[TÉLÉFILM] Sherlock Holmes in New York – Sherlock Holmes à New York (1976)

Sherlock Holmes in New York (Sherlock Holmes à New York) est un téléfilm américain réalisé par Boris Sagal, diffusé en 1976 avec Roger Moore (acteur britannique) et Patrick Macnee (acteur britannique) dans les rôles de Holmes & Watson.

Date de sortie initiale : 18 octobre 1976
Réalisateur : Boris Sagal
Société de production : 20th Century Fox Television
Scénario : Alvin Sapinsley
Bande originale : Richard Rodney Bennett

Distribution :
Roger Moore (VF : Jean Roche) : Sherlock Holmes
Patrick Macnee (VF : Roland Ménard) : Docteur Watson
Charlotte Rampling (VF : Brigitte Morisan) : Irene Adler
John Huston (VF : Jean Martinelli) : Professeur Moriarty

Synopsis :
19 – 22 mars 1901 – Londres : Sherlock Holmes arrive chez le Professeur Moriarty, un homme redoutable à la tête du crime organisé londonien. Le détective annonce à son ennemi qu’il a infiltré son organisation criminelle et que tous ses proches collaborateurs ont été arrêtés. Moriarty menace Holmes, mais se retient de le tuer.

L’homme machiavélique annonce qu’il va perpétrer en représailles le « crime du siècle », qui se déroulera sous les yeux du détective sans que celui-ci ne parvienne à l’arrêter, ce qui l’humiliera et le discréditera aux yeux du public.

De retour au 221B Baker Street trois jours plus tard, Watson informe Holmes qu’Irène Adler, devenue chanteuse de music hall à New York, va prochainement donner un récital. Holmes reçoit anonymement par la poste des tickets pour le spectacle, et s’inquiète qu’un lien existe entre les mauvaises intentions de Moriarty et Irène Adler : il décide donc de partir à New York avec Watson.

31 mars – 2 avril 1901 – New York : arrivés de l’autre côté de l’Atlantique, Holmes et Watson se rendent au théâtre où Irène Adler doit se produire le soir même.

Holmes apprend à son grand soulagement que la jeune femme ne semble avoir reçu aucune menace, mais il parvient à comprendre que c’est bien Moriarty qui a envoyé les tickets de spectacle à Baker Street.

Holmes et Watson se rendent le soir-même à la représentation mais le directeur du théâtre informe les spectateurs qu’Irène Adler ne pourra pas se produire.

Le détective, qui apprend l’adresse de la jeune femme, part immédiatement chez elle.

Anecdotes :

  • La voix française de Roger Moore est celle aussi de Nicol Williamson qui joua le rôle de Sherlock Holmes dans « Sherlock Holmes attaque l’Orient-Express ».
  • La voix française du professeur Moriarty joué par John Huston est celle de Perry Mason (Raymond Burr).

Ce que j’en ai pensé :
Chat échaudé craint l’eau froide… C’est donc avec circonspection (et non avec circoncision) que j’ai entamé le visionnage de ce téléfilm dont j’avais peu d’espoir qu’il terminasse au panthéon des films holmésiens.

Rappelez-moi de me coller des baffes pour être partie avec des préjugés et un jugement prédéfini, ce qui ne se fait pas…

Pas d’excitation non plus, mes loulous, on ne se trouve pas devant le summum des téléfilms holmésiens, mais face à quelques chose qui tient la route et qui se révèle moins pire que ce que j’avais pensé au départ.

Hormis quelques détails qui m’ont fait froncer les sourcils dans la scène de départ, pour la suite, c’était plaisant à voir et divertissant.

Commençons directement par ce qui m’a emmerdé tout au long du film :

  • La tronche de constipé du professeur Moriarty, avec ses bajoues de crapauds et sa voix digne du capitaine Mehrlicht ! Alors d’après Wiki, le doubleur est le même que pour Perry Mason, mais ce jour là, il devait avoir fumé des Gitane et des Johnson sans filtres car c’était rocailleux et horrible à souhait, comme s’il avait des glaires de coincé dans le fond de la gorge…

  • Moriarty est le Napoléon du crime, on est bien d’accord ?? Holmes est le roi du déguisement, on est toujours d’accord ? Mais de là à duper Moriarty en se déguisant en colonel Moran sans que celui-ci ne s’en rende compte, il y a un pas à ne pas franchir…
  • Moriarty cause trop ! Comme tous les méchants, il doit donner son plan, l’étaler et parler de la réalisation imminente de son crime du siècle, passé et à venir ! Rien de moins… On se demande même s’il ne va pas aller nous assassiner J.F.K ! Ah merde, non, nous sommes en 1901, 62 ans trop tôt !
  • Dans son bureau, Moriarty possède plus de pièges qu’Oncle Picsou ! Et presque les mêmes, en plus !
  • Le Watson campé par le Patrick Macnee de « Chapeaux melon et bottes de cuir » est limite débile, il ne capte rien, et n’a que peu de traits de lucidité. Durant tout son séjour à New-York, il regarde les américains comme des imbéciles sans savoir qu’il en est un lui-même, d’imbécile ! Et en prime, son boitillement le fait marcher comme un canard.

  • Nooon, Holmes ne va quand même pas se rendre à New-York en deerstalker et macfarlane ?? Ben si ! Et en plus, on lui fait fumer une pipe calebasse ! Même si l’histoire se déroule en 1901, cette pipe n’a pas encore été ramenée en Grande-Bretagne.

  • Heureusement, il ira au théâtre en smoking…

  • Je n’ai rien contre Roger Moore en Holmes, mais bon, parfois, il fait un peu trop du  James Bond, trop de Simon Templar, trop de Brett Sinclair… Trop de Moore, quoi ! mdr
  • Par contre, dans le noir, avec ses cheveux coiffés de la sorte, on dirait Benedict Cumbertbatch à certains moments…

Pour le reste, pas de remarques mesquines à faire, il y a de l’action, du mystère, deux enquêtes et Holmes est pris à la gorge, ne pouvant en résoudre une sous peine d’avoir la mort d’un enfant sur la conscience.

Et quel enfant en plus ! Non, je ne dirai pas qui est sa maman… Ni qui pourrait être son papa…

Charlotte Rampling fait une excellente Irene Adler, de la distinction, de la classe, elle et Holmes s’appelle par leurs prénoms, ce qui fait très choupi, mais à un certain moment, sa doubleuse doit avoir testé plusieurs versions du prénom de Sherlock car elle nous donne du Tcherlock, ce que je déteste et ce qui n’est pas juste.

Le jeu entre elle et Holmes est subtil, on se doute qu’il y a eu des choses entre eux, on se doute qu’il y en a toujours, ils parleront d’un voyage au Monténégro, leur deux, on imagine des choses coquines, mais on ne verra rien, dommage, mais tant mieux, dans le fond, parce qu’il y a plus dans leur non-dit que dans un long baiser qu’ils auraient pu se rouler.

Watson, hélas, est un débile mental profond, il ne voit pas ce que le téléspectateur comprend très vite, ou du mois, ce que nous soupçonnons aisément. Lui, c’est nada, on lui mettrait devant le nez qu’il ne comprendrait pas encore.

Dommage, parce que dans le film, il aura quelques moments de conducteur de lumière ou de boost pour Holmes qui se laisse abattre quand il comprend le piège de Moriarty.

Niveau bagarres, ce n’est pas le top, mais nous nous trouvons dans un vieux film, ce qui est normal, donc, que les scènes aient l’air d’être foireuses… Comme celles des courses-poursuites en fiacre…

New-York, comme la ville de Londres, n’échappera pas au nappes de brouillard, ça donne toujours une certaine ambiance, je trouve, même si elles flottent dans les airs comme des fantômes…

Au final, même si ce n’est pas le téléfilm du siècle, ça se laisse regarder avec plaisir, pour se divertir, c’est ce qu’il faut, on a deux enquêtes où Holmes devra se montrer plus malin que Moriarty, qui lui, a mis au point un plan machiavélique, qui, en cas de réussite, aurait vraiment été le crime du siècle et aurait placé le professeur sur un piédestal par rapport à Holmes.

Mais Sherlock Holmes est le plus fort ! Na.

