Histoire d’une baleine blanche : Luis Sepúlveda

Titre : Histoire d’une baleine blanche

Auteur : Luis Sepúlveda
Édition : Métailié Bibliothèque hispano-américaine (12/09/2019)
Édition Originale : Historia de una ballena blanca (2019)
Traduction : Anne-Marie Métailié

Résumé :
Au large de la Patagonie une baleine blanche est chargée de protéger les morts mapuches puis, lorsque la fin des temps sera venue, de guider toutes les âmes au-delà de l’horizon.

Tout est prévu et écrit dans le temps des mythologies. Cependant l’homme vit dans un monde où tout bouge et, au XIXe siècle, la chasse à la baleine se développe.

La baleine blanche va devoir défendre son monde immobile contre ces prédateurs, en particulier le baleinier Essex du capitaine Achab. Elle va livrer une guerre sans merci aux baleiniers et devenir un grand mythe de la littérature.

Luis Sepúlveda nous raconte cette histoire du point de vue de la baleine blanche qui nous explique comment elle vit et s’intègre dans l’ordre du monde, ce qu’elle découvre des hommes, sa mission secrète, puis sa guerre et les mystères qu’elle protège.

Enfin, c’est la mer qui nous parle.

Critique :
C’est avec retard que je découvre l’oeuvre littéraire de Luis Sepúlveda, décédé il y a peu.

Après avoir lu de lui un roman noir, je voulais voir ce que sa plume offrait dans un conte.

Sans être très souple, j’adore faire des grands écarts littéraire, les risques sont moins grands que de le faire en vrai, façon JCVD entre deux chaises (ou camions).

Un conte illustré qui m’a emporté loin de chez moi, au milieu de l’océan, près des côtes chilienne (coucou Rachel !), en compagnie d’un cachalot blanc.

Première fois de ma vie de lectrice que j’ai un cachalot en tant que narrateur d’une histoire pleine de poésie, de respect de la nature mais aussi de surpêche et de violence dans la manière de chasser les baleines pour prélever leur suif.

Au travers d’une légende, l’auteur nous parle du peuple des lafkenche qui respectent la nature et en appelle à quatre vieilles femmes pour transporter leurs morts dans une autre île. Une fois dans l’eau, ces vieilles dames se transforment en baleines et se retrouvent sous la protection de notre cachalot blanc.

Tout en apprenant quelques détails de la vie des cétacés, on a envie aussi de hurler « Cétacé, arrêtez de les chasser ! » tant le récit des harpons se plantant dans leur chair donne l’impression que c’est dans la nôtre qu’ils se plantent.

Il y a un océan d’émotions, dans ces pages, un gulf-stream qui vous emporte dans ses flots et vous dépose ailleurs, dans un monde inconnu mais peuplé de mammifères marins en voie de disparition.

Ballotté dans des courants marins violents, le lecteur est mis face à une dichotomie entre des gens de la mer qui ne prélève que le strict nécessaire pour vivre et de l’autre,  des marins qui veulent exploiter toutes les baleines pour les transformer, notamment, en huile pour leurs lampes, afin de ne pas avoir peur du noir.

Une société de consommation qui était déjà en branle dans ce 19ème siècle et qui pensait que tout était infini dans les stocks naturels.

Une très belle histoire qui nous est contée par Mocha Dick, une baleine blanche, qui, d’après ce que j’ai appris, a servi d’inspiration à Herman Melville pour son Moby Dick. Mieux, Mocha Dick a vraiment existé et on lui a donné la parole.

Le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 05] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°06].

Âme de pirate : Charlotte Macaron [NetGalley]

Titre : Âme de pirate

Auteur : Charlotte Macaron
Édition : 404 (09/01/2020)

Résumé :
Naviguer dans ce labyrinthe d’îles, si proches les unes des autres qu’elles frôlent la coque des navires qui s’y aventurent, affronter le brouillard opaque qui les recouvre, et les ombres qui s’y cachent, relève de la folie furieuse !

