Un prisonnier modèle : Paul Cleave [Joe Middleton 2]

Prisonnier modèle, un - Paul Cleave

Titre : Un prisonnier modèle

Auteur : Paul Cleave
Édition : Sonatine (2016)

Résumé :
Joe Middleton s’est tiré une balle dans la tête. Par malheur, il s’est raté et a atterri à l’hôpital, escorté par une horde de policiers qui se demandent déjà s’ils n’auraient pas mieux fait de l’achever discrètement. Peut-être en effet auraient-ils dû.

Un an plus tard, Joe est toujours derrière les barreaux d’un quartier de très haute sécurité, accusé d’une série de meurtres plus horribles les uns que les autres. En attendant son procès, qui doit s’ouvrir quelques jours plus tard, il s’apitoie sur les vicissitudes de sa vie de détenu et tente encore de se faire passer pour un simple d’esprit auprès des différents experts en psychiatrie.

Mais pour ceux qui connaissent mieux Joe sous le nom du Boucher de Christchurch, seule une mort rapide est souhaitable.

À commencer par son ex-complice qui compte bien le faire abattre avant son entrée au tribunal ; Raphael, le père d’une de ses victimes, qui veut plus que tout au monde voir Joe payer ses crimes ; ou encore Carl Schroder, l’ancien policier qui a arrêté le tueur en série…

Critique : 
Quel plaisir de retrouver Joe Middleton, notre fameux Joe-Le-Lent, Boucher de Christchurch de son état.

Non, il ne découpait pas des côtelette à la boucherie Sanzot ! Joe, c’est tout simplement premier serial-killer qui m’avait fait rire.

Ici, on rigole moins… Joe est en prison – c’est sa place – et il n’a pas changé d’un iota : il pense toujours qu’il peut berner les gens, que lui seul a des droits et qu’on ne les respecte pas, que tout ceci est une erreur et qu’il va sortir libre de la prison avec sa ligne de défense imparable qui est « Je ne se souviens de rien ».

C’est bien connu, en prison, il n’y a que des innocents et niveau mauvaise foi royale, Joe n’est pas le seul champion du monde, la concurrence est rude avec Kenny-Le-Père-Noël.

— C’est dingue les trucs qui nous font paraître coupables, lui dis-je. Merde, le fait que tu te sois fait prendre dans une bagnole volée en costume de Père Noël avec un gamin enfermé dans le coffre, ça veut rien dire.
— Exactement, convient Kenny.
— Et le fait que c’était en avril n’a pas aidé. Ça t’a fait sortir du lot.
— Exactement. Alors quoi, c’est un crime maintenant de porter un costume de Père Noël à Pâques ?
— Ça devrait pas l’être. Tu crois que c’est un crime d’être déguisé en lapin de Pâques à Noël ?
— Et comment je pouvais savoir que ce gosse était dans le coffre ?
— Tu pouvais pas.
— Et je volais pas la bagnole, je croyais que c’était la mienne. Elle ressemblait à la mienne. Et il faisait noir. L’erreur est humaine.
— Les choses paraissent différentes dans le noir, dis-je.
— C’est ce que je veux dire. Ce gamin, il croit que c’est moi qui l’ai enlevé, mais comment il pourrait le savoir vu que je lui avais bandé les yeux ?
— Très juste. 

Surprise je fus lorsque j’appris qu’on avait écrit une suite de « Un employé modèle ». Que pouvait-on dire de plus ? N’allait-on pas tourner en rond et perdre le bénéfice d’une super lecture lors du premier opus ?

Vu les critiques élogieuses de mes potes blogueurs, j’ai ouvert le roman confiante, mais méfiante tout de même… Joe-Le-Lent aurait pu les payer pour qu’ils vantent la suite des ses aventures. Mdr

La suite est tout simplement jubilatoire, comme la première, mais dans un tout autre registre.

Paul Cleave a toujours une plume remplie d’humour noir et de cynisme.

