Les archives secrètes de Sherlock Holmes – Tome 3 – Les adorateurs de Kâli : Frédéric Marniquet & Philippe Chanoinat

Titre : Les archives secrètes de Sherlock Holmes – Tome 3 – Les adorateurs de Kâli

Scénariste : Philippe Chanoinat
Dessinateur : Frédéric Marniquet

Édition : 12 bis (14/02/2013)

Résumé :
Le Général Collingwood, ancien héros de l’Armée des Indes qui s’est illustré par sa fermeté lors de la révolte des Cipayes en 1857, est retrouvé mort, dans sa propriété du Norfolk. Sherlock Holmes et son indissociable compagnon, le docteur Watson, sont chargés de mener l’enquête.

La victime semble avoir été étranglée selon le mode opératoire des cruels guerriers Thugs, cette secte sensée avoir été éradiquée depuis fort longtemps en Inde. Le défunt avait reçu, juste avant sa fin tragique, un inquiétant message portant la marque de Kâli, déesse de la mort.

Comment expliquer ce crime improbable en plein cœur de l’Angleterre Victorienne ? Une éventuelle vengeance 32 ans après la mutinerie des Cipayes ?

Sherlock Holmes et John Watson vont devoir, pour les besoins de l’enquête, embarquer pour les Indes avec pour guide et compagnon le grand écrivain Rudyard Kipling.

Critique :
Voilà un récit qui sent bon le dépaysement total puisque de l’Angleterre, nous irons en Inde, en compagnie de Holmes, Watson et de Kipling, à la poursuite de mystérieux tueurs qui étranglent leur victimes tels des Thugs.

Mes remontrances iront aux phylactères (les bulles) qui ne sont pas toujours reliés au bons personnages…

Un homme âgé, chauve à qui un autre homme âgé, mais chevelu, donne du « Watson » me fis penser que le pauvre docteur n’avait pas été avantagé dans la vieillesse et que, bizarrement, dans l’album précédent, il avait le même âge mais des cheveux…

Alors que je me demandais par quelle malédiction de l’Oréal Kérastase ou de Pétrole Hahn, Watson avait vu ses cheveux filer, je compris, quelques cases plus loin, que le phylactère n’avait pas été dirigé vers le bon personnage.

Une autre grosse erreur, bien plus loin, a lieu entre Holmes et un frangin de maharadja : la couleur de la tenue du frère change en une seule case, passant du gris à du blanc, comme le déguisement de Holmes (mais en plus riche niveau accessoires) ou alors, une fois de plus, on s’est embrouillé en plus dans les dialogues !

Erreur phylactère ou erreur habit et position. C’est maharadja qui parle (vu le dialogue), avec la couleur des habits de Holmes !! Plus faute frappe dans la bulle…

Autre petit détail énervant, c’est la petite crolle que le dessinateur rajoute au-dessus des têtes des personnages, lorsqu’ils semblent sous le coup d’une émotion. Un peu, ça va, mais trop, ça devient aussi lourd que les petites gouttelettes en auréole au-dessus des têtes, pour simuler l’étonnement.

Mon dernier râlement sera pour les dessins, que je n’aime toujours pas (une histoire de goût) mais le problème n’est dans les dessins en général mais dans certains détails en particuliers, dont les yeux et les dents, qui, parfois, font loucher les personnages ou leur donne un air débilitant.

Le sourire, tout en dent, bizarre et peu estétique

Holmes, avec ombre du nez qui fait comme une moustache, plus les yeux dont l’un semble vouloir partir vers le haut…

Anybref, malgré ces bémols qui ne devraient pas arriver dans une bédé (j’ai vu aussi une grosse faute d’accord), le reste est correct, même si on part un peu dans tous les sens.

On commence en 1857 au fort de Chandrapur, en Inde puis on passe en 1917, dans le Pas-De-Calais, en plein dans la Première Guerre Mondiale, avec Watson en médecin pour les militaires blessés avant de repartir en Inde, en 1889, aux travers des souvenirs de Watson et de l’enquête que Holmes mena là-bas, après l’avoir commencée en Angleterre, dans le Norfolk, tout de suite après avoir résolu l’affaire de la Ligue des Rouquins (vous avez le final dans la bédé).

Que votre passeport soit en règle, on voyagera dans le temps et dans l’espace. N’oubliez pas votre arme à feu, elle sera plus que nécessaire.

Il y avait du bon dans cette enquête, mais on en ressort avec la même impression que lorsqu’on a trop mangé : on est ballonné et incapable de se souvenir de tous les plats engloutis.

Ici, c’est la même chose… Entre les prémices de la révolte des Cipayes, Watson qui est à la guerre, qui repense à l’affaire, ce qui se déroule en Inde, le final de La Ligue des Rouquins, dont nous aurions pu nous passer, sauf à vouloir meubler…

Une fois arrivé à la dernière page de l’album, on doit réfléchir pour rassembler tout ce qu’on a lu et vu afin de se refaire le film de l’histoire, sans les détails parasites.

Ce n’est pas le pire, ce ne sera pas le meilleur, mais malgré tout, pas vraiment conquise par ce tome 3 qui donne l’impression que la série est en dent de scie depuis le début, avec des très bas, des plus haut, des bas… Et le tome 4, ça donnera quoi ?

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lectures N°08].

PS : je ne sais pas si c’est moi qui me fait des idées ou si c’est voulu, mais un personnage a des airs de l’acteur David Niven et un domestique m’a fait penser à Christopher Lee âgé.

David Niven ?

Une autre scène de l’album est aussi un copié-collé d’une scène de la Granada, dans « L’école du prieuré – The Priory School (Saison 2 – Épisode 6).