À voir sans se prendre la tête, avec du pop-corn et un bon mojito !

On oscille donc entre :

Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.

 

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Le Signe des Quatre – Desmond Davis (1983)

Le Signe des Quatre de Desmond Davis (1983)

Avec Ian Richardson (Sherlock Holmes) et David Healy (Dr. John Watson)

Celles et ceux qui ont suivi leurs programmes télé sans omettre les petites chaînes de la TNT ont pu se rendre compte qu’en ce mois d’Août, la chaîne Chérie 25 avait remis Sherlock Holmes à l’honneur les vendredis soirs, en nous diffusant une série sur les aventure fictives de Conan Doyle, et quelques films adaptés du canon.

C’est d’ailleurs à cette occasion que nous avions battu le rappel croyant bêtement les programmes télé qui s’étaient trompés pendant une semaine sur la version du Chien des Baskerville qui serait diffusée, avant de rectifier le tir au dernier moment…

Cela nous avait bien mis en colère et en prime la version du Chien des Baskerville était calamiteuse.

Vendredi dernier, Chérie 25 diffusait une adaptation du Signe des Quatre, tournée la même année et toujours avec Ian Richardson dans le rôle de Holmes…

Déçue par le Chien des Baskerville je m’étais abstenue de battre le rappel cette fois-ci… Et j’ai eu tort !

Résumé :
Le Major Sholto dîne avec ses deux fils quand son majordome lui apporte un pli déposé pour lui… Ce pli est ce qui ressemble à un plan de bâtiment, et provoque chez le maître de maison une vive émotion qui vire à l’attaque d’apoplexie.

Le Major Sholto explique qu’avec quatre compères, il avait mis la main sur un trésor qu’il garde planqué dans le grenier et qu’il a été injuste car il n’a jamais remis la part du trésor de l’un de ses compères décédé à la fille de ce dernier… Qui n’est autre que Miss Mary Morstan.

Pendant que le père essaie de se remettre ou agonise dans son lit, les fils se disputent sur la pertinence de donner ou pas un tiers du dit trésor à Miss Morstan. On voit que les deux fils sont bien prgamatiques et se voient déjà hériter.

Et ils ont raison puisque tandis qu’ils sont trop occupés à chercher le trésor dans le grenier, un type à jambe de bois a réussi à entrer dans la demeure et est arrivé régler ses comptes avec le Major Sholto qui meurt de peur avant de laisser satisfaction à l’intrus.

Quelques temps plus tard, Miss Mary Morstan vient rencontrer Holmes et Watson, ayant reçu un gros diamant ainsi qu’une invitation à rencontrer un étrange inconnu pour une affaire de la plus haute importance.

Le gros diamant s’avère d’après Holmes qui sait tout (j’avoue que des fois il m’énerve à tout savoir comme ça !), être le deuxième plus gros diamant du monde !

Voilà Holmes ferré comme un beau poisson, et Watson aussi. Holmes est évidemment intéressé par l’affaire…

Quant à Watson… C’est par la charmante orpheline (à moins que ce soit pour la fortune qu’elle vient de recevoir ? Hummm… Pourquoi il n’y aurait que les femmes qu’on soupçonnerait de vénalité ? Hein? Je vous le demande! ).

Ce que j’en ai pensé :
La version du Chien des Baskerville avec Ian Richardson m’avait horripilée pour bien des raisons, et c’est avec certaines craintes que j’ai visionnée la version du Signe des Quatre, me rassurant sur le fait que le réalisateur n’était pas le même…

Que le Watson n’était pas non plus le même… et qu’il y avait peut-être des chances que l’équipe de scénaristes-adaptateurs ait également changé.

Je ne suis pas allée dans les détails du générique pour le vérifier…

Dans l’ensemble, cette version m’a semblée moins insupportable que le Chien des Baskerville vu la semaine passée.

Ian Richardson campe toujours son rôle de Holmes de façon très crédible. Il a le physique de l’emploi (maigre et limite émacié) ce qui l’aide passablement.

Tout d’abord, l’esthétique était nettement moins kitchouille !

Les coloris, les coiffures, les décors, agressaient moins la rétine et étaient plus conformes à ce qu’on pouvait voir dans les années 80 en termes de reconstruction de l’ère victorienne.

Je garde évidemment en mémoire l’adaptation Granada avec J.Brett comme étalon de comparaison.

Ensuite, le, changement de Watson est une véritable bénédiction ! Certes, il n’apparaît pas non plus comme un candidat potentiel pour le Nobel, voire pour entrer au Club Mensa (qui n’ouvre ses portes qu’aux sujets ayant démontré avoir un QI supérieurs à 130, soit un peu moins de 2% de la population générale)…

Mais il nous change du godichon calamiteux dont nous avions subi les frasques la semaine passée !

Cependant … Il est bien enrobé, nettement quinquagénaire ce qui n’est pas très canonique…

Et ses élans amoureux naissants à l’adresse d’une jeune femme qui a peut-être trente ans de moins que lui sont d’un ridicule achevé !

Il fallait que Miss Morstan soit bien désespérée pour s’enticher d’un croulant pareil !

Cela étant avec le deuxième plus gros diamant du monde en poche… Elle n’était plus obligée de se caser à tout prix ! Enfin bref…

L’histoire canonique ne paraît pas aussi malmenée que dans l’adaptation du Chien des Baskerville au premier abord.

Cependant en y réfléchissant bien, je me dis que si je retournais lire de près l’œuvre originale je trouverais au moins autant de libertés prises avec le canon que dans l’adaptation de la semaine dernière…

Ma dernière lecture étant un peu ancienne je vous livre les divergences les plus flagrantes.

En effet, exit l’addiction pas très politiquement correcte de Holmes avec la coco à 7% (c’est un film grand public mince ! Même si à 21h30 on a droit à un spot publicitaire Durex expliquant aux vrais zhômes que grâce aux capotes de la même marque ils sont certains de nous donner des orgasmes tonitruants… Un grand moment de solitude pour la mère de famille de jeunes adolescents que je suis ! Franchement j’aurais préféré leur parler des méfaits de la cocaïne injectable plutôt que de la mécanique de mes orgasmes !!! Enfin… ils ont eu la décence de ne pas m’interroger !)…

Et puis… Dans le Canon, Mary ne reçoit pas « juste » le diamant « Grand Mogol », mais se voit mystérieusement adresser des perles précieuses depuis six ans !

Il semble en effet, que la réalisation ait préféré resserrer la temporalité de l’histoire, un parti pris qui selon moi ne s’imposait franchement pas du tout !

En outre, l’estimation du trésor annoncée dans le film est nettement surévaluée par rapport à ce qui est dit dans le canon (500 000£).

Et la surévaluation ne peut même pas être expliquée par une intention de convertir la valeur du trésor en livres des années 80 pour que le public mesure mieux de quoi il retournait car dans ce cas, le dit trésor aurait été nettement sous-évalué !

D’ailleurs, les scénaristes ont préféré commencer par nous expliquer dès le départ le nœud du problème plaçant le spectateur en position de regard omniscient qui sait déjà ce que Holmes recherche, là où le texte original adopte plutôt la progression de nos héros dans leur compréhension de l’affaire, ce qui a le mérite de renforcer le suspense et l’intérêt de la lecture !

Je trouve ce choix déplorable, et bien facile.

En résumé :
Une adaptation relativement correcte mais qui pèche par un parti pris narratif tuant les ressors originaux du suspense du roman, en expliquant trop de choses d’emblée, et en condensant la temporalité du canon, quitte à en modifier quelques détails d’une importance somme toute mesurée.

Ian Richardson est un Holmes convainquant, et l’on regrettera que le Watson campé par Healy ne serve que de faire valoir en surpoids, et puisse se comporter en ado rougissant  devant une jeune femme alors qu’il est déjà quinqua.

À voir à l’occasion…

La Malédiction de la maison Foskett – Les enquêtes de Middleton & Grice – T2 : M.R.C. Kasasian

Titre : La Malédiction de la maison Foskett – Les enquêtes de Middleton & Grice – T2

Auteur : M.R.C. Kasasian
Édition : City Editions (08/03/2017)

Résumé (par Ida) :
March Middleton, après la disparition de son père, médecin militaire, a quitté et vendu la demeure familiale qu’elle ne pouvait entretenir faute de revenus, ne disposant que d’un « maigre héritage » (qui aurait suffit pour nourrir correctement une famille nombreuse de l’Est End… mais pour vivre comme une lady), a été accueillie par son parrain qui a bien voulu devenir son tuteur.

