Sherlock, Lupin & moi – Tome 1 – Le Mystère de la dame en noir : Irene Adler

Titre : Sherlock, Lupin & moi – Tome 1 – Le Mystère de la dame en noir

Auteur : Irene Adler
Édition : Albin Michel (02/01/2017)

Résumé :
Eté 1870, Sherlock Holmes, Arsène Lupin et Irene Adler font connaissance à Saint-Malo. Les trois amis espèrent profiter de leurs vacances en bord de mer, mais le destin en a décidé autrement.

Un corps s’est échoué sur une plage voisine et les trois camarades se retrouvent au beau milieu d’une enquête criminelle. Un collier de diamants a disparu, le mort semble avoir deux identités et une sombre silhouette rôde, la nuit, sur les toits de la ville.

Trois détectives ne seront pas de trop pour résoudre l’énigme de Saint-Malo !

Critique :
Ce ne sera pas le polar de l’année, mais niveau fraicheur et plaisir de lecture, il a fait son job ! What’else ?

De plus, son postulat de départ n’avait pas encore été proposé, du moins, pas à ma connaissance.

Et si Sherlock Holmes avait bien connu Arsène Lupin lorsqu’ils étaient de jeunes garçons en villégiature à Saint-Malo ? Et si, dans ce duo, c’était rajouté la jeune Irene Adler ??

C’est sans aucun doute tout à fait impossible dans l’absolu, mais puisqu’on a le droit de violer l’Histoire pour lui faire de beaux enfants, alors, allons-y gaiement et prenons plaisir à découvrir leurs aventures au bord de la mer.

C’est de la littérature jeunesse, le style est donc adapté pour les plus jeunes, cela étant, il n’est pas gnangnan non plus ou bas de plafond. Je dirais qu’il est tout ce qu’il y a de plus normal étant donné que le récit est raconté par la jeune Irene Adler.

Un agréable petit roman policier qui se lit en quelques heures et qui ravira les plus jeunes, comme les vieux cadors du polar tel que votre serviteur qui ne cherchait qu’à se faire plaisir et prendre un peu d’air frais après un roman noir oppressant.

Nous sommes loin des énigmes de la mère Agatha (Christie), le but n’étant pas de construire un mystère obscur et une enquête de malade puisque nous sommes face à trois jeunes qui veulent enquêter sur une mort mystérieuse et rien de plus. Restons cohérent, donc.

Les personnages sont fidèles à ce qu’ils auraient pu être dans leur jeunesse, Holmes est déjà le futur détective qu’il sera, Lupin est agile et Irene a une belle voix qui charmera ses deux compagnons de vacances.

De plus, elle nous annonce quelques petits secrets sur elle-même qu’elle a appris bien plus tard et dont elle nous révèle durant son récit.

C’est plaisant à lire, vite lu, on en ressort avec un sourire de contentement d’avoir pris un bon bol d’air en compagnie de nos jeunes amis et on n’a qu’une seule envie, découvrir la suite de leurs aventures, qui, je l’espère, seront traduites intégralement car je ne saurais pas les lire dans leur V.O qui est l’Italien.

Pas le polar de l’année, ni l’énigme du siècle, mais le but du roman n’est pas là. Quant à sa mission qui était de me divertir et de me changer les idées, elle est réussie pleinement.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Sherlock Holmes » de Lavinia sur Livraddict et le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park.

Deux sœurs : Barbara Garlaschelli

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Titre : Deux sœurs

Auteur : Barbara Garlaschelli
Édition :Payot et Rivages (2007)

Résumé :
Deux sœurs à l’approche de la quarantaine. Célibataires encore séduisantes. Elles vivent ensemble depuis toujours dans la maison léguée par leurs grands-parents.

Amelia, la brune, est institutrice et gère le quotidien. La blonde Virginia, elle, rêve à travers les feuilletons télévisés qu’elle regarde à longueur de temps. le rythme paisible des journées cache les failles et les douleurs de leur vie, hantée par de lourds secrets.

