ?
— Non, on prépare un braquage en famille, répondit-elle.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] ou sur le forum de Livraddict (N°46 – La disparition de Lady Frances Carfax).

Glaise : Franck Bouysse

Titre : Glaise

Auteur : Franck Bouysse
Édition : Manufacture du Livre (07/09/2017)

Résumé :
Au pied du Puy-Violent dans le cantal, dans la chaleur d’août 1914, les hommes se résignent à partir pour la guerre. Les dernières consignes sont données aux femmes et aux enfants: même si on pense revenir avant l’automne, les travaux des champs ne patienteront pas.

Chez les Landry, le père est mobilisé, ne reste que Joseph tout juste quinze ans, en tête à tête avec sa mère et qui ne peut compter que sur Léonard, le vieux voisin.

Dans une ferme voisine, c’est Eugène, le fils qui est parti laissant son père, Valette, à ses rancoeurs et à sa rage: une main atrophiée lors d’un accident l’empêche d’accomplir son devoir et d’accompagner les autres hommes.

Même son frère, celui de la ville, a pris la route de la guerre. Il a envoyé Hélène et sa fille Anna se réfugier dans la ferme des Valette.

L’arrivée des deux femmes va bouleverser l’ordre immuable de la vie dans ces montagnes.

Critique :
♪ Quoi ma glaise ? Qu’est-ce qu’elle a ma glaise ? Quelque chose qui ne va pas ? Elle ne te revient pas ? ♫

Lorsqu’on ouvre le nouveau roman d’un auteur qu’apprécie fortement, d’un auteur qui nous a donné des coups de coeur, on a toujours cette peur au ventre, cette appréhension : est-ce que cette fois-ci je vais ressentir autant d’émotions que dans l’autre ?

« Grossir le ciel » avait été magistral niveau émotions ressenties, « Vagabond » m’avait laissée de marbre, alors vous comprenez que lorsque j’ouvris « Glaise », j’avais un peu la chocottes.

La première ligne a dissipé ce doute, les premières phrases m’ont confortées dans le fait que je tenais en main un grand roman et une fois le premier chapitre terminé, je me doutais que des émotions, j’en aurais à foison.

Maintenant, le plus dur reste à faire : comment vous en parler ? Par quel bout commencer pour en parler comme je voudrais vous en parler, pour tenter de vous faire ressentir toutes les émotions qui m’ont submergé durant ma lecture ? Difficile.

Alors, venez avec moi dans un petit coin perdu du Cantal, sorte de trou du cul de la région qui se retrouve uniquement peuplée, non pas d’irréductibles gaulois, mais de femmes, d’enfants et de vieillards, puisque tous les hommes valides sont partis, la fleur au fusil, bouter le teuton de France, le tout en moins de quinze jours, cela va de soi.

Avec le recul, on sait que certains se sont avancé avec un peu trop d’enthousiasme dans le fait que ce serait une guerre éclair. Elle fut longue et dure, et ce n’est pas là que je préfère les longueurs et la dureté.

L’écriture de l’auteur est belle, poétique, lyrique, magnifique, elle vous emporte ailleurs pour vous déposer directement dans ce petit coin perdu de France, à une époque que vous et moi ne pouvons pas connaître.

Ses personnages ont de la prestance, de la présence, on les sent vivant, réellement. Joseph est comme tous les jeunes, un peu taiseux, un peu fougueux, passionné. Il est l’homme de la maison depuis que son père est à la guerre.

Valette, le salaud de service est plus un méchant pathétique qu’impressionnant. On a envie de le baffer, certes, mais aussi de le plaindre parce qu’avec un caractère pareil, la vie ne doit pas être gaie tous les jours : alcoolo, violent, bas de plafond, estropié d’une main qui fait qu’il n’ira pas à la guerre, et ça lui plombe son moral.

