Il était deux fois : Franck Thilliez

Titre : Il était deux fois

Auteur : Franck Thilliez
Édition : Fleuve Noir (04/06/2020)

Résumé :
En 2008, Julie, dix-sept ans, disparaît en ne laissant comme trace que son vélo posé contre un arbre. Le drame agite Sagas, petite ville au coeur des montagnes, et percute de plein fouet le père de la jeune fille, le lieutenant de gendarmerie Gabriel Moscato.

Ce dernier se lance alors dans une enquête aussi désespérée qu’effrénée. Jusqu’à ce jour où ses pas le mènent à l’hôtel de la Falaise…

Là, le propriétaire lui donne accès à son registre et lui propose de le consulter dans la chambre 29, au deuxième étage.

Mais exténué par un mois de vaines recherches, il finit par s’endormir avant d’être brusquement réveillé en pleine nuit par des impacts sourds contre sa fenêtre… Dehors, il pleut des oiseaux morts.

Et cette scène a d’autant moins de sens que Gabriel se trouve à présent au rez-de-chaussée, dans la chambre 7.

Désorienté, il se rend à la réception où il apprend qu’on est en réalité en 2020 et que ça fait plus de douze ans que sa fille a disparu…

Critique :
Certains romans de Franck Thilliez devraient porter, comme les paquest de clopes, des mentions obligatoires telles que : « Peu nuire gravement à votre nuit », ou « Rend les mains moites et provoque une accélération cardiaque » ou « Fera fumer votre cerveau » ou « Peut entraîner une addiction sévère » ou « Attention, à ne pas emporter sur une plage, danger de ne pas voir la marée monter ».

À chaque roman, l’auteur met la barre plus haute et réussi à franchir l’obstacle avec maestria.

Là, Gabriel Moscato, lieutenant de gendarmerie s’endort dans la chambre 29, au deuxième étage et se réveille ensuite dans la chambre 7, au rez-de-chaussée.

Blague de potache ? Bizutage ? Somnambulisme ? Sauf qu’il s’est endormi en 2008 et qu’il se réveille en 2020… Coma ? Utilisation de la Delorean du doc Emmett Brown pour aller dans le futur ?

Thilliez surfe sur le fantastique mais comme Conan Doyle dans « Le chien des Baskerville », tout a une explication logique et scientifique. Malgré tout, on comprend que Gabriel flippe un max en comprenant qu’il a fait un bond de 12 ans.

Imaginez un l’horreur… Lorsque vous vous couchez, Barak Obama a toutes ses chances pour la présidence et lorsque vous vous réveillez, boum, il y a un excité à la mèche peroxydée qui twitte furieusement.

Pire, vous vous êtes endormi sous Sarkozy et bam, à votre réveil, vous êtes sous Macron… Et entre les deux, vous avez été sous Hollande et vous n’avez rien senti. Bien que votre vie sexuelle ne me regarde pas…

Sérieusement, je ne voudrais pas être le psy qui analysera un jour le contenu de la tête de Franck Thilliez ! Il doit avec de ces trucs de ouf, là-dedans…

Parce qu’à chaque roman, pour nous faire toujours plus fort, faut être un créateur fou, avoir une imagination des plus dingues (et logique) pour que toutes les pièces s’emboîtent dans chacun de ses romans ou sur deux romans, comme c’est le cas ici.

J’imagine l’auteur, devant son mur, gribouillant partout, faisant des flèches pour relier son grand projet, le tout avec des yeux fous, un sourire de pervers sadique aux lèvres, poussant un rire démoniaque, tel celui qui fini la chanson « Thriller » (de Michaël Jackson) car il sait que, une fois de plus, il va faire tourner en bourrique ses lecteurs, les rendre chèvre et nous ne demandons que ça !

L’auteur prend son temps pour placer son décor, une ville où vous n’auriez pas envie d’aller en vacances, de présenter ses personnages.

Gabriel, borderline, tigre féroce, bulldozer, qui te casse la gueule avant de te questionner après, têtu aussi et Paul, gendarme lui aussi, son collègue, très froid, qui cache ses sentiments mais qui va se dégeler au fur et à mesure. Ils sont humains, terriblement humain, ces deux hommes qui le cachent bien.

Si l’enquête commence elle aussi à son rythme, ensuite, elle s’accélère et là, plus moyen de poser le roman. Une fois de plus, j’ai surveillé la cuisson du dîner (midi) avec le roman posé non loin de moi…

Non content de vous faire monter l’adrénaline, Thilliez vous instruit aussi pour le même prix. Ne l’emportez pas sur une plage, vous ne verrez pas le temps passer et la marée vous submergera sans que vous en preniez conscience.

Le thriller de Thilliez, c’est un puzzle éparpillé qu’il va patiemment construire sous vos yeux et il faudra attendre la dernière pièce avant de voir l’oeuvre toute entière.

C’est tordu mais droit, tout est mélangé mais tout est logique, ça sent le fantastique mais c’est du rationnel. C’est un labyrinthe mais si vous suivez Thésée, vous arriverez à la sortie, le cœur battant à fond, les tripes retournées, le cerveau fumant, à cheval entre le plaisir de l’avoir lu (et de savoir) et la frustration de devoir attendre le suivant pour reprendre une dose de Thilliez.

Challenge Thrillers et Polars chez Sharon (du 10 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lectures N°03].

