[SÉRIES] A Very English Scandal (2018)

A Very English Scandal est une mini-série basée sur le roman du même nom de John Preston. Elle s’inspire de l’affaire Thorpe.

Distribution : 

  • Hugh Grant : Jeremy Thorpe
  • Ben Whishaw : Norman Josiffe/Scott
  • Monica Dolan : Marion Thorpe
  • Alice Orr-Ewing : Caroline Allpass
  • Alex Jennings : Peter Bessell
  • Jonathan Hyde : David Napley
  • Eve Myles : Gwen Parry-Jones
  • David Bamber : Arthur Gore

Rares sont ceux qui savent, en France, qui était Jeremy Thorpe. Ce parlementaire britannique, leader du Parti libéral dans les années 1970, vit sa carrière ruinée par une affaire aussi grave que rocambolesque, où il fut accusé d’avoir tenté de faire assassiner son ancien amant.

Cette minisérie écrite par Russell T. Davies (Queer as folk) et réalisée par Stephen Frears (The Queen) retrace pied au plancher cette relation pour le moins conflictuelle, de son commencement dans les années 1960 au procès à la fin des années 1970.

Elle rappelle les faits et n’évite pas les questions douloureuses – notamment la criminalisation de l’homosexualité – mais choisit le registre comique, parfois proche de la farce satirique, insistant avec plaisir sur l’enchaînement de décisions maladroites prises par deux hommes aux ego… compliqués.

Ce que j’en ai pensé :
Il y a plusieurs choses horribles dans cette époque : la criminalisation de l’homosexualité, les vêtements portés et les décors intérieurs !

Bref, le mauvais goût à tous les étages.

Si je peux pardonner la déco et des fringues dans les tons criards à chier, la criminalisation de l’homosexualité, là, je pardonne moins.

Non content de pousser les homosexuels au suicide, les Anglais poussent le vice dans leur attitude guindée et coincée au sujet de la sodomie.

Que certains s’amusent dans le vide-ordures, ma foi, c’est leur droit, leur problème, tant qu’ils sont majeurs et consentant… Après que ces messieurs aient eu le Boukistan, ils auront le Boukisan et ceci dans tous les cas de figure, par devant ou par derrière.

Sur ces considérations sexuelles, revenons à nos moutons, ou plutôt à ces messieurs qui vont du côté de la lance.

Premièrement, Hugh Grant est loin du mec sexy que l’on a connu dans 4 mariages ou dans love actually. Même son petit sourire est absent, remplacé par une sorte de moue, comme si on lui avait mis un prothèse dentaire afin de changer sa jolie gueule d’amour qui nous fait habituellement craquer.

En plus, Hugh Grant ne fait pas du Hugh Grant, comme j’avais encore pu le constater dans « L’amour sans préavis ». Il est différent, moche, bref, il est dans son rôle de profiteur du faible que lui.

De son côté, Norman Josiffe (Ben Whishaw) est ce qu’on peut appeler un joli mec et en le voyant s’éclabousser d’eau dans la scène de la rencontre avec Thorpe, j’ai senti ma température corporelle monter.

Pas de bol pour nous, les filles, tout dans son attitude nous montre qu’il est efféminé, ce qui ne manque pas d’attirer l’attention de Thorpe. Notre Norman a les émotions à fleur de peau et je l’ai trouvé plus que crédible dans ce rôle du jeune amant d’un politicien qui monte, qui monte.

Sans étaler des scènes de porno gay, la série nous montre tout de même Thorpe prendre possession de Norman, dans tous les sens du terme, alors que ce dernier est tout de même réticent.

Norman est faible, influençable et a besoin qu’on l’aime. Son état mental n’est pas toujours stable et il s’invente même une naissance de haut rang dans le but de s’arroger un véritable père, lui qui n’a pas connu le sien.

Thorpe est salopard de première, pourtant, dans la Chambre (pas celle des galipettes), il défend des causes nobles comme le fait d’ouvrir l’Angleterre à l’immigration et aux habitants du Commonwealth. Et c’est un Libéral.

Voilà une série qui est réaliste dans ses décors, dans ses vêtements, dans ses voitures et dans la description de la mentalité des gens de cette époque pour qui l’homosexualité était une tare et indigne des bons Anglais (ceci n’est pas mon avis, bien entendu, mais je précise pour les grippés du cerveau qui lisent mal les phrases).

Je vous le dis de suite, c’est quasi du roman noir car Norman va vivoter dans la misère pendant que Thorpe monte en grade. Norman ne demandait pas grand chose, juste à ce qu’on lui refasse sa « National Insurance card » afin de pouvoir toucher quelque chose et pouvoir bosser autrement qu’en black.

Putain, Thorpe aurait fait en sorte qu’il en retrouve une qu’on n’en serait sans doute pas arrivé là. Le syndrome Barbara Streisand, en quelque sorte.

Le dernier épisode, celui avec le procès, m’a fait glousser de rire devant les réparties de l’avocat de Thorpe, avocat qui n’a pas hésité à taper dans les couilles du Parlement avec une phrase assassine mais vraie.

Par contre, on se retrouve tout de même devant un simulacre de procès, de justice… Cela reste le procès d’un Queer face à un membre de Parlement (parle, ment), le tout jugé par une société qui n’était pas encore prête à parler de l’homosexualité, et encore moins à l’accepter.

C’est violent, cru, âpre, cruel, horrible. Thorpe voulait vraiment se débarrasser de Norman à tout prix car il avait peur que celui-ci ne déboule comme un chien dans un jeu de quille alors qu’il était chef de son parti et promis à une belle carrière politique.

