L’or vert du Sangha : Pierre Pouchairet

Titre : L’or vert du Sangha

Auteur : Pierre Pouchairet
Édition : Filature(s) (23/09/2022)

Résumé :
Les élections présidentielles approchent au Sangha, pays fictif situé quelque part entre le Cameroun, la R.D.C et le Gabon. Le vieux président, dont les sondages prédisent la victoire avec 80% des suffrages, se prépare sans crainte à son sixième mandat…

Mais un challenger, le charismatique ancien footballeur Luc Otsiemi, coaché par un directeur de campagne français, gagne du terrain.

La journaliste Claire Dorval est envoyée par sa production pour couvrir l’évènement et faire une série de documentaires sur le pays.

Alors qu’elle glane des infos, le corps d’un de ses collègues est retrouvé à proximité d’une exploitation sauvage de bois précieux, le kevazingo, dont l’exportation est officiellement interdite…

Une enquête sanglante au coeur du trafic de bois, qui met à découvert les intérêts français, hérités de la France-Afrique, comme ceux étrangers, notamment chinois.

Critique :
Sans la chronique de Pierre (Black Novel 1), jamais je n’aurais eu l’envie de lire ce mélange de polar, d’enquête journalistique et de politique, dans un pays imaginaire d’Afrique centrale.

De quoi ça parle ? Vous prenez un shaker et vous y introduisez les ingrédients suivants : des personnages réalistes, un vieux dictateur africain qui s’accroche à son poste, la mort chelou d’un journaliste français, la déforestation et la coupe d’arbres protégés, un policier qui aime les vêtements voyants, des magouilles, des mafiosi, des Chinois trafiquants, des petits villages perdus dans les forêts, des croyances vaudous, de la drogue, des élections bidons et vous secouez fortement.

Ajoutez une touche d’écologie, quelques glaçons pour donner des sueurs froides et assaisonnez le tout avec de la poudre pour balle. Cocktail explosif qui vous vrille les entrailles à certains moments et qui vous glace la couenne, sans que les températures extérieures entrent en ligne de compte.

Ce roman policier n’est pas un thriller qui va à cent à l’heure, où chaque chapitre se termine par un rebondissement.

Non, non, l’auteur prend le temps de faire monter sa sauce, de placer les décors, grandeur nature, de poser ses personnages, de nous immerger dans l’Afrique que tout le monde pille, avec l’aide des autochtones qui cherchent l’argent facile (parfois juste pour survivre), de vous montrer que la corruption est à tous les étages, que tout le monde l’applique, en use et en abuse.

Bien entendu, plus vous êtes haut placé et plus vous vous en mettez plein les fouilles, avec ces magouilles.

Le territoire Africain regorge de ressources naturelles qui intéressent un maximum de sociétés, de nations, de mafiosi, de trafiquants, bref, beaucoup de monde se servent, bouffent à tous les râteliers, en se foutant bien de ce qu’ils laisseront après : un pays exsangue, une nature à l’agonie, des animaux sans habitat naturel.

Ce qu’ils ne savent pas (ou bien ils s’en foutent), c’est que si la Terre survivra sans problème au sale virus qu’est l’être humain, nous, l’humain, risquons de ne pas survivre à la perte des ressources naturelles, à force d’en prendre plus qu’il n’en faut, plus vite qu’elles ne poussent, qu’elle ne grandissent…

Anybref, c’est un roman exigeant, qu’il faut lire avec du temps devant soi, on ne le dévore pas à toute vitesse, vaut mieux aller lentement, afin de s’immerger dans tout cet univers mis en scène par l’auteur, où toute ressemblance avec des faits avérés et des personnages réels n’est absolument pas fortuite.

Un roman qui a tout d’une enquête d’investigation où tous les coups sont permis et où personne ne sait qui va gagner, ni qui peut trahir qui… L’enfer est pavé de bonnes intentions et un personnage le comprendra trop tard. Nous sommes dans un roman réaliste, pas dans un feel-good, ni chez les Bisounours, hélas.

Un roman qui m’a glacée et dont le final m’a secoué les tripes.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°102].

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Les silences d’Ogliano : Eléna Piacentini

Titre : Les silences d’Ogliano

Auteur : Eléna Piacentini
Édition : Actes Sud (05/01/2022)

Résumé :
La fête bat son plein à la Villa rose pour la célébration de fin d’études de Raffaele, héritier de la riche famille des Delezio.

Tout le village est réuni pour l’occasion : le baron Delezio bien sûr ; sa femme, la jeune et divine Tessa, vers laquelle tous les regards sont tournés ; César, ancien carabinier devenu bijoutier, qui est comme un père pour le jeune Libero ; et bien d’autres.

Pourtant les festivités sont interrompues par un drame. Au petit matin, les événements s’enchaînent. Ils conduisent Libero sur les hauteurs de l’Argentu au péril de sa vie.