Les femmes, quant à elles, elles sont effacées, derrière les hommes et cette guerre va leur permettre aussi de montrer leur vrai valeur car ce sont elles qui font tourner la France et si le labourage et pâturage ne sont pas toujours les deux mamelles de la France, elles font ce qu’elles peuvent pour que les exploitations agricoles continuent de les nourrir.

Si la campagne, ça vous gagne, moi, la campagne, ça me connait un peu, même si ce n’est pas celle des années 1914. On sent que l’auteur a potassé son sujet, soit en lisant, soit en écoutant les vieilles histoires au coin du feu, car ce que j’ai lu était le reflet de ce que je connaissais, sauf avec l’histoire du petit veau parce que Valette est hors-norme comme enfoiré de première.

Ce roman, j’avais envie de le dévorer, mais je me suis contenue, lisant doucement, m’imprégnant bien de ses mots, des ses phrases, de ses personnages, de cette prose qui est la signature de l’auteur et qui sait si bien me donner moult émotions différentes, dont une envie de lire le prochain s’il est de la même trempe…

Comme disait la pub « La campagne, ça vous gagne » (je sais que c’était la montagne) et moi j’ajouterai qu’avec Franck Bouysse, rien n’est lisse ! Il vous parle de la campagne comme les vieux de chez nous, ceux qui ont toujours une anecdote ou une histoire à vous raconter, belle ou tragique, mais réaliste.

Un beau et grand roman, noir, sombre, lumineux, rempli d’émotions en tout genre.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] ou sur le forum de Livraddict (N°8 – Livre se déroulant à la Campagne).

Tango – Tome 1 – Un océan de pierre : Matz & Philippe Xavier

Titre : Tango – Tome 1 – Un océan de pierre

Scénariste : Matz
Dessinateur : Philippe Xavier

Édition : Le Lombard (03/11/2017)

Résumé :
John Tango se croit à l’abri, dans son coin perdu de la Cordillère des Andes. Il a refait sa vie. Mais là comme ailleurs, tout le monde a ses secrets.

Quand des hommes armés viennent agresser ses voisins et amis, Tango intervient et déclenche une succession d’événements imprévisibles. Après tout, quatre ans de tranquillité, c’était déjà pas mal…

Critique :
En Belgique, un Tango n’est pas qu’une danse, c’est aussi un mélange grenadine/bière.

On a aussi une chanson du Grand Jojo, mais rassurez-vous, je ne vous casserai pas les oreilles en vous chantant « Le Tango du Congo »…  ♫

Quoique, je pourrais…

Non, restez, faut pas avoir peur !

Les éditions du Lombard n’apprécieraient pas que tout les lecteurs potentiels fuient ma chronique, surtout qu’elle ne va que dire du bien de ce nouvel album que le facteur a gentiment déposé dans ma boite aux lettres.

Déjà la prise en main était bonne : j’avais dans mes petites menottes douces et délicates un album bien lourd. Putain, un 66 pages ?? Ça existe encore, parait ? D’habitude, on radine un peu sur les pages.

J’ouvre… Waw, la première image m’en met plein les mirettes !

Un dessin réaliste, des couleurs chaudes, des paysages à me couper le souffle et mon imagination est déjà au travail, m’imaginant en train de chevaucher dans ces contrées de rêves (si Le Lombard et Babelio veulent me payer le voyage… Je suis partante).

Je suis arrivé dans la région plus ou moins par hasard. J’en avais entendu parler. j’avais lu quelque part que c’était un pays presque vide. Ça m’allait très bien. moins il y a de gens au kilomètre carré, et moins il y a de cons et de nuisibles… c’est mécanique…

Et le fameux Tango ? Qu’en est-il ? Ni un mélange à boire, ni une chanson, ni une danse, mais un homme qui est allé se perdre dans le trou du cul de la Cordillère des Andes, et sûrement pas pour éluder ses impôts, mais pour fuir quelque chose, ou quelqu’un ou se faire oublier.

