Don Vega : Pierre Alary

Titre : Don Vega

Scénariste : Pierre Alary
Dessinateur : Pierre Alary

Édition : Dargaud (02/10/2020)

Résumé :
Madrid, 1848. Don Vega, héritier d’une riche famille californienne, reçoit une lettre lui annonçant le décès de ses parents. L’auteur du courrier, le père Delgado, l’incite à rentrer « dans les plus brefs délais ».

À son retour, Don Vega découvre que le domaine familial est désormais géré par un ancien général, Gomez.

Celui-ci s’appuie sur Borrow, une brute sadique et sans scrupules, pour mettre la Californie en coupe réglée en rachetant des terrains à bas prix afin de les revendre plus cher.

Des peons ont le courage de se révolter. Le visage couvert d’une cagoule, ils se réclament d’el Zorro, un mythe populaire local. Le peuple les voit comme des héros.

Don Vega décide de suivre leur exemple : il revêt un costume noir et est bien décidé à faire payer les spoliations commises envers sa famille. La légende de Zorro est en marche…

Critique :
♫ Un cavalier qui surgit hors de la nuit et court vers l’aventure au galop… ♪

Tout le monde a encore en tête le générique de cette série datant de 1957 et qui a fait les beaux jours des gosses que nous étions dans les années 80 et dont les multiples rediffusions sur Fr3 continuent (et si vous l’aviez oublié, vous voici avec ça dans la tête toute la sainte journée).

Dans ce one shot, qui aurait mérité de faire plusieurs albums afin d’étoffer la légende, l’Histoire et d’épaissir les différents personnages, cette légende de Zorro n’a rien à voir avec la série de Disney tout public.

Le récit est sombre parce que l’Histoire n’est pas tirée d’un épisode des Bisounours mais de la réalité de 1849 où un flou juridique règne sur la Californie qui n’appartient plus au Mexique et qui ne fait pas encore partie des États-Unis, nation encore jeune.

Pas besoin de vous faire un dessin, les flous juridiques, les absences de législation, c’est du pain béni pour les profiteurs de tous poils qui cherchent à se remplir les poches en grugeant les propriétaires des terres et les futurs acheteurs.

Il y a de quoi se faire des couilles en or et le triste sire Gomez, aidé de ses sbires, a pris possession des propriétés de Don Vega et fait trimer des péons dans ses mines tout en réprimant dans le sang (ou par la corde) la moindre contestation, la moindre rébellion.

Nous sommes très loin des conneries du sergent Garcia ou des mimiques de Bernardo, qui ne se trouvent pas dans cet album, comme Tornado, pour cause de copyright de la marque.

Contrairement à la série Disney qui est tout public, cette bédé n’est pas faite pour les plus jeunes car il y a du sang, des morts, des assassinats, de l’exploitation de l’Homme par l’Homme. Ici, lorsqu’un homme veut se lever et sortir de sa condition d’esclave en se déguisant en Zorro, ça se termine toujours mal pour lui et pour sa famille.

Le graphisme est agréable, dynamique, les visages expressifs, les décors détaillés et aux couleurs adaptées, oscillant dans des tons gris, bleus ou ocres selon les moments de la journée ou les décors entourant les personnages.

Mon seul bémol sera pour le fait que le plupart des personnages ne soient pas assez développés. Malgré les 87 planches, cela reste trop court pour en apprendre un peu plus sur le Méchant et encore moins sur Don Vega, par contre, on a une idée assez précise sur les saloperies qui se déroulaient en Californie en 1848, lorsqu’elle fut perdue par le Mexique.

Une belle relecture d’un classique qui ne surfe pas sur le burlesque ou le grandguignolesque mais qui dénonce la main mise du capitalisme sur le prolétariat et qui donne envie, à la fin, d’entonner l’internationale et de crier aux armes citoyens péons !

J’ai adoré le clin d’oeil final…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°248], le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B) – 87 pages, Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°53] et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.

Wild West – Tome 1 – Calamity Jane : Thierry Gloris et Jacques Lamontagne

Titre : Wild West – Tome 1 – Calamity Jane

Scénariste : Thierry Gloris
Dessinateur : Jacques Lamontagne

Édition : Dupuis (24/01/2020)

Résumé :
Le paysage de Monument Valley, Tsé Bii’ Ndzisgaii, comme disent les indiens navajos suffit à évoquer la Conquête de l’Ouest. À l’arrière d’une calèche, un garçonnet joue ♫ Oh Suzanna ♪ au banjo.

Mais derrière ce décor majestueux à la tranquillité trompeuse, la mort rôde pour faucher sur la route le rêve américain.

Le prologue met le lecteur au diapason du climat de violence qui règne dans l’Ouest sauvage, avec ses assassins et ses chasseurs de tête, ses proxénètes et ses prostituées.

Rien n’arrête la marche du progrès. Alors que le chemin de fer se construit, dans un territoire à feu et à sang, qu’importent les ravages et l’exploitation.

Originaire du Missouri, la famille de Martha Cannary, avant qu’elle ne devienne la célèbre Calamity Jane, avait elle aussi échoué dans sa traversée, livrant l’orpheline à elle-même.

Critique :
Ça canarde sec dans les ruelles puisqu’après Soleil, c’est au tour de Dupuis de sortir une série western réaliste qui aux antipodes de ce bon vieux Lucky Luke.

Mettez de côté la vision de Calamity Jane que Morris nous a donné car ici, nous sommes dans le réalisme et donc dans la violence, le sexe, la prostitution, le sang, les tripes, les magouilles et j’en passe.

Réaliste ne veut pas dire que ceci est la biographie officielle de Martha Cannary, future Calamity Jane !

L’auteur prend des libertés avec ce que fut la vie de Martha Cannary mais il le fait avec brio, alors, pourquoi pas puisque ce n’est pas une biographie ? Nous n’étions pas présent, de toute façon.

