Dites-leur que je suis un homme : Ernest J. Gaines

Titre : Dites-leur que je suis un homme

Auteur : Ernest J. Gaines
Édition : Liana Lévi Piccolo (2004)
Édition Originale : A lesson before dying 1993)
Traducteur : Michelle Herpe-Voslinsky

Résumé :
Dans les années quarante, en Louisiane, Jefferson, un jeune Noir démuni et ignorant, est accusé d’un crime qu’il n’a pas commis : l’assassinat d’un Blanc.

Au cours du procès, il est bafoué et traité comme un animal par son propre avocat commis d’office devant la cour et, pour finir, condamné à mort.

La marraine du jeune homme décide alors que ce dernier doit, par une mort digne, démentir ces propos méprisants.

Elle supplie l’instituteur, Grant Wiggins, de prendre en charge l’éducation de Jefferson. Le face à face entre les deux hommes, que seule unit la couleur de la peau, commence alors…

Critique :
En ouvrant ce roman, je me doutais qu’il était porteur d’émotions fortes mais je ne savais pas comment l’auteur allait dérouler son récit, donc, je me suis laissée porter et niveau émotions, j’ai eu mal ma gueule.

C’était couru d’avance avec un jeune homme Noir condamné à mort par un juge Blanc, par 12 jurés Blancs, arrêté par des policiers Blancs, défendu par un avocat Blanc qui l’a assimilé à un porc pour faire pencher la balance de son côté.

Mon dieu, à un porc… Violent.

Voilà à quoi est réduit Jefferson, ce jeune homme qui a eu le malheur, la malchance, de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. Les deux braqueurs ont été tués par l’épicier, l’épicier est mort, mais puisque se trouvait sur les lieux du crime un autre Noir, allez hop, à la chaise électrique.

Je ne spoile pas en disant qu’il se fait condamner, nous ne sommes pas dans le monde des Bisounours mais dans l’Amérique, fin des années 40. Ne nous leurrons pas ! Un Noir accusé d’avoir descendu un Blanc… Le contraire aurait été pardonné, par contre.

Lors de ma lecture, j’ai pensé au départ que l’instituteur Grant Wiggins, à qui la tante de Jefferson lui demande d’aller lui apprendre à marcher comme un Homme était un Blanc… Stupide fille que je suis ! On ne demanderait pas à un Blanc d’aider un Noir à marcher comme un Homme quand on l’a rabaissé au niveau d’un cochon. Oui, désolé, j’ai encore parfois des rêves impossibles.

L’auteur a su éviter le larmoyant et je le remercie. Certes, on a mal sa gueule sur la fin parce que l’on voit un innocent, un pauvre gosse de 21 ans, qui sait difficilement lire et écrire, s’avancer vers la faiseuse de veuves électrique. Enfin, non, on n’y assiste pas, mais on sait que…

Mais avant d’arriver à cette monstruosité, nous allons être immergé dans un quartier Noir, dans une petite ville du Sud des États-Unis où les Noirs ont beau avoir leur liberté, doivent tout de même s’incliner devant l’Homme Blanc tout puissant.

Oh, ce n’est pas un racisme méchant, c’est juste un état d’esprit chez ces gens Blancs. On leur expliquerait qu’ils ne comprendraient pas. On a toujours fait ainsi, nous diraient-ils. Ils ne pensent même pas mal en se comportant de la sorte.

Pour eux, un Noir doit être à peine éduqué, juste le minimum syndical (lire, écrire, mais un peu), répondre par des « oui monsieur » ou des « oui madame », bosser, fermer sa gueule et garder les yeux baissés.

Doit-on les blâmer ? Oui et non. Oui de nos jours, l’Histoire les blâmera et nous aussi, mais si nous avions vécu à cette époque et en ces lieux, comment nous serions-nous comporté ?? C’est l’éternelle question que je me pose : comment me serais-je comportée, moi ? Et vous ? Pas sûr que nous en sortions grandi.

Anybref, l’auteur a su comment nous faire passer le message, comment nous faire passer les émotions, comment nous faire passer la douleur des Noirs d’être en bas de l’échelle, dont les Blancs font souvent comme s’ils n’existaient pas, comme s’ils étaient des animaux, rien de plus. Les humiliations sont légions.

Il se dégage des émotions en tout genre de ce roman, l’auteur ne tombant jamais dans le manichéisme, nous montrant que la solidarité n’existe pas toujours chez les Noirs, qu’un instituteur peut ne pas avoir envie d’aller aider un gamin de 21 ans à se comporter comme un Homme devant les Blancs pour leur montrer qu’il est un humain et pas un porc.

La tâche sera ardue, Jefferson n’étant pas réceptif, Grant n’ayant pas très envie et le pasteur, lui, il veut sauver l’âme de Jefferson, le reste, ça ne le concerne pas.

On aura une belle bataille de regards noirs, de paroles retenues, entre Grant, le croyant non pratiquant et le pasteur, sans oublier les regard encore plus noirs de sa tante, grande pratiquante, elle.

Oui, l’auteur a su donner sa place aussi aux croyances des uns et des autres, à la religion qui prenait une place énorme chez certains, le tout sans blâmer l’un ou l’autre, sans donner raison à l’un ou l’autre, mais en insufflant les paroles qui fallait aux différents protagonistes.

Putain, c’est un beau roman, c’est fort, ça fait mal à sa gueule, c’est bien écrit, touchant, jamais larmoyant gratuitement et on se dit que fin des années 40, il y avait encore un sacré chemin à faire pour les Droits civiques des personnes Noires.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°71.

Dans la brume électrique : Bertrand Tavernier (2009) [#LeFilmDeLaSemaine2016 – 30/52]

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Dans la brume électrique (In the Electric Mist) est un film franco-américain réalisé par Bertrand Tavernier, sorti en 2009.

Le film est inspiré de In the Electric Mist with Confederate Dead (Dans la brume électrique avec les morts confédérés) de James Lee Burke.

Synopsis :
À New Iberia, en Louisiane, une prostituée de 19 ans est retrouvée morte et mutilée. Il s’agit de la dernière victime d’un tueur en série qui s’attaque à de très jeunes femmes.

L’inspecteur Dave Robicheaux chargé de l’enquête soupçonne Julius « Baby Feet » Balboni, une figure de la mafia locale.

Dans le même temps, il arrête pour conduite en état d’ivresse Elrod Sykes, une star hollywoodienne venue en Louisiane tourner un film et dont l’un des producteurs n’est autre que Julius Balboni.

L’acteur lui confie avoir découvert des ossements humains dans le bayou du delta de l’Atchafalaya.

Cette découverte fait resurgir chez Dave des souvenirs du passé : trente-cinq ans plus tôt, il a assisté au meurtre d’un homme noir à cet endroit.