Ce qu’il y a de bien avec le désert, c’est qu’il n’y a personne…Exactement ce que je cherchais : des paysages magnifiques, de l’espace, un climat agréable , et surtout la paix . la tranquillité, la solitude, le vide. on peut rouler des heures sans croiser personne, ici. C’est presque comme sur l’océan…

— Non mais c’est pas vrai, ça ! Pas vu âme qui vive depuis 2 heures, je m’arrête pour pisser un coup, et un bon dieu d’indien sort de derrière un cactus ! Où est-ce qu’il faut aller pour avoir la paix, bordel ? En Antarctique ? 

Ma foi, le Tango, je le croiserais au coin d’un cactus dans la pampa, je lui demanderais l’heure et même plus.

Il a la beauté troublante d’un beau brun ténébreux, un corps avec les tablettes de chocolat non fondues et selon Agustina, il n’a pas l’air d’être un branleur au lit.

Bref, il avait une petite vie tranquille, peinard, sans se prendre la tête, intégré dans le paysage et dans la populace, et puis, bardaf, l’embardée, il a aidé ses voisins et amis lorsque le père s’est fait agresser et le passé, tel Zorro, a surgit hors de la nuit.

Avant de s’enfoncer tête baissée dans les ennuis, il faut toujours tourner son flingue sept fois dans sa ceinture. Et si c’est trop tard, alors il faut essayer de comprendre comment ne pas s’enfoncer encore plus profondément dans le merde.

J’ai lu quelque part que même quand on s’installe dans un bled ou on ne connait personne, on finit par se créer des devoirs et des obligations envers les gens exactement comme avec ses proches. On dirait que ça se vérifie pour moi…

Si le scénario a des airs de grand classique avec des personnages aux passés troubles, renfermant des secrets pas nets, sordides, se cachant du monde après l’avoir fui (parce qu’ils ont fait des grosses bêtises), je dois avouer que la manière de nous le présenter et de nous le conter est des plus intrigantes.

Il faut croire que les choses ne sont jamais aussi simples qu’elles en ont l’air, même dans les petits bleds. On pense que c’est différent de la grande ville, où on sait que c’est trouble, emberlificoté, que les gens sont perfides et tordus, impatients et impitoyables, et en fait, là aussi, les gens y ont leurs petits et grands secrets, leurs petits et grands mensonges…

Ici, personne n’est tout blanc ou tout noir, chacun a ses secrets, son passé, ses emmerdes, ses erreurs de jeunesse, avec ou sans circonstances atténuantes. Vous serez seul juge.

Comme je le disais, tout le monde ment tout le temps à tout le monde à tous propos, et chacun a ses raisons pour le faire…

— Je ne te juge pas, Anselmo. D’abord parce que rares sont ceux qui n’ont pas fait de choses dont ils n’ont pas honte ou qu’ils ne regrettent pas, et parce que tu es un ami et qu’on ne juge pas ses amis. On les aide. 

On se laisse porter par l’histoire, on s’attache à Tango et à son jeune aidant, Diego, on tremble pour eux, on cravache nos montures pour échapper aux méchants, tout en se disant que la nuque brisée, pour certains, c’est encore trop gentil.

Tiens, vu la qualité du dessin et des paysages, j’aurais vu surgir Blondin entre deux cactus que je n’aurais pas été étonnée. Niveau musique, celle, magique, d’Ennio Morricone, aurait donné un trip d’enfer à certains passages.

Je n’espère qu’une chose, c’est que les aventures de notre Tango ne soient pas la seule et l’unique et que, si suite il y a, elle soit d’aussi bonne qualité littéraire que celle que je viens de dévorer.

Pour ceux qui voudraient la découvrir – l’album vaut la peine qu’on l’achète – cette histoire se suffit aussi à elle-même puisqu’elle a un début, un milieu et une fin, sans cliffhanger.

Le tout servi par un bon scénario, un ton incisif, des personnages attachants (pas tout, hein !) et une bonne dose d’humour, ce qui ne gâche rien.

