La forme de l’eau : Guillermo Del Toro & Daniel Kraus

Titre : La forme de l’eau

Auteurs : Guillermo Del Toro & Daniel Kraus
Édition : Bragelonne Fantastique (07/03/2018)
Édition Originale : The Shape of Water (2018)
Traducteur : Isabelle Troin

Résumé :
Nous sommes en 1963, et Elisa Esposito survit tant bien que mal. Née muette, abandonnée par sa famille, elle travaille de nuit comme femme de ménage au Centre Occam de recherche aérospatiale.

Un soir, elle surprend quelque chose qu’elle n’était pas censée voir : un homme amphibie prisonnier d’une cuve, qui doit être étudié par les scientifiques pour faire avancer la course à l’espace de la Guerre Froide.

La créature est terrifiante, mais aussi magnifique – elle fascine Elisa. Utilisant la langue des signes, celle-ci établit une communication. Bientôt, la créature devient sa seule raison de vivre.

Pendant ce temps, Richard Strickland, le militaire brutal qui a capturé la créature en Amazonie, envisage de la disséquer avant que les Russes ne tentent de s’en emparer.

Elisa doit tout risquer pour sauver la créature. Avec l’aide d’une collègue qui souffre du racisme ambiant et d’un voisin malchanceux qui n’a plus rien à perdre, elle met au point un plan d’évasion. Mais Strickland ne l’entend pas de cette oreille. Et les Russes sont bel et bien sur l’affaire…

Le fantastique, la romance et l’horreur s’entremêlent dans une histoire d’amour obsédante et tragique, qui a remporté le Lion d’or du meilleur film à la Mostra de Venise en 2017.

Critique :
Une histoire d’amour entre une humaine et une créature qui a tout du monstre, ça sent le déjà vu, pour ceux qui connaissent « La belle et la bête ».

Alors serait-ce ainsi un remake que l’on nommerait « La muette et le monstre amphibie » ?

Non, c’est plus que ça, c’est mieux que ça, c’est différent de ça. On oublie la Belle du conte ou de chez Disney et on découvre une histoire d’amitié, d’amour, différente de tout ce que l’on connait.

Différente car si le scénario pourrait être du réchauffé (tout à été écrit depuis le temps) la manière de nous le présenter est différente, bien amenée, notamment grâce à quelques personnages allant des plus sympathiques ou crétiniste à la Trump.

Elisa Esposito est muette, elle est insignifiante, personne ne la voit, ne fait attention à elle, ne prend la peine d’apprendre le langage de signes, sauf Giles, le vieil homo qu’elle a pour voisin et Zelda, une collègue de travail, Noire, que tout le monde considère comme une moins que rien, vu sa couleur de peau.

Face à ces trois personnages qui ont tout d’insignifiant, de laissés-pour-compte par le reste des gens, nous avons Richard Strickland, une espèce de militaire imbu de sa personne, qui va chercher une créature dans l’Amazonie et qui n’hésitera pas à tuer les témoins ou ceux qui se mettent en travers de la route.

L’archétype de l’Américain qui se prend pour le roi du Monde, qui pense que tout lui est dû, que ce qui appartient aux autres est à lui, enfin, à l’Amérique. D’ailleurs, les autres, ce sont des animaux, ça ne souffre pas, ça ne pense pas…

Bref, le salopard dans toute sa splendeur mais sous la carapace d’enculé de première on a aussi un homme qui a souffert et qui souffre encore. Le portrait n’est pas que tout noir et on a l’impression que la rage qu’il passe sur la créature, c’est celle qu’il n’ose pas passer sur son chef, le général Hoyt, celui qui le tient par les roupettes.

Le récit prend le temps de planter son décor, de nous envoyer en Amazonie pour capturer la créature tout en nous faisant entrer dans la psyché de Strickland, dans les pensées de sa femme (Lainie), dans la vie d’Elisa Esposito et des autres personnages qui parsèment de leur présence importante les pages de ce roman (Giles, Zelda et Dmitri Hoffstetler).

N’allez pas croire que l’histoire d’amour/amitié entre la créature et Elisa ressemble à du mauvais Harlequin, Del Toro a pris le temps de développer leurs différentes rencontres et de quelle manière cela va se dérouler. C’est bien amené et on ne sombre jamais dans la mièvrerie bas de gamme.