Distribution :

  • Tommy Lee Jones  : Dave Robicheaux, shérif adjoint de la paroisse de New Iberia, ancien inspecteur au NOPD
  • Mary Steenburgen  : Bootsie Robicheaux, l’épouse de Dave
  • John Goodman : Julius « Baby Feet » Balboni, investisseur notoirement véreux, impliqué dans divers trafics illicites
  • Peter Sarsgaard : Elrod Sykes, acteur de cinéma
  • Kelly MacDonald  : Kelly Drummond, actrice de cinéma et petite amie d’Elrod
  • Ned Beatty : Twinky LeMoyne, homme d’affaires associé de Murphy Doucet
  • Bernard Hocke  : Murphy Doucet, propriétaire d’une société de sécurité et ancien agent de la Highway Patrol
  • James Gammon : Ben Hebert, gardien de prison retraité
  • Pruitt Taylor Vince  : Lou Girard, policier de la paroisse de New Iberia et ami de Dave
  • Justina Machado  : Rosa « Rosie » Gomez, agent du FBI

dans-la-brume-electrique-avec-les-morts-confederesCe que j’en ai pensé :
Ceux qui ont déjà lu les romans de James Lee Burke savent que l’auteur ne mène pas son Dave Robicheaux à une allure de dingue.

On prend son temps, on plante le décor, ça ne court pas dans tous les sens et pourtant, on ne s’y embête pas.

Le film ne dérogera pas à la règle : il prend son temps, plante son décor d’une Louisiane ravagée par l’ouragan Katrina (pas dans le roman qui se déroule bien avant l’ouragan) et d’un flic pas tout à fait dans les normes.

Notre Dave Robicheaux est incarné par un acteur que j’apprécie beaucoup : Tommy Lee Jones. Il a toujours l’air de tirer la tronche, n’a pas 50 expressions faciales, mais je l’adore parce qu’il donne toujours du relief à ses personnages.

Notre flic enquête donc sur un manique du couteau qui taillade les jeunes filles une fois qu’il a tué.

Le film suivra une trame classique pour l’enquête, rien de fou dans la mise en scène, que du classique, un pur « Wodunit » dans le genre. Nous sommes loin d’un Jack Bauwer de 24h chrono.

Et sur cette enquête du présent où la mafia locale ne serait pas étrangère à l’affaire, on a un cold case avec un homme Noir assassiné dans le bayou dont on vient de retrouver les ossements.

Ce qui sauve le film – qui a peu de rythme – c’est l’atmosphère si particulière du Bayou qui ressort très bien.

On a de la musique cajun pour s’immerger dedans encore mieux, des vieux habitants avec des trognes qui n’appartiennent qu’à eux, du racisme latent, des effluves d’esclavage, la méfiance de l’homme Noir devant l’homme Blanc et l’air est saturé d’humidité qu’on en transpirerait.

Oui, on ressent bien l’atmosphère poisseuse du bayou avec ses marais putrides et sa végétation lugubre, le tout donnant au film une ambiance mystique et inquiétante.

Je ne compte plus les scènes où on suit Dave Robicheaux qui sillonne les routes au volant de son énorme pickup (polluant) et qui permettent de nous plonger encore mieux dans ce décor époustouflant où l’ouragan Katrina a fait d’énormes dégâts.

La vision des maisons abandonnées, détruites, amplifient encore le sentiment d’oppression du bayou.

La petite particularité du scénario c’est qu’il devait arriver à intégrer les fantômes du passé qui viennent hanter Dave Robicheaux, et ce n’était pas évident d’arriver à placer des ellipses temporelle dans l’historie, sans casser le rythme qui n’était déjà pas trépidant.

Et quels fantômes du passé ! Rien de moins que la compagnie du Général confédéré John Bell Hood. Cela donne un petit air fantastique au film.

L’autre personnage dont j’ai apprécié le jeu d’acteur, c’est celui de John Goodman, le mari de Roseanne, qui ici n’avait rien d’un gentil. Un vrai méchant comme on les aime : une crapule notoire, un proxénète reconverti dans la production de films, un type qui suinte le gras par tous ses pores et baisent toutes les filles qui passent.

Au final, on a un film qui se déroule doucement, à la vitesse des eaux du bayou, donc, faut aimer les rythmes lents et les films où l’action n’est pas la chose primordiale.

Si l’enquête est classique, elle se révèlera de par sa résolution moins classique que l’on pourrait le croire et notre flic déterminé n’hésitera pas à piétiner les plates-bandes de la loi afin de faire respecter la sienne dans sa juridiction.

Et je ne lui donne pas tort !

Étoile 3,5

Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule et le Challenge #LeFilmDeLaSemaine2016.

 

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Lucky Luke – Tome 16 – En remontant le Mississippi : Morris & Goscinny

En remontant le Mississippi - Lucky Luke

Titre : Lucky Luke – Tome 16 – En remontant le Mississippi

Scénariste : Goscinny
Dessinateur : Morris

Édition : Dupuis (1961)

Résumé :
La Nouvelle-Orléans. Lucky Luke, qui vient de mener un troupeau en Louisiane, en profite pour faire du tourisme.

Mais il va se retrouver au centre d’un conflit entre deux capitaines, Barrows, celui du Daisy Belle et Lowrner, celui du ASbestos D.Plower.

Lucky Luke aidera le capitaine Barrows à remporter la course entre les deux hommes, Lowrner n’usant pas de techniques légales.

luckyluke_t16Critique : 
Voilà un album qui nous emmène sur un lieu inédit pour notre cow-boy solitaire : le Mississippi !!

On échange les plaines sauvages de l’Ouest américain pour naviguer sur la flotte à bord de ces magnifiques bateau à aubes et fonctionnant avec une chaudière à bois.

Là, Goscinny fait péter la chaudière pour notre plus grand plaisir avec toujours un bon thermos d’humour et des tasses de situations cocasses.

J’ai lu que dans certains pays, cet album avait été censuré pour racisme, mais je ne vois pas où Goscinny, juif polonais, aurait été raciste !

Que du contraire, il nous présente juste les clichés sur les populations noires de l’Amérique à cette époque… Il n’allait quand même pas leur donner des droits alors qu’ils n’en avaient pas ou si peu (le droit de la fermer, je pense). Nous sommes en Louisiane et on le ressent bien.

Moi, j’ai un gros faible pour Ned, le meilleur de tous les pilotes du Mississippi (et le plus menteur), jamais avare d’une anecdote sur le Mississippi ainsi que son acolyte Sam, détenteur du titre du meilleur verseur de café du Mississippi et du Missouri réunis !

— N’oubliez pas, mon garçon, que je suis le meilleur pilote du Mississippi… Si je vous disais que je connais tous les alligators par leurs noms et leurs surnoms…

— Vous ai-je parlé de la fois où le Mississippi était tellement sec qu’on ne pouvait naviguer qu’au petit matin à cause de la rosée ?

— Le Mississippi,… 3700km d’eau sale. Trop épais pour bien naviguer dessus, trop liquide pour cultiver… le fleuve le plus capricieux du monde !… ou bien il est tellement mouillé qu’il inonde cinq états à la fois, ou bien il est tellement sec qu’il faut le boire à la fourchette !…

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Quant au capitaine Lowriver, c’est un méchant de grande envergure, prêt à tout pour ne pas que le capitaine Barrows gagne et pour cela, il va tricher, magouiller, engager les pires racailles des environs des port, comme ce bon vieux Joe de l’album « Joss Jamon ».

[Capitaine Barrows ] — Je n’ai pas besoin que mon pont soit mouillé, j’ai besoin que le Mississipi soit mouillé.