Il s’agit de Sydney Grice, l’insupportable, pédant et arrogant « détective personnel » connu du tout Londres et que consulte régulièrement le Prince de Galle lorsqu’il s’est mis dans une situation embarrassante avec des femmes de petite vertu.

Après avoir résolu ensemble une première enquête (cf le billet de Belette sur « Petits Meurtes à Mangle Street »), l’improbable duo reçoit la visite d’un monsieur qui sollicite son aide.

Un groupe de personnes fortunées sans héritiers a décidé de créer une société dont le principe est transmettre après leur décès les biens de tous ses membres au dernier des vivants.

Afin d’éviter que les membres de l’étrange société ne se trucident les uns les autres pour rafler la mise, Grice est sollicité afin de retrouver les éventuels assassins qui seraient alors probablement pendus par la justice et ainsi exclus du bénéfice éventuel de la succession.

Or, à peine leur a-t-il exposé son marché que le client s’effondre raide mort dans le fauteuil de March Middleton, visiblement empoisonné au cyanure après avoir bu le thé apporté par Molly, la gentille mais pas très futée domestique de Grice, que celui-ci s’amuse régulièrement à insulter sans qu’elle ne s’en rende compte et l’en remercie presque à chaque fois.

Parviendront-ils à éviter aux autres membres de cette société d’héritiers mutuels de passer prématurément de vie à trépas ? Et qui est donc ce Docteur Berry, femme médecin aussi jolie qu’intelligente, que Grice pourtant célibataire endurci et inaccessible à la romance, semble trouver fascinante ?

Ce deuxième volet nous permettra également de mieux découvrir les petits secrets privés de nos personnages évoqués en filigrane dans leur aventure précédente, et de nous rendre compte que… March n’est peut être pas si incapable d’attirer les attentions d’un homme…

Critique (par Ida) :
Dès le départ quelques allusions à certaines affaires célèbres du canon holmésien, que l’auteur via March attribue à Grice, vient nous rappeler que ce ne serait pas Holmes qui a servit de modèle à Grice, mais Grice qui aurait été le modèle dont Conan Doyle se serait inspiré pour créer son personnage légendaire.

Mouais… Permettez moi de n’adhérer que légèrement à ce subterfuge, car c’est Grice qui est la caricature des défauts attribués à Holmes !

Et c’est une caricature trop caricaturale à mon goût. Il est franchement insupportable ce type ! Odieux ! Rabaissant constamment les gens dès qu’il ouvre la bouche. Une saillie ironique de temps à autre aurait largement suffit…

Là c’est tellement fréquent que ça frise la pathologie et laisserait supposer paradoxalement qu’un tel déballage constant d’attaques au narcissisme des autres est révélateur d’un être à l’estime de soi extrêmement fragilisée…

Ce qui ne va pas très bien avec la stabilité mentale et le sang froid dont Grice peut faire preuve par ailleurs. Il est horripilant et j’avoue que ça en devient lassant. Très lassant même.

Ce travers de Grice met en valeur en revanche les côtés sympathique de March Middleton. Pour faire face à un olibrius de cet acabit, il faut manifestement avoir un caractère bien trempé et beaucoup d’esprit. Elle fait heureusement preuve d’un sens de la répartie désopilant, pour notre plus grand plaisir.

Cela étant elle aussi est un personnage trop atypique pour son époque et la modernité de son caractère peu soumis aux normes bourgeoises de l’ère victorienne a quelque chose d’un peu anachronique. Mais sans cette anachronisme, les épouses Pitt, Ross et notre March nous auraient-elle autant plu ? J’en doute !

L’atmosphère du Londres victorien, ses inégalités sociales, ses rues transformées en fossés fangeux où lords et mendiants se croisent, sont bien au rendez-vous.

La complexité de l’intrigue me laisse malgré tout ambivalente. En effet… Il ne faut pas que les intrigues soient trop simples, sinon on s’ennuie. Mais là elle me paraît parfois très alambiquée, de multiples fils s’y entrecroisant, avec ses histoires parallèles… Trop d’infos tue l’info… Et je m’y suis un peu perdue !

Par ailleurs sur la fin, la narration semble souffrir aussi parfois de quelques longueurs, cassant le rythme du dénouement.

En outre… certains éléments de l’histoire que je ne vous révèlerai évidemment pas me semblent assez peu crédibles (voire franchement pas du tout pour qui a quelques notions basiques en rapport avec les champs de savoir scientifiques mis en avant – pour les autres ça peut passer cela étant), tout comme certaines coïncidences « qui font bien les choses lorsqu’il s’agit de se tirer d’un mauvais pas » sont un peu trop nombreuses à mon goût.

Dans un roman qui doit mettre en valeur l’esprit rationnel et scientifique du héros je trouve que c’est un peu décalé. On devrait pouvoir compter plus sur son cerveau que sur les coups de bols dans un tel roman !

J’hésitais dans ma cotation « Sherlock »… Je serais bien allée jusqu’à quatre pour l’impression générale du roman… Mais le côté pénible du personnage de Grice est à la longue très fatiguant et l’abus de ressors peu crédibles pour alimenter le scénario me font revoir ma note à la baisse.

On en restera à trois car même si je deviens exigeante, on passe malgré tout un bon moment, un léger sourire sur les lèvres d’un bout à l’autre, en voyant comment March remet avec art ce malotru de Grice à sa place !

Nous rappelons à notre aimable clientèle que la dame Ida n’est pas rémunérée pour ses chroniques !

Le donjon du bourreau – Frère Athelstan – Tome 2 : Paul Doherty

Titre : Le donjon du bourreau [Deuxième des riches et navrantes aventures de frère Athelstan]

Auteur : Paul Doherty (Paul Harding)
Édition : 10-18 (2000) / 10-18 (2013) – Nouvelle couverture

Résumé :
Décembre 1377. Le dominicain Frère Athelstan a des problèmes avec ses ouailles. Le Mal rôde dans le cimetière dont il a la charge et plusieurs corps ont été mystérieusement déterrés.

Mais Sir John Cranston, le coroner de Londres, dont il est l’assistant, le réquisitionne pour élucider une autre affaire aussi étrange.

Le gouverneur de la Tour de Londres, Sir Ralph Whitton, vient d’être assassiné. Il avait reçu un étrange message quatre jours auparavant et craignait pour sa vie.

Les suspects sont nombreux et les deux limiers devront chercher dans le passé de la victime pour comprendre ce meurtre étrange commis dans une pièce fermée de l’intérieur et gardée par des soldats dévoués.

Critique :
Après avoir arpenté le Londres de Jack ou de Sherlock Holmes, j’ai eu envie de changer d’époque.

Ni une, ni deux, j’ai encodé une nouvelle date dans ma DeLorean : direction Londres en décembre 1377 ! Putain, ça caille !

Mince, je me suis trompée de date ou la machine a bugué parce que j’ai atterri près de Chypre, en juin 1362, sur un bateau immobilisé sous la canicule…

Bon, vaut mieux ne pas s’attarder, des galères barbaresques viennent d’assaillir le petit navire et ce fut « pas de quartier ».

Après ce petit détour, me voici bien arrivée  à Londres, en pleine période de l’Avent (décembre). C’est la bonne date, la Tamise est gelée, il y a de la neige, tout le monde se gèle les miches et l’intro sous le soleil était courte mais horriblement intense.

Pataugeant dans la neige, mon fidèle destrier me conduit à Southewark, chez le frère Athlestan est bien et malgré qu’il soit un homme d’église, notre rencontre se déroule on ne peut mieux. C’était ma première fois avec lui…

Dans la littérature policière, les duos atypiques sont légions car non seulement les opposés s’attirent, mais en plus, un tandem disparate emmènera mieux l’attelage qu’une paire de même caractère, le fougueux entraînant le calme qui lui même tempérera les ardeurs du plus nerveux.

