Le Diable de la Tamise : Annelie Wendeberg

Diable de la Tamise - Wendeberg

Titre : Le Diable de la Tamise

Auteur : Annelie Wendeberg
Édition : Les Presses De La Cite (2016)

Résumé :
Londres, 1889. Quand une victime du choléra est retrouvée dans la Tamise, le Dr Anton Kronberg, bactériologiste de son état, est appelé pour confirmer les causes du décès.

Toutes les précautions sont prises pour éviter une épidémie. Les choses auraient pu en rester là si les résultats intrigants de l’autopsie n’avaient poussé Kronberg à s’intéresser de plus près à cette affaire.

Alors que Scotland Yard souhaite classer ce cas, Kronberg se rapproche de Sherlock Holmes. Et il ne faut que peu de temps au célèbre détective pour percer le secret du médecin qui, en réalité, est… une femme.

Un secret qui pourrait la mener droit en prison s’il venait à être révélé. Mais tous deux vont unir leurs forces pour débusquer un criminel aussi redoutable que Jack l’Éventreur…

keep-calm-and-read-for-the-english-month-2.jpgCritique :
Pas évident de mettre en scène un détective archi-connu tel que Sherlock Holmes dans une enquête qui tienne la route et encore moins évident de le faire enquêter aux côtés d’une femme qui a choisi de se travestir en homme afin de pouvoir étudier et ensuite exercer la médecine.

Franchement, l’exercice était plus que casse-gueule, une véritable folie mais l’auteur a réussi ce coup de folie !

Non seulement le Holmes qu’elle nous présente ressemble au vrai, a la couleur du vrai, mais tel le ©Canada Dry, ce n’est pas le vrai…

Pourtant, ça pétille et fait du bien de retrouver mon bon vieux Sherlock dans cette courte enquête (256p), même s’il n’a pas le premier rôle…

Le Dr Anton Kronberg se prénomme en fait Anna et puisque les études de médecine ne sont pas accessibles à la moitié de l’humanité (les femmes), elle a dû ruser et se grimer en homme pour y arriver. Il n’y a que Holmes qui a percé le déguisement de la bactériologiste à jour.

Certes, si je voulais chipoter, je dirais que cette femme a beaucoup de qualités, dont celle de se livrer à des déductions, d’avoir un sang-froid parfaitement maîtrisé (mais ça craquera parfois), une philanthropie que peu de médecins possèdent, qui joue au médecin légiste sans même frémir et qu’elle mène une double vie sans que personne n’ait jamais rien remarqué.

Une sorte de docteur Kay Scarpetta en moins chiante… Si, si, au bout de quelques romans, la Scarpetta, elle devenait imbuvable !

Le truc du faux pénis qu’Anna porte pour faire semblant aux urinoirs aurait pu ne pas être mentionné, mais bon, ça passe (oups) et ça laisse imaginer ce que nous les femmes (nous le charme ♫) avons dû faire pour avoir quelques droits dans cette société menée par des phallocrate aux petites bi… aux petits esprits qui auraient trop peur que nous prouvions que nous pouvons être meilleures ou aussi pires qu’eux !

Les idées préconçues nous empêchent d’apprendre ! Ce n’est qu’une fois que nous avons appris tout ce qu’il y a à savoir, une fois que nous avons étudié, observé, que nous pouvons tirer nos conclusions. Et ne vous attendez pas à toujours trouver une réponse à vos questions. Si jamais vous avez fait de votre mieux et que l’explication vous échappe toujours, il est acceptable et honorable de reconnaître votre ignorance.

Une des premières choses que j’ai apprises en tant qu’adulte, c’est que, pour les gens qui ont toujours vécu dans la peur et les préjugés, la connaissance et les faits n’ont strictement aucune importance.

Le manque de discernement a toujours été pour moi le trait le plus dérangeant de mes congénères.

La plume de l’auteur m’a entrainé en peu de mots dans le Londres victorien, nous brossant la misère de ses quartiers, le peu de scrupules de certains médecins (mais nous le savions déjà, non ?), les avancées de la médecine qui se sont faites au détriment des vies humaines (qu’est-ce quelques indigents contre l’humanité ?) et la non-place de la femme dans une société dont le souverain était… une femme.

Les personnages sont bien brossés, Holmes est conforme, le Dr Anton/Anna Kronberg attachante, une femme qui vit selon ses convictions, qui ne dit pas non à une partie de jambes en l’air et qui est prête à toute pour résoudre ce cas étrange du cadavre retrouvé sur les bords de la Tamise et qui présentait tous les signes d’une mort due au choléra.