Non, rien à redire sur cet album qui nous entraine dans une aventure toute voiles dehors… Pardon, toutes chaudières à bois dehors !

Quand à la morale de l’histoire, laissons-là à Cards Devon : « J’en ai assez de cette vie de tricheur sur les bateaux du Mississippi…Je vais aller tricher sur les bateaux du Missouri ! »

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur,  le RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires et « Le Mois Américain 2016 » chez Titine.

CHALLENGE AMÉRICAIN 2016 - Elementary

Les maraudeurs : Tom Cooper

Maraudeurs, les - Tom Cooper

Titre : Les maraudeurs

Auteur : Tom Cooper
Édition : Albin Michel (2016)

Résumé :
Petite ville de Louisiane dévastée par l’ouragan Katrina, Jeanette survit tant bien que mal grâce à la pêche à la crevette. Mais cinq ans plus tard, la marée noire provoquée par la rupture d’une plateforme pétrolière vient polluer ses côtes, livrant les habitants au désespoir.

On y croise quelques personnages hauts en couleur ou parfois franchement inquiétants : Gus Lindquist, un pêcheur manchot esquinté par la vie, accro à l’alcool et aux antidouleurs, qui a gardé au coin de sa tête son rêve de gosse : retrouver le trésor du célèbre flibustier Jean Lafitte; Hanson et Cosgrove, deux losers magnifiques, et Wes Trench, un adolescent en rupture avec son père; les frères Toup, jumeaux psychopathes, qui accessoirement cultivent la meilleure marijuana du coin; ou encore Brady Grimes, mandaté pour inciter les familles sinistrées à renoncer aux poursuites judiciaires en échange d’un chèque…

Mariant avec une virtuosité réjouissante noirceur, cynisme et humour corrosif, Tom Cooper réussit à rendre palpables la torpeur du bayou et le désarroi d’une communauté qui lutte tant bien que mal contre sa propre disparition.

Bayou LouisianneCritique : 
Je m’étais toujours dit qu’un jour, je le ferais et je l’ai fait ! Ma virginité « Masse critique Babelio » est tombée avec ce roman noir.

Ce devait être un coup de folie qui m’est passé par la tête en disant « oui » à Pierre pour l’envoi de ce roman, vu que ma PAL comporte plus de *chiffre indécent* titres à lire, mais bon, les mots « roman noir, Louisiane, ouragan, marée noire, personnages hauts en couleur, cynisme » m’ont fait craquer.

Aie-je eu raison de craquer ? Oh que oui ! Voilà 400 pages qui se sont envolées en un peu plus de deux jours. Pour une fois, le 4ème de couverture n’était pas mensonger et le bandeau-titre du King n’était pas racoleur. C’était un vrai putain de bon roman (non, le King n’a pas dit « putain », il est plus poli que moi).

Nous sommes en Louisiane, dans ce qui pourrait s’apparenter à son trou du cul car l’histoire se passe dans la petite ville de Jeanette qui se remet déjà bien mal du passage de Katrina et qui, en plus, doit faire face à la grosse merde de marée noire dont la compagnie BP est responsable. S’en souvient-on ou avons-nous tout oublié ? Oublié, hélas.

La Barataria était un endroit si minuscule et si étouffant qu’il était facile d’oublier que le reste du monde existait et qu’il continuait de tourner.

Dès les premières lignes lues, pas de doute, j’étais en Louisiane tant les descriptions étaient bien détaillées, sans pour autant en faire des tonnes. Il ne manquait plus que les piqûres de moustiques sur ma peau pour y être tout à fait.

Les chapitres sont présentés comme ceux de « Game of thrones », chaque personnage du livre a le sien, mais je vous rassure, ils sont moins nombreux que dans GOT !

Cette construction des chapitres et cette alternance a ajouté du piment à l’histoire. Les quelques personnages que nous suivons sont hauts en couleur, bien détaillés, chacun ayant sa personnalité propre, pouvant évoluer (ou pas) au fil du récit.

Entre Lindquist, le pêcheur manchot, gavé de médocs et cherchant depuis 30 ans l’hypothétique trésor du pirate Jean Laffite; le jeune Wes Trench en butte avec son père, pêcheur de crevettes aussi et criblé de dettes; les jumeaux Toup, producteurs de marijuana dont l’un à tout du psychopathe sévère…

Hanson, un looser débile qui vendait des photos de George Washington dédicacées ( !); Cosgrove, un autre looser mais sans les courants d’air entre les deux oreilles, lui et Grimes, un ancien du patelin et homme que la BP a envoyé pour faire signer aux gens un papier qui les indemnisera à hauteur de 10.000$ pour le préjudice subit, à condition qu’ils laissent tomber toutes poursuites envers BP.

Hauts en couleur, j’vous l’disais ! On ne s’embête pas en leur compagnie, ni en suivant leurs pensées profondes.

« Vous voulez que je vous raconte , continuerait Ingram. Ce sacré salopard ? Là, devant vous ? Il débarque là-bas, dans le trou du cul du monde, le patelin de merde où il a passé toute son enfance. Tout le monde lui crache à la gueule et lui chie dans les bottes. Et Grimes ? « Signez là, sur les petits pointillés ». Ce type, là, devant vous. À sa propre mère. Moi je dis, c’est ce qui s’appelle être sévèrement burné. Signez là, sur les petits pointillés. Ce n’est pas compliqué : ce mec m’a sauvé la vie. Sans lui, ils auraient coupé les roubignoles de mon petit-fils pour les faire mariner dans un bocal. Ils m’auraient crucifié, rien que pour le plaisir. »

Au fil des pages, on suit ces gens et on plonge direct dans la misère de certains tant elle suinte des pages, sans que l’auteur ait besoin d’en rajouter.

Quelques mots ou situations décrites suffisent pour nous faire comprendre que les pêcheurs bossent comme des malades, du matin au soir, pour gagner quelques kopecks car à cause de la marée noire, les gens dans les restos veulent manger des crevettes venant de Chine.

Idem en ce qui concerne le passage de l’ouragan Katrina et ses conséquences, esquissées en quelques paragraphes révélateurs. Pas besoin d’en pondre des pages ou de tomber dans le glauque, on comprend de suite l’horreur que ce fut.

Oui, un véritable roman noir, avec des situations sociales qui font mal au cœur et une population prise à la gorge (pour rester polie, parce que certains, c’est pris par les cou***es qu’ils sont).

Pourtant, il y a de l’humour dans ces pages, noir, certes, tinté de cynisme, mais de l’humour quand même, et je ne vise pas les blagues foireuses que Lindquist balance à tout bout de champ même à des moments inopportuns. Surtout dans les moments inopportuns, lui qui n’a toujours pas compris quand il devait arrêter.

Il a beau être lourd, j’ai eu de l’empathie pour Lindquist qui a sombré dans les médocs après la perte de son bras. Sa manière de planquer ses médocs dans un distributeur Pez nous montre à quel point misérable il en est arrivé, lui qui court toujours derrière son trésor, dans les bayous. Il est chiant avec ses blagues « Toc, toc », mais on ne peut qu’éprouver de l’empathie et de la pitié pour lui.