Les mystères de Whitechapel – Tome 1 – Terreur sur Londres : Frédéric Marniquet et Philippe Chanoinat

Titre : Les mystères de Whitechapel – Tome 1 – Terreur sur Londres

Scénariste : Philippe Chanoinat
Dessinateur : Frédéric Marniquet

Édition : Hugo et Compagnie (11/06/2009)

Résumé :
En ce début du XXe siècle, sir Henry Chapman, détective privé, ancien inspecteur de Scotland Yard et élève du grand Sherlock Holmes, est sollicité pour une enquête d’un genre particulier : depuis quelques temps, une mystérieuse secte semble être à l’origine d’une série de meurtres à Londres, touchant les anciens membres d’une expédition au cachemire où aurait été découvert un sarcophage bien troublant qui semble intéresser également l’opus dei et un personnage terrifiant. qui règne sur la pègre de Londres…

Critique :
Le récit commence dans les montagnes du Cachemire, puis, sans souffrir du jet-lag, on rejoint le Cambridgeshire, où Holmes rend visite à un ancien inspecteur du Yard, sir Henry Chapman, laissant les moines du Cachemire là où ils sont…

Holmes est affublé d’une horrible veste de tweed qui ne lui va pas du tout et il a un caractère de cochon, traitant Watson d’apothicaire, disant que s’il préfère son existence de charlatan, grand bien lui fasse et donnant à son épouse les termes d’harpie acariâtre…

Mais quelle mauvaise éducation ! Ce n’est pas du Holmes, ça. Certes, le mariage de Watson l’a dépité, mais là, on dépasse toutes les bornes des limites. Bon, continuons et ronchonnons sur un autre sujet que Holmes.

Dès le commencement de la lecture, la patte du dessinateur est reconnaissable : petits nuages blancs devant les personnages pour symboliser la buée, neige qui tombe mais rien ne se fixe dans les décors, petits postillons blancs au-dessus des têtes pour accentuer l’étonnement,… Je suis en terrain connu.

Un détail dans la mise en page m’a dérouté. En principe, on lit de gauche à droite…

J’étais toujours à la première page, aux deux dernières rangées de cette planche et, en passant d’une case à l’autre, j’ai eu l’horrible sensation que l’on avait oublié d’insérer une scène. Brutalement, on se retrouvait avec l’Anglais mort et plus loin, avec son guide qui tirait dessus… Heu ? Allo ?

Un puzzle pour les lecteurs ? Abus de guinness ? Non, juste un changement de sens de lecture de cases une fois que l’on arrive en bas de la planche : faut lire de haut en bas !

Depuis quand utilise-t-on ce procédé alors que les cases sont toutes de mêmes dimensions et que leur disposition n’impliquent pas de passer par une lecture de haut en bas ??

Si l’une des vignettes avait été plus large, comme illustré ci-dessous, c’est normal, on le fait instinctivement…

Ici, c’est normal de passer en lecture de haut en bas car la case du milieu est plus grande que les autres.

On recommencera le même procédé pour les pages suivantes (pas toutes, ouf) :  dès les deux dernières rangées, fallait lire de haut en bas… Déroutant !

Anybref… Il y a du mystère et des meurtres, mais attention, ceci n’est pas une enquête de Sherlock Holmes, qu’on voit brièvement au début, mais d’un disciple qu’il a formé, sir Henry Chapman, ancien inspecteur au Yard et pourvu d’une cervelle.

Comme dans « La marque de Kâli » (lue mais pas encore critiquée), les crimes qui ont lieu en Angleterre sont de la main d’un assassin portant un turban et les assassinés ont tous vécu aux Indes (sujet inépuisable) à un moment donné.

Comme toujours, on a une bonne vieille malédiction en provenance des Indes. Jusque là, ça allait plus ou moins pour le scénario (la mise en page, elle, était vouée aux gémonies depuis la première page).

Par contre, j’ai sauté hors de mon fauteuil de bureau lorsque j’ai lu, dans un bandeau, que 5 prostituées avaient été tuée par Jack l’Éventreur en 1884… Heu… 1888 ! La faute est grave. Tellement énorme que je suis restée bloquée dessus durant un long moment, à tel point que le nom de pub a fait tilt ensuite (The hound of Baskerville).

L’enquête progressait bien, sir Henry Chapman n’est pas Holmes mais il se débrouillait bien et avait déjà soulevé des points importants que les hommes du Yard n’avait pas vu, tout pressés qu’ils étaient de coller ces horribles meurtres à un Hindou.

Puis j’ai commencé à hausser un sourcil… J’avais eu des soupçons, vu « quelle » institution semblait être impliquée dans tout ça, mais là, j’aurai aimé échapper à ce truc qui marche mille fois mieux avec Indiana Jones qu’avec un disciple de Holmes.

Mais bon, je laisse couler, le Méchant avait des airs de Moriarty sans être lui et ça faisait du bien d’en avoir un autre qui ressemblait à un gentleman. Là où tout s’est effondré, c’est dans le final… Non, non, non. Faut pas pousser bobonne dans les orties, surtout quand elle est en string.

Restons dans du terre à terre, dans des crimes normaux sans touche ésotérique ou… [No Spolier]. Là, on a touché le fond de la piscine, sans petit pull bleu marine…

On avait bien commencé, scénaristiquement parlant, et puis ça a fait pchiiiitttt avec le côté ésotérique vers laquelle l’affaire a basculé et la touche fantastique qui était de trop.

Si cette personne était bien celle que Holmes pensait qu’elle était, toutes ces simagrées étaient inutiles puisque omnisciente de par sa nature.