Critique :
Voilà un petit roman qui sentait bon le Sud, qu’il soit de l’Italie, de Sicile ou de Corse…

Le déroulement de ce récit pourrait se passer dans l’une où l’autre de ces contrées, bien que puisque l’on parle de mafia, je le situerai plus dans l’Italie du Sud ou en Sicile, celles des montagnes et des petits villages perdus où il n’y a même pas de médecin.

N’espérez pas vous la couler douce, dans ce roman, ni rester alangui sur une chaise longue, car nous sommes dans un drame et l’on va encore crapahuter dans les montagnes (on m’en veut, ces derniers temps !!!).

À Ogliano, c’est calme, le baron vient durant les vacances d’été, il est riche, blindé du fric de ses métayers et de celui que ses ancêtres ont amassé au fil des années. On se doit de le saluer, de courber l’échine, comme au temps des seigneurs médiévaux.

Le récit commence par un enterrement, celui d’un salopard, avec tout le village qui vient rendre hommage ou alors, qui vient vérifier qu’il est bien crevé, allez savoir. La bigoterie est de mise, on se doit d’aller à l’église. Le baron arrive, donne une fête pour le baccalauréat de son fils…

Bref, le récit commence gentiment, lentement. L’écriture de l’autrice était éloquente et puissante. On se doutait que sous ces belles phrases, couvait un futur drame. Un drame dont nous savions pas encore la teneur, mais qui, comme les secrets gardés par les villageois, la fameuse omerta, n’allait pas tarder à tonner, tel un coup de feu.

Oui, le récit commençait gentiment, avant de prendre un tour inattendu et de nous entraîner dans les montagnes, puis d’y subir un orage et un coup de foudre… Oui, j’ai adoré ce roman, j’ai eu le coup de foudre, le coup au cœur.

Il n’y a pas que l’écriture qui est travaillée, ciselée, dans ce roman. Les différents portraits sont passé sur l’établi de l’orfèvre, ils ont été tordus, afin de nous donner des personnages réalistes, non manichéens, torturés, se posant des questions ou enviant l’autre de ce qu’il possède (et pas toujours au niveau matériel, juste parce que l’un a un père et pas l’autre).

Chacun a son secret, ses doutes, ses blessures et elles nous seront racontées par ces personnages mêmes, dans ces chapitres qui seront consacrés à leur confession. Grâce à eux, on comprendra mieux leur psychologie, leurs regrets, leurs envies, leurs secrets, ce qu’ils ont tus et cela donnera des nuances de gris à ceux que l’on aurait bien jugé tout noirs ou tout blancs. Mais il n’en est rien…

Antigone, le roman de Sophocle, est en arrière-fond, mais il n’y joue pas un rôle de figurant, il est important dans ce récit, et c’est au fil de l’histoire que l’on comprendra ce qui lie les personnages avec ceux de celui de Sophocle.

L’épisode dans la montagne, dans l’Argentu, sera le point culminant de ce roman, m’apportant moult émotions différentes, me faisant passer de la peur ou bonheur, de l’angoisse à l’espoir, de la haine aux questionnements : et moi, qu’aurais-je fait ? Comment aurais-je réagi ? Et dans ce village, est-ce que moi aussi j’aurais fermé ma gueule contre de l’argent ? Bonnes questions…

Si Libero, jeune homme de 18 ans, personnage principal, est un personnage réaliste et sympathique, l’on ne peut qu’aimer Raffaele, le fils du baron, qui n’a rien de son père, qui parle de pardon et qui est tout aussi tourmenté que son ami d’enfance. Ils m’ont donné bien des émotions, ces deux gamins, et des plus belles.

Ce roman, je pense que je l’avais acheté à cause d’une chronique publiée sur le blog Black Novel (merci, Pierre !) et puis, je l’avais oublié. C’est grâce à une modération de chronique sur Livraddict que j’ai repensé à ce roman et que je l’ai sorti du tas… Quelle imbécile j’ai été de ne pas le sortir plus tôt, moi qui cherchais des coups de coeur, j’en avais un à portée de main.

Un roman magnifique, des personnages marquants, avec qui l’on aurait aimé se promener en montagne, juste pour le plaisir de passer du temps avec eux. Hélas, j’ai dû les laisser, le cœur brisé de devoir refermer ce roman lumineux et sombre à la fois, mais où la lumière est plus forte que l’ombre.

 

L’Accident de chasse : Landis Blair et David L. Carlson

Titre : L’Accident de chasse

Scénariste : David L. Carlson
Dessinateur : Landis Blair

Édition : Sonatine (27/08/2020)

Résumé :
Chicago, 1959. Charlie Rizzo, qui vient de perdre sa mère, doit emménager avec son père aveugle. Pour le jeune garçon, l’histoire est limpide : Matt Rizzo a perdu la vue à la suite d’un accident de chasse, comme il le lui a toujours raconté.

Mais le jour où un policier sonne à leur porte, Matt choisit de révéler à son fils la partie immergée de son passé, et la véritable raison de sa cécité…

Roman graphique en noir et blanc à la puissance expressive sans pareille, tiré de faits réels, L’Accident de chasse est une ode bouleversante à la rédemption et aux pouvoirs sans limites de la littérature.