Mon avenir proche était une équation à plusieurs inconnues et je n’ai jamais été très bon en maths…

Tiens, niveau Tango, on a aussi une réplique dans « Garde à vue » avec Ventura, Serrault, Guy Marchand et Romy :
— Tango, ça s’écrit comme un tango ?
— Oui. Comment voulez-vous que ça s’écrive ? Comme paso doble ?

Allez, je ne résiste pas à vous chanter du Grand Jojo pour fêter ce 4 Sherlock !

♫ J’suis amoureux d’une congolaise
C’est une belle noire
Et elle s’appelle Thérèse
Et sa mère est Madame Caca
Dans un snack-bar
Au Katanga
C’est le tango, le tango, le tango
Du Congo
C’est le tango, tango d’amour
Je t’aimerai toujours
Non, ce n’est pas du Mozart, ni du Bach
C’est pas une valse anglaise
C’est le tango, le tango, le tango
De ma congolaise
Un jour j’étais sous son balcon
Avec une boite de macarons
Un ptit bouquet de pissenlits
Et un disque de Tino Rossi
Elle m’a dit: « Viens, tu peux monter »
Au parlophone, j’ai répondu O.K
Jusqu’au 20ème j’ai mis une heure
Je savais pas qu’y avait un ascenseur ♪

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).

Astérix – Tome 37 – Astérix et la Transitalique : Jean-Yves Ferri & Didier Conrad

Titre : Astérix – Tome 37 – Astérix et la Transitalique

Scénariste : Jean-Yves Ferri
Dessinateur : Didier Conrad

Édition : Albert René (19/10/2017)

Résumé :
N’en déplaise à Obélix, les Italiques, les habitants de l’Italie, ne sont pas tous des Romains, au contraire !

Les Italiques tiennent à préserver leur autonomie et voient d’un mauvais oeil les vélléités de domination de Jules César et ses Légions.

Dans Astérix et la Transitalique, nos héros favoris s’engagent dans une aventure palpitante à la découverte de cette surprenante Italie antique !

Critique :
Astérix fait partie de ces bandes dessinées dont je ne ma lasse pas, du moins, quand les albums étaient scénarisés par René Goscinny.

Uderzo a du talent en tant que dessinateur, moins en tant que scénariste, du moins, assez inégal car lorsqu’il reprit les rênes du scénario, on a eu droit à des albums super, des moins bons, des horribles et des catastrophiques.

Depuis, c’est le 3ème album confié au duo Jean-Yves Ferri et Didier Conrad. J’avais apprécié Astérix chez les Pictes qui avait du potentiel, mais peu d’humour, j’ai apprécié Le Papyrus de César qui mettait en avant les réseaux sociaux avec quelques touches d’humour, mais pas dignes de celles de Goscinny.

Puisque ce nouvel album parlait de courses de char, je l’attendais au tournant, espérant ne pas dire à Ben-Hur d’arrêter son char.

Vous connaissez le dessin animé Satanas et Diabolo ? La fameuse course avec les fous du volant ? Oui ? Et bien, cet album y ressemble un peu, le génie du mal Satanas et le ricanement de Diabolo en moins.

Sorte de croisement entre Astérix aux jeux olympiques et le tour de Gaule, on est tout de même loin des éclats de rire de l’ère Goscinny, sans ses jeux de mots magnifiques et avec une analyse moins fine et sarcastique de notre société. On est loin d’un « Obélix et compagnie », de son analyse de l’économie de marché, du marketing et cette critique humoristique du libéralisme.

Certes, ils se moquent des journalistes, de notre société soit disant moderne, des campagnes de pub faites pour vendre à n’importe quel prix, mais rien pour me faire éclater de rire ou noter un bon mot, que je retiendrais pour la postérité, comme avant.

Malgré quelques longueurs, l’album se laisse lire avec plaisir et je suis contente qu’Astérix continue sa vie, les personnages étant croqués fidèlement, que ce soit au niveau du trait ou des caractères.