Mais ceci n’est que mon avis, il y a à boire et à manger pour tous les lecteurs/trices et certains y trouveront peut-être leur compte et leur plaisir. Moi pas.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°281 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

 

Le grand livre de l’horreur – T05 – Sur les traces de Sherlock Holmes : N. M. Zimmermann

Titre : Le grand livre de l’horreur – T05 – Sur les traces de Sherlock Holmes

Auteur : N. M. Zimmermann
Illustrations : Caroline Hüe

Édition : Albin Michel (30/01/2019)

Résumé :
Pour cette nouvelle mission, Le Grand Livre de l’Horreur envoie Virgile à la rencontre du plus célèbre des détectives : Sherlock Holmes !

Virgile, son lapin Pollop et sa grande sœur Mahaut doivent l’assister dans une tâche des plus périlleuses : protéger un riche héritier du chien démoniaque lancé à sa poursuite.

Mais quand le monstre fait de Virgile la cible de ses flammes incandescentes, la situation devient critique. Ce revers porte de toute évidence la signature du Maliseur, bien décidé à empêcher Virgile d’interférer dans ses plans, une bonne fois pour toutes.

Quelle que soit l’issue de leur confrontation, le monde de l’horreur en restera marqué à jamais…

Critique :
Il était marqué « À partir de 9 ans » et j’ai un peu plus de 9 ans, donc, je pouvais le lire, na !

Et puis, ce n’est pas tous les jours qu’on peut entrer dans un livre et essayer de le sauver des machinations du Maliseur, cet espèce de Méchant qui veut anéantir tous les classiques de l’horreur.

Et comment sauve-t-on le roman de Conan Doyle ? En pyjama, tout simplement…

Oui, il est possible de sauver le roman ET Sherlock Holmes, en pyjama !

Et avec l’aide de son lapin Pollop aussi… Et avec un peu d’aide de Mahaut, sa grande sœur, tombée dans le roman par erreur, elle et qui pense que Sherlock Holmes, c’est le détective sexy de la télé et de notre époque… Mahaut, un jour, on va t’expliquer…

Bon, accessoirement, pour aller sauver le roman où se trouve Holmes, il faut aussi posséder « Le grand livre de l’horreur » qui est en fait un portail pour voyager dans des mondes parallèles. Heu, dans les romans d’horreur.

C’est pour les enfants, mais un adulte peut y trouver du plaisir littéraire quand même ! On ne prend pas les lecteurs pour des quiches, on leur offre de l’aventure, du mystère, de la frousse et des héros réalistes, attachants.

Le lapin Pollop est amusant aussi, même si, une fois transvasé dans les romans à sauver, il change et devient un grand ronchon. Puisque le fait d’entrer dans un roman lui donne la parole, il est normal qu’il l’utilise pour se plaindre.

Cette version-ci pourrait faire plus peur que celle de Conan Doyle, puisque, sans spolier l’affaire, dans le roman canonique, le chien diabolique sorti des Enfers n’en était pas un, mais un vrai chien recouvert de phosphore pour briller…

Là, ce qui poursuit Virgil, sa soeur Mahaut, le lapin Pollop et Sir Henri Baskerville, c’est un vrai chien démoniaque ! Oui, oui, un vrai de vrai sorti des Enfers. Ça, Holmes ne l’avait pas déduit. Normal, lui il vit son aventure dans le roman et ne connait sans doute pas l’existence du Maliseur.

Virgil et Mahaut se détestent dans la vraie vie, comme des frères et sœurs normaux, mais une fois dans la mouise, ou dans le bourbier de Grimpen, ils savent mieux que personne que l’union fait la force et que pour vaincre la boue aspirante et ensuite le Maliseur, va falloir s’entraider.

Parce que Pollop a beau être un lapin qui parle, pour vous sortir du bourbier, c’est difficile !

Un chouette roman illustré, qui conviendra aux petits comme aux plus grands.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°253, Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°14] et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

La nuit qui ne finit pas : Agatha Christie

Titre : La nuit qui ne finit pas

Auteur : Agatha Christie
Édition : Livre de Poche / Le Masque
Édition Originale : Endless Night (1967)
Traduction : Claire Durivaux / Jocelyne Warolin

Résumé :
Le  » Champ du gitan « …
Michael avait tout de suite aimé la beauté sauvage de cette propriété. C’était décidé : sur les ruines de l’ancien manoir, il construirait sa maison. Une maison de rêve, bien entendu. Et il s’y retirerait, loin de tout, avec Ellie.

Mais le « Champ du gitan » avait mauvaise réputation et la lande était maudite. On racontait que les Romanichels y avaient jeté un mauvais sort, que d’étranges accidents s’y produisaient…

Pourtant, Michael n’était pas superstitieux, lui. Les menaces de la vieille bohémienne ne lui faisaient pas peur. Personne ne croit plus ces choses-là, de nos jours…

Critique :
M’étant toujours concentrée sur les Hercule Poirot, il y a moult romans de la Reine du Crime que je ne connais pas.

Celui-ci, je l’avais trouvé dans une boîte aux livres, lors de mes vacances en Ardèche (2019) et je l’ai donc naturellement sorti un an plus tard, espérant sans doute y retrouver un parfum des vacances que nous n’aurons pas en 2020.

Atmosphère, atmosphère… Une atmosphère des plus étranges flotte dans ce roman car on commence entre la rencontre d’un jeune homme pauvre et d’une jeune fille riche.

Pas de meurtre, pas de kidnapping mais une histoire d’amour ! Heu, on s’est trompé d’auteur, là ? C’est du Barbara Cartland déguisé ?

Non, non, pas de panique, on se doute bien qu’il y a une couille dans le pâté, mais on ne sait pas trop où elle va se trouver, si les soupçons que l’on a sont véridiques ou juste dû au fait que l’on ait un esprit tordu, même s’il ne sera jamais aussi tordu que celui de cette chère Agatha Christie.

Le côté angoissant du roman est rendu par ce fameux champ du gitan sur lequel pèse une malédiction. Malédiction rappelée bien des fois par une vieille gitane (sans filtre), même si Michaël, jeune homme pauvre, n’y prend pas vraiment garde, tandis que sa femme, jeune fille riche, y prend attention et a les chocottes.