Ce western au dessins plus vrais que nature nous offre des personnages détaillés physiquement ainsi que des décors soit magnifiques (Nature), soit glauques (rues des villes). Mais le tout est somptueux et les couleurs ont été choisies avec soin car elles correspondent bien à l’ambiance.

Le prologue, qui commence de manière bucolique, est déstabilisant car sur le moment, je n’ai pas très bien compris où il allait s’inscrire dans l’histoire, puis, j’ai étudié les cases et j’ai supposé que la gamine avec ses couettes était Martha Cannary allant vers l’Ouest avec ses parents avant que le voyage ne tourne au drame.

Après ces deux pages d’intro qui ne sont pas restées idylliques longtemps, nous entrons de plain-pied dans une bédé à la violence omniprésente, tenant plus de la série Deadwood que de La Petite Maison Dans La Prairie. Au cas où certains n’auraient toujours pas compris…

Cette superbe bédé ne met pas qu’en scène notre future Calamity Jane qui apprend violemment que dans la vie, il y a les prédateurs et les prédatés, mais elle nous fait aussi croiser la route de James Butler Hickok chasseur de primes, dit Wild Bill, qui lui expliquera que Dieu a créé un instrument qui donne l’égalité parfaite entre les hommes et les femmes… Sans doute par l’entremise de Samuel Colt…

Ne cherchez pas la bonté humaine dans ces pages, à cet époque et en ces endroits, elle n’existe pas ou alors, elle n’est jamais désintéressée. Les hommes veulent du sexe et font parler la poudre (ils tirent leurs coups dans tous les sens du terme) et les femmes sont soit bonniches, soit prostituées.

Un excellent album western qui nous montre le far-west de manière réaliste et non pas à la mode Lucky Luke. À découvrir !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°150] et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

Le crépuscule et l’aube – Kingsbridge 0 : Ken Follett [LC avec Bianca]

Titre : Le crépuscule et l’aube – Kingsbridge 0

Auteur : Ken Follett
Édition : Robert Laffont (17/09/2020)
Édition Originale : The Evening and the Morning (2020)
Traduction : Jean-Daniel Brèque, Odile Demange, Nathalie Gouyé-Guilbert, Dominique Haas

Résumé :
En l’an 997, à la fin du haut Moyen Âge, les Anglais font face à des attaques de Vikings qui menacent d’envahir le pays. En l’absence d’un État de droit, c’est le règne du chaos.

Dans cette période tumultueuse, s’entrecroisent les destins de trois personnages. Le jeune Edgar, constructeur de bateaux, voit sa vie basculer quand sa maison est détruite au cours d’un raid viking.

Ragna, jeune noble normande insoumise, épouse par amour l’Anglais Wilwulf, mais les coutumes de son pays d’adoption sont scandaleusement différentes des siennes.

Aldred, moine idéaliste, rêve de transformer sa modeste abbaye en un centre d’érudition de renommée mondiale.

Chacun d’eux s’opposera au péril de sa vie à l’évêque Wynstan, prêt à tout pour accroître sa richesse et renforcer sa domination.

Critique :
Il y a 3 ans, pour inaugurer notre première Lecture Commune, Bianca et moi avions choisi le volume 3 des Piliers de la Terre : Une colonne de feu.

Nous revoici, toujours de concert, pour le préquel des Piliers de la Terre, celui qui placera la future ville de Kingsbridge là où elle doit être.

Disons d’emblée, Ken Follet fait du Ken Follet, comme d’habitude.

Quesaco ? Et bien, chez lui, les Gentils sont trèèès gentils, sympathiques, bons, le genre de personnes avec qui tu aurais envie d’écluser de la cervoise tiède dans une taverne anglaise… Pardon, de la bière noire, la cervoise tiède, c’est pour Jolithorax, le cousin d’Astérix.

Quant aux Méchants, je vous le donne en mille, ils sont foutrement méchants, avares, ladres, mesquins, mauvaise foi, dominateurs, violents, salopards, cupides, voleurs, manipulateurs, magouilleurs, mauvais perdants et j’en passe.

Anybref, je reprocherai toujours à Follet son manque de nuance dans ses personnages et ce côté manichéen. Pourtant, avec lui, je pardonne. Le seul personnage qui aura un peu plus de nuance, c’est Aldred, un jeune moine que j’ai adoré car il a des failles, des blessures, il doute, son ego peut le mener dans le ravin.

Edgard est un brave garçon, je l’ai adoré, mais son créateur littéraire l’a doté d’un peu trop de qualités, il a solution à tout, il sait tout faire (ou quasi) et Ragna, la femme forte de ses pages, possède elle aussi un peu trop de force.

Ken Follet aime les femmes fortes, les femmes de tête, les femmes qui ne se laisse pas faire, mais cela donne souvent l’impression de déjà-vu, comme s’il recyclait ses différents personnages et montait toujours ses romans sur le même squelette.

Alors que les Piliers de la Terre et la Colonne de Feu foisonnaient d’action, de rebondissements, ce tome-ci est plus calme, hormis au début avec l’attaque des Vikings et puis c’est tout… C’est furtif un viking, ça va, ça vient, ça pille et ça fout le camp en vitesse.

Ne nous y trompons pas, Ken Follet est toujours un merveilleux conteur, sa plume est un plaisir à lire, son dernier roman est rempli de détails de la vie en Angleterre en 997, de la politique de l’époque, de la condition humaine, de la place des femmes, du pouvoir des hommes, des nobles, des hommes de Dieu,…

Sans oublier les lois qui ne sont pas applicables à tout le monde de la même manière. Un homme riche, influent, avec du pouvoir aura la loi pour lui, un pauvre paysan ou une femme non. Heureusement que ça a bien changé et que ce n’est plus comme ça de nos jours… Heu, pourquoi toussez-vous tous et toutes, subitement ???

— Mais l’homme importe plus que la loi, comme vous le savez.

