La rumeur : Lesley Kara [LC avec Bianca]

Titre : La rumeur

Auteur : Lesley Kara
Éditions : Les Escales (23/01/2020) / 10/18 (21/01/2021)
Édition Originale : The Rumour
Traduction : Clara Gourgon

Résumé :
Nourrissez la rumeur…Puis regardez-la vous engloutir.

Parmi les habitants de la petite station balnéaire de Flinstead se cacherait, sous une fausse identité Sally McGowan, une femme coupable d’avoir poignardé un petit garçon alors qu’elle n’avait que dix ans.

C’est ce que dit la rumeur, celle que Joanna répand, sans penser à mal, simplement pour faire la conversation et s’intégrer auprès de ses nouvelles voisines.

Mais la machine s’emballe et la tranquille petite ville est gagnée par la paranoïa. Joanna ne voit qu’une solution : enquêter pour découvrir la vérité. Mais le danger est déjà si proche…

Critique :
Vous savez quel joli nom on donne à une bite, en France ? Non ? On l’appelle « la rumeur » car elle grossit de bouche en bouche…

Gaffe lorsque ça éclate… Ça éclabousse un peu partout et ça tache, la rumeur.

Une rumeur, c’est aussi des graines que l’on sème à tous vents et qui, emportées par lui, se déposent n’importe où, prenant racine ou pas, se développant ou restant au stade larvaire, avant de, qui sait, recevoir le petit coup de pouce du destin pour pousser d’un coup.

L’être humain adore les ragots et rien de plus amusant que d’écouter les rumeurs et de les colporter. Rien de mieux, devant la machine à café, devant l’école des enfants, au supermarché du coin que de commencer sa phrase par un « Vous ne devinerez jamais ce que j’ai entendu »…

Le mensonge ayant le temps de faire le tour de la Terre avant que la vérité n’ait enfilé ses chaussures, les rumeurs peuvent faire énormément de dégâts, même si elles s’avèrent fausses car ne dit-on pas qu’il n’y a pas de fumée sans feu ? Et puis, entre nous, les rumeurs sont toujours plus fun que les vérités.

Ce roman, j’ai eu du mal au commencement, les 6 premiers chapitres furent presque un calvaire tant je n’arrivais pas à entrer dans le roman, à m’attacher aux personnages, à tel point que si je n’avais pas été en LC avec Bianca, j’aurais stoppé ma lecture.

Erreur à ne pas faire ! Parce que si j’avais stoppé net, je n’aurais pas vécu des twists finaux de dingue, ni suspecté tout le monde, en ce compris le chien (oui, quand je suspecte, moi, je ne fais pas les choses à moitié, j’y vais à fond – mdr) et je ne me serais pas pris tout ça dans la gueule. Oui, il aurait été dommage de le stopper.

Pourtant, malgré qu’après le chapitre 7, on commence à entrer plus vite dans le vif du sujet et que l’histoire s’étoffe et nous retienne dans ses filets, j’ai toujours eu du mal à éprouver de la sympathie pour les différents personnages, même la principale, Joanna, qui, voulant se faire accepter des autres femmes, propage sans penser à mal une rumeur qu’elle avait entendue.

D’habitude, ceux ou celles qui propagent des rumeurs ne sont jamais punis, mais notre Joanna, elle, va regretter amèrement d’avoir fait radio langue de pute, parce que les évènements vont s’enchainer et lui montrer la toute puissance de la méchanceté humaine, associée à sa vieille complice, la connerie humaine !

La boîte de Pandore est ouverte et on ne sait jamais où les spectres du crétinisme extrême vont frapper. Sous le coup des émotions, les gens font et disent n’importe quoi et à l’époque des réseaux sociaux, on dépasse les frontière des villages, des villes, des écoles,…

À force de suspecter tout le monde et n’importe qui, à un moment, la lumière s’est faite dans mon esprit et j’ai compris… Oui, mais non, je n’avais pas encore tout compris et l’auteure en avait gardé sous la pédale pour mieux me scotcher à son roman.

Il est dommage que jamais je n’ai ressenti d’empathie pour les différents personnages et peu d’émotions. J’ai eu ma dose de mystères, de suspense, de retournements, de twists, je suis même repue, mais un soupçon d’émotion n’aurait pas été du luxe et m’aurait permis de vivre le texte au lieu de juste le lire.

Malgré tout, je suis contente d’avoir lu ce roman avec ma copinaute Bianca qui, si elle n’a jamais suspecté le chien, fut comme moi : dans le brouillard le plus épais avant que le voile ne se déchire. Dire que nous avons aimé notre lecture n’est pas une rumeur, mais la vérité.

♫ C’est quelqu’un qui m’a dit, que… ♪ (juste pour emmerder mon monde avec une ritournelle qui restera dans votre tête toute la journée).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°212], Le Mois du Polar – Février 2021chez Sharon [Fiche N°38 – FIN] et Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°05].

La Frontière – Art Keller 03 : Don Winslow

Titre : La Frontière – Art Keller 03

Auteur : Don Winslow
Éditions : HarperCollins Noir (16/10/2019) / HarperCollins Poche (07/10/2020)
Édition Originale : The Border (2019)
Traduction : Jean Esch

Résumé :
Pendant quarante ans, Art Keller a été en première ligne de la guerre la plus longue que les USA aient jamais menée: la guerre contre la drogue.

Son obsession à vaincre les plus puissant des caids, le parrain du cartel de Sinaloa, Adan Barrera lui a laissé des marques, lui a couté des êtres chers et même une partie de son âme.

Maintenant, Keller occupe une position prestigieuse au sein de la DEA il se rencontre que le monstre qu’il a détruit en a engendré beaucoup d’autres qui sèment la mort, le chaos et la désolation au Mexique et ailleurs.

Le testament de Bara, c’est l’afflux d’héroïne en Amérique. En se jetant dans la bataille Art Keller découvre qu’il est entouré d’ennemis, des tueurs qui veulent le liquider, des politiciens qui veulent le détruire, et même une administration montante en cheville avec les trafiquants qu’il combat.

Critique :
L’année 2021 ne pouvait pas bien commencer si je ne finissais pas la trilogie de Art Keller !

En janvier 2020, Cartel me mettait sur les genoux tant il était puissant et dévastateur.

La Frontière le fut tout autant et ça me donne envie d’aller lire un livre tout doux pour les petits…

20 ans ! 20 ans qu’il aura fallu à l’auteur pour mettre le dernier point à sa trilogie consacrée à la poudre blanche… Après cela, vous serez incollable sur les gangs, les cartels, le Sinaloa, les drogues, la misère humaine, les meurtres, les massacres.

Le point fort de ce dernier tome c’est qu’il n’est jamais chiant à lire, malgré ses 1.000 pages en version poche (848 en GF) et que l’auteur fait en sorte de vous mettre dans la peau d’un tas de personnages aux antipodes l’une de l’autre.

Mon C.V pourra s’enrichir car une fois de plus, durant ma lecture, j’ai été : agent de la D.E.A, agent de police infiltré, trafiquant de drogue, droguée, membre d’un gang, de plusieurs cartels, porte-flingue, assassin, en prison et migrant clandestin en provenance du Guatemala, chevauchant La Besta (train de la mort), après avoir fouillé une décharge.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que tout est d’un réalisme saisissant, comme si l’auteur avait été, tour à tour, ces différents personnages. Avec autant de pages, Winslow a le temps de les façonner, de leur donner une histoire, de leur donner de l’épaisseur et j’ai été franchement triste de quitter certains.