Anybref, voilà une histoire d’amour bien foutue, bien fichue que l’on repose sur la table avec une pointe de nostalgie à l’idée de devoir remonter à la surface.

Le tout est de se laisser entraîner par les auteurs et de vibrer pour cette histoire d’amûr non conventionnelle. Si vous ne voulez pas y entrer, vous serez comme Strickland, imperméable à tout.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le moi espagnol 2019 chez Sharon (Mai 2019).

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Cosa fácil : Paco Ignacio Taibo II [Hector Belascoarán Shayne 1]

Titre : Cosa fácil – Hector Belascoarán Shayne 1

Auteur : Paco Ignacio Taibo II
Édition : Payot et Rivages (01/01/1994)
Édition Originale : Cosa fácil (1977)
Traducteurs : René Solis & Mara Hernández

Résumé :
Certains disent qu’Emiliano Zapata n’est pas mort et que c’est son double qui a été assassiné. D’autres sont ingénieurs dans une usine au bord de la grève et se font tuer.

D’autres encore persécutent une adolescente, fille d’une actrice de films pornographiques.

Hector Belascoaran Shayne, détective privé, va essayer de retrouver Zapata, découvrir les assassins d’ingénieurs, venir au secours de la jeune fille.

Comme si une seule de ces histoires n’était pas suffisante, il s’attelle aux trois en même temps! Totalement irrationnel.

Mais être un privé à Mexico ne relève-t-il pas de la folie ?

Critique :
Viva Zapata ! Problema : Zapata está muerto… Muerto de chez muerto, même. Plus muerto que lui, tu meurs.

Votre mission, monsieur le détective indépendant Hector Belascoaran Shayne – si vous l’acceptez – sera de prouver qu’Emiliano Zapata está vivo (♫ Vivo per lei anch’io lo sai ♪).

Et comme une affaire n’arrive jamais seule, vous en profiterez aussi pour élucider le meurtre d’un ingénieur dans une usine au bord de la grève et, tant qu’a faire, vous tâcherez de savoir pourquoi ces petits voyous en ont après la belle Elena.

Hector Belascoarán Shayne est un drôle d’oiseau. Basque par son père, irlandais par sa mère, il vit au Mexique et, durant sa triple enquête, il va en profiter pour nous parler un peu de son pays et de ses problèmes (au pays, pas à Hector, bien que ce dernier ait un passé qui sera éclairé dans les prochains tomes).

Avec du cynisme et de l’ironie mordante, notre détective va mettre le doigt sur les multiples dysfonctionnements du Mexique des années 70, sur les magouilles en tout genre, qu’elles soient politiques, sociales ou autres.

Ses trois colocataires du bureau qu’il loue sont soit à la recherche de travail, ou tout simplement désabusé, cynique, aussi, et le tout donne des personnages haut en couleurs du genre qu’on a pas l’habitude de croiser dans des polars noirs européens.

— Alors, beaucoup de travail ? demanda son voisin de bureau aux heures de nuit, le célèbre ingénieur « Gallo », diplômé ou peut-être en fin d’études, spécialiste du réseau d’égouts de la ville de Mexico. Il sous-louait à Gilberto, le plombier, un morceau du local pour la nuit.

Sans avoir un rythme trépidant à la 24h chrono, le roman se lit d’une traite car les trois affaires vont occuper notre Hector durant le jour et une partie de ses nuits, sans compter qu’il a un héritage maternel à régler avec son frère et sa sœur sans parler des événements qui arrivent de tous les côtés, vu qu’il a du pain sur la planche.

Lire un roman de Paco Ignacio Taibo II faisait partie de mon petit challenge personnel, je viens de le découvrir et le courant est bien passé entre nous, ce qui me fait dire que je compte bien encore m’accouder au bar en sa compagnie et boire des faux Cuba Libre tout en devisant du Mexique qui, ma bonne dame, n’est plus ce qu’il était.

C’était sa manière à lui de rester mexicain. Un Mexicain au quotidien, solidaire des récriminations, protestant contre la hausse du prix des tortillas, furieux contre l’augmentation du ticket de bus, écœuré par l’infamie des journaux télévisés, se plaignant du niveau de corruption des flics et des ministres, pestant à cause de la situation du pays, comparant son état déplorable à un dépôt d’ordures, maudissant le grand stade aztèque qu’il était devenu.