Mages – Tome 1 – Aldoran : Jean-Luc Istin, Kyko Duarte et Nanjan

Titre : Mages – Tome 1 – Aldoran

Scénariste : Jean-Luc Istin
Dessinateur : Kyko Duarte
Coloriages : Nanjan

Édition : Soleil (19/06/2019)

Résumé :
Tyrom, un vieil ermite, s’attache bien malgré lui à Shannon, une gamine espiègle de Castlelek. Cette cité indépendante est convoitée par le roi Gerald qui entend l’annexer à son royaume.

Alors, quand Tyrom voit un mercenaire menacer Shannon, il s’interpose.

L’instant d’après, la dépouille fumante du mercenaire git à ses pieds. Il ne comprend pas ce qu’il vient de se passer. Est-il un mage ? Et si oui ? Pourquoi a-t-il perdu la mémoire ?

Critique :
Une fois de plus, Jean-Luc Istin n’a rien inventé mais c’est la manière qu’il a de nous raconter les histoires qui nous plait, ainsi que les différents personnages qui gravitent dans ses sagas.

En voici une nouvelle que je n’avais pas eu l’occasion, le temps, de lire à sa sortie et je profite de ces congés forcés pour enfin pendre le temps (j’ai encore de quoi lire pour un confinement de 6 mois au moins).

Castlelek, une ville prospère, tranquille, indépendante où il ne se passe jamais rien.

Une gamine, Shannon, intrépide, curieuse, aventureuse, qui se lie d’amitié avec un géant (Tyrom) vivant en ermite dans les hauteurs de la ville, sorte d’ours mal léché ronchon et amnésique, qui va, comme nous, s’attacher à la petite Shannon.

Effectivement, une amitié entre un vieux ronchon et une gamine bourrée d’espièglerie, on a tous connu ça. Un roi voisin qui veut mettre la main sur la ville indépendante, leur taxer du fric pour sa protection et qui envoie, pour les faire plier, des mercenaires, c’est du connu, ça se fait encore sûrement.

Un autre roi assassiné par un mage et le coupable qui a disparu sans que l’on arrive à mettre la main dessus, c’est du tout cuit aussi. Ne manquait que la fôte à « Aldoran m’a tué » inscrit au mur, par le doigt ensanglanté du roi mourant…

Mais comme je le disais, si le scénario est basique, la manière de le conter ne l’est pas et cet album se laisse lire du début à la fin avec avidité car si l’auteur nous emmène une fois encore dans les terres d’Arran que nous connaissons bien, il nous présente un nouvel ordre, celui des Mages, que nous avions entrevu dans un album de la saga Elfes.

Une fois de plus, tout se tient, tout s’enchaîne, même si je voudrais avoir un jour le plan de lecture de tous les albums des différents monde afin de relire tout dans le bon ordre.

Nous avons beau être dans de la fantasy, tout ce qui s’y passe, hormis la magie, n’est jamais que la copie de nos sociétés, à une époque donnée. Rien de neuf sous le soleil sauf l’art et la manière de raconter les histoires pour captiver les lecteurs.

Je compte bien découvrir la suite de la saga Mages pour voir comment elle évolue et si elle arrive au niveau des sagas Elfes et Nains… Sans oublier les sales bêtes d’Orcs et de Gobelins qui, pour le moment, ont tout pour me plaire.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°214.

Cinq cartes brûlées : Sophie Loubière

Titre : Cinq cartes brûlées

Auteur : Sophie Loubière
Édition : Fleuve Noir (16/01/2020)

Résumé :
Laurence Graissac grandit aux côtés de son frère, Thierry, qui prend toujours un malin plaisir à la harceler et à l’humilier. Du pavillon sinistre de son enfance à Saint-Flour, elle garde des blessures à vif, comme les signes d’une existence balayée par le destin.

Mais Laurence a bien l’intention de devenir la femme qu’elle ne s’est jamais autorisée à être, quel qu’en soit le prix à payer.

Le jour où le discret docteur Bashert, en proie à une addiction au jeu, croise sa route, la donne pourrait enfin changer…

Thriller psychologique d’une rare intensité, Cinq cartes brûlées va vous plonger au cœur de la manipulation mentale. De celle dont on ne revient jamais indemne.

Critique :
Dès les premières pages, l’auteure nous plonge dans un bain de sang, après les galipettes de rigueur. Le ton est donné, ce sera en rouge sang et noir sans espoir.

♫ En rouge et Noir… ♪

Mais comment en est-on arrivé là ? Petit retour en arrière avec une scène des plus belles : la naissance d’un enfant. Oh que c’est beau le petit frère (Thierry) qui embrasse se petite soeur (Laurence) qui vient de naître.

STOP ! Le rose bonbon n’est pas de mise, remisez les dragées, le grand frère de trois ans n’a pas du tout l’intention que le moutard (on dit « moutarde » pour une fille ?) lui ravisse sa place de petit dieu vivant.

♫ Oh ooooh, Laurence… ♪ Y a tant de frères que je ne suis pas ♪ Y a tant de phrases qu’on dit, que je ne te dirais pas ♪

Brimée par son frère Thierry, rabaissée sans cesse par lui, face à des parents qui portent des lunettes noirs d’aveugles et qui n’ont pas l’air de se rendre compte que le frangin est un tyran doublé d’un tortionnaire.

On parlait d’un thriller psychologique et on y était en plein dedans ! Face à une descente aux enfers de Laurence, nous sommes impuissants. Elle, elle a trouvé refuge dans la nourriture, se gavant de tout et dans l’amour que lui porte son père.

Quant tout éclate, la descente continue jusqu’à ce que… La suite dans le roman !