Winslow ne pratique pas le manichéisme avec ses personnages car ceux-ci ont tous des nuances de gris, certains salopards ayant même un cœur ou des règles morales.

Art Keller, le héros, a commis des atrocités aussi, la fin justifiant ses moyens et feu Adan Barrera, el padrino, interdisait la prostitution de mineures sur son territoire, mais n’hésitait pas à flinguer des gens sans aucune once de pitié. Tout le monde a la morale à géométrie variable, qu’on soit de papier ou de chair. Moi-même j’ai eu de l’empathie pour le trafiquant Darius Darnell lorsque je l’ai vu avec sa grand-mère ou son fils…

La construction du roman est aboutie car l’auteur nous fait passer d’un univers à l’autre d’une manière habile et introduit dans son roman une part d’actualité, comme la mort tragique des 49 étudiants qui avaient détourné un bus et celle d’une accession à la Maison-Blanche par un certain Dennison qui adore gazouiller et attraper les femmes par la chatte.

Chez Winslow, rien n’est laissé au hasard… Lorsque subitement vous vous retrouvez à Bahia sur une plage paradisiaque, ce n’est pas pour faire un interlude agréable, mais pour introduire une nouvelle donnée à son drame Shakespearien (sauce mexicaine et américaine) et il en est de même lorsque nous plongeons dans une décharge avec Nico Ramírez, un jeune gamin de 11 ans.

Tout se tient, tel un mur magistralement construit et c’est glaçant à mourir !

On devrait ajouter en bandeau-titre ce que Dante avait lu sur le fronton de la porte menant aux Enfers « Lasciate ogni speranza, voi ch’intrate » (Abandonnez toute espérance, vous qui entrez ici).

Dans ces pages, c’est noir, sombre, c’est la misère humaine, l’exploitation de l’Homme par l’Homme, le chantage, les menaces, les massacres, l’illogisme de la justice qui met en cabane des petits trafiquants, des consommateurs mais laisse courir librement les blanchisseurs de fric, les banquiers, les hommes hauts placés.

Le seul moment de détente est celui avec le concours de celui qui pisse le plus loin que les gamins migrants, arrivés aux States seuls, organisent dans leur centre de détention… Si jamais, messieurs, apparemment, faut mettre la bite à 45°…

Winslow nous a livré une trilogie éclairante sur le trafic de drogue où les méchants ne sont pas QUE les vilains Mexicains qu’un type aux cheveux orangés a traité de voleurs, assassins et violeurs car dans l’équation, faut aussi ajouter les américains qui se droguent, les puissants qui laissent faire car ça rapporte, la guerre de la drogue, les gouvernements qui ferment les yeux sur ce qui les arrangent et sur les investisseurs qui aiment l’argent, qu’il soit sale ou propre. Et j’en oublie.

Une trilogie sombre, glaçante, sans concession, sans manichéisme, d’un réalisme à couper le souffle. Une trilogie qui va trôner dans les hautes étagères de ma biblio, avec les autres grands romans coups de poing dans la gueule.

Maintenant, j’ai envie d’aller lire un livre avec les Bisounours qui iraient prendre le goûter chez Oui-Oui et où l’horreur absolue serait Petit-Loup se cassant une dent en dégustant une couque de Dinant…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°168].

L’importance d’être constant : Oscar Wilde

Titre : L’importance d’être constant

Auteur : Oscar Wilde
Édition : Grasset – Les Cahiers Rouges (2013) édition bilingue
Édition Originale : The Importance of Being Earnest (1895)
Traduction : Charles Dantzig (+ préface)

Résumé :
Dernière pièce d’Oscar Wilde, L’Importance d’être constant brille des feux d’un langage habité par la grâce : s’y manifestent la puissance et la modernité de la réflexion de l’auteur sur la fiction, mais aussi son inventivité subversive et satirique, son esprit généreux et étincelant d’élégance et de drôlerie.

Jack Worthing et Algernon Moncrieff, deux jeunes dandies du Londres de la fin du XIXe siècle, se sont inventé un parent et un ami fictif, bien commode pour échapper aux obligations sociales.

Pour Jack, c’est Constant, frère débauché qui lui permet de fuir la campagne ; pour Algernon, c’est Bunbury, ami toujours souffrant, qui lui permet de fuir Londres. Jusqu’à quand tiendra la supercherie ?

Un feu d’artifice d’humour, de finesse et de mots d’esprit. Satire de la société victorienne tout autant que féerie comique, L’Importance d’être Constant est le chef-d’œuvre d’Oscar Wilde.

Cette nouvelle traduction est celle de la pièce telle qu’elle a été représentée du vivant de Wilde. Elle est précédée d’un long essai de Charles Dantzig, « La premièrte Gay Pride ».

Critique :
Je n’ai jamais aimer lire des pièces de théâtre, les noms des protagonistes inscrits à côté ou au-dessus des dialogues m’ont toujours dérangés, importunée dans ma lecture. Ici, ce ne fut pas le cas !

Wilde disait de cette pièce qu’elle était une comédie frivole pour gens sérieux et si la lecture ne procure pas de grands éclats de rire, elle se laisse lire avec un sourire béat affiché sur les lèvres.

C’est léger, sans être dénué de profondeur ou sans cervelle, les dialogues sont fins, brillants, amausants, décalés et Algernon Moncrieff m’a semblé répondre comme Wilde l’aurait fait : avec de l’humour et de l’esprit, mais aussi en se moquant de tout.

Comédie à l’italienne, basée sur des quiproquos délicieux que l’on voit venir de loin et qui, au lieu de nous faire soupirer, nous donnent envie d’avancer pour voir comment ces messieurs vont s’en tirer de leur pitoyables mensonges et petites entourloupes.

Hé oui, Jack, sans famille, pour pouvoir quitter la campagne, s’est inventé un frère imaginaire, un débauché, nommé Constant (Ernest) dans la V.O, qu’il doit aller voir à la capitale.

De son côté, Algernon, un autre dandy, c’est inventé un ami, Bunbury, mourant, et qu’il doit aller visiter à la campagne.

Pratique lorsqu’on veut se dégager ou échapper à des obligations familiales ou autres. D’ailleurs, j’aurais dû m’en inventer un afin d’éviter certains dîners familiaux assommants, barbants et chiants, car il n’est pas toujours évident de tomber malade à chacun d’eux…

Les quiproquos étant l’essence même des pièces de théâtres (avec les portes qui claquent), Wilde s’est amusé à nous en mettre un beau en scène et on se délecte car c’est un plaisir de fin gourmet.

Pour que vous alliez vous coucher moins bête (et moi aussi), en allant sur Google translate, j’ai appris que « Earnest » signifiait « sérieux, sincère » et effectivement, ça sonne un peu comme le prénom « Ernest ». Pour la francophonie, il a fallu traduire ce jeu de mot et ce n’est pas toujours évident. Constant était un bon compromis.

Alors oui, il y a des choses qui sont plus grosses qu’un camion, aussi téléphonée que la défense d’un politicien pris la main dans le sac, mais nous sommes au théâtre, et dans cet endroit, tout est permis, même les grosses ficelles, même les fins merveilleuses ou tout se remet en ordre.

Ne hurlons pas au « pas crédible », le but est de faire rire, de faire sourire, de se moquer des gens biens, de se rire des dandys, pas de faire une étude sérieuse et réaliste de la société d’en haut.