Mais, poursuivi par la Marine Royale, l’équipage pirate du Saule pleureur n’a pas le choix. Ils ne se laisseront pas intimider par la sombre réputation des Mortes-Îles. Ils ont à leur bord les meilleurs navigateurs, et rien n’arrêtera leur soif de liberté.

Pourtant ce labyrinthe leur réserve bien des épreuves et ils n’en sortiront peut-être pas indemnes…

Critique :
Quand c’est bon, c’est toujours trop court…

Oui mais là, c’était vraiment trop court, limite 3 minutes, douche et préliminaires comprises…

Et pourtant, le plaisir était là.

Comme quoi, un p’tit coup rapide peut satisfaire la grande lectrice que je suis.

What did you expect ??

Merci NetGalley pour l’envoi de cet epub au bon format. Mais est-ce un court roman ou une nouvelle un peu plus épaisse ? Nous dirons que nous naviguons entre deux eaux.

Ne virez pas de bord mais tâchez de souquer ferme vers ce petit roman numérique qui possède tout ce qui fait un bon roman de piraterie.

L’auteure nous proposant une histoire courte (56 pages), elle doit mettre le lecteur de suite dans le bain, alors, peu de préliminaires et on se retrouve déjà pourchassé par trois galions de la Couronne et engagé dans un détroit d’îles qui a tout du Triangle des Bermudes.

L’élément fantastique va comme un gant à un roman de pirates et sans en faire trop, l’auteure arrive à immerger son lecteur dans un lieu qui fait frissonner tous les marins, lecteur y compris, ajoutant une pincée de fantastique, juste ce qu’il fallait.

L’art de la nouvelle est toujours le même : en dire juste assez, pas trop, ni trop peu, bref, faut doser la poudre à canon si on ne veut pas que ça nous pète à la gueule et même si je ne suis pas une fan des récits courts.

Un sans faute car j’ai apprécié cette histoire où les combats étaient vivants, bourrés de suspense, de dynamisme, d’émotions et où les termes consacrés à la navigation rendaient ce récit plus réaliste sans pour autant avoir besoin d’un dictionnaire.

Les personnages des pirates sont directement attachants, d’ailleurs, ce sont eux les héros du livre et non leurs poursuivants, les marins de sa Majesté d’un royaume inconnu de notre Monde. Nos pirates sont flamboyants.

Et c’est dommage car nous avions le fond et la forme pour écrire une grande aventure, pour étoffer un peu plus ce Monde qui n’est pas le nôtre, de cette Magie qui a disparu il y a quelques années.

Bref, j’ai beau avoir pris mon pied littéraire, je reste tout de même avec un goût amer de trop peu en bouche car l’auteure nous a donné plein d’indications sur ce Monde, sur les personnages des pirates, qui auraient méritées d’être plus développées dans un roman plus épais.

Je remercie les éditions NetGalley pour cette navigation en territoire fantastique où je n’ai pas su lâcher la barre avant d’être arrivée à destination. Là, j’ai cargué les voiles puisque j’étais arrivée à bon port, secouée mais ayant le pied marin, je n’ai pas eu le mal de mer.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°152.

 

Les Tuniques Bleues – Tome 37 – Duel dans la Manche : Raoul Cauvin et Willy Lambil

Titre : Les Tuniques Bleues – Tome 37 – Duel dans la Manche

Scénariste : Raoul Cauvin
Dessinateur : Willy Lambil

Édition : Dupuis (1995)

Résumé :
Le général Mac Clellan est un piètre stratège : il a réussi à lancer une attaque… contre son propre camp ! De mauvaise foi, il exige que deux responsables soient désignés parmi les soldats.

Et devinez quels sont les deux malchanceux choisis : le sergent Chesterfield et le caporal Blutch, bien entendu ! Dégradés, ils sont forcés de quitter leur unité pour embarquer sur le Kearsarge, un navire de guerre.