La lande serait-elle maudite ? Il y a-t-il une heure où s’exaltent les puissances du mal ? Un chien maudit courant sur la lande ? Pardon, je mélange Agatha Christie avec Conan Doyle (le mélange serait intéressant à analyser, tiens…).

On se doute qu’un malheur va arriver, on sent l’odeur du sang, le crime rôde, il n’est jamais loin, mais on ne sait pas quand il va frapper et c’est ce qui rend ce roman addictif et frustrant en même temps. On veut savoir, nom de dieu.

Encore un peu, tels les Tuches hurlant « Des Frites, Des Frites, Des Frites… » on aurait envie de crier « Un crime, un crime, un crime ! ».

Quand le crime arrivera, il viendra en tapinois et là, même si j’avais compris certaines choses, je ne savais pas comment tout cela allait se terminer. Sacrée Agatha Chrsitie, tu m’étonneras toujours !

Un roman sans Hercule Poirot ou autre personnage fétiche de la reine du crime, un roman sans enquêteur, un crime qui survient tard, qui n’en a pas l’air non plus, des personnages troubles, bizarres, réalistes et une ambiance qui pèse sur les épaules du lecteur.

Les derniers chapitres sont les plus angoissants, même si tous les autres avaient préparés les lecteurs à un drame imminent tout en nous donnant l’impression d’une histoire d’amour à la Harlequin additionnée du charme bucolique de la campagne anglaise où un jeune couple fait construire la maison de ses rêves pour y vivre heureux jusqu’à la fin des temps.

Oui mais, l’auteure n’a jamais dit quand arriverait la fin des temps et chez elle, ça peut arriver plus vite qu’une diarrhée un jour de gastro.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°243 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

 

 

Le Soleil des Scorta : Laurent Gaudé

Titre : Le Soleil des Scorta

Auteur : Laurent Gaudé
Édition : Babel (2006)

Résumé :
La lignée des Scorta est née d’un viol et du péché. Maudite et méprisée, cette famille est guettée par la folie et la pauvreté.

À Montepuccio, dans le sud de l’Italie, seul l’éclat de l’argent peut éclipser l’indignité d’une telle naissance. C’est en accédant à l’aisance matérielle que les Scorta pensent éloigner d’eux l’opprobre.

Mais si le jugement des hommes finit par ne plus les atteindre, le destin, lui, peut les rattraper. Le temps, cette course interminable du soleil brûlant les terres de Montepuccio, balayera ces existences de labeur et de folie.

À l’histoire de cette famille hors du commun se mêle la confession de sa doyenne, Carmela, qui résonne comme un testament spirituel à destination de la descendance. Pour que ne s’éteigne jamais la fierté, cette force des Scorta.

Critique :
Une fois de plus, j’avais un excellent roman qui prenait la poussières depuis des années dans mes étagères.

Je me souviens que je l’avais acheté un jeudi, jour de l’ascension, dans une bouquinerie ouverte les jours fériés. Il y avait du soleil et nous étions en 2008…

Shame on me d’avoir attendu 12 ans avant de lire ce roman que je voulais absolument découvrir (les auteurs qui me font des demandes de lecture comprendront que s’ils comptent sur ma vitesse de déstockage, ils auront des cheveux blancs).

La honte d’avoir mis si longtemps à la découvrir pèsera sur mes épaule autant que soleil des Pouilles qui, dès les premières lignes, a brûlé mes yeux.

Quelle histoire, mes amis ! Quel texte, quelle plume ! Pourtant, l’histoire est banale, habituelle, déjà vue, rien de neuf sous le soleil avec une histoire de bâtards, de bandits, de repris de justice qui vient retrouver la femme qu’il aurait voulu prendre avant d’entrer en prison.

L’ambiance est donnée dès les premières phrases, le style est concis mais puissant. Avec peu, Gaudé raconte beaucoup et fait passer des émotions en vrac, des plus belles aux plus sales. Des plus fortes aux plus douces.

L’auteur, d’un coup de plume magique, nous transporte à Montepuccio, petit village des Pouilles, paumé près de la mer, écrasé sous le soleil.

Les personnages principaux, les petits-enfants de Luciano Mascalzone sont attachants, n’ayant hérité que d’un nom maudit, les Scorta vont s’en sortir à la force du poignet, sans jamais relâcher la pression, sans jamais baisser les bras.

Un récit plein d’amour, de sueur, de sang, de fumée de cigarette, de secrets, de travail et de malédiction laissée en héritage par un père voleur à ses enfants. Un récit confession puisque c’est Carmela qui raconte leur histoire au curé du village.

Ne cherchez pas de l’action, ici, on ne court pas, il fait trop chaud et puis, non n’a rien sans rien, autrement dit, sans trimer dur. Les personnages ont leurs défauts, ne sont pas des anges, mais ils sont d’autant plus humains et attachants.

Un roman qui décrit la vie dans un petit village d’Italie au début du 20ème siècle, un roman puissant, beau, lyrique, bourré de soleil.

Un roman qui de filiation,  d’héritage, qu’il soit d’argent ou du sang, d’amour de la terre, de l’amour porté à son village, à sa famille, l’histoire d’une fratrie qui a survécu alors qu’on ne donnait pas cher de leur peau.

♫ C’est un beau roman, c’est une belle histoire ♪

C’est la famille qui compte. Sans elle tu serais mort et le monde aurait continué de tourner sans même s’apercevoir de ta disparition. Nous naissons. Nous mourons. Et dans l’intervalle, il n’y a qu’une chose qui compte. Toi et moi, pris seuls, nous ne sommes rien. Mais les Scorta, les Scorta, ça, c’est quelque chose.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°211.