Seuls les Anglais peuvent nous faire une série pareille ! Que le Brexit ne nous en prive pas et que God save de Queen (et de Queer) !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

Publicités

[SÉRIES] Witness for the Prosecution – Témoin à charge : D’après Agatha Christie (2016)

La célèbre nouvelle d’Agatha Christie Témoin à charge (The Witness for the Prosecution), brillamment filmée au cinéma en 1957 par Billy Wilder, avec dans la distribution Tyrone Power, Charles Laughton et Marlene Dietrich a été adaptée en série par la BBC.

D’ailleurs j’ai appris que ceux qui sont attachés à la version de Billy Wilder risquaient de rencontrer quelques difficultés pour s’immerger dans la nouvelle. N’ayant pas vu le film ni lu la nouvelle, j’étais vierge de tout.

Cette excellente production britannique, France 3 l’avait diffusée un soir de réveillon de Noël et je ne l’avais pas vue.

La faute est réparée car je viens de la visionner (seulement ??), alors qu’elle était sur mon DD depuis longtemps (comme plein d’autres). No comment.

L’histoire :
Londres, 1923. Une riche héritière, Emily French, est retrouvée morte dans sa demeure londonienne. Une enquête est alors ouverte pour découvrir qui est le meurtrier. 

Accablé par la pauvreté et la culpabilité, John Mayhew (Toby Jones) mène une existence grise et sans passion. Le cas de Leonard Vole (Billy Howle)accusé du meurtre de Emily French, change tout pour cet avocat épuisé.

Persuadé de l’innocence de Leonard, il se lance à corps perdu dans le procès pour l’innocenter. Son seul témoin est Romaine Heilger (Andrea Riseborough), la « femme » de Leonard, mais celle-ci est pleine de surprises.

Tout accuse le jeune homme, et cette femme, froide et désinvolte, ne confirme pas son alibi. Pourtant, il clame son innocence avec force.

Convaincu de la sincérité de son client, John Mayhew met toutes ses forces dans la bataille. Alors que tout semble perdu, un témoignage inattendu vient tout bouleverser…

Ce que j’en ai pensé :
La vache ! Quelle mini-série étouffante !

Dans le bon sens du terme, il va de soi car les scénaristes ont été assez loin dans la psyché des différents personnages, nous faisant entrer dans une certaine intimité qui était nécessaire pour parfaire le final qui lui était… Inattendu ?

Hé, c’est d’Agatha Christie, ça doit être inattendu, le final, ça doit clasher, nous trouer le cul et je vous jure que ça vous le troue, si vous n’aviez jamais lu la nouvelle (le final de la série s’éloigne fort du film et du livre).

La série commence par la rencontre entre deux personnages, sur fond de Première Guerre Mondiale avant de basculer dans les années un peu folles, celles des années 20.

Madame French est une dévoreuse de mecs, elle doit avoir le feu à un certain endroit et tous ces pompiers volontaires ont pour mission de lui éteindre ce qui enflamme sa broussaille mais rien à faire, le lendemain, elle en cherche un nouveau car c’est une femme riche et capricieuse.

Une qui n’aime pas trop ça, c’est sa bonne. Vu ainsi, on la dirait amoureuse de sa patronne ou trop protectrice, pire qu’une louve. Vous pensez bien que lorsque Leonard Vole est ramené par Emily French et qu’il revient les jours suivants, ça ne fait pas plaisir au Cerbère qu’est sa bonne.

Quand on découvre le cadavre de la cougar French, vous imaginez qui est en tête des suspects ?

Un Agatha Christie que je ne connaissais pas, comme quoi, je ne sais pas tout… Une fois de plus, la Reine du crime joue avec les codes du polar et nous retourne pour mieux nous surprendre, mieux nous époustoufler, mieux nous faire dire « oh putain ».

La BBC sait comment filmer les scènes extérieures pour leur donner leur cachet so british, poussant le vice jusqu’à nous montrer le temps merdique qu’il fait chez eux, faisant tousser John Mayhew comme un rachitique.

Le côté années folles (années 20) ajoute quelque chose de plus à cette mini-série qui avait déjà tout pour elle : les décors, les personnages, les acteurs, leur talent, leur manière de se glisser dans la peau de leur personnage et le scénario béton armé de madame Christie, même s’ils ont changé un peu le final, le rendant encore plus époustouflant et horrible.

Lorsque je suis arrivée dans les dernières minutes, ma mâchoire était décrochée et j’ai eu du mal à la remettre en place.

Les Anglais sont forts pour les séries d’ambiance !

et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

Le Crime de l’Orient-Express – Hercule Poirot 09 : Agatha Christie [LC avec Bianca]

Titre : Le Crime de l’Orient-Express

Auteur : Agatha Christie
Édition: Livre de Poche / Le Masque

Résumé :
Alors qu’il rentre de mission et compte s’arrêter quelques jours à Istanbul, Hercule Poirot est rappelé d’urgence à Londres.

On est en hiver et à cette époque de l’année, l’Orient Express roule habituellement quasiment à vide.

Pourtant, sans l’aide du directeur de la compagnie, Hercule Poirot n’aurait pas trouvé de place à bord, comme si tous les voyageurs s’étaient donné rendez-vous dans ce train !

Dès la première nuit, un homme est assassiné. Le train est immobilisé par la neige qui empêche l’assassin de s’enfuir.

Dans les wagons isolés du reste du monde, Hercule Poirot, au sommet de son art, mène l’enquête. Et ce ne sont pas les pistes qui manquent !

Petit plus : Chef-d’œuvre incontesté de la littérature policière « Le Crime de l’Orient Express » présente une intrigue bouleversante, admirablement conçue et orchestrée.

Pas un détail n’est laissé au hasard. Du sur mesure pour les petites cellules grises du précieux détective Hercule Poirot qui vit ici l’une de ses plus célèbres enquêtes.