Quand arrive dans ce huis clos le trop séduisant Dario, représentant de commerce et joueur impénitent, l’équilibre précaire des deux sœurs s’effondre pour basculer dans l’horreur.

Construit en courtes séquences, ce thriller psychologique incisif tient en haleine jusqu’au dénouement. Par ses personnages tourmentés et sa noirceur, il évoque le Stephen King de Misery.

Deux sœurs a reçu le prix Scerbanenco en Italie.

sorelle-780978887684gra_1_250x380_exactCritique :
Crevons de suite cet abcès qui me fait mal au sujet de ce roman dont on me dit, en 4ème de couverture, qu’il évoque le « Misery » de Stephen King… Non, non et non !

Certes, nous avons un homme retenu prisonnier par deux quadragénaires dont l’une – Amélia – est une véritable tyran envers sa sœur mais hormis cette détention, nous sommes très loin du calvaire enduré par l’écrivain Paul Sheldon et loin d’Annie Wilkes, l’infirmière sadique et azimutée.

Rendons à Stephen King ce qui est à Stephen King : nous sommes loin de  son Misery…

Attention, cela ne veut pas dire que ce roman-ci n’est pas bon ou qu’il est chiant, loin de là !  Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit.

De la tension, on en aura ! Du huis-clos est inscrit au programme. Du suspense aussi, grâce à la construction du roman qui n’est pas linéaire dans le temps, ce mélange entre passé et futur rendant la tension encore plus vive.

Les personnages sont bien décrits, travaillés, et autant le portrait que l’on nous brosse d’Amélia, la sœur aîné, fait froid dans le dos, autant celui de sa sœur Virginia donne envie d’être son amie, elle qui a un monde imaginaire où elle aime se réfugier, elle qui n’est jamais allée plus loin que le pont, elle qui reste à la maison, vivant sa vie par procuration, devant son poste de télévision (merci J-J.G).

Ces deux sœurs ont eu une enfance un peu bizarre, entre un père partit courir une autre femme que la sienne, une mère aux abonnés absents, étant uniquement présente de corps mais pas d’esprit, nos deux gamines ont donc été élevées par leurs grands-parents et elles ne se sont jamais mariées, restant dans la maison familiale, vivant l’une pour l’autre.

Là où l’auteure excelle, c’est dans la mise en place des événements, plongeant un (renard) séducteur – Dario – qui aime jouer avec les femmes dans une maison (poulailler ?) où deux sœurs vivent seules en étant tout l’une pour l’autre, avec une douce rêveuse et une qui aime avoir la main mise sur cette sœur, justement.

Le renard aurait mieux fait d’aller voir après d’autres poules… Ou de ne pas se frotter à l’une et puis à l’autre.

Le huis-clos est oppressant – à cause d’Amélia – le jeu de séduction est subtil, tout en douceur, tout en coups de poignards dans le dos, et on n’en sortira que pour faire des incursions dans le passé et en savoir plus sur nos deux sœurs et sur l’événement traumatisant qui s’est passé dans leur enfance.

Ce roman, une fois entamé, difficile de ne pas vouloir aller jusqu’au bout ! Il n’est pas épais, se lit très vite et est délectable au niveau de ses personnages.

Bien que l’intrigue soit du déjà-lu, elle est traitée d’une manière qui vous fera froid dans le dos dans les dernières lignes.

Amélia n’est pas Annie Wilkes, loin de là, mais elle a une part d’ombre qu’il vaut mieux ne pas trop explorer.

PS : Il vaut bien un 3,75 Sherlock !!

Étoile 3,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017),  Le Mois du polar 2017 chez Sharon (Février 2017) et le RAT a Week Winter Edition Saison 2 chez Chroniques Littéraires (198 pages).