À l’époque, elle a sans doute fait grincer des dents, mais à la nôtre, elle ne fera pas le buzz, les scandales n’étant plus les mêmes et l’homosexualité n’étant plus un crime (pourtant, il n’y a pas mort d’homme si tous les deux sont d’accord et majeurs).

Une pièce qui se lit avec plaisir, de manière agréable, les doigts de pieds en éventail, le sourire aux lèvres et qui, comble du bonheur, est en version bilingue (anglais à gauche, français à droite) et qui m’a permis de vérifier mon anglais. Il est toujours au top !

Ce qui sous-entend qu’il est du niveau d’un Chirac ou Sarko parlant anglais ou de celui de Ludovic Cruchot dans le gendarme à New-York !

Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

 

La polémique Stéphane Bourgoin [Par Dame Ida Enquêtrice Pigiste Bénévole Confinée dans son Fauteuil]

Une fois n’est pas coutume aujourd’hui je ne ferai pas la fiche de lecture, et ne délirerai pas sur les aventures des royals britanniques sa mémère.

Mais rassurez-vous, ce billet restera en relation avec nos centres d’intérêt habituels au travers de l’évocation d’une polémique qui touche aujourd’hui un homme qui pendant plusieurs décennies a su faire parler de lui en s’intéressant de prêt au phénomène des tueurs en série.

Vous me savez cuisinière à mes heures, et j’ai pour habitude de mettre en route des vidéos Youtube pour me sentir moins seule (ma dernière tentative de faire une brioche fut en effet un grand moment de solitude) quand je m’active aux fourneaux.

Or, ces jours-ci, parmi les vidéos qui me sont proposées, je découvre qu’une vive polémique semble aujourd’hui frapper Stéphane Bourgoin, auteur de nombreux livres sur les serial-killers et qui est régulièrement présenté sur des plateaux de télévision comme étant LE spécialiste français des tueurs en série.

La majorité des lectrices du Blog de Belette connaissent sans doute cet auteur, bien qu’il s’illustre davantage dans le genre documentaire qu’en tant que romancier. Pour ceux et celles qui ne le connaîtraient pas je résumerai les choses de la manière suivante.

Stéphane Bourgoin aurait selon ses propres dires commencé à s’intéresser aux serial-killers dès 1978 après que la police de Los Angeles l’ait informé avoir recueilli les aveux de l’homme qui deux ans plus tôt en 1976 aurait sauvagement assassiné sa compagne.

L’amie de Stéphane Bourgoin n’aurait été qu’une des dix victimes de cet homme qui depuis aurait été condamné à mort et qui patienterait toujours dans un couloir de la mort, surchargé de plusieurs centaines de condamnés, et ne parviendrait plus à se vider…

Un peu comme nos PAL si je puis me permettre la comparaison.

Depuis, grâce à la bienveillante attention de l’inspecteur chargé de l’enquête du meurtre de sa compagne, Bourgoin aurait interviewé des dizaines de tueurs en série dans les prisons américaines dès les années 1980, enregistrement qu’il dit avoir mis à la disposition du FBI, où il aurait reçu pendant deux fois six mois une formation au profilage à Quantico.

Après quelques publications en rapport à son premier métier de réalisateur de film et de traducteur de romans, Bourgoin aurait écrit en 1992 son premier ouvrage en rapport avec les meurtriers en série, en commençant avec le premier d’entre eux, Jack l’Éventreur.

[Mot du Cannibal Lecteur : un excellent ouvrage, en plus, bien complet, avec les explications sur les théories fumeuses, bref, MA bible sur le Jack. Sans doute allons-nous apprendre qu’il a tout pompé sur un ouvrage écrit dans une autre langue ou qu’il a eu un ghostwriter….]

Il est parvenu depuis à une grande notoriété sur les plateaux télé et en librairie.

Sauf que voilà… le collectif 4ème Œil Corporation a diffusé une série de vidéos remettant en question fortement la légende de Stéphane Bourgoin.

Le Site Arrêt sur Image, puis le journal Le Monde s’y sont mis, ainsi que quelques autres… et le mythe s’effondre.

Pour ce qui est établi, Stéphane Bourgoin est né en 1953. Il aurait quitté l’école à seize ans et aurait travaillé à partir de 1974 comme assistant de production (il dira producteur dans certaines interviews) de films de série B ou Z…

On retrouvera même son nom crédité comme scénariste dans plusieurs films pornographiques entre 1978 et 1982…

Salarié de la librairie Troisième Œil à son retour en France, il en deviendra le propriétaire entre 1981 et 1983 selon les sources. C’est dans les années 1990 qu’il commence sa carrière d’auteur de livres d’abord avec un pseudonyme puis sous son propre nom.

S’il prétend avoir été foot-baller professionnel au Red Star de Paris pendant 7 ans dans certaines interviews, on s’étonnera qu’il ait pu faire une telle carrière entre 1964 et 1973 puisqu’il aurait commencé celle-ci à l’âge de treize ans, ce qui ne se faisait pas à l’époque.

En outre personne ne retrouvera son nom dans les archives du Red Star, ni l’équipe de 4ème Œil Corporation, ni le journal So Foot.

Quand il prétendra avoir joué contre Michel Platini alors que celui-ci était à Saint-Etienne, on s’accrochera à notre fauteuil puisque Platini n’y aurait joué qu’entre 1979 et 1982. Je veux bien qu’on puisse avoir une mauvaise mémoire des dates, mais une telle mauvaise mémoire des événement me paraît quant à elle plus difficile à avaler.

Le doute va s’étendre jusqu’à la véracité du décès de la compagne de Stéphane Bourgoin du fait de l’agression d’un tueur en série.

Afin de préserver la mémoire de la victime qu’il désigne par le prénom Elein, Bourgoin n’a jamais donné de précision sur le nom de famille de celle-ci ou le nom de son assassin.

En reprenant l’année de l’assassinat, la date d’arrestation, les lieux du jugement et de l’incarcération ainsi que le mode opératoire utilisé, l’équipe de 4ème Oeil ne retrouvera aucun serial-killer emprisonné pour avoir assassiné 10 victimes après les avoir violées, démembrées, décapitées ou éviscérées (là encore Bourgoin ne donne pas toujours les mêmes détails en interview) entre 1976 et 1978 sur le secteur de Los Angeles, et condamné à mort.

Si l’on peut éventuellement accepter qu’un certain flou soit maintenu par Bourgoin pour préserver la famille de la victime, le fait est que pour l’équipe de 4ème Oeil Corporation, on serait au-delà du flou et dans une totale fiction si on ne se base que sur les éléments donnés par l’intéressé.

Et l’on peine à comprendre pourquoi il aurait donné autant de détails potentiellement faux sur ce qui ne serait qu’une pure fiction au lieux de se contenter d’en dire le moins possible en ne précisant rien des circonstances de la mort de sa compagne, ce qui aurait pu être un choix respectable.

Cette perte est présentée comme fondatrice du devenir de Stéphane Bourgoin en tant que spécialiste du crime en série.

Les questionnements sur la véracité de cette perte sont d’autant plus vénéneux qu’un autre pilier de sa légende personnelle est sévèrement attaqué par l’enquête de 4ème Oeil Corporation, et c’est à titre personnel ce que je trouve le plus troublant d’autant qu’il semble que même le journal Le Monde vienne corroborer ces doutes (dixit la page wikipedia consacrée à Bourgoin).