Qui a dit qu’on se la coulait douce dans l’armée de mer ?

Critique :
♫ Dans le port d’Amsterdam ♪ Y a Chesterfiel qui boude, À cause d’un baroud ♫ Qui a tué des troupes ♪ Dans le brouillard, les uniformes on loupe ♪

♪ C’est eux qui ont servi ♪ De boucs émissaires ♪ Au général pas ravi ♪ Dans cette sale guerre ♪

Dans le port d’Amsterdam ♪ Y a des marins qui meurent ♪ Pleins de bière et de drames ♪ Aux premières lueurs (1)

Il y a 25 ans, sortait ce 37ème album des Tuniques Bleues… Je ne me souvenais plus que cela faisait aussi longtemps que ces dernières étaient devenues creuses niveau scénario…

Ah, elles sont loin ces belles années où le duo sergent Chesterfield et le caporal Blutch, emmené par le tandem Cauvin/Lambil, me mettaient en joie.

Là, j’ai l’impression d’être passée d’un service entrée, plat, dessert, café et pousse-café à un croûton de pain sec qui m’a laissé avec la dent creuse. C’est vide et on a rempli cet album avec ce qu’on pouvait, en remplissant de faits qui n’ont rien à voir avec un duel dans la Manche.

Chesterfield et Blutch se retrouvent sur un bateau de la marine Nordiste et puisque tout le monde veut savoir pourquoi le sergent Chesterfield fait la gueule, Blutch explique qu’à cause d’une bourde d’un nouveau général (qui a coûté des vies nordistes), ce furent eux qui ont été désigné responsables de cette connerie monumentale.

Ce n’est pas la première fois que le scénariste nous parle des gradés plus crétins que leurs pieds, mais j’ai eu l’impression que c’était juste pour meubler un peu.

De plus, que personne ne remette ce gradé à sa place alors qu’il est le seul responsable de cette bourde et qu’on fasse nommer Chesterfield et Blutch comme responsables, je trouve cela fort de café.

Anybref, après quelques cases vides de texte où nos deux militaires explorent la ville d’Amsterdam, on a un gag assez amusant avec le vendeur de maatjes et ce n’est qu’à la page 25 qu’on largue les amarres pour aller tenter de couler un bateau Confédérés qui s’amuse à couler tous les nôtres (le CSS Alabama).

Je précise que l’album ne fait que 46 pages et non 62 comme certaines bédés au bon vieux temps. Quelques passages de plus où Chesterfield et Blutch se tapent dessus et voici enfin le combat naval qui commence à la page… 30 !

Nous avons dépassé depuis longtemps la mi-album et je n’ai rien eu à me mettre sous la dent alors que je m’attendais avoir droit à un combat naval digne de ce nom, vu le titre.

Ben pas vraiment puisqu’à la page 37 tout était plié dans ce combat naval de l’USS Kearsarge (le nôtre) contre ce bateau Confédéré blindé d’acier (le CSS Alabama)…

Un fait réel, d’accord (il s’est déroulé au large de Cherbourg en juin 1864), mais purée, le lecteur a tout de même droit à un peu plus, non ??

7 pages en tout et pour tout pour un duel dans la Manche, et il faut encore retirer les cases avec nos deux amis aux fers, puis libérés, puis qui vont se cacher… Seules les pages 35 et 36 possèdent des plans un peu plus large sur le combat…

Ensuite ? On meuble de nouveau, les combats sont terminés, on rentre au port pour réparer et en renvoie nos deux amis en Amérique pour continuer cette guerre de Sécession qui reprend de plus belle avec un nouveau gradé qui, on le sent bien, va refaire les mêmes conneries que le précédent.