C’est une véritable immersion dans cette fin d’année et dans le début de l’an mille (de 997 à 1007), une immersion grandeur nature, réaliste, manquait plus que l’odeur et le sang, mais niveau action, faut pas vous attendre à des trépidations de folie, c’est assez calme. Par contre, j’aurais aimé qu’on me parle d’Histoire de la sorte, à l’école car jamais elle ne devient indigeste, avec lui.

Honnêtement, je ne me suis pas embêtée mais ça se dévore avec moins d’avidité que les autres pavés de la saga. Certains auteurs peuvent nous surprendre et d’autres pas, Ken Follet fait partie de ceux qui ne surprennent plus car son scénario se déroule souvent sur les mêmes grandes lignes directrices.

Une LC que je qualifie tout de même de réussi, avec ma copinaute Bianca, et un beau voyage dans l’Angleterre sombre, celle des âges crépusculaires où l’esclavage était normal… Ça jette toujours un froid.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°137] et le Challenge « British Mysteries 2019 » chez MyLouBook.

 

Nains – Tome 19 – Tadgar des errants : Nicolas Jarry et Jean-Paul Bordier

Titre : Nains – Tome 19 – Tadgar des errants

Scénariste : Nicolas Jarry
Dessinateur : Jean-Paul Bordier

Édition : Soleil (21/10/2020)

Résumé :
Le mal n’a qu’à bien se tenir… parce qu’il a trouvé plus malhonnête que lui !

Tadgar le futé, Lygdr la ténébreuse, Damn la séductrice, Wal le fou-furieux et Akab le vieux prêtre défroqué ont un point en commun : aucune loi n’est sacrée à leurs yeux.

Seule leur importe la liberté, tant qu’elle est assaisonnée d’un bon paquet de talions.

Alors, quand cette équipe de hors-la-loi se fait doubler par un nécromancien et se retrouve avec une armée d’orcs, un mage elfe blanc et une cité-état naine aux trousses, ils décident de faire ce que tout nain sensé ferait à leur place : retrouver le mage noir et lui faire cracher ses dents.

Critique :
Tadgard le roublard, Tadgard le magouillard (le mot vient d’être inventé), Tadgard le salopard, Tadgard le pillard, Tadgard le rusé renard qui sait tenir le crachoir pour vous la foutre dans le lard.

Je pourrais dire aussi qu’il ne semble pas être un manche avec son dard, mais ce serait dévoiler les bijoux de la couronne et lui faire de la pub.

La saga des « Errants » m’avait habitué à de la profondeur et des émotions et voici que je me retrouve avec une bande de Nains voleurs, magouilleurs, chipoteurs, filouteurs (un mot de plus) et une belle bande de bras cassé !

Limite une bande de Charlots, juste que nos trois Nains et nos deux Naines ne sont pas des manches en baston et qu’ils possèdent dans leur bande un espèce de guerrier qui ne désire qu’une chose : vous péter la gueule, vous l’écraser et plus vous êtes, plus il est content.

Pour les émotions, j’en suis quitte pour des sourires et des soupirs devant tant de bêtises car Tadgard est roublard, mais il veut toujours avoir le dernier mot et bien souvent, il fout sa bande un peu plus dans la merde.

Et comment on se sort d’une belle merde ?? En foutant la merde autour de soi et en s’enfonçant un peu plus dans les emmerdes…

Serge Lama chantait ♫ d’aventures en aventures, de trains en trains ♪ et nos 5 bras cassés pourraient chanter ♫ de déconfitures en déconfitures, de pépins en pépins ♪ car toujours ils pataugent dedans.

Anybref, un album qui sort de l’ordinaire, qui est plus fun de par son humour et ses situations cocasses de notre troupe de bras cassés qui n’en rate pas une, tous et toutes autant qu’ils et elles sont. La mauvaise foi, le vol, le chapardage, l’envie, l’alcool, la baston, font partie intégrante de leur vie.

Un album qui ne possède pas des émotions fortes comme les précédents consacrés aux Errants, mais une belle tranche de rigolade et de poisse pour nos héros.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°133].

Les tuniques bleues – Tome 65 – L’envoyé spécial : José-Luis Munuera et Béka

Titre : Les tuniques bleues – Tome 65 – L’envoyé spécial

Scénaristes : José-Luis Munuera et Béka
Dessinateur : José-Luis Munuera

Édition : Dupuis (30/10/2020)

Résumé :
Londres 1861. William Russell, journaliste au Times, couvre une grève dans une usine, au grand dam de ses supérieurs qui lui reprochent de se ranger du côté des ouvriers. Pour se débarrasser de lui, la rédaction du journal l’envoie de l’autre côté de l’Atlantique où la guerre de Sécession fait rage.

En Amérique, dans le camp de l’armée nordiste, le caporal Blutch et le sergent Chesterfield sont chargés d’escorter ce drôle d’observateur anglais, flegmatique et distingué, qui prend des notes sur le champ de bataille en chevauchant une mule.

« La vérité, c’est une question de point de vue ! » s’exclame Blutch dans ce nouveau tome des « Tuniques bleues » coscénarisé par le couple BeKa et Jose Luis Munuera, et dessiné par Jose Luis Munuera.

William Howard Russell (1820-1907) est un journaliste anglais, considéré comme le premier correspondant de guerre. Il a couvert la guerre de Sécession.

Dans l’esprit de la série culte de Cauvin et Lambil, et en attendant la parution du tome 64 en 2021, qui marquera le dernier scénario de Cauvin, les auteurs s’emparent du tandem fétiche pour évoquer l’éternelle tentation d’instrumentalisation de la presse par le pouvoir et la difficulté pour elle de rester objective.

Critique :
Il y deux sortes de passionnés de la bédé : les puristes qui ne veulent pas de reprise par d’autres et les autres que ça ne dérange pas, tant que ça reste dans la ligne éditrices et que les scénarios sont intéressants.