Critique :
Un accident de chasse… Pas à cause d’un chasseur ne sachant pas chasser et prenant un promeneur pour un sanglier, mais à cause d’un stupide accident et de gosses tout aussi stupides.

Voilà pourquoi Matt Rizzo est devenu aveugle. Charlie, son fils, qui vient de perdre sa mère, vient habiter chez lui et ce n’est pas facile pour lui, lui qui n’a plus vu son père depuis quelques années.

466 pages, non seulement c’est lourd à porter, mais ça ne se dévore pas en une seule soirée. Absolument pas ! Ce roman graphique est dense, surtout passé la première moitié des pages, lorsque l’on entre dans le récit de Matt Rizzo sur sa jeunesse et sur son accident, qui n’était pas vraiment de chasse.

Les dessins, noirs et blancs, hachurés, sont déstabilisants au départ, mais après, on s’y habitue, puisque l’ambiance de ce récit est sombre, très sombre, à un moment donné. On y parle de meurtres, de prison, de rédemption…

On y parle aussi de littérature, notamment avec Dante et son Enfer (La Divine Comédie) et l’allégorie est bien trouvée, puisque Matt aura son Virgil pour le guider dans son enfer.

En dire plus déflorait trop ce roman graphique, sachez juste qu’il va vous emporter là où vous ne vous attendiez pas du tout et vous faire vivre une aventure totalement hors norme, avec des personnages marquants, attachants et notamment un assassin qui aime la littérature…

Cette plongée dans le Chicago des années 30 et dans l’univers carcéral est réussie, surtout que je ne m’y attendais pas du tout et que j’avais failli arrêter ma lecture, parce que je m’y embêtais un peu, au départ. Ma persévérance à payée !

Le plus inattendu fut d’apprendre, à la fin, que ce récit était réel. Matt Rizzo a bel et bien existé, c’est le récit de sa vie que je venais de lire.

Un magnifique ouvrage, un scénario inattendu, profond, travaillé, des dessins qui le mettent bien en valeur. Un roman graphique qui ne se lit pas une seule fois, car il y a de la matière à lire et des dessins à bien regarder, tant certains sont détaillés.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°85].

La cité en flammes – 01 : Don Winslow

Titre : La cité en flammes

Auteur : Don Winslow
Édition : HarperCollins Noir (04/05/2022)
Édition Originale : City on Fire (2022)
Traduction : Jean Esch

Résumé :
État de Rhode Island, 1986.

Danny Ryan, 29 ans, est docker. Intelligent, loyal et réservé, il n’a jamais vraiment trouvé sa place au sein du clan des Irlandais qui règne sur une partie de la ville. Son rêve : fuir loin de cet endroit où il n’a pas d’avenir.

Mais lorsque Paulie Moretti, mafieux d’une famille italienne jusque-là amie, s’affiche avec sa nouvelle conquête, Hélène de Troie des temps modernes,

Danny se retrouve mêlé à une guerre sans merci à laquelle il ne peut échapper. Il lui faudra s’imposer enfin et affronter un déchaînement de violence sans précédent pour protéger sa famille, ses amis, et la seule patrie qu’il ait jamais connue.

Avec « La cité en flammes », Don Winslow livre le premier tome d’une trilogie magistrale, transposition des épopées antiques : la ville de Providence est Troie incendiée par les Grecs, Danny Ryan un héros homérique digne d’Énée. Une Iliade contemporaine.

Critique :
Le parrain à la sauce Illiade… La mafia, ses guerres, le tout sur fond de celle de Troie. Mais au lieu d’avoir l’affrontement entre les Grecs et les Troyens, ce sera entre les Irlandais bouffeurs de patates et les Italiens, bouffeur de macaronis.

Pourtant, au départ, tout allait bien dans le quartier de Dogtown : les mafiosi irlandais et italiens s’entendaient bien, ils se partageaient les territoires, même si on se doute que dans le fond, chacun aurait voulu éliminer l’autre pour se tailler la part du lion.

Oui, mais pour se faire la guerre, il faut un déclencheur, un prétexte. Ce sera pour une histoire de nichons que tout commencera avant de se terminer dans un bain de sang.

Paulie Moretti (le clan des Italiens) n’a pas apprécié que Liam Murphy (clan des irlandais) plote les seins de sa sculpturale copine (la Hélène de Troie). La copine n’a pas apprécié non plus et les règles mafieuses sont strictes : on ne touche pas aux femmes des autres (mais l’un d’entre eux ne s’est pas privé, un jour, de violer la gamine d’un autre).