Après vérification de 4ème Oeil Corporation auprès des responsables du FBI, Stéphane Bourgoin n’a jamais été admis au programme de formation des profileurs de Quantico. Bourgoin parle d’une formation en deux fois six mois à Quantico et produit un badge à l’appui de ses affirmations.

Or les responsables contactés posent que le badge n’est qu’un badge de visiteur valable 24 heures datant de 1992, que la formation des profileurs n’est ouvertes qu’aux policiers américains et ne dure que 14 semaines.

Dans une interview, Bourgoin parle du fait qu’il aurait mis des centaines d’heures d’interviews de serial-killers américains réalisées dans les années 1980, à disposition du FBI qui les auraient utilisées dans ses programme de formation. Cela serait démenti par les autorités du FBI contactées. Personne n’aurait souvenir de Stéphane Bourgoin au FBI.

Si Bourgoin prétend avoir interviewé 77 tueurs en série, ses premiers documents attestés d’interviews de serial-killers dateraient de 1991.

Entre cette date et 2010 il n’aurait pas interviewé plus de 9 serial-killers, et pour l’un d’entre eux, il rapportera au moins trois versions différentes dans certaines interviews.

Il prétendra avoir été victime d’une tentative de meurtre par étranglement par l’un de ses interviewé, puis que celui-ci s’était contenté de lui jeter des objets au visage… et dans le livre où il relate l’interview en question, il écrira seulement que le sujet a posé son micro et serait parti.

Enfin, les vidéos de 4ème Oeil Corporation prétendront établir que Stéphane Bourgoin s’est attribué des interrogatoires ou anecdotes arrivées à d’autres enquêteurs, soit qu’il a pu rencontrer, soit dont il a pu lire les livres non publiés en France.

Et cerise sur le pompon ! Bourgoin prétendait dans certaines interviews détenir les cendres du tueur en série Shaefer, expliquant que sa famille avait refusé de les reprendre.

Il prétendait – excusez moi, c’est gore ! – remettre un petit échantillon de ces cendres aux personnes venant assister à une de ses conférences et qui viendraient ce jour là pour faire dédicacer son dernier bouquin.

Or, la conférence a été annulée… Peut-être parce qu’il n’avait pas les dites cendres ?

En effet, 4ème Oeil a pu prendre contact avec la sœur de ce criminel… et les cendres étaient toujours en possessions de la famille aux dernières nouvelles.

Pour résumer… Stéphane Bourgoin qui sans jamais démentir, s’est laissé présenter comme profileur et criminologue sur maints plateaux de télévision n’a jamais eu aucun diplôme ou aucune formation en rapport et n’a jamais contribué à établir des profils pour des enquêtes en cours.

Aucune recherche ne permet de déterminer s’il a bien eu une compagne assassinée par un serial-killer sur la base des informations qu’il veut bien donner, et les autorités du FBI démentiraient l’avoir formé au profilage ou avoir jamais reçu de lui les enregistrements de centaines d’heures d’interviews de serial-killer qu’il prétend leur avoir donné.

Ses premières interviews vérifiées remonteraient seulement à 1991 et on ne peut en établir que 9 sur les 77 annoncées.

[Mot du Cannibal : contrairement à ce qu’il a toujours dit, il n’a pas rencontré Charles Manson !! Bourgoin raconte différentes versions de cette rencontre. Celle qu’il utilise le plus fréquemment : Manson se serait assis sur un dossier de chaise, de manière à surplomber Bourgoin pour le dominer. Cette anecdote est, elle aussi, copiée sur la rencontre réelle décrite par J. Douglas dans son livre “Mindhunter” (1995).]

Ses livres seraient essentiellement des copiés/collés de rapports et interviews menés par d’autres, dont il s’attribuerait facilement le travail développé dans des livres non traduits en France.

A cela s’ajoute un grand nombre de déclarations en interviews qui se seraient révélées fantaisistes après vérification.

Il aurait été par exemple pendant des années le voisin de Stephen King… Sauf que pendant que Bourgoin prétendait vivre entre Los Angeles et New-York… le King n’avait pas quitté le Maine… faudra qu’on m’explique…

La chaîne Youtube de 4ème Oeil Corporation a dû fermer car Bourgoin prétendait les attaquer pour atteinte à ses droits d’auteur, mais les vidéos peuvent se retrouver ici :

https://www.youtube.com/channel/UCrabObncGxflFKpk_AKVsVQ

[Mot du Cannibal Lecteur : Bizarrement, lorsque j’ai voulu insérer les liens des 2 vidéos que l’on retrouve plus haut, WP me disait que les adresses n’étaient pas valides… Hors je les avais sous les yeux, le copié-collé était exact et elles ne sont apparues sur la page que lorsque j’ai directement copié les URL des vidéos. Pourquoi, je n’en sais rien ?]

Je vous recommande de ne pas perdre votre temps sur les autres vidéos prétendant traiter du sujet et qui pour la majorité d’entre elles ne sont que des « putes à clics » permettant à certains Youtubeurs de capter de l’audience.

Moi un type qui ose faire une vidéo là-dessus en avouant n’avoir jamais ouvert un livre de Bourgoin parce que la lecture c’est « pas on truc » je ne le trouve pas crédible…

Et un pseudo psy qui sous couvert de son diplôme se permet des élucubrations publiques sur l’état psychique d’un type qu’il n’a pas reçu au mépris de la déontologie et de la rigueur clinique… ou ne comprenant pas que dans l’attrait pour le crime, il n’y a pas forcément de processus pathologiques (cela peut être une sublimation intellectualisée permettant de contrôler ses propres pulsions agressives, ce n’est pas plus ni moins normal que de pratiquer la boxe ou que d’aller insulter l’arbitre et l’équipe adverse dans les gradins d’un stade), en confondant santé psychique et norme morale… Et bien ça n’apporte absolument rien au débat.

Depuis la polémique en plein confinement, Stéphane Bourgoin ne s’exprime plus sur les réseaux sociaux. Il n’a apporté pour le moment aucun élément permettant de le justifier.

On ne sait pas si les conférences qu’il devait donner seront maintenues, reprogrammées… ou déprogrammées.

J’avoue avoir un peu les boules… Et en même temps, même si c’est facile dans l’après coup de crier avec tout le monde que l’Empereur est tout nu…

Je reconnais avoir toujours été troublée par la façon dont cet homme pouvait parler en interview.

La relative simplicité de ses raisonnements et de sa verbalisation, au-delà de la construction de ses phrases, sa difficulté à sortir des ficelles un peu automatiques que l’on peut trouver dans les films américains (« c’est un individu blanc, entre 25 et 40 ans, supérieurement intelligent mais maintenu à une position subalterne à cause de son comportement social, sa mère était abusive, il a fait pipi au lit très tard et torturait des petits animaux… ») contrastait fortement avec le statut d’intellectuel et de grand spécialiste parvenant à des raisonnements inédits dont on pouvait le parer.

Je ne retrouvais pas dans la simplicité du discours de cet homme, la complexité des problématiques auxquelles il se frottait dans ses livres. Mais est-ce une preuve en soi ?

Mot du Cannibal : je n’ai jamais regardé Bourgoin parlant des serial-killer à la télé – ben non ! – même si j’ai lu quelques uns de ses ouvrages (Le livre rouge de Jack l’éventeur et 999 ans de serial-killer).