Un roman noir qui se lit tout seul, des personnages bien façonnés, distincts, une plume cynique qui se plante droit dans les fesses de BP, des situations de vie miséreuses – mais certains n’échangeraient pas leur vie contre une autre – des descriptions superbes, une atmosphère de bayou, des dialogues avec de l’humour, de la violence, des psychopathes de haut-vol et un final qui m’a fait monter l’adrénaline.

Au bout d’un moment, Hanson retourna la question à Cosgrove et lui demanda comment il avait atterri là.
— Ivresse sur la voie publique, dit Cosgrove.
Hanson secoua la tête et renifla, l’air incrédule.
— À la Nouvelle-Orléans ? dit-il. C’est comme si les flics allaient au cimetière coffrer des gens parce qu’ils sont morts.

De la toute bonne came… Pu****, je dois remercier l’auteur en plus de Babelio, moi !

Étoile 4,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016) et Le « Challenge US » chez Noctembule.

Carnaval : Ray Celestin

Titre : Carnaval                                                                                     big_4

Auteur :Ray Celestin
Édition : Le Cherche midi (2015)

Résumé :
Un premier roman exceptionnel, basé sur des faits réels survenus à la Nouvelle-Orléans en 1919.

Si la Nouvelle-Orléans est la plus française des capitales américaines, elle est aussi considérée par beaucoup comme la face obscure du pays, enfouie au cœur du sud profond.

Construite sur des marécages sous le niveau de la mer, la ville est depuis toujours la proie de tornades, d’ouragans, d’inondations, d’épidémies.

La nature du sol en fait une cité qui se fissure, où même les morts ne peuvent être enterrés normalement. Alligators, serpents, araignées hantent ses marais.

Ses habitants ont ainsi depuis longtemps l’habitude de la menace. Et pourtant…

Lorsqu’en 1919 la ville devient la proie d’un mystérieux serial killer qui laisse sur les lieux de ses crimes d’étranges lames de tarot, la panique gagne peu à peu.

On évoque le vaudou. Les victimes étant toutes d’origine sicilienne, les rivalités ethniques s’exacerbent.

Un policier, Michael Talbot, un journaliste, John Riley, et Ida, une jeune métisse, secrétaire de l’agence Pinkerton, vont tout faire pour résoudre l’affaire.

Mais eux aussi ont leurs secrets bien gardés. Alors qu’un ouragan s’approche de la ville, l’Ange de la mort, toujours aussi insaisissable, continue à sévir. Le chaos est proche.

Petit Plus : Tensions raciales, corruption, vaudou, jazz et mafia : Ray Celestin a trouvé les ingrédients idéaux dans une série de meurtres qui ont réellement enflammé la Nouvelle-Orléans après la Première Guerre mondiale.

Il nous offre un premier roman inoubliable, au suspense omniprésent, doublé d’un portrait de la ville d’un réalisme peu commun. Depuis L’Aliéniste de Caleb Carr, on avait jamais vu ça !

Critique : 
♫ Quand le jazz est ♪ Quand le jazz est là ♫ Le meurtrier s’en ♪ Le meurtrier s’en va ♫ Il y a de l’orage dans l’air ♪ Il y a de l’eau dans le ♪ Gaz entre les habitants de la Nouvelle-Orléans ♫ (1)

Bon, je vous le dis de suite, je ne suis pas une fondue de jazz et ce roman en est rempli, à tel point que les notes s’entrechoquent dans les pages.

Résultat ? Ma seule envie était de m’écouter du Armstrong ! Pas celui qui marcha sur la lune, pas celui qui gagna 7 Tours de France, non ! Louis Armstrong, qui en 1919 se nommait encore Lewis et faisait ses débuts, encore méconnu.

Ce que j’ai aimé dans ce roman noir ? Tout ! Cela va des dialogues avec un soupçon d’argot; à la ville de la Nouvelle-Orléans, personnage à part entière du récit, décrite telle qu’elle est, avec ses bons et ses horribles côtés, notamment ses quartiers pauvres, ses taudis, ses bordels, le tout dans une ambiance plombée par le racisme et le ségrégationnisme, très bien décrits, tout les deux, et où le Blanc n’en sort pas grandi.

En Louisiane, les noirs n’avaient guère le droit de faire entendre leur culture et les enterrements permettaient justement d’y donner libre court en public et de traiter les opprimés avec pompe. C’était pour ça qu’elle fronçait les sourcils, parce que la seule fois où un noir pouvait être traité avec grandeur, c’est quand il n’était plus là pour en profiter.

Cette ségrégation provoquait la méfiance et cette méfiance engendrait la ségrégation. Et maintenant, en plus de ça, il y avait le tueur qui jetait de l’huile sur le feu, qui abattait les cloisons entre tous ces gens pour provoquer des frictions dangereuses.

Si cette ville était une personne, ce serait une pute sur le déclin.

La police aime bien accuser les Noirs, quelle que soit la raison.

J’ai aimé la musique qui parsème les pages, le mystère autour du tueur à la hache (qui a existé vraiment) et dont les Blancs disaient qu’il était Noir; la corruption qui gangrène tout le système, y compris celui des flics; les complots; la mafia; le mélange de faits réels et de fiction, et surtout, j’ai adoré les personnages principaux !

— Tu sais, ça me fait marrer, cette histoire de Tueur à la hache. Pour un Noir, c’est marrant. Vous avez pas vraiment été sympas avec les gens de couleur… Toi et la police. Entre les tabassages et les fausses preuves, le racket et les coups tordus, franchement… Et maintenant qu’il y a un négro qui se balade en ville et qui tue des Blancs, tout le monde se demande qui est le prochain sur la liste. C’était forcé que ça arrive un jour.

Entre l’inspecteur Michael Talbot qui enquête avec son protégé; Ida, la jeune métisse assise le cul entre deux chaises (puisqu’elle n’est ni Blanche, ni Noire), secrétaire à la Pinkerton, amatrice de Sherlock Holmes (brave fille !) et qui s’est transformée en détective, aidée par son ami Lewis Armstrong; et le dernier, Luca D’Andrea, flic ripou tout frais sorti de taule, ancien mafioso et qui se lance lui aussi sur les traces du tueur à la hache.

— Bien sûr ! Il n’existe pas de suite d’événements pour lesquels l’esprit humain ne soit pas capable de fournir une explication.
Elle lui décocha un large sourire façon chat du Cheshire : Lewis l’avait toujours connue en train de lire les ouvrages de Conan Doyle et de les citer. C’était devenu une blague entre eux.
— C’est Sherlock qui dit ça, hein ? Faut que t’arrêtes avec tes bouquins. Ils t’empêchent de voir le monde comme il est.

Elle ne put dormir que deux ou trois heures, rêvant des événements de la nuit, mêlés de réminiscences de Sherlock Holmes et sa fouille nocturne des docks de Londres dans Le Signe des quatre – fouille qui n’avait d’ailleurs rien donné, elle s’en souvint avec un douloureux accès d’angoisse à son réveil.

Trois enquêteurs – dont un duo – 3 pistes, plusieurs récits, des personnages travaillés, avec leur part d’ombre, de secrets et de mystères… Et cette ville de la Nouvelle-Orléans qu’on découvre de manière moins nuancée et jolie que dans un guide du Routard.