Un duo composé d’un homme d’église et d’une homme de loi n’est pas une nouveauté non plus, puisque notre bon vieux frère Cadfael enquêtait aux côtés de Hugh Beringar dans une Angleterre médiévale elle aussi.

On aurait pu dire, en poussant un lourd soupir « Rien de neuf sous le soleil », mais je vous rassure de suite, il n’y a rien de commune entre les deux !

Si Cadfael a connu le monde et est devenu moine ensuite dans une congrégation, le Frère Athelstan est un frère prêcheur (un prêtre), a sa propre paroisse, en sort quand il veut et son ami le coroner qu’il assiste, Sir John Cranston, a tout d’un Gérard Depardieu éructant, jurant comme un charretier, malmenant tout le monde, rotant, pétant sans vergogne, buvant comme un soiffard (ou un trou) et bouffant comme quatre.

— Si vous rudoyez un peu les suspects, avait-il un jour proclamé, ils ont moins de temps pour concocter leurs mensonges. Car, comme vous le savez, mon frère, la plupart des criminels sont des menteurs.

Oui, comme je le disais plus haut, le duo est atypique, mais pas besoin de fouetter cette belle paire – dont l’un est empâté – car si Sir John s’arrête à toutes les chapelles que sont les auberges, frère Athelstan tente de modérer sa consommation de boissons alcoolisées.

Une chose m’a frappée (aie) : l’auteur connait l’Histoire d’Angleterre sur le bout des doigts et met ses connaissances à profit pour nous décrire une ville de Londres comme si nous y étions (ou comme si lui l’avait arpentée avec les voyages Thomas Cook).

Ses descriptions sont criantes de vérités, sans pour autant devenir longues à lire et les moeurs de cette époque troublée sont racontées aux travers des actions ou réflexions de nos personnages, le tout sans devenir lourd ou ennuyant.

Avec des mots savamment recherchés, utilisant un langage riche (définitions de certains mots en bas de page, sinon, ouvrez le dico), il nous dépeint des lieux, des situations, le fonctionnement de la Tour de Londres, la vie à cette époque, la dichotomie dans la population (les riches d’un côté, les très pauvres de l’autre) et ça te donne une putain d’atmosphère.

— Malheur à cette ville ! Malheur à ses officiers corrompus ! Malheur à ceux qu’ils servent, à ceux qui, vêtus de soie, se vautrent sur leurs couches luxurieuses, à ceux qui se gorgent de bonne chère et de vins capiteux. Ils n’échapperont pas à la tempête qui se lève ! Comment peuvent-ils commettre le péché de gloutonnerie quand leurs frères humains meurent de faim ? Telle est la question à laquelle ils devront répondre !

N’ayons pas peur des mots, j’en ai bavé de plaisir.

La Tour se dressa devant eux. Remparts abrupts, tourelles, bastions, merlons et créneaux, tout était recouvert de neige. Masse de pierre taillée, l’imposante forteresse semblait avoir été bâtie non pour défendre Londres, mais pour la réduire à l’obéissance.
— Quel endroit sinistre ! marmonna Cranston. Le Donjon du Bourreau.
Il jeta un coup d’œil perplexe à Athelstan.
— Nos vieilles connaissances, la Mort et le Crime, y rôdent.

De plus, la manière de parler des personnages, certaines tournures de phrases, des réflexions, ou les jurons sont d’époque et vieillis en fût de chêne ! Le tout sans devenir pompeux ou lourd à lire.

Si j’ai une aversion pour les gens du clergé (et si des gens du clergé me lisent, tant pis), j’ai pourtant un gros faible pour le frère Athelstan qui est un prêtre qui se soucie de ses ouailles, qui s’énerve de temps en temps, qui jure, même, aussi, et qui a des sentiments pour la veuve Benedicta, même si le tout reste platonique, l’auteur ne nous faisant pas entrer dans l’intimité des nuits du frère Athelstan…

Quant à son ami, le coroner Sir John Cranston, cette grande gueule qui se fait tout petit devant sa femme, ce grand engoufreur de nourriture devant l’Éternel (qui est le berger de frère Athlestan), ma foi, son côté impétueux me plaît bien.

— Et bien, il vous ressemblera comme deux gouttes d’eau : pas un cheveu sur le crâne, rougeaud, buvant tout son saoul, pétant et rotant sans cesse, braillant continuellement et faisant de grands discours sans queue ni tête !

L’enquête sur des morts atroces survenues dans la Tour de Londres est remplie de mystères puisque nous avons le principe de la chambre close, et quand bien même j’avais deviné la méthode pour assassiner le gros porc qui y dormait, et de ce fait, avait le coupable, je n’ai pas boudé mon plaisir car le tout est entraînant et un véritable bonheur de fin gourmet à lire.

Certes, pour savourer ce genre de roman, faut aimer :

  • Les whodunit L’époque
  • Une enquête qui va piano
  • Les descriptions détaillées des ruelles traversées ou des lieux

Arpenter ces venelles de Londres, juchée sur la croupe du cheval de frère Athelstan fut une belle aventure que je compte bien réitérer, après avoir acheté les autres romans de la collection, puisque, pas de bol, celui que j’avais acheté pour le tester – en seconde main – était le tome 2 et que je ne possédais que celui-là.

Anybref, avec ce polar historique, j’ai eu ma dose car c’était de la bonne came littéraire !

PS : Entre nous, si j’adore les romans se passant sous l’époque victorienne, je n’aurais pas eu envie, par contre, d’y vivre, mais là, j’ai encore moins envie de vivre sous cette époque moyenâgeuse !! Z’ont pas la wifi, connaissent pas les mojitos et pour trouver une café digne de ce nom, faut même pas essayer !!

— Le seul et vrai spectre, c’est la peur. Elle brise l’harmonie de l’intelligence et trouble l’âme. Elle crée une atmosphère de danger et de sourde menace. Notre assassin se révèle à la fois extrêmement habile et subtil : il parvient exactement à ses fins.

Challenge« Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon et Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.

Le rat géant de Sumatra : Rick Boyer

Titre : Le rat géant de Sumatra

Auteur : Rick Boyer
Édition : Mycroft’s Brother (2003)

Résumé :
Selon les holmésiens du monde entier, il s’agit de l’un des meilleurs pastiches de Sherlock Holmes publié, depuis les histoires que sir Arthur Conan Doyle nous a livrées. On y retrouve le détective et son fidèle Watson opposés au rat géant de Sumatra, débarqué en Angleterre par un mystérieux personnage qui se révèle être une vieille connaissance de Sherlock Holmes.

Publié aux Etats-Unis en 1976, ce livre a été réédité aux Etats-Unis en 1998 dans un recueil de quatre aventures intitulé A Sherlockian Quartet.

La traduction, par un spécialiste holmésien, restitue parfaitement le style du docteur Watson, biographe officiel de Holmes. Une qualité rare en la matière.

Critique :
Tout ceux et celles qui ont lu « Le vampire du Sussex » connaissent cette phrase célèbre de Sherlock Holmes au sujet d’une certaine Matilda Briggs…

« Matilda Briggs n’est pas le nom d’une jeune fille, Watson, dit Holmes d’une voix lointaine. C’est le nom d’un navire dont le destin est associé à celui du Rat géant de Sumatra. Une histoire à laquelle le monde n’est pas encore préparé ».

Et on la trouve où, cette fameuse histoire du rat géant ? me demandez-vous.

Nulle part dans le canon holmésien car elle n’existe pas, elle fait partie de ce que les holmésiens ont nommé les Untold Stories, c’est à dire les histoires citées par Watson dans le canon holmésien, mais jamais écrites par Conan Doyle.

Lorsque j’avais acquis ce petit roman (175 pages, texte sur deux colonnes), j’avais eu une petite appréhension que les louanges faites à ce pastiche n’étaient pas parvenues à éteindre, échaudée que j’étais après avoir lu du grand n’importe quoi réalisé par d’autres auteurs qui avaient eu aussi brodé sur ce fameux rat géant.

Ma lecture initiale m’avait presque faite pleurer de plaisir tant le roman était fin, tant il n’avait pas sombré dans un gouffre abyssal de conneries ou de rats ayant la taille d’un poney.