Je me situe souvent le cul entre deux chaises mais pour certaine série (Spirou, par exemple), cela ne me dérange pas la continuité par d’autres alors que pour Blueberry, Astérix, on s’est éloigné de la qualité scénaristiques des albums mères.

Mais je suis ici pour parler de l’album 65 de Tuniques Bleues, paru avant le 64 qui marquera la fin de l’ère Cauvin-Lambil qui prennent leur retraite de cette série mythique. Ça me désole, mais ces derniers temps, les albums des Tuniques Bleues ne m’enchantaient plus au niveau du scénario et je trouvais qu’on tournait en rond.

Le trait de Munuera, je le connais de longue date, ayant lu Les Campbell, Nävis et Zorglub. Malgré tout, après 60 albums dessinés par Lambil (4 premiers par Salvérius), il faut un peu de temps pour s’habituer à une autres manière de dessiner les personnages. Souvent, dans les expressions, je revoyais celles des personnages des autres séries du dessinateur Munuera…

Le scénario est excellent et j’ai été étonnée de voir un journaliste du Times de Londres aller jouer l’envoyé spécial sur la Guerre de Sécession, mais effectivement, c’était logique que d’autres s’intéressent au conflit.

William Russell, le journaliste du Times, a tout son flegme britannique et son but à lui, c’est de raconter la guerre telle qu’elle se déroule, de ne pas cacher le nombre de morts, la folie de ce conflit fratricide, de l’imbécillité de certains généraux, le tout, sans prendre parti pour un camp ou un autre.

Si les ronds-de-cuir et les militaires voulaient un journaliste pour leur tresser des lauriers à leur gloire et à leur cause, ils remarquent vite qu’ils se sont fourré le sabre dans le cul, jusqu’au coude et décident de mettre un bâillon sur ce journaliste qui oublie de censurer ses articles, ou de les tourner dans le bon sens du Nord, comme certains firent durant la Première Guerre Mondiale.

À l’Ouest, il y a du nouveau car cet album, même s’il manie toujours l’humour, va plus en profondeur dans les personnages, dans leurs réflexions, leurs actions et les auteurs n’hésitent pas à montrer ce que peu de gens aimeraient voir : une coalition entre les dirigeants des deux camps ! La guerre est une affaire politique.

Je me suis régalée avec ce tome 65 et cela faisait longtemps que je ne prenais plus autant de plaisir à lire mes Tuniques Bleues, sauf à relire les anciens albums (jusqu’au 27, j’adore, entre le 28 et le 36, c’est inégal, au delà, je ne les relis jamais).

La thématique de la presse utilisée par le pouvoir sur place pour son propre bien à lui, dans le but de faire de la propagande ou de minimiser les faits existe depuis toujours et il n’est pas toujours simple pour un journaliste ou son journal de rester objectif devant des menaces, des dessous de table, des tentatives de musellement.

Et encore, durant la Guerre de Sécession, les journaux n’appartenaient pas à des millionnaires/milliardaires/industriels/ et le chantage à la publicité n’avait pas le même impact que maintenant (même si le nerf de la guerre est toujours le fric, le fric, le fric, le fric – et non pas des frites sur l’air des Tuches).

Un excellent album qui renoue avec ce que j’aimais dans cette série : de l’humour mais aussi de la profondeur.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°121].

Nains – Tome 16 – Tala de la Forge : Nicolas Jarry et Pierre-Denis Goux

Titre : Nains – Tome 16 – Tala de la Forge

Scénariste : Nicolas Jarry
Dessinateur : Pierre-Denis Goux

Édition : Soleil (23/10/2019)

Résumé :
Tala est une soeur de la loge de Vaha. Depuis la nuit des temps, sa loge protège les terres d’Arran en conservant en sa citadelle les runes oubliées des nains, qui autrefois menèrent le monde au bord de sa destruction.

La guerrière rentre d’un périple de plusieurs lunes qui l’a menée jusqu’à la cité d’Ardërum-Draz, à la recherche de la rune divine d’Immortalité.

Des cinq soeurs qui sont parties, seule Eti et elle ont survécu. Car ce qu’elles avaient oublié, c’est que tout trésor a son gardien.

Critique :
J’adore lorsque Nicolas Jarry met en scène des bavettes, dans la saga Nains parce que bien souvent, nous sommes face à des Naines qui en ont dans le cerveau et en dans la culotte, qu’elle soit en dentelle ou non.

Petit aparté : existe-t-il une étude complète sur le types de sous-vêtements que portent les Nains et les Naines dans les Terres d’Arran ??

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt, à notre guerrière Tala qui porte la cartographe de leur Loge, Eti, inanimée, dans un froid de gueux et un blizzard à ne pas mettre un Yéti dehors.

Le scénariste aurait pu commencer par le commencement et nous dérouler leur périple par le commencement, mais cela n’aurait pas eu le même impact, pas eu la même saveur.

En utilisant la vieille technique des flash-back, toujours à bon escient, et toujours par petits morceaux, il nous permet ainsi de ne pas en découvrir trop dès le départ, aiguisant par là notre appétit et nous attirant avec ses petits morceaux de pain dans la trame démente de son histoire.

Démente mais cohérente, comme toujours. Une fois de plus, les Classiques sont de sorties comme l’amitié, l’envie, le pouvoir à n’importe quel prix (si un carriériste lit l’album, il avalera de travers), la vie éternelle, les complots, les magouilles, la magie noire (tiens, elle est étrangère à notre Monde, celle-là) et le sacrifice de sa vie pour autrui.

La Loge de Vaha est une loge composée uniquement de Naines, ce qui donne l’occasion à l’auteur a sortir tous les poncifs qu’un Mâle, qui se croit supérieur, peut sortir à une Naine lorsque celle-ci vit au milieu d’autres Naines… Comme dans notre société humaine.

La société des Nains est très virile, très machiste, très phallocrate et pense que la place de la femme est derrière ses fourneaux à s’occuper des chiards et que dans cette Loge de Vaha, toutes les filles se broutent le nénuphar comme si chez les guerriers Nains, on  se suçait le pieutard l’un l’autre.