Il est des romans que l’on lit sans se rendre compte que les pages tournent, des romans sans scènes d’action notoire, qui nous parlent de la vie du quotidien, des brimades d’un frère envers une soeur, de parents dépassés, de voisins médisants, d’actes qui puent l’interdit… Et sans nous en rendre compte, nous l’engloutissons avec un appétit d’ogre.

Pourtant, de prime abord, les personnages ne sont pas sympathiques… Thierry, le frère aîné, qui en grandissant devient un parasite glandouilleur critiqueur et qui a loupé sa vie. Une mère qui est parfois à l’ouest, un père qui a un comportement suspect et une Laurence qui se laisse faire, qui ne se rebelle pas contre son frangin, qui encaisse tout le temps, qui se casse le cul et qu’on ne remercie même pas.

Durant des pages et des pages, j’ai eu envie de gifler Laurence, de lui hurler de pousser son frangin tortionnaire dans les escaliers, de le frapper à grands coups de pelle, de la découper en morceau et de le foutre dans la poubelle des déchets organiques (le tri des déchets, c’est important !).

Cette manière de tout encaisser sans ruer dans les brancards m’a exaspéré et pourtant, j’ai continué ma lecture parce que l’ambiance était tendue comme la corde d’un string et que je voulais savoir si Laurence allait, enfin, se reprendre.

Puis, fiat lux…

Dans ce roman noir, sombre, psychologique, l’auteure aborde plusieurs sujets de sociétés comme la boulimie, le mauvaise estime de soi, les brimades scolaires et en milieu familial, la perte de confiance, le regard des autres, le pôle emploi (notre Actiris ne doit pas valoir mieux), le sport de haut niveau, le harcèlement, les rumeurs d’inceste, l’éclatement de la famille, les casinos, les escort girl et le courant électrique.

Dis ainsi, ça fait bordel sans nom mais l’auteure a tout bien classé, tout bien mis en scène et tous ces ingrédients se marient harmonieusement dans l’histoire, sans peser, la touche finale était que le suspense et le mystère sont dosés correctement et qu’ils se diffusent lentement dans le récit.

Mon bémol sera pour le fait que je n’ai pas eu d’accroches avec les différents personnages et que si j’avais apprécié Laurence gamine, j’ai perdu mon estime pour elle lorsqu’elle est devenue adulte et qu’elle a continué à aimer son tortionnaire de frangin, à accepter toutes ses insultes… Avant, une fois encore, de retourner ma veste avant le truc final. Je dis « truc » à dessein.

Un roman noir qui se lit tout seul, les mains accrochées aux pages, les grognements de fureur aux bords des lèvres avant de tout terminer en soupirant devant ses vies éclatées, foutues, écartelées, en se demandant où tout cela à commencer à foirer… À la naissance de Laurence, hélas.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°207.

La Neige de saint Pierre : Léo Perutz [LC avec Rachel]


Titre : La Neige de saint Pierre

Auteur : Léo Perutz
Édition : Zulma (03/10/2016)
Édition Originale : St. Petri Schnee (1933)
Traducteur : Jean-Claude Capèle

Résumé :
En 1932, Georg Friedrich Amberg, jeune médecin engagé par le baron von Malchin, quitte Berlin pour le lointain village de Morwede.

Pour y soigner des paysans ? Pas si évident, car dans le secret de son laboratoire, la baron vient de découvrir une drogue surpuissante : la neige de saint Pierre. Dont il compte bien faire usage à grande échelle.

Interdit par les nazis dès sa parution en 1933, la Neige de saint Pierre est, par-delà l’enquête aux allures de rêve hallucinatoire, le roman de la manipulation et du pouvoir.

Critique :
Rêve ou réalité ? Cette question a failli rester sans réponse, pourtant, quelques indices me donnent à penser que c’était la réalité…

Imaginez que vous vous réveillez sur un lit d’hôpital, vos derniers souvenirs sont qu’une personne vous a assommé avec un fléau…

Le médecin vous signifie qu’on n’utilise plus de fléau pour battre le blé, nous sommes en 1932 tout même et qu’en plus, vous avez été renversé par une voiture.

Youyou, il y a quelqu’un là-dedans, McFly ?

Le doute s’installe. Avez-vous rêvé votre histoire ou vous ment-on ?

Puisque le doute l’habite, le jeune docteur Georg Friedrich Amberg va donc faire appel à ses souvenirs pour nous expliquer son histoire et nous donner la vérité, qui est ailleurs, comme toujours.

L’auteur, au moyen des souvenirs de son personnage principal, va nous entraîner dans un petit village, perdu au fond du trou du cul de la Westphalie, où règne le baron von Malchin et où tout est encore à l’ère manuelle, comme dans des temps reculés.

Si les expériences de petit chimiste de Gaston Lagaffe étaient réputées pour être dangereuses pour tout l’immeuble des éditions Dupuis, ainsi que pour celui de leurs voisins, Ducran et Lapoigne, les expériences chimiques du baron et de son associée, la belle Kallisto Tsanaris (Bibiche pour les intimes) ne le sont pas moins.

Croyez-moi, l’univers de ce roman est spécial, tournant parfois au huis-clos puisque nous sommes dans un petit village et que le baron voudrait, au travers de son fils adoptif, Frederico, ultime descendant de l’empereur Frédéric II (qu’il dit), rétablir la dynastie des Hohenstaufen du Saint Empire Romain Germanique (Ier Reich). Rien de moins…

Bizarre cette idée de vouloir rétablir un grand Empire… C’est moi ou ça pue l’idée du grand Reich de l’autre moustachu de sinistre mémoire ?