Nains – Tome 15 – Oboron du bouclier : Nicolas Jarry et Nicolas Demare

Titre : Nains – Tome 15 – Oboron du bouclier

Scénariste : Nicolas Jarry
Dessinateur : Nicolas Demare

Édition : Soleil (19/06/2019)

Résumé :
La mort est un aller sans retour…. c’est du moins ce que pensait Oboron, jusqu’à ce qu’il se réveille au fond d’un ravin, transpercé par une dizaine de flèches.

Tandis qu’il retrouve la mémoire, il comprend que sa destinée vient de basculer. On ne revient pas de l’au-delà sans en payer le prix fort.

Oboron n’a alors plus qu’une idée en tête : retrouver les siens pour les protéger de la tempête qu’il s’apprête à déclencher…

Critique :
Se réveiller au fond d’un ravin, criblé de flèches, pour un Nain, ce n’est pas inhabituel, surtout un de l’ordre du Bouclier…

Mais lorsqu’on se relève et que l’on revient près de ses compagnons d’armes alors qu’on aurait dû être trépassé, c’est le début des emmerdes…

Une malédiction, voilà ce que porte Oboron et, par les burnes d’Yjdad, il aurait mieux fait de calancher au fond du ravin.

Déjà qu’à cause du suicide de son père, il était en disgrâce, et bien, le voilà encore tombé plus bas.

Dans les paluches des aumôniers du Temple, il ne fait pas bon tomber. Notre Oboron aurait peut-être eu plus de chance en allant direct à la table d’Yjgrun, en Enfer.

Une fois de plus, la série Nain ne sombre pas mais elle continue à hisser haut sur les flots déchaînés des mers du pays d’Arran, ou sur les mers scénaristiques.

En reprenant une légende de chez nous, le scénariste le met au goût des Nains, la transforme, la façonne et nous pond un personnage qui marquera lui aussi les esprits car il n’était rien, il aurait pu sombrer du côté obscur de la Force, mais il a résisté.

Oboron a l’air rustre, vu ainsi, il l’est, mais c’est aussi un père qui pense à sa famille. Et même s’il a un caractère de cochon, il sait aussi qu’il peut combattre le mal qui court dans ses veines et ne pas y succomber.

Les dessins de Nicolas Demare sont toujours un plaisir pour les yeux, lui qui nous met en dessins la saga des Nains du Bouclier.

Comme je le disais, le scénariste a repris une légende connue mais a aussi ajouté ses petites touches à lui, dont une fraternité entre deux personnages qui a rarement lieu, même si les Elfes, Nains, Orcs et autre Gobelins devraient penser que l’union fait la force et que la désunion ne crée rien de bon.

Une fois de plus, un tome qui reprend des classiques mais qui les cuisine à sa sauce, sans oublier d’ajouter des épices qui écorchent un peu la gueule dans le personnage du mage Faradum qui a un comportement pour le moins humain avec « Moi je peux mais pas vous » et un Gobelin esclave qui ne Ga’at rien à l’histoire, mais l’enrichi.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°122.

Les meurtres de Molly Southbourne : Tade Thompson

Titre : Les meurtres de Molly Southbourne

Auteur : Tade Thompson
Édition : Le Bélial’ Une Heure Lumière (18/04/2019)
Édition Originale : The murders of Molly Southbourne (2018)
Traducteur : Jean-Daniel Brèque

Résumé :
Molly est frappée par la pire des malédictions. Aussi les règles sont-elles simples, et ses parents les lui assènent depuis son plus jeune âge.

Si tu vois une fille qui te ressemble, cours et bas-toi.
Ne saigne pas.
Si tu saignes, une compresse, le feu, du détergent.
Si tu trouves un trou, va chercher tes parents.

Molly se les récite souvent. Quand elle s’ennuie, elle se surprend à les répéter sans l’avoir voulu…

Et si elle ignore d’où lui vient cette terrible affliction, elle n’en connaît en revanche que trop le prix. Celui du sang.

Critique :
La première chose qui m’avait attiré dans ce roman, c’est tout d’abord la couverture qui est superbe et ensuite, ce fut le résumé.

Il n’en dit pas trop, il ne spolie rien, mais il attise la curiosité du lecteur avec ces règles bizarres qui sont imposées à Molly.

« Si tu vois une fille qui te ressemble, cours et bas-toi. Ne saigne pas. Si tu saignes, une compresse, le feu, du détergent. Si tu trouves un trou, va chercher tes parents ».

Lorsque j’étais gosse, les règles étaient plus compréhensibles ! Mais là, je ne comprenais rien et pour savoir le fin mot de l’histoire, pas d’autre choix que de la lire.

La curiosité est un très bon défaut car non seulement, ma curiosité est satisfaite mais en plus, j’ai pris plaisir à découvrir cette novellas qui oscille entre le fantastique, la SF et la dystopie à la Servante écarlate puisque nous allons parler de génétique et de difficulté à avoir des enfants.

Nous sommes dans de la SF, dans du fantastique, mais il y a comme des relents de réalité puisque chez nous aussi, la fertilité est en baisse.

On ajoutera de l’horreur car nous nous retrouvons au fond d’un cachot, avec une femme enchaînée et une autre qui lui raconte sa vie. Une vie assez glauque.

Molly Southbourne est un personnage énigmatique, tout comme son environnement car cette enfant ne va pas à l’école et vit à la campagne, quasi en huis-clos avec ses parents qui lui apprennent à se battre et qui lui inculquent ces drôles de règles dans la tête.

Les lecteurs/trices sensibles auront sans doute les doigts qui se crisperont sur les pages de cette novella, pourtant, aucun détail glauque ou de surenchère de violence, celle qui est décrite dans ce récit est légitime par rapport à l’histoire et à l’instinct de survie.