Anybref, ce qui fait la force de cet album, en plus des superbes dessins de notre habitué de la saga « de la Forge », ce sont les personnages : profonds, détaillés, forts, qui marquent, bourrés de mystères et qui peuvent surprendre au moment où l’on ne s’y attend pas.

Mais aussi les guest star qui viennent montrer leur renifloir, comme Ulrog, le frère de Jorun et fils tout deux de Redwin, ZE guerrier OF THE Nains.

Ce sont aussi les classiques tels que ceux qui veulent vivre éternellement, qui veulent donner la force à leur ordre et qui, pour ça, n’hésiteront pas à tuer, mutiler, torturer, et plus, si affinités, pour arriver à leur but personnel.

C’est aussi l’Elfe Blanc qui use de magie noire et qui nous suit à la trace comme l’odeur d’une merde de chien lorsqu’on a marché dedans, les sales monstres aux grandes dents en plus…

Est-ce que Tala arrivera à comprendre ce qui lui arrive et ce qui s’est passé à un moment donné de leur quête pour cette Rune d’immortalité ? Va falloir être le détective de sa propre mémoire pour y arriver…. Mais Tala est fortiche.

Tala, c’est aussi l’amûr, l’amitié, la rage, le don de soi, les mystères, le suspense, le souffle de la grande aventure et quelques secrets dévoilés qui font lever la tête des habitués de la saga, tel un paparazzi qui flairerait le bon scoop.

Une fois de plus, un putain d’excellent album, à placer dans mes préférés, dans ceux qui m’ont fait vibrer un max et apportés une sacré dose d’émotions fortes.

 

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°142.

 

Astérix – Tome 07 – Le Combat des chefs : René Goscinny & Albert Uderzo

Titre : Astérix – Tome 7 – Le Combat des chefs

Scénariste : René Goscinny
Dessinateur : Albert Uderzo

Édition : dargaud (1966)

Résumé :
Les Romains ont un plan : ils vont demander à un chef de village gallo-romain de défier, lors d’un combat des chefs, Abraracourcix. Tout ce qu’ils ont à faire est de capturer Panoramix avant le combat pour priver son chef de potion magique.

Les Romains parviennent à enlever Panoramix, mais Astérix et Obélix interviennent aussitôt. Ce dernier lance un menhir qui tombe sur le druide.

Panoramix perd la mémoire et la raison. Et c’est à ce moment-là que le chef gallo-romain Aplusbégalix arrive pour défier Abraracourcix.

Critique :
Gosse, j’adorais le combat des chefs car il était déjanté, bourré de choses folles et d’images très colorées.

Je riais comme une folle devant les druides amnésiques s’amusant avec leurs potions, avec Panoramix faisant passer un pauvre romain par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, hurlant de rire lui-même en se roulant au sol…

Je reprenais de plus belle avec toujours ce même soldat romain qu’on avait envoyé en tant qu’espion et qui sentait le poisson.

Le hibou qui l’accompagnait me faisait pisser de rire aussi. Bref, c’était une lecture bidonnante et je ne m’en suis jamais lassée.

Ça, c’était quand j’étais gosse et que je ne voyais que le premier degré de l’histoire, dont les gags très visuels et pas ce qu’il y avait derrière toute cette aventure rocambolesque.

Mon avis en tant qu’adulte ? Je me bidonne toujours devant les jeux de mots, les calembours, les druides qui ont pris un coup de menhir, le pauvre roman dans son arbre, sentant le poisson. Le côté graphique des gags me plait toujours autant.

Par contre, ce que je vois en plus, c’est la pique envers ceux qui, un jour, pactisèrent avec l’envahisseur, voulurent être plus Romains que les Romains quitte, pour cela, à faire des travaux inutiles pour prouver leur Romainitude (néologisme gratuit) et qui, mégalo jusqu’au bout des doigts, auraient bien aimé être calife à la place du calife. Heu, César à la place de César !

Si j’avais en horreur les équations, j’ai toujours gardé le personnage d’Aplusbégalix dans mes préférés, même s’il veut vivre comme les Romains, être Romain, vit comme un Romain et prendre la place d’un autre chef gaulois…

Aplusbégalix exprime bien cette cupidité humaine, lui qui voudrait, après avoir gagné le commandement du village d’Abraracourcix, régner sur l’Empire Romain.

Aplubégalix est aussi la personnification des gens qui se sentent forts devant des faibles mais qui deviennent vert de peur face à un chef gavé de potion magique.

Beaucoup d’humour dans cet album qui n’a pas pris une ride et qui nous raconte, avec talent et drôlerie, les magouilles qui peuvent y avoir pour prendre la place d’un autre, les rêves de gloire de certains qui se voient déjà en haut de l’affiche, oubliant que ceux qui y sont ne laisseront jamais leur place et le danger du lancer de menhir !

Un album où l’on démontre que la force brute n’est pas gagnante à chaque fois car il faut aussi compter avec la ruse et l’endurance…

Un album qui plaira aux plus jeunes comme aux moins jeunes, anybref, un album qui fera rire de 7 à 77 ans même si les lecteurs âgés auront des raisons en plus de rire que les plus jeunes !

— Par Jupiter !!! Que vous est-il arrivé ?
— Ben…nous avons croisé deux gaulois…
— Il faut dire qu’ils avaient un chien avec eux…
— Et deux sangliers !
— Ils étaient cinq, quoi !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°140.

Undertaker – Tome 5 – L’indien blanc : Xavier Dorison & Ralph Meyer

Titre : Undertaker – Tome 5 – L’indien blanc

Scénariste :
Dessinateur :

Édition : Dargaud (31/10/2019)

Résumé :
Une diligence se fait sauvagement attaquer par les Apaches de Salvaje. Ceux-ci se montrent sans pitié et tuent les hommes blancs qui ont osé s’aventurer sur leurs terres. Pourtant, parmi les agresseurs, se trouve un Indien blanc…

Autrefois appelé Caleb, le jeune homme a été kidnappé et torturé par les amérindiens qui en ont fait l’un de leurs meilleurs guerriers.