La nuit derrière moi : Giampaolo Simi

Nuit derrière moi, la - Giampaolo Simi

Titre : La nuit derrière moi

Auteur : Giampaolo Simi
Édition : Sonatine (2016)

Résumé :
« J’ai une deuxième vie : celle de Furio Guerri, le monstre ». C’est ainsi que commence la confession du héros de ce livre, commercial dans une société d’imprimerie, bien sous tous rapports. Soigner son sourire et ses chaussures, tel est le secret, selon lui, du bon vendeur.

Il a une belle maison dans la province de Pise, une femme qu’il aime, une fille pour qui il s’efforce d’être un père présent et compréhensif. Un modèle.

Mais, derrière les apparences, il y a la face obscure de Furio, qui passe certaines de ses journées sous une identité d’emprunt, rôde pour une raison obscure près d’un lycée, et épie les jeunes filles.

Quand il commence à connaître quelques soucis professionnels et qu’il découvre que sa femme, Elisa, lui cache des choses, son « vernis de respectabilité » commence peu à peu à se fissurer.

La tension monte, jusqu’à devenir insupportable. Va-t-il parvenir à se contrôler encore longtemps ?

ob_33161f45cf7094f0762c3a07cf3121cf_1600bulle-jpgCritique : 
Si je devais faire une comparaison entre ce roman et un cheval de course, je dirais que, de prime abord, en regardant son pedigree, il ne casserait pas trois jambes à un pur-sang !

Le coup de l’homme qui est un monstre, qui nous raconte sa vie, ma foi, c’est du déjà lu et la course sera vite jouée.

C’est ce que j’ai pensé en ouvrant tout de même ce roman dont mes potes blogueurs disaient le plus grand bien. Mais bon, ils avaient pu se tromper et prendre des vessies pour des lanternes ou une rossinante pour un fier destrier Espagnol. Un bon maquignon et l’affaire est faite.

Après une cinquantaine de pages de chevauchée molle, pour moi, c’était un fait entendu que tout ceci avait tout de l’outsider tocard qui ne gagnerait jamais un Grand Prix d’Amérique ou le Grand Steeple Chase, pas même une course de village !

Je suivais, sans plus, la vie de VRP de Furio Guerri, qui, tout en nous expliquant qu’il était un « monstre » nous parlait de sa petite vie pépère, de sa femme, jolie comme tout, de leur fille, un peu trop enfant gâtée et que j’aurais bien baffée.

Certes, niveau coups bas dans son boulot, Furio, c’est un salaud, mais rien de neuf sur le champ de course et pas de quoi en faire un monstre puisque, jusqu’à présent, notre Furio n’avait rien d’un Furioso et se contentait de trotter mollement.

Sorry les gars, mais je ne l’avais toujours pas vu enlever des petites filles, torturer des jeunes demoiselles ou éventrer des putes à Whitechapel ! Ah non, nous sommes en Italie (à Pise) on dira à « Cappellabianca ».

Non, jusque là, notre tocard se contentait d’observer des jeunes adolescentes dans une cour d’école et de jouer aux réparateurs informatique non conventionné. Ça va venir, alors ? Ben non, ça venait pas…

Et puis tout à coup, tel Ourasi le roi fainéant, voilà que notre Furio mets les gaz en grand et me prends le mors aux dents pour un galop infernal, dépassant les grands champions qui pensaient avoir course gagnée. Niké ! (c’est pas un gros mot, c’est la déesse de la victoire).

Moi qui le prenait pour un tocard, moi qui croyait la course jouée – au moins cent fois, telle de la soupe réchauffée – moi qui pensait être en face d’un bête récit de serial-killer qui ne killait pas, et bien, j’en ai pris pour mon grade et je n’ai plus qu’à aller réviser mes Galops sur un vieux cheval de carrousel.

Méfiez-vous des monstres qui se cachent sous d’innocents habits de VRP avec des chaussures cirées… Méfiez-vous du tocard sur lequel vous n’auriez pas parié un kopeck et qui avait une cote de 400 contre 1, car il pourrait vous surprendre par un galop furieux, le Furio !