Là où ça coince, c’est toujours au niveau scénaristique, la faute aux jeux de mots manquants ou non percutants, inoubliables comme il ne faut jamais parler sèchement à un Numide ou chaque année les Ibères deviennent de plus en plus en dur.

Bref, un moment agréable de lecture, pas inoubliable, pas un de ceux que je relis dès que j’ai un coup de blues ou que je veux passer un bon moment, comme en Corse, en Hispanie et j’en passe !

[Sherlock Holmes] La malédiction de Nephrem-Kâ : Sophie Bellocq-Poulonis

Titre : La malédiction de Nephrem-Kâ

Auteur : Sophie Bellocq-Poulonis
Édition : l’Oeil du Sphinx (30/03/2012)

Résumé :
Bien que la mort de Lord Thorndyke, le linguiste émérite, semble des plus naturelles, elle n’est pourtant pas sans rappeler celle du richissime négociant en tabac, Jack Finley, survenue quelques semaines auparavant dans des circonstances similaires.

Cela n’a pas échappé à l’esprit aiguisé de Sherlock Holmes pour qui ces décès sont à rapprocher de celui de Philip Lovecraft, repêché au pied d’une falaise du Sussex,et à relier au passé commun des trois hommes lesquels ont participé à la mise au jour de la nécropole de Nephrem-Kâ, le pharaon maudit que l’Egypte ancienne s’est empressée d’effacer de son histoire.

Ces disparitions successives raniment le spectre de la malédiction dont on avait dit qu’elle frapperait tous ceux de l’expédition Finley.

D’aucuns évoquent à mots couverts la colère du dieu Cthulhu dont la violation du tombeau de Nephrem-Kâ aurait déchaîné la colère.

Critique :
Souvenez-vous, le 4 novembre 1922, ce fut la découverte de la tombe inviolée de Toutânkhamon.

Non, tout comme vous, je n’y étais pas…

Le 26 novembre, Carter et Lord Carnavon pénètrent dans le tombeau. Imaginez la scène…

Sur le mur, il y a une tablette qui fut bien vite escamotée où il était écrit : « La mort abattra de son aile quiconque dérangera le repos de pharaon ».

Je vous laisse faire vous-même le bruit du roulement de tambour ou la musique angoissante du film « Les dents de la mer », de « Psychose » et même de « L’exorciste », si vous voulez.

Ce qui devait arriver arriva… bon nombre d’entre eux moururent pour avoir osé troubler le repos du pharaon ! Fin de la musique angoissante.

Pourquoi je vous cause de ça ? Parce que dans ce pastiche holmésien, Philipp Lovecraft (oui, l’écrivain !!) et toute sa clique ont découvert le temple d’un pharaon tellement maudit que son nom n’est inscrit nulle part !

Aucun égyptologue ne le connaît ! Nephrem-Kâ, qu’il se nomme. Vous le connaissiez, vous ?? Moi pas !!

À côté de lui, le nom du pharaon hérétique Akhenaton fait figure de « populaire », c’est vous dire que le nom de Nephrem-Kâ fut effacé.

Seul Lovecraft résistait encore et toujours (à l’envahisseur ?) afin de prouver au monde entier qu’il avait raison quand il soutenait l’existence de ce pharaon maudit.

Et ce qui arriva en 1922 à l’expédition de Carter survint à celle de Lovecraft, et ce, bien avant, étant donné que tous les membres de l’expédition seront retrouvés soit morts, soit disparu, soit dingo après avoir découvert le temple du pharaon maudit qui s’était déjà écroulé sur eux lors de leur entrée.

Certains esprits superstitieux évoquent, à mots couverts, la colère du dieu Cthulhu dont la violation du tombeau de Nephrem-Kâ aurait déchaîné la colère.

Sherlock Holmes, avec son esprit aiguisé, a déjà fait le lien entre le décès de Philip Lovecraft, repêché au pied d’une falaise du Sussex et il a relié au passé commun des trois hommes qui avaient participé à la mise au jour de la nécropole de Nephrem-Kâ, ce pharaon maudit que l’Égypte ancienne s’était empressée d’effacer de son histoire.