Ce fut leur façon de punir sa mère, Joséphine Barclay, propriétaire de l’entreprise du même nom, pour avoir voulu faire passer le chemin de fer sur les terres apaches.

Critique :
Comment mon croque-mort préféré, mon Jonas, allait-il rebondir après le départ de deux femmes qui l’accompagnaient ?

Bonne question. Ça me faisait même un peu peur car selon l’évangile de Jonas « Quand tu enlèves de ton récit deux femmes fortes, méfie-toi que ce récit ne s’effondre comme une vieille bite ».

Si le récit ne s’est pas effondré, ses deux compères qui apportaient une touche de féminité (hum) m’ont tout de même un peu manqué.

Une fois de plus, les dessins sont soignés, au poil, magnifiques. Les décors nous plongent de suite dans l’histoire et l’action ne se fait pas attendre avec l’attaque d’une diligence par les Indiens.

Après, un peu de calme avec notre Undertaker qui enterre les morts et puis, on replonge dans les mystères, le suspense, l’action, l’aventure, le danger et les bons mots tout droits sortis de la bouche de notre Jonas.

Les auteurs nous en disent un peu plus sur son passé, qui, comme on nous l’avait fait entrevoir, n’est pas rose ! Il est même infréquentable, notre fossoyeur !

Ou du moins, il est toujours en train de marcher sur la ligne rouge, oscillant sans cesse entre le Bien et le Mal car entre les deux, la frontière est mince, poreuse et parfois, il faut laisser agir le Mal pour qu’il en ressorte du Bien, comme nous l’avions vu dans un tome précédent, même si c’est toujours dur à avaler.

Sur base d’un départ scénaristique classique (un jeune homme enlevé par les Indiens et qui devient l’un d’entre eux), nous allons nous en éloigner pour prendre un chemin de traverse, connu lui aussi, mais qui surprend toujours car les secrets peuvent surgir de n’importe où.

Nous offrant un Jonas un peu moins prolixe en citation de son évangile propre, les auteurs ont su rebondir après des albums très profonds, très chargés niveau émotions fortes et avec un Méchant vachement bien réussi.

Pas évident de rebondir après tout cela, sans oublier que notre Jonas n’a plus les deux femmes pour l’épauler, mais heureusement, il lui reste Jed, le vautour qui semble doué d’une grande perception qui fait de lui un ange gardien des plus atypique.

Un album qui reste dans le haut du panier, qui entame un nouvel arc narratif, à suivre sur le prochain tome et un scénario vieux comme le monde mais bien mis en scène et ça, c’est ce qui est le plus important.

Vivement la suite…. En espérant ne pas devoir trop attendre.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°115 et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

Lucky Luke – Tome 63 – Le Pont sur le Mississipi : Morris, Xavier Fauche & Jean Léturgie

Lucky Luke - Tome 63 - Le Pont sur le Mississipi - Morris, Xavier Fauche & Jean Léturgie
Titre : Lucky Luke – Tome 63 – Le Pont sur le Mississipi

Scénaristes : Xavier Fauche & Jean Léturgie
Dessinateur :
Morris

Éditions : Lucky Productions (1994) / Lucky Comics (2005)

Résumé :
Le chemin de fer, toujours le chemin de fer ! Il arrive sur les 2 rives du Mississipi, à Saint Louis et à Illinoistown.

La traversée des passagers et des marchandises s’effectue par bateau, et le tout est dirigé par les frères Cayman.

Bat Cayman est maire des 2 villes, et les commerces lui appartiennent. Le rythme des traversées dépend plus de l’argent laissé aux boutiques que d’une grille d’horaires nets.

Pour gagner du temps de trajet (on en est toujours là), la construction d’un pont de chemin de fer est décidée.

L’érection de cet ouvrage n’ira pas sans problème, heureusement Lucky Luke passe par là et va réguler les débordements. Tous, sauf ceux du Mississipi !

Critique : 
Ce cher vieux Mississippi ! Je l’avais déjà remonté en bateau mais là, on va faire un pont. C’est tout con, un pont… Ben non !

Entre nous, les frères Cayman auraient dû laisser Lucky Luke monter sur le bateau qui traverse les deux rives du Mississippi (entre Saint Louis et Illinoistown) et ne pas le faire chier, parce que quand on fait chier Lucky Luke, la riposte arrivera plus vite que tu ne le penses.

Si cet album n’a pas la saveur du magnifique « En remontant le Mississippi », puisque Goscinny nous a quitté (putain de test à l’effort !), il en a tout de même le goût et on retrouve tout ce qui fait le sel des aventures du cow-boy solitaire, c’est-à-dire sa pugnacité pour lutter contre les Méchants, qui, dans ses albums, sont souvent plus bêtes que méchants.

Nous n’échapperons pas au duo bien huilé des frères Cayman qui ont tirent toutes les ficelles de la ville (mais pas celles des Tampax© ! Oui, je sors) et qui font fric de tout bois, même sur les ventes de cercueils !

Ils règnent sur les deux villes tels deux mafioso et tout le monde leur refile des parts sur tout. Ils sont de toutes les combines et comme le chantaient si bien les Frères Rap Tout ♫ Faut qu’tu craches, faut qu’tu paies, Pas possible que t’en réchappes, Nous sommes les frères qui rappent tout ♪

Leur petite entreprise ne connait pas la crise car quand on est maire des deux villes traversées par le fleuve capricieux et qu’on est gérant des bacs de transport, le business veut que l’on fasse patienter les gens le plus longtemps possible afin qu’ils dépensent leur argent dans vos saloons, salles de jeux, pompes funèbres…

Il y a de l’humour, surtout avec l’arrivée de Ned, vu dans le tome « En remontant le Mississippi » le meilleur pilote sur le Mississippi, jamais avare d’une anecdote accompagné comme toujours de son acolyte Sam, détenteur du titre du meilleur verseur de café du Mississippi et du Missouri réunis !