Vu que son roman a été interdit dès 1933 par les nazis, ces petits êtres sadiques, je pense qu’en effet ces tristes sires y ont vu, eux aussi, une allégorie des idée de grand empire prônée par leur grand guignol fanatique aux idées détestables et assassines.

Mince alors, ils avaient donc un cerveau ? Ou alors, délation, quand tu nous tiens.

Anybref, voilà une lecture que je n’aurais jamais faite dans ma copinaute Rachel et sans l’erreur qui fut sienne d’acheter ce roman en lieu et place de « La nuit sous le pont de pierre » du même auteur et que j’avais coché pour mon Mois du Polar (PTDR).

Une erreur qui a bien fait les choses car elle m’a permise de lire ce roman étrange, qui se lit facilement et qui parle des rêves un peu fous d’un baron, peut-être pas si frappadingue que ça, et qui va tenter, grâce à une substance chimique, de manipuler les foules pour leur rendre… Je ne vous dis rien de plus.

C’est un roman qui explore à la frontière entre la réalité et le fantasmagorique, qui se promène aux frontières du réel, faisant hésiter le lecteur et le personnage sur les faits qui se sont produits et dont il a été le témoin direct.

Malgré le fait que tout le monde lui dit le contraire, notre docteur se raccroche à ses souvenirs et se demande pourquoi on tente de le manipuler. La réalité serait-elle une illusion ? Ou le rêve est-il vraiment la réalité et on veut l’empêcher d’en parler ?

Un roman qui met en avant, avec moquerie, le Premier Reich, touchant par là-même le Troisième qui se voulait aussi grand, qui parle de la foi comme de l’opium du peuple (mais d’une autre manière que je ne divulgâcherai pas), qui parle de la manipulation des masses par quelques personnes, le tout sur un ton assez badin, amusant, mêlant habillement le roman d’investigation à celui d’anticipation.

On comprend l’interdiction de l’époque ! Mais maintenant, on peur le lire sans peur et sans reproches.

Une LC avec Rachel qui, malgré les cafouillages du départ, aura été une belle découverte. Elle, comme moi, a apprécié sa lecture. D’ailleurs, elle vous le confirmera dans sa chronique.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°202.

Retour à Birkenau : Ginette Kolinka (avec Marion Ruggieri)

Titre : Retour à Birkenau

Auteurs : Ginette Kolinka (avec Marion Ruggieri)
Édition : Grasset Documents français (09/05/2019)

Résumé :
« Moi-même je le raconte, je le vois, et je me dis c’est pas possible d’avoir survécu… »

Arrêtée par la Gestapo en mars 1944 à Avignon avec son père, son petit-frère de douze ans et son neveu, Ginette Kolinka est déportée à Auschwitz-Birkenau : elle sera seule à en revenir, après avoir été transférée à Bergen-Belsen, Raguhn et Theresienstadt.

Dans ce convoi du printemps 1944 se trouvaient deux jeunes filles dont elle devint amie, plus tard : Simone Veil et Marceline Rosenberg, pas encore Loridan–Ivens.

Aujourd’hui, à son tour, Ginette Kolinka raconte ce qu’elle a vu et connu dans les camps d’extermination. Ce à quoi elle a survécu. Les coups, la faim, le froid. La haine. Les mots. Le corps et la nudité. Les toilettes de ciment et de terre battue. La cruauté.

Parfois, la fraternité. La robe que lui offrit Simone et qui la sauva.

Que tous, nous sachions, non pas tout de ce qui fut à Birkenau, mais assez pour ne jamais oublier ; pour ne pas cesser d’y croire, même si Ginette Kolinka, à presque 94 ans, raconte en fermant les yeux et se demande encore et encore comment elle a pu survivre à « ça »…

Critique :
Des livres sur les camps d’exterminations et/ou de concentration, j’en ai lu assez bien dans ma vie.

Certains étaient tellement horrible à lire qu’ils ont terminé dans le freezer avant de repartir dans la biblio et ne plus jamais en sortir.

C’est donc toujours en respirant un grand coup que je me plonge dans ces heures noires et sanglantes que furent l’extermination d’êtres humains durant la Seconde Guerre Mondiale.

Si je devais résumer le récit de madame Kolinka, je dirais « sobriété » car il reste sobre comparé à d’autres romans qui décrivent ce que les Juifs et autres subirent dans les camps, mais malgré cette sobriété dans son témoignage, il est tout de même d’une force qui te pète encore et toujours dans la gueule, même si tu sais…

Avec force et en peu de mots, elle nous décrit la faim, la soif, le froid, la crasse, les coups, les brimades, les privations, le travail harassant, les ordres gueulés, les kapos, les maladies, les morts, les disparus, les fouilles…

Une fois de plus, en lisant, j’ai vu des images que mes yeux aimeraient ne plus jamais voir (vœu pieu), une fois de plus, j’ai ressenti les souffrances dans ma chair car j’ai pensé à ce que je pourrais ressentir si c’était moi et ma famille qui vivions cette horreur sans nom.

Une fois de plus, j’ai perdu pied… Puis je me suis raccrochée parce que le récit était beau, malgré les quelques horreurs qu’il décrivait, parce qu’il était profond, fort, empreint de tendresse et que cette dame accompagne des jeunes à Birkenau pour leur expliquer, pour témoigner, pour que l’on ne dise pas « je ne savais pas ».