Bien entendu, on ne la fait pas à Holmes ! Un pharaon qui se venge au travers de sa tombe ou un espèce de monstre à tête de pieuvre mal lunée, ça ne prend pas.

Il va donc enquêter…

J’avoue que j’avais tout de même une petite appréhension à l’entame de cet ouvrage parce que je savais pas ce que l’auteur avait décidé : du vrai fantastique sauce « X-Files » ou du fantastique en apparence alors que c’est du tangible, avec des vrais meurtres perpétrés par des humains ?

Bien que j’ai soupçonné directement le coupable et compris sa supercherie ainsi que sa mystification (c’était trop gros pour moi, un truc pareil), je ne m’attendais pas à un tel mobile.

De ce côté là, c’est bien.

Par contre, niveau digestion de toutes les explications qu’un professeur d’université donne à Watson, c’était un peu lourd !

Le récit n’est pas très palpitant car trop lent, trop surchargé d’explications en tout genre sur le pharaon ou le Cthulhu.

Bref, un 2,5/5 mais la demi étoile n’est pas permise.

Quoi ? Non je ne vous dirai pas si la vérité était ailleurs ou sous notre nez. Vous êtes grand assez que pour ne plus croire à tout cela…

Les aventures alsaciennes de Sherlock Holmes : Christine Müller

Titre : Les aventures alsaciennes de Sherlock Holmes

Auteur : Christine Müller
Édition : Le Verger (01/09/2011)

Résumé :
A la fin de l’hiver de l’année 1898, l’Alsace a accueilli 2 touristes très particuliers, en la personne de Sherlock Holmes et de son fidèle ami et biographe, le docteur Watson.

Mais, dans ce périple tout voué à la détente et à la visite de cette belle région aux charmes pittoresques autant que gastronomiques, la seule présence du plus grand détective du monde a suffi à faire surgir les affaires les plus étranges…

Ce petit volume raconte, en 8 nouvelles qui se suivent, l’intégralité de ce voyage d’agrément… au pays du crime !

Critique :
L’avantage du livre est d’être composé de huit nouvelles – ce qui est plus en adéquation avec l’original – et de nous présenter le détective sous un autre jour.

Un Holmes plus brettien que canonique car en lisant, je voyais Jeremy Brett (accompagné de David Burke).

Le Sherlock Holmes de Christine Muller est un portrait de l’acteur, même dans sa gestuelle. Surtout là !

Très « beauté fatale » devant qui, hommes, femmes et enfants s’étalent d’admiration. C’est très plaisant à lire pour nous, les femmes. Même si Watson insiste un peu trop lourdement sur la beauté de Holmes.

Le quatrième de couverture parlait de « fidélité au Canon » holmésien, ce à quoi je répondrai « non » pour la simple raison que Holmes amoureux, c’est anti-canonique, même si j’adore le voir amoureux. C’est juste que c’est une sacrée entorse au Canon.

Ma seule critique est que lorsqu’il essuie un refus poli de la dame, il redevient très vite la froideur incarnée, comme si de rien n’était. Un peu trop rapide, à mon sens.

Attention, cela n’enlève rien au plaisir que j’ai eu de lire cette nouvelle (ni les autres non plus) et à suivre nos deux hommes dans toutes leurs aventures, plus policières qu’amoureuses…

Les enquêtes, tiens, parlons-en. Elles se suivent mais ne se ressemblent pas, agréables à lire, surtout celle du « concombre masqué ».

Par contre, certaines auraient pu être un peu plus développées dans leur final car elles me laissèrent sur ma faim.

Watson est très gourmand, trouve les femmes jolies, s’extasie sur son amitié avec Holmes et l’écoute religieusement parler de son enfance. Parfois il est un peu benêt et ne voit pas Holmes venir, malgré ses gros sabots.

