Ni vivants ni morts : Federico Mastrogiovanni

Titre : Ni vivants ni morts

Auteur : Federico Mastrogiovanni
Édition : Métailié – Bibliothèque hispano-américaine (09/02/2017)
Édition Originale : Ni vivos ni muertos (2015)
Traduction : Francois Gaudry

Résumé :
Depuis une dizaine d’années, on compte plus de 30.000 disparus au Mexique. Avec les 43 étudiants de l’École normale d’Ayotzinapa, l’onde de choc s’est répandue dans le monde, mais ni la pression internationale, ni les associations des droits de l’homme, ni les initiatives des familles n’ont suffi, dans ce cas comme dans d’autres, à faire apparaître la vérité – et encore moins à enrayer le phénomène.

Ni vivants ni morts : les disparus sont là, dans cet interstice, ce no man’s land, invisibles, sans corps, sans tombe, sans aucune existence. Arrachés à leur vie, et comme dissous dans l’atmosphère.

Pour leurs proches, aucun recours, le deuil impossible, l’angoisse interminable, les menaces, l’hypocrisie des autorités.

L’enquête fouillée de Federico Mastrogiovanni, à travers des entretiens avec les parents des victimes, des experts, des activistes, des journalistes, démontre que la disparition forcée est un outil de pouvoir terriblement efficace, qui fait taire jusqu’à la possibilité d’une contestation.

C’est le portrait sensible et effrayant d’un pays miné par la peur, où l’État piétine sciemment ses propres prérogatives – et les droits de ses citoyens –, quand il ne se comporte pas directement comme le pire des délinquants.

Critique :
La prochaine fois que je ronchonnerai sur nos gouvernants, j’aimerai qu’on me susurre à l’oreille « Mexico » ou « Felipe Calderon », juste pour me rappeler que malgré leur gabegie et leur incompétence, il est préférable d’être dirigé par ces voleurs que par les assassins au pouvoir qui sévissent au Mexique.

Les mexicains ne savent plus où finit l’Etat et où commence le crime, et vice-versa car tout le système est infiltré, pourri, gangrené par les cellules d’un cancer qui est plus terrible que le vrai.

Ne faites confiance ni à la police, ni à l’armée, ni aux dirigeants. Ils sont pire que tout…

Ni vivants, ni morts… Tel le chat de Schrödinger, ces personnes disparues se retrouvent dans une dimension parallèle pour leurs familles qui ne savent pas faire leur deuil puisque personne ne sait si ces disparus sont morts, assassinés ou servent de main d’oeuvre bon marché quelque part.

Le néant total et donc, zéro enquête et zéro justice puisque le concept de « disparitions forcées » (inventée par les nazis) n’est pas inscrit dans le code pénal. Un peu comme si tout ce gens (plus de 30.000) avaient décidé de partir ailleurs sans prévenir personne.

Ce roman qui oscille entre roman noir et roman policier n’est ni l’un ni l’autre. C’est en fait une gigantesque enquête sur une réalité glaçante que sont ces disparitions ou ces assassinats… Parfois même, ce sont les habitants de villages entiers qui ont disparu et croyez-moi, même Fox Mulder saurait que ce n’est pas l’oeuvre des extra-terrestres.

Bizarrement, dans des zones ultra violentes, des sociétés investissent quand même… Le sous-sol est riche d’or, de gaz de schiste, de métaux, de pétrole et les techniques d’extractions sont toutes plus polluantes les unes que les autres. Non content d’avoir fait disparaître des populations entières ou de les avoir chassé par la violence, le saccage continuera et après pillage, pas de nettoyage… Si ce n’est des corps.

Le pire pour les familles des disparus ? En plus de ne rien savoir sur leurs proches disparus, les familles doivent aussi encaisser une criminalisation des victimes retrouvées parfois assassinées dans un fossé, comme si en fin de compte, elles l’avaient bien méritées puisque appartenant au milieu du crime. Hors, il n’en est rien !