Moi je dirais plutôt qu’on ne touche pas une femme qui ne le veut pas, qu’on ne lui fait pas le coup du « Dis un peu camion » pour pouvoir ensuite faire pouet-pouet. Mais allez expliquer ça à un mec…

Surtout que le Liam, sale gamin pourri gâté, égoïste, beau sans doute comme Brad Pitt dans Friends et ne pensant qu’à sa petite personne et à sa tchole, qu’il a du mal à garder dans son pantalon. Une jolie fille qui passe et il a déjà envie de la keter avant de passer à une autre. Les femmes sont des kleenex pour lui. Il mouche blanc dedans (ou dessus) et puis les jette.

Est-il possible de rendre sympathique des mafiosi qui se font la guerre, qui se tirent dans les pattes ? Hélas, oui, c’est possible, surtout que l’auteur, pas con, nous les présente durant leur vacances à la plage, où la famille Murphy et Dany Ryan coulent un mois d’août fait d’insouciance.

De plus, la ville de Providence est décrite, elle aussi, ce qui nous immerge encore plus dans les ambiances des mafieux ou tout simplement des membres de la famille Murphy.

L’auteur prend la peine d’approfondir certains de ses personnages, n’hésitant pas à stopper son récit pour nous conter l’enfance de Madeleine (elle a changé de prénom), son parcours, ce qui d’un côté est intéressant, mais de l’autre, cela coupe l’élan du récit.

Dommage qu’il n’ait pas su éviter le manichéisme avec Liam, qui cumule tous les défauts du monde, tout en ayant un physique de bô gosse. Il est capricieux, fait des conneries sur conneries, ne sait pas fermer sa gueule, plonge tout le monde dans la merde, est responsable de morts et personne ne le remet en place ??

Et le rapport avec la guerre de Troie, dans tout cela ? Oui, il y est, mais il n’apporte rien de plus à l’histoire, on ne me l’aurait pas noté dans le 4ème de couverture que je ne l’eusse pas vu. Puisque je le savais, j’ai cherché les points de comparaisons.

N’ayant vu que le film avec Brad Pitt, mes références seront celles-là : la belle Hélène est là, c’est une belle poire, Pâris est Liam le merdeux capricieux, on a Achille, le guerrier qui veut foutre le camp à un moment donné, mais qui hurlera sa rage quand son amant, Patrocle, se fera assassiner. Hector (ou son alter ego mafieux) mourra aussi (mort horrible) de la main d’Achille, qui rejoindra l’enfer à cause de son talon du même nom.

Les passages importants de l’Illiade sont bien intégrés au texte, on a de l’action, mais pas trop (ni trop peu), on a de la psychologie, le personnage de Danny va évoluer, tout le monde est nuancé (sauf quelques uns, très très cons ou très très égocentriques) et le récit est emballant, le roman n’a pas traîné sur la table et je n’ai pas soupiré durant ma lecture.

De là à dire que c’est une « Nouvelle trilogie explosive », comme indiqué sur le bandeau-titre… Un peu surfait, je trouve ou alors, il faut vraiment que ce soit explosif et pour le coup, si j’ai apprécié ma lecture, l’univers, les personnages, l’immersion dans la mafia, ça ne vaut pas la trilogie sur les cartels de la drogue (Art Keller).

Malgré tout, je réserverai mon jugement après avoir lu le deuxième tome, parce que justement, dans la trilogie des cartels, c’est surtout le deuxième et le troisième volume qui m’avaient explosé dans la gueule (même si le premier était déjà fort). Il y avait une montée en puissance dans le récit et si cette nouvelle trilogie est dans la même veine, je pourrais m’en prendre plein la tronche avec le volume 2.

Si je n’avais pas lu sa précédente trilogie, j’aurais trouvé ce roman excellent et je lui aurais collé un max en cotation, mais Winslow m’a habitué à des mets plus épicés, plus recherchés, plus fouillés. Son premier tome sur la mafia est très bon, mais ça manque de sel et c’est moins marquant que les cartels, même si j’ai appris plein de choses sur les systèmes mafieux.

Un bon roman noir, un bon thriller, un bon roman sur la mafia, qui se lit tout seul, presque un page-turner, sans pour autant avoir de l’action à gogo, mais venant de Winslow, la barre aurait dû être mise plus haut.

Néanmoins, je lirai le tome suivant avec plaisir, afin de vérifier s’il a rectifié l’assaisonnement..

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°58].

Balles perdues : Matz, Jef et Walter Hill

Titre : Balles perdues

Scénariste : Matz
Dessinateur : Jef
Adapté de : Walter Hill

Édition : Rue de Sèvres (2015)

Résumé :
1931. Arizona, période la Prohibition. Roy Nash sort de prison, à laquelle il était condamné à perpétuité.

Pour payer la dette de sa libération envers le boss de Chicago, Roy est à la poursuite de trois braqueurs qui ont filé avec le magot sans partager. L’un a de plus embarqué Lena, l’ex de Roy, dans l’aventure.

Roy parcourt les speakeasy et les bas-fonds de Los Angeles à la recherche des fuyards, fâche les mafieux locaux, un détective verreux et ses propres patrons…

De la vengeance, du magot ou de Lena, quel sera le vrai moteur de la quête de Roy ? Et surtout, comment survivre au milieu de ces gangsters à la gâchette facile ?