Peut-être parce que la chanson dit « En passant par la Lorraine, avec mes sabots » et que la Lorraine, ce n’est pas l’Alsace. Je ne suis pas Columbo, mais certaines choses, je les ai vues venir de très loin, riant de l’aveuglement du brave docteur.

De plus, malgré des histoires diversifiées, j’ai tout de même trouvé certains coupables, et ce, dès le départ (trois de trouvé et un quatrième un peu plus loin dans la nouvelle)… Chouette, je fus plus rapide que le Maître !

Les quelques détails historiques sur l’Alsace n’empiètent pas sur les aventures et la narration. Cela ne m’a pas donné l’impression de lire un guide touristique et pour moi, ils étaient utiles, preuve que l’auteur a potassé son sujet et à voulu nous faire partager quelques détails de l’Histoire.

Ne pas en parler aurait retiré de la saveur au livre vu la région dans laquelle nous nous trouvions.

Un des reproches que je ferai toujours à SACD c’est de ne pas avoir donné assez de détails « historiques et sociaux » dans ses écrits sur Holmes.

Le Canon fut bien étudié et les huit nouvelles en sont saupoudrées.

Mes critiques iront plutôt aux trop nombreuses allusions à cette fameuse boîte de maroquin vert (de cuir, dans mon Canon) et sa seringue chargée de cocaïne.

En huit nouvelles, l’auteur en parle plus que sur l’intégralité du Canon. Même quand Holmes ne l’utilise pas, Watson en parle, signalant son abstinence.

À un moment, je m’étais dit que si l’auteur n’en parlait pas dans une nouvelle, je sabrerais le champagne et bien, ce ne fut pas le cas.

Je veux bien que dans « Le signe des quatre », Watson signale qu’il est témoin du spectacle de Holmes se piquant, que cela dure depuis plusieurs mois et ce, trois fois par jour, mais bon, pas besoin d’en parler à toutes les pages, je trouve. À la fin, cela devient lourd.

Autre point qui m’a irrité un peu et qui passera avec un peu de pommade, c’est la manie qu’à Holmes de nommer Watson « mon tout bon » ou « ami Watson ».

C’est assez énervant car répétitif. Pas énervant au point d’envoyer valser le livre dans la pièce, tout de même. Je suis passée au-dessus.

Ma foi, l’auteur aurait pu se contenter d’un « cher ami » ou « mon cher ». Quant à Holmes qui se choque en apprenant qu’une simple d’esprit est née, tout comme lui, un six janvier… Passons, voulez-vous ?

Le tout ne m’a pas empêché de savourer le livre et les nombreuses images bien drôles que l’auteur utilise dans ses comparaisons (Holmes qui mange moins qu’un moineau qui fait Carême), l’allusion au détective nommé Persil, non, Poireau, heu, Hercule Poirot, et tout le reste font de ce pastiche un livre très agréable à lire.

Last but not least, si je n’avais pas « lu » Holmes tomber amoureux et Watson lorgner sur de nombreux jupons, j’aurais eu des doutes en lisant certains de leurs faits et gestes (cette manière qu’à Holmes d’entrer dans la chambre de Watson ; de lire que Watson, coincé dans un renfoncement d’un mur, « sentait la densité rassurante du corps de Holmes » ; entendre Holmes dire à voix basse « votre amitié me suffit » après avoir frotté l’épaule de Watson affectueusement).

J’ai failli penser qu’ils avaient une relation ambiguë, ces deux là. On frôlait le texte « double langage » ou alors, c’est moi qui ait l’esprit trop mal tourné…

Anybref, plus une lecture à réserver aux holmésiens de tout poils (ou plumes), ou à d’autres, qui, ayant lu les écrits canoniques, voudraient se faire plaisir avec des écrits apocryphes.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).