Le Crime de l’Orient-Express est, avec Dix petits nègres (1939), l’un des romans d’Agatha Christie ayant connu le plus grand succès.

Il a été traduit en plus de trente langues.

La partie du récit concernant le personnage de Ratchett est inspirée d’un crime réel, l’affaire du kidnapping de l’enfant de Charles Lindbergh, tandis qu’Agatha Christie s’inspire d’un fait divers comme toile de fond de son roman, un incident survenu en février 1929, le Simplon-Orient-Express (version de l’Orient-Express créée par les Alliés à la suite du traité de Versailles) bloqué par un blizzard pendant six jours près de Çerkezköy en Turquie.

Critique :
Ceux qui suivent mon blog et qui ne dorment pas au fond de la classe sont sans doute en train de se dire « Tiens, mais elle avait déjà posté une chronique sur ce roman d’Agatha Christie ».

À ceux-ci ou celles-là, j’offrirai un mojito bien frais, les autres suceront leur pouce, z’avaient qu’à être attentif.

Oui, j’avais transféré cette chronique en provenance de mon site, mais Bianca ne l’ayant pas lu, je me suis dévouée pour le relire une fois de plus.

Ce n’est que la… 3ème ou 4ème fois. Pas de bol, plus aucune surprise non plus puisque je n’ai jamais oublié QUI était le coupable dans ce huis-clos neigeux.

Entre nous, oubliez le film avec Kenneth Branagh qui ne fait pas un Poirot plausible (il est trop sexy) mais préférez plutôt le roman ou alors, le téléfilm avec David Suchet, mon chouchou.

Oui, on a beau tout savoir d’un roman, on a tout de même envie de le relire, même si, contrairement à ma relecture de « Le meurtre de Roger Ackroyd » où j’avais été attentive à tous les indices loupés durant ma première lecture, dans ce cas-ci, j’avais déjà eu tout le loisir de voir où la mère Christie m’avait flouzé.

Rien à dire, niveau magouilles et compagnie, la mère Agatha vaut son pesant de thé Darjeeling additionné d’une rasade d’alcool fort car à la fin de l’envoi, elle touche en te plantant l’épée dans le coeur. Elle est ainsi, la mère Agatha.

Afin de changer un peu, j’ai décidé de vous faire cette chronique sur un ton guilleret, amusant, humoristique et ne se prenant pas au sérieux. Jeunes élèves qui devez étudier et analyser ce roman, passez votre chemin, rien ici ne sera dévoilé et vous risquez le zéro pointé.

Dans ce roman, donc, MON petit détective belge (cocorico) aux belles moustaches monte dans l’Orient Express pour rentrer à Londres, après avoir passé quelques jours à Istanbul (et pas pour contrôler les dernières élections).

Alors que le voyage se déroule normalement et que l’on profite du luxe de ce train, bardaf, c’est l’embardée ! Comme le disait notre regretté Manu Thoreau.

L’Orient-Express, qui n’appartient pourtant pas à la SNCB, se retrouve bloqué sur la voie (qui n’est pas en travaux perpétuel, comme chez nous) au milieu de nulle part, dans un paysage neigeux propice aux engelures et, cerise sur la chantilly, le lendemain matin, on découvre le cadavre de M. Ratchett, lardé de douze coups de couteau.

Pas un de moins, pas un de plus. Douze coups, comme ceux de minuit. Quel carnage ! Un suicide, sans aucun doute.

Ce qui me fait baver, dans ce roman, c’est le côté huis-clos d’enfer ! Personne ne peut venir de l’extérieur et personne ne peut sortir du train pour s’enfuir, sauf s’il veut mourir congelé. L’assassin est donc dans le train, mais où ? Mais qui ?

Poirot, sans salir son beau costume, sans décoiffer ses belles bacchantes, sans se jeter au sol tel un Holmes dans « La seconde tache » va patiemment rassembler les petits détails, les petites incohérences, les indices et arriver à découvrir que Ratchett, en plus d’avoir un nom de famille qu’on doit cracher et non prononcer, cachait un horrible secret que rigoureusement ma mère m’a défendu d’nommer ici !

Non, je ne vous dirai rien. Si vous l’avez lu, vous savez, et si vous ne l’avez pas encore lu, il serait temps d’y remédier au plus vite !

Encore un final qui l’a laissé sur le cul, comme bien des romans d’Agatha Christie, la reine du crime qui a toujours su jouer avec les codes du polar, les tronquant, les changeant, faisant d’eux ce qu’elle voulait, au grand dam des puristes. Mais les puristes, on les emmerde !

Voilà au moins un final inattendu, inhabituel, totalement fou, dingue, malade ! Moi, j’en redemande, des gens qui fuck the rules !

Soupçonnant tout le monde et personne, je n’avais pas trouvé la solution en son temps. Maintenant, durant ma re-re-re-lecture, je pouffais dans la moustache que je n’ai pas.

Pourtant, une fois que l’on avait éliminé l’impossible, ce qui restait, aussi improbable que ce soit, était la vérité ! Je n’ai pas mis les préceptes du Maître de Baker Street en exergue. Poirot oui.

Il est bon, ce Belge… Presque aussi bon que mon anglais préféré !

Un plaisir que de re-re-relire cet Hercule Poirot et de le faire avec ma copinaute de LC, Bianca, pour qui c’était son premier voyage en Orient-Express.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

Qui a tué Roger Ackroyd ? : Pierre Bayard

Titre : Qui a tué Roger Ackroyd ?