286 pages que je comptais lire à un train de sénateur et qui m’a fait faire des heures supp’ tant je voulais le terminer avant d’aller au lit. Le réveil fut dur le lendemain.

Le suspense est distillé avec plus de discrétion que du produit dopant dans le moteur d’un vélo au Tour de France à l’insu de votre plein gré, le tout sans débauche de violence, sans effusion d’hémoglobine, sans cadavres empilés à tous les chapitres.

Non, la violence, elle sera psychologique, larvée, sournoise. Nous avons beau être à Pise, le récit ne s’écroulera pas et ne penchera jamais vers le n’importe quoi ou le non plausible.

Pour un canter (galop d’essai) ce ne fut pas une promenade de santé… j’ai pris un coup de pied au cul alors que je ne m’y attendais pas du tout.

Allez, Furio, on rentre à l’écurie parce que là, je suis cassée à cause de toi et de la ruade que tu viens de me faire.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016).

Rouge abattoir : Gilda Piersanti

510xvkdF44L._SX306_BO1,204,203,200_Titre : Rouge abattoir

Auteur : Gilda Piersanti
Édition : Pocket (2008)

Résumé :
Au cœur de la Ville éternelle ensevelie sous la neige, dans le très populaire et très branché quartier romain de Testaccio, une troisième jeune fille vient d’être assassinée, au beau milieu des fêtes de fin d’année.

Le commissaire D’Innocenzo ne croit pas à l’ hypothèse du tueur en série que les journaux se plaisent à rabâcher, mais ne sait plus comment maîtriser la peur qui gagne les habitants du quartier et cette population jeune et nombreuse qui fréquente, le soir, ses restaurants et ses discothèques et son cinéma.

Une jeune femme inspecteur, téméraire et secrète dans sa réputation, rejoint l’équipe du commissaire sans son consentement.

Au fil des heures et du raisonnement, une entente mutuelle finit par s’établir qui viendra à bout d’une histoire personnelle ensevelie, comme la ville sous la neige, sous les années de plomb de la vie politique italienne.

Critique : 
À qui c’est la main coupée que l’on vient de retrouver dans la neige ? Que le légitime propriétaire vienne la réclamer à la morgue !

Les gens sont d’un sans-gêne (à Rome, pas à Gênes), tout de même. Ils laissent trainer leur main coupée dans la neige au risque qu’une pauvre passante fasse une attaque d’apoplexie en tombant dessus.

Pour le commissaire D’Innocenzo, ça commence à bien faire. Voilà la troisième jeune femme retrouvée assassinée dans les paisibles rues du quartier romain et branché du Testaccio. Un assassin se prendrait-il pour une sorte de Jack lo Squartatore à la sauce spaghetti ?

En plus, pour le contrarier un peu plus, on lui dépêche, en direct des Abruzzes, une femme flic qui, un jour, s’est prise pour Clint Eastwood version Blondin et à refroidi un meurtrier en tirant plus vite que Lucky Luke himself.

Alors ? Bon, ça cassera pas trois pattes à une dinde de Noël, mais voilà un petit polar à la sauce bolognaise bien sympathique à se réserver pour un moment où on a pas trop la tête à ça.

L’enquête avance bien, on ne traine pas inutilement tout en entrant dans la vie privée des différents protagonistes, chacun ayant sa croix à porter, sans que cela devienne redondant ou déjà-lu.

Le côté ours bourru du commissaire s’effaçant tout doucement devant sa nouvelle collègue, sans pour autant sombrer dans le mièvre à deux balle.

Quant à Mariella de Luca, notre inspectrice, bien que cabossée par la vie, elle est plaisante elle aussi. Sa vie sexuelle, par contre, est un peu borderline. Menottes et déguisement sont de mises pour la coquine.

Niveau style d’écriture, il est tout ce qu’il y a de plus correct, agréable à lire, plaisant, riche mais sans devoir sortir son dico à toutes les phrases.

À éviter de lire en pleine canicule car l’enquête se déroule durant la période des fêtes de fin d’année (on commence le lendemain de Noël) et n’oubliez pas de sortir la calculette car nous sommes avant l’Euro !