Une belle découverte, un détective hors-norme, des acolytes peu habituels, une description acéré Mexique et de sa classe dirigeante, le tout en résolvant trois affaires totalement différente, le tout sans prendre de repos, en dormant juste quelques heures dans un vieux fauteuil.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et le Mois du polar (Février 2018) chez Sharon.

 

Tijuana city blues : Gabriel Trujillo Muñoz

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Titre : Tijuana city blues

Auteur : Gabriel Trujillo Muñoz
Édition : Gallimard (2010)

Résumé :
Toujours risqué, d’avoir des ouvriers chez soi, surtout quand on vit à Mexico. Aussi, quand Miguel Àngel Morgado, avocat qui s’est officiellement consacré à la défense des droits de l’homme, en voit arriver un en larmes, il se dit que pour une fois…

Mais le charpentier nommé Blondie a appris qu’il travaille en fait pour le plus privé des privés, et lui demande de retrouver son père, disparu depuis 1951.

Une enquête historique, se dit encore Morgado, car le disparu est le dernier ami resté fidèle à l’écrivain Willliam S. Burroughs, quand celui-ci est sorti de taule après avoir logé une balle dans la tête de sa femme, Joan.

C’est par Burroughs que le père de Blondie a été envoyé avec un paquet suspect à Tijuana, d’où il n’est jamais revenu.

largeCritique : 
Vous avez décidé de visiter le Mexique et la ville de Tijuana ? Pas besoin de vous farcir des tonnes de prospectus, ce petit roman d’un peu plus de 100 pages fera l’affaire.

Bon, après lecture, vous aurez peut-être – tout comme moi – décidé d’abandonner le voyage !

Miguel Àngel Morgado est un avocat et le voici engagé par un charpentier (qui ne prénomme pas Joseph) pour retrouver la trace de son père, un américain mystérieusement disparu en 1951 lors de la fusillade dans la cantina El Tecolote à Tijuana.

Est-il toujours vivant ou non ? Et si oui, pourquoi cet homme bien n’a-t-il plus donné signe de vie à sa fiancée mexicaine qui avait un polichinelle dans le tiroir ?

La quête de ce paternel disparu mystérieusement de la circulation – comme si c’était Copperfield – mènera l’avocat dans la ville de Tijuana pour une confrontation avec la vérité toute nue et sans l’éclat du bronzage.

Une lecture qui se termine vite, sans temps mort, l’intrigue étant aisée à suivre sans pour autre être simpliste.

L’enquête était correcte, le dépaysement était total, et j’ai savouré les petites répliques acides entre l’avocat, mexicain, et le gars du FBI, américain jusqu’aux bout des ongles.

Et prends-toi dans la gueule, gars du FBI, que les yankees considèrent le Mexique comme un lieu de défoulement et un super réservoir pour obtenir des travailleurs à bas prix ou des prostiputes.

Mais attention, le gars du FBI a de la réplique ! Et prends-toi dans les dents que les Mexicains ne sont pas des anges non plus avec les autres.

— Arrêtons, Morgado. Je sus venu avec le drapeau blanc, des intentions pacifiques.
— C’est ce que vous avez dit à Géronimo et tu sais ce qui est arrivé.
— Et c’est ce que vous dites, vous, les mexicains, aux Indiens du Chipas, et tu sais ce qu’il leur arrive, répliqua Harry. Rien ne vous sert de leçon, à vous non plus. À toi moins qu’à tout autre. Je me trompe ?

Le seul bémol est la petitesse du roman (oui, parfois, la taille est importante).

La plume de Muñoz est un plaisir à suivre et j’aurais bien poursuivit l’Histoire de la ville, de ses vices et de ses délices, bien en sécurité dans mon divan que j’étais.

Vu les personnages, les approfondir ne leur auraient pas fait de tort, que du contraire, cela aurait donné encore plus de corps au récit.

Hélas, en 100 pages, l’auteur doit aller à l’essentiel et c’est bien dommage parce qu’il y avait matière là à nous écrire un bon 300 pages sans soucis. Plus si affinités.

Pas de regret d’avoir découvert « ce saisissant portrait du Mexique » comme l’écrivait Le Monde.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016) et Le « RAT a Week, Winter Édition » chez Chroniques Littéraires (109 pages – 2104 pages lues sur le Challenge).

Mois du Polar - Février - Sharon rat-a-week1-copie