Le roman, lui, est composé d’une recette imparable qui comprend : du suspense, du mystère, des bons mots, des situations cocasses, des rebondissements, des changements de narrateurs, une pincée de roman noir, du social, des embrouilles,…

Quant aux personnages, ils sont travaillés, on les connait, on a suivi leur parcours, ils ont leur force, leurs faiblesses. Pas de dichotomie entre les bons et les méchants, personne n’étant tout blanc ou tout noir. Quant à la mère de Joe, elle mérite l’Oscar du personnage le plus à l’Ouest !

Sans oublier que dans tous les romans de Paul Cleave interagissent entre eux, les personnages de l’un se retrouvant cité dans un autre, ou passant faire un petit coucou dans un autre… C’est une véritable toile d’araignée où tout se tient à merveille.

Il n’est pas nécessaire de les avoir tous lus pour comprendre, mais cela ajoute du piment pour le lecteur qui l’a fait, bien que ma mémoire passoire m’ait fait oublier des tas de petits détails.

Un employé Modèle possédait SA scène culte (dans le parc), les hommes doivent s’en souvenir, de cette perte horrible. Et bien, la suite en possède une autre qui m’a donné envie de vomir tout mon quatre heures et mon midi aussi. Beurk !

Les gardiens de prison sont forts devant un Joe emprisonné, mais ils feraient moins les mariolles et les durs devant un Joe en liberté ! Mais bon, ça risque pas.

« Bon appétit », me lance Adam, ce qui, je suppose, signifie Va te faire foutre en latin.
Je déballe le sandwich et ouvre le pain. Il y a des poils pubiens entre une tranche de fromage et une tranche de viande, suffisamment pour tricoter un pull à une souris – ce qui est ironique, car la dernière fois qu’Adam m’a apporté un sandwich, il y avait une souris crevée dedans. Je le remballe et veux le rendre à Adam, qui ne le prend pas.
« C’est soit ça, Middleton, soit tu crèves la dalle.
— Alors je crèverai la dalle. »
De la même manière que j’ai crevé la dalle après le sandwich au Mickey.

Une chose m’a fait réfléchir avec le comportement des gardiens de prisons et de certains flics…

A-t-on le droit de rabaisser un prisonnier accusé de multiples meurtres en lui faisant des saloperies ? Ne se met-on pas à son niveau en faisant cela ? Les flics auraient-ils bien fait s’ils avaient descendu Joe par « accident » lors d’une fausse tentative d’évasion ? S’ils l’avaient fait, cela aurait évité bien des drames.

Mais si on cautionne ce genre de comportements, n’est-ce pas la porte ouverte à tout et n’importe quoi, dont la déshumanisation de ceux qui se doivent d’être droit ? Vaste débat.

Une suite aussi jubilatoire que le premier tome, mais dans un registre différent, des retournements de situation, des chocs pour le lecteur, du suspense, du rire, de la peur, des petites subtilités, des questions que l’on se posera, pas de jugements, une intrigue complexe, de haut-vol, un puzzle dont les pièces se mettront en place lentement mais sûrement et des personnages qu’on prend plaisir à retrouver.

Un conseil : ne faites jamais confiance à Joe-Le-Lent… Ni à Mélissa X ! Mais plongez sans crainte dans cette suite délectable que le beau Paul Cleave nous a rédigé de sa petite plume acérée et jouissive.

J’ai un jour donné un coup de pied dans les couilles à un sans-abri et menacé de lui foutre le feu dans cette rue – même si, évidemment, je plaisantais. Je ne suis pas sûr qu’il ait saisi la plaisanterie – c’est le problème avec les gens, ils ne comprennent pas l’ironie.

Étoile 4,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016) et Le « RAT a Week, Winter Édition » chez Chroniques Littéraires (565 pages – xxx pages lues sur le Challenge).

Mois du Polar - Février - Sharon

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Un père idéal : Paul Cleave

Titre : Un père idéal                                                                    big_4

Auteur : Paul Cleave
Édition : Sonatine / Livre de Poche (2012)

Résumé :
Jack Hunter a longtemps été un bon époux et un père idéal. Un homme bien sous tous rapports, hormis cette petite manie secrète et discutable : le meurtre violent de prostituées.