Oui, on oscille entre enquête policière et enquête médicale, mais on ne jouera pas au médecin non conventionné avec Holmes…

De plus, la fin laisse présager une suite car tout n’est pas résolu. Non, on ne pourrait pas terminer cette enquête par un arrêt total de tout, impossible, ce ne serait pas réaliste à ce niveau là.

J’espère juste que j’aurais droit à une autre enquête du Dr Anton/Anna Kronberg et de Sherlock Holmes.

« L’égalité entre hommes et femmes sera une réalité le jour où on mettra une femme incompétente à un poste de responsabilité » (Françoise Giroud)

Étoile 4,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Sherlock Holmes » de Lavinia sur Livraddict, le Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et Le Mois anglais 2016 (Saison 5) chez My Lou Book et Cryssilda.

SH - Keep-Calm-Sherlock Power déduction

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Cadavre 19 : Belinda Bauer

Titre : Cadavre 19                                                                           big_3-5

Auteur : Belinda Bauer
Édition : Fleuve Editions (2014)

Résumé :
Ce jour-là, Patrick Fort, un étudiant en anatomie atteint du syndrome d’Asperger, doit déterminer la cause de la mort d’un homme. Or le corps étendu sur la table de dissection s’apprête à lui livrer une histoire bien différente des conclusions officielles du légiste. Patrick est passionné, obsessionnel, il veut comprendre.

Mais tandis qu’il tente d’exhumer une vérité que certains s’évertuent à cacher, il déterre nombre de secrets et mensonges, dont certains le concernent personnellement…

Petit Plus : « Des échos évidents au Bizarre Incident du chien pendant la nuit de Mark Haddon, mais avec une trame plus serrée que le nœud coulant du bourreau, Cadavre 19 mérite décidément le même succès ! » Sunday Express

Critique : 
Le bandeau « Conquis ou remboursé* » m’avait bien fait rire lors de mon achat. Je vous rassure, ce n’est pas ça qui m’avait fait choisir ce roman.

C’est la couverture, le titre énigmatique et le 4ème de couverture qui m’avaient décidé à l’incorporer à mon panier déjà chargé.

Bien que l’auteur se nomme Bauer, elle n’a aucun lien de parenté avec le Jack Bauer qui courait partout durant 24h, montre en main.

Niveau rythme, heureusement que je n’étais pas à la recherche d’un récit trépidant sinon j’aurais fait dodo.

Oui, comme on rentre dans certains détails, le rythme est assez lent, mais l’intérêt est ailleurs. Tout le sel de ce roman réside dans Patrick Fort, le personnage principal, étudiant en anatomie et atteint du syndrome d’Asperger.

Pour lui, les émotions sont terra incognita et la logique prime sur le reste. Attention, rien à voir avec Sherlock Holmes car le détective ne devait pas manger pas ses aliments dans l’ordre alphabétique comme notre Patrick !

Mêlant plusieurs récits dont les souvenirs de l’enfance de Patrick, l’accident d’un homme, les pensées d’un comateux, la dissection de corps à l’université, des tranches de la vie de Patrick et son côté inadapté au monde qui l’entoure ainsi que son enquête, ce qui donne un roman assez riche et qui se lit comme un récit plaisant.

C’est le personnage de Patrick qui fait le charme de ce roman « pas comme les autres » et que je qualifierais plus de « roman policier » que de « thriller ».

Sans le syndrome d’Asperger du personnage principal, ce récit serait banal. Grâce à lui, il ne l’est pas et ce fut une lecture des plus agréables, détendue, avec un sourire aux lèvres et de l’adrénaline après la page 300.

Un rythme lent, certes, mais de la profondeur dans les personnages, un enquêteur hors-norme en la personne de Patrick et quelques trucs fracassants auxquels on ne s’attend pas.

Un style d’écriture simple, sans pour autant vous abêtir, une touche d’humour, quelques découpes de corps légués à la science et un jeune homme qui essaye d’obtenir des réponses à ses questions, lui qui prend tout en premier degré, lui qui ne comprend pas les sentiments, lui qui veut comprendre pourquoi on a noté que le cadavre 19 était mort de cause naturelle.

Une lecture très rafraichissante.

PS : cette critique est la millième que je poste sur Babelio et je n’avais même pas regardé mon compteur ! 😉

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016) et « A year in England » chez Titine.

CHALLENGE - Sherlock___Running_Wallpaper_by_draft624 CorrigéCHALLENGE - Thrillers Polars 2015-2016

Holmes (1854/1891 ?) – Tome 4 – La dame de Scutari : Luc Brunschwig & Cécil

Titre : Holmes (1854/1891 ?) – Tome 4 – La dame de Scutari         big_4

Auteur : Luc Brunschwig
Scénariste : Cécil
Édition : Futuropolis (2014)

Résumé :
Alors que Wiggins suit la plaidoirie du docteur Parks au procès de Judith Brown, sous l’oeil attentif de Mycroft, dont l’issue va provoquer l’émoi dans le pays tout entier, Mary et John Watson sont au chevet de la nourrice de Sherlock, blessée par balles.