Rien d’exceptionnel dans ce roman si ce n’est qu’il est reposant, agréable à lire et que de temps en temps, ça fait du bien pour donner du temps de libre à son cerveau occupé ailleurs.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016) et le « Mois Italien » chez Eimelle.

L’immense obscurité de la mort : Massimo Carlotto

Titre : L’immense obscurité de la mort                                     big_4

Auteur : Massimo Carlotto
Édition : Métailié (2006) / Points (2008)

Résumé :
Il s’est enfui avec le butin, sain et sauf – ça ressemble à miracle. Un miracle cher payé: il laisse derrière lui deux morts innocents et son coéquipier Raffaello, qui écope de la perpétuité.

Quinze ans plus tard, Raffaello formule un recours en grâce et demande le pardon de Silvano, père et mari des victimes.

Ce dernier, fou de douleur, accepte de pardonner pour mieux se venger.

Critique : 
Deux hommes, un braquage d’une bijouterie qui tourne mal. Une femme et son enfant abattus comme des bêtes par un des braqueurs qui carburait à la poudre Blanche.

Un mari et père dévasté par la mort brutale de sa femme, Clara et d’Enrico, son fils de huit ans. Dévasté est encore un faible mot pour un homme qui n’a jamais su se relever.

« Ma vie était enfermée pour toujours dans l’immense obscurité de la mort. Mon présent et mon avenir n’étaient que du temps passé dans l’antichambre à attendre la fin, parce qu’il ne me restait rien d’autre ».

Roman à deux voix, celle de Raffaello, le braqueur qui a pris perpète car il n’a pas donné le nom de son complice et celle de Silvano, l’homme qui a tout perdu. Notre braqueur étant atteint d’un cancer incurable, il a demandé à Silvano d’accepter sa mise en liberté.

Roman 100% ♫ black is black ♪ car il ne reste plus aucun espoir à Silvano sauf la vengeance, qui, comme vous le savez, se déguste froide.

Donc, si Raffaello – qui n’a rien d’une douceur à la noix de coco – sort de cabane, non seulement Silvano pourra se venger de lui, mais aussi mettre la main sur le complice, celui qui a flingué ses deux amours.

L’auteur, qui sait ce que c’est la prison, esquisse le milieu carcéral avec réalisme, sans en faire trop, sans en faire des tonnes. La vérité dans sa nudité toute nue.

Oui, la prison est méritée pour certains, mais elle reste néanmoins inhumaine et n’a rien d’un Club Med comme on pourrait le penser parfois. Les geôliers étant de pires voleurs que ceux qu’ils surveillent.

Durant tout le récit, jamais l’auteur ne se pose comme juge ou comme avocat de la défense. Au lecteur de porter un jugement sur les deux damnés que sont Raffaello et Silvano et moi, je ne m’y risquerai plus.

Sans concession aucune pour ses deux personnages clés, l’auteur les tourmente, nous plongeant dans leurs pensées les plus obscures, secrètes, leurs désirs les plus fous et, tout d’un coup, nous renverse la vapeur en nous démontrant que dans tout homme sommeille la bestialité et que de victime, on passe facilement au statut de bourreau.

— J’ai toujours été pour la peine de mort pour les criminels. Sauf que c’est aux magistrats d’émettre la sentence et à l’État de l’exécuter. On n’est pas au Far West, ici, monsieur Contin, et personne ne vous a accroché l’étoile de shérif sur la poitrine.
— Pourtant, c’est nous autres, les victimes.

Si au départ j’avais pensé que l’histoire allait être téléphonée, je suis vite revenue sur mes pas car le roman part dans un sens totalement inattendu, plongeant même au plus profond de la noirceur humaine.

Un roman court, bref, intense, plus fort qu’un expresso dont la cuillère n’oserait pas descendre, de peur de se perdre dans ce noir 100% remplit de sombritude (néologisme).