Douche froide sur ma tête car moi aussi, lorsque je vois aux infos qu’un criminel-délinquant a été assassiné, je me dis que ce n’est que justice…

Mais non, ce n’est pas de la justice. Et si cette personne était innocente, alors ? Je serais complice de tout ceux qui la criminalise pour se dédouaner de leur assassinat et laver le sang sur leurs mains, même si nous ne sommes pas au Mexique. J’étais moins fière, tout à coup.

Ce roman d’enquête, après son introduction qui vous fige déjà la bouche ouverte devant autant d’horreur, va nous parler de quelques personnes disparues, nous livrer les récits des témoins (qui se terrent), du ressenti de leur famille, de leurs combats, voués à l’échec, du cauchemar qui commence, de cette attente, de cette mort lente qui va les prendre dans ses bras.

Le cœur est au bord des lèvres durant la lecture. La vie d’une famille a basculé parce que Untel était au mauvais endroit, au mauvais moment. Kidnappé ? Assassiné ? Devenu un esclave ? Une mule ?

Quelques réponses mais jamais de justice. Normal, la disparition forcée au Mexique est utilisée surtout comme stratégie de terreur car chaque personne disparue affecte le moral de beaucoup de monde autour de lui.

Sous l’empire de la terreur, on fait tout ce qu’on ne devrait pas faire et on permet ainsi la progression du processus de guerre et d’enfermement. La phrase qu’on entend le plus au Mexique aujourd’hui est : « Je ne peux plus sortir de chez moi ». Alors on libère la rue, le territoire du délit pour les délinquants et ceux qui contrôlent le territoire peuvent agir en toute impunité.

Est-ce la police qui l’a enlevé ? Les narcos ? Est-ce l’armée qui a assassiné ces étudiants ? Oups, pardon, sujet tabou ! La Grande Muette n’a jamais aussi bien portée son nom. Les pires âneries seront dites en conférence de presse, après l’exécution de ces 43 étudiants mais gare à ceux qui mettraient en doute ce qui a été dit.

C’est un Mexique loin des cartes postales, que l’auteur nous dévoile, c’est un pays de tortionnaires, de voyous, d’assassins et les pires ne sont pas chez les narcos ou le crime organisé. Le pire est bien souvent à la tête de l’état. Un état qui ne fait pas son mea culpa alors qu’il se comporte comme l’Allemagne nazie le fit, en son temps.

C’est une enquête qui glace les sangs, qui serre les tripes, qui met le coeur au bord des lèvres. C’est un livre qui fait monter en vous des sensations horribles lorsque vous pensez à la douleur des familles, à la terreur qui cloue ces gens car on ne sait jamais où le prochain coup va tomber.

Si la peur fait bouger les gens, les poussent à réfléchir, à se dépasser, la terreur, elle, les fige au milieu de la route, dans les phares… Les prédateurs n’ont plus qu’à donner le coup de grâce aux pauvres lapins.

Un roman enquête qui ne laisse pas indifférent et à éviter de lire avant de partir en vacances là-bas, ça vous les gâcherait… Moi, je n’irai pas.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°230 et le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 18].

Loverboy – Miguel Ángel Morgado 03 : Gabriel Trujillo Muñoz

Titre : Loverboy – Miguel Ángel Morgado 03

Auteur : Gabriel Trujillo Muñoz
Édition : Folio Policier (2006)
Édition Originale : Mexicali City Blues : Loverboy
Traduction : Gabriel Iaculli

Résumé :
Tout est très sale, sur la frontière, la peau d’un Mexicain si bon marché, surtout s’il a deux gouttes de sang indien ; et dans le pays voisin, celui du rêve onéreux, on a parfois des besoins urgents : un rein, un pancréas…

Il suffit de savoir à qui s’adresser, et le tour est joué. C’est d’autant plus facile que, côté mexicain, les autorités sont hautement corruptibles.

C’est dans ces eaux troubles que va se débattre Morgado, le plus privé des privés, quand une grande et belle poulette vient lui montrer un film étrange et lui demande de chercher l’assassin du directeur de la Commission pour les droits de l’enfant.

Critique :
La preuve que l’on peut être court et intense, court et percutant, guère épais et en foutre plein la gueule à son lecteur/trice.