Critique :
Arizona 1932… Le désert, un trou paumé de chez paumé. Un homme descend de la voiture. Gros plan sur lui, sur la voiture, sur son chauffeur, un balafré.

Pas un mot durant plusieurs cases où notre homme, qui se nomme Roy Nash, commande un whisky au bar, en pleine prohibition. Déposant un billet sur le comptoir, on lui sert son verre.

Roy est un tueur, il a une gueule de tueur.

D’ailleurs, les dessins réalisés par Jeff n’étaient pas toujours de qualité égale.

Il y a des gros plans magnifiques et aussi des merdiques, où l’œil d’un personnage bouffe les cerises pendant que l’autre crache les noyaux. Dans une case, le personnage du policier avait un certain cousinage avec une trogne digne des Guignols de l’info.

Et je ne vous parle même pas des bouches, qui, de temps en temps, se tordent, donnant un rictus affreux aux personnages, les rendant moche, défigurés. Par contre, j’ai apprécié les tons sépias, même si cela donnait l’impression que les mecs portaient du rouge à lèvre.

Dommage pour les visages, parce que les décors et les bagnoles étaient des plus réussis.

Le scénario est classique : trois hommes ont réalisé un hold-up, empruntant de l’argent à un mec de la pègre, ainsi qu’un chauffeur et ensuite, on retrouve la bagnole vide, le chauffeur abattu et le fric envolé.

Non, pas de surprises au rendez-vous, juste un polar noir musclé, rythmé, sanglant, avec des femmes superbes qui se baladent les nichons à l’air (et la touffe aussi).

Du polar noir dans toute sa splendeur, un hard-boiled de derrière les fagots, réunissant tous les ingrédients du genre : des truands, des trafics, un bar Noir, les années 30, la prohibition, les filles faciles, des femmes fatales, les balles qui sifflent, les contrats sur les têtes, des chaussures de béton, un tueur à gage, des trahisons, des mitraillettes, des chapeaux, de l’amour…

Les cadrages de cette bédé étaient très bien fait, donnant l’impression de regarder un film. Normal, on apprend à la fin que Walter Hil, crédité dans cette bédé, est un réalisateur et scénariste de Hollywood et que cette bédé, au départ, c’était un scénario pour un film.

Et comme dans les films, des gars tirant avec des mitraillettes arrivent encore à louper le mec en face d’eux, qui lui, uniquement pourvu de flingues, arrivent à les dessouder !

Roy, c’est Lucky Luke version salopard.

Rien de nouveau sous le soleil avec ce scénario, mais au moins, il va à l’essentiel et nous plonge dans le monde de la pègre dans les années 30. Efficace et distrayant.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°51] et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

Omerta : R. J. Ellory

Titre : Omerta

Auteur : R. J. Ellory
Édition : Sonatine (02/06/2022) – 587 pages
Édition Originale : City of Lies (2006)
Traduction : Claude et Jean Demanuelli

Résumé :
Après Vendetta, le nouvel opéra mafieux de R. J. Ellory !

Écrivain à la dérive, John Harper vient d’apprendre une nouvelle qui le bouleverse : son père, qu’il n’a jamais connu et croyait mort depuis longtemps, est bel et bien en vie. Il se trouve dans un hôpital de Manhattan où l’on vient de le transporter, à la suite de graves blessures par balles.

John n’est cependant pas au bout de ses surprises : son père n’est pas n’importe qui, puisqu’il s’agit de Lenny Bernstein, l’un des pontes de la mafia new-yorkaise. Bien vite, John va découvrir que si son passé a été bâti sur des mensonges, son présent l’est tout autant. Pour démêler le vrai du faux, il va devoir se confronter à une énigme insoluble : quel genre d’homme est vraiment son père ?

Plongée saisissante au sein d’une mafia new-yorkaise agitée par les luttes intestines, Omerta est surtout un superbe roman sur la perte de l’innocence, l’apprentissage des désillusions et l’héritage lourd de conséquences qu’un père peut léguer à son fils. Un sommet d’émotion, par un des écrivains les plus talentueux du genre.

Critique :
Impossible de résister au dernier Ellory ! En plus, l’auteur avait pris la mafia pour sujet principal, ce qui me tentait encore plus. En commençant ma lecture, je me suis demandée pour quelle raison l’auteur situait l’action en 2004. Il devait y avoir une raison…

Puis, en mettant à jour sa fiche sur Livraddict, je me suis rendue compte que le roman datait de 2006… Ok, ce n’était pas un nouveau roman, mais un ancien que l’on publiait en français seulement maintenant et là, j’ai compris pourquoi l’écriture de l’auteur me semblait différente.

Désolée, mais dès le départ, je n’ai pas accroché du tout ! Ni au récit, ni aux personnages, ni à l’ambiance. Ou la malédiction des lectures foirées recommence (vu le nombre, je suis prête à le croire), ou bien il manquait un truc dans ce premier roman de l’auteur.