Aussi son fils Edward ne s’attendait-il pas à ce que la police vienne un jour frapper à la porte de leur maison si tranquille pour arrêter le premier serial killer de l’histoire de Christchurch, Nouvelle-Zélande.

Vingt ans plus tard, Edward est à son tour devenu un citoyen modèle. Comptable sans histoire dans un cabinet d’avocats de la ville, il a tout fait pour oublier et faire oublier ses sombres origines.

Mais le jour où sa femme est sauvagement assassinée, c’est vers son père, toujours derrière les barreaux, qu’il va se tourner pour prendre conseil.

Pourra-t-il faire autrement que de marcher sur ses traces ? L’instinct de tueur est-il vraiment héréditaire ?

Autant de questions qu’Edward va devoir affronter durant une folle semaine qui verra sa vie bien rangée basculer dans l’horreur.

Critique : 
Diaboliquement excellent, ironique et sadique : voilà comment je qualifierait ce livre.

Certes, pas aussi hilarant que « Un employé modèle » mais ce père idéal me réconcilie totalement avec l’auteur (en froid avec lui après « Nécrologie »).

Edward Hunter est un comptable ordinaire, comme bien d’autres en Nouvelle-Zélande et dans le monde. MAIS, voyez-vous, même les comptables les plus ordinaires peuvent cacher des secrets inavouables !

Par exemple, je me verrais mal annoncer à mes collègues de boulot que mon papounet chéri purge une peine de prison pour avoir fait comme l’autre Jack, son cousin anglais : zigouiller des prostituées !

Le monstre qui l’habitait ne se manifestait jamais à la maison, il restait tapi dans les ténèbres avec le sang et la chair de ses victimes, mais parfois – au moins onze fois de ses propres aveux – papa sortait le soir et allait retrouver ce monstre. Il n’était alors plus mon père, il était autre chose.

Mon père s’est fait arrêter parce qu’il avait des penchants que les autres n’approuvaient pas trop – pas même les gens de Christchurch.

Et bien, Edward, c’est pareil ! Sa vie a basculé lorsque les flics sont venu arrêter son père parce qu’il avait assassiné des femmes de petites vertus exerçant le plus vieux métier du monde. Se prénommant Jack, son père fut surnommé « Jack The Hunter » par les journaleux.

Sa vie pèpère avec sa femme et sa petite fille va pourtant valser en l’air lors d’une visite à la banque. Visite qui va refroidir son épouse adorée.

Paul Cleave sait sortir des sentiers battus et je peux vous assurer que non, ceci n’est pas une Xième histoire de céréales-quiller. C’est bien mieux que ça.

Non seulement l’auteur distille quelques doses d’humour dans son récit, mais en plus, alors que l’on pense avoir établit le profil de l’histoire, hop, elle prend un virage à 90°, nous entrainant dans une poursuite infernale où le pauvre Edward va jouer un rôle important, à l’insu de son plein gré, aidé en partie par son père, qui n’est pas si idéal que ça !

La moquette est usée jusqu’à la trame et maculée de taches qui ressemblent à de la graisse, comme si quelqu’un avait essayé d’ôter la poussière en passant des morceaux de poulet frit dessus au lieu d’un aspirateur.

— Je suis à la bourre avec tous les suicides de Noël qui commencent chaque année de plus en plus tôt. Dès qu’il y a des sapins et des guirlandes dans les centres commerciaux, les gens se mettent à sauter des ponts.
— C’est la saison, observe Landry.

Un roman jouissif de par ses personnages, détaillés, mais sans en faire trop et une écriture qui vous fait oublier où vous êtes : oui, j’étais à Christchurch en train de me demander pourquoi il faisait 40° à Noël… Bonn sang, mais c’est bien sûr !