Et les révélations de celle-ci vont les mettre sur la piste d’une femme dont le nom fut aussi au cœur du procès : Florence Nightingale, infirmière célèbre et pionnière des soins infirmiers modernes, qui mit en pratique ses théories lors de la guerre de Crimée à l’hôpital de Scutari où officièrent le jeune docteur Parks et une certaine… Violet Holmes. »

Critique :
C’est toujours avec un mélange de plaisir et d’appréhension que j’ouvre un nouvel album de ce duo dont le premier tome était sorti en 2006.

Plaisir de voir paraître un nouvel album et peur que la série ne s’enlise et ne commence à tourner en rond comme un chien après sa queue.

Voici donc (enfin !!) le quatrième opus d’une saga qui devrait en compter neuf (c’est vous dire que je les attends comme le Messie, ces albums).

Bon, assez de suspense, le chien ne tourne pas en rond après sa queue et il a même reçu un os à ronger avec ce nouvel album qui m’a fait saliver de plaisir.

Dès l’ouverture, ce sont de belles couleurs sépias qui ont fait briller mes mirettes. Nous sommes en 1854, à Scutari, en Turquie, durant la guerre de Crimée (1853 à 1856). Une belle entrée en matière pour aiguiser ma curiosité et me mettre en appétit avec la présence de Miss Nightingale.

On pourrait être surpris de pareille entrée en matière dans une saga consacrée au Grand Hiatus de Sherlock Holmes (1891 à 1894), mais c’est oublier qu’en 1854, en pleine guerre de Crimée, Sherlock Holmes voyait le jour (date de naissance sujette à caution) et ce quatrième tome nous permet d’assister à la naissance – en direct – du futur Grand Détective !

Si ce quatrième tome n’éteint pas les multiples questions que je me pose encore, il clôt certains événements qui se déroulaient dans le troisième, tout en ouvrant la voie à d’autres mystères, comme ceux avec Mycroft Holmes ou avec leur mère, Violet.

Les dessins sont toujours dans des tons gris (monochrome) pour les événements du présent et le trait est, comme toujours, à tomber à la renverse tellement il est élégant, sobre, avec des tas de détails dans chaque case, à tel point qu’il me faut plusieurs lectures avant de tout détecter.

Tous en assistant à quelques moments de la famille Holmes en 1854, nous découvrons aussi la suite de l’investigation que mène le docteur Watson sur son ami décédé dans les chutes,  notre cher Wiggins mène toujours son enquête à Londres et le scénariste ne se prive pas non plus de nous faire découvrir des pans de la vie à Londres sous la reine Victoria.

Il est des piques, dans les dialogues, qui sont aussi meurtrières qu’un javelot lancé à pleine puissance dans la poitrine d’un homme, notamment en ce qui concerne les nobles et les officiers qui, lors de la guerre de Crimée, envoyaient les soldats se faire hacher menu, ne voulant même pas voir que les méthodes de guerre avaient changées depuis la dernière fois.

— Regardez, vous autres… Regardez à qui l’on a demandé de juger cette pauvre femme… Des hommes !!! Rien que des hommes… Tous riches et nobles, chargés d’évaluer la vie et les motivations de cette modeste créature… Comme si ils avaient la moindre idée de ce qu’est le quotidien d’une femme du peuple, aujourd’hui, à Londres ! […]

— Et vous messieurs, vous êtes comme eux… Vous non plus, vous ne voyez rien… Rien des incroyables et destructifs changements que le monde moderne a occasionnés pour les plus humbles d’entre nous ! Tant que vous resterez aveugles à tout cela, ce sont eux, les petits, les sans-grades, qui continueront de payer le prix de votre aveuglement !!!

Un excellent tome, une fois de plus, qui, bien que ne résolvant pas tout, nous éclaire sur la vie de Sherlock et de sa mère, Violet. Évidemment, c’est de bonne guerre, si d’un côté on lève le voile sur certaines parties antérieures de l’histoire, on noie dans le smog londonien d’autres afin de ne pas dévoiler tout.

L’auteur pratique avec maestria l’art de l’effeuillage… en montrer suffisamment pour nous donner envie d’assister à tout le spectacle, mais pas trop d’un coup et surtout pas la pièce maitresse !

Encore 5 tomes avant la mise à nu… Survivrais-je à cette longue attente ?? Nul ne le sait, mais il faut à tout prix que vous suiviez cette saga !

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Sherlock Holmes » de Lavinia sur Livraddict, le Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et « A year in England » chez Titine.

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