— Au fait, vous ai-je raconté le jour où le Mississippi était tellement sorti de son lit que j’ai jeté l’ancre dans le jardin de la Maison Blanche ?

On a de l’action, de l’humour, une belle aventure, un bras de fer avec les frères Cayman, jamais à court de mauvaises idées pour faire capoter la construction de ce pont par l’ingénieur James Eads.

Anybref, on peut le classer dans les Lucly Luke « post-Goscinny » qui sont correct niveau scénario, même s’il ne se classera pas dans les albums de tête de cette ère-là (Le Daily Star reste le meilleur « post-Goscinny » pour le moment).

À savourer avec un bon Mojito.

PS : À souligner un petit anachronisme dans les lectures de Jolly Jumper ! Sur une planche, on voit Jolly Jumper lire Tom Sawyer, or « Les Aventures de Tom Sawyer » ont été publiées en 1876 soit deux ans après les événements relatés dans l’album. Oui, ce qui se déroule dans l’album est véridique. Morris a basé son histoire sur des faits réels et s’est librement inspiré de la construction du Pont Eads, qui relie Saint-Louis, dans le Missouri, à East Saint-Louis dans l’Illinois.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°24, Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur  et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

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Corruption : Don Winslow

Titre : Corruption

Auteur : Don Winslow
Édition : HarperCollins Noir (07/11/2018)
Édition Originale : The Force (2017)
Traducteur : Jean Esch

Résumé :
QUAND TOUT LE SYSTÈME EST POURRI AUTANT JOUER SELON SES PROPRES RÈGLES

Denny Malone est le roi de Manhattan North, le leader charismatique de La Force, une unité d’élite qui fait la loi dans les rues de New York et n’hésite pas à se salir les mains pour combattre les gangs, les dealers et les trafiquants d’armes.

Après dix-huit années de service, il est respecté et admiré de tous.

Mais le jour où, après une descente, Malone et sa garde rapprochée planquent pour des millions de dollars de drogue, la ligne jaune est franchie.

À travers une narration abrupte et remarquablement réaliste, faisant écho à l’œuvre de Dennis Lehane comme aux films de Martin Scorsese, James Gray et Brian de Palma, Don Winslow livre un roman policier magistral, tableau étourdissant du crime organisé, actuellement en cours d’adaptation au cinéma par James Mangold (Copland).

Critique :
Lui, je voulais le lire absolument ! Ma demande n’ayant pas été validée sur une plate-forme bien connue, j’ai été obligée d’aller l’acheter…

Si j’avais été un flic et de la trempe d’un Denny Malone, ce bouquin, le libraire me l’aurait offert dans une enveloppe garnie de fric, retour d’ascenseur oblige.

Mais je ne suis pas flic, ni ripou…

Juste pour info, oubliez le film « Les Ripoux » de Claude Zidi, ici, nos flics jouent dans une autre catégorie : celle des poids lourds et cela ne fait pas rire.

Ce roman, c’est un gros pavé jeté dans une mare profonde, un tsunami qui t’ébranle, une vague immense de révélations qui n’ont rien d’une fiction, même si les personnages et les situations sont fictives.

C’est ça, le NYPD, pense-t-il. Ils vous filent une médaille parce que vous êtes débile, et vous reprennent votre insigne parce que vous êtes intelligent.

N’étant pas la moitié, ni le quart d’une imbécile, sachant que ce genre de pratique ont cours dans des entreprises (pot-de-vin glissés sous la table ou autre), on peut déduire qu’elles ont lieu aussi chez les flics et tout ce qui compose administrativement une ville.

Mais on a beau savoir, s’en douter, le déduire, le soupçonner, avoir lu la saga des Balkani, Fillon et autres, être une lectrice assidue du Canard Enchaîné, on se prend tout de même une volée de bois vert dans le plexus.

— Mais laissez-moi esquiver, m’sieur Winslow ! implorai-je l’auteur durant ma lecture.
— Non, t’en prendras plein ta gueule, la Belette, comme tout le monde ! Le savoir, c’est le pouvoir ! Le savoir, ça fait mal, aussi, donc, encaisse ! Lis ! Avale ! (pardon)

La force de ce roman, en plus de t’en foutre plein ta gueule comme si tu étais sur un ring avec un champion de boxe, c’est qu’il te refourgue aussi des personnages humains, sympathiques, sans manichéisme, qui te donnent envie de faire partie de leur groupe tant ces hommes là sont soudés : les 4 mousquetaires, un pour tout et tout pour un.

Oui, les flics pourris que l’on suit, que ce soit Denny Malone ou ses équipiers, Russo et Montague, malgré leurs travers, malgré leurs défauts, malgré leurs magouilles, malgré le fait qu’ils fricotent avec des types de la mafia, et bien, on a de l’empathie pour eux !

Ce ne sont que des policiers qui ont tenté de faire leur job à un moment donné, qui le font toujours, mais qui ont compris que le système était pourri de partout. Alors, ils tentent toujours de faire leur job, ils mentent plus, ils traficotent les preuves, tout en s’en mettant dans les poches, au passage, comme bien d’autres dans leur entourage.

Au début, l’occasion faisait le larron : du fric abandonné par des dealers dans leur fuite, des faveurs ou du cash offerts par une tenancière de bordel pour que tu regardes ailleurs ou que tu ouvres l’œil, une enveloppe remise par un bookmaker. Tu ne cherchais rien, tu n’étais pas en chasse, mais tu ramassais tout ce qui se présentait.