Cette dame, je l’avais entendue parler de son livre à La Grande Librairie (émission dangereuse pour la PAL) et ce qui le tourmentait, c’était que le camp de Birkenau, de nos jours, au printemps, c’était beau car rempli de fleurs, d’herbes…

La crasse des latrines avait été nettoyée et qu’il était difficile pour ceux qui n’avaient pas vu ça, d’imaginer ce que le camp était en 40-45.

Une autre aussi l’étonne : personne ne lui pose des questions sur les privations alimentaires mais bien des gens lui demandent si elle avait croisé Hitler durant son séjour… Pas vraiment le genre de questions que je poserais.

Sans entrer dans les détails, l’auteure survole les années de bonheur avant les années de l’horreur et celles qui suivirent son retour dans sa famille, sans son père, sans son petit frère, sans non neveu…

Comme je vous le disais, c’est sobre, pas trop détaillé dans l’horreur, sans fioritures aucune, sans apitoiement car elle désire juste témoigner, raconter ce qu’elle a vu, vécu.

Un récit tout en sobriété, tout en force, tout en humilité, tout en émotions.

Un récit que l’on lit d’un coup, sans relever la tête, avec les tripes nouées et une boule au fond de la gorge car ceci n’est pas une fiction, mais une réalité.

Un récit bouleversant mais accessible aux âmes les plus sensibles car il n’explore pas en profondeur la noirceur de l’Humain en cette Seconde Guerre Mondiale et dans ces camps de la mort.

Un récit qui restera dans mon coeur, comme bien des autres.

Entrée de Birkenau (Auschwitz II), vue depuis l’intérieur du camp

Les femmes de Heart Spring Mountain : Robin MacArthur

Titre : Les femmes de Heart Spring Mountain

Auteur : Robin MacArthur
Édition : Albin Michel – Terres d’Amérique (30/01/2019)
Édition Originale : Heart Spring Mountain (2018)
Traducteur : France Camus-Pichon

Résumé :
Août 2011. L’ouragan Irene s’abat sur le Vermont, laissant derrière lui le chaos et la désolation.

Loin de là, à La Nouvelle-Orléans, Vale apprend que sa mère a disparu lors du passage de la tempête.

Cela fait longtemps que la jeune femme a tourné le dos à sa famille, mais cette nouvelle ne lui laisse d’autre choix que de rentrer chez elle, à Heart Spring Mountain.

Elle y retrouve celles qui ont bercé son enfance : la vieille Hazel qui, seule dans sa ferme, perd la mémoire, et Deb, restée fidèle à ses idéaux hippies.

Mais si elle est venue là dans le seul but de retrouver sa mère, c’est aux secrets des générations de femmes qui l’ont précédée que Vale va se confronter, réveillant son attachement féroce à cette terre qu’elle a tant voulu fuir.

Après « Le Coeur sauvage », un recueil de nouvelles unanimement salué par la critique et les libraires, Robin MacArthur signe, d’une écriture pure et inspirée par la nature sauvage du Vermont, un émouvant premier roman sur le lien à la terre natale, et offre une réflexion lumineuse sur l’avenir de notre planète.

Critique :
Si Patrick Juvet lit ce roman, il chantera ♫ Où sont les hommes ? ♪ car dans ces pages, les hommes sont les grands absents.

Bon, ils sont passés un jour, puisque les femmes ont eu des enfants, mais ensuite, ils ont disparu de la vie de ses femmes.

Il est des livres que l’on fluore dès leur sortie, se disant que lui, il est fait pour nous.

Il est des livres dont les thématiques sont emballantes car intégrées parfaitement au récit.

Imaginez une saga familiale sur plusieurs générations qui en même temps aborderait les origines Amérindiennes, les origines, l’identité, l’héritage de ses ancêtres, les secrets de famille, la planète et son avenir, ou plutôt, le nôtre (parce que la Terre, elle s’en sortira très bien, merci pour elle), la nature et ses dérèglements.

Et pourtant, je suis passée royalement à côté de ce roman ! Oui, ce roman qui m’avait mise l’eau à la bouche m’a noyé dans les nombreux portraits des différentes femmes qui le composent et m’a endormie car pas moyen de rester concentrée dessus, même pas trop envie de revenir plonger dedans.

Pourtant, le roman est composé de courts chapitres, ça aurait dû lui donner du rythme mais non, pas moyen d’entrer dans récit qui suivait ces trois générations de femmes ayant grandi sans père et explorant les années 1956 à 2011.

C’est donc avec une pointe de regret que j’ai posé ce roman qui avait tout pour lui, qui me semblait fait pour moi, composé de ce genre de portraits comme je les affectionne, qui explorait cette Amérique que j’aime découvrir, celle des petites gens.

Non, ce roman n’est pas un mauvais roman, pas du tout, c’est un grand roman, sans aucun doute, mais nous n’étions pas fait l’un pour l’autre, ou alors, pas maintenant.

J’aurais peut-être dû le laisser mûrir un an de plus en bibliothèque de chêne…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2019-2020) – N°9.

 

Parfois le loup : Urban Waite

Titre : Parfois le loup

Auteur : Urban Waite
Édition : Actes Sud – Actes noirs (06/04/2016)
Édition Originale : Sometimes the wolf (2014)
Traducteur : Céline Schwaller

Résumé :
Le shérif Patrick Drake s’efforce de vivre la tête haute dans sa petite ville de montagne, mais un jour sa femme tombe malade. Il est seul à faire bouillir la marmite, alors pour faire face, il se met à avoir de mauvaises fréquentations. Bientôt, il est arrêté et condamné pour l’un des pires crimes qu’ait connu l’histoire locale.