Cette relecture fut tout aussi plaisante que la première fois, preuve qu’il était bon, ce petit pastiche, même s’il était cher (>20€).

L’auteur respecte tous les codes du canon holmésien et une fois de plus, cette untold stories pourrait très bien être intégrée aux véritables récits du Watson de Conan Doyle tant on s’en approche.

Richard Boyer, l’auteur, joue avec les codes, les utilise à bon escient, fait des références à des autres affaires, nous offrant un Sherlock Holmes et un Dr Watson proche des véritables, tout en ajoutant son style à lui.

Cherchez pas la petite bête, tout y est ! Et pour les lecteurs des aventures de Sherlock Holmes, il ne leur sera pas difficile d’éventer une ruse du détective puisqu’il l’avait déjà faite dans une certains histoire de malédiction canine (et rien à voir avoir avec un dentiste maudit).

Et bien justement, Le Rat Géant, c’est un peu comme avec Le Chien des Baskerville qui contentait une partie fantastique avec malédiction et chien géant sorti des Enfers, et qui se terminait par une explication rationnelle et logique.

L’auteur a bien manié son récit, mêlant habillement le caractère fantastique et mystérieux de l’enquête, tout en lui donnant un final réaliste et sans rien emprunter au fantastique, ce qui aurait été un peu trop facile.

Et si au départ on se demande où est l’histoire avec le rat, Holmes ayant une histoire d’enlèvement à résoudre, pas de panique, il arrivera bientôt, le mélange des deux enquêtes étant harmonieux et bien réalisé.

Du suspense, des rebondissements et un méchant bien travaillé et qui, comme tous les méchants de la terre, ne peut résister à l’envie de se vanter et d’exposer tous ses griefs à l’encontre de Holmes. Comme tous les méchants, en fait… Faudrait faire une étude psychologique sur cette propension qu’ont les Méchants à un peu trop causer.

Anybref, notre détective de Baker Street n’est pas tombé de la dernière pluie, il est loin d’être un imbécile et à plus du rusé renard que d’un lapereau de deux semaines.

L’auteur a aussi brillamment mit en avant la formidable amitié qui lie Holmes et Watson (et rien de plus, on se calme les filles !) et, tel dans l’aventure des « Trois Garrideb », nous avons un Holmes un peu ému à l’idée d’avoir fait prendre de grands risques à son ami. Un grand moment.

Le récit est digne d’un grand cru, vieilli en fût de chêne, il est A.H.O.C (Appelation Holmésienne d’Origine Contrôlée) et ne contient pas de sulfites.

A consommer sans modération parce qu’un pastiche écrit avec un tel savoir, se déguste avec sagesse.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Sherlock Holmes » de Lavinia sur Livraddict, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.

Le témoignage du pendu : Ann Granger [Lizzie Martin & Ben Ross – Tome 5]

Titre : Le témoignage du pendu – Lizzie Martin et Ben Ross – Tome 5

Auteur : Ann Granger
Édition : 10-18 (02/06/2016)

Résumé :
Un homme destiné à la corde dirait n’importe quoi pour sauver sa vie. Mais que faire si son témoignage était vrai ?

Lorsque l’inspecteur Ben Ross est appelé à la prison de Newgate par un homme condamné à mort, il ne s’attend pas à accorder le moindre crédit à sa parole.

Mais le récit d’un assassinat dont il a été témoin il y a plus de dix-sept ans est si convaincant que Ben ne peut s’empêcher de se demander si ce qu’il a entendu est vrai.

S’il est trop tard pour sauver la vie de l’homme, peut-il encore enquêter sur un crime passé inaperçu pendant toutes ces années ?

Critique :
Lorsque sa dernière heure est arrivée, un futur pendu de la prison de Newgate raconta à l’inspecteur Ben Ross qu’il y a 16 ans, il fut le témoin d’un crime dans une maison isolée du petit village de Putney, non loin de Londres.

Ben mon colon, tu pouvais pas en parler plutôt à la police ???

Autant chercher une aiguille dans une botte de foin vu le peu d’indication qu’il donna à l’inspceteur Ben Ross et dû aussi au fait que le village de Putney, en 16 ans, s’était sans doute bien agrandi.

Va-t-en retrouver une maison isolée sur la lande si tout le monde s’est mis à construire autour. Va-t-en retrouver une mort suspecte si tu ne connais pas le nom du mort.

Heureusement, après avoir fait du remue-ménage jusque bien haut dans la hiérarchie avec cette confession tardive à laquelle personne ne croit, notre Ben pourra compter sur Lizzie, son épouse, pour mener une enquête discrète, avec l’aide de sa bonne et de son ami le cocher (qui a un nouveau cheval).

J’élèverai une protestation sur le fait que notre cocher préféré ait envoyé son vieux cheval Nelson chez l’équarrisseur !! (Note pour plus tard : en menacer ma vieille bique quand elle est chiante).

Comme si ça ne suffisait pas, d’un autre côté, un homme vient déclarer que sa femme et leur enfant ont été enlevé… Mais dit-il la vérité, ce contribuable qui répète un peu trop souvent qu’il paie ses impôts ? Niveau personnage détestable, c’est un portrait réussi que nous avons là.

Ceci n’est pas le meilleur tome des enquêtes de Lizzie Martin et Ben Ross : l’enquête principale est assez simple à résoudre, l’enquête secondaire aussi et notre chère Lizzie est un peu en retrait pour cette enquête.

Malgré tout, j’ai passé un agréable moment à suivre des personnages que j’apprécie, même s’ils ressemblent un peu au couple Thomas et Charlotte Pitt.

Ce que j’ai apprécié le plus, ce sont les descriptions de la ville de Londres, ses mœurs, sa bouffe (composée de tourtes à la viande), les explications diverses sur les droits des femmes (quels droits ??), leur position dans la société où tout les droits sont pour les hommes, même lorsqu’il sont en tort…

Avec subtilité, l’auteure nous en parle, le tout étant glissé dans les conversations, les pensées des personnages, sans que cela soit redondant. Si cette enquête manque de mystère et de suspense, on se rattrape avec l’apprentissage des mœurs de la société victorienne, que j’adore lire mais où je n’aurais pas voulu y vivre.

L’inconvénient de lire les avis de mes petit(e)s camarades, c’est que l’on se fait une opinion avant la lecture et cela peut porter préjudice à ce que l’on ressent durant cette lecture. Dans ce cas-ci, les avis étaient mitigés et j’ai eu quelques craintes en entamant ma lecture. Je n’aurais pas dû.

Ce n’est certes pas leur meilleure enquête, mais elle se lit avec plaisir au soleil, tout en emmagasinant des infos sur la société victorienne qui ne faisait pas la place belle à la femme alors qu’elle était dirigée par une femme !

Challenge« Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.

Sherlock Holmes et la suffragette amoureuse : Bernard Oudin

Titre : Sherlock Holmes et la suffragette amoureuse

Auteur : Bernard Oudin
Édition : Mycroft’s Brothers (2005)

Résumé :
Sherlock Holmes est de retour ! Nous a-t-il d’ailleurs jamais quitté ? Le personnage est si fascinant que ses admirateurs s’acharnent à exhumer tel exploit oublié, tel écrit caché de son biographe le Dr Watson.

Sept épisodes inédits de ses aventures voient ici le jour. Ils nous promènent dans le Londres victorien, des ruelles de l’East End aux artères illuminées du quartier des théâtres, et, à l’occasion, loin de la capitale, des landes du Yorkshire aux rives du Nil.

On y voit Sherlock Holmes jouer tour à tour de ses extraordinaires dons intellectuels et de ses capacités d’homme d’action pour élucider le meurtre de la belle actrice Margaret Brent, suffragette militante et pourtant victime de ses sentiments ; déjouer les plans de sinistres personnages ; traquer les anarchistes et résoudre l’énigme do cobra d’or ; braver les malédictions des pharaons ; et, pour finir, s’attaquer à l’un des défis les plus étranges de sa carrière.

Mais chut !… Le moment est venu de surprendre le détective et son inséparable compagnon dans leur appartement de Baker Street, toujours prêts à quitter la quiétude du coin du feu pour affronter les dangers de la grande ville…

Critique :
Les romans qui appartiennent à la maison d’édition Mycroft’s Brothers possèdent des avantages et des sacrés inconvénients…

Au rayon des inconvénients, je relèverai leur prix élevé et le fait que, n’étant guère épais (144 pages), ça fait cher la page !