Auteur : Pierre Bayard
Édition :

Résumé :
Même s’ils n’ont pas lu le chef-d’oeuvre d’Agatha Christie, Le Meurtre de Roger Ackroyd, de nombreux lecteurs, surtout parmi les amateurs de romans policiers, connaissent le procédé qui l’a rendu célèbre et croient pouvoir affirmer : l’assassin est [no spolier]. Mais est-ce si sûr ?

Comment se fier à un texte où les contradictions abondent et qui s’organise autour [no spolier], celui du [no spolier] ?

Et qui peut dire qu’Hercule Poirot, dans son euphorie interprétative, ne s’est pas lourdement trompé, laissant le coupable impuni ?

Roman policier sur un roman policier, cet essai, tout en reprenant minutieusement l’enquête et en démasquant le véritable assassin, s’inspire de l’œuvre d’Agatha Christie pour réfléchir sur ce qui constitue la limite et le risque de toute lecture : le délire d’interprétation.

Critique :
Mais oui, QUI a tué Roger Ackroyd nom d’un petit bonhomme (en mousse ? Heu non)

Chez nous, en Belgique, ce « QUI ? » fait de suite référence à un de nos homme politique, le Vieux Crocodile, autrement dit VDB qui après son enlèvement avait dit « QUI m’a enlevé ». On en avait même fait une chanson.

Mais trêve d’histoire Belgo-Belge et revenons à nos Anglais, pas encore brexité à cette époque et au meurtre de ce bon vieux Roger Ackroyd où la mère Agatha nous avait bien entubé tout au long du roman, la vilaine (pour notre plus grand plaisir), brouillant les pistes et nous mystifiant jusqu’aux dernières lignes.

Oui mais d’après l’auteur, le coupable désigné par Hercule Poirot n’est pas le bon ! Mais si ce n’est pas lui, alors, qui est-ce ? (célèbre jeu de société). Si ce n’est toi, c’est donc… Bon sang, mais c’est bien sûr !

Bon, j’aurais pu m’abstenir de lire son essai car j’ai vu venir le coup de loin, le seul autre coupable qui sortait de l’ordinaire était… [No spolier]. Et bingo ! J’ai gagné.

Amis lecteurs et amies lectrices, gaffe ! Ne lis pas cet essai si tu n’as pas déjà découvert une grosse partie de l’œuvre d’Agatha Christie, ou du moins, les plus célèbres de ses romans parce que monsieur Bayard, chevauchant le cheval du même nom, dévoile des noms de coupables à tour de bras !  Savoir leurs noms gâcherait le plaisir de lecture future.

Analysant le roman, l’auteur ne se prive pas de mettre en avant les incohérences, notamment de temps, prouvant par A+B que cette personne n’aurait jamais eu le temps de mettre tout cela au point !

Sans compter que niveau courage de tuer, il avait tout d’un mou du genou, qu’il aurait pu s’éviter un meurtre, les preuves le dénonçant du chantage commis étant faibles (et venant d’une suicidée criminelle), sans compter qu’il aurait pu même nier être le coupable, Poirot n’ayant que peu de preuves, donc, il pouvait dormir sur ses deux oreilles.

Quid alors ? Poirot aurait-il abusé de la tisane à base de citrouilles au point de se planter autant et de négliger l’interrogatoire d’un personnage présent mais que personne au grand jamais n’inquiète par des questions (du jamais vu dans les romans de la mère Christie) ? Ben oui…

Si la partie qui dévoile le véritable coupable est intéressante de par son étude sérieuse et qui s’appuie sur le récit même, si la première partie qui analyse certaines histoires d’Agatha Christie est tout aussi intéressante, j’ai eu tendance à piquer du nez une fois qu’il est entré dans la partie intitulée « DÉLIRE » parce que la psychanalyse, c’est pas ma tasse de café.

Qu’on soit ou non d’accord avec la théorie de l’auteur, force est de reconnaître qu’il a tout pris en compte, notamment le temps nécessaire à la réalisation du crime, le double texte de la narration, les omissions, les ellipses, les phrases ambiguës, le caractère propre à chaque personnage, les mobiles, les alibis et que son analyse tient la route.

Néanmoins, les lecteurs n’aiment pas trop qu’on leur mette le nez dedans en lui démontrant qu’ils ont cru Hercule Poirot et sa brillante théorie alors que lui-même s’est foutu le coin de la moustache dans l’oeil !

Mais ce n’est pas pour cela que le livre perd des plumes, c’est juste que la partie psychanalyse m’a un peu endormi, mais je suis sûre qu’elle comblera les amatrices (amateurs) du genre et fan d’Œdipe-roi !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le challenge British Mysteries (Janvier 2019 – décembre 2019) chez My Lou Book.

Le Meurtre de Roger Ackroyd : Agatha Christie [LC avec Bianca]

Titre : Le Meurtre de Roger Ackroyd

Auteur : Agatha Christie
Édition : Le Masque (02/11/2017) / Le Livre de Poche (1960)
Édition Originale : The Murder of Roger Ackroyd (1926)
Traducteur : Miriam Dou-Desportes

Résumé :
Une mort étrange frappe Mr Ferrars puis sa veuve. Lorsque l’homme qui devait épouser Mrs Ferrars, un riche gentleman nommé Roger Ackroyd, est assassiné, Hercule Poirot se pose bien des questions.

C’est que l’enquête est difficile, car tous – domestiques, famille, voisins – avaient une bonne raison de souhaiter la mort d’Ackroyd.

Critique :
Les éveillés de la première rangée, ceux qui suivent, doivent se dire « Tiens, mais elle avait déjà publié une chronique sur ce roman de la reine du crime » et ils auront raison !

Oui, j’avais déjà commis une critique sur cet excellent Agatha Christie, publiée sur Babelio et 2 ans après, je l’avais transférée sur le blog.