Si les autres le font, au sommet de la pyramide, pourquoi ne pourrait-on pas nous aussi prélever un peu de pognon ?? Les dirlos de certaines boitent partent avec des camions de matos (parce qu’ils peuvent) et l’employé, lui, ne prend que le petit matériel (mais si on le prend la main dans le sac, gare à lui)…

— Enfoirés de fédéraux, crache Malone. Vous êtes prêts à mentir, à tricher, à vendre les yeux de votre mère pour obtenir une condamnation. Mais quand les flics en font autant, vous criez au scandale.

Là, nos flics, c’est du fric qu’ils pompent, mais moins que d’autres.

Un flic accepte un sandwich au jambon pour tourner la tête, il perd son boulot. Le Congressman Trouduc touche plusieurs millions de la part d’un industriel travaillant pour la défense, c’est un patriote.

Et c’est si facile ! Un jour, on franchit un peu la ligne, juste un peu, juste pour un café et puis, on remet ça, pour un peu plus gros et ainsi de suite, jusqu’à la franchir totalement et ne plus savoir faire demi-tour.

Comment franchit-on la ligne ? Un pas après l’autre.

Oui, un peu comme dans la série Breaking Bad… Sauf que lorsque nous commencerons notre lecture, nos policiers ont déjà les années d’expériences derrière eux et leur petite entreprise ne connait pas la crise tant leur système est rodé et bien huilé.

Lorsque le système va se gripper, on va voir Malone franchir de nouveau une autre ligne, juste un pas, et puis, progressivement, passer de plus en plus vers le côté obscur de la Force et franchir LA ligne ultime, celle qu’on ne doit jamais franchir, que l’on soit flic, mafiosi, membre d’un gang…

Mais il restait une ligne que tu n’avais pas encore franchie. Tu n’avais même pas conscience de marcher dans sa direction. Tu te disais que tu étais différent, mais tu savais que tu te mentais. Comme tu savais que tu mentais en te disant que c’était la dernière ligne que tu franchirais, parce que tu savais bien que ce n’était pas vrai.

Il fut un temps où tu trafiquais des mandats pour effectuer des arrestations justifiées : éradiquer des criminels et la drogue. Puis est venue l’époque où tu trafiquais des mandats pour effectuer des arrestations afin de prélever ta part du butin.
Tu savais que tu passerais de charognard à chasseur.
Tu es devenu un prédateur.
Un parfait criminel.
Tu te disais que c’était différent puisque tu volais des dealers et non pas des banques.
Tu te disais que tu ne tuerais jamais personne pour une arnaque.
L’ultime mensonge, l’ultime ligne à franchir.

L’année 2018 n’est pas terminée, mais voici un coup de cœur en plus, même un coup de poing, dans ce cas-ci car le roman ne laissera jamais son lecteur en sortir indemne.

Personne n’est tout blanc ni tout noir, tout le monde a de bonnes excuses pour ses magouilles ou ses arrangements avec la vérité, tout le monde se donne bonne conscience.

De toute façon, le dealer va engager un Gerry Burger et sortir libre du tribunal. Au moins, tu le puniras, tu lui piqueras du blé, comme si tu lui collais un P-V, et pourquoi le fric reviendrait-il à l’État au lieu de finir dans ta poche, où il servira à faire du bien ?

Dans les romans de Don Winslow, tu sais que tu vas en prendre plein ta gueule, que tu iras te coucher moins bête (on a toujours à apprendre) mais avec la tête en vrac, avec l’envie de ne plus poursuivre ta lecture car tu te demandes si cela vaut la peine de prendre connaissance de toute cette pourriture.

Et bien oui, cela en vaut la peine ! Le cours est magistral, pas de philosophie à deux balles, pas de celle de comptoir, un scénario béton armé, une narration qui commence presque par la fin et qui te distille l’histoire dans un ordre bien choisi, qui t’alpague direct dès les premières lignes, avant de te coller quelques uppercuts ou direct dans le bide magistraux, pour te laisse K.O dans les cordes du ring, avec juste assez de dents pour dire « encore » parce que dans le fond, le lecteur est maso.

Sûr que le prochain flic qui me demandera de tenir mon pauvre clébard en laisse (à la campagne !!!) va en entendre des vertes et des pas mûres, maintenant que je sais tout, mais en plus, je sens que mes fins de moins vont être bourrées de beurre dans mes épinards et mon cul bordé de nouilles car demain, je prends le contrôle de mon quartier et je monte mon gang, na !

Merci m’sieur Winslow pour m’avoir donné ce cours merveilleux et avoir fait de moi une affranchie, c’est-à-dire une « qui sait ». On veut la sécurité, mais on ne veut pas savoir comment cela se passe en coulisses.

— Qu’est-ce que je viens de dire ? Vous me posez des questions, mais vous ne voulez pas connaître les réponses. Vous voulez vivre dans l’Upper East Side, le Village ou à Westchester, sans que la merde dégouline dans vos beaux quartiers. Et vous ne voulez pas savoir comment on empêche ça. Vous voulez juste que je fasse le boulot pour vous.

Merci pour les coups dans le bide, dans les dents, merci de m’avoir secouée de la sorte et d’avoir rhabillé tout ce petit monde (flics, politiciens, assureurs, banquiers,…) pour de nombreux hivers.

L’enfer, ce n’est pas de ne pas avoir le choix. C’est de devoir choisir entre deux choses épouvantables.

Je préfère mille fois un gangster honnête à ces enfoirés de Wall Street, se dit Malone. Le public ne comprend pas ça. Les gens pensent que les mafieux sont des escrocs ?  Les ritals voudraient juste pouvoir voler comme le font les gestionnaires de fonds de pension, les politiciens, les juges, les avocats. Et les membres du Congrès ? N’en parlons même pas.

Ces abrutis pour qui la réponse consiste à armer tout le monde, afin que les gens puissent, par exemple, canarder dans l’obscurité d’une salle de spectacle, n’ont jamais eu d’arme pointée sur eux, et ils chieraient dans leur froc si ça leur arrivait.