Gabriel Trujillo Muñoz attaque très fort et met les deux pieds dans du glauque poisseux qui colle aux doigts et qui fait crisper les orteils au fonds des charentaise.

Imaginez votre voiture qui a un soucis, il faudrait une pièce détachée bien spécifique mais pour cela, il faut attendre longtemps ou… aller la chiper sur une autre voiture.

Dans ce roman, ce n’est pas de voitures dont il est question, mais d’enfants malades et les pièces détachées que l’on prend ailleurs, pas besoin de vous faire un dessin : elles ne proviennent pas d’enfants qui seraient décédés à l’hôpital mais prélevée directement sur des enfants enlevés qui ne se relèveront jamais, sauf le jour de la résurrection (si ce jour existe) et les pauvres devront chercher leurs morceaux.

Putain, pour être glauque, c’est glauque !

Miguel Ángel Morgado est un avocat mexicain chargé de faire la lumière sur les enfants enlevés et la mort d’un médecin qui semble avoir découvert une piste et filmé une scène. Problème ? Les images sont pouraves.

Dans ce court roman, l’auteur nous décrit un Mexique qui serait la poubelle des États-Unis, juste bon à fournir de la drogue,  des travailleurs bons marchés, des prostituées, des organes prélevés sans accord sur des gosses, dans des cliniques privées et illégales, le tout pour guérir des enfants de riches Blancs friqués…

Hélas, la format court fait que l’auteur doit aller au plus pressé, le ton est radical, on ne tourne pas autour du pot et on va direct à la résolution, ou du moins, vachement vite. Comme dans la série les Experts où, avec des images pourries de 3 pixels, ils arrivent à lire le nom du gars dans le reflet de sa rétine, ici, son pote arrivera à lire un peu trop bien…

Pas crédible du tout, je l’avoue, mais le roman est plus un roman pour décrire le Mexique et ses gens, son racisme envers les Indiens, qu’un roman policier en bonne et due forme avec une recherche d’indices et des fausses pistes pour leurrer le lectorat.

Un gros bémol cependant : des tas de phrases sont en anglais… Mon anglais est rouillé et heureusement que je regarde souvent des séries en VOSTFR, ce qui m’a permis de tout comprendre. Bon sang, l’éditeur aurait pu se donner la peine de traduire et de les ajouter en fin de chapitre.

Anybref, je pinaille, mais de temps en temps, faut le faire. Dans l’ensemble, on se trouve face à un roman noir ultra court mais ultra percutant, pas de fioritures, on ne tourne pas autour du pot, on ne cherche pas midi à quatorze heure et on va direct à l’essentiel. On aimera ou pas.

Pour ma part, même si ça se précipite trop vite, le voyage valait le déplacement au Mexique. Maintenant, je vais vérifier que je n’ai perdu aucun organe…

— Mais nos hommes politiques veulent un bouc émissaire, et on ne peut pas trouver mieux qu’une Indienne qui n’est pas du pays.
— Comment ça, une Indienne qui n’est pas du pays ? s’exclama Morgado. C’est une Mexicaine, comme nous tous.
— Parlez pour vous, lança le docteur Acosta sans cacher son racisme. Pas en mon nom. Il ne faut pas confondre manganèse et bande à l’aise.
— Ni la connerie avec l’ignorance, répartit Guadalupe. Et il me semble que la première abonde, ici.

— Et maintenant, dis-moi, Morgado, qui est Sherlock Holmes et qui le docteur Watson ?
— Tu en es sûr ?
— Mon ordinateur en met sa souris au feu.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°218 et le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 03].

 

 

 

 

 

La forme de l’eau : Guillermo Del Toro & Daniel Kraus

Titre : La forme de l’eau

Auteurs : Guillermo Del Toro & Daniel Kraus
Édition : Bragelonne Fantastique (07/03/2018)
Édition Originale : The Shape of Water (2018)
Traducteur : Isabelle Troin

Résumé :
Nous sommes en 1963, et Elisa Esposito survit tant bien que mal. Née muette, abandonnée par sa famille, elle travaille de nuit comme femme de ménage au Centre Occam de recherche aérospatiale.