L’Homme qui n’aimait pas les armes à feu – Tome 4 – La Loi du plus fort : Wilfrid Lupano & Salomone

Titre : L’Homme qui n’aimait pas les armes à feu – Tome 4 – La Loi du plus fort

Scénariste : Wilfrid Lupano
Dessinateur : Salomone
Édition : Delcourt (21/06/2017)

Résumé :
Dans cette Amérique de 1900 où le Congrès est dominé par les millionnaires, l’application de la loi Dawes permet la spoliation de milliers d’hectares de terres indiennes et la NRA, jeune association de promotion des armes à feu, intrigue pour faire voter une loi à sa mesure.

Tandis que dans les banques, le TIC TIC d’une nouvelle machine est en train de changer le monde, nos héros se retrouvent pour un chassé-croisé impitoyable…

Critique :
J’ai toujours eu un faible pour les auteurs qui me parlent de l’Amérique telle qu’elle est en vrai et qui, avec un certain cynisme noir me démontre qu’en effet, l’être humain est difficilement récupérable lorsque l’on agite devant lui la possibilité de palper des billets.

Dans les albums de Lupano, on a croisé des tas de gens peu fréquentables : des magouilleurs, des tueurs, des salopes, des bonnes sœurs méritant les flammes de l’enfer, mais les pires seront toujours ceux qui reprennent d’une main ce qu’ils avaient donné de l’autre.

Notamment les 30.000.000 (30 millions, vous lisez bien) d’hectares de terres données aux indiens après les guerres… Et les amerloques viennent toujours donner des leçons de morales aux autres.

Si dans l’Ouest d’où nous sommes parti, ce sont les flingues qui font la loi, à la jeune capitale de Washington D.C. c’est la finance qui fait la loi. Et la jeune société baptisée N.R.A, si vous voyez de qui je veux parler. Le lobby des armes qui ne voudrait pas voir son futur marché juteux s’écrouler pour quelques papiers signés Madison.

La loi du plus fort étant toujours la meilleure, va falloir ruser afin d’arriver à ses fins. Si on y arrive, parce que les bâtons dans les roues sont nombreux dès qu’il s’agit de business florissant ou de lobby.

C’est avec un plaisir non dissimulé que j’ai retrouvé toute ma petite bande à la poursuite des fameuses lettres : Margot et ses atouts  qui se trouvent aussi bien dans sa te^te que dans son corsage qu’elle a bien rempli, Byron en fâcheuse posture, Knut et son langage à lui, nos deux jeunes indiennes, Jack, son père adoptif.

Ce tome 4 clôt la série et les fins de séries sont attendues avec impatience, mais aussi avec crainte car la question reste toujours de savoir comment les auteurs vont mettre fin à tout ça. Vont-ils rallier la fiction à la réalité (on sait ce qu’il en est du 2ème amendement) ou faire une uchronie avec un Amérique qui changerait de bord ?

Les États-Unis resteront tels qu’ils sont, ils ne changeront pas, seule le décor de notre bédé à changé puisque nous avons quitté les plaines de l’Ouest pour la « civilisation » de l’Est et ses grandes villes, ce qui donne un air mon western à ce dernier album qui clôt de manière honorable la série, à mon avis.

Puisque les États-Unis ne peuvent changer, autant que ce soit l’un des personnages qui fasse preuve d’un peu d’humanité, bien que je ne l’aurais jamais imaginé faire preuve d’amour ou de compassion. Les miracles n’ont pas lieu qu’à Lourdes, apparemment.

Un dernier tome moins burlesque que les précédents, des petits coups de plumes assassines envers les States et leur mentalité, leur mode de fonctionnement qui écrase les minorités qui y habitaient bien avant les nouveaux arrivants, une fin inattendue où la fiction rejoint la réalité, avec une explication appartenant aux auteurs mais qui pourrait être plausible aussi.

Une belle saga que je prendrai plaisir à relire encore et encore.

Mais je laisserai le dernier mot à notre cher ami Knut Hoggaard et sa poésie bien à lui :
— Lha SoolOop ! LaA SSSoLoôp ! La LooAaaah Mon KUuL ! Moooonde eeest fouuu !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.