Douze ans plus tard, Patrick entame sa conditionnelle sous l’oeil circonspect de son fils, Bobby, shérif adjoint dans l’ancien bureau de son père.

Hanté par les casseroles du paternel, et secrètement rongé par une culpabilité mal placée, Bobby n’a pas eu la vie facile non plus et son mariage s’en ressent.

Il a bien cherché à tourner la page, mais les esprits étroits des petites villes ont la mémoire longue.

Et peu de temps après sa sortie de prison, une menace terrifiante ressurgit du passé de Patrick. Cette fois, personne ne sera épargné.

De roman en roman, Urban Waite fait montre d’une rare constance. Prose lancinante, personnages forts, paysages grandioses, il suit patiemment la trace ouverte par Cormac McCarthy.

Critique :
On ne commence pas ce roman si on est en demande d’un rythme trépidant car l’auteur prend le temps de planter le décor, les personnages, ce qu’il s’est passé…

Avec peu de mots, il développe de manière sobre les relations un peu tendues entre un Bobby Drake, shérif adjoint, et son père, Patrick Drake, ancien shérif qui a trafiqué de la Blanche (la poudre, pas l’humaine).

Un père qui a passé douze ans en taule, un fils qui ne l’a que peu connu, qui a perdu sa mère jeune, dont le père a trafiqué pour payer les factures.

Un fils qui tente de se reconstruire, d’oublier les regards obliques, de panser ses blessures personnelles et qui a fait une croix sur une carrière de basketteur à cause de son père.

L’ambiance à la maison est plus tendue que la corde d’un string taille small et qui serait porté par un sumo. On sent les non dits, les silences pesants, les mots guérisseurs que l’on voudrait dire et qu’on ne dit pas, les questions que l’on a sur le bout de la langue et que l’on ne posera jamais, les soupçons qui noircissent le cœur, pourrissent les pensées.

L’auteur prend son temps afin de nous mettre dans cette ambiance tendue, dans nous plonger les pieds dans le ciment à prise non rapide, c’est un début lancinant qu’il faut déguster lentement afin de bien le digérer.

Pas besoin d’être médium extra lucide pour voir le drame arriver. On ne sait pas par qui il va arriver, ni de quoi il sera fait, mais on le sent poindre le bout de son nez tant cette chape de plomb devient de plus en plus pesante au fur et à mesure que l’on tourne les pages.

Les personnages sont tourmentés, bourrelés de remords, rongés par leur passé, leur secret, même si certains n’en donnent pas vraiment l’impression.

On sent que les décors derrière nous sont grandioses, même si nous sommes dans un patelin un peu perdu, entouré de forêts et de montagnes, le tout non loin de la frontière avec le Canada, ce qui facilité l’exportation de la drogue.

Un roman noir âpre, qui se met en place lentement pour ensuite vous coller aux doigts, à la peau.

Un roman à l’atmosphère à couper au couteau à certains moments, un roman qui utilise les silences de ses personnages pour nous faire passer leurs émotions, leurs blessures, leurs fêlures.

Un roman qui traque le loup comme d’autres traquent l’argent caché, un roman qui fait mouche, pire qu’avec une carabine longue portée munie d’un viseur.

Un roman noir qui donne envie de découvrir les autres romans de l’auteur et de reprendre une bonne goulée d’air frais de la montagne, tout en faisant gaffe de ne pas se faire truffer de plomb…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018).

Orcs et Gobelins – Tome 1 – Turuk : Jean-Luc Istin & Diogo Saito

Titre : Orcs et Gobelins – Tome 1 – Turuk

Scénariste : Jean-Luc Istin
Dessinateur : Diogo Saito

Édition : Soleil (25/10/2017)

Résumé :
L’orc Turuk se réveille, sonné, blessé et amnésique. Il arpente les rues d’une cité abandonnée. A l’exception d’un mystérieux archer cherchant à l’épingler et de créatures craignant la lumière qui veulent le dévorer.

Qui sont-elles ? Pourquoi cherche-t-on à le tuer ? Qu’est-il arrivé dans cette ville ? Et que fait-il ici ? Pourtant, il ne faudrait pas s’éterniser, la nuit arrive et la mort avec…

Critique :
Le sexy XIII serait-il revenu sous les traits imposants d’un Orc ? Parce qu’un mec qui se réveille sans savoir qui il est, ni ce qu’il fait là, ça ressemble vachement à la saga XIII, non ?

En plus, tout comme le plus célèbre amnésique de la bédé, Turuk est plutôt beau gosse pour un Orc !

Tiens, à lui aussi on veut lui faire la peau. Décidément, c’est vraiment XIII en version fantasy.

Nouvelle série pour cette saga qui, après les Elfes et les Nains, s’attaque maintenant aux Orcs et aux Gobelins, tout en faisant tenir leurs histoires dans un Grand Ensemble scénaristique, puisque certains Nains vont chez les Elfes et certains Gobelins des Elfes auront leur Histoire dans cette nouvelle série.

Vous suivez toujours ? Non ? Retenez juste que tout le monde se mélange avec tout le monde et que tout cela reste foutrement cohérent ! Mais pas sexuel…

Une autre référence à l’univers des Elfes, ce sont les zombies, les goules, les morts-vivants qui veulent toujours vous faire des gros poutous puants. Ben oui, ils ont envahi le monde des Elfes, des Nains et des Orcs, puisque c’est le même monde. Élémentaire.