Niveaux avantages, leur maigreur fait qu’on peut amortir le prix en le relisant une fois tous les 5 ans !

Ce que je fis et, vu tout ce que j’ai lu entretemps, ma mémoire, engorgée, avait tout effacé de cette lecture de 2012.

Verdict ? Le plaisir était toujours au rendez-vous et ce petit recueil de 7 nouvelles holmésiennes écrites par un des spécialistes français de l’holmésologie n’ont pas pris une ride.

Oui, en les relisant, j’avais toujours l’impression que c’était du Conan Doyle ! Ça en avait la couleur, la saveur, même si ce n’en était pas et toute référence à une certaine boisson gazeuse qui aurait la couleur de l’alcool sans en être serait purement fortuite…

Sherlock Holmes est fidèle à lui même, il nous parle de l’inconstance des femmes, il est assez mordant avec Watson lorsque celui-ci commettra une erreur (L’usurier sentimental), même si Holmes avouera dans la première histoire qu’il a déjà perdu des clients parce qu’il avait sous-estimé l’affaire (La suffragette amoureuse).

Comme pour ma première lecture, j’avais deviné la résolution de l’affaire assez vite, mais malgré ça, le plaisir était toujours au rendez-vous (La clinique du docteur Sanderson).

Attention, je suis loin d’arriver au petit orteil du Maître, puisque dans une autre nouvelle (Le Cobra d’or), je n’avais rien trouvé et le coupable aurait pu s’en tirer facilement si cela avait été moi sur l’enquête.

Bref, rien à jeter dans ces nouvelles qui semblerait presque faire partie du canon holmésien tant elles sont dans l’esprit de Conan Doyle.

D’ailleurs, dans une des nouvelles, il y aura un petit clin d’œil à Conan Doyle qui sera cité en tant qu’agent littéraire de Watson et présenté comme un fervent adepte du spiritisme.

Un super moment de lecture, des enquêtes holmésiennes bien écrites, dans l’esprit des vraies, des références au canon, des déductions mais vu qu’il n’y a que 144 pages, cela a toujours un goût de trop peu…

Challenge« Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Sherlock Holmes » de Lavinia sur Livraddict, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.

20. Sherlock Holmes : Les Six Napoléons – The Six Napoleons

SAISON 2 – [Le Retour de Sherlock Holmes] – ÉPISODE 7

  • Producteur : June Wyndham-Davies, Rebecca Eaton
  • Réalisateur : David Carson
  • Scénariste : John Kane
  • Décorateur : Tim Wilding
  • Musique : Patrick Gowers
  • 20ème épisode tourné
  • 1ère diffusion : Angleterre : 20 août 1986 – ITV Network (20ème épisode diffusé); États-Unis : 19 mars 1987 – WGHB; France : 7 mai 1989 – FR3 (20ème épisode diffusé)
  • Durée : 51 min 30 sec

  • Distribution :
    Jeremy Brett … Sherlock Holmes
    Edward Hardwicke … John Watson
    Colin Jeavons … Inspector Lestrade
    Eric Sykes … Horace Harker
    Emil Wolk … Beppo
    Gerald Campion … Morse Hudson
    Vincenzo Nicoli … Pietro
    Steve Plytas … Venucci Snr
    Marina Sirtis … Lucrezia
    Vernon Dobtcheff … Mendelstam
    Nadio Fortune … Beppo’s Cousin
    Jeffrey Gardiner … Mr. Sandeford
    Michael Logan … Josiah Brown

Le pitch ? Alors qu’il semble être simplement venu déguster un whisky soda et fumer un cigare au 221b, l’inspecteur Lestrade, confortablement installé dans un bon fauteuil, se décide à confier l’affaire qui le préoccupe.

Un individu vole puis fracasse des bustes de plâtre à l’effigie de Napoléon aux quatre coins de Londres, sans rien dérober d’autre.

Holmes sourit à la théorie de Lestrade qui s’engage évidemment sur de fausses pistes, et aux explications médicales de Watson sur la monomanie.

Cette affaire loufoque prend alors un tour tragique. Chez le journaliste Horace Harker, où un troisième buste a été détruit sous un lampadaire, un meurtre a été commis. La victime est un italien de la famille Venucci.

Intro : Qui veut la peau de Napoléon Bonaparte ? Du moins, qui peut le détester au point de rechercher tous ses bustes en plâtre pour les fracasser sur le sol ? Certes, je déteste cet homme, mais bon, fracasser ses bustes me semble un peu excessif.

Y’a rien à dire, les épisodes de la Granada sont tous plus réussis l’un que l’autre et cet épisode possède encore beaucoup d’humour grâce à la personne de Lestrade.

Une enquête qui, comme d’autres, paraît ne pas en être une, et qui, au final, se révèlera plus importante qu’il n’y paraissait au début, un peu comme avec « La ligue des rouquins ».

J’adore, d’ailleurs, dans cet épisode, une scène muette où la caméra tourne dans la pièce, passant d’un protagoniste à un autre, captant les regards et les non-dits, en attisant notre curiosité.

Certes, dans cet épisode, Scotland Yard et la police n’en ressortiront pas grandi…

Les épisodes avec Lestrade sont rares et c’est bien dommage qu’il n’apparaisse pas plus dans les récits canoniques, entrainant par là qu’on ne le voit pas souvent dans la série, alors qu’à lui tout seul c’est un personnage assez comique de par ses entêtements.

Dans l’affaire de Napoléon, Lestrade et Watson seront même assez complices, expliquant avec sérieux à Holmes ce qu’est la monomanie, tous deux formant une coalition taquine contre Holmes.

À un autre moment, c’était Holmes et Watson qui s’amusaient de voir Lestrade jetant subrepticement un œil sur les dossiers de Holmes, croyant être seul au 221B.

On fait semblant de rien, Lestrade ?

Malice dans la scène où Holmes, Watson et Lestrade attendent dans le noir que le criminel arrive sur les lieux. L’homme du Yard et le docteur s’ennuient. À cette époque, on ne chassait pas le Pokémon et on ne jouait pas avec son smartphone durant les moments d’attentes.

Alléluia ! Tout fier, Watson nous extrait un sac de bonbons de sa poche et l’offre à ses comparses. Lestrade est heureux, il veut en prendre un.

Pas de bol, voilà que Holmes, le visage tendu et contrarié, déclare d’un ton brusque : « Ce n’est pas le moment pour des berlingots ! ». Watson les remet à leur place, la mine déconfite.

Il n’y aura pas que pour les bonbons que nos deux hommes afficheront une mine déconfite, car nos deux hommes, une fois de plus, ont 36 fiacres de retard sur Holmes, qui lui, a déjà tout compris.

Non seulement Holmes a de la vivacité d’esprit, mais aussi d’action car, possédant sa cane à bout plombé, il peut bondir, tel un chat sur la souris, sur le dos du casseur de buste qui, entre temps, a cassé aussi la tête d’un des propriétaires du buste du nain de jardin conquérant.

Cet épisode possède de l’humour, de l’action, du mystère, du suspense, mais aussi une scène et un dialogue d’anthologie !

LA scène concerne la splendide performance de Holmes-Jeremy Brett dans la révélation finale où Holmes, empoignant la nappe posée sur la table, la tire brutalement et, tel un magicien, laisse vaisselle et couverts en place.

La dextérité et l’adresse sont des traits typiques du détective. Mais les traduire dans la réalité avec cette totale maestria est le fait de Jeremy.

LE dialogue concerne les louanges que Lestrade fait à Holmes (canoniques) :

Inspector Lestrade : We’re not jealous of you, you know, at Scotland Yard. No, sir, we’re proud of you.
[Holmes attend la suite de la phrase]
Inspector Lestrade : And if you come down tomorrow, there’s not a man from the oldest inspector to the youngest constable… who wouldn’t be glad to shake you by the hand.
Sherlock Holmes : Thank you!
[Moment d’humilité et d’émotions]
Sherlock Holmes : Thank you.