Mais voilà, Bianca ne l’ayant jamais lu, ce roman est donc arrivé dans nos LC et je n’ai pas craché sur le fait de le relire une fois de plus alors que le suspense était mort pour moi, me souvenant toujours du coupable.

Je n’aurais plus su vous dire son nom, mais je savais comment la reine du crime m’avait entubée grave sa mère en string de guerre sur l’autoroute. Un truc de malade, j’vous jure.

On ne lit pas un Hercule Poirot pour le côté trépidant de ses enquêtes, ça va à son rythme et, tel Columbo, on enquête souvent dans les beaux milieux et on ne va pas salir son beau costume ou froisser sa belle moustache dans les bas-fonds, non mais oh.

Le docteur Sheppard est un médecin de campagne et force est de constater qu’on meurt assez bien dans le petit bled paumé de King’s Abbot ! Pour peu, on se croirait chez l’autre Agatha, la Raisin, dans les Costwolds vu le taux de mortalité élevée.

Et allez, après le mari de Mrs Ferrars, voici Mrs Ferrars qui se prend un aller simple pour le terminus des prétentieux et ensuite, c’est Roger Ackroyd qui casse sa pipe (oh zut, je divulgâche) en se prenant un coup de couteau dans le cou.

D’après sa belle-soeur, c’est sans aucun doute un accident ! D’accord, on a déjà eu des accidents avec des armes à feu dont le coup était parti tout seul, mais c’est normal, ça arrive souvent lorsqu’on tripote le canon…

Avec la belle-sœur d’Ackroyd, un type retrouvé avec 12 coups de couteau dans le dos, c’est un suicide. Punaise, mais qu’elle est bête, celle-là ! Tout le contraire de la perspicace sœur du docteur Sheppard qui, bien qu’adorant colporter et entendre des ragots, a tout du Varys de GOT !

Aux dires mêmes de Madame Christie, elle a été le brouillon de Miss Marple qui naîtra sous sa plume peu après. En plus âgée, bien entendu.

Des mots comme s’il en pleuvait et un Hercule Poirot qui cultive des citrouilles dans le coin… Du pain béni, sauf pour le coupable car quand Hercule entre dans la danse, on est sûr de devoir suivre son tempo et de ne rien comprendre à ses petites manies.

Devant un Dr. Watson, le docteur Sheppard va nous conter par le menu ce qu’il passé avant le meurtre ainsi que son enquête au côté d’un Poirot, qui, pour une fois, jouera les Holmes en se mettant à genou !

Des personnages troubles, qui sans en avoir l’air ont tous des petits secrets à cacher, des petits mensonges à avouer, ou des grosses fautes vilaines pas belles ! N’oublions pas l’époque, mesdames, et en ces temps-là, les enfants hors mariage et le badinage étaient mal vu ! La morale, voyons ! Vertueuses nous devions être, nous les femmes.

Je mets au défi quiconque n’a jamais lu livre (vu le film) de découvrir la personne coupable ! C’est totalement impossible tant la reine du crime nous tient en haleine durant son récit, tant elle nous brouille les pistes, tant elle joue avec nous, avant de nous divulguer la solution, nous décrochant la mâchoire par la même occasion.

Lors de ma première lecture, j’avais dans les 14/15 ans, je m’étais arrachée les cheveux en réfléchissant à QUI était le coupable. Peine perdue, je ne l’ai découvert qu’à la fin du livre. Waw !! Coup de pied au cul !

Hercule Poirot est génial, mystérieux et perspicace, à la fois hautain et respectueux… Un détective atypique, lui aussi, menant l’enquête avec le docteur Sheppard qui, tel un Watson, ne voit rien venir.

Le final ne m’avait pas déçu. Un truc de fou ! Et la relecture n’a pas entamé mon plaisir, même si je connaissais le nom.

Agatha Christie m’a souvent étonnée, mais jamais elle ne m’a déçue, au contraire de certaines nouvelles reines du crime qui, commençaient leur récit sur les chapeaux de roues et finissaient, sur le final, dans le talus. Elle, jamais !

Ma copinaute de LC, Bianca, a été époustouflée et on était bien contente de réussir cette LC après quelques unes foireuses.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le challenge British Mysteries (Janvier 2019 – décembre 2019) chez My Lou Book.

L’Empreinte : Alexandria Marzano-Lesnevich

Titre : L’Empreinte

Auteur : Alexandria Marzano-Lesnevich
Édition : Sonatine (24/01/2019)
Édition Originale : The Fact of a Body (2017)
Traducteur : Héloïse Esquié

Résumé :
Étudiante en droit à Harvard, Alexandria Marzano-Lesnevich est une farouche opposante à la peine de mort.

Jusqu’au jour où son chemin croise celui d’un tueur emprisonné en Louisiane, Rick Langley, dont la confession l’épouvante et ébranle toutes ses convictions.

Pour elle, cela ne fait aucun doute : cet homme doit être exécuté.

Bouleversée par cette réaction viscérale, Alexandria ne va pas tarder à prendre conscience de son origine en découvrant un lien tout à fait inattendu entre son passé, un secret de famille et cette terrible affaire qui réveille en elle des sentiments enfouis.

Elle n’aura alors cesse d’enquêter inlassablement sur les raisons profondes qui ont conduit Langley à commettre ce crime épouvantable.

Dans la lignée de séries documentaires comme « Making a Murderer », ce récit au croisement du thriller, de l’autobiographie et du journalisme d’investigation, montre clairement combien la loi est quelque chose d’éminemment subjectif, la vérité étant toujours plus complexe et dérangeante que ce que l’on imagine.

Aussi troublant que déchirant.