Je suis tombée des nues lorsque ça a commencé à émerger puisque, comme de bien entendu, je ne connaissais pas non plus la biographie de l’homme. Désolé, mais le côté people des auteurs, acteurs,… je m’en mouche le Mohican.

D’ailleurs, c’est il y a quelques années – 3 ans ? – que j’avais appris par la bouche d’un de mes bouquinistes qu’il avait perdu sa compagne, tuée par un tueur en série, en Amérique… Je cherchais des romans sur Jack The Ripper et le vendeur m’avait demandé si j’avais lu celui de Bourgoin. Réponse positive de ma part, là-dessus, il m’avait brossé un mini bio de l’auteur.

Wiki avait confirmé et je n’avais pas été plus loin.

Au vu de l’article du Monde que j’ai lu, le doute n’est plus permis. Bourgoin a menti, il s’est inventé une vie, sans doute plus chouette que la sienne et puis, un jour, à force de mentir, on croit à son mensonge, on est tellement dedans qu’on ne sait plus en sortir, alors, on continue.

Ce qui me chagrine dans l’affaire c’est qu’il semble avoir franchi le point Goodwin en disant que dénonciations des enquêteurs de 4ème oeil « renvoient à une sombre période de l’histoire de France, où les délateurs adressaient des lettres anonymes pour dénoncer leurs voisins auprès du régime de Pétain »… Raccourci facile qui ne veut rien dire, monsieur Bourgoin !

D’ailleurs, maintenant, il se tait dans toutes les langues et la crise du Covid facilite la tâche, on ne parle plus de rien d’autres, même plus de la fille naturelle du Roi Albert II !

Le pire, c’est que se sont ses plus grands fans qui ont senti les couilles dans la pâté puisque eux, contrairement à moi, le suivait dans tous ses interviews !

Extrait trouvé sur https://www.lignes-de-cretes.org/wp-content/uploads/2020/04/Enqu%C3%AAte-bourgoin-complete.pdf :

A ce propos 4ème corporation a interrogé John Douglas, l’un des fondateurs de ce programme et l’une des nombreuses « connaissances » de Bourgoin. Il répond : « Stéphane Bourgoin est délirant et un imposteur. Je n’ai jamais entendu parler de lui,de même que mes anciens collègues. Nous avons un stage de police, mais il n’aurait pas été invité, à moins d’être un enquêteur de police assermenté, chose qu’il n’est pas. Nous n’avons également jamais dispensé de formation de profilage criminel à une personne venant de France. (…) J’espère qu’il ne témoigne pas dans des affaires criminelles en tant qu’expert. (…) Il semble que Bourgoin soit devenu un expert en lisant des livres, le mien en particulier. »

Sansure.fr : Le collectif 4ème Œil Corporation, composé de 8 personnes qui souhaitent rester anonyme, a réalisé une très large enquête sur Stéphane Bourgoin. Ses derniers ont repris les nombreuses déclarations et histoires du prétendu criminologue et ont constaté d’incroyables incohérences et un non-respect évident des victimes. Le collectif s’est alors penché sérieusement sur son cas et a sorti une dizaine de vidéos sur YouTube afin de faire éclater la vérité. « Nous nous sommes bêtement rencontrés sur une page Facebook traitant des tueurs en série. En discutant ensemble, on a remarqué qu’on avait tous des doutes concernant sa compagne et d’autres incohérences. On a donc décidé de creuser un peu le truc, sans jamais imaginer qu’il y aurait tant de mensonges. En voyant tout cela, et en remarquant surtout qu’il bafouait totalement le respect envers les victimes on a décidé de poursuivre notre enquête et de tout balancer ».

4ème Œil Corporation s’interroge alors sur l’intérêt que Stéphane Bourgoin trouve à raconter ces histoires, pleines d’insanités, qu’il n’a pas vécu et avec lesquelles il se ferait mousser, dans les médias qui l’invitent et dans les conférences qu’il organise. Surtout qu’il se mentirait à lui-même… Le collectif a tenté de contacter l’homme à plusieurs reprises, notamment via sa page Facebook, mais elle a été fermée.

Entre temps, les réactions de Stéphane Bourgoin ont été de bannir les internautes qui s’interrogeaient via des commentaires sur son compte et de publier un message dans lequel il a indiqué que « ses accusateurs renvoient à une sombre période de l’histoire de France, où les délateurs adressaient des lettres anonymes pour dénoncer leurs voisins auprès du régime de Pétain ». Face à ce silence, une lettre ouverte lui a été adressée. En attendant, leurs vidéos permettront sans doute de délier certaines langues qui restent muettes pour l’heure.

Le couple d’à côté : Shari Lapeña [LC avec Bianca]

Titre : Le couple d’à côté

Auteur : Shari Lapeña
Édition : Presses de la cité Thriller (2017) / Pocket (2018)
Édition Originale : The Couple Next Door (2016)
Traduction : Valérie Le Plouhinec

Résumé :
La baby-sitter leur a fait faux bond, et alors ? Invités à un dîner chez leurs voisins, Anne et Marco décident de ne pas renoncer à leur soirée.

Cora, leur bébé de six mois, dort à poings fermés et ils ne sont qu’à quelques mètres. Que peut-il arriver ? Toutes les demi-heures, l’un ou l’autre va vérifier que tout va bien.

Pourtant, quand à une heure déjà avancée, le couple regagne son domicile, c’est un berceau vide qui les attend.

Désespérés mais aussi dépassés, les jeunes parents attirent les soupçons de la police : Anne en dépression depuis son accouchement, Marco au bord de la ruine… les victimes ont soudain des allures de coupables.

Dans cette sombre histoire, chacun semble dissimuler, derrière une image lisse et parfaite de terribles secrets. L’heure de la révélation a sonnée.

Critique :
À quoi reconnait-on un bon thriller psychologique addictif ? Quand on l’emmène avec soi en cuisine et que, durant la surveillance de la cuisson des cuisses de poulets, on continue de le lire !

Pourtant, c’était pas gagné : je n’aime pas les histoires d’enlèvement d’enfants. Lorsque je l’ai commencé pour ma Lecture Commune, je ne savais plus de quoi il était question…

Le départ du roman ressemble un peu à l’affaire de la disparition de la petite Maddie (Madeleine McCann)…

À savoir, un bébé de 6 mois est laissée seule dans sa chambre pendant que ses parents passent la soirée chez leurs voisins d’à côté, les parents se relayant pour aller voir si la petite va bien et écoutant avec un babyphone. Mais au retour, la petite Cora a disparu.

Une histoire banale, presque… L’art de l’auteure se trouve dans la dimension psychologique qu’elle donne à la trame de son histoire, à ses personnages, à l’entourage, ainsi qu’à la place qu’elle donne au qu’en-dira-t-on lorsque les médias et les gens biens-pensants apprennent que les parents ont laissé leur petite fille toute seule.

Difficile de s’attacher aux personnages des parents puisqu’on les a rencontré directement à la soirée de la disparition du bébé, avec un mari qui drague la voisine, une épouse jalouse…

Puis, après la disparition de la petite, on les cotoye entre deux crises de larmes, d’engueulades, de crises de jalousie à nouveau, de lourds secrets,…. La matière pour éprouver de la sympathie était faible et pourtant, j’ai eu de l’empathie pour les parents, malgré le peu de traitement de fond que leur mère littéraire leur consacre.