Dialogue canonique :
— Eh bien ! dit Lestrade, je vous ai vu entreprendre bien des affaires, monsieur Holmes, mais je n’en ai jamais vu de mieux conduite. Nous ne sommes pas jaloux de vous, à Scotland Yard… Non, monsieur, nous sommes au contraire très fiers de vous, et si vous y veniez demain, il n’y aurait pas un de nous, depuis le doyen des inspecteurs jusqu’au plus jeune de nos agents, qui ne serait heureux de vous serrer la main.
— Merci, dit Holmes, merci ! et tandis qu’il détournait la tête, il me parut plus ému que je ne l’avait jamais vu. Un instant après, il était redevenu le penseur froid et pratique que je connaissais.

Le visage de Holmes est magnifique à voir et durant quelques secondes, on peut apercevoir son trouble car il ne s’attendait pas à des louanges venant de Lestrade, et encore moins des louanges aussi émotionnelles.

L’acteur possédait sa propre sensibilité et elle s’est reflétée dans sa réaction face à Lestrade, les deux se mélangeant car elle aurait pu être celle de Holmes aussi.

La caméra nous offre donc un beau cadré sur le visage de Holmes, captant sans rien rater les changements fugaces de ses émotions.

Là, on peut dire que notre détective préféré perd de sa superbe, qu’il s’est laissé gagner par ses sentiments nous montrant un bref instant que ses yeux sont embués de larmes. Splendide moment !

Tout y est en retenue, bien entendu, et notre détective redeviendra bien vite la machine froide à calculer, la froideur prenant le pas sur la passion.

La scène, où Holmes casse le dernier buste est très bien filmée et e suspense sera à son comble, les deux autres ne sachant toujours pas à quoi s’attendre, Holmes adorant mettre en scène ses résolutions afin de surprendre et d’impressionner son public.

C’est son côté théâtral, on y est habité et on en redemande… On sait que Holmes a un côté cabotin, excentrique et facétieux. Il aime voir son « public » subjugué et l’entendre applaudir et crier bravo. Encore un peu, Holmes se mettrait à le saluer pendant que le rideau rouge du théâtre se baisserait.

J’ai déjà lu que de maintes façons, Jeremy Brett mêlait son caractère à celui du détective.

En agissant ainsi, il a pu à certains instants magnifier son propre enthousiasme naturel et sa sociabilité. Car pendant ce tournage, sa maniaco-dépression était au plus fort et ses collègues remarquaient ses brusques changements d’humeur.

Une fois de plus, une réussite dans la transcription fidèle de la nouvelle canonique, du mystère, du suspense, de l’humour, une enquête relevée et beaucoup de complicité entre les acteurs. Jouissif !!

La saison suivante, ce ne sera plus aussi bien, Brett, de par sa maladie, ne sera plus aussi bon, hélas et je dois avouer qu’après cette saison, je n’ai plus aucun plaisir à regarder les épisodes.

Pour se coucher moins bête ce soir :

  • Napoléon n’a pas été choisi au hasard, sans cet épisode :  à cette époque, en Angleterre, la haine à son égard était encore vive.
  • Les Italiens eux aussi n’avaient pas les faveurs de Conan Doyle et apparaissaient comme un prolétariat et une pègre où s’immisce la Mafia.
  • La productrice June Wyndham Davies a choisi John Kane comme scénariste car elle avait beaucoup apprécié sa pièce de théâtre « Murder, Dear Watson ».
  • Eric Sykes est un acteur connu pour son registre comique. Il a beaucoup apprécié de jouer le rôle du journaliste Horace Harker, totalement désespéré et bouleversé par les événements. Son interrogatoire et son incapacité à rédiger un article sur sa propre mésaventure font une séquence tragi-comique. Le journaliste est finalement très drôle sous sa mine triste et désolée…

Le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.

Soul of London : Gaëlle Perrin-Guillet

Titre : Soul of London

Auteur : Gaëlle Perrin-Guillet
Édition :Fleur sauvage éditions (01/04/2016)

Résumé :
Londres, 1892.
Un climat de peur.
Un flic qui boîte et un jeune orphelin.
Tous deux face à un meurtre…
… dont il ne fallait plus parler.

Jouant avec un côté « Sidekick », Soul Of London nous plonge dans une atmosphère londonienne fort bien documentée. Ce nouveau thriller, de Gaëlle Perrin, se révèle être aussi distrayant qu’angoissant.

Critique :
Arpenter les ruelles de Londres de manière littéraire et à l’époque victorienne a toujours été un de mes plaisirs… Si en plus il y a des meurtres, alors, je suis aux anges.

C’est donc le coeur léger que j’ai ouvert ce polar historique se déroulant en 1892 et je dois dire que le voyage était plaisant, même si peu éclairé puisque je me suis baladée dans les tunnels obscurs du métro londonien et que je suis passée dans des lieux fort peu fréquentables.

Le personnage principal qu’est l’inspecteur Henry Wilkes est un policier qui aime son travail, qui aime les gens, qui aimait arpenter les petites rues avant son accident qui le laissa avec une patte folle, l’obligeant à se déplacer à l’aide d’une canne.

Et, contrairement au Dr House, cette claudication est source de moquerie et de mépris dans son poste de police de la Division D… Notre pauvre Henry n’a malheureusement rien de sexy…

Les deux enquêtes ne se veulent pas révolutionner le monde, ni être trop glauque (nous avons des trépanations) ou avec un final abracadabrantesque : elles sont simples, claires et nous réservent leurs lots de surprises, même si j’avais trouvé le nom d’un coupable.

Avec une écriture sans fioritures, simple, l’auteure nous transporte dans le Londres d’après Jack The Ripper, dans le Londres où Sherlock Holmes est un personnage fictif qu’on lit dans le Strand…

Les quartiers mal famés sont bien représentés, même s’ils manquent un peu d’odeurs et d’émanations putrides… Là où certains auteurs arrivent à vous faire ressentir des odeurs en vous décrivant un quartier pouilleux, ici, c’est plus sobre, ça manque d’effluves puant.

À la limite, vu les lieux et les situations sociales décrites, l’auteure est à deux doigts de nous conclure un roman noir puisque nous passons des bas-fonds, aux pubs miteux, on se balade sur les docks où les hommes accomplissent des travaux lourds, on nous parle des quartiers rasés pour faire passer le métro, sans oublier les orphelinats et aux travaux obligatoires qui s’y déroulent (main d’œuvre gratos !), et j’en passe !

Par contre, malgré tout ça, malgré le fait que j’ai passé un bon moment de lecture, que les personnages avec lesquels j’ai arpenté les rues étaient des plus agréables, bien travaillés, que les quartiers et la misère y étaient bien décrite, j’ai trouvé que le roman manquait d’un tout petit peu de pep’s.

Comment vous dire ? C’est comme quand mon mojito manque de rhum ! Ça a le goût du mojito, mais on ressent bien qu’il manque un petit truc pour en faire un mojito du tonnerre.

Et ce petit truc tenait dans les réflexions un peu bateau que certains personnages principaux tenaient, ainsi que dans des descriptions narratives comme la cliente qui était belle à en rester sans voix.

Un petit bémol narratif qui est une affaire de goût, bien entendu, et qui ne remet pas en question le plaisir que j’ai eu de boire ce mojito… oups, pardon, le plaisir que j’ai eu d’arpenter les ruelles de Londres ainsi que ses tunnels de métro avec Henry Wilkes et son jeune Billy.

Challenge« Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon,  le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.

Petits meurtres à Mangle Street : M.R.C. Kasasian

Titre : Petits meurtres à Mangle Street

Auteur : M.R.C. Kasasian
Édition : City Editions (27/05/2015)

Résumé :
Londres 1892. Une femme est sauvagement assassinée dans le quartier pauvre de Whitechapel. Désemparée par l’inefficacité de la police, la mère de la victime engage Sidney Grice, le plus célèbre détective privé de Londres.

D’une intelligence acérée, pointilleux et exigeant, l’homme est d’une efficacité redoutable. Il pense que le « sexe faible » n’a pas sa place dans un cabinet de détective, mais il fait tout de même appel à March Middleton, une jeune femme excentrique un peu trop portée sur le gin, pour l’assister dans cette affaire.