Un soir, elle surprend quelque chose qu’elle n’était pas censée voir : un homme amphibie prisonnier d’une cuve, qui doit être étudié par les scientifiques pour faire avancer la course à l’espace de la Guerre Froide.

La créature est terrifiante, mais aussi magnifique – elle fascine Elisa. Utilisant la langue des signes, celle-ci établit une communication. Bientôt, la créature devient sa seule raison de vivre.

Pendant ce temps, Richard Strickland, le militaire brutal qui a capturé la créature en Amazonie, envisage de la disséquer avant que les Russes ne tentent de s’en emparer.

Elisa doit tout risquer pour sauver la créature. Avec l’aide d’une collègue qui souffre du racisme ambiant et d’un voisin malchanceux qui n’a plus rien à perdre, elle met au point un plan d’évasion. Mais Strickland ne l’entend pas de cette oreille. Et les Russes sont bel et bien sur l’affaire…

Le fantastique, la romance et l’horreur s’entremêlent dans une histoire d’amour obsédante et tragique, qui a remporté le Lion d’or du meilleur film à la Mostra de Venise en 2017.

Critique :
Une histoire d’amour entre une humaine et une créature qui a tout du monstre, ça sent le déjà vu, pour ceux qui connaissent « La belle et la bête ».

Alors serait-ce ainsi un remake que l’on nommerait « La muette et le monstre amphibie » ?

Non, c’est plus que ça, c’est mieux que ça, c’est différent de ça. On oublie la Belle du conte ou de chez Disney et on découvre une histoire d’amitié, d’amour, différente de tout ce que l’on connait.

Différente car si le scénario pourrait être du réchauffé (tout à été écrit depuis le temps) la manière de nous le présenter est différente, bien amenée, notamment grâce à quelques personnages allant des plus sympathiques ou crétiniste à la Trump.

Elisa Esposito est muette, elle est insignifiante, personne ne la voit, ne fait attention à elle, ne prend la peine d’apprendre le langage de signes, sauf Giles, le vieil homo qu’elle a pour voisin et Zelda, une collègue de travail, Noire, que tout le monde considère comme une moins que rien, vu sa couleur de peau.

Face à ces trois personnages qui ont tout d’insignifiant, de laissés-pour-compte par le reste des gens, nous avons Richard Strickland, une espèce de militaire imbu de sa personne, qui va chercher une créature dans l’Amazonie et qui n’hésitera pas à tuer les témoins ou ceux qui se mettent en travers de la route.

L’archétype de l’Américain qui se prend pour le roi du Monde, qui pense que tout lui est dû, que ce qui appartient aux autres est à lui, enfin, à l’Amérique. D’ailleurs, les autres, ce sont des animaux, ça ne souffre pas, ça ne pense pas…

Bref, le salopard dans toute sa splendeur mais sous la carapace d’enculé de première on a aussi un homme qui a souffert et qui souffre encore. Le portrait n’est pas que tout noir et on a l’impression que la rage qu’il passe sur la créature, c’est celle qu’il n’ose pas passer sur son chef, le général Hoyt, celui qui le tient par les roupettes.

Le récit prend le temps de planter son décor, de nous envoyer en Amazonie pour capturer la créature tout en nous faisant entrer dans la psyché de Strickland, dans les pensées de sa femme (Lainie), dans la vie d’Elisa Esposito et des autres personnages qui parsèment de leur présence importante les pages de ce roman (Giles, Zelda et Dmitri Hoffstetler).

N’allez pas croire que l’histoire d’amour/amitié entre la créature et Elisa ressemble à du mauvais Harlequin, Del Toro a pris le temps de développer leurs différentes rencontres et de quelle manière cela va se dérouler. C’est bien amené et on ne sombre jamais dans la mièvrerie bas de gamme.

Anybref, voilà une histoire d’amour bien foutue, bien fichue que l’on repose sur la table avec une pointe de nostalgie à l’idée de devoir remonter à la surface.

Le tout est de se laisser entraîner par les auteurs et de vibrer pour cette histoire d’amûr non conventionnelle. Si vous ne voulez pas y entrer, vous serez comme Strickland, imperméable à tout.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le moi espagnol 2019 chez Sharon (Mai 2019).