Après avoir lu un cinquième de ce roman, il ne se passait toujours rien dans ma vie de lectrice : pas d’émotions, de l’ennui, l’envie d’envoyer bouler les personnages, notamment la virulente tante Evelyne (avant qu’elle ne remonte dans mon estime lorsque j’en ai appris plus sur elle et compris sa colère) et ce pauvre John Harper qui ne savait pas où il venait de foutre les pieds, vu qu’il n’avait pas eu accès, comme moi, au résumé du quatrième de couverture.

Cette lecture m’a donné l’impression que ce n’était pas la plume d’ Ellory que je lisais. Mon ressenti était comme lorsque j’entends des chansons qui ne sont pas les originales, mais interprétées par d’autres chanteurs, des absolument pas connus.

Lorsque j’entends une telle horreur dans un magasin (ils paient moins de droits, je pense), je me dis toujours que si j’avais entendu telle quelle la première version, jamais je n’aurais aimé la chanson. Ben ici, ce fut pareil.

Même les dialogues m’ont semblés surfaits, mal joués, comme dans une série B. L’échange qu’aura John Harper avec les autres mafiosi était génial, mais peu réaliste, vu qu’il n’avait rien d’un acteur ou d’un mec au sang-froid exceptionnel.

Alors que les autres romans de l’auteur m’ont toujours fait vibrer ou apporté du plaisir de lecture, celui-ci m’a laissé de marbre, sauf dans son final, explosif, qui était jouissif, je l’avoue. Tout s’enchaîne, tout s’explique, les secrets de famille tombent, laissant entrevoir une vérité bien plus horrible que celle que je pensais.

Hélas, je me suis ennuyée ferme durant plus de la moitié des 580 pages, ce qui a plombé toute cette lecture. Heureusement que je n’ai pas commencé ma découverte de l’auteur avec ce roman. Heureusement pour moi, j’ai eu assez de coup de coeur avec ses autres romans que pour être rassasiée, mais je n’aurais pas dit non à une fois de plus.

J’attendrai le vrai nouveau roman de 2023, avec impatience.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°20] et Le pavé de l’été 2022 (Sur mes Brizées).

Commissaire Montalbano – 07 – L’excursion à Tindari : Andrea Camilleri

Titre : Commissaire Montalbano – 07 – L’excursion à Tindari

Auteur : Andrea Camilleri
Édition : Pocket Policier (2010)
Édition Originale : La gita a Tindari (2000)
Traduction : Serge Quadruppani et Maruzza Loria

Résumé :
Chaque nouvelle enquête sur un crime effroyable attise un peu plus la mélancolie de notre Commissaire Montalbano. Ici, le meurtre d’un couple de vieillards de Vigata, sa ville légendaire, le trouble plus qu’il ne le voudrait.

Existe-t-il un lien avec cette affaire, l’exécution d’un jeune don juan de village ? Et qu’en est-il du mystère qu’entretient Mimi Augelo, son adjoint, autour d’informations prétendument secrètes ?

Critique :
Lire une enquête de Montalbano, c’est avoir l’assurance que l’on va passer un bon moment de lecture, de détente, d’amusement, de bonnes bouffes…

Les enquêtes de Montalbano, pour moi, ce sont des romans policiers doudous, de ceux qui mettent le moral en hausse, qui rendent heureux.

Montalbano, il enquête à la Maigret, en prenant son temps, en s’arrêtant pour se restaurer, refusant de bouffer de la merde. Il se promène, réfléchit, grommelle, vocifère sur ses hommes, ourdi des plans pas catholique pour éviter que Mimi Augelo, son adjoint, reste à sa place.

Deux affaires tombent dans les bras de Montalbano : un jeune assassiné devant chez lui et la disparition d’un couple de personnes âgés, après une excursion à Tindari. Pour nous, l’assassinat semble le plus important, et pourtant, notre commissaire épicurien va plus bosser sur la disparition de cet étrange couple qui ne parlait à personne.

Cela semble banal comme affaire, cette disparition, on se dit que Montalbano a sans doute raison de la traiter par en-dessous de la jambe, sans vraiment y aller à fond. Mais comme souvent, il n’en est rien et sous ces affaires qui semblent banales, se cachent toujours des faits de société, bien plus importants que l’on aurait pu le penser.

Le truc en plus ? La traduction de Serge Quadruppani est bien exécutée, elle donne de la couleur aux mots, aux phrases, nous immergeant totalement dans le petit village de Vigata, nous donnant l’impression que nous sommes avec Montalbano et ses hommes, pirsonnelement en personne (les initiés comprendront).

De l’humour, des crimes, des enquêtes, des mystères, de la bonne bouffe, des tracasseries, des réflexions pleines de philosophie, c’est ça, l’univers de Montalbano.

Le seul bémol dans l’histoire, c’est qu’il est impossible d’aller manger à la trattoria San Calogero de Vigata puisque le patelin n’existe pas ! À quand, en Sicile, un label « Montalbano » afin de désigner les petits restaurants comme il les apprécie ?