Dès le départ, l’auteur nous place en situation de malaise, donnant cette envie de fuir cet univers horrifique tout en nous tenant par la main fermement.

Une fois commencé, on va jusqu’au bout, au finish. Impossible de le lâcher tant l’auteur a tissé une toile attractive, nous donnant des morceaux de Mary Shelley avec la créature du Dr Frankenstein mélangés à la manière qu’à le King pour tenir son public en haleine sans pour autant sortir des monstres du placard ou du dessous-de-lit.

C’est horrifique, réaliste (pour la fertilisation en baisse), addictif et bourré de mystère car la malédiction de Molly se révèle sous bien des formes et on se demande même si elle va trouver dans ses études, des réponses à ses questions.

J’ai bien fait, ces derniers temps, d’ajouter des romans de cette maison d’éditions à ma terrible et dantesque PAL car non seulement je sors de mes lectures habituelles mais en plus, je prends plaisir à ces lectures.

Un récit court, bon et intense !

Comme quoi, la taille n’à rien à voir avec le plaisir ressenti. Un bon auteur qui connait son job et la manière de titiller l’organe sensitif de ses lecteurs donnera toujours plus de plaisir littéraire qu’un gros bazar littéraire qui s’embourberait dans un trou noir…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

Détectives – Tome 3 – Ernest Patisson – Hantée : Herik Hanna & Ceyles

Titre : Détectives – Tome 3 – Ernest Patisson – Hantée

Scénariste : Herik Hanna
Dessinateur : Ceyles

Édition : Delcourt (28/01/2015)

Résumé :
Ernest Patisson est invité sur une île écossaise reculée. Le maître des lieux aimerait beaucoup avoir l’avis du détective au sujet de l’esprit machiavélique qui semble persécuter son épouse.

Patisson répond volontiers à l’étrange invitation. L’helvète, éternel sceptique, a déjà hâte de lever le mystère.

Mais sur l’île isolée, alors que les portes claquent et que les cris résonnent dans la nuit, le sang ne tarde pas à couler.

Critique :
Une île où le manoir est hanté… Une île ? Ou plutôt un grand rocher dont les héritiers ne peuvent s’échapper sous peine de mort et lorsque Patisson arrive, dehors, c’est ♪ comme un ouragan ♫ La tempête en mer ♫ mais sans Steph’ de Monac’

Patisson, j’avais croisé sa route dans « 7 détectives » et notre sceptique détective ne croit pas aux fantômes ou à tout autre truc dit « hantés ».

C’est donc muni de son scepticisme légendaire, de sa belle moustache et du capitaine Phillips que Patisson débarque, par une nuit de tempête, de pluie et de mer agitée sur cet espèce de rocher où se trouve le manoir appartenant à ma famille Wallace, habité par James Wallace l’alcoolique, sa femme  Marisa devenue zinzin et ses deux domestiques.

— Si ma moustache n’est pas coiffé, mes idées ne sont pas ordonnées.

Ambiance Cluedo et so british pour cette enquête qui a tout du fantastique, avec une touche d’humour noir et cynique comme je l’aime. Ernest Patisson n’a pas sa langue en poche et ses réparties font souvent mouche, quand elles ne mouchent pas les autres.

— Enchanté Monsieur Patisson, votre réputation vous précède !
— Pourvu qu’elle me suive par la même occasion !

— Elle ne respire plus.
— C’est très regrettable. J’en suis profondément attristé, mais c’est malheureusement courant chez les personnes ayant une hache plantée dans le dos.

Qui a utilisé une hache pour la planter dans le dos de la victime ? Qui a tué une autre victime avec le chandelier, sachant que Miss Pervenche et le colonel Moutarde n’étaient pas sur les lieux ? Vous le saurez en suivant l’enquête d’ Ernest Patisson !

Tel un Hercule Poirot obnubilé par sa moustache et par son habillement, notre homme n’interroge personne, se contentant de claquer des portes et de fumer des cigares puants pour résoudre ces crimes commis en huis-clos, puisque personne ne peut quitter l’île.

Passant de 9 personnes à 8 et puis à 7, cette enquête a des airs de « Dix petits nègres » surtout lorsqu’une autre personne bouffe son acte de naissance alors que tout le monde était réuni à la cuisine, devant des oeufs… Ils étaient 9 et les voilà à 6. Si ça continue, ils ne seront plus personne.

QUI est le coupable ? Le neveu héritier ? Sa copine ? Le notaire ? Le butler ? La bonne qui ne sait pas cuisiner ? Ou un autre ? Tous ensemble ? À tour de rôle ? Je ne parlerai que sous la torture !

Un plongeon toute respiration retenue dans cette enquête qui fleure bon les années 20, les costumes et les tenues d’époque, ainsi que les moustaches et les coiffures où rien ne dépasse.

Le scénario est au petit oignons et mieux cuisiné que le rôti de la cuisinière, le tout étant servi par des dialogues coupés finement et des dessins qui donnent corps à ce récit qui m’a laissé sans voix. Digne de la mère Christie, tiens !

Une ambiance aux relents anglais d’avant brexit, une île au milieu de la flotte déchaînée, un manoir hanté, une épouse qui entend des voix, qui n’est pas crue sans pour autant finir cuite, comme Jeanne d’Arc, une malédiction qui dit que celui qui quittera la manoir finira dans la tombe et le tonnerre qui gronde.

Ça, c’est de l’atmosphère ! J’ai comme qui dirait pris mon pied littéraire avec cette bédé, moi…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

 

Les mal-aimés : Jean-Christophe Tixier

Titre : Les mal-aimés

Auteur : Jean-Christophe Tixier
Édition : Albin Michel (27 février 2019)

Résumé :
1884, aux confins des Cévennes. Une maison d’éducation surveillée ferme ses portes. Des adolescents décharnés quittent le bagne sous le regard des paysans qui sont aussi leurs geôliers.