Ils annoncent qu’il fait déjà 27 degrés et que la chaleur va monter, nous rappellent que des restrictions d’eau sont en vigueur, que le réchauffement climatique est en route, que nous sommes seulement à un peu plus de sept jours de Noël.

De plus, cerise sur le cadavre, le récit s’emboite dans les trois autres romans et nous retrouvons des têtes connues.

Ce roman, c’est de l’émotion à l’état brut (pour une certaine scène), de la drôlerie, des situations cocasses (je ne vous mettrai pas au « courant », warf, warf), des retournements de situations et un récit sans temps mort (et quand il y en a un peu, on se bourre la gueule à grand renfort de bière froide).

Je repose la bouteille de bière vide. Il y en a toute une rangée devant moi, et Dieu merci, mes amis – mes amis qui me ressassent des platitudes du genre « Les choses vont s’arranger », ceux qui ne savent pas quoi dire -, Dieu merci, mes amis ont eu la décence de m’apporter des tonnes de bières !

Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015).

BILAN - LC réussie - OKPourquoi je l’ai choisi (Par Stelphique, ma binôme de LC) :
Il ne me manquait que celui ci pour faire le tour des œuvres de cet auteur dont je suis fan… Je suis encore plus contente de l’avoir lu en Lecture Commune Interactive avec Cannibal Lecteur.

Synopsis :
Jack Hunter a longtemps été un bon époux et un père idéal. Un homme bien sous tous rapports, hormis cette petite manie secrète et discutable : le meurtre violent de prostituées. Aussi son fils Edward ne s’attendait-il pas à ce que la police vienne un jour frapper à la porte de leur maison si tranquille pour arrêter le premier serial killer de l’histoire de Christchurch, Nouvelle-Zélande.

Vingt ans plus tard, Edward est à son tour devenu un citoyen modèle. Comptable sans histoire dans un cabinet d’avocats de la ville, il a tout fait pour oublier et faire oublier ses sombres origines.

Mais le jour où sa femme est sauvagement assassinée, c’est vers son père, toujours derrière les barreaux, qu’il va se tourner pour prendre conseil. Pourra-t-il faire autrement que de marcher sur ses traces ? L’instinct de tueur est-il vraiment héréditaire ?

Autant de questions qu’Edward va devoir affronter durant une folle semaine qui verra sa vie bien rangée basculer dans l’horreur.

Les personnages :
Edward Hunter, il m’a beaucoup plu dans ses maladresses, dans son désespoir, et quoiqu’il arrive à lutter contre ses démons, à essayer de faire taire son monstre…Le destin s’acharne contre lui, et la compassion accompagne chacun de ses actes répréhensibles.

Jack Hunter, ce père est comme une ombre au dessus de thriller, Pas tout à fait là, mais redoutablement dangereux…Idéal, je n’en suis pas sure, mais diablement efficace si on a besoin de lui…..

Schroder, un flic au top! Profondément investi, mais compréhensif, on aimerait qu’il soit tous de sa trempe !

unnamedCe que j’ai ressenti :
Comme ça vu de l’extérieur, cette ville à l’air lumineuse et une jolie destination de vacances… Et bien si jamais vous ouvrez un livre de Paul Cleave votre envie d’évasion vers ce lieu risque d’être coupée en plein vol… Christchurch regorge de personnes non recommandables, de tueurs très sanguinaires et de flics dépassés par les évènements… Un lieu de débandade cauchemardesque, mais qu’est ce que j’aime m’y retrouver grâce à la plume de cet auteur….

Je n’ai pas pu lâcher ce thriller de haut vol, complètement retournée dans cette spirale infernale, happée dans les méandres de l’esprit torturé de Edward (ou Jack, on ne sait plus….). C’était trop ahurissant cette plongée en enfer de ce personnage à la lignée rouge sang…. Cet homme si équilibré, avait une revanche à prendre sur les préjugés, mais face au drame, le passé reprend son homme et le plie à sa volonté…

« Nous sommes des hommes de sang » p139
« Parfois vous devez faire quelque chose de mal pour arriver à quelque chose de bien. » p203

Paul Cleave sait nous livrer des personnages forts et intéressants à suivre… On est fatalement sous l’emprise de chacun, ils les faits si touchants et à la fois borderline, jamais idéal, mais on pourrait tant leur ressembler, si humains en somme, que ce qui fait leur force, c’est leur imperfection…. C’est toute l’ingéniosité de son écriture, ça, et son humour disséminé en miettes de sarcasmes, avec des rebondissements palpitants, on ne peut que passer un super moment!!!!