Durant la période où Michael avait été sous les ordres de Luca, il avait calculé qu’il avait aidé à envoyer au pénitencier d’Angola quatorze personnes parfaitement innocentes avec des preuves inventées de toutes pièces.

Et puis, un final époustouflant dans sa résolution – que je ne vous dirai pas un mot de plus – somptueux pour le lecteur qui a suivi tout le monde alors que chacun allait sur son propre chemin.

J’espère qu’il y aura une suite des aventures de Michael Talbot et de Ida parce que ce serait trop con de ne plus assister à une enquête racontée par cet auteur, même si elle ne se déroulera plus dans la ville de la Nouvelle-Orléans. Aaah, cette ville !

— Tu sais que La Nouvelle-Orléans est la première ville d’Amérique à avoir eu la mafia ?
— Non, je ne savais pas, lieutenant.
— Un honneur douteux mais qui nous revient néanmoins. À New York ou Chicago, la mafia provient de différents endroits de Sicile : Palerme, Catane, Messine, Syracuse… C’est pour ça qu’ils passent leur temps à s’entre-tuer. Mais pas à La Nouvelle-Orléans. Il n’y a jamais vraiment eu de guerre entre les différentes familles ici, en tout cas pas du genre où l’on verse le sang ouvertement. C’est parce qu’ils viennent tous de la même ville en Sicile, Monreale. Ils se serrent les coudes. Ils se battent pas entre eux, il y a pas de vendetta. Ils sont organisés et efficaces.

Ma foi, la ville de Chicago fera très bien l’affaire aussi ! On aura sans doute plus droit à du jazz, mais ce n’est pas trop grave parce que moi ♫ Toute la musique, que j’aime ♪ elle vient de là elle vient du blues ♪ les mots ne sont jamais les mêmes ♪ pour exprimer ce qu’est le blues ♫ (2)

Vivement la suite (si suite il y a !).

(1)Le Jazz Et La Java – Claude Nougaro (trafiquée !)
(2) Toute La Musique Que J’aime – Johnny Hallyday

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le « Challenge US » chez Noctembule et « A year in England » chez Titine (auteur anglais !!).

Nos disparus : Tim Gautreaux

Titre : Nos disparus                                                                            big_4-5

Auteur : Tim Gautreaux
Édition : Seuil (2014)

Résumé :
1918. Sam Simoneaux, dont la famille a été massacrée quand il avait six mois, débarque en France le jour de l’Armistice. On l’envoie nettoyer les champs de bataille de l’Argonne.

1921. Rentré traumatisé à La Nouvelle-Orléans où il est devenu responsable d’étage aux grands magasins Krine, Sam ne peut empêcher l’enlèvement, quasiment sous ses yeux, de Lily Weller, trois ans et demi.

Licencié, sommé par les parents Weller de retrouver leur enfant, il embarque comme troisième lieutenant à bord de l’Ambassador, bateau à aubes qui organise des excursions sur le Mississippi. Le roman longe le fleuve sur fond de musique de jazz – orchestre noir, orchestre blanc et alcool à volonté.

Au gré des escales et des bagarres, Sam, toujours en quête de Lily, met au jour un fructueux commerce d’enfants animé par quelques spécimens peu reluisants de la pègre des bayous.

Les vrais sujets de cette fresque naturaliste striée de noir restent les liens du sang, l’inanité de la vengeance et la transmission des valeurs.

Critique : 
Voilà ce qui s’appelle avoir une chance de cocu ! Sam Simoneaux ainsi que les autres combattants Américains, arrivent en France pour participer à la Première Guerre Mondiale le… 11 novembre 1918.

À peine descendu de leur rafiot, c’est des scènes de liesse partout : la guerre est finie. On pourrait penser qu’ils vont se tourner les pouces, mais non, faut déminer les champs remplis de grenades, bombes, obus… Sans se faire exploser sois-même !

Dès le début, en quelques pages (40), l’auteur, de sa plume sans concession, nous démontre toute l’absurdité, toute la bestialité, toute la cruauté et l’inhumanité d’une guerre. Nos soldats, tout dépités lorsqu’ils étaient arrivés de ne pas pouvoir participer à cette Grande Boucherie, comprennent ce à quoi ils ont échappés. Voir les corps déchiquetés et la terre éventrée vont les secouer et les traumatiser.

Ensuite ? Retour à la casa América pour nos hommes et Sam Simoneaux se retrouve à la Nouvelle-Orléans comme responsable d’étage aux grands magasins Krine.

N’allez pas croire qu’on se la coule douce, dans les romans de Tim Gautreaux. Nous sommes dans le Sud de l’Amérique, et c’est toujours un Sud poisseux et inhospitalier que nous allons évoluer. Un Sud aux mentalités raciales que vous connaissez bien. La tolérance, c’est toujours un gros mot.

Ici, on boit de l’alcool de contrebande, sorte de tord-boyaux qui donnera un peu de courage aux gens ou qui les fera oublier dans quelle misère noire ils vivent. Certes, tous ne vivent pas dans la misère, mais les contrastes sont assez prononcés entre les deux populations : les très riches et les pauvres.

Qualifier ce roman de policier ne serait pas faux, nous avons notre Sam qui va se muer en enquêteur de fortune afin de retrouver la petite fille kidnappée, presque sous ses yeux, au magasin.

Mais ceci n’est qu’une partie visible de l’Histoire avec un grand I. C’est aussi de l’Aventure que l’on vous propose, une Quête, parce que retrouver la gamine est une sorte d’exorcisme, une expiation d’une faute ancienne. Ce roman mélange habillement tout ces genres pour nous donner un plat de résistance dont on se pourlèche les babines.

Sorte de voyage initiatique sur un bateau à aubes remontant le Mississippi sur des airs de jazz et de bagarres, l’auteur nous ballade à travers le Sud sans que l’on voit le temps passer, nous présentant une (faible) partie de ses plus mauvais gens. Et les pires ne sont pas toujours chez les pauvres ! Mais certains valent la peine qu’on ne les croise jamais de notre vie.

— Mais ces gens sont complètement malades !
Les yeux de Soner lui parurent clairs et brillants.
— Absolument pas. Ils sont exactement comme vous et moi. Ils sont seulement descendus quelques barreaux plus bas sur l’échelle morale que la majorité.

— À cette époque, quand on rencontrait un Cloat, on finissait la gorge tailladée par un rasoir ou une balle de .45 dans le crâne. Enfin, si on était un homme. Les femmes, elles, devaient subir d’autres types de pénétration. Les Cloat ne sont pas d’ordinaires mauvaises graines d’assassins.

— Un des Skadlock dont je t’ai parlé.
— Moitié homme, moitié belette.
— Pour la partie belette, tu as sans doute raison.

J’ai joué de la musique pour des culs-bénis, des soulards ou des péquenauds, j’ai dansé au son de la musique Noire, j’ai essuyé des crachats, lavé le pont souillé de vomi, l’ai fait briquer, j’ai enquêté, j’ai terminé mes journées épuisée et vous savez quoi ? J’en redemande.

Il leva la main, puis la laissa retomber.
— Je n’y comprends rien. Il y a quelques jours encore, c’était une épave puante. Aujourd’hui, il me donne envie de partir en croisière au clair de lune.