Quinze ans plus tard, l’ombre du bâtiment plane toujours. Les habitants ont beau feindre de l’ignorer, les terribles souvenirs qu’il contient continuent d’étouffer leur communauté.

Aussi, lorsqu’une jument se putréfie ou qu’un troupeau de chèvres est décimé par une maladie, il faut des responsables. Les habitants, tous coupables ou complices de monstruosités, s’accusent du mal qui rôde.

Dans ce chaos, c’est aussi l’itinéraire de Blanche, une jeune-fille abusée par son oncle, qui tente d’échapper au fatalisme et à la violence à laquelle elle est destinée.

Nous sommes aux confins des Cévennes, là où la religion règne en maître. Là où la terre est dure et le climat rude.

Critique :
Voici un rural noir dans lequel je n’ai pas su m’identifier puisqu’en 1901, je n’étais pas née ! Mon grand-père non plus et il n’a pas dû me raconter cette vie-là.

De plus, en ce temps-là, c’était la Troisième République chez vous, celle qui allait instaurer la séparation de l’Église et de l’État, ce qui fait vachement enrager le curé du cru.

Il a beau ne pas se dérouler à mon époque, ce rural noir m’a pris à la gorge et aux tripes tant l’atmosphère était à la fois envoutante et horriblement oppressante.

Dans ce patelin reculé des Cévennes, on croit autant à Dieu qu’au Diable et on a tendance à invoquer plus vite le Malin que le Divin : « Le Diable, le Malin et le Démon », c’est leur sainte trinité, à ces pauvres hères non instruits et qui doivent subir les affres du climat, qu’il soit trop froid, trop chaud, trop sec ou trop humide.

Le diable. Les gens de la campagne ont toujours eu besoin d’attacher un mot ou une présence à chaque acte qui leur échappe. Une vie passée à craindre, à s’en remettre à des forces supérieures, comme des gosses craintifs et immatures qui n’ont pas encore saisi que la vie n’attend que d’être empoignée, fermement, comme une force brute toujours prête à se rebeller, dont il faut tenir la bride au plus court.

La terre est rude et travailler au bagne, cette maison dite « d’éducation », et bien, ça met du beurre dans les épinards pour les habitants de ce patelin, ou du lard sur le morceau de pain sec. Lorsque ce dernier a fermé en 1886, beaucoup ont perdu un statut et des revenus.

Le bagne, parlons-en… L’auteur aurait pu se répandre dans tous les supplices qui furent imposés à ces pauvres gosses, placés là suite à un vol, un braconnage, du vagabondage, des attentats à la pudeur…

L’intelligence a été de ne pas s’appesantir dessus et de nous expliquer en peu de mot, à travers les pensées d’un pensionnaire quittant ce lieu maudit, ce que furent ces années d’horreurs, de brimades, de privations et d’abus en tout genre.

De toute façon, à chaque début de chapitre, l’auteur nous présente un billet d’écrou des pensionnaires, avec leurs noms, leurs condamnation et leur cause de sortie : tous mort dans la première ou deuxième année de leur incarcération. Plus besoin de nous faire de dessins et d’en rajouter, tout est dit.

Je me demande si ce n’est pas encore pire de laisser le lecteur imaginer ce que ces gamins ont subi plutôt que de nous le décrire. En tout cas, ça donne des sueurs froides dans le dos, surtout en calculant leur âge lors de leur jugement, les années auxquelles on les condamnait pour si peu et l’âge de leur décès. La salive est parfois dure à avaler.

Dans ce rural noir que j’ai eu du mal à lâcher, l’auteur nous offre une analyse juste et des portraits réalistes de ces gens habitant la campagne profonde, ceux qui pensent directement à des malédictions au moindre pépin et sont toujours prompt à accuser les autres, surtout si cela peut détourner l’attention de leurs propres fautes à eux.

On pénètre dans du glauque, dans des esprits étroits, dans la petitesse des actes humains, dans leurs envies, leurs jalousies, leurs bassesses pour gagner quelques sous… Sans oublier que les femmes, en ces temps-là, sont soumises à leurs maris, à leurs pères et que dans ces contrées reculées, ils ne sont pas prêts à passer le commandement.

Toutes les filles de la campagne, sans exception, sont ainsi. Soumises à la vie, soumises aux hommes. Elles ne soupçonnent pas le pouvoir incroyable qu’elles exercent sur eux, et sont incapables d’imaginer qu’ailleurs, d’autres filles, parfois moins belles, mais surtout moins mièvres, prennent leur existence en main pour briser le carcan patiemment imposé par la gent masculine au cours des siècles voire des millénaires passés.

Horrifié, on assiste à tout ce qu’ils (ou elles) sont capable de faire à leur prochain, comme si, tout compte fait, ils ne craignaient pas tant que ça ce Dieu qui doit les juger à l’heure de leur mort.

Comme on dit en wallon : Mougneû d’bon Dieu èt dès tchiyeu d’jiale (des mangeurs de bon Dieu et des chieurs de diable = mon orthographe wallonne a toujours été nulle).

Le récit fait la part belle à une multitude de personnages, qui reviendront au fil des pages, tous avec leurs part d’ombre et leurs non-dits, ces secrets qu’ils ont enterrés après la fermeture du bagne, et même avant.

Qu’est-il arrivé au P’tiot, un gamin évadé du bagne ? Pourquoi personne ne veut en parler même 17 ans après la fermeture du bagne ? Pourquoi une telle chape de plomb ?