Pour moi, cet album est creux et j’ai cette horrible sensation qu’après l’album 27 (Bull Run), on n’a plus rien eu de génial, comme dans les premiers albums (exception faite de l’excellent album N°33).

Heureusement que je l’ai acheté en seconde main…

(1) Mes plus plates excuses à Jacques Brel pour l’emprunt et le détournement de sa belle chanson « Amsterdam ».

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°16.

Le Choix : Paul J. McAuley

Titre : Le Choix

Auteur : Paul J. McAuley
Édition : Le Bélial’ Une Heure Lumière (11/02/2016)
Édition Originale : The Choice (2011)
Traducteur : Gilles Goulet

Résumé :
Ils sont amis depuis toujours, ils ont seize ans ou presque. Damian vit et travaille avec son père, éleveur de crevettes et cogneur d’enfants.

Lucas s’occupe de sa mère, ancienne passionaria d’un mouvement écologiste radical clouée au lit par la maladie dans la caravane familiale.

Le monde est en proie à un bouleversement écologique majeur — une montée des eaux dramatique et une élévation de la température moyenne considérable.

Au cœur du Norfolk noyé sous les flots et écrasé de chaleur, la rumeur se répand : un Dragon est tombé du ciel non loin des côtes.

Damian et Lucas, sur leur petit voilier, entreprennent le périlleux voyage en quête du mystérieux artefact extraterrestre, avec en tête un espoir secret : décrocher la clé des étoiles…

Critique :
Dans ce futur peut-être pas si éloigné que ça, l’écologie en a pris la gueule, les COP n’ont servi à rien, l’Homme a continué de polluer à mort.

Après une guerre, une apocalypse, la température qui augmente, une montée des eaux et toutes les joyeusetés qui vont avec, nous devons notre non extinction à des extras-terrestres.

Dire que les grands penseurs tels Calvin et Hobbes disaient que : « Parfois je me dis que la meilleure preuve qu’il y a des êtres intelligents ailleurs que sur Terre est qu’aucun d’entre eux n’a jamais essayé de nous contacter. » Loupé !

N’étant pas face à un pavé mais plutôt face à une grosse nouvelle, toutes ces péripéties nous serons racontées vite fait et bien fait.

L’auteur nous décrit la vie au Norfolk, où survivent des gens tant bien que mal, vivotant et se nourrissant de ce que la mer leur offre, rêvant de bacon et de viande de porc.

Les adultes qui ont connu le monde d’avant rêvent de pareils mets, mais les ados, qui n’ont jamais connu que ce Monde là, pour eux, ça reste abstrait.

Le futur décrit dans ces pages n’a rien de réjouissant, il nous pendrait même au nez, si nous ne changeons pas (mais sommes nous prêt à changer ? Telle est la question), bref, il est d’un réalisme à faire peur, exception faite de la présence des Jackaroo, les « E.T téléphone maison », que l’on ne verra jamais, d’ailleurs.

C’est un dragon tombé du ciel qui va entraîner les deux amis, Damian et Lucas dans une histoire qu’ils ne soupçonnaient même pas en se mettant en route, dans le petit voilier de Lucas.

Si la balade est bucolique jusqu’à l’endroit où a chuté le dragon, cette rencontre aura des répercussions sur le reste de leur vie car il est des mauvais choix que l’on pose parce qu’on les pense bons, parce que l’on veut partir de là, ne plus rester près d’un père qui distribue les baffes comme des politiciens les tracts, quelques jours avant les élections.

Le passage à l’âge adulte n’est jamais simple, jamais facile et nos deux garçons vont y passer sans avoir eu le temps de se retourner.

Le choix de l’un ne sera pas celui de l’autre et le choix de l’autre se fera en toute fin de cette novella.

Si j’ai aimé le récit, la manière dont il est écrit, présenté, si je me suis attachée aux deux ados, je me suis retrouvée à la fin de cette histoire de manière un peu abrupte car je n’aurais pas craché sur quelques pages en plus.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.