L’irrésistible duo mène l’enquête et découvre que le mystérieux meurtre n’était que le premier d’une sinistre série.

Dans un Londres ou planent des ombres terrifiantes, le danger rôde à chaque coin de rue…

Critique :
Sidney Grice est un détective privé, oups, pardon, un détective personnel, un peu comme Sherlock Holmes, mais en version imbuvable, chiant et à tuer !

Grice est infatué, orgueilleux, de mauvaise foi, a un sale caractère, est méchant, trop sûr de lui, ne bosse que pour le fric, méprise les pauvres, méprise les femmes, ne baise pas, ne mange pas de viande, ne boit pas, ne fume pas, ne se drogue pas, et lors d’occasion spéciales, il n’est pas contre une bonne dose de café…

— Je suis parfaitement rationnel, dit mon tuteur en claquant des mains. Injuste, méchant et grossier, je vous l’accorde, mais mes capacités de raisonnement ne m’ont jamais fait défaut.

En effet, son portrait n’est pas flatteur ! Niveau diplomatie, il est encore pire que Agatha Raisin, c’est vous dire ! Et pourtant, Agatha est LÀ référence en la matière de manque de diplomatie et de gros sabots dans le plat…

— J’aimerais que vous ayez un accident digne de votre nom, monsieur Grave. Venez, mademoiselle Middleton.

Certes, Agatha ne se privera pas de vous lancer un « Allez vous faire foutre » bien sentit, tandis que lui, en parfait gentleman, vous balancera une vacherie sans juron puisque « Bon Dieu » est déjà une injure pour lui.

— Si le fait d’assassiner la langue était considéré comme un délit, vous seriez en train de casser des cailloux en ce moment, rétorqua Grice.

— Lorsque Dieu a créé les idiots, il a mis les plus idiots de tous en uniforme et leur a donné des casques pour que les pensées n’entrent pas dans leur tête, déclara Sidney Grice.

Tiens, je me demande ce que ça donnerait si on accouplait Sidney Grice et cette bonne vieille Agatha Raisin… Heu… Quoiqu’il en sorte, ne m’en mettez pas un de côté !!

— Cela doit être extrêmement gratifiant de contribuer à rendre la justice, commentai-je.
Sidney Grice souffla.
— Il est plus satisfaisant de voir les délinquants punis, mais j’aime être sûr que les innocents ne risquent rien. Bien entendu, plus vous vous élevez dans la société, plus cela est important. On peut se permettre quelques petites erreurs avec des prostituées, par exemple, mais vous devez être absolument sûr de votre fait avant de faire pendre un évêque.

Ah pardon, j’oubliais ! Bien sûr que Sidney a un vice, c’est le thé, sans lait car il ne boit pas les sécrétions mammaires des ovins… C’est lui qui le dit ainsi…

Vice énorme car il devient à moitié paniqué s’il n’y a pas une officine servant du thé dans un rayon de 100m ! Pire qu’un Preshaun dans la série « Ekhö monde miroir« .

— Plus intolérable que vous ne le sachiez, expliqua Grice. Son procès a attiré une telle foule que je n’ai pas pu me faire servir une seule tasse de thé pendant deux jours consécutifs et que mon premier flacon à rétention de chaleur fut réduit en miettes dans la panique générale.
— Monsieur Grice était au bord des larmes, précisa l’inspecteur Pound.

— Savez-vous, March, ce que je trouve le plus terrifiant à propos de ce quartier ? Il n’y a pas de salon de thé à moins de cent mètres à la ronde.

Un type imbuvable, ce Sidney, mais bizarrement, on adore son caractère ronchon, ses répliques cinglantes, ses idées bien arrêtée sur la petitesse du cerveau féminin (partagée par une majorité des hommes), notamment sur celui de sa pupille, March Middleton, arrivée depuis peu chez son parrain et tuteur après le décès de son père.

La pauvre ?? Non, non, March ne se laissera pas march-er (mdr) sur les pieds et le duo va faire des étincelles, pour notre plus grand bonheur.

— J’ai une meilleure idée, dis-je. Comme je suis la plus légère, dans la mesure où je ne possède pas un cerveau masculin qui risquerait de peser exagérément, je vais passer devant.

Ajoutons à ce duo atypiques un inspecteur Pound qui n’a pas lui non plus sa langue en poche en matière de préjugés sur les femmes, sur les pauvres, sur tout le monde…

— Ma chère mademoiselle, il vous faut cependant comprendre que les humeurs imprévisibles du cœur féminin ne sauraient rivaliser avec la logique imparable et la perspicacité pénétrante du cerveau masculin.

— Je me demande parfois si je ne travaille pas dans un institut pour les déficients mentaux. Mais ne vous avisez pas de raconter à monsieur Grice que j’ai dit ça !

Avec un style jubilatoire dans les dialogues, avec des répliques qui fusent, avec March, un personnage féminin qui ne se laisse pas faire, qui fume et qui boit, je vous assure que l’on passe un excellent moment de lecture car entre Sidney Grice et March Middleton, ça grince niveau vacheries envoyées tout de go.

— Je vous ai déconseillé la lecture des ouvrages de philosophie, dit Sidney Grice en souriant. Ils vous farcissent la tête d’idées et, chez l’individu de sexe féminin, les idées risquent trop aisément de conduire au déséquilibre mental. Ce n’est pas là mon opinion mais les conclusions d’années de recherches scientifiques menées par les médecins de l’Hôpital royal de Bedlam pour les aliénés. 

— Dînez-vous habituellement seul ? demandai-je.
— Non, répondit Grice, je dîne avec un livre. Mon favori est « Brève étude des vers parasites d’Afrique ». Il comporte de superbes illustrations en couleurs.
— Cela ne vous empêche-t-il pas de savourer votre repas ?
— Pour quelle raison ? Je n’ai pas l’intention de les manger.

De plus, nous avons aussi des petites allusions à un célèbre détective et à son créateur et je n’ai pas pu m’empêcher de glousser en comprenant QUEL médecin soignait le poignet de March.

Mais là, j’émet une protestation sur une incohérence, un anachronisme : nous sommes en 1892 et ce personnage célèbre dans la littérature policière, dont fait allusion son père littéraire, fut publié en décembre 1887…

Sherlock Holmes fit ses premiers pas dans « A Study in Scarlet », publiée dans le Beeton’s Christmas Annual. Histoire qui avait été refusée en mars-avril 1886 !

Donc, Arthur Conan Doyle ne peut pas s’être inspiré de Sidney Grice pour son Sherlock Holmes puisqu’en 1892, il avait déjà publié deux romans avec Holmes (« The Sign of Four » le fut en février 1890). Là, l’auteur a fait une faute en voulant rendre hommage à Doyle et son Holmes !

— Vous écrivez ? demandai-je.
Il haussa modestement les épaules.
— J’essaie et je dois dire que votre œuvre m’a laissé penser qu’un ancien médecin militaire pouvait composer un bon personnage dans l’histoire que je suis en train d’écrire.
— De quel genre de récit s’agit-il ?
Il coupa le bandage et déchira l’extrémité en deux.
— Je ne saurais dire, fit-il en nouant les deux pans, mais votre tuteur constitue un sujet fascinant.

L’enquête est remplie de questionnement sur la culpabilité ou non du coupable, sur la raison des autres meurtres, le tout est rempli de non-dit et de zones d’ombres, bien que j’avais compris bien avant Grice un fait important ! Mais à force de ne pas faire attention aux émotions, on ne voit pas ce qui est flagrant…

L’auteur, durant son roman jouissif, ne se prive pas pour nous expliquer où se trouvait la place de la femme, à cette époque, c’est-à-dire entre l’enfant mineur et le chien, ou plutôt derrière ses casseroles, je dirais.

Bref, j’ai adoré ce roman policier décalé, à l’humour so british, aux personnages bien campés, attachants, rempli d’humour sarcastiques et l’enquête était excellente, et assez sordide. Tout ce que j’aime.

Vivement la suite !!!

— Vous n’avez jamais entendu parler des microbes ? demandai-je.
Parker sourit.
— Oui ! Ben, j’ai aussi entendu parler des fées, mais je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui en avait vu une.

Challenge« Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon,  le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.