L’amnésie de notre géant vert sera de courte durée et principalement utilisée pour nous présenter la vie et le passé du beau Turuk, comment il est arrivé là, dans ce trou paumé et pendant que le scénariste nous présente son passé, Turuk se rend compte qu’il n’est pas seul dans ce village peuplé de zombies et qu’il n’est pas LE seul non plus à ne pas être infesté.

Va falloir se serrer les coudes pour s’évader.

Turuk, c’est l’Orc dont on aimerait avoir pour ami, un type qui ne vous lâche pas, sauf si sa vie est en danger, alors là, vous irez vous faire pendre ailleurs car Turuk partira sans vous. Turuk, c’est l’immonde salaud qu’on arrive pas à détester vraiment car en nous racontant sa vie et sa survie, il nous rend complice de ses exactions.

Dans ce premier tome, c’est de l’action pure et dure, mêlée à des mystères, une quête, une enquête et une fuite endiablée de nos amis pour tenter d’échapper aux bisous horribles de ces créatures en putréfaction qui sèment des morceaux d’eux un peu partout.

On pourrait croire le scénario éculé (rajoutez pas un « n » mal placé), mais non, car le scénariste arrive à insuffler du mystère et une tension énorme durant le périple des Orcs et de l’Elfe afin d’atteindre une zone où ils ne seront plus mis en danger.

— Cours, Forest, cours !

Sans oublier que, selon le célèbre Docteur House, tout le monde ment !

Le scénario est déjà bien travaillé, mais en plus, les dessins sont à tomber par terre tant ils sont superbes !

Alors, que demander de plus ? La suite, bien entendu ! Se sera avec Myth le voleur, puis avec Gri’im le vieux guerrier Orc en quête de vengeance, Sa’ar le gobelin, Dirty Dozen d’Ayraak, sans oublier l’orkelin La Poisse croisé dans le tome 18 de la série « Elfes ».

Sans être un chef-d’œuvre au niveau scénario, cet album tient toutes ses promesses et je me réjouis à l’idée de découvrir les aventures des Orcs et Gobelins !

3,9/5

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).

Puzzle : Franck Thilliez [LC avec Bianca]

Titre : Puzzle

Auteur : Franck Thilliez
Édition : Fleuve Éditions (10/10/2013) / Presse Pocket (09/10/2014)

Résumé :
Accepteriez-vous de mourir… juste pour un jeu ?
Illan et Chloé, deux jeunes gens spécialistes des chasses au trésor ont longtemps rêvé de participer à la partie ultime.

Celle d’un jeu mystérieux dont on ne connaît pas l’entrée, mais dont on connaît le nom : Paranoïa.

Lorsque les deux amis sont enfin sélectionnés, on leur remet la règle numéro 1 : « Quoi qu’il arrive, rien de ce que vous allez vivre n’est la réalité. Il s’agit d’un jeu. »

Après plusieurs heures de route, ils arrivent devant un gigantesque bâtiment isolé en pleine montagne portant le nom de « Complexe psychiatrique de Swanessong » où ils sont informés de la règle numéro 2 :
« L’un d’entre vous va mourir. »

Quand les joueurs trouvent le premier cadavre, quand Illan découvre des informations liées à la disparition mystérieuse de ses parents, la distinction entre le jeu et la réalité est plus en plus difficile à établir…

Paranoïa peut alors réellement commencer…

Critique :
Huit grands joueurs accédèrent enfin au jeu Paranoïa,
Deux d’entre eux disparurent et seulement six il resta.
Les Six continuèrent le jeu, car tout ceci n’était que fiction,
L’un manqua et les Cinq n’eurent pas de soupçons,
Ramenés à Quatre, ils étaient toujours aussi cons,
De pas remarquer que ça faisait comme dans le roman d’Agatha,
Où à la fin, il ne reste plus que toi, lecteur lambda…

Ça faisait longtemps que je n’avais plus fait un marathon lecture : le temps merdique s’y prêtait, mon jour de congé aussi et, bien entendu, le roman de monsieur Thilliez !

Sacré Franck, va ! C’est pas la première fois que je dévore un de tes romans, mais avec autant de ferveur, je n’en avais plus souvenir (mais je vieilli aussi).

Par contre, mon cher Franck (Tu permets ? Parce que je me suis permise), étant une cinéphile honnête et une grande lectrice, je ne te cacherai pas que j’ai vu venir l’affaire de très très loin ! Pour ta défense, tu ne l’avais pas trop caché non plus…

Est-ce que ça a gâché mon plaisir de savoir à l’avance ce qui m’attendait à la fin ?? Que nenni ! Je savais, je me doutais, je soupçonnais, mais je m’en foutais, je lisais comme une dératée car tu as réussi à créer une ambiance de paranoïa comme j’adore les détester !

Ben oui, on a peur, on tremble, on est dans un huis-clos, le tout se déroulant dans un ancien hôpital psychiatrique désaffecté, avec des conditions météo adaptées et, malgré le fait que je me doutais, je ne pourrai pas nier que tu as su tisser les fil d’un mystère bien sadique et tortueux.

Les descriptions des machines à lobotomiser ou électrocuter les pauvres fous qui furent soignés au Swanessong m’ont fait froid dans le dos, car hélas, ceci n’était plus de la fiction…

— Bon Dieu, la voilà enfin, s’exclama Chloé en restant immobile dans l’encadrement d’une porte. La fameuse salle dédiée à la lobotomie préfrontale. L’une des toutes premières du genre, qui a fait la sombre réputation de cet hôpital.