Les bateaux à vapeur, ils sont toujours en bois, et pas du meilleur ni du plus épais. En fait, ces rafiots sont à peine plus solide que des cages à poules. Quand il y en a un qui se cogne contre le pilier d’un pont, sûr qu’en aval les gens ont plus besoin d’aller s’acheter des cure-dents pendant un bon bout de temps.

La plume de l’auteur fait toujours mouche, ses personnages sont toujours aussi fouillés, attachants ou donnant des envies de meurtre (une certaine bonne femme, surtout), sans nous gaver, il nous brosse le portrait d’une Amérique dans les années 20 avec détails, mais pas de trop. À nous d’aller voir ce qu’est un train des orphelins.

La trame n’est pas cousue de fil blanc parce que j’ai eu des surprises. Franchement, je pensais qu’on allait plier l’affaire en deux coups de cuillère à pot et bien non !

Un portrait sombre du Sud, des personnages taillés à la serpe, hantés par des deuils non accomplis, des idées de vengeance, des douleurs muettes et des envies de revenir en arrière pour tout changer.

Son oncle lui avait dit et répété que la vengeance ne menait nulle part et qu’un salaud se punissait tout seul en en étant un.

Il y a une humanité énorme dans le personnage de Sam et sa force de caractère lors de certains passages ont forcé mon admiration. Oui, il y a encore des traces d’humanité. Le roman en est rempli.

– Petit, un pistolet dans la poche d’un homme change sa façon de penser. Quand il n’en a pas, il hésite à prendre certains risques. Quand il en a un, il va là où il ne devrait pas, ou fait ce qu’il ne devrait pas faire. Il pense qu’une arme est un passe-partout, mais il se trompe.
– Mais c’est aussi une protection, non ? Un dispositif de sécurité ?
– Quand on ne sait pas nager, il vaut mieux ne pas s’approcher de l’eau.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), le Challenge « Polar Historique » de Sharon et Le « Challenge US » chez Noctembule.

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Le dernier arbre : Tim Gautreaux

316608~v~Le_Dernier_ArbreTitre : Le dernier arbre                                                                   big_5

Auteur : Tim Gautreaux
Édition : Sueil (2014)

Résumé :
Randolph, fils d’un riche négociant en bois de Pittsburgh est expédié par son père en Louisiane pour y récupérer son aîné Byron, qui fait office de constable dans une exploitation forestière perdue au milieu des marais.

Les ouvriers sont rongés par les fièvres et l’alcool, et Byron, moralement dévasté par son expérience de la Première Guerre en Europe.

Un misérable saloon tenu par des Siciliens (la Mafia étend son bras tout-puissant jusqu’aux bayous) catalyse la violence et le manque d’espoir de ces hommes coupés du monde. Tandis que Byron règle les problèmes à coups de feu et de poing, Randolph, lui, croit encore aux vertus du dialogue et de la diplomatie pour maintenir l’ordre dans la « colonie ».

Plus approche le moment où le dernier arbre sera coupé, et les ouvriers renvoyés chez eux aussi pauvres qu’ils étaient arrivés, plus l’on doute de voir Randolph ramener son frère à la civilisation — et à la raison.

Grand roman « sudiste » sur la fraternité et la paternité, mais aussi sur l’impitoyable capitalisme des années 20 dans une Amérique ivre de progrès technique. Un pays où être un bon citoyen, c’est être riche, ce qui signifie que celui qui possède l’argent est aussi celui qui dicte la loi.

Critique :
Bienvenue à Nimbus, concession forestière des Aldridge, un des nombreux trous du cul de la Louisiane. Bienvenue dans un enfer chaud et humide.

Attention, regardez où vous mettez les pieds car il y a des mocassins d’eau qui se nichent dans les flaques boueuses. Et rien à voir avec la chanson ♫ tes mocassins et les miens ♪ car ici, nous parlons de serpents d’eau.

Dans ce roman, les gars, va falloir bosser dur durant de longues années, le temps de couper tous les arbres, des cyprès chauves. Scier les troncs, les débiter 6 jours sur 7 avant de vous saouler la gueule du samedi soir au lundi matin dans le bastringue tenu par un sicilien louche ayant des cousins mafiosi.

Oubliez les syndicats et les droits des travailleurs, car en 1923, seuls les riches ont des droits. Je ne vous parlerai même pas du cas où vous seriez de couleur… là, le mot « droit » n’existe même pas pour vous, hormis celui de fermer votre gueule.

— Bon sang de merde, marshal, pourquoi vous avez descendu mon seul Blanc ? Merville cracha juste à côté de la botte du pilote.
— Le docteur refuse de soigner les nègres. Allez chercher votre brancard et emmenez-le à la clinique.

Sans user d’artifices, l’auteur nous décrit l’Amérique des années 20, celle qui avance à pas de géant, qui industrialise tout, qui déforeste tout… Le roman vous plongera dans un marais où les conditions de vie et de travail sont inhumaines, les accidents graves ou mortels nombreux et où le racisme, tel l’alligator dans le bayou, règne en maître.

Utilisant une multitude de personnages, tous bien travaillés, tous bien distincts – certains étant même très attachants – l’auteur explore une partie des années 20, avec tout ce qu’elles avaient de démesuré niveau progrès industriel (le téléphone et les constructions à tout va, en bois). Sans oublier le traumatisme de la Première Guerre, bien présent chez un des frères Aldridge, Byron.

— J’ai compris que notre première vague d’assaut, lourdement chargée, était censée se faire faucher par l’artillerie allemande et rester coincée dans les barbelés, nos corps servant de dépôts d’armes pour les vagues suivantes, tu vois ? C’est à ce moment-là que j’ai su ce que valait une vie humaine aux yeux d’un de ces maudits généraux.

C’est toute la vie de la concession forestière qui se déroule dans ce roman aussi profond que l’étendue des cyprès : les maladies, les accidents, le débit de boisson, la mafia qui tient les ouvriers par l’alcool, les putes et le jeu, ces hommes dépensant jusqu’à leur dernier sous dans ce bouge dégoutant.

La sueur a coulée sur mon front durant la lecture, non pas que le roman était pompant, mais il est tellement puissant que j’ai été emportée dans le bayou, suivant ses méandres tortueux et boueux, j’ai pataugé dans tout cela et j’en suis ressortie bouleversée, épuisée, secouée… L’âme de certains hommes est plus boueuse et tortueuse que les méandres de ce diable de bayou !

La tension est palpable tout au long de l’histoire, les salauds vous harcèlent comme un moustique la nuit, vous ne savez jamais quand ils vont frapper et c’est au moment où l’attention se relâche qu’ils en profiteront pour vous piquer définitivement d’une balle bien placée.

Il y a aussi dans ce récit de l’amour fraternel, celui d’un frère cadet (Randolph) qui ne sait rien de la Grande Guerre et qui voudrait aider son aîné (Byron) à se ressaisir, lui qui a vu les horreurs de Verdun. Un père aussi, qui voulait que son fil Byron fasse la guerre, qu’il soit un héros, qu’il aille au feu et qui ne comprend pas pourquoi il est revenu traumatisé, se réfugiant dans l’alcool et le fuyant comme la peste.