Corsé, âpre, avec un récit taillé au scalpel, une plume acide et une autopsie de l’humain sans concession aucune pour le lecteur.

Un récit de rédemption, de folie et une vengeance qui fait froid dans le dos. Les personnages qui gravitent dans ce petit univers ne sont ni tout noir, ni tout blanc, ni tout à fait bon, ni tout à fait méchant. Ils sont gris.

Ici, en plus d’un récit noir, on a plein de nuances de gris et croyez-moi, il y en a plus que 50…

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), Challenge « À tous prix » (grand prix festival Cognac 2007) chez Asphodèle et le « Mois Italien » chez Eimelle.

CHALLENGE - Thrillers Polars 2015-2016CHALLENGE - Mois Italien

Sherlock Holmes – Crimes Alley – T2 – Vocations forcées : Cordurié & Nespolino

Titre : Sherlock Holmes Crimes Alley – T2 : Vocations forcées

Scénariste : Sylvain Cordurié                    big_2
Dessinateur : Alessandro Nespolino
Édition : Soleil (2014)

Résumé :
À la recherche de Ron Jantscher, kidnappé sous ses yeux quelques jours auparavant, Sherlock Holmes a connu son premier face à face avec James Moriarty. Une rencontre qui n’a pas tourné à l’avantage du futur résident de Baker Street.

Enlevé à son tour, il a assisté en spectateur impuissant à la mort du jeune musicien. Son espérance de vie ne s’annonce guère plus grande.

Heureusement pour lui, les Moriarty se sont fait un ennemi en la personne de Tyron Paterson, un homme qui était à leur service jusqu’à ce que James assassine son frère…

Critique : 
Le premier tome nous avait laissé face à un suspense implacable : Holmes se trouvait dans une position plus que périlleuse et j’avais eu bien du mal à le laisser tout seul devant le danger…

Alors, quid dans ce tome qui clôt le diptyque ??

Si Sherlock Holmes a découvert l’origine des disparitions londoniennes il a échoué à sauver son ami le musicien. Première enquête, premier échec.

Il ne lui reste plus qu’à faire tomber l’organisation criminelle des Moriarty qui connaît quelques heures sombres avec un ancien élément de la bande qui voudrait bien se venger.

Si le tome 1 m’avait emballé du fait de son enquête policière sans trop d’éléments fantastiques (juste un) et parce que nous découvrions Holmes, jeune, faire ses premiers pas en tant que futur détective, je dois avouer que le second tome m’a laissé froide et déçue.

Certes, il y a sa lutte contre le clan Moriarty, régenté par Moriarty Sr tandis que son fils James se verrait bien calife à la place du calife… mais pour le reste, c’est un peu brouillon et on fini sa lecture avec un sentiment mitigé.

De plus, certains dialogues frisent le n’importe quoi et je me demande si le mot « tafiole » est victorien. Oui, les dialogues plombent le tout.

Dommage, le premier tome était prometteur.

Par contre, niveau dessin, j’ai apprécié. Les personnages sont bien dessinés, Holmes a des expressions, les décors de Londres sont bien rendu, le découpage de l’histoire est dynamique. Au moins un point positif.

Autre bon point, ce tome nous donne une hypothèse crédible au caractère asocial du futur détective de Baker Street et de sa lutte acharnée contre le  » Napoléon du crime ».

De plus, l’auteur nous offre aussi une sorte de fil d’Ariane entre ce diptyque et celui du Nécronomicon. Uniquement visible pour ceux qui l’ont lu.

Une petite leçon de morale dans tout cela : on n’est jamais aussi bien trahi que par les siens, hein, papa Moriarty !

Pour le reste, l’album ne m’a pas emballé du tout !

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014), au Challenge « Polar Historique » de Samlor (repris par Sharon), au Challenge « I Love London II » de Maggie et Titine, au « Mois anglais III » chez Titine et Lou, au Challenge « Victorien » chez Arieste, au Challenge Challenge « Sherlock Holmes » de Lavinia sur Livraddict et au Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park.