Seuls Blanche et Étienne, deux jeunes, semblent ne pas porter la trace du péché des autres et pour eux, j’ai ressenti une forte empathie car ils sont bien les seuls à être innocents, comme le simple d’esprit, Géraud. Par contre, ce qu’ils subissent…

Un roman noir rural dont la plume de l’auteur vous happe dès les premières lignes, vous subjugue et dont on a dû mal à reposer le livre, tant le récit nous tient en haleine alors que le rythme est assez lent et les mystères levés dans le dernier tiers du roman.

La justesse des portraits brossés, tout en finesse, même s’ils sont rugueux comme une pierre ponce, le réalisme dans leurs actions et leurs pensées, ce côté religieux poussé chez ces gens où l’instituteur et le curé tiennent la place la plus haute dans le village et cette aura de mystère qui entoure ce bagne vide depuis 17 ans et qui, malgré son abandon, continue à faire de l’ombre à tous ces biens pensants.

Même les tombes du cimetière attenant au bagne sont maudites, évitées comme la peste, tant ce lieu fait peur et est porteur de toute une flopée de malédictions qui pourraient vous tomber dessus, comme si la porte menant aux Enfers se trouvait sous les tombes de ces gamins morts sous les coups, les privations, le travail harassant ou autre.

Elle regarde une nouvelle fois le bagne. Le bâtiment n’a pas changé depuis ce jour. Même le feu n’en viendrait pas à bout, se dit-elle.
— Leurs âmes à ces gosses, elles dormaient tranquillement au cimetière. Elles nous laissaient en paix. Mais l’a bien fallu que quelque chose les réveille, accuse Léon.

En tout cas, je suis heureuse d’avoir reçu ce roman en avant-première grâce à l’opération Masse Critique de Babelio et je les remercie pour cet envoi, ainsi que l’auteur pour les mots qu’il a inscrits sur ces pages.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

Elfes – Tome 21 – Renaissance : Jean-Luc Istin & Kyko Duarte

Titre : Elfes – Tome 21 – Renaissance

Scénariste : Jean-Luc Istin
Dessinateur : Kyko Duarte

Édition : Soleil Productions Heroic fantasy (20/06/2018)

Résumé :
Lanawyn a promis à Lah’saa de trouver le moyen de changer les elfes Noirs Lea’yn et Feda’yn en elfes Rouges.

Alors que le lien qui l’unit au crystal bleu semble de plus en plus distendu, elle et ses alliés doivent affronter mille périples afin que puisse renaître la dynastie Rouge.

Mais dans l’ombre, certains se sont ligués et ont engagé la compagnie Noire pour les empêcher d’accomplir leur dessein.

Critique :
Le Rouge et le Noir ? Non, juste le Rouge qui est devenu Noir et que l’on va tenter de faire redevenir Rouge, et nous ne parlons pas de couleur politique, je vous assure.

Lanawyn, l’Elfe Bleue a promis de transformer deux Elfes Noirs en Rouges, afin de faire renaître ce peuple assassiné.

Ces deux machines à tuer qui ont reçu leur formation dans la terrible citadelle de Slurce appartenaient au peuple des Elfes Rouges auparavant.

Pour ceux ou celles qui ne le sauraient pas, on ne nait pas Elfe Noir, mais on le devient… Une mutation intervient et directement ceux de la citadelle le savent et viennent vous quérir.

N’allez pas croire que tout le monde a envie de voir renaître le peuple des Rouges… Lanawyn va avoir fort à faire, aidée de ses guerriers bleus et tout dévoués afin de déjouer les tentatives de meurtres sur leur personnes.

N’allez pas croire non plus que nos deux Elfes Noirs sont les meilleurs potes du monde ! Lea’yn semble haïr Feda’yn et ce dernier n’est pas très copain non plus avec son homologue féminine. Ça risque d’être difficile d’en faire les nouveaux concepteurs de leur ancienne race…

Le chemin vers la renaissance sera semé d’embûches, donc (sinon, c’est trop facile), de pièges, d’attaques, de traitrise, de sabotage et, cerise sur le gâteau, nos Elfes vont embarquer un Orcs bien connu, Turuk ! Oui, le sexy Turuk est de la partie aussi et là, j’ai fait la danse de la joie.

Si la fantasy n’a rien inventé, empruntant comme les autres genres à notre monde, elle ne se prive pas non plus d’emprunter à des films ou autres œuvres bien connues.

J’ai vu un mur immense pour empêcher des choses d’entrer (GOT), j’ai vu un mage qui avait tout d’un Gandalf, j’ai assisté à une bataille de 10 contre 300, dans le style de celle du Gouffre de Helm (LOTR), une espèce de Hulk en version moins sympa (Marvel), une Compagnie Noire (Glen Cook) et les habituels génocides familiers de notre Monde réel.

Une fois de plus, les dessins sont à la hauteur de leur ambition, donnant des paysages féériques, même sur l’eau et le scénariste n’étant pas un manchot, il nous propose du très bon au niveau de l’aventure et du challenge à relever par les Elfes Bleus.

Comme ce n’est pas un imbécile, il nous propose un méchant charismatique, un autre mystérieux, ainsi que des Elfes Noirs au passé aussi sombre que leur âmes, eux qui se sont rendus coupable de choses horribles qui vont à l’encontre de tout.

Deux Elfes qui, avant de pardonner à l’autre, devront se pardonner à eux-mêmes et s’allier au lieu de se haïr.

Un récit haletant, bourré de fuite afin de ne pas se faire tuer par la Compagnie Noire, de combats pour sauver sa peau, quelque soit sa couleur, de questionnement pour savoir qui ne veut pas de la renaissance des Rouges et qui a ordonné leur massacre.

Du boulot pour Lanawyn, le tout sous l’égide d’un grand Mage qui va devoir, lui aussi, tout donner afin d’arriver à remplir sa mission. Non, personne ne va se la couler douce dans ces pages.

Une fois de plus des dessins magnifiques et un scénario servi au petit poil !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).