Cosa fácil : Paco Ignacio Taibo II [Hector Belascoarán Shayne 1]

Titre : Cosa fácil – Hector Belascoarán Shayne 1

Auteur : Paco Ignacio Taibo II
Édition : Payot et Rivages (01/01/1994)
Édition Originale : Cosa fácil (1977)
Traducteurs : René Solis & Mara Hernández

Résumé :
Certains disent qu’Emiliano Zapata n’est pas mort et que c’est son double qui a été assassiné. D’autres sont ingénieurs dans une usine au bord de la grève et se font tuer.

D’autres encore persécutent une adolescente, fille d’une actrice de films pornographiques.

Hector Belascoaran Shayne, détective privé, va essayer de retrouver Zapata, découvrir les assassins d’ingénieurs, venir au secours de la jeune fille.

Comme si une seule de ces histoires n’était pas suffisante, il s’attelle aux trois en même temps! Totalement irrationnel.

Mais être un privé à Mexico ne relève-t-il pas de la folie ?

Critique :
Viva Zapata ! Problema : Zapata está muerto… Muerto de chez muerto, même. Plus muerto que lui, tu meurs.

Votre mission, monsieur le détective indépendant Hector Belascoaran Shayne – si vous l’acceptez – sera de prouver qu’Emiliano Zapata está vivo (♫ Vivo per lei anch’io lo sai ♪).

Et comme une affaire n’arrive jamais seule, vous en profiterez aussi pour élucider le meurtre d’un ingénieur dans une usine au bord de la grève et, tant qu’a faire, vous tâcherez de savoir pourquoi ces petits voyous en ont après la belle Elena.

Hector Belascoarán Shayne est un drôle d’oiseau. Basque par son père, irlandais par sa mère, il vit au Mexique et, durant sa triple enquête, il va en profiter pour nous parler un peu de son pays et de ses problèmes (au pays, pas à Hector, bien que ce dernier ait un passé qui sera éclairé dans les prochains tomes).

Avec du cynisme et de l’ironie mordante, notre détective va mettre le doigt sur les multiples dysfonctionnements du Mexique des années 70, sur les magouilles en tout genre, qu’elles soient politiques, sociales ou autres.

Ses trois colocataires du bureau qu’il loue sont soit à la recherche de travail, ou tout simplement désabusé, cynique, aussi, et le tout donne des personnages haut en couleurs du genre qu’on a pas l’habitude de croiser dans des polars noirs européens.

— Alors, beaucoup de travail ? demanda son voisin de bureau aux heures de nuit, le célèbre ingénieur « Gallo », diplômé ou peut-être en fin d’études, spécialiste du réseau d’égouts de la ville de Mexico. Il sous-louait à Gilberto, le plombier, un morceau du local pour la nuit.

Sans avoir un rythme trépidant à la 24h chrono, le roman se lit d’une traite car les trois affaires vont occuper notre Hector durant le jour et une partie de ses nuits, sans compter qu’il a un héritage maternel à régler avec son frère et sa sœur sans parler des événements qui arrivent de tous les côtés, vu qu’il a du pain sur la planche.

Lire un roman de Paco Ignacio Taibo II faisait partie de mon petit challenge personnel, je viens de le découvrir et le courant est bien passé entre nous, ce qui me fait dire que je compte bien encore m’accouder au bar en sa compagnie et boire des faux Cuba Libre tout en devisant du Mexique qui, ma bonne dame, n’est plus ce qu’il était.

C’était sa manière à lui de rester mexicain. Un Mexicain au quotidien, solidaire des récriminations, protestant contre la hausse du prix des tortillas, furieux contre l’augmentation du ticket de bus, écœuré par l’infamie des journaux télévisés, se plaignant du niveau de corruption des flics et des ministres, pestant à cause de la situation du pays, comparant son état déplorable à un dépôt d’ordures, maudissant le grand stade aztèque qu’il était devenu.

Une belle découverte, un détective hors-norme, des acolytes peu habituels, une description acéré Mexique et de sa classe dirigeante, le tout en résolvant trois affaires totalement différente, le tout sans prendre de repos, en dormant juste quelques heures dans un vieux fauteuil.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et le Mois du polar (Février 2018) chez Sharon.