« Tous sont endormis, et des ronflements et des pets résonnent dans tous les coins: si quelqu’un craquait une allumette, l’air s’embraserait ». p269

Je n’y ai vu aucune fausse note, j’ai même versé une larme d’émotion pure…. Pour moi, un chef-d’œuvre de thriller!!!! La voix à l’intérieur de moi (elle ne s’appelle pas Noirceur ^^) vous dis de lire ce livre de toute urgence.

« Ou alors peut être que nous sommes tous ici, peut être que la noirceur de mon père et mon monstre sont assis sur la banquette arrière, à papoter, à comparer leurs anecdotes et à parier sur l’issue de la nuit ». p275

Ma note Plaisir de Lecture : 10/10unnamed

BILAN - LC réussie - OK

La collection : Paul Cleave [Theodore Tate 2]

Titre : La collection [NUM]                                                             big_3-5

Auteur : Paul Cleave
Édition : Sonatine (2014)

Résumé :
Des gens disparaissent à Christchurch. C’est d’abord Cooper Riley, un professeur de psychologie criminelle distingué. Puis une de ses étudiantes, Emma Green.

Le père de celle-ci appelle à l’aide Theodore Tate, un ancien flic, qui vient juste de sortir de prison, où il purgeait une peine pour avoir renversé Emma alors qu’il était ivre au volant.

Mû par un intense sentiment de culpabilité, Tate recommence donc à arpenter les rues brûlantes de la ville, conscient que chaque heure qui passe voit se réduire les chances de retrouver Emma vivante.

Bientôt, ses pas le mènent vers l’ancien hôpital psychiatrique de Christchurch, Grover Hills, un établissement au sombre passé.

Il va alors être amené à affronter deux personnages pour le moins inquiétants. Melissa X, une tueuse en série dont la police, qui possède ses empreintes, son ADN et sa photo, n’est pourtant jamais parvenue à déceler la véritable identité. Et un mystérieux individu, amateur de serial killers au point de les collectionner…

Petit Plus : Avec « La Collection », Paul Cleave inscrit un nouveau chapitre magistral à sa grinçante « comédie humaine » et nous ouvre un peu plus grand la porte de sa petite boutique des horreurs.

Une fois encore, l’auteur d’ Un employé modèle se surpasse pour explorer les recoins les plus sombres de l’âme humaine dans un thriller addictif à l’humour très noir !

POLAR - asile-hopital-abandonné-15Critique : 
Dire que j’ai failli abandonner ma lecture avant la page 50… Heureusement, j’ai persévéré et mon entêtement s’est révélé payant.

Ce qui a failli causer l’abandon, c’est cette foutue narration au présent que je déteste plus que tout, additionné du personnage de l’ex-inspecteur Theodore Tate que je n’apprécie pas vraiment.

Pourquoi ais-je donc continué à lire ce roman qui me faisait soupirer ? Pour deux choses.

Je commencerai par la seconde, si vous le permettez : je n’avais pas envie de rester sur deux mauvaises impressions consécutives alors que le premier roman que j’avais lu de Paul Cleave m’avait emballé (Un employé modèle).

Et la première des raisons qui a fait que je me suis accrochée, c’est à cause du récit d’Adrian (faites taire le Rocky en vous !) qui se trouve en alternance avec celui de Tate.

Adrian est personnage qui m’a touché, un personnage complexe qui m’a ému et dont je voulais absolument suivre le récit.