Le rythme est rapide, les phrases s’enchaînent, pas le temps de respirer, les secrets se dévoilent, les couilles dans le pâté ressortent, certaines étant attendues et déduites depuis un certain temps, d’autres pas…

Le point positif de ce thriller psychologique est qu’il est addictif, rythmé et que les tensions sont présentes à tous les étages. Il fut un moment où je ne savais plus à quel saint me vouer tant je ne savais plus qui disait la vérité, qui mentait, qui jouait avec mes pieds, qui me manipulait… J’adore ce genre de petits jeux !

Le petit bémol sera pour un final qui se résout un peu trop vite, des personnages qui tournent vite casaques, qui se doutaient déjà, sans qu’on le sache, un inspecteur plus intelligent que la normale et qui a sans doute bénéficié d’un coup de pouce scénaristique de l’auteure qui lui a donné les bonnes pensées au bon moment.

Effectivement, c’est plus gai d’avoir des policiers qui enquêtent intelligemment ! On en rêverait, même si ce n’est pas super réaliste.

Anybref, j’aurais aimé un peu plus de profondeur dans certains personnages, plus de traitement, de fouille dans une partie des secrets que l’auteure nous dévoile, car si vite que la boîte est ouverte, si vite elle est refermée. Dommage, avec un peu plus de pages, on aurait pu aller plus au fond des choses.

Une LC réussie, une fois de plus, avec ma copinaute Bianca.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°213.

La Neige de saint Pierre : Léo Perutz [LC avec Rachel]


Titre : La Neige de saint Pierre

Auteur : Léo Perutz
Édition : Zulma (03/10/2016)
Édition Originale : St. Petri Schnee (1933)
Traducteur : Jean-Claude Capèle

Résumé :
En 1932, Georg Friedrich Amberg, jeune médecin engagé par le baron von Malchin, quitte Berlin pour le lointain village de Morwede.

Pour y soigner des paysans ? Pas si évident, car dans le secret de son laboratoire, la baron vient de découvrir une drogue surpuissante : la neige de saint Pierre. Dont il compte bien faire usage à grande échelle.

Interdit par les nazis dès sa parution en 1933, la Neige de saint Pierre est, par-delà l’enquête aux allures de rêve hallucinatoire, le roman de la manipulation et du pouvoir.

Critique :
Rêve ou réalité ? Cette question a failli rester sans réponse, pourtant, quelques indices me donnent à penser que c’était la réalité…

Imaginez que vous vous réveillez sur un lit d’hôpital, vos derniers souvenirs sont qu’une personne vous a assommé avec un fléau…

Le médecin vous signifie qu’on n’utilise plus de fléau pour battre le blé, nous sommes en 1932 tout même et qu’en plus, vous avez été renversé par une voiture.

Youyou, il y a quelqu’un là-dedans, McFly ?

Le doute s’installe. Avez-vous rêvé votre histoire ou vous ment-on ?

Puisque le doute l’habite, le jeune docteur Georg Friedrich Amberg va donc faire appel à ses souvenirs pour nous expliquer son histoire et nous donner la vérité, qui est ailleurs, comme toujours.

L’auteur, au moyen des souvenirs de son personnage principal, va nous entraîner dans un petit village, perdu au fond du trou du cul de la Westphalie, où règne le baron von Malchin et où tout est encore à l’ère manuelle, comme dans des temps reculés.

Si les expériences de petit chimiste de Gaston Lagaffe étaient réputées pour être dangereuses pour tout l’immeuble des éditions Dupuis, ainsi que pour celui de leurs voisins, Ducran et Lapoigne, les expériences chimiques du baron et de son associée, la belle Kallisto Tsanaris (Bibiche pour les intimes) ne le sont pas moins.

Croyez-moi, l’univers de ce roman est spécial, tournant parfois au huis-clos puisque nous sommes dans un petit village et que le baron voudrait, au travers de son fils adoptif, Frederico, ultime descendant de l’empereur Frédéric II (qu’il dit), rétablir la dynastie des Hohenstaufen du Saint Empire Romain Germanique (Ier Reich). Rien de moins…

Bizarre cette idée de vouloir rétablir un grand Empire… C’est moi ou ça pue l’idée du grand Reich de l’autre moustachu de sinistre mémoire ?

Vu que son roman a été interdit dès 1933 par les nazis, ces petits êtres sadiques, je pense qu’en effet ces tristes sires y ont vu, eux aussi, une allégorie des idée de grand empire prônée par leur grand guignol fanatique aux idées détestables et assassines.

Mince alors, ils avaient donc un cerveau ? Ou alors, délation, quand tu nous tiens.

Anybref, voilà une lecture que je n’aurais jamais faite dans ma copinaute Rachel et sans l’erreur qui fut sienne d’acheter ce roman en lieu et place de « La nuit sous le pont de pierre » du même auteur et que j’avais coché pour mon Mois du Polar (PTDR).

Une erreur qui a bien fait les choses car elle m’a permise de lire ce roman étrange, qui se lit facilement et qui parle des rêves un peu fous d’un baron, peut-être pas si frappadingue que ça, et qui va tenter, grâce à une substance chimique, de manipuler les foules pour leur rendre… Je ne vous dis rien de plus.

C’est un roman qui explore à la frontière entre la réalité et le fantasmagorique, qui se promène aux frontières du réel, faisant hésiter le lecteur et le personnage sur les faits qui se sont produits et dont il a été le témoin direct.

Malgré le fait que tout le monde lui dit le contraire, notre docteur se raccroche à ses souvenirs et se demande pourquoi on tente de le manipuler. La réalité serait-elle une illusion ? Ou le rêve est-il vraiment la réalité et on veut l’empêcher d’en parler ?

Un roman qui met en avant, avec moquerie, le Premier Reich, touchant par là-même le Troisième qui se voulait aussi grand, qui parle de la foi comme de l’opium du peuple (mais d’une autre manière que je ne divulgâcherai pas), qui parle de la manipulation des masses par quelques personnes, le tout sur un ton assez badin, amusant, mêlant habillement le roman d’investigation à celui d’anticipation.

On comprend l’interdiction de l’époque ! Mais maintenant, on peur le lire sans peur et sans reproches.

Une LC avec Rachel qui, malgré les cafouillages du départ, aura été une belle découverte. Elle, comme moi, a apprécié sa lecture. D’ailleurs, elle vous le confirmera dans sa chronique.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°202.

La Cité de feu : Kate Mosse

Titre : La Cité de feu

Auteur : Kate Mosse
Édition : Sonatine (23/01/2020)
Édition Originale : The Burning Chambers (2018)
Traducteur : Caroline Nicolas

Résumé :
France, 1562. Les tensions entre catholiques et protestants s’exacerbent, le royaume se déchire. Le prince de Condé et le duc de Guise se livrent un combat sans merci. Les huguenots sont persécutés, les massacres se succèdent.

À Carcassonne, Marguerite Joubert, la fille d’un libraire catholique, fait la connaissance de Piet, un protestant converti dont la vie en danger.

Alors que la violence commence à se déchaîner dans la région, le couple se retrouve bientôt au centre d’un vaste complot, lié à une sainte relique.

Leur quête va les mener vers une ancienne forteresse, où sommeille un secret enterré depuis des décennies.

Après Labyrinthe, vendu à plusieurs millions d’exemplaires, Kate Mosse nous propose une nouvelle fresque érudite et captivante.

Elle y donne la parole à ces figures féminines trop souvent oubliées par l’histoire officielle.

D’une efficacité redoutable, La Cité de feu confirme l’inimitable maestria narrative de son auteur.