Anthracite : Valerio Evangelisti

Titre : Anthracite                                                  big_3-5

Auteur : Valerio Evangelisti
Édition : Payot et Rivages (2008)

Résumé :
1875. Dix ans ont passé depuis la fin de la guerre de Sécession. Les jeunes États-Unis sont désormais un territoire à conquérir pour les puissants conglomérats de l’industrie du rail, du charbon et de l’acier.

Entré au service des Molly Maguires, une organisation secrète qui opère au sein des mineurs irlandais de Pennsylvanie, le mercenaire Pantera se retrouve au cœur d’un puzzle complexe.

Ici, les conflits sociaux ne sont que façade, masquant des forces souterraines qui se livrent une lutte sans pitié dont l’enjeu est la domination de l’Amérique pour les siècles à venir.

Petit plus : Roman inclassable aux multiples clés, western à l’italienne digne de Sergio Leone, lecture sociale et politique des origines de l’Amérique moderne, Anthracite est tout cela et plus encore.

Critique : 
1875… Dix ans que la guerre de Sécession a cessé, c’est sûr. Mais les États-Unis sont un territoire à conquérir et tout est encore à faire au niveau du réseau ferroviaire. Pour le moment, c’est le bordel et tout le monde tente de tirer la couverture à lui, surtout les conglomérats du charbon, de l’acier et du chemin de fer.

Sans compter les Irlandais qui font tout péter, assassinent des gens, et ont réalisé une grève de 5 mois. C’est dans ce sac de nœud que va tomber Pantera, mercenaire Mexicain et prêtre vaudou, engagé par Molly, ancienne prostituée Irlandaise.

Sa mission ? (qu’il a accepté) : trouver et exécuter un espion que l’agence Pinkerton a infiltré chez les Irlandais de l’Ancient Order of Hibernians.

Pourquoi ? Parce que c’est sur base du seul témoignage de cet espion que 19 grévistes Irlandais, membres des Hibernians, viennent d’être condamnées à mort.

Motif ? Accusés d’avoir perpétré des actes de violence lors de la grève. Les patrons des mines de charbon en Pennsylvanie ne rigolent pas et la méthode qu’ils utilisent pour saper les associations ouvrières, c’est de les faire infiltrer par des agents de la Pinkerton… Agents qui pourchassent les Molly Maguire, tout en cassant du syndicaliste et du gréviste au passage.

Bref, dans ce roman, ça ne rigole pas ! Mais ça bouge.

Pantera est un personnage assez violent, il ne rigole pas souvent et tue sans états d’âmes. Niveau compétences « infiltration », c’est James Bond avec un six-coups. C’est l’espion qui va au charbon, au sens propre comme au figuré. Il est impitoyable et je l’ai apprécié énormément !

« Il ne pouvait même pas attribuer son trouble à la peur. Lors de ses récents voyages, il avait fait une découverte cruciale : tout le monde paraissait avoir besoin de lui. Comme tueur à gages, en premier lieu, mais également comme intermédiaire avec les forces occultes. Alors peu lui importait d’être courtisé par les compagnies de chemin de fer, les terroristes irlandais, les agences briseuses de grèves et les révolutionnaires aux motifs obscurs. Finalement, cela ne faisait qu’accroître la valeur marchande de son pistolet. Pourquoi s’en inquiéter ? »

Si je me suis laissée dire que dans les deux tomes précédents, Pantera, le palero (sorcier vaudou) jouait à l’exorciste, ici, les sorts et autres gris-gris sont remisés au placard, même s’il nous parle un peu de son Nganga.

Ici, pas de duel dans la rue, mais une toute autre lutte, qui est sociale et politique. Une lutte des classes : patronat contre ouvriers, Irlandais contre autres nations – surtout contre les Anglais et les Gallois – entre mineurs et manoeuvres, entre freineurs des trains et conducteurs,….