Adrian a les fils qui se touchent, dans sa tête. Ses cases ne sont pas dans le bon ordre… de ce fait, il en a bavé dès son plus jeune âge, lorsqu’il était à l’école. Vous savez, tout comme moi, que les enfants ne sont pas des tendres avec ceux qui n’ont pas toutes leurs frites dans le cornet.

Son récit est poignant et on a beau savoir qu’il est devenu un homme que l’on aurait peur de croiser, on ne peut pas s’empêcher de ressentir de l’empathie pour lui. Comment est-ce possible ? Et bien c’est simple : si les autres – enfants et adultes – ne l’avaient pas brimé, rejeté, abaissé, violenté et toussa toussa, nous n’en serions pas là !

Malgré un début laborieux, je suis entrée dans le récit et je me suis laissée emporter par toutes les péripéties d’Adrian, de Tate, de Cooper, d’Emma et j’ai apprécié la complexité de l’intrigue. Tout à l’air simple, mais dans le fond, ça ne l’est pas et je salue l’auteur pour certaines choses (no spoiler !!).

L’ex-inspecteur Tate est toujours à baffer, il est têtu comme une bourrique, ne se rend pas toujours compte qu’il fait beaucoup de dégâts chez les autres au cours de ses enquêtes, on ne sera jamais copains tous les deux, mais je dois reconnaître que sans son acharnement, les flics seraient toujours à tourner comme des chiens après leurs queues.

Si Nécrologie se déroulait sous une pluie battante, La Collection vous rôtira la peau car nous sommes sous un soleil cuisant ! Pas évident de lire ça alors que dehors il fait froid et humide…

Mélangeant les récits avec des « je » pour Tate et des « il » pour les autres personnages, cela permet de jouer beaucoup plus avec les pensées de notre enquêteur ex-policier tout en conservant des choses cachées pour les autres personnages.

Lors de notre passage au Grove (vous saurez ce que c’est en le lisant), les huis-clos sont plus tendus que le string d’une prostituée arpentant les trottoirs de Christchurch et je dois avouer que j’ai fermé les yeux lors d’un certain passage assez… heu… violent !

L’écriture est assez simple, sans chichis, mais sans concession avec la ville de Christchurch ou notre société. L’humour est grinçant, noir et ça, j’adore.

« Il y a dix ans, il y avait des règles : si une information n’était pas avérée, les journaux se montraient réticents à la publier. Les temps ont changé. Internet s’impose comme le média dominant, les chaînes d’information tournent vingt-quatre heures sur vingt-quatre, la concurrence est plus féroce que jamais, et les journalistes n’ont plus le temps de vérifier leurs sources.L’important n’est plus d’informer les gens de ce qui se passe, mais de définir les programmes et de gagner de l’argent, car l’argent importe plus que le bien et le mal ».

« Je me dirige vers le petit office de tourisme. Une femme sérieusement obèse, qui n’a pas conscience que porter un débardeur moulant dans son état est un crime contre l’humanité, m’indique où trouver Jesse Cartman ».

Du suspense, une toile d’araignée gigantesque, et un thriller qui sait ne pas suivre les codes. Idem en ce qui concerne les serial-killer : l’auteur ne brasse jamais deux fois la même chose.

Au moins, ce roman m’a réconcilié avec l’auteur qui m’avait un peu déçu lors de ma lecture de « Nécrologie ».

Là, c’est comme avec les Panzani : « Il m’épate, il m’épate ».

Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015).

CHALLENGE - Thrillers polars 2014-2015 (1)

Nécrologie : Paul Cleave [Theodore Tate 1]

Nécrologie - CleaveTitre : Nécrologie                            big_2

Auteur : Paul Cleave
Édition : Sonatine (2013) / Livre de Poche (2014)

Résumé :
À la suite d’un drame personnel, Theodore Tate, un ancien flic, s’est reconverti en détective privé. Alors que la police est occupée à chasser le fameux Boucher de Christchurch, le serial killer qui terrorise la ville, c’est lui qu’on mandate pour s’occuper d’une banale exhumation, celle du corps d’un directeur de banque dont la veuve est suspectée d’homicide.