 

Tijuana city blues : Gabriel Trujillo Muñoz

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Titre : Tijuana city blues

Auteur : Gabriel Trujillo Muñoz
Édition : Gallimard (2010)

Résumé :
Toujours risqué, d’avoir des ouvriers chez soi, surtout quand on vit à Mexico. Aussi, quand Miguel Àngel Morgado, avocat qui s’est officiellement consacré à la défense des droits de l’homme, en voit arriver un en larmes, il se dit que pour une fois…

Mais le charpentier nommé Blondie a appris qu’il travaille en fait pour le plus privé des privés, et lui demande de retrouver son père, disparu depuis 1951.

Une enquête historique, se dit encore Morgado, car le disparu est le dernier ami resté fidèle à l’écrivain Willliam S. Burroughs, quand celui-ci est sorti de taule après avoir logé une balle dans la tête de sa femme, Joan.

C’est par Burroughs que le père de Blondie a été envoyé avec un paquet suspect à Tijuana, d’où il n’est jamais revenu.

largeCritique : 
Vous avez décidé de visiter le Mexique et la ville de Tijuana ? Pas besoin de vous farcir des tonnes de prospectus, ce petit roman d’un peu plus de 100 pages fera l’affaire.

Bon, après lecture, vous aurez peut-être – tout comme moi – décidé d’abandonner le voyage !

Miguel Àngel Morgado est un avocat et le voici engagé par un charpentier (qui ne prénomme pas Joseph) pour retrouver la trace de son père, un américain mystérieusement disparu en 1951 lors de la fusillade dans la cantina El Tecolote à Tijuana.

Est-il toujours vivant ou non ? Et si oui, pourquoi cet homme bien n’a-t-il plus donné signe de vie à sa fiancée mexicaine qui avait un polichinelle dans le tiroir ?

La quête de ce paternel disparu mystérieusement de la circulation – comme si c’était Copperfield – mènera l’avocat dans la ville de Tijuana pour une confrontation avec la vérité toute nue et sans l’éclat du bronzage.

Une lecture qui se termine vite, sans temps mort, l’intrigue étant aisée à suivre sans pour autre être simpliste.

L’enquête était correcte, le dépaysement était total, et j’ai savouré les petites répliques acides entre l’avocat, mexicain, et le gars du FBI, américain jusqu’aux bout des ongles.

Et prends-toi dans la gueule, gars du FBI, que les yankees considèrent le Mexique comme un lieu de défoulement et un super réservoir pour obtenir des travailleurs à bas prix ou des prostiputes.

Mais attention, le gars du FBI a de la réplique ! Et prends-toi dans les dents que les Mexicains ne sont pas des anges non plus avec les autres.

— Arrêtons, Morgado. Je sus venu avec le drapeau blanc, des intentions pacifiques.
— C’est ce que vous avez dit à Géronimo et tu sais ce qui est arrivé.
— Et c’est ce que vous dites, vous, les mexicains, aux Indiens du Chipas, et tu sais ce qu’il leur arrive, répliqua Harry. Rien ne vous sert de leçon, à vous non plus. À toi moins qu’à tout autre. Je me trompe ?

Le seul bémol est la petitesse du roman (oui, parfois, la taille est importante).

La plume de Muñoz est un plaisir à suivre et j’aurais bien poursuivit l’Histoire de la ville, de ses vices et de ses délices, bien en sécurité dans mon divan que j’étais.

Vu les personnages, les approfondir ne leur auraient pas fait de tort, que du contraire, cela aurait donné encore plus de corps au récit.

Hélas, en 100 pages, l’auteur doit aller à l’essentiel et c’est bien dommage parce qu’il y avait matière là à nous écrire un bon 300 pages sans soucis. Plus si affinités.

Pas de regret d’avoir découvert « ce saisissant portrait du Mexique » comme l’écrivait Le Monde.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016) et Le « RAT a Week, Winter Édition » chez Chroniques Littéraires (109 pages – 2104 pages lues sur le Challenge).

Mois du Polar - Février - Sharon rat-a-week1-copie