La guerre de Sécession est terminée, une autre guerre est toujours en cours : elle est sournoise, violente et sans merci. Ici, on n’applique pas l’adage « L’union fait la force » : tout les hommes se déchirent entre eux, faisant le bonheur de ceux qui les exploitent. « Diviser pour régner », c’est bien connu.

Le livre m’a surpris, parce que au départ, je ne pensais avoir affaire qu’à l’infiltration de Pantera chez les Pinkerton afin de découvrir le traître chez les Irlandais. Un roman d’espionnage, en somme… Un James Bond sans gadgets, version western, un Colt Frontier enfoncé dans la ceinture.

Sur le cul ! Si l’auteur se sert bien de ce prétexte au départ, ensuite, le tout dépasse tout ce qu’on aurait pu penser : le puzzle est complexe, on patauge dans la corruption, les manipulations, les conflits sociaux et on se rend compte que les marionnettistes sont souvent haut placés…

Le quatrième de couverture ne mentait pas, nous sommes bien en présence d’un roman noir inclassable, mélangeant le western spaghetti – musique de Morricone – avec du social, de la politique et de l’Histoire des États-Unis.

Le roman, sur ses 451 pages, nous entrainera dans l’histoire des débuts de l’industrialisation des États-Unis, on assistera aux premiers pas, balbutiants et chancelants, du syndicalisme et du socialisme, on découvrira la lutte inégale entre le tout puissant chemin de fer et les « petits » propriétaires terriens.

Quant aux légendes de l’Ouest (les frères James ou Billy The Kid), elles sont manipulées, elles aussi, par plus fort qu’elles.

Les relations entre les immigrants sont tendues : la rivalité règne en maître car ils ont emporté avec eux, dans leurs maigres bagages, les haines européennes (on retrouve les Irlandais à la botte des Anglais).

Pour le reste, on passera en revue les conditions de vie atroces des ouvriers américains en cette fin de XIXème siècle, enfants compris, le tout gangréné par le racisme et la xénophobie (face à leur racisme, on est des petits joueurs, dans les années 2000 !).

Le roman aborde aussi l’histoire d’un certain nombre de société secrètes… Le tout sur un ton assez cynique, avec une écriture trempée dans le vitriol, sans concession.

« Les vigilantes déclaraient se battre pour rétablir l’ordre et la loi. Ils maquillaient donc leurs comportements derrière une hypocrisie intolérable. En cela, pensa Pantera, les Américains qui détenaient le pouvoir étaient des maîtres.
Ils étaient diaboliquement doués pour affubler leurs abus de pouvoir de nobles motivations, même lorsque leur véritable but ne recelait qu’une infime parcelle de morale. Les Mexicains en savaient quelque chose, tout comme les Peaux-Rouges ou les pauvres légalistes anglais condamnés, longtemps auparavant, à une terrible agonie après avoir été recouverts de goudron et de plumes afin que leur pores ne puissent plus respirer ».

Bref, on a pour son argent dans ce roman noir qui explore beaucoup de choses très noires de l’âme humaine.

Un bémol tout de même : la profusion de personnages.

Il vaut mieux être bien concentré lors de sa lecture et avoir le temps de lire des pans entier, comme je l’ai fait, sinon, vous risquez de ne plus vous y retrouver. Parce que entre les O’Donnel, les O’Connel, les O’Molavplublan, les McEusdresse, les McCarron, les McDo et autre McEugène, j’y ai perdu mon latin ! Ah, ces Irlandais… Ils sont tous haut en couleurs !

Un roman aussi noir que l’anthracite que l’on a extrait, à la sueur du front et à coup de morts, des mines sordides de Pennsylvanie… Une pépite noire qui ne vous salira pas les mains mais qui ne se prive pas de brosser un portrait fort noir et au vitriol de l’Histoire sanglante des États-Unis…

Allez, Enio, balance la musique…

POLAR - MolliesHistMarker

Livre participant au Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez Arieste, au Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014), au « Challenge US » chez Noctembule et au Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park.