Critique :
Non, la Kate Mosse qui a écrit ce roman historique n’est pas le mannequin !

Le domaine de prédilection de cette Kate Mosse est la littérature et elle le fait avec brio.

Labyrinthe et Sépulcre datent dans mes lectures, mais j’en ai gardé de bons souvenirs.

France, 1562. Le feu couve entre les catholiques et ceux qu’ils considèrent comme des hérétiques : les huguenots.

Oui, c’est une histoire de culte…

Ou plutôt, une histoire d’intolérance. Pas au lactose ou au gluten, mais au culte de l’autre.

Un constat affolant : rien n’a changé entre le passé et le présent. À l’époque, on a déjà l’impression d’être dans une querelle de bac à sable, entre des sales gamins qui cherchent misère aux d’autres et puis vont l’accuser de tous les torts devant la maîtresse d’école, ou à maman.

La seule différence, c’est que dans cette réalité, il y a des morts, des pillages, des cassages de magasins, la répression est forte et on ne se bat pas à coup de pelle en plastique. De nos jours, l’Humain n’a pas évolué, le bac à sable est toujours là et ça reste violent.

Autre constat, c’est que l’auteur est toujours aussi douée pour immerger son lecteur dans le bon espace-temps, lui donnant l’impression d’arpenter les ruelles de Carcassonne  ou de Toulouse telles qu’elles l’étaient en 1560. D’emblée vous y êtes.

Ses personnages, même s’ils souffrent un peu de manichéisme (mais je pardonne), sont eux aussi bien travaillés, réfléchis et j’ai eu directement de la sympathie pour Marguerite, dite Minou (tiens, mon chat est dans le livre ?) et tous ceux qui vont graviter autour d’elle.

Les actions, les pensées, les agissements de ces personnages me semblent conformes à ce qu’ils devaient être à l’époque, autrement dit, mesdames, brossons-nous pour nos droits, nous n’en avons point ! Minou, elle, prend ses droits et joui tout de même d’une grande liberté et d’un père assez large d’idées, tolérant envers les autres.

Ne vous attendez pas à un récit trépident, nous n’allons pas courir comme des malades, tel le professeur du Da Vinci. Ici, on va piano, sans pour autant que le récit se traîne ou nous endorme, que nenni.

Le récit est riche, le scénario bien travaillé, le récit est intéressant, fait froid dans le dos lorsque nous irons dans les souterrains de l’Inquisition, vous donnera envie de pleurer sur l’imbécillité humaine qui ne tolère pas d’autres manière que celle de l’Église catholique pour pratiquer son culte.

Un roman historique qui envoie du lourd, dont le récit est bien équilibré, les personnages sont attachants, le contexte historique bien présent, sans pour autant virer à l’indigestion car tout le conflit entre catho et huguenots est bien intégré à toute l’intrigue et au final, on ne se sent même pas dépaysé car l’intolérance est toujours ancrée comme une moule à un rocher.

Un roman qui a l’épaisseur d’un pavé, qui en est un (608 pages), sans jamais devenir lourd et pesant et pourtant, le pavé, tu te le prends dans la tronche. Et tu en redemandes.

PS : moi, mon culte, je le mets sur la commode, comme dans un San-Antonio.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°191.

Nains – Tome 15 – Oboron du bouclier : Nicolas Jarry et Nicolas Demare

Titre : Nains – Tome 15 – Oboron du bouclier

Scénariste : Nicolas Jarry
Dessinateur : Nicolas Demare

Édition : Soleil (19/06/2019)

Résumé :
La mort est un aller sans retour…. c’est du moins ce que pensait Oboron, jusqu’à ce qu’il se réveille au fond d’un ravin, transpercé par une dizaine de flèches.

Tandis qu’il retrouve la mémoire, il comprend que sa destinée vient de basculer. On ne revient pas de l’au-delà sans en payer le prix fort.

Oboron n’a alors plus qu’une idée en tête : retrouver les siens pour les protéger de la tempête qu’il s’apprête à déclencher…

Critique :
Se réveiller au fond d’un ravin, criblé de flèches, pour un Nain, ce n’est pas inhabituel, surtout un de l’ordre du Bouclier…

Mais lorsqu’on se relève et que l’on revient près de ses compagnons d’armes alors qu’on aurait dû être trépassé, c’est le début des emmerdes…

Une malédiction, voilà ce que porte Oboron et, par les burnes d’Yjdad, il aurait mieux fait de calancher au fond du ravin.

Déjà qu’à cause du suicide de son père, il était en disgrâce, et bien, le voilà encore tombé plus bas.

Dans les paluches des aumôniers du Temple, il ne fait pas bon tomber. Notre Oboron aurait peut-être eu plus de chance en allant direct à la table d’Yjgrun, en Enfer.

Une fois de plus, la série Nain ne sombre pas mais elle continue à hisser haut sur les flots déchaînés des mers du pays d’Arran, ou sur les mers scénaristiques.

En reprenant une légende de chez nous, le scénariste le met au goût des Nains, la transforme, la façonne et nous pond un personnage qui marquera lui aussi les esprits car il n’était rien, il aurait pu sombrer du côté obscur de la Force, mais il a résisté.

Oboron a l’air rustre, vu ainsi, il l’est, mais c’est aussi un père qui pense à sa famille. Et même s’il a un caractère de cochon, il sait aussi qu’il peut combattre le mal qui court dans ses veines et ne pas y succomber.

Les dessins de Nicolas Demare sont toujours un plaisir pour les yeux, lui qui nous met en dessins la saga des Nains du Bouclier.

Comme je le disais, le scénariste a repris une légende connue mais a aussi ajouté ses petites touches à lui, dont une fraternité entre deux personnages qui a rarement lieu, même si les Elfes, Nains, Orcs et autre Gobelins devraient penser que l’union fait la force et que la désunion ne crée rien de bon.

Une fois de plus, un tome qui reprend des classiques mais qui les cuisine à sa sauce, sans oublier d’ajouter des épices qui écorchent un peu la gueule dans le personnage du mage Faradum qui a un comportement pour le moins humain avec « Moi je peux mais pas vous » et un Gobelin esclave qui ne Ga’at rien à l’histoire, mais l’enrichi.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°122.

UnPur : Isabelle Desesquelles

Titre : UnPur

Auteur : Isabelle Desesquelles
Édition : Belfond (22/08/2019)

Résumé :
Benjaminquejetaime et Julienquejetaime. Les noms que leur a donnés leur mère, Clarice. Dans les ruelles de Paris, ils forment une famille tournesol aux visages orientés vers le bonheur. Seulement, le destin va en décider autrement.

Quand un inconnu pose les yeux sur deux enfants en se demandant lequel il va choisir. Et tout leur enlever.

Quarante ans plus tard s’ouvre le procès d’un monstre qui n’est pas sur le banc des accusés mais dans la tête de chacun. C’est sa victime que l’on juge.

Quand l’enfance nous est arrachée, quel humain cela fait-il de nous ?

De l’Italie – Bari et Venise – au Yucatán – sa mer turquoise et les rites ancestraux maya – se déploie l’histoire d’un être dont on ne saura jusqu’à la fin s’il est un pur.

Isabelle Desesquelles explore l’absolu de l’enfance, avec ses premières et surtout ses dernières fois, qu’à toute force on voudrait retrouver.