Cette pensée ne lui apporta nul réconfort; cependant, elle lui donnait un aperçu du puits abyssal rempli de sombres pressentiments dans lequel tombait son frère chaque fois qu’il ouvrait les yeux sur une aube nouvelle.

Tant de personnages dont j’ai partagé la vie, les souvenirs sur cette Amérique, tout ces gens que je dois quitter, maintenant, les laisser aller ailleurs, détruire une autre forêt (pour les Aldridge), reconstruire d’autres baraquements minables et continuer à se faire exploiter car une partie de ces pauvres gars,  après 5 années de dur labeur, n’ont même pas mis un dollar de côté sur un compte en banque et repartent avec les mêmes frusques sur le dos.

Il savait que le monde des humains n’était qu’une installation temporaire, un ouvrage de pacotille qui exploitait la nature avant d’être lui-même absorbé par le monde qu’il avait tenté de détruire.

Un grand roman coup de cœur qui ne vous laissera pas indifférent, un roman sur l’impitoyable capitalisme des années 20 dans une Amérique qui se gave de progrès technique au point de ne pas réfléchir et de détruire tout le capital « arbres ». Ici, c’est pas Zorro qui fait la loi, mais les Zéro qu’on a après les chiffres, sur un compte en banque.

Un grand roman presque en vase-clos, dans un décor dévasté par les crues, la boue… Une nature qui était magnifique mais qui sera dévastée car ici, on coupe les arbres jusqu’au dernier…

Cependant, lorsque le train pénétra en ferraillant dans une clairière de quarante hectares hérissée de souches, le hameau lui apparut comme une maquette de ville en bois, pas encore peinte, bricolée par un gamin à l’aide d’un canif émoussé. Jonché de bois mort – des cimes d’arbres détachées du tronc – sillonné par trois rues boueuses, le lieu ne semblait pas ancien mais gorgé d’eau, torturé par les intempéries, assailli par les mauvaises herbes.

Enfile tes bottes, prends ta scie et regarde où tu marches, des fois qu’un alligator ou un serpent te mordrais… gaffe aussi aux mafiosi, comme ces animaux précités, ils n’aiment pas qu’on les dérange dans leur petit business…

Prends une Winchester à plusieurs coups et laisse-toi tenter par un verre de whisky frelaté dans le troquet. La paye n’est pas bonne, la boisson non plus, les conditions de travail sont merdiques, mais putain, tu vas lire un sacré bon roman !

Le « Challenge US » chez Noctembule et le Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016).

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La pluie de néon : James Lee Burke

Titre : La pluie de néon                                                                   big_4

Auteur : James Lee Burke
Édition : Payot et Rivages (1999)

Résumé :
Se mêler des affaires des autres est parfois une manière de survivre. Surtout quand on a un léger problème d’alcool, de vilains souvenirs du Viêt Nam et une haute idée de la justice.

C’est le cas du lieutenant cajun Dave Robicheaux, que sa plaque à la Criminelle de La Nouvelle Orléans ne préserve pas des ennuis.

Avant de passer sur la chaise électrique, Johnny Massina lui révèle que les « Colombiens » veulent sa tête. Tout ça parce que Robicheaux a découvert le cadavre d’une jeune Noire dans le Bayou et met en doute la thèse de l’accident, soutenue par la police locale.

Dave met le doigt dans un engrenage infernal. Le lecteur aussi.

Petit Plus : Auteur majeur du roman noir américain, Burke inaugure, avec ce titre, le cycle Dave Robicheaux qui atteindra des sommets dans Dixie City.

Si l’humour reste présent dans cette plongée en eaux troubles, on est marqué par les souvenirs cauchemardesques du détective, procédé fétiche de l’écrivain.

L’intrigue est serrée, les dialogues rythmés, les descriptions dignes de Faulkner.

Critique : 
Puisque le temps n’est pas au soleil, plutôt que de me plonger dans un polar venant d’un pays Nordique, j’ai opté pour un bon bain de soleil sur la péniche du lieutenant Dave Robicheaux, flic à la Nouvelle-Orléans.

Moi qui pensais être pèpère, j’en fus pour mes frais… Pourtant, le postulat de départ avait l’air tout simple : une jeune fille noire est retrouvée noyée dans le bayou après overdose. Pas de quoi casser trois pattes à un policier, vous me direz.

Oui, mais, ça, c’était sans compter notre lieutenant qui flaira un truc pas net.

Déjà, notre ami est ce que l’on peut nommer un flic tenace. À côté de lui, un pit-bull affamé accroché à un os, c’est de la gnognotte !

Bon, Dave a un passé d’alcoolo, il replongera dans les vapeurs du whisky mélangé à la bière, il est parfois teigneux, têtu, violent, dézingueur de méchants à ses heures perdues, mais il a une qualité : il est incorruptible et il ne chante pas à tue-tête ♫ Vaninahahahaha ♪.

« Pourquoi ? Parce qu’en vérité, ce que je voulais, c’était boire. Et je veux dire par là que je ne voulais pas retomber doucement dans l’alcool, en petites glissades faciles, grâce à quelques Manhattan sirotés à un comptoir d’acajou avec repose-pieds en laiton, dans un bar aux box de cuir rouge, devant des rangées de verres brillant de lumière empilés devant un long miroir au mur. Je voulais des bouillettes à m’exploser la tête, Jack Daniels et bière pression, vodka sur glace, Beam sec et son verre d’eau à part, tequila brute qui vous laissait le souffle coupé à bouillonner dans vos propres humeurs ».

Ne nous y trompons pas, ceci est un roman noir, un roman sombre et l’auteur, à l’aide de sa plume, s’en va grattouiller sous le vernis de l’Amérique, celle qui est corrompue dans ses hautes sphères, celle qui est non démocratique de par sa guerre du Viêt Nam…

— Les mômes ne se cament pas parce que leurs parents et leurs professeurs sont permissifs. S’ils le font, c’est parce que des adultes leur vendent la came. Pas de complexités psychologiques, pas de mystères sociologiques.

Dave a fait la guerre et comme de nombreux soldats qui en sont revenus, il a l’esprit encombré de tas de souvenirs horribles. Chaque nuit, il doit lutter contre les cauchemars et les images qui l’assaillent.

Ne vous attendez pas à une grande enquête, le but du roman n’est pas vraiment de la résoudre en 380 pages, mais plus de vous entraîner dans les petites rues de la Nouvelle-Orléans, d’aller à la rencontre de certains de ses habitants – bons ou moins bons – de vous frotter à sa corruption, aux trafiquants d’armes et autres salopards qui peuplent les rues comme les ‘gators (alligators) hantent les eaux des bayous.

Malgré une intrigue aux multiples tiroirs, impossible pour le lecteur de perdre le fil de l’histoire car James Lee Burke, ce grand auteur, a balisé son histoire. Pas besoin de revenir en arrière pour comprendre, il suffit de suivre le fil d’Ariane.

Les personnages, nombreux, sont bien détaillés et nous réservent quelques surprises de leur cru. Ici, la Louisiane est elle aussi un personnage à part entière. C’est elle qui a forgé les habitants ainsi.

Niveau dialogues, l’argot est présent, sans pour autant plomber le style d’écriture de Burke, constitué aussi de bons mots. Sa plume m’a enchanté de par sa poésie et son humour. De plus, elle sait être caustique envers son pays.