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°13].

My Home Hero – Tome 2 : Naoki Yamakawa et Asaki Masashi

Titre : My Home Hero – Tome 2

Scénariste : Naoki Yamakawa
Dessinateur : Asaki Masashi

Édition : Kurokawa (14/03/2019)

Résumé :
Au final, il n’existe aucune « bonne réponse » permettant à ma famille de rester en vie !! Tetsuo Tosu, humble employé d’une entreprise mais surtout grand amateur de romans policiers, assassine Nobuto Matori, petit ami de sa fille unique et adorée afin de la protéger.

Ce crime signe pour lui et pour sa femme, qui a découvert et accepté l’acte de son mari, le début d’une bataille sans fin contre l’organisation criminelle dont faisait partie Nobuto dans l’espoir de préserver leur foyer.

Critique :
Cela faisait plus d’un an que j’avais mis cette série manga en stand-by. Non pas qu’elle ne me plaisait pas, que du contraire, juste parce que je veux trop lire et que je n’y arrive pas.

Hop, 2022, bonne résolution, on reprend la saga et on lit le tome 2.

Le tome 1 percutait déjà fort, le 2 percute tout aussi fort et fait monter le rythme cardiaque.

Pfiou, suspense taillé au cordeau, violence, tensions fortes, mains moites et dialogues ciselés entre les différents protagonistes.

C’est ce qui fait la force de ce manga : les dialogues ! Non pas que l’on soit dans une punchline de fou, juste que les discussions entre le jeune Yakuza et ce brave monsieur Tetsuo Tosu sont fort réalistes.

Précisions que c’est le jeune yakuza qui mène l’interrogatoire, que Tosu souffre, qu’il tente de sortir de cette spirale infernale sans que sa famille ne passe l’arme à gauche et que le moindre faux pas, le moindre mensonge pas convaincant est synonyme de mort.

Le scénariste a donc ciselé chaque geste, chaque pensée, chaque réplique, afin que tout s’emboîte parfaitement, même s’il n’existe aucune bonne réponse…

Tetsuo Tosu est sur un fil, le moindre faux pas et c’est la chute ! Si les yakuzas apprennent que c’est bien lui qui a tué Nobuto, le mec violent de sa fille, l’organisation criminelle dont faisait partie ce connard de Nobuto va lui faire bouffer son acte de naissance à tel point qu’il entendra chanter les anges, le gugusse de Tokyo. Les autres vont le renvoyer tout droit à la maison mère, au terminus des prétentieux !

Bon, afin d’éviter une « nervousses brékdones », je vais souffler un coup, laisser diminuer les battements de mon cœur et ensuite, replonger dans le tome 3 !

Un manga bien pensé, bien dessiné, avec un scénario original, qui ne manque pas de profondeur (contrairement à ce que beaucoup pensent des mangas) et qui addictif à lire.

De plus, grâce à ce manga, vous saurez tout sur « Comment se débarrasser d’un corps mort encombrant »… Mieux que le trou au fond du jardin !

  • My Home Hero – T03 : Naoki Yamakawa et Asaki Masashi [Challenge Thriller & Polars N°128] [Mois du Polar – Février 2022 – N°10]‭ ‬[BABELIO]

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°124], Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°06] et Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Japon).

Harlem : Mikaël

Titre : Harlem

Scénariste : Mikaël
Dessinateur : Mikaël

Édition : Dargaud (21/01/2022)

Résumé :
Harlem, 1931. Au cœur de la Grande Dépression, l’inventivité est mère de sureté pour joindre les deux bouts. Stéphanie St. Clair, dite Queenie, l’avait déjà bien compris en débarquant à New York il y a maintenant presque vingt ans. L’inventivité quand on est une femme et que l’on est noire, c’est bien plus qu’une nécessité. C’est une question de survie.

En quelques années, cette jeune servante antillaise immigrée s’est affranchie du poids de la servitude ancestrale. Mieux encore, elle a créé son propre rêve américain : la loterie clandestine d’Harlem.

Une ascension qui fait grincer des dents, tant du côté des autorités locales que de la mafia blanche. Dutch Schultz, dit le Hollandais, un mafieux sans scrupule, compte bien faire main basse sur le royaume de la « Frenchy ».

Mais c’est sans compter la détermination et l’impétuosité de Queenie, dont le lourd passé continue de guider les pas… Après Giant et Bootblack, Mikaël nous emmène dans le Harlem de la prohibition pour un nouveau diptyque new-yorkais en clair-obscur, à la rencontre d’une femme aussi forte qu’énigmatique.

Critique :
Harlem, 1931. En ce temps-là, en plus de la Grande Dépression et de la prohibition, règne la ségrégation raciale.

Quennie est une femme, Noire, une frenchie (Martinique) et elle a réussi dans la vie grâce à la loterie clandestine, ce qui fait grincer bien des dents à la mafia Blanche qui veut que soit Queenie travaille pour elle, soit qu’elle cède son territoire.