Conseil à celui ou celle qui voudrait commencer ce roman : vaut mieux le faire au matin et un jour de congé, car si je l’avais ouvert au soir, j’aurais passé une nuit blanche dessus ! Tout en me doutant de l’issue…

C’est vous dire comment l’auteur a réussi à me scotcher à mes pages. Un talent, il a, c’est indéniable ! Je comprends que la clinique Elfique qui s’occupe de mon autre binôme de lecture lui écrive souvent pour se plaindre de l’état de Stelphique après lecture d’une de ses œuvres.

LC réalisée avec Bianca (lien vers sa chronique ICI). Merci à elle de m’avoir donné le choc électrique nécessaire pour enfin sortir ce roman de ma PAL où il prenait la poussière depuis sa sortie (il y a 3 ans).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).

Underground railroad : Colson Whitehead

Titre : Underground railroad

Auteur : Colson Whitehead
Édition : Albin Michel (23/08/2017)

Résumé :
Cora, seize ans, est esclave sur une plantation de coton dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère lorsqu’elle était enfant, elle survit tant bien que mal à la violence de sa condition.

Lorsque Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie, lui propose de s’enfuir, elle accepte et tente, au péril de sa vie, de gagner avec lui les États libres du Nord.

De la Caroline du Sud à l’Indiana en passant par le Tennessee, Cora va vivre une incroyable odyssée.

Traquée comme une bête par un impitoyable chasseur d’esclaves qui l’oblige à fuir, sans cesse, le « misérable cœur palpitant » des villes, elle fera tout pour conquérir sa liberté.

Critique :
Quel roman, mes aïeux ! Le genre de lecture dont on ne sort pas tout à fait indemne, même si l’auteur a évité de sombrer dans le gore ou le larmoyant.

Il me faudra un certain temps pour le digérer, l’assimiler, mais impossible de l’oublier, il fera partie de ces livres coups de poing dans le plexus dont, quoi qu’il arrive, laissent une trace dans notre esprit.

Dressant une grande fresque au travers de quelques portraits, l’auteur nous mélange la fiction et la réalité : non, le chemin de fer souterrain n’existe pas, mais l’Underground Railroad, qui a réellement existé, était tout simplement les chemins empruntés par les esclaves en fuite pour arriver dans des états plus cléments ou abolitionnistes.

L’auteur ne nous entrainera pas dans les belles maisons à colonnades, ni dans les bals pour les gens riches avec de belles dames enrubannées, mais dans la misère des cabanons des esclaves de cette plantation où le mot « syndicat » et « repos dominical » sont des horribles gros mots prohibés.

Ils n’existent même pas dans le vocabulaire de ces pauvres êtres et encore moins dans l’esprit de leurs propriétaires. Ben oui, les Hommes Blancs tout puissant qui ont volé la terre des autres sont aussi propriétaires à part entière de ces gens qui furent volés sur leur continent où nés de parents esclaves.

J’ai aimé le fait que l’auteur ne nous dresse pas un portrait manichéen de l’esclavage où les opprimés seraient tous des gens biens, sympas, s’entraidant et ne souffrant pas des horribles mêmes travers que leurs propriétaires Blancs.

Hélas, certains Humains se comporteront comme des salopards, quelque soit le côté où ils se trouvent, et c’est ainsi que certains personnages du roman sont de véritables enfoirés, tels leurs maîtres Blancs et n’hésitent pas à traiter leurs semblables comme de la merde, et même moins que de la merde, car la merde, on ne la fouette pas à sang.

Les États-Unis ne sortent pas grandis de ce roman, une fois de plus, et l’Humain non plus, même si, heureusement, parmi ce monde de salopards, il existe encore quelques bonnes âmes, même si c’est parfois à leur corps défendant, mais je peux les comprendre lorsque je découvre le comportement des autres habitants.

Moi aussi j’aurais eu les foies, les chocottes et je ne sais pas si j’aurais eu le courage de risquer ma vie pour un autre, surtout en voyant le sort réserve à ceux que l’on nomme des traitres puisque acquis à la cause des esclaves.

L’écriture est plaisante à lire, elle se dévore, quant aux personnages, nous en croiserons des forts plaisants (Cora, Caesar,…) et des véritables enfoirés de première (et je reste polie), le tout formant un équilibre réaliste entre des gens simples qui ne veulent que vivre tranquilles et d’autres qui se repaissent de la fuite des Noirs car c’est un marché juteux la chasse à l’esclaves.

Demandez à Ridgeway, il vous le confirmera, lui qui a fait de la chasse aux Noirs un business florissant.

Un roman fort, qui nous parle d’une part sombre des États-Unis qui nous est connue, mais pas toujours dans le détail, comme avec ces chemins et ces gens qui aidaient les esclaves en fuite à arriver dans des états abolitionnistes.

Un roman qui explore une partie moins connue de la fuite des esclaves et qui nous offre une belle métaphore avec ce chemin de fer souterrain, tout en nous dressant un portrait pas toujours brillant des états sois-disant plus cool avec la condition des Noirs car il ne suffit pas de battre à mort une personne ou de lui mettre des fers pour la priver de son libre arbitre.

Un grand roman qui fait froid dans le dos car ce n’est pas si loin que ça dans l’Histoire et qui fait encore plus froid dans les os lorsque l’on voit émerger les suprémacistes Blancs qui reviennent à leurs premiers amours : le tabassage de l’autre qu’ils considèrent comme inférieur à eux.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine (46ème et dernière fiche).