Là, un glissement de terrain accidentel révèle la présence de trois cadavres immergés dans le lac qui borde le cimetière. S’agit-il de victimes du Boucher, ou bien un autre tueur en série est-il à l’œuvre ?

Lorsqu’en plus on découvre dans le cercueil, à la place du corps de l’honorable banquier, celui d’une jeune inconnue, c’est le début d’un engrenage infernal pour Theodore qui va devoir découvrir seul la vérité sur cette affaire. Avant que la police ne découvre la vérité sur lui… et sur ses terribles secrets.

Après Un employé modèle, Paul Cleave nous emmène une nouvelle fois arpenter la face obscure de Christchurch, où, en dépit des apparences si tranquilles, même les morts ne sont plus en sécurité. Noir et glaçant.

POLAR - CimetièreCritique : 
M’étant délectée avec « Un employé modèle », c’est tout naturellement que je me suis tournée vers cet autre ouvrage de Paul Cleave.

Force m’est de constater qu’il n’est pas du même niveau que le précité et que je me suis même surprise à m’ennuyer durant ma lecture…

Pourtant, tout avait bien commencé… Pensez, je me trouvais dans un cimetière (une fois de plus) en compagnie du détective privé Théodore Tate, et nous supervisions une exhumation.

Deux ans plus tôt, l’enquête avait été bouclée par Tate, alors flic, mais notre banquier, mort de manière « naturelle » aurait peut-être été empoisonné par sa femme. On était là, tranquille, à regarder les employés faire leur job et déposer le cercueil sur le pont arrière de la camionnette. Tiens, un glissement de terrain près du lac…

Bloup, bloup, à fait l’eau à côté de nous. Tate est allé voir, m’entrainant dans son sillage. Bigre, des corps qui remontent à la surface. À peine le temps de dire « ouf » que voilà le gardien du cimetière qui monte à bord de la camionnette et démarre plein gaz, perdant le cercueil par la même occasion… Oh, tiens donc, que vois-je ?? Le banquier n’as pas de bourses puisque c’est une jeune fille qui occupe le cercueil. Oups !

Si le début était prometteur (les 200 premières pages), à un moment donné, j’ai légèrement décroché. La narration au présent (que je déteste) et la profusion de nombreux « je » m’ont irrité (certains auteurs savent pourtant ne pas m’irriter avec ce style de narration).

Niveau personnages, le détective Tate est torturé, la vie ne l’a pas épargné, malgré tout, je n’ai pas ressenti de grande empathie pour lui. Alors que j’avais adoré le Boucher de Christchurch, je n’ai rien ressenti pour le détective.

Le personnage était travaillé, mais il manquait de sympathie, je trouve. Borderline – il l’est à fond – notre détective à même réussi à m’horrifier quelques fois par son comportement inconséquent et son culot certain, ayant même tendance à adopter certains des comportements qu’il reprochait aux autres (et quand il a un reproche, ma foi, ça dépote).

En tout cas, dans le roman, Tate aura son lot de situations tordues, cocasses et de case « prison ». Le plus drôle c’est qu’il se fera appréhender pour un délit dont il n’est pas coupable.

Divisé en deux parties (l’enquête en premier lieu, la seconde se déroulant un mois après la fin de la première partie avec un Tate qui a l’air de se foutre de tout), c’est un morceau du second récit qui ne m’a pas vraiment emballé.

Le rythme général est assez lent – le roman étant plus psychologique que policier, dans le fond – mais là où d’habitude le polar psychologique ne me pose pas de problème, ici, je baillais profond et j’ai parfois dû m’accrocher ou lire en diagonale…

Malgré tout, la fin est excellent et je ne l’avais pas vu venir. Les ramifications étaient profondes, tordues, bien pensés et m’ont sciées.

Une lecture en demi-teinte… À vous de vous faire votre propre avis.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba.

CHALLENGE - Thrillers polars 2013-2014 (1)