Critique :
Lorsque j’apprends qu’un enfant a été victime d’un pédophile ou d’un meurtrier (ou les deux combinés), mon sentiment premier est de lui souhaiter la prison à vie et je ne dois pas être la seule…

Mais que se passe-t-il lorsqu’on enquête sur ce crime horrible et que l’on découvre que la vie n’a jamais fait de cadeau à ce meurtrier de la pire espèce ?

Non pas une vie à faire pleurer dans les chaumières, je ne suis pas son avocate de la défense !

Si ces faits ne lui accordent pas l’indulgence du jury et le pardon de la société, ils tendent tout de même à nous dresser un autre portrait de l’assassin… Notre jugement changera-t-il ou pas ? Lui accorderons-nous le fait qu’il n’est pas tout à fait responsable de cette vie qu’il a cueillie de manière abjecte ?

Non, je ne vous demande de me répondre en 3h, je vous donne juste le fond de ma pensée et le fait que l’enquête de l’auteure et avocate (Alexandria Marzano-Lesnevich) m’a poussé à cette réflexion parce que j’ai découvert la vie de merde qu’à eu Ricky Langley. Même si je ne l’excuse pas.

Voilà un roman qui n’est pas facile à lire car on est face à un crime horrible, celui d’un enfant. Doublé d’une possibilité d’abus sexuel sur l’enfant, sans que l’on sache à 100% si ce fut avant ou après son assassinat ou si abus il y a eu par le meurtrier.

L’auteure a fait un véritable travail de fourmi, de forçat, pour arriver à nous livrer un récit expurgé du superflu mais en faisant des parallèles avec sa propre vie et des abus dont elle fut la victime.

Bizarrement, j’ai ressenti plus d’empathie pour Ricky Langley que pour le grand-père de l’auteure car Ricky savait qu’il était malade, il a tenté plusieurs fois de se faire soigner, interner, a demandé qu’on ne le libère jamais, là où le grand-père n’a eu aucun remords d’avoir eu des rapports avec deux de ses petites filles. Comme quoi le monstre n’est pas toujours celui que l’on croit…

Ce roman est comme « De sang-froid » de Truman Capote : une enquête sur une affaire criminelle, le tout raconté de manière romancée car l’auteure a dû imaginer des dialogues ou des situations, n’ayant pas accès aux pensées des gens.

Et heureusement que le tout est romancé car la lectures des kilos de dossiers et des kilomètres de blablas judiciaire auraient été indigeste et c’est Alexandria Marzano-Lesnevich qui les a bouffé pour nous les régurgiter expurgés des choses inutiles.

C’est assez subtil, mais malgré le crime commis, l’auteure n’est pas pour la peine de mort, elle est même contre, même si son jugement évoluera au fil des pages en voyant son grand-père dans Ricky, c’est aussi un roman qui parle de rédemption et d’une chose qui devrait être impossible : la mère de l’enfant assassinée qui ne souhaite pas que le meurtrier de son fils soit exécuté.

C’est puissant, une sorte de vague qui t’emporte et qui te ramène ensuite sur la plage, sans que tu saches vraiment comment tu t’appelles et il m’a fallu plusieurs jours pour pondre une chronique tant j’avais été tourmentée par ma lecture et que mes questions sans réponses m’avaient tourneboulées.

On a beau avoir une opinion précise sur la peine de mort, elle peut changer si l’on est touché de plein fouet par une affaire ou si on fait un parallèle avec ses propres souffrances, comme c’est le cas ici pour l’auteure qui a dû vivre avec ça puisque ses parents avaient mis une chape de plomb sur les agissements de son grand-père, comme si ceux-ci n’avaient pas existé.

Un roman puissant, fort, émouvant, dérangeant, angoissant et des certitudes qui ont tendance à chavirer, à être mise à mal une fois que l’on suit le récit de la vie merdique qui fut celle de Ricky. Au moment où j’écris cette chronique, je n’ai toujours pas trancher et je pense que je n’y arriverai jamais.

Un putain de roman qui mêle un crime réel à la vie de l’auteure qui, tout en cherchant à éclairer cette affaire, a cherché des réponses à ses questions et nous a livré son récit avec passion, mettant à nu ses fêlures, sa fragilité et son impossibilité à vivre en couple, du moins, avec certaines personnes.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

L’étrange incident : Walter Van Tilburg Clark

Titre : L’étrange incident

Auteur : Walter Van Tilburg Clark
Édition : Actes Sud L’Ouest, le vrai (02/06/2016)
Édition Originale : The Ox-Bow Incident (1940)
Traducteur : Camille Guéneux

Résumé :
Lorsque, un jour de printemps, la nouvelle d’un vol de bétail et de l’assassinat du jeune et populaire cow-boy Kinkaid se répand, les hommes de Bridger’s Wells forment une milice pour venger ce crime.

Mais est-ce vraiment dans l’intention de rendre justice à l’un des leurs et de reprendre le bétail volé ? En moins de 24 heures, cette affaire en apparence simple dévoilera la psychologie complexe d’une communauté isolée et livrée à elle-même.

Huis-clos au grand air, ce western, déjà traduit par Gallimard en 1947, que nous publions dans une version révisée, rend palpable la vie des cow-boys au milieu du XIXe siècle dans une vaste région d’élevage au sud-ouest des États-Unis.

À travers le récit d’un témoin direct des agissements de ce groupe violent, Walter Van Tilburg Clark dresse le portrait d’hommes égarés et dénonce justice expéditive et tyrannie de la majorité.

Critique :
L’effet de la meute… Tout le monde en a au moins fait une fois les frais dans sa vie ou pire, a hurlé avec la meute et ne se souvient plus trop bien du pourquoi du comment.

Maintenant, avec les réseaux sociaux, il est facile et rapide de rameuter la meute et de la faire hurler sur n’importe qui à propos de n’importe quoi, généralement une chose que cette personne à dite ou à faite et qui nous met en rage, alors qu’on devrait laisser couler.