En plus d’avoir le Hollandais Dutch Schultz, mafiosi notoire, elle doit aussi se farcir la police, intégralement Blanche (les quelques Afro-américains qui la composent doivent se taire et obéir), qui n’aime pas qu’une « négresse » (comme ils disent) ait du pouvoir, de l’argent, de la répartie… Bref, elle dérange !

Stéphanie Saint. Clair, dite Quennie. Voilà une héroïne comme je les aime : déterminée, qui n’a pas froid aux yeux, dont les répliques fusent, sarcastiques, possédant du courage,… Ce n’est pas un ange, mais pas une démone non plus. Si son entreprise de loterie est illicite, que dire des mafias qui graissent les pattes des politiciens et ne sont jamais emmerdées ?

L’ambiance Harlem est bien rendue par les graphismes aux couleurs sombres, chaudes et fort détaillées. Certaines cases sont sans phylactères, les dessins se concentrant, à ce moment-là, sur des détails précis, des ambiances, des expressions, des flash-back, ménageant des pauses avant que le récit ne reprenne de plus belle ou nous offrant des éclairages sur le passage de Quennie.

Là, les couleurs s’absentent et l’on passe à un noir et blanc du plus bel effet, avec juste des touches de jaune. Ils datent de 1914 puisque sur la une d’un journal, on peut lire qu’un étudiant serbe a assassiné l’archiduc.

Dans cet album, envoûtant, c’est le rêve américain qui se trouve à portée de tout le monde : des miséreux parce qu’ils peuvent gagner à la loterie clandestine, les coursiers qui prennent les paris, parce qu’ils bossent pour Quennie, une partie de Harlem aussi puisqu’elle bosse pour cette même Quennie et pour les mafieux qui jouent avec l’alcool de contrebande avant de penser à la reconversion vers un autre produit bien plus dangereux.

Tout le monde peut réussir, s’il s’en donne la peine et s’il franchi la ligne blanche de la légalité. Attention aux jaloux, seulement.

#Harlem #NetGalleyFrance

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°112] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 64 pages).

Féroce – Tome 1 – Taïga de sang : Gregorio Harriet et Alex Macho

Titre : Féroce – Tome 1 – Taïga de sang

Scénariste : Gregorio Harriet
Dessinateur : Alex Macho

Édition : Glénat (01/09/2021)

Résumé :
Quand la nature se déchaîne, personne n’est à l’abri.

Sur le territoire du kraï du Primorié, en Extrême-Orient russe, près des frontières de la Chine et de la Corée du Nord, un tigre de Sibérie blessé par un braconnier se consacre à la chasse à l’homme. Non par faim mais plutôt par vengeance, il peint du sang de ses victimes la taïga sibérienne.

Ni les brigades forestières contrôlées par la mafia sino-russe, ni les agents du Centre du Tigre de l’Amur, ni les groupes environnementaux ne sont en sécurité lorsque l’Amba, l’esprit des forêts, part à la chasse.

Inspiré de faits réels, Féroce fascine par ses silences et ses paysages hivernaux désolés. Un récit puissant, peuplé de personnages forts et plus vrai que nature où le massacre et l’horreur peuvent être enclenchés à tout instant.

Critique :
Extrême-Orient russe, près des frontières de la Chine et de la Corée du Nord… Autrement dit, dans le trou du cul du Monde, version glacée ! Là-bas, on coupe des arbres qu’on ne peut pas couper, pour l’exportation.

D’ailleurs, il paraît que l’on déforeste plus en Sibérie qu’en Amazonie et pourtant, on ne parle que l’Amérique du Sud… Les petites branches laissées au sol, après l’abattage (pas une machine) deviendront tellement secs en été que c’est incendie garantit !

Et quand un connard ne trouve rien de mieux que de tirer sur un tigre, les emmerdes commencent car quand tigre fâché, lui toujours manger Homme.

La première chose que j’ai appréciée, c’est le visuel : la couverture frappe bien fort et les dessins sont magnifiques. Très dynamiques aussi.

Le scénario part dans plusieurs directions à la fois et bien avant la fin de ce premier album, on a bien compris les différentes ramifications entre les personnages et ce qui est en train de se produire depuis le tir sur le tigre.

Nous sommes dans un excellent scénario, avec de la profondeur et sans dichotomie entre les bons reporters qui font un reportage sur les tigres de l’Amour et les vilains bûcherons qui coupent à tort à travers. Pas de ça, Lisette, madame la journaliste peut avoir l’écologie à géométrie variable et le jeune bûcheron des états d’âmes.

Le final, petit salopard, laisse le lecteur devant un suspense frustrant, puisqu’il faut attendre pour lire le second tome. Une chose est certaine, je serai au rendez-vous pour la suite !!

Une bédé à découvrir en restant bien au chaud chez soi car les paysages enneigés, s’ils sont magnifiques, donnent tout de même l’impression de froid extrême.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°92], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°94] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages).