La véritable Histoire vraie / Les méchants de l’Histoire – T03 – Torquemada : Bernard Swysen et Marco Paulo

Titre : La véritable Histoire vraie / Les méchants de l’Histoire – T03 – Torquemada

Scénariste : Bernard Swysen
Dessinateur : Marco Paulo

Édition : Dupuis (10/05/2019)

Résumé :
En 1474, Isabelle de Castille devient enfin reine, après bien des péripéties. Elle a épousé quelques années auparavant Ferdinand, héritier de la couronne d’Aragon dont il héritera en 1479.

À eux deux, ils réunifient ainsi l’Espagne et deviennent « les rois catholiques ». À eux deux seulement ? Non. Dans leur ombre agit un moine bénédictin particulièrement austère et dévot : Tomas de Torquemada.

Issu d’une famille de juifs convertis quelques générations auparavant, il est convaincu que les royaumes de Castille et d’Aragon doivent être sauvés des hérétiques. Il y consacrera sa longue vie.

Véritable stratège politique, il va réussir par l’intermédiaire royal à récupérer les pleins pouvoirs de la part de l’Église catholique sur les tribunaux de l’Inquisition. Il les unifiera dès lors et en deviendra le chef suprême durant quinze ans.

Premier Grand Inquisiteur espagnol, ombre noire du pouvoir, il va donner une dimension brutale et violente aux jugements et persécutera les juifs espagnols sans relâche.

Sous sa gouvernance, l’Inquisition aura un pouvoir sans précédent. Il mourra à 77 ans après avoir rédigé le Code de l’inquisiteur qui sera utilisé durant des années. Il serait responsable de 2 000 exécutions et de 100 000 cas examinés au cours de sa carrière.

Cet ouvrage, préfacé par Jean-Pierre Dedieu (historien spécialiste de l’Histoire de l’Espagne et de l’Inquisition espagnole) , propose un regard pimenté et vrai sur ce personnage historique.

Critique :
Cette bédé commence par une introduction, afin d’éclairer un peu le futur lecteur sur ce que fut l’Inquisition et ce n’est pas une chose simple à expliquer, même pour les historiens.

Au départ, elle n’était pas celle que nous pensons connaître, tous et toutes.

Ces informations de départ sont plus que nécessaires afin de remettre l’église au milieu du village et de mettre fin à des légendes, des exagérations et autres calembredaines que l’on raconte.

Attention, l’Inquisition Espagnole n’était pas un ange non plus ! Comme dans les régimes totalitaires, les inquisiteurs avaient les moyens de vous faire parler, de vous condamner pour des broutilles, de vous faire avouer tout et n’importe quoi, ainsi que d’aller dans l’absurde pour condamner encore plus de monde… Ben oui : « si tu ne l’as pas fait, tu aurais pu le faire »… Même les morts ne sont pas à l’abri de la folie religieuse et purificatrice de Torquemada.

La bande dessinée utilise des dessins assez humoristiques pour nous narrer la vie du petit Tomás de Torquemada, né en 1420 à Valladolid ou Torrequemada (la tour brûlée), dans le royaume de Castille.

On ne peut pas dire qu’il nous inspire de la sympathie, ce gamin, même bébé, tant sa tronche donne envie de partir loin de lui. Il fait la gueule, passe son temps à l’église, il ne rit jamais, ne joue jamais avec les autres enfants, il déteste les friandises… Il est tout simplement sinistre !

Il y a de l’humour dans cette bédé historico-biographique, mais pas que… Oui, on sourit souvent, mais dans le fond, on grince aussi des dents devant la foi de Torquemada qui tourne au fanatisme pur et dur, devant les tortures, les illogismes, les exactions…

Le moindre péché devient un péché mortel et il voudrait purifier l’Espagne des Juifs, Musulmans et des conversos, ces convertis à la foi catholique, mais qui continue de pratiquer leur ancienne foi.

Les dialogues sont caustiques, cyniques, l’humour pratiqué est noir. Il est bien dit aussi que le fait de chasser tous les Juifs d’Espagne (par un décret qui ne fut abrogé qu’en 1967) a considérablement appauvri l’Espagne, enrichissant la France, l’Angleterre, Rome, la Turquie, grâce à l’arrivée des migrants Juifs.

Voilà donc une bédé qui allie, avec équilibre, l’humour et l’Histoire, la légèreté de ton et l’indicible, le tout avec du cynisme. J’aime ça. On est tout à fait capable de faire passer des messages importants, de parler de choses graves, tout en les enrobant d’humour noir ou d’ironie. J’ai toujours trouvé cela plus percutant.

Que l’on ne s’y trompe pas : si l’auteur donne l’impression de rire de tout cela, il n’en est rien. La pilule passe juste autrement. Les exactions commises par l’Inquisition Espagnole ne furent ni les premières, ni les dernières, hélas. Ce genre de comportements, totalement iniques, reviennent régulièrement, à d’autres endroits de la planète.

J’ai maintenant envie de découvrir les autres bédés de cette saga, consacrée aux méchants de l’Histoire.

Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 64 pages) et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°26).

Indeh – Une histoire des guerres apaches : Greg Ruth et Ethan Hawke

Titre : Indeh – Une histoire des guerres apaches

Scénariste :
Dessinateur :

Édition : Hachette Comics (22/03/2017)
Édition Originale : Indeh (Signed Edition): A Story of the Apache Wars (2016)
Traduction : Pascal Bataillard

Résumé :
Année 1872. Au coeur des territoires apaches – vaste région déchirée par des décennies de guerres -, Goyahkla, jeune et brave parmi les braves, vient de perdre sa famille et tout ce qui lui était cher.

Une vision l’amène à rejoindre le chef apache Cochise. Il prend ensuite la tête d’une attaque contre le village mexicain d’Azripe, où il fait montre d’un courage insensé. Ce jeune guerrier est dès lors à jamais transformé : Goyahkla sera désormais Geronimo, héros de tous les Indiens d’Amérique du Nord.

Cette attaque n’est qu’un épisode d’un très long combat. Le mot Indeh, qui signifie « les morts », monte aux lèvres des Apaches, chaque fois qu’ils se battent contre l’ennemi et perdent des êtres chers, en défendant leur terre et leur culture.

Le jour où une paix durable semble avoir été atteinte, la guerre paraît enfin terminée… Mais en est-il vraiment ainsi ?

Critique :
Dans cet épais comics, les guerres Apaches seront vues du côté des Apaches, et non selon le point de vue des Tuniques Bleues.

Heureusement que les mentalités ont un peu changées et que maintenant, on comprend que les colons ont été injustes envers les Amérindiens, cherchant toujours le prétexte pour les exterminer.

Et si pas de prétexte valable, on en inventait un, on mettait en scène des massacres dont on accusait les Indiens et hop, c’était reparti pour un tour.

Dans cet ouvrage, il y a peu d’Homme Blanc qui ont la langue droite. Un militaire sera plus indulgent que ses pairs, plus intelligent aussi, comprenant que Cochise n’a pas enlevé de l’homme qui l’accuse et que tout ceci va mal se terminer.

Qu’il est difficile d’être le seul à s’ériger contre les autres, à défendre ceux que personne ne veut défendre, à faire preuve d’humanité, d’écoute, là où tous les autres ne veulent qu’une seule chose : exterminer la vermine Indienne (ce sont leurs mots, pas mes pensées).

La perfidie et la lâcheté des militaires Blancs atteint des sommets de cruauté lorsqu’ils assassineront Mangas Coloradas, venu négocier la paix et qui finira la tête coupée, mise à bouillir dans un chaudron… Non, les barbares ne sont pas toujours ceux que l’on pense.

Les Apaches voulaient la paix, leurs ennemis étaient les Mexicains. Suite à des injustices, leur colère va se concentrer sur les Visages Pâles et bien des innocents vont périr.

Lorsque l’on s’attaque à votre culture, à ce qui fait de vous tient à cœur, à vos terres, à votre mode de vie, pour aller vous parquer dans des réserves stériles et vous y laisser crever de faim, il est normal que l’on se révolte. Qui sème le vent récolte la tempête et nos anglo-saxons auraient dû méditer sur cette maxime.

Les dessins, en noir et blanc, sont sublimes ! Les crayonnés mettent en valeur des personnages, les accentuent, en laissant d’autres en arrière-plan. Le scénario était déjà très fort, mais les dessins finissent de vous clouer au fauteuil et rendent les émotions encore plus palpables.

Chronique d’un génocide dont on ne lui donnera jamais le nom… Pourtant, c’est un génocide qui a eu lieu : les envahisseurs Blancs n’avaient pas encore assez avec l’immensité de ce nouveau continent, ils leur fallait aussi le peu que les Indiens possédaient : des terres riches, du gibier et de l’or, qui n’intéressait pas ce peuple car inutile, pour eux.

Les Apaches se disaient « Indah » (les vivants) et à cause des colons, des militaires, ils devinrent des « Indeh » (le peuple mort) : lorsqu’un Blanc tombait, il était vite remplacé, mais lorsqu’un Indien tombait, personne n’était là pour prendre sa place.

L’Homme Blanc était comme un nuage de criquet fondant sur une contrée…

Un roman graphique d’une intensité rare, d’une puissance folle, bourré d’émotions, qui vous serrent les tripes car c’est aussi la chronique d’une mort annoncée, celle d’un peuple qui s’est fait génocider (néologisme offert) pour l’appât du gain, parce qu’il était différent et que l’on ne tolère pas la différence…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°100], et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°97].

Undertaker – Tome 6 – Salvaje : Xavier Dorison et Ralph Meyer

Titre : Undertaker – Tome 6 – Salvaje

Scénariste : Xavier Dorison
Dessinateur : Ralph Meyer

Édition : Dargaud (27/08/2021)

Résumé :
Dans L’Indien blanc, Sid Beauchamp était chargé par Joséphine Barclay de retrouver la dépouille de son fils, Caleb, réduit en esclavage par les Apaches et enterré au cœur des terres interdites d’Arizona.

Pour mener à bien cette mission, il a fait appel à Jonas Crow, son ami de jeunesse devenu croque-mort. Ce qu’il ne lui a pas dit, c’est qu’il a lui-même empoisonné Caleb. Et que celui-ci, marié à une Indienne nommée Salvaje, avait embrassé la cause du peuple Apache sous le nom de guerre d’Indien Blanc.

De retour avec le cadavre de Caleb, Salvaje et Chato, l’enfant né de leur union, Beauchamp savoure son triomphe. Il va enfin pouvoir épouser Joséphine, la femme la plus riche de Tucson. À condition que Jonas Crow s’en tienne à la version officielle et ne révèle à personne que Sid est responsable de la mort du jeune homme.

Mais Salvaje, avec l’aide de Jonas, est bien décidée à venger la mémoire de l’Indien Blanc…

Critique :
Une fois encore, Undertaker est à la hauteur de sa réputation !

Sans dépasser la gueule cassée de Blueberry, il se hisse tout de même à sa cheville, ce qui, vu le niveau atteint par certains albums du duo Charlier/Giraud, n’est pas une mince affaire.

De toutes façons, les scénarios de Dorison ne sont pas ceux de Charlier et les deux séries sont différentes.

Évidemment, on aime comparer une nouvelle série avec d’autres qui ont atteint des sommets. Moi, j’apprécie les deux et je double donc mon plaisir lecture en laissant de côté les débats stériles.

Les dessins sont de toute beauté et les visages sont tous bien distincts et parfaitement réalisés. Undertaker est sexy, dans son grand manteau noir de croque-mort…

Undertaker n’est pas un gentil mec sympa, il a ses failles, ses défauts, une jeunesse mouvementée et n’a rien d’un chevalier blanc, même s’il est un peu plus évolué que certains de ces contemporains qui veulent casser, tuer, exterminer ou évacuer très loin les méchants Indiens.

Dans ce diptyque, les Indiens n’avaient pas le rôle de méchants, même si ce ne sont pas des enfants de chœur non plus. On les a cherché, on les a trouvé. Exterminez des Indiens et tout le monde applaudira, mais si un Indien extermine un Blanc, ce sera un tollé général.

Ici, les Méchants sont les Blancs. Et ils sont réussi, les portraits des vilains ! Sid Beauchamp, avec sa gueule potelée et son sourire affiché, me fait penser à Culverton Smith, dans la série Sherlock (BBC). Son air de type perpétuellement de bonne humeur  file les chocottes. Le pire sera lorsque l’on croisera la route de sa future épouse… Elle est aussi grave que lui.

Ce qui a de bien, dans la saga Undertaker, c’est que les personnages sont travaillés, pas stéréotypés, même si Sid veut le beurre, l’argent du beurre et le cul des banquiers en épousant sa Joséphine, la femme la plus riche de Tuckson.

Le scénario n’est jamais en rade non plus. Dorison soigne ses récits, évitant de cuisiner la même soupe déjà servie mainte fois et, tout en utilisant les codes du western, il les façonne à sa manière pour qu’ils collent à son personnage de croque-mort (et ancien braqueur de banque) et à son univers. On est donc dans un univers connu qui arrive à nous surprendre, ce qui est assez rare.

Une excellente série western à découvrir, si ce n’est déjà fait !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°56], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°85], Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 64 pages).

 

Catamount‭ ‬-‭ ‬Tome‭ ‬1‭ ‬-‭ ‬La jeunesse de Catamount :‭ ‬Benjamin Blasco-Martinez‭ ‬et‭ ‬Albert Bonneau

Titre : Catamount‭ ‬-‭ ‬Tome‭ ‬1‭ ‬-‭ ‬La jeunesse de Catamount 

Scénariste : Benjamin Blasco-Martinez (d’après l’oeuvre de Albert Bonneau)
Dessinateur : Benjamin Blasco-Martinez

Édition : Physalis (2015) / Petit à Petit (2017)

Résumé :
En pleine conquête de l’Ouest, la famille Osborne recueille un nouveau né, seul survivant d’une caravane de colons massacrés par les Cheyennes, elle l’appelle Catamount.

Des années plus tard, Catamount est devenu un cavalier et un tireur hors pair grâce à la formation d’un vieux trappeur « Pad l’efflanqué »…

Mais son destin va change lorsqu’il retrouvera sur son chemin Black possum, le chef cheyenne coupable du massacre de ses parents.

Critique :
La bande dessinée western n’est pas morte, tant mieux. Il existe encore de nouvelles parutions et de temps en temps, je découvre des anciennes dont je n’avais pas connaissance…

C’est plus fort que moi, faut que je la lise. De temps en temps, j’en découvre des très bonnes, parfois des mauvaises, mais aussi des classiques, ce qui fut le cas ici.

Oui, on peut dire que Catamount est une bédé western classique au possible, comme tirée d’un bon vieux film western avec des attaques de caravanes, des massacres de colons et un enfant survivant, recueilli par des autres pionniers.

Le gamin a grandi et il porte toujours le nom du cougar qui l’avait déniché (je parle du véritable animal, le puma, pas de la femme d’âge mur qui cherche un jeune de 20 ans).

Ce premier album est une sorte de récit initiatique. Catamount va apprendre à tirer au révolver, avec l’aide d’un vieux trappeur afin de se venger de l’indien qui a massacré la caravane avec ses parents. Quand je vous disais que c’était du classique absolu.

Les dessins sont assez spéciaux, au départ, ils m’ont un peu déroutée avec leurs tons assez sombres. Par contre, les traits des visages auraient pu être affinés afin de permettre une plus grande palette d’émotions sur ces visages.

L’avantage du côté réaliste des dessins, c’est qu’ils donnent à ce récit un ancrage dans la réalité que n’auraient pas réussi à faire des dessins du genre gros nez.

Ici, pas d’humour, pas de blagues, on est dans du sérieux et un peu de violence. La scène avec le massacre des colons est assez peu ragoutante et à ne pas voir si vous manger (ou allez passer à table).

Je soulignerai que le manque de profondeur des personnages n’est pas vraiment un obstacle dans ce récit. On sait peu de choses d’eux, mais ce n’est pas important pour la compréhension de l’histoire, ultra classique.

Ce sera sur la fin que l’on comprendra pourquoi l’indien Black Possum voulait tant anéantir tous les membres de la caravane. Toujours la même histoire biblique : œil pour œil, dent pour dent. Bien que dans ce cas-ci, Black Possum prenne aussi tout le reste des membres et les intérêts avec. Vous jugerez vous même de la pertinence de sa vengeance.

Cette bébé western ne va pas révolutionner le genre, ni le réécrire. Dommage, de temps en temps, j’apprécierais que l’on cuisine les mêmes ingrédients tout en changeant le goût de la soupe et en la présentant autrement.

Une chouette découverte aussi mais qui ne laissera sans doute pas un souvenir impérissable comme le firent Durango, Blueberry, Lucky Luke, Comanche ou Buddy Longway.

Au moins, on vole déjà plus haut que dans la bédé Wanted dont j’avais chroniqué tous les albums l’année dernière.

En tout cas, je vais tâcher de lire la suite.

Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 64 pages) et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°81].

Enterre mon coeur à Wounded Knee : Dee Brown

Titre : Enterre mon coeur à Wounded Knee

Auteur : Dee Brown
Éditions : 10/18 Domaine étranger (1995) – 556 pages / Albin Michel (2009)
Édition Originale : Bury my heart at wounded knee (1970)
Traduction : Nathalie Cunnington

Résumé :
« Plus de deux cents cultures indiennes ont été virtuellement détruites, entre le Massachusetts et la Californie, au cours de l’histoire des Etats-Unis. Il nous faut nous souvenir de ce qui s’est passé à Sand Creek ou à Wounded Knee. » Jim Harrison

Largement fondé sur des documents inédits – archives militaires et gouvernementales, procès-verbaux des traités, récits de première main… –, ce document exceptionnel retrace, de 1860 à 1890, les étapes qui ont déterminé « La Conquête de l’Ouest ».

De la Longue Marche des Navajos au massacre de Wounded Knee, il se fait ici la chronique de la dépossession des Indiens de leurs terres, leur liberté, au nom de l’expansion américaine.

Si l’Histoire a souvent été écrite du point de vue des vainqueurs, Enterre mon cœur donne la parole aux vaincus, de Cochise à Crazy Horse, de Sitting Bull à Geronimo, et compose un chant tragique et inoubliable.

Publié pour la première fois en 1970 aux États-Unis, traduit dans le monde entier, où il s’est vendu à plus de six millions d’exemplaires, « Enterre mon cœur à Wounded Knee » est devenu un classique.

Critique :
Sur l’île de San-Salvador, les Tainos vivaient tranquille et puis, un Colomb est arrivé… Ce fut le début de tous les malheurs de l’Amérique et de ses autochtones.

Le colon Colomb, ils auraient mieux fait de le liquider au lieu de l’accueillir et de le traiter avec honneur. Les Tainos étaient doux, gentils, donc faibles, pour l’envahisseur.

Peu de temps après, il a été décidé que les Tainos devaient bosser, se convertir au christianisme et adopter notre mode de vie…

C’est ainsi que l’envahisseur Blanc a toujours fait et continue de faire (d’autres aussi, hélas) : il investit la place, décide de comment les indigènes doivent se comporter et ensuite, on les dégage, on déforeste, on pille les richesses, on massacre et quand on se casse, tout est déglingué, foutu, désertique, passant de belle île verte à désert. Nous sommes pire que des sauterelles, pire qu’un covid19.

Bien sûr, tout cela fut considéré comme un signe de faiblesse, sinon de paganisme, et Colomb, en bon Européen moralisateur, acquit la conviction que ce peuple devait être « contraint à travailler, semer et faire tout ce qu’il est nécessaire de faire, enfin, d’adopter nos mœurs ». Ainsi, au cours des quatre siècles qui suivirent (1492-1890), des millions d’Européens et leurs descendants entreprirent de faire adopter leurs propres mœurs aux peuples du Nouveau Monde.

Ce roman, hautement documenté, comprenant des dépositions et des témoignages d’Indiens ou d’autres personnages clés. Rares sont les livres qui peuvent prétendre avoir changé le cours de l’Histoire. « Enterre mon cœur à Wounded Knee » est l’un d’entre eux.

Fidèle aux documents d’époque, Dee Brown fait enfin entendre la voix d’hommes qui ont dû faire face à des situations extrêmement difficiles pour leur peuple : Manuelito, Cochise, Red Cloud, Crazy Horse, Géronimo, Santanta, Ouray, Dull Knife, Little Wolf, Standing Bear, Chef Joseph ou Sitting Bull. Des hommes dont le plus grand tort a peut-être été de faire aveuglément confiance à leurs interlocuteurs tant ils semblaient incapables d’imaginer qu’on puisse leur mentir.

Ce classique de l’histoire des États-Unis est intéressant à lire, mais il a tendance à vous mettre le moral à zéro lorsque vous lisez toutes les injustices faites aux Indiens. Heureusement que ces derniers, grands guerriers braves, ont rendu une partie des coups qu’ils ont reçu, mais ce ne sera jamais assez comparé à ce qu’on leur a fait subir.

Boucs émissaires au moindre massacre, les Hommes Blancs n’ont cessé de les accuser de tous les maux et de les chasser de leurs terres ancestrales. Leur faisant signer des tas de contrats ou de traités qu’ils ne respectaient jamais, les Hommes Blancs ont toujours eu la langue fourchue : tenant deux discours, ils s’empressaient de renier leur parole une fois qu’ils avaient obtenu ce qu’ils voulaient des Indiens.

Au travers de plusieurs grands événements, ce documentaire se veut équitable : il ne met pas les Indiens avec les Bisounours non plus. Dans ce livre, au moins, ce ne sont plus des figurants réduits au silence ou comme dans les films westerns, des sauvages emplumés massacrant les pauvres pionniers.

Pourtant, une partie des guerriers incriminés par les Tuniques Bleues ou autres juges, n’avaient pas de sang Blanc sur les mains, n’ayant jamais combattu les envahisseurs, se contentant bien souvent de tenter de vivre en harmonie, jusqu’à ce que les Blancs décident de les envoyer sur des terres incultes, battues par les vents, trop humides ou trop sèches, trop chaudes ou trop froides, faisant marcher les Indiens jusqu’au bout de l’épuisement.

Ces Américains de maintenant qui jugent certaines peuplades comme barbares feraient mieux de se regarder le nombril. Hurlant lorsque des terroristes cassent des vieilles cités antiques, ils oublient que leurs ancêtres brûlèrent des champs de magnifiques pêchers appartenant aux Indiens Navajos, détruisirent la Nature et polluèrent les rivières, sans parler de polluer les esprits avec ses religions, différentes de celles des Indiens.

La lecture n’est pas toujours facile, l’écriture de l’auteur est parfois répétitive dans ses descriptions, les Indiens de toutes les peuplades ayant souvent vécu les mêmes avanies et autres saloperies de la part des colons Blancs.

Le rythme de lecture est aussi ralenti par les multiples pauses que j’ai faite, tant j’en avais mal au bide de lire leurs souffrances multiples qui ont menées à un génocide. Nous sommes loin de la conquête de l’Ouest vue par les films western ou avec humour, dans les Lucky Luke.

Il n’y a rien de glorieux à voler les terres des habitants, même si les Indiens ne se considéraient pas comme propriétaire de leurs terres. Il y avait de la place pour tout le monde, mais la gabegie de l’Homme Blanc qui veut tout posséder à débouchée sur un massacre odieux et innommable, dont Wounded Knee sera le point d’orgue.

Un document que je ne regrette pas d’avoir lu, même si mon coeur est, une fois de plus, en vrac. L’Histoire de l’Amérique est sombre, sanglante et il n’y a pas grand chose de bon à en ressortir.

Ce ne fut que massacres, assassinats, guerres, batailles, expropriation, vols, mensonges, manipulations, magouilles, fausseté, paroles non tenues et tout était bon pour déposséder les Indiens de ce qu’ils possédaient et pour les plier à nos mœurs à nous, alors qu’elles ne leur convenaient pas (et qu’on ne peut forcer une personne à faire ce qu’elle n’a pas envie de faire).

Les Blancs ont pris peur et ont appelé l’armée. Nous demandions humblement qu’on nous laisse vivre notre vie, et les soldats ont cru que nous voulions prendre la leur. Nous avons appris leur arrivée. Nous n’avions pas peur. Nous espérions pouvoir leur parler de nos problèmes et obtenir de l’aide. Un Blanc nous a affirmé qu’ils avaient l’intention de nous tuer. Nous n’avons pas voulu le croire, mais certains ont pris peur et se sont enfuis dans les Badlands. [Red Cloud]

Les premiers Indiens aux corps déchiquetés et sanglants furent transportés dans l’église éclairée à la bougie. Peut-être virent-ils, s’ils étaient suffisamment conscients, les décorations de Noël accrochées aux poutres. Au niveau du chœur au-dessus du pupitre, une banderole étalait en lettres grossières les mots suivants : PAIX SUR TERRE ET AUX HOMMES DE BONNE VOLONTÉ.

Car ce que démontre Dee Brown, c’est la façon systématique dont les gouvernements américains de l’époque ont utilisé le mensonge et la manipulation pour, tribu après tribu, faire main basse sur les terres indiennes. Pressions des immigrants et des colons avides de terres, pressions des lobbies, soif de gloire des militaires et soif de pouvoir des politiciens, tout participe finalement à expliquer ce terrible et inéluctable malentendu qui a marqué depuis les relations entre Indiens et Blancs.

Lu dans son édition 10/18 (Domaine étranger) de 556 pages.

  • La longue marche des Navajos
  • La guerre de Little Crow
  • Les Cheyennes partent en guerre
  • L’invasion de la vallée de la Powder River
  • La guerre de Red Cloud
  • « Le seul bon Indien est un Indien mort »
  • Ascension et chute de Donehogawa
  • Cochise et la guérilla apache
  • Les épreuves de Captain Jack
  • La guerre pour sauver les bisons
  • La guerre pour les Black Hills
  • La fuite des Nez-Percés
  • L’exode des Cheyennes
  • Comment Standing Bear devint une personne
  • « Dehors, les Utes ! »
  • Le dernier des chefs apaches
  • La danse des Esprits
  • Wounded Knee

Le pavé de l’été – 2021 (Saison 10) chez Sur Mes Brizées.

Texas Jack : Dimitri Armand et Pierre Dubois

Titre : Texas Jack

Scénariste : Pierre Dubois
Dessinateur : Dimitri Armand

Édition : Le Lombard (02/11/2018)

Résumé :
Texas Jack est un as du revolver. Mais contrairement à sa légende, il n’a jamais exercé ses talents ailleurs que dans un cirque.

Il reçoit un jour un défi : partir à l’Ouest, affronter le sanguinaire Gunsmoke et sa horde de tueurs. La mission est suicidaire, mais impossible de refuser sans perdre sa réputation.

Heureusement pour Texas Jack, Gunsmoke est aussi la cible du marshal Sykes…

Critique :
Souvenez-vous, dans une aventure de Lucky Luke (des barbelés sur la prairie), des méchants éleveurs voulaient bouter hors de leurs prairies les paisibles fermiers en les intimidant et en les menaçant.

Ça, c’est la version amusante et gentillette. J’adore cet album mais il ne reflète pas la réalité du far-west impitoyable.

Gunsmoke est impitoyable. C’est une saloperie de putain de méchant qui n’hésitera pas à tuer des gosses.

Version en bédé des 7 salopards (l’ancien film), portés à 9 cavaliers, cette bédé western offre des bons moments d’actions, de violences, de magouilles politiques, tout en prenant son temps pour amener les différents protagonistes à se mesurer l’un à l’autre.

Comme dans une bonne quête de fantasy, nos 4 compagnons quittèrent le cirque et par un prompt renfort inattendu, se retrouvèrent à 9 pour aller combattre la bande de Gunsmoke qui met le Wyoming à feu et à sang, sous les ordres d’un politicien véreux (synonymes, je sais).

Le début de la bédé est d’une violence inouïe, un massacre de masse, l’extermination pure et simple d’un paisible rassemblement de gens. La suite ne sera pas triste non plus, car lorsqu’on mange à la table du diable, il faut une longue cuillère !

Voilà ce que j’appellerais une bonne bédé western qui réuni tous les codes mais les cuisine à sa manière, pour nous offrir un plat qui ne sent pas le réchauffé car le scénariste a pris la peine, malgré un récit qui semble éculé, de nous le monter de manière différente et le résultat s’en fait ressentir de suite : waw !

Attention, on ne révolutionnera pas le monde du western, mais ce que les auteurs nous proposent là, c’est de la bonne came pour les yeux, un récit qui ne se contente pas de nous proposer que des fusillades et cavalcades à tout bout de champ (même si on en aura), mais va aussi plus en profondeur dans ses personnages (sauf pour les méchants), dans leur psychologie…

Anybref, pour ceux et celles qui aiment le western, c’est le pied intégral.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°44].

Nains – Tome 20 – Svara du bouclier : Nicolas Jarry et Nicolas Demare

Titre : Nains – Tome 20 – Svara du bouclier

Scénariste : Nicolas Jarry
Dessinateur : Nicolas Demare

Édition : Soleil (24/03/2021)

Résumé :
Fille d’un général devenu infirme, épouse d’un guerrier mort sur le champ de bataille, mère de deux fils emportés au combat et d’un troisième disparu, Svara est une femme du Bouclier.

Son coeur de mère lui hurle que son marmouse est en vie, perdu dans les plaines glacées.

Déchirée entre chagrin et espoir, elle réunira autour d’elle un ancien cognar et deux déserteurs pour partir à sa recherche.

Critique :
Il faut sauver le soldat Ryan ! Enfin, non, il faut sauver le poilu Abraz !

Lorsqu’on appartient à l’ordre du Bouclier, faut savoir tenir le rang et ne jamais le rompre.

Si vous mourez sur le champ de bataille, on rapatriera votre corps (s’il reste quelque chose) ou pas…

Svara appartient à une famille du Bouclier et elle a vu tous les hommes mourir : son mari et maintenant deux de ses fils, le 3è n’ayant pas été trouvé, mais les soldats disent qu’il est sans doute mort.

Le coeur de la mère n’en croit pas un mot et elle part à sa recherche, embauchant au passage un ancien du Bouclier, devenu moine et deux guerriers : un déserteur et un autre qui est une tête brûlée qui n’obéit pas, qui n’écoute pas et qui n’en fait qu’à sa tête…

Ce que j’aime dans les albums Nains, c’est la manière dont sont mise en valeur les femmes. Comme nous, elles ont peu de droits, ou alors celui de pondre des marmouses et de s’en occuper (ainsi que de leurs maris) mais bien souvent, ce sont des rebelles, des femmes qui ont de la poigne et quand elles prennent le taureau par les cornes, par les burnes d’Ijad, ça envoie du lourd !

Les scénaristes ne nous laissent jamais croupir trop longtemps dans nos cuisines et font des Naines des femmes sans peur qui osent se dresser avec le poing levé (ou une arme à la main). Sans les femmes, la civilisation des Nains irait droit dans le mur.

— Je suis Niss du Bouclier. Mon rôle est de veiller sur mon foyer, et de me tenir droite dans les tourmentes présentes et à venir. Je suis celle qui réconforte, celle qui attend, celle qui donne la vie, celle qui souffre en silence. Je suis toutes ces mères qui ont vu leurs fils partir pour ne jamais revenir. Je suis toutes ces naines qui sont le véritable ciment de notre civilisation.

On pourrait croire que vu l’équipe de bras cassé qu’elle emmène avec elle, Svara, qui est elle-même une future grand-mère, va droit dans le mur : l’ancien cognard du Bouclier est âgé, le déserteur a planté ses copains en plein milieu d’une bataille et l’autre, dernier rejeton d’une grande famille, est insubordonné et cherche misère au déserteur.

Le talent du dessinateur est de nous montrer de beaux paysages, de nous faire entrer dans le monde des Nains, de dessiner les protagonistes, les monstres, des scènes de batailles qui semblent vivantes, des corps sans vie ensuite. Mission plus qu’accomplie.

Au scénariste, il incombe de nous pondre une histoire qui peut être classique, mais en nous la racontant autrement, pour nous subjuguer, pour nous faire vibrer durant la quête de nos héros et de nous donner envie de les suivre, même s’ils sont bougons, bagarreurs, chieurs, râleurs…

Son talent est aussi de dresser des portraits de personnages qui peuvent nous étonner en fil des pages, qui peuvent évoluer ou bien cacher leur jeu. À ce niveau-là, j’en ai eu pour mon argent !

Une fois de plus, la saga des Nains nous propose un album qui tient la route, qui, bien que racontant une histoire classique d’une mère qui se lance à la recherche de son fils dans un monde des plus hostiles, nous la raconte d’une autre manière et parvient sans mal à subjuguer le lecteur avec un récit humaniste.

Un album que j’ai refermé avec le coeur brisé, mais heureux d’avoir vibré pour une si belle aventure avec ce quatuor qui au départ, n’avait rien d’exceptionnel.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°230], le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B) – 54 pages et le Challenge bd « Des histoires et des bulles » chez Noctembule (Avril 2021 – Avril 2022) – SFFF N°9.

La cité de larmes : Kate Mosse

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Titre : La cité de larmes

Auteur : Kate Mosse
Édition : Sonatine (21/01/2021)
Édition Originale : The City of Tears (2020)
Traduction : Caroline Nicolas

Résumé :
1572. Depuis dix ans, les guerres de Religion ravagent la France. Aujourd’hui, enfin, un fragile espoir de paix renaît : Catherine de Médicis a manœuvré dans l’ombre et le royaume s’apprête à célébrer le mariage de la future reine Margot et d’Henri, le roi protestant de Navarre.

Minou Joubert et son époux Piet quittent le Languedoc pour assister à la cérémonie. Alors que la tension est déjà à son comble dans les rues de Paris, on attente à la vie de l’amiral de Coligny. C’est le début du massacre de la Saint-Barthélemy. Précipités dans les chaos de l’Histoire, Minou et Piet sont sur le point de prendre la fuite quand ils découvrent la disparition de Marta, leur fillette de sept ans…

Après La Cité de feu, Kate Mosse nous propose une nouvelle fresque historique et familiale pleine de rebondissements. Du Paris de la Saint-Barthélemy à Amsterdam en passant par Chartres, elle tisse sa toile et le lecteur, captivé, regarde s’écrire l’Histoire.

Une famille plongée dans l’enfer de la Saint-Barthélemy : l’Histoire de France comme vous ne l’avez jamais lue !

51176327Critique :
L’Histoire de France racontée par une Anglaise ! Et dans cette histoire, la perfidie n’est pas toujours du côté d’Albion…

Celle qui n’est pas encore Marianne se comporte aussi comme une traîtresse et plus le sang coule et plus les gens ont envie de le faire couler.

On a toujours quelque chose à venger et à ce rythme-là, on peut assassiner au nom d’une vieille rancune ou des morts durant des siècles.

Si je retournais dans le passé, je ferais en sorte d’éviter le mois d’août 1572 et la ville de Paris, car bien que étiquetée catho tendance « je me pose beaucoup de questions et je ne sais rien de rien », je risquerais ma tête en tant que non pratiquante, profane…

Une fois encore, l’auteure nous entraîne dans les horreurs des guerres de religions, dans les querelles sanglantes entre protestants (huguenots) qui pratiquent la religion réformée et les catholiques qui pratiquent la totale et ne démordent pas que leur religion est la seule, la vraie, la plus mieux, bref…

Pas de place pour les autres croyants qui voudraient un culte plus sobre, si ce n’est de la place au cimetière. Aimez-vous les uns et les autres… Tu parles !

Les ambiances sont travaillées pour que les lecteurs n’aient aucun doute sur l’époque à laquelle ils sont transportés, le travail de documentation de l’auteure est titanesque et c’est toujours un plaisir de découvrir l’Histoire de France dans ses romans.

Par contre, autant où le premier opus m’avait emporté de suite (La cité de feu), autant où celui-ci a pris plus de temps à arriver à un certain rythme de croisière et à entrer dans l’action. Les débuts sont un peu lents et il a fallu que l’on arrivasse à Paris, quelques jours avant la funeste Saint-Barthélemy pour que le roman se mette à bouger vraiment.

Entre nous, j’aurais préféré avoir plus de pages sur cet épisode sanglant que fut la Saint-Bath… Là, c’est assez vite expédié. Je l’avais vécu de l’intérieur avec Ken Follet (Une colonne de feu) mais j’aurais aimé que Kate Mosse y passe plus de pages.

Les femmes ont leur place dans les romans l’auteure et ce n’est pas jouer les seconds rôles, celui de la potiche de service qui fait à manger pour les hommes !

Non, dans ce roman, les femmes ont de la force de caractère, même si elles se font toujours rabrouer par les mecs qui leur demandent de tenir leur place, mais malgré tout, elles en veulent, elles ont la hargne et tous les mâles dans ses pages ne sont pas des Alphas, phallocrates, misogynes et empêcheur de dire haut ce que les femmes pensent tout bas.

Les chapitres sont nombreux mais assez courts, ce qui donne la possibilité à l’auteure de multiplier les points de vue des personnages et de nous faire voyager entre l’un et l’autre. Plusieurs intrigues se dérouleront sous nos yeux avant que toutes ne se rejoignent pour un final démentiel qui sera bourré d’action (sans pour autant en arriver à celle d’un 007, restons sérieux).

Un très bon roman historique qui parle des guerres de religions, des jeux de pouvoir entre les têtes couronnées, de massacres de Protestants, de haine de l’autre, d’inégalités sociales, de religions intransigeantes et qui met en scène un couple attachant (Minou et Piet), leur famille et bien des secrets enfouis que certains ne voudraient pas voir remonter à la surface.

Un roman historique hautement documenté, possédant des couleurs sociales, des références historiques, une jolie plume pour nous conter le tout et un rythme assez lent au départ, avant de prendre une vitesse de croisière plus intéressante pour la lectrice que je suis.

Étoile 3,5

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°223], Le Challenge « British Mysteries 2021 » chez MyLouBook et Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°08].

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Orcs et gobelins – Tome 11 – Kronan : Jean-Luc Istin et Sébastien Grenier

Titre : Orcs et gobelins – Tome 11 – Kronan

Scénariste : Jean-Luc Istin
Dessinateur : Sébastien Grenier

Édition : Soleil (27/01/2020)

Résumé :
Antarya traverse une crise des plus graves depuis que la reine Nawell a perdu la raison. Lors d’une trahison de haut vol, elle fait exécuter ses soldats. L’orc Kronan, capitaine de sa garde en réchappe.

Pour lui, celle qui dit se nommer Nawell est une usurpatrice et il compte bien le prouver mais aussi se venger.

Et quand Kronan se venge, il trace toujours un sillon de sang sur son chemin.

Critique :
Quand Kronan fâché, lui toujours faire ainsi !

Non, non, il ne vous crachera pas dessus (quoique) tel un lama sur le capitaine Haddock, mais il laissera un sillon de sang sur son chemin à tel point que vous n’aurez pas besoin de GPS pour le suivre !

N’allez pas pour autant considérer que Kronan est un barbare ! Non, cet Orc est capitaine des gardes de la reine d’Antarya et si les hommes acceptent d’être conduit par un Orc, c’est qu’il a des vertus.

Mais quand la reine semble péter une durite et massacrer tout le monde, Kronan a les crocs et le crucifier n’est pas la bonne action à avoir si on veut en être débarrassé ! Kronan est un guerrier et un Orc n’a pas peur de souffrir, ni même de la mort.

Quelle bonne idée j’ai eue d’aller faire un tour à la librairie, moi ! Cherchant tout autre chose, je suis tombée en arrêt fixe sur la superbe couverture et j’ai embarqué Kronan en même temps qu’un Elfe et Buffalo Bill.

Les amateurs des romans de Robert E. Howard retrouveront sans doute ce qui faisait l’identité des romans originaux, tandis que moi, n’ayant jamais lu les romans ou vu les adaptations cinématographique avec Schwartzy, j’étais vierge de tout et j’en ai bougrement profiter pour me gorger de cette histoire de vengeance et de quête de la vérité.

On peut dire ce qu’on veut, mais les scénaristes de la saga Orcs & Gobelins ont réussi à rendre les culs verts sympathiques, malgré leur violence et Kronan fera partie de mes chouchous car j’ai aimé sa vaillance, ses stratégies, sa fidélité aussi.

Les dessins sont un régal pour les yeux, avec de la finesse, le sens des détails et j’aurais aimé feuilleter l’édition Noir & blanc, mais ce sera pour une autre fois.

Le scénario a aussi tout du conventionnel : une reine qui devient sanguinaire, un prince consort et qu’on devrait laisser à l’intérieur, la soif de pouvoir, de sang, l’emprise d’un démon, des mages, des nécromanciens et un Orc qui rêve de vengeance, de la baston, des pillages, de l’action et du rythme.

Mais, une fois de plus, c’est la manière de raconter l’histoire qui est importante, les dialogues, la profondeur des personnages, leur manière d’interagir et ici, malgré les ingrédients habituels, le plat servi était un trois services, plus dessert : copieux et délicieux.

Conan le Barbare est peut-être devenu Connard le Barbant, sorte de Musclor atrophié du cerveau, entouré de belles nymphes tout aussi sans cervelle (sous la plume de Lyon De Sprague de Camp) mais Kronan l’Orc n’est pas comme lui : il a un cerveau et il sait s’en servir !

Une fois de plus, un excellent tome d’Orc & Gobelins !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°185] et le Mois du Polar – Février 2021 – chez Sharon [Fiche N°11].

Le chemin parcouru – Mémoires d’un enfant soldat : Ishmael Beah

Titre : Le chemin parcouru – Mémoires d’un enfant soldat

Auteur : Ishmael Beah
Édition : Presses de la cité Document (2008) / Pocket Jeunes adultes (2009)
Édition Originale : A Long Way Gone : Memoirs of a Boy Soldier
Traduction : Jacques Martinache

Résumé :
Sierra Leone, années 90. II s’appelle Ishmael Beah. Hier encore, c’était un enfant qui jouait à la guerre. Désormais, il la fait. Un jour de 1993. sa vie bascule brusquement dans le chaos.

Ishmael a douze ans lorsqu’il quitte son village pour participer dans la ville voisine à un spectacle de jeunes talents. Il ne reverra jamais ses parents.

Après des mois d’errance dans un pays ravagé par la guerre, il tombe avec ses compagnons aux mains de l’armée. Faute de troupes, les deux camps – armée gouvernementale et groupes rebelles – enrôlent de force les enfants des villages capturés.

Drogué, privé de tout repère moral ou simplement humain dans un monde qui s’est effondré, Ishmael devient insensible, incapable de réfléchir, transformé en machine à tuer.

À quinze ans, grâce à l’UNICEF, il est envoyé dans une mission humanitaire et, avec l’aide des médecins, il va apprendre à se pardonner et à se reconstruire.

Ce récit fascinant d’une traversée de l’enfer à l’aube de la vie est une leçon de courage et d’humanité, destinée à devenir un classique de la littérature de guerre.

Critique :
Quand on a 12 ans et que l’on vit dans un petit village de la Sierra Leone, on ne pense pas à la guerre, on ne pense qu’à s’amuser, écouter de la musique, danser, rire, s’amuser…

Quand les rebelles fondent sur les villages, c’est le feu, l’enfer, les balles, les morts, les blessés, les otages, les viols qui se succèdent.

Ishmael n’était pas dans son village lorsque ça est arrivé, il était dans un autre, bien plus loin, mais l’enfer l’a rattrapé, lui et ses amis fan de rap et ils ont dû courir, fuir devant eux, sans savoir où ils allaient arriver, sans savoir s’ils n’allaient pas se jeter dans la gueule des rebelles.

Ce récit vous prend aux tripes car la question qui vient toujours à l’esprit est « Qu’est-ce que moi j’aurais fait ? Comment aurais-je réagis à cette horreur qui s’abat sur vous et vos proches ? ».

Car cette guerre civile fractionne les familles, éparpille tout le monde, tue et blesse, mais aussi, elle fait naître la peur des autres. Pire, elle fait naître la peur des enfants dans les yeux des adultes.

Le périple de ces gamins ne sera pas facile, il est semé d’embûches et de villageois qui les prennent pour des enfants soldats, qui les chassent, qui les menacent et ces gamins de 12, 13 ans vont devoir affronter ce que même un adulte ne voudrait pas vivre dans sa vie.

J’ai frissonné de peur, j’ai craint pour la vie de ces gamins, pour la vie des autres. Courant avec eux pour fuir, j’en ai vu des vertes et des pas mûres, même si l’auteur reste très pudique dans ses explications, ne virant jamais au gore pour le plaisir de faire du gore, mais racontent les faits tels qu’il en a été le témoin.

On pourrait croire qu’il est difficile de faire d’un gamin qui pleure un enfant soldat sans peur et sans conscience, véritable machine à tuer, mais détrompez-vous, c’est facile, simple et rapide : tu peux ne pas être soldat, mais tu ne mangeras plus, tu peux partir, mais les rebelles te tueront.

Pour bien laver le cerveau, on explique aux enfants que ce sont les rebelles qui ont tué leurs parents, brûlés leurs villages (alors que ce sont peut-être ces soldats-ci, qui sait ?) et on les bourre de drogues qui nettoient le peu d’esprit de contradiction qu’ils leur restait.

Oui, cerveau vidé, malgré le fait que Ishmael lisait, connaissait par cœur des passages de Shakespeare, était instruit, respectueux des gens, des anciens et que son chef militaire lisait « Macbeth » et « Jules César »… Nous n’étions pas face à des bas-de-plafond… Que du contraire.

Si au départ, nos gamins pleurnichent et ne savent pas tenir une arme, ils se transforment très vite en petits Rambo et accomplissent très bien les missions qu’on leur confie, à savoir, faire les mêmes exactions, les mêmes horreurs, que les rebelles, sauf que nous, les gars, c’est pour libérer notre pays. Ben voyons.

Aucun scrupules à utiliser des enfants, autant dans l’armée que chez les rebelles, de toute façon, personne n’a jamais demandé l’avis de ces gosses, ont leur a lavé le cerveau et on en a fait des machines de guerre. Comment ensuite rééduquer ces gosses qui ont commis des atrocités ?

Il y a moyen, l’auteur a bénéficié des traitements de l’UNICEF, même si j’ai trouvé leurs démarches assez mal préparées. On peut être animé des meilleures intentions du monde, cela ne fera jamais que des pavés de plus pour le chemin de l’enfer.

Parce que mettre dans le même réfectoire des enfants soldats de l’armée et de ceux des rebelles, c’est dégoupiller des grenades ! Gare à l’explosion ! Et souvent, les gens de l’UNICEF oublient qu’ils ont face à eux des enfants soldats, qui voudraient retourner à la guerre, dans leur unité, qui sont bourré de drogues et de violences.

Un récit qui prend aux tripes, une fuite en avant dans la peur, les larmes et le sang, des familles séparées, que peu de gamins retrouveront, peu de solidarité, beaucoup de peur des autres et des enfants qui sont capables de changer très vite, passant de gamins insouciants, joueurs, rigoleurs à des fugitifs apeurés et ensuite, pour les plus malchanceux, à des guerriers sans pitié, oubliant très vite tout ce qu’il leur fut appris.

Une histoire vraie dure, sombre, violente. Une histoire, une de plus, sur la folie des hommes, apportant une pierre de plus à l’édifice de la bestialité sans laquelle l’Humain est capable de sombre très très vite, plus vite qu’on ne le croit et d’où il n’est pas facile de s’extraire après avoir été conditionné, surtout quand les combats viennent refrapper à votre porte.

Un témoignage magnifique.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°183] et le Mois du Polar – Février 2021 – chez Sharon [Fiche N°09].