Ici, un jeune garçon arrive tout affolé parce qu’on a tué un cow-boy du rancher Dew : Kinkaid. De plus, ces derniers temps, bon nombre de vaches ont été volées.

La goutte d’eau qui fait déborder le vase et monter la pression est le fait qu’on ait tué ce cow-boy et volé une soixantaine de bêtes. 28 cavaliers vont se mettre sur la piste des voleurs et assassins, le tout sans aucune accréditation aucune du shérif, au mépris de toutes les règles et avec l’intention de les pendre haut et court.

Les suiveurs, tel un troupeau de vaches mené par celle qui est dominante, suivront les meneurs. La raison du plus fort est toujours la meilleure et la majorité l’emportera toujours sur la minorité…

— […] Nous ne sommes pas des Indiens qui se contentent d’une misérable et lâche vengeance. Nous voulons la justice, et la justice ne s’obtient ni par la hâte ni par la colère.

Sherlock Holmes se méfiait des émotions et il avait raison : les émotions telles que la haine, la rage, la colère, vont aveugler ses hommes et les mener à une expédition que bon nombre n’auraient jamais accompli si ont leur avait donné le temps de réfléchir et s’ils n’avaient pas eu peur de passer pour des lâches, pour des mauviettes, devant les autres.

La plupart des hommes ont peur par-dessus tout d’être pris pour des lâches, et la lâcheté physique est pire à leurs yeux que la lâcheté morale. On peut cacher la lâcheté morale sous un tas d’arguments bruyants, mais même un animal sent quand un homme a peur. Si la rareté fait le prix d’une chose, le courage moral est alors d’une qualité cent fois supérieure à celle du courage physique.

Ne pas y aller aurait été perçu comme un acte de lâcheté, alors, tout le monde y est allé sans écouter une seule fois la voix de la raison. Un meurtre avait été commis, du bétail volé, il fallait des coupables, des boucs-émissaires pour passer sa rage dessus…

Ce western sombre met du temps à se mettre en place, la première moitié du roman servant à mettre en place les deux protagonistes principaux, Art Croft et son ami Gil  Carter, ainsi qu’une partie de ceux qui composeront cette bande de joyeux lyncheurs, occupés à attendre au carrefour que le posse comitatus (*) soit au complet.

[…] il suffisait de se mettre assez en colère pour ne pas avoir peur d’être dans son tort. Et c’était bien ce qu’ils étaient tous en train de faire. Chaque fois qu’un nouveau cavalier arrivait, ils le dévisageaient, comme s’ils le haïssaient, comme s’ils trouvaient qu’il commençait à y avoir trop de monde. Et il continuait d’en arriver ! Chaque minute qui passait rendait l’intervention de Davies plus ardue.

La seconde partie fait monter la pression, on sait qui sont les meneurs, on sait qui sont les hommes pas très chaud pour cette justice expéditive et une fois les hommes trouvés, là, on atteint des sommets niveau battements du cœur.

L’effet de meute joue en plein et l’auteur fustige cela en poussant loin la psychologie des personnages, leurs idées, leurs pensées, leurs dialogues, leurs actions. Muet, on assistera à l’horreur de l’acte au petit matin blême, dans un froid piquant, ne sachant pas trop quelle position adopter tant l’ambiance est malsaine et oppressante.

— Vous vous moquez pas mal de la justice, lui lança Martin. Ça vous est bien égal de pendre des innocents ou des coupables ! Vous n’en faites qu’à votre tête. Quelqu’un s’est fait voler quelque chose et il faut qu’un autre en subisse les conséquences. Vous ne voyez pas plus loin que ça.

Un lecture que j’ai terminée sur les genoux, dégoutée de l’Humain, le souffle court une fois la pression retombée, avant que l’auteur ne me repique avec une discussion entre Croft et Davies, le plus modéré de l’histoire expliquant que tout le monde avait déjà trouvé qui rendre responsable de tout ceci, oubliant déjà que personne ne les avait obligé à aller rendre justice eux-même et qu’ils y étaient parti avec cette volonté de pendre des hommes…

On peut se sentir terriblement coupable sans avoir rien fait, quand les gens qui se trouvent avec vous ne vous font pas confiance.

Il démontra que c’était tout aussi vrai quand ce mépris de la loi vient d’un chef ou d’un peuple. Il se propage alors comme une maladie, dit-il, et devient infiniment plus meurtrier, quand la loi est dédaignée par des hommes qui prétendent agir au nom de la justice, que quand elle est simplement inefficace, ou même quand ceux qui sont élus pour l’administrer sont des hommes malhonnêtes.

Un western noir rempli d’émotions à l’état brut, une piqûre envers la société américaine qui n’interdit le lynchage qu’en 1946 et un livre qui malgré son âge (édité en 1940), a toujours des relents de réalisme tant cet effet de meute est toujours présent, les lynchages se faisant médiatiquement, maintenant, avec toutes les conséquences graves qui peuvent en découler.

— Pas si directement que ça, me répondit-il, pas si ouvertement. Nous le faisons, parce que nous sommes dans la meute, parce que nous avons peur de ne pas être acceptés dans la meute. Nous n’osons pas montrer notre faiblesse à la meute. Nous n’osons pas résister à la meute.

L’Homme sera toujours un prédateur pour l’Homme, ne s’attaquant pas au plus faible, mais à celui qu’il jalouse, qui lui fait de l’ombre… Tout en se donnant moult justifications pour expliquer son geste.