À sa manière frontale, l’auteur éclaire l’indicible. Roman de l’inavouable et dissection d’un tabou, UnPur bouscule, interroge, il envoûte et tire le fil de ce que l’on redoute le plus.

Critique :
J’aurais aimé rejoindre les avis enchanté de mes collègues de blogueurs, Lord Amnezik et Yvan, mais ce sera celui de Nathalie : la forme de la narration a tout foutu en l’air et m’a empêché de m’accrocher tout à fait à l’histoire.

Déjà, nous abordions deux sujets que je n’affectionne pas trop : l’enlèvement d’un enfant et la pédophilie.

Pourquoi le lire, alors, me direz-vous ? Parce que les retours étaient excellents et qu’il faut de temps en temps affronter les sujets que l’on évite en littérature.

Jamais facile de trouver le ton juste pour parler de ces horreurs et là, il faut souligner que l’auteure a su trouver les mots justes en utilisant des métaphores qui étaient encore plus percutantes que les mots réels. Là, mes tripes se sont serrées.

L’auteure n’épargne pas ses personnages, notamment notre jeune garçon enlevé qui semble souffrir du syndrome de Stockholm pour son ravisseur et j’avoue que c’est toujours dérangeant de lire ce genre de chose.

Oui, le livre est dérangeant, glauque aussi, la violence est présente, normal, vu les sujets traités, nous ne sommes pas au pays de Petzi.

Là où le bât a blessé, c’est dans la manière de narrer cette histoire.

L’utilisation d’une confession faite par Benjamin était une bonne idée, mais j’ai trouvé que le ton de la narration était froid, distant, sorte de mélange d’imagination débordante, de flou artistique, de sujet atteint psychologiquement (il serait difficile d’en ressortir sans séquelles psychiques) et inventant une réalité alternée, le tout baignant dans une réalité sordide.

Anybref, jamais je n’ai réussi à accrocher au récit tout à fait et ma compassion en a pris un coup puisqu’il me manquait des émotions brutes.

Sans les émotions au rendez-vous, hormis celle du dégoût des pédophiles et des enlèvements, cela a rendu ma lecture encore plus difficile puisque ce ton distant, comme si Benjamin racontait un récit onirique sur ce que fut sa vie après son évasion, a foutu toute ma lecture en l’air.

De plus, il me reste des interrogations à la fin de ma lecture et entre nous, j’aime mieux ne pas avoir la réponse car si elle était positive, ça retirait le crédit que j’ai encore pour Benjamin.

Mon seul autre point positif sera pour le final qui est horrible, brutal, violent et qui clôt le roman d’une manière magistrale.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°XXX.

Au nom du bien : Jake Hinkson

Titre : Au nom du bien

Auteur : Jake Hinkson
Édition : Gallmeister Americana (02/05/2019)
Édition Originale : Dry County (2019)
Traducteur : Sophie Aslanides

Résumé :
Pasteur respecté d’une petite ville de l’Arkansas, Richard Weatherford n’en est pas moins simple mortel, avec ses secrets et ses faiblesses. Car Richard a fauté avec un jeune homme, Gary.

Alors le coup de fil qu’il reçoit à cinq heures du matin ne présage rien de bon : le silence de Gary lui coûtera 30 000$, sinon Richard devra dire adieu à sa réputation et – surtout – à sa femme Penny et à leurs cinq enfants qui jamais ne supporteront un tel scandale.

Prêt à tout pour empêcher son monde de s’effondrer, le pasteur n’a que quelques heures pour tisser une immense toile de mensonges où piéger son entourage.

Mais c’est tout le charme des petites villes : même si leurs habitants prennent des directions différentes, leurs chemins finissent toujours par se croiser… inéluctablement.

Critique :
« La branlette est dangereuse pour la santé ! ». Pire, « La branlette tue »…

Voilà le bandeau-titre qu’il faudrait apposer sur ce roman noir car au final, tout est parti de là pour se terminer d’une manière qui fait froid dans le dos vu le détachement de celui qui accomplit ces meurtres de sang-froid.

Mais revenons au début : se faire réveiller à 5h du matin par un appel de son amant pourrait être romantique si vous étiez célibataire…

Par contre, lorsque l’on est marié avec 5 enfants, oups…

De plus, lorsqu’on est un pasteur respecté dans une petite ville des Ozarks (Arkansas), ça la fout mal si vos ouailles apprenaient que vous avez trempé votre biscuit dans une autre tasse de café que celle de votre légitime épouse.

Surtout si cette tasse de café appartenait à un jeune mâle. Là, vous êtes mort.

Au lieu de jouer paisiblement à « 7 à la maison », le pasteur Richard Weatherford se retrouve avec un chantage à la clé : son jeune amant réclame 30.000$, rien de moins. Sinon, il dira à tout le monde que le pasteur aime jouer à touche-pipi avec un jeune homme.

L’Arkansas a beau avoir fourni à l’Amérique un président qui aimait la pipe, dans cette petite congrégation plus catholique que le pape et ses cardinaux réunis, l’homosexualité présumée du pasteur serait plus que mal vue.

Ce roman choral nous donnera la possibilité de suivre plusieurs personnages, d’être dans leurs pensées, leur coeur, leurs doutes, leurs pulsions et cela rend le roman encore plus fort qu’il ne l’est au départ.

Si la thématique du chantage est un classique, ce qui reste à découvrir, c’est comment se sortir de ce pétrin sans avoir à payer ou, si l’on décide de payer, c’est, comment mettre la main sur ce paquet de fric sans que cela se sache, se voie et surtout, où aller le chercher !

L’atout de ce roman noir est de nous mettre en présence d’un pasteur réputé, d’un homme qui a réussi à augmenter le nombre de ses fidèles, qui a une réputation de bon père de famille, de bon mari et qui a fauté sexuellement avec un jeune homme (majeur, je précise), lui qui ne touche plus sa femme depuis la naissance de leur dernière, il y a 8 ans.

Le roman a un rythme trépidant puisqu’il se déroule la veille de la fête de Pâques, ce qui me fait penser que notre pasteur a dû faire un véritable chemin de croix en souffrant sa Passion (charnelle, ici et non mortelle) sans savoir s’il ne finirait pas crucifié le lendemain, le dimanche de Pâques, sans possibilité de résurrection.

Les voies du Seigneur sont impénétrables (elles) et une fois de plus, l’auteur nous démontre que s’il sait jouer avec le Noir, il sait aussi nous entraîner là où nous ne l’attendons pas et nous offrir un final qui glace les sangs.

Dans ce roman, il explore la face peu reluisante d’une certaine religion, celle qui prône l’abstinence de l’alcool, des jeux de hasard, la violence, mais dont le principal modèle n’est pas en odeur de sainteté lui-même. Il serait même le roi des menteurs et un fieffé hypocrite, comme nombre de croyants pratiquants de ma connaissance.

Portrait d’une Amérique pro-Trump, de loosers magnifiques, de paumés sublimes, d’arrivistes arrogants, de femmes drapées dans leur dignité, d’un pasteur prêt à tout pour sauver sa réputation (et protéger sa famille du scandale), de petits jeunes qui pensent que le fric résout tout, le tout mis en scène par un talentueux scénariste qui ne laisse rien au hasard.

Ne cherchez pas de morale dans ce roman noir : ce petit noir est serré, corsé, sombre, sans sucre, sans nuage de lait, sans édulcorants mais tu le bois avec délectation car il est réaliste, dans le fond : ce ne sont pas toujours les Bons qui gagnent.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°60 et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.