Le ciel d’automne était d’un bleu si dur qu’une allumette frottée s’y serait enflammée, la lumière jaune si douce qu’on aurait pu la croire vieillie en fût de chêne.

— Si vous voulez me faire part de vos commentaires sur mon cas ce matin, il faudra faire comme tout le monde : prendre la queue. En ce qui me concerne, vous êtes déjà limite, votre parcmètre est en zone rouge.

— Je vous prenais pour un mec intelligent. Au lieu de quoi, j’ai l’impression que vous n’êtes pas capable de mettre un pied devant l’autre sans qu’on vous peigne des marquages au sol.

L’atmosphère est dense, les vieux ventilateurs à larges pales en bois tournent paresseusement au plafond, afin de rafraîchir un peu l’air, mais peine perdue, on sentira la température monter au fil de l’enquête en free-lance de notre Dave Robicheaux et les cadavres s’empileront à nos pieds.

Un conseil avant de lire, vérifiez que votre 6 coups est bien chargé au fond de votre poche, ne faites confiance à personne mais n’hésitez pas à déguster un sandwich aux crevettes et aux huitres entre deux bastons. Ah oui, n’oubliez pas votre anti-moustique.

Ceci était la première enquête de Dave Robicheaux, un flic qui a de la profondeur dans ses réflexions et de la ténacité dans ses actions. Pour ma part, je compte bien lire toute la série afin de me replonger dans ces romans noirs aux ambiances particulières.

Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015)et Le « Challenge US » chez Noctembule.

Les loups de Fenryder : Alec Covin [Trilogie des Loups 1]

Titre : Les loups de Fenryder

Auteur :  Alec Covin
Édition : J’ai Lu (2006)

Résumé :

Tu n’aurais pas dû. Oh non ! Tu n’aurais pas dû faire ce que tu as fait. La voix hante Stanley Holder, l’auteur d’innombrables best-sellers, réduit à l’état d’épave depuis le meurtre de sa fille.

Cette mort atroce, il en est responsable. Il sait qu’en accordant cette interview à Newsweek, il a ouvert les portes de l’enfer. Il avait pourtant juré de ne jamais révéler leur existence, mais il n’a pu s’empêcher de raconter au journaliste le monstrueux carnage auquel ils se sont livrés en 1933.

Et ils se sont réveillés. Par sa faute. Ils ? Les loups de Fenryder.

Critique : 

Bienvenue dans l’enfer des Loups de Fenryder ! Bienvenue dans ce livre qui ne vous laissera aucun répit, ou si peu…

Entrez dans la danse et faites connaissance avec des personnages profonds, couverts de cicatrice. Très dense…

Mettez les pieds en plein dans l’horreur, elle côtoie un joli cottage « Bed and breakfast » et on a l’impression que l’Apocalypse s’est invitée dans la petite bourgade de Tusitala, le Diable donnant son grand bal dans la villa, ancien domaine de la famille Mc Neice (avant qu’ils ne soient tous exterminés par un gigantesque barbecue, heu, autodafé, en 1933).

Plongez dans la piscine de l’effroi et découvrez les attractions variées offerte par la ville. On organise, au cimetière du coin, un truc super  : « Violation de sépulture », ou encore : « Offrez donc un crâne ! ».

Attention amis lecteurs, si vous êtes allergique au fantastique, si les sueurs froides que vous tolérez sont uniquement celles due à la grippe, si vous êtes hostile à l’effroi version Stephen King, si vous êtes cartésien jusqu’au bout des ongles, si vous aimez les récits rationnels avec de la logique à tous les étages, si « Fox Mulder » évoque pour vous une vague ressemblance avec un Navigateur Internet, si « Dana Scully » vous fait penser à un nom dans un catalogue de meuble d’un géant suédois et si vous avez vaguement entendu un « La vérité est tailleur » et que vous ne l’avez pas compris, bande d’ignares, alors ce livre n’est pas fait pour vous !

Parce que oui, la vérité est ailleurs !

Amis du fantastique et non cartésiens, bonjour !

En passant, je voudrais remercier Gruz de m’avoir conseillé ce suspense teinté d’angoisse où l’auteur, au lieu de nous distiller du whisky pur malt, a préféré nous distiller de l’effroi mélangé à quelques scènes horribles dans une piscine (oui, plus horrible que celle avec Loana de Loft Story 1), le tout sans verser dans l’excès parce qu’un alcool tel que celui-là, se déguste lentement.

Ajoutons deux doigts de scène macabres, on the rock, telles que pouvait nous écrire le grand Stephen King dans ses meilleures années.

D’ailleurs, au début, j’ai même pensé que King avait écrit ce livre sous un nouveau pseudo, suite à un exil fiscal dans l’Hexagone, chez les Money-Gasques. Mais non, ce n’est pas lui.

L’atmosphère et le style de ce livre ressemblent au King, Ça à la couleur du King, mais ce n’est pas le King (en référence à l’entité maléfique connue sous le nom de « Ça » qui prenait la forme de vos peurs les plus profondes).

Entre nous, bien que ce livre soit un « thriller fantastique » et bien qu’il m’ait donné envie de regarder sous mon lit (on n’est jamais trop prudent), ce n’est pas pour autant qu’il faut le cataloguer dans les romans d’épouvante ou d’horreur pure.

Non, non, pas de monstre tout vert sortant des marais (ou d’une usine de chewing-gum « Le Yankke »). Oh non, c’est bien plus subtil que ça.

Attendez, je vous parle de pur malt, moi, pas de piquette à 2°C qu’on oublie une fois qu’on l’a pi**ée.

Pour tout vous dire, la peur s’infiltrera même dans votre corps comme si elle était en baxter, l’aiguille fichée dans votre bras et Ça coule goutte à goutte. Oui, Ça vous pénètre par tous les pores de la peau, Ça vous fiche l’angoisse, les sueurs froides.

Et cette peur, on se la crée sois-même à cause de l’atmosphère oppressante qui est tapie dans tous les coins sombres du roman, dans le lac, dans la forêt, dans les secrets de Rose ou d’Arthur, prête à vous sauter dessus, tel un loup sur un petit agneau que vous êtes. On lit et on imagine la chose tapie derrière un arbre.

Mais gaffe, comme le whisky,  faut savoir doser « la peur » car trop de peur tuerait la peur du lecteur. On n’y croirait plus.

Le barman Covin nous a mitonné ce cocktail comme un pro, alternant les couches d’alcool, mêlant le tout avec de l’humour grinçant.

Là, pour l’humour, c’est de la vodka martini, médium dry, au shaker et non à la cuillère (comme celle de James Bond). C’est fort et pour le petit parasol, vous repasserez. Ce n’est pas un bar pour les Bisounours, ici. On ne sert que des alcools forts. Et pas avec le dos de la cuillère.

Moi, j’ai tout bu et je vais me resservir un verre !

Allez, un dernier verre… ?

PS : Une mention spéciale au deux flics de la DEA, Teigneux et Super Teigneux, qui bouffent du Freud au petit-déj et vous le ressortent à tout bout de champ. Hilarant.

Livre participant au Challenge « Thrillers et polars » de Liliba.