— Il y a une différence : nous avons des raisons.
— C’est la même chose, dit-il durement. Cela nous rend-il meilleurs ? Pires, dirais-je. Les coyotes, du moins, ne se donnent pas d’excuses. Nous nous imaginons vivre d’une façon supérieure, mais comme eux nous continuons à chasser en bandes comme les loups, à nous terrer tels des lapins. Tous leurs plus vilains traits.
— Il y a une différence, dis-je. C’est nous qui soumettons les loups et les lapins.
— Vous parlez de pouvoir, dit-il amèrement.
— Sur vos loups, et sur les ours aussi.
— Oh ! Nous sommes intelligents, fit-il du même ton. Nous ne les soumettons que pour exercer notre pouvoir. Oui, nous avons su leur inspirer la crainte à tous, excepté à ces pauvres choses domestiquées que l’on a privées d’âme. Nous sommes les coqs des tas de fumier, les brutes de ce monde.
— Nous n’allons pas chasser le lapin ce soir, lui rappelai-je.
— Non, mais notre propre espèce. Un loup ne le ferait pas, pas même un coyote galeux. C’est ça que nous faisons maintenant, chasser notre propre espèce. Le gibier a cessé de nous exciter.

[…] Ce que chacun de nous désire le plus passionnément est la puissance. Si on osait, on laisserait tomber la meute. Mais on n’ose pas, alors on s’en sert, on la manipule pour qu’elle nous aide à perpétrer nos petits massacres. Nous nous sommes rendus maîtres des chevaux et du bétail. Maintenant il nous faut dominer notre prochain, faire de l’homme un animal domestique. Le tuer pour nous en nourrir. Et plus la meute est petite, plus la part de chacun est grande.

[…] Je vous dis qu’elles sont pires que des loups. Elles ne se débarrassent pas des impotentes, elles se débarrassent des meilleures. Elles s’associent pour faire tomber celles qui ne veulent pas se mêler à leurs sales ragots, celles qui ont plus de beauté, de charme, d’indépendance, de tout ce qu’elles n’ont pas. 

(*) Le posse comitatus est le droit donné à un shérif ou à un autre officier de police d’enrôler des hommes pour l’assister dans le maintien de la paix ou dans la poursuite et l’arrestation de hors-la-loi.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018).

Durango – Tome 16 – Le crépuscule du vautour : Yves Swolfs & Thierry Girod

Titre : Durango – Tome 16 – Le crépuscule du vautour

Scénariste : Yves Swolfs
Dessinateur : Thierry Girod

Édition : Soleil (21/11/2012)

Résumé :
Un gouverneur assassiné à quelques semaines des élections… Une bande d’Indiens shoshones qui tuent des blancs en se faisant passer pour des washos…

Et une jeune femme washo, témoin des meurtres, que Durango prend sous son aile…

Une série riche en action qui ravira les amateurs de Sergio Leone, Sam Peckimpah et Clint Eastwood ! Le plus grand western de la bande dessinée !

Critique :
Voilà un épisode qui ferait le bonheur de Sheldon Cooper (The Big Bang Theory) car il comporte un magnifique train. Par contre, la suite lui fera moins plaisir car elle sera extrêmement violente…

Notre blondin aux yeux verts prairie continue sa vendetta personnelle et traque le commanditaire ultime des prises violentes des concessions minières et autres biens. Steiner himself.

Cette fois-ci, le bien convoité est un lac dans un lieu sacré indien. On se doute bien que c’est parce que ces lieux contiennent un truc de plus intéressant que des poissons.

Je ne pense pas que je vais vous apprendre quelque chose en vous disant que pour certains, la fin justifie les moyens et que flinguer des gens ne pose pas de problème moraux, qu’ils soient gouverneur ou autre,… La caravane doit passer et les chiens cesser d’aboyer.

Le meurtre doit ouvrir les portes à ce qui est convoité et généralement, l’assassiné était celui qui tenait la porte fermée ou qui allait la clore à double tour. Hold the door…

Une fois de plus, nous sommes face à un récit violent, les morts tombent comme des mouches (face au fromage corse de Ocatarinetabellatchitchix) et notre commanditaire ne recule devant aucun sacrifice pour arriver à ses fins.

L’argent appelle l’argent et c’est bien connu, on n’en a jamais assez.

Durango, dans cet opus, va une fois de plus devoir ruser, tuer, tirer et viser juste et ne pas s’embarrasser des détails car lui aussi veut la fin de cet homme et il va y mettre les moyens, et si dommages collatéraux il y a, tant pis.

Les dessins et les coloris ne sont toujours pas ceux de Swolfs, mais je m’habitue aux traits de Girod et mon Blondin est redevenu lui-même, aussi bien physiquement que mentalement et nous sommes loin du Durango qui laissait faire les autres comme dans « Un pas vers l’enfer ».

On dirait même qu’il a vieilli, mûri et que les monceaux de cadavres qu’il a laissé derrière son passage, lui ont terni le fond de l’oeil couleur de prairie.

Il faut dire qu’il avait cru un jour se poser et vivre un peu plus tranquillement et qu’on lui a retiré ça des mains de manière brutale. Notre as de la gâchette est désabusé et ne doit plus trop croire dans le genre humain.

Un western sombre, violent, une critique virulente de la société de l’époque qui n’est jamais que le reflet de la nôtre puisque, comme le chantaient si bien les Puppies ♫ Non, non, rien n’a changé ♪ Tout, tout à continué ♪ héhéhé ♫

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018).

[FILMS] Vertigo – Sueurs froides d’Alfred Hitchcock (1958) : Le film à regarder un jour de canicule ?

Sueurs froides, souvent désigné sous son titre original Vertigo, est un film américain réalisé par Alfred Hitchcock, sorti en 1958, mettant en scène James Stewart et Kim Novak dans un scénario inspiré du roman « D’entre les