L’étrange traversée du Saardam : Stuart Turton

Titre : L’étrange traversée du Saardam

Auteur : Stuart Turton
Édition : Sonatine (03/03/2022) – 592 pages
Édition Originale : The Devil and the Dark Water (2020)
Traduction : Fabrice Pointeau

Résumé :
1634. Le Saardam quitte les Indes orientales pour Amsterdam. À son bord : le gouverneur de l’île de Batavia, sa femme et sa fille. Au fond de la cale, un prisonnier : le célèbre détective Samuel Pipps, victime d’une sombre affaire.

Alors que la traversée s’avère difficile et périlleuse, les voyageurs doivent faire face à d’étranges événements.

Un symbole de cendres apparaît sur la grand-voile, une voix terrifiante se fait entendre dans la nuit, et les phénomènes surnaturels se multiplient. Le bateau serait-il hanté, ses occupants maudits ?

Aucune explication rationnelle ne semble possible. Et l’enquête s’avère particulièrement délicate, entre les superstitions des uns et les secrets des autres.

Critique :
Le Saardam n’est pas un désert qu’il faut traverser, non, c’est juste le nom d’un bateau, un indiaman, pour être précise et sa traversée va être des plus étranges…

Qualifier ce roman d’aventures, mi-polar, mi-historique, mi-fantastique, de spécial serait réducteur et pourtant, c’est le mot qui le qualifiera le mieux.

1634… Nous embarquons sur un indiaman de la compagnie néerlandaise des Indes orientales, partant de Batavia (pour les GPS contemporains, inscrivez Jakarta), les cales remplies d’épices et d’une cargaison mystérieuse, secrète.

Nous partîmes 300 (marins, mousquetaires, capitaine, passagers, nobles) et par de promptes emmerdes, décès, assassinats, disparitions, nous terminâmes cette traversée étrange avec beaucoup moins de monde.

Ce roman pourra sa classer dans la catégorie des inclassables ou de ceux difficiles à cataloguer, en raison des nombreuses étiquettes qu’il coche, bien que le roman policier historique soit le plus prégnant.

Le personnage de Sammuel Pipps a tout d’un Sherlock Holmes et son acolyte, Arent Hayes, a tout d’un Watson bodybuildé et bagarreur.

Inconvénient de l’affaire, notre enquêteur chevronné est aux fers, avec interdiction de sortir et donc, impossible pour lui d’enquêter sur les évènements étranges qui frappent le Saardam, comme s’il était victime d’une malédiction, celle de Old Tom.

Les meurtres en huis-clos sont les plus étranges, ici, navigant sur l’océan, nous entrons dans une autre dimension : personne n’a pu monter à bord ou s’en échapper et lorsqu’un meurtre aura lieu dans un cabine hermétiquement fermée, le huis-clos prendra encore plus d’ampleur, surtout qu’il a un arrière-goût de fantastique, de sorcellerie, de malédiction…

Possédant le pied marin, c’est avec enthousiasme que je suis montée sur le pont du Saardam et le mal de mer m’a pris par surprise, alors que tout le monde embarquait et que ça n’en finissait pas…

La mise en place traîne en longueur et il faut attendre encore d’être arrivé à la moitié pour que tout bouge enfin un peu plus. Il y a une profusion de personnages et s’ils sont bien tous décrits et reconnaissables, j’ai réussi à en confondre deux, malgré l’index dans les premières pages (le Chambellan Cornelius Vos et le Marchand-chef Reynier van Schooten).

L’auteur a réussi à me faire perdre le Nord, mélanger bâbord et tribord, confondu la proue et la poupe, tant son récit était mystérieux et que je ne parvenais pas à trouver les solutions à tous ces phénomènes étranges qui arrivaient aux passagers du Saardam.

D’où proviennent les voix qui parlent aux gens durant leur sommeil, qui a peint les signes sur la grande voile et gravé dans les caisses ? Qui est ce huitième bateau qui n’apparaît que la nuit ?

Sans les explications finales, je n’aurais jamais trouvé et si j’ai apprécié me faire balader de la sorte, avec 100 pages de moins, le rythme aurait été plus soutenu (la palissade, je sais). Le début fastidieux m’a fait boire la tasse.

Oui, la résolution était bien trouvée, digne d’un grand roman policier. Elle était inattendue, sans pour autant égaler le truc de ouf qu’il y avait dans le premier roman (Les sept morts d’Evelyn Hardcastle).

Attention, la résolution comportait une sacrée touche d’originalité que je n’ai pas vu venir. Le fantastique est expliqué, on reste dans le rationnel, alors que dans le premier roman, nous étions sans contestation aucune dans du fantastique.

Si j’avais lu les romans dans le désordre, j’aurais sans doute au plus de plaisir, puisque j’aurais monté de niveau. Ici, par rapport au précédent, cela fait un peu pâle figure, tout en restant un formidable roman d’aventures en mer.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°008] et Le pavé de l’été 2022 (Sur mes Brizées).

La capture – Yvonne Chen 02 : Nicolas Lebel

Titre : La capture – Yvonne Chen 02 (Qui sème les coups récolte la vengeance)

Auteur : Nicolas Lebel
Édition : Le Masque (23/03/2022)

Résumé :
Morguélen. Un nom funèbre pour une île bretonne giflée par les vents. Un terrain idéal pour la lieutenante Chen, lancée dans une traque sans merci. Dans son viseur : des tueurs à gages insaisissables, les Furies, déesses du châtiment.

Mais à l’heure de la rencontre, la partie pourrait bien compter plus de joueurs qu’il n’y paraît. Et quand le prêtre de cette île du bout du monde entre à son tour dans la danse, une seule certitude demeure : quelqu’un va mourir.

Jeu de miroirs à huis clos, le nouveau roman de Nicolas Lebel entraîne le lecteur dans une course échevelée où tout n’est qu’ombres et reflets. Porté par l’humour et l’ingéniosité inégalables du lauréat du Prix des lecteurs du Livre de Poche, La Capture impose Nicolas Lebel comme l’une des voix les plus brillantes du thriller français.

Critique :
Si Dave avait écrit sa lettre à Hélène, exilée sur l’île Morguélen, pas sûr que ça aurait eu le même effet qu’un exil  aux îles des Kerguelen.

Parce que Morguélen (mêle si ça rime super bien avec Helen) se situe en Bretagne et que, ce n’est pas le bout du monde !

♪ Quelle idée, ma douce Hélène, de t’exiler sur l’île Morguélen ♫ (ou comment pourrir votre journée en vous collant la chanson dans la tête).

Bon, on ne va pas se mentir, Yvonne Chen n’est pas mon personnage préféré ! Malgré son caractère de cochon, sa voie éraillée et sa tronche de grenouille, je lui préfère, et de loin, le Capitaine Mehrlicht.

La lieutenante Chen est froide, antipathique au possible, imbuvable et si ça coince de la sorte entre nous, c’est sans doute parce que c’est une femme. Bizarrement, une telle froideur, ce manque d’empathie qu’elle a pour les autres, je pense que ça passerait mieux avec un mec. Me demandez pas pourquoi, docteur.

Chen m’a fait l’effet dune poêle Tefal : déjà que tout glisse sur elle, sans attacher et moi, je ne me suis pas attachée à elle non plus.

Cela ne m’a pas empêché de passer un moment rempli de suspense et de mystère avec notre flic au caractère de merde, qui, poursuivant les assassins de son collègue, va mener son enquête sur la petite île de Morguélen, sorte de trou perdu qui ne s’anime que durant les périodes de vacances.

Moi, je me méfie toujours des petits coins paumés qui semblent super calme, lorsque je lis un roman policier ou un thriller ! C’est bien souvent au moment où débarque notre personnage que le taux de mortalité explose en masse et que l’insécurité règne en maîtresse de maison.

Comme aux échecs, notre Chen va devoir avancer sur un échiquier dangereux, sans savoir où se trouvent les Furies, tandis que de l’autre côté, deux flics de l’OCLCH avancent, eux aussi, à pas de loup, sans savoir si l’homme qu’ils espionnent est un criminel de guerre ou pas.

N’ayant jamais joué aux échecs autrement qu’avec Ron Weasley (on a les références que l’on peut), je sais tout de même que parfois, pour gagner, il faut savoir sacrifier des pions importants…

Dans ce roman, les apparences sont trompeuses et même si j’ai vite deviné où se trouvait la couille dans le pâté, je manquais de certitudes pour affirmer avoir raison.

Comme avec un iceberg, je n’avais trouvé qu’une petite partie, ce qui était immergé, je l’ai découvert au fur et à mesure, me faisant avoir comme une bleue ! Génial, il y avait des surprises dans la surprise du Kinder© !

Non, non, ce n’était pas une saloperie de salmonelle, rassurez-vous, vous pourrez déguster le roman sans risque. C’est comme une sorte de double effet Kiss Cool (pour les plus anciens qui ont passé l’âge des Kinder) et l’explosion finale en bouche pour la fin. Là, je vous garantis que je n’avais rien vu venir !

Si le roman possède moins d’humour que dans ceux consacrés aux enquêtes du Capitaine Mehrlicht, l’auteur ne sera jamais avare de bons mots, de situations cocasses (notamment avec les chansons de Johnny), de vérités vraies, de mettre en scène ses potes auteurs (Claire Favan, Alexis Laipsker, Mazza et de mettre Norek à la Pléiade)…

Et puis, on ne s’y embête pas, le rythme, sans être trépidant, ne nous laisse pourtant pas le temps de flâner et de cueillir des fleurs. La preuve, j’ai lu ce roman en même pas 24h. Une fois qu’on est plongée dedans, c’est comme dans une piscine, on n’a pas envie d’en sortir.

Un scénario bien trouvé, qui laisse la place aux surprises, au suspense, aux mystères et qui se termine d’une manière inattendue, ce qui relance les dés pour le prochain épisode, si suite il y a… C’est intelligent de la part de l’auteur. Un twist génial.

Mon seul bémol sera pour Yvonne Chen, qui n’aura pas le prix de la sympathie du public, ni des collègues, ni celui de la politesse, mais je pense qu’elle s’en moque comme de ma première paire de chaussettes.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°260] – Dernière du challenge.

La mer éclatée – Intégrale : Joe Abercrombie

Titre : La mer éclatée – Intégrale

Auteur : Joe Abercrombie
Édition : Bragelonne Fantasy (2017) – 864 pages
Éditions Originales : Half a King (2014) / Half the World / Half a War
Traduction : Juliette Parichet

Résumé :
Découvrez les Intégrales Bragelonne ! Cette édition exclusive numérique contient les ouvrages suivants : La Moitié d’un roi ; La Moitié d’un monde ; La Moitié d’une guerre.

« J’ai fait le serment de venger la mort de mon père. Je suis peut-être la moitié d’un homme, mais ce serment était entier. » Né faible aux yeux de son père, le prince Yarvi a juré de récupérer un trône dont il n’a pourtant jamais voulu.

Mais il doit d’abord affronter la cruauté de sa propre famille, les humiliations de l’esclavage, ainsi que les eaux amères de la Mer Éclatée.

Tout cela avec une seule main valide. C’est au côté d’une étrange assemblée d’exclus et de marginaux, et non parmi les nobles de son rang, que Yarvi apprendra à être un homme – s’il survit aux épreuves de toutes sortes qui l’attendent…

Critique :
Celui qui cherche la vengeance devrait creuser deux tombes : une pour son ennemi et une pour lui…

Yarvi sait de quoi je parle, lui qui a décidé de venger la mort de son père et de son frère, alors que les deux le méprisaient ouvertement.

Allez savoir pourquoi notre jeune homme, qui ne possède qu’un bras (pas de chocolat ?) valide, l’autre étant une sorte de moignon, qui ne sait pas se battre, à peine tenir une épée, a prononcé ce serment totalement fou.

Yarvi n’avait sans doute pensé que sa vengeance entraînerait d’autres personnes, étrangères à tout cela, à mourir pour sa cause ou à cause de sa vengeance. Des amis, des soldats, des innocents, autrement dit, un bain de sang pour n’avoir qu’une faible satisfaction une fois la vengeance accomplie.

Quand aux serments, ils ont tendance à un peu trop lier les gens qui les prononcent. Enfin, pas toujours, Yarvi en a respecté certains et en a bazardé d’autres. On s’arrange comme on peu avec sa conscience et si on juge que l’acte accompli est un moindre mal, on pourra dormir sur ses deux oreilles.

Voilà dans la fantasy comme je l’aime ! Déjà, les personnages ne sont pas ce que l’on pense, ils changent, cachent leur jeu. Yarvi n’a rien d’un guerrier badass, il est faible, ne sait pas se battre et ne possède que son enseignement de futur ministre, ce qui lui donne une langue acérée et la possibilité de se jouer des autres.

Les dialogues sont soignés, on a de l’humour noir, des vérités à imprimer, à mettre en action, à ne pas oublier et bien que nous soyons dans de la fantasy, le fond du récit est hautement contemporain de notre Histoire : guerres pour le pouvoir, pour être encore plus calife que l’on n’est déjà calife, posséder les autres, les faire plier sous notre joug, leur imposer notre croyance (la déesse unique alors que les autres croient en plusieurs dieux), peur de ce que les autres pourraient faire, peur de leur pouvoir qui est de mettre l’or sur papier (l’invention de la lettre de change ou du chèque), la place des femmes, la possession d’armes de destruction massive…

Si la première partie est consacrée à Yarvi, la suivante (qui est le tome 2) sera pour Épine et Brand et la troisième pour Skara, Raith et Koll (tome 3). Ce n’est pas pour autant que l’auteur laisse tomber les autres, ils sont toujours présent, évoluent, changent et jamais je n’ai réussi à savoir où se situait exactement Yarvi tant il pouvait être sage et tout autant où il aurait pu être un parfait tyran.

L’auteur n’a pas oublié les femmes dans son récit et elles se tailleront une belle place parmi les hommes, en tant que combattantes, forgeronnes, reines, sorcières, navigatrices, esclaves. Vraies salopes, femmes perfides, femmes lucides, femmes de fer ou femmes essayant de ménager la chèvre et le chou (tout en comprenant, un peu tard, qu’il est très difficile à garder l’équilibre), évoluant aussi au fil des pages, prenant de l’ampleur à certains moments ou disparaissant ensuite du récit.

Pas d’édulcorants dans cette histoire, les morts saignent, les tripes sortent, la guerre est sale et le comportement des soldats, mercenaires et autres dirigeants n’a rien de glorieux. C’est sale et monstrueux. Soyez pas dans leur passage, fuyez pauvres fous.

Le ton de l’auteur est cynique, ses personnages aussi, personne n’est tout à fait blanc ou noir, tout le monde étant teinté de gris et comme nous, ont parfois des réactions qui ne les mets pas en valeur, des actes condamnables, des choses qu’ils regretteront ensuite (ou pas) car personne ne connait à l’avance les répercussions que pourraient avoir la pose de l’acte X au jour J.

N’ayant jamais lu les autres romans de l’auteur, je n’ai aucun point de comparaison mais je compte bien remédier à cette erreur et me plonger dans ces autres trilogies afin de voir si son univers est toujours aussi réaliste et cynique (j’espère) ou si, comme d’autres, on retrouve toujours les mêmes recettes cuisinées (Gemmel).

Les manigances des ministres et des dirigeants avaient un goût machiavélique. L’auteur a réussi à tenir la barre de son scénario et à ramer sans jamais faiblir dans son récit que j’ai dévoré très vite (pour un gros pavé). Il est cohérent dans les actions de ses personnages et nous réserve quelques petites surprises durant son histoire.

En attendant, je suis contente d’être repartie dans de la très bonne fantasy (ceci n’est que mon avis, hein), réaliste, cynique, noire, sans concession, sans happy end bisounours (même si je pleure la disparition de certains personnages), où la guerre était vraiment ce qu’elle est (sale et monstrueuse) et où les personnages ne se soucient pas d’être aimé car être craint dure plus longtemps !

Lu dans sa version « Intégrale » papier (864 pages), mais cette intégrale existe aussi en 3 volumes au format poche édités par les éditions Bragelonne. Les couvertures sont super aussi.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°314], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°67] et Le pavé de l’été – 2021 (Saison 10) chez Sur Mes Brizées – 864 pages.

 

Le fini des mers : Gardner Dozois

Titre : Le fini des mers

Auteur : Gardner Dozois
Édition : Le Bélial’ Une Heure Lumière (28/06/2018)
Édition Originale : Chains of the Sea (1973)
Traduction : Pierre-Paul Durastanti

Résumé :
Un jour, ils débarquèrent, comme tout le monde l’avait prévu. Tombés d’un ciel bleu candide par une froide et belle journée de novembre, ils étaient quatre, quatre vaisseaux extraterrestres à la dérive tels les premiers flocons de la neige qui menaçait depuis déjà une semaine.

Le jour se levant sur le continent américain, c’est là qu’ils atterrirent : un dans la vallée du Delaware vingt-cinq kilomètres au nord de Philadelphie, un dans l’Ohio, un dans une région désolée du Colorado, et un (pour un motif inconnu) dans un champ de cannes des abords de Caracas, au Venezuela…

Critique :
Ça y est, les extra-terrestres ont débarqués et je vous le dis de suite, nous sommes loin de ceux dans le film des « Gendarmes » où « ils rouillent, mon adjudant, ils rouillent » !

Pas de ça ici, nous sommes face à des E.T d’un autre genre et ils semblent bien plus dangereux que ceux croisés ailleurs, bien plus intelligent et préfèrent discuter avec nos I.A ou les Autres…

Deux ambiances différentes dans cette novellas : l’arrivée de quatre vaisseaux extra-terrestres d’un côté, la population que l’on tient à l’écart.

De l’autre, Tommy, un jeune garçon rêveur vivant dans une famille où les parents s’engueulent, où les coups frappent et où notre Tommy est capable de voir les Autres qui vivent dans notre monde.

Si les réactions face à l’atterrissage d’un vaisseau au Venezuela vire à la guerre civile, à l’empoignade, chez les Américains du Nord, ce n’est pas mieux, même si tout est sous contrôle… Enfin, qu’ils croient !

J’ai aimé ces deux récits qui, au départ, ne semblent avoir aucun rapport l’un avec l’autre. Face aux brimades que Tommy reçoit chez lui, face au traitement qu’il reçoit de la part de sa maîtresse (un bûcher, vite !), on se dit que le plus urgent serait de l’aider et de s’occuper des E.T ensuite…

Comme quoi, face à sa douleur de ne pas être écouté, compris, lorsqu’on est dans un cercle vicieux sans fin, ce qu’il se passe dans le reste du Monde, même grave, important, passe en second plan.

D’ailleurs, l’invasion ne pourrait être qu’un prétexte pour nous parler de l’incompréhension des enfants face à certains comportements des adultes.

Écrit en 1973, cette novellas de SF n’a pas mal vieilli, si ce n’est que personne n’a de téléphone portable ou de PC, que les réseaux sociaux n’existent pas, empêchant les gens de propager les nouvelles, mais en ce qui concerne les chaînes de télé, les États-Unis étaient mieux lotis que nous.

Une excellente novellas pour ceux ou celles qui, comme moi, ne sont pas familière de l’univers SF mais qui ont envie d’aller s’y encanailler en commençant petit. Un récit très émouvant.

PS : au départ, je pensais faire entrer cette novellas dans le Mois Espagnol et Sud-Américain puisqu’on parlait du Venezuela dans le résumé… Oups, on parle tellement peu de l’Amérique latine que cette novellas pourrait juste participer à la minute Espagnole (si Sharon l’organisait).

Les Traqueurs – Tome 01 – L’arme perdue des dieux : David Muñoz et Tirso

Titre : Les Traqueurs – Tome 01 – L’arme perdue des dieux

Scénariste : David Muñoz
Dessinateur : Tirso

Édition : Glénat Grafica (2017)

Résumé :
Londres, milieu du XVIIe siècle. Depuis la mort de son père, le candide Jonas, botaniste et naturaliste émérite, pratique sa passion dans la grande serre de son oncle.

Ce dernier prépare une périlleuse expédition en Nouvelle-Espagne à la recherche d’une créature fantastique issue tout droit des légendes aztèques.

Une arme perdue des dieux, une curiosité scientifique ou une juteuse attraction pour le public européen, et qui suscite bien des convoitises.

Grâce à ses compétences, Jonas va prendre part à l’aventure et embarquer, alors que les eaux des Caraïbes sont envahies par les pirates et les navires de guerre anglais et hollandais qui se disputent le contrôle des mers, à la rencontre d’un danger plus terrible encore…

Critique :
Est-ce l’homme qui prend la mer ou la mer qui prend l’homme ?

En tout cas, la mer, les Anglais et les Hollandais se la disputent, voulant être le meilleur et surtout avoir le monopole des routes et comptoirs commerciaux.

Bref, sur la mer que l’on voit danser le long des golfes clairs, ça bastonne à tour de bras et quand l’un des deux protagonistes n’a plus de bateaux, ben il n’a plus de bateaux !

1664, l’Angleterre n’a plus de navires et seul le résultat d’une expédition menée en Nouvelle-Espagne pourrait les sauver car si les Anglais mettent la main sur l’arme fabuleuse qui s’y trouve cachée, plus personne n’osera les attaquer et il n’y aura plus de guerre.

D’après les Anglais, il vaut mieux que l’arme tombe dans leurs mains que dans celles des autres… Vous avez envie de crier « Mon cul » vous aussi ? Oui, ça me fait toujours cet effet là à moi aussi ce genre de discours.

Si le scénario est un peu tarabiscoté avec les multiples flash-back qui l’encombre, une fois remis les pièces du puzzle dans le bon ordre, il ne devrait pas y avoir de problèmes de compréhensions.

Le découpage aurait peut-être dû être amené d’une autre manière car au départ, ça fait un peu fouillis car il y moult événements qui se produisent en peu de pages.

Pour un premier album, cela fait beaucoup de choses à avaler et si je peux saluer le fait que les auteurs aillent droit au but sans trop perdre de temps à chipoter, l’inconvénient est que cela donne l’impression que les personnages ont été survolés, pas assez approfondis (oui, je sais, jamais contente !), limite clichés.

Les graphismes sous forme d’aquarelles sont magnifiques, surtout quand ce sont des plans des navires ou des paysages. Les couleurs, dans des tons chauds, illuminent certaines planches et j’avais envie de les découper pour les mettre dans un cadre (moi qui aime les bateaux).

Par contre, certains visages des personnages changent d’une case à l’autre, ce qui énervant pour le lecteur, surtout lorsqu’on a eu des planches qui étaient de très belle facture, dont une avec un saut de baleine.

Ce qui m’a attiré dans cette saga, c’est le côté fantastique, la légende Aztèque de cette créature fabuleuse et qui entraîne les hommes à la recherche pour l’asservir et l’utiliser contre leurs ennemis (comme d’habitude). Au départ, nous ne savons pas s’ils poursuivent une chimère ou pas. La dernière planche laissera les lecteurs sur un beau cliffhanger et la résolution du mystère.

Anybref, on ne refera pas le Monde, l’Homme ne changeant jamais au fil des siècles, mais l’apport du fantastique dans un récit qui fleure bon les expéditions vers le Nouveau-Monde, les Cités d’Or (sans l’or) ou les flibustiers, pourrait lui donner une direction moins conventionnelle.

À voir si cela se produit dans les albums suivants…

Le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021 et le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B) – 54 pages.

Grands anciens – Tome 2 – Le dieu poulpe : Jean-Marc Lainé et Bojan Vukic

Titre : Grands anciens – Tome 2 – Le dieu poulpe

Scénariste : Jean-Marc Lainé
Dessinateur : Bojan Vukic

Édition : Soleil Productions 1800 (26/05/2011)

Résumé :
Nouvelle-Angleterre, 1850. Le jeune Ishmaël écoute avec incrédulité le récit que lui fait Herman Melville…

L’écrivain lui conte l’aventure fantastique d’un capitaine baleinier, Achab, embarqué pour une campagne qui l’entraînera aux confins des océans de la folie !

Ainsi que le destin de ce marin au corps couvert de cicatrice, qui sera peut-être le dernier espoir des matelots du Pequod.

Ishmaël ne croit pas ce que Melville lui raconte. Il ne croit pas à la folie du survivant d’un naufrage passé, qui délire et parle dans une langue qu’aucun humain ne connaît.

Et il ne croit pas à l’apparition de ce monstre tentaculaire qui envoie les navires par le fond. Ishmaël ne croit pas à la légende du Kraken.

Critique :
J’avais eu peur que le second tome ne fasse pchiiittt après un premier que j’avais apprécié, mais il n’en fut rien.

Mes attentes étaient de passer un moment de folie en mer, avec des marins courageux, un monstre horrible qui se nomme kraken, Cthulhu et de voir quel rôle on allait réserver à l’homme au mille cicatrices…

Mes attentes n’ont pas été déçues, j’ai vibré, j’ai admiré les beaux dessins, les détails, les couleurs superbes et cela m’a évité d’avoir mal au cœur sur la mer en furie (de vomir mon quatre heure et mon midi aussi).

Les puristes diront qu’on prend ses aises avec le roman de Moby Dick, avec le mythe du Chtulhu, même avec celui de la créature, mais puisque je ne voulais pas me prendre la tête, je ne me la suis pas prise.

On a de l’action, du rythme, même si on est coupé dans notre élan par Melville qui raconte cette histoire au jeune Ishmaël qui n’en croit pas un mot, bien entendu et qui lui annonce que le public ne voudra jamais d’une histoire pareille.

Peu de répit durant la lecture, un combat titanesque entre les hommes du Péquod, commandé par le Capitaine Achab, qui fait une fixette sur le kraken…

Les combats sont bien lisibles, les dessins de Bojan Vukic sont magnifiques et ma foi, il ne manquait plus que les éclaboussures d’eau, les embruns et l’odeur de poisson avarié du poulpe Cthulhu pour avoir l’impression d’y être.

Comme le match allé s’est soldé par un nul partout, avec des blessés, on aura droit au match retour entre Poulpy et Achab, avec une recrue de choix en la personne de monsieur cicatrices.

Faut pas chercher de la profondeur, il y en a peu, mais niveau action et rythme, on est servi car pas de répit pour Poulpy ! De plus, cela donne un bonne explication à la traque de folie que Achab livrera dans le futur roman de Melville.

À lire sans se prendre la tête tout en mangeant du poulpe grillé afin d’être dans le thon de l’album.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°180], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°39] et le Mois du Polar – Février 2021 – chez Sharon [Fiche N°06].

Grands anciens – Tome 1 – La Baleine blanche : Jean-Marc Lainé et Bojan Vukic


Titre : Grands anciens – Tome 1 – La Baleine blanche

Scénariste : Jean-Marc Lainé
Dessinateur : Bojan Vukic

Édition : Soleil 1800 (25/08/2010)

Résumé :
En 1850, le jeune Ishmaël a pour intention de quitter la marine marchande pour devenir marin sur un baleinier et, pour ce faire, s’est transporté à l’auberge de l’Amiral Bandow de New Bedford à la Nouvelle-Angleterre pour y glaner quelques précieux conseils.

En ces lieux bruyants où la bière coule à flot, il y rencontre le romancier Hermann Melville qui, fort de l’intérêt que porte le jeune homme sur la chasse au cachalot, se décide à lui faire part d’une histoire fascinante et effrayante, celle du Capitaine Achab et de son combat titanesque contre le Kraken, l’immense créature des bas fonds marins.

Commence alors un récit impressionnant dans lequel l’appel du large devient synonyme de légendes terrorisantes, de folie, de prières impies et également de démesure.

Critique :
♫ Époustouflez-moi ! Époustouflez-moi ! Là tout de suite, Allez, vite ! Sachez me faire rêver-é-é-é, M’étonner-é-é-é, Me captiver ♪ Époustouflez-moi ! ♪

♫ Sachez m’hypnotiser, Improviser, Me subjuguer ♪

(Sur l’air de « Déshabillez-moi » de Juliette Greco).

La première chose qui m’a attirée dans cette bédé, c’est la couverture ! Waw, rien à dire, elle subjugue les yeux, elle invite au fantastique, aux voyages marins, bref, à l’évasion et aux frissons.

Devant cette belle promesse, j’ai craqué de suite et j’ai embarqué les deux tomes en même que les deux Hyde contre Frankenstein. Ce que j’espérais, c’était que l’auteur allait me captiver, m’emmener ailleurs et sortir des courants marins habituels. D’où mon intro sur l’air de déshabillez-moi car je voulais être époustouflée.

Lorsqu’on mélange Herman Melville et son capitaine Achab, sa baleine blanche, le Cthulhu de Lovecraft, le Nécronomicon et que l’on raconte ce récit, assis sur une chaise de l’auberge de l’amiral Benbow (celle du Jim Hawkins de l’île au trésor) et un corps repêché qui ressemble à la créature de Frankenstein, faut s’assurer que le montage de toutes ces couches dans le gâteau soit parfait, sinon, barfaf, c’est l’embardée (l’écroulement).

Mon seul bémol sera pour l’intrusion du steampunk alors que l’univers penche plus vers le fantastique. À moins que le Nautilus n’ait un rôle à jouer dans le tome 2, je ne vois pas trop pourquoi on nous l’a montré dans l’entrepôt qui fabrique des harpons d’un nouveau genre.

Comme mes seules attentes étaient d’avoir de l’évasion, des frissons et de l’audace, j’ai été servie. Même si tous les éléments de ce premier tome proviennent d’univers différents, ma lecture a été divertissante et j’ai été époustouflée par les magnifiques dessins de Bojan Vuvik qui nous offre un kraken Cthulhutesque des plus magnifaïïïïk, mes chéris.

N’étant pas de grandes connaissances de l’oeuvre de Lovecraft, je ne porterai pas de jugement sur le fait que la bête ressemble à un poulpe, sorte de monstre marin, puisque de toute façon, je ne l’ai jamais croisée en vrai sur ma route.

Les autres critiques sont assez sévères avec ce premier album, mais vu que je n’attendais rien de plus que de l’aventure et du fantastique, je n’ai pas été déçue. J’ai été époustouflée par la grosse bêbête qui nage, qui nage et je vais de ce pas aller voir ce que me réserve le second tome.

En espérant que la suite ne fasse pas pchiiittttt.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°169] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°36]

Coup de vent : Mark Haskell Smith

Titre : Coup de vent

Auteur : Mark Haskell Smith
Édition : Gallmeister Americana (05/09/2019)
Édition Originale : Blown (2018)
Traduction : Julien Guérif

Résumé :
À quoi sert d’avoir dix millions de dollars en devises variées si, comme Neal Nathanson, on se trouve perdu en mer à bord d’un voilier en train de sombrer ? Strictement à rien, sauf à en brûler un sac ou deux dans l’espoir fou d’attirer l’attention.

Sauvé in extremis, Neal se réveille attaché au garde-fou d’une navigatrice en solitaire, méfiante et bien décidée à entendre son histoire. Neal lui parle alors de Bryan, un jeune loup de Wall Street qui a réussi à détourner un magot conséquent avant de s’enfuir dans les Caraïbes.

Bien sûr, la banque qui l’employait a lancé des enquêteurs à sa poursuite, avant que les clients spoliés ne s’aperçoivent (enfin) que les traders sont des voleurs.

C’est ainsi que Neal, accompagnée d’une pro de la finance, la très douée Seo-yun, s’est retrouvé en charge de récupérer l’argent. Simplement, il n’était pas le seul.

Critique :
Oublions pour un moment la rentrée littéraire de septembre 2020 et repartons en arrière pour revenir sur celle de septembre 2019.

Voilà une petite pépite bourrée d’humour cynique et grinçant que je n’avais pas encore eu le temps de lire et il aurait été dommage de passer à côté tant elle est bien calibrée.

Qui n’a jamais rêvé de partir au loin avec des millions après avoir arnaqué la banque ? Tentant…

Lorsqu’un trader vole des clients riches à millions, sans que cela se voit, sans avoir les yeux plus gros que le ventre et quand il monte une super combine pour ne pas être retrouvé, là, c’est le moment suprême ! On se lève et on applaudit, pour peu, on ferait un croche-pied à ceux qui tenteraient de le poursuivre.

Hélas, les traders ne peuvent pas voler les clients richissimes d’une banque ! Seule la banque peut les niquer, c’est sa prérogative, mais ne vous montrez pas plus filou qu’elle.

La construction est à rebours : nous commençons pas la scène sur un voilier en perdition, avec un homme qui brûle une partie de l’argent pour attirer l’attention d’un autre bateau. Que fait-il là ? Comment est-il arrivé là ? On le saura ensuite en commençant pas le début.

Roman cynique, grinçant, ironique, original de par sa construction et ses personnages (Bryan LeBlanc notre trader sympa, sa collègue Seo-yun Kim qui se fout de son mariage, le détective Neal et Piet, un nain Noir pourvu d’une grande queue), « Coup de vent » se dévore avec un grand sourire tant on frôle l’absurde et le burlesque à certains moments sans que jamais ça ne foire dans le scénario.

Roman noir, roman policier, roman choral aussi, il ne laisse pas indifférent car on se demande le détective Neal arrivera à retrouver Bryan qui a si bien camouflé son coup, brouillé ses pistes, pris ses précautions… Enfin, on l’espère car vous savez ce qui foire le premier dans un plan de bataille ? Le plan de bataille lui-même !

Sous couvert de cynisme grinçant et d’humour burlesque, l’auteur tacle Wall Street, ses bulles spéculatives, l’argent Roi, les riches qui veulent devenir encore plus riches, les achats d’action qui ne se font plus que pour spéculer, gagner du fric rapidement, avant de les revendre aussi vite.

Le genre de jeu auquel se livrent les super riches et qui laissent sur le carreau les petits, ceux qui ne connaissent pas tout à fait les règles du jeu, ceux qui veulent des placements bon père de famille et qui, quand la bulle éclate, se retrouvent dehors, sans maison, sans argent, tandis que les gros continuent de s’engraisser.

Un roman de bandits et de policiers mais où l’auteur a pris le contre-pied de ce que nous avons l’habitude de lire, qui nous revisite la recette éculée et nous sort un plat goûteux, épicé, sensuel, sexuel, grinçant, politiquement incorrect et aux dialogues drôles, parfois assez crus.

Fallait pas en faire plus pour régaler la lectrice que je suis.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°67] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Jours barbares : William Finnegan

Titre : Jours barbares

Auteur : William Finnegan
Édition : du sous-sol (16/03/2017) / Points (2018)
Édition Originale : Barbarian Days (2015)
Traduction : Frank Reichert

Résumé :
Le surf ressemble à un sport, un passe-temps. Pour ses initiés, c’est bien plus : une addiction merveilleuse, une initiation exigeante, un art de vivre.

Élevé en Californie et à Hawaï, William Finnegan a commencé le surf enfant. Après l’université, il a traqué les vagues aux quatre coins du monde, errant des îles Fidji à l’Indonésie, des plages bondées de Los Angeles aux déserts australiens, des townships de Johannesburg aux falaises de l’île de Madère.

D’un gamin aventureux, passionné de littérature, il devint un écrivain, un reporter de guerre pour le New Yorker.

À travers ses mémoires, il dépeint une vie à contre-courant, à la recherche d’une autre voie, au-delà des canons de la réussite, de l’argent et du carriérisme ; et avec une infinie pudeur se dessine le portrait d’un homme qui aura trouvé dans son rapport à l’océan une échappatoire au monde et une source constante d’émerveillement.

Ode à l’enfance, à l’amitié et à la famille, Jours Barbares formule une éthique de vie, entre le paradis et l’enfer des vagues, où l’océan apparaît toujours comme un purgatoire.

Un livre rare dont on ne ressort pas tout à fait indemne, entre Hell’s Angels de Hunter S. Thompson et Into The Wild de Jon Krakauer.

Critique :
Si tenir debout sur une planche de surf au milieu des vagues ou des tempêtes est une belle métaphore de nos vie, j’aurais dû penser à me munir d’un gilet de sauvetage car je me suis noyée à la moitié du livre.

Le surf n’est pas un sport que je pratique (déjà que je ne tiens pas super bien sur un skate) mais puisque d’autres l’avaient lu et apprécié et que ces derniers n’étaient que des surfeurs du web, je m’étais dit que moi aussi j’allais aller taquiner les vagues.

Si au départ la mer était joueuse et que j’avançais bien, à un moment, c’est comme si on avait relié une ancre à ma planche, comme si je ramais à contre-courant : plus rien n’avançait et les pages se tournaient doucement, trèèèès doucement…

Alors que je me devais d’être vigilante, je piquais du nez en plein océan !

Tant que l’auteur me parlait de sa jeunesse, à Hawaï, fin des années 50, tout allait bien et même si les termes utilisés dans le surf étaient présents en masse, j’étais tout de même captivée par ces jeunes qui étaient prêt à tout pour surfer sur les vagues, à tout moment.

Ce n’est pas la première fois que je bois la tasse avec un roman, le plus chiant est que ce roman faisait partie de ma PAL Pedigree, celle des champions, celle qui se compose de livres que je veux absolument lire, ceux qui sont les plus susceptibles de me procurer des coups de coeur.

Loupé !

La Tête sous l’eau : Olivier Adam

Titre : La Tête sous l’eau

Auteur : Olivier Adam
Édition : Robert Laffont (23/08/2018)

Résumé :
Quand mon père est ressorti du commissariat, il avait l’air perdu. Il m’a pris dans ses bras et s’est mis à pleurer. Un court instant j’ai pensé : ça y est, on y est. Léa est morte.

Puis il s’est écarté et j’ai vu un putain de sourire se former sur son visage. Les mots avaient du mal à sortir. Il a fini par balbutier : « On l’a retrouvée. Merde alors. On l’a retrouvée. C’en est fini de ce cauchemar. »

Il se trompait. Ma sœur serait bientôt de retour parmi nous mais on n’en avait pas terminé.

Critique :
Après avoir utilisé mon cerveau en lisant François Cheng, je me suis tournée vers le livre que j’avais déjà extrait de ma PAL et, sans le savoir, j’ai accordé du temps de cerveau disponible à ma cervelle.

L’art est difficile, la critique est aisée et je me retrouve devant à mon écran pas tout à fait blanc, face à une particularité que bien des auteurs de critiques, qu’ils soient du dimanche ou d’un autre jour, ont dû rencontrer un jour (ou peut-être une nuit)…

Oui, j’ai apprécié ma lecture, oui j’ai passé un bon moment, oui j’ai pris une bouffée d’air frais, oui j’ai fait trempette dans la mer froide, oui je suis allée me coucher tard parce que je voulais terminer ce roman, mais…

Ben oui, le fameux « Mais » est de retour et nous ne sommes qu’en avril.

Si en avril, il ne faut pas se découvrir d’un fil, ce roman, lui, a tendance à se balader avec pas grand-chose sur le dos : peu de dialogues au départ (Antoine, le petit frère de Léa, est le narrateur), peu d’informations sur les personnages, certains manquant même de profondeur et de développement (les parents) et une sensation de « trop peu » dans la résolution de l’enquête.

Qui était-il vraiment ? Pourquoi a-t-il fait cela ? Quel était son but ? Il faudra se contenter de se dire que certaines personnes étaient au mauvais endroit au mauvais moment et que c’est la faute à pas de chance.

D’accord, le but de l’histoire est de ce concentrer sur deux ados (Léa et Antoine), que les parents ont déracinés de Paris, parce qu’ils voulaient habiter en Bretagne, dans un bled paumé et vivre comme si on était toujours en vacances.

De venir fouiller dans la tête de Léa, qui ne sait vivre qu’à Paris et qui ne veut vivre que là-bas, sur ses amours déracinés aussi (on comprend vite aux travers de ses lettres à qui elle s’adresse) et sur la reconstruction de l’après enlèvement (pas de spoiler, c’est dans le résumé éditeur).

Oui mais, là aussi, ça manque un peu d’épaisseur vestimentaire ! Littérature pour jeunes adultes ou adolescents ne veut pas dire non plus qu’il faut survoler le sujet, l’effeuiller de loin et puis laisser les lecteurs/trices dans le doute, dans les questions qui auraient mérité un peu plus de réponses et pas une explication au rabais.

L’auteur a pourtant réussi à se mettre dans la peau d’un ado de 15 ans (Antoine), même si je l’ai trouvé peu ou pas tourmenté de ce qui est arrivé à sa sœur, un peu comme s’il était dans sa bulle (c’est sans doute l’explication logique), même si, après le retour de sa soeur, il joue tout de même au petit frère sur qui elle peut compter.

Les réactions débiles de ses collègues de classe sont parfaitement dans l’air du temps et eux, c’est à se demander s’ils ont eu, un jour, un cerveau pour réfléchir plus loin que le bout de leur imbécillité.

Et la bât blesse une nouvelle fois pour manque d’épaisseur car l’auteur ne développe pas assez le cauchemar qui commence après le retour de Léa… Et je ne parle pas de ses parents, mais des copains de classe.

Ce qu’elle vit et ressent après, le sale coup qu’on lui a fait, est horrible, je n’ose même imaginer ce que je ferais si une telle chose m’arrivait (je flingue toute la classe de connards sans cervelle et je me suicide après ?), mais l’auteur passe vite à autre chose et ne prend pas assez de temps d’explorer le monde des ados, notamment leurs foutus réseaux sociaux.

Râlant parce que le roman est bon, agréable, se lit facilement, vite, donne envie d’être lu, d’être fini mais, il y a un goût de trop peu dans certaines parties et tous les grands chefs le disent : du goût, du goût, du goût ! Là, on survole et comme le disaient si bien mes profs au sujet de mes leçons : il n’y a pas eu d’approfondissement !

Malgré tout, il a fait le job de me divertir et ça, je ne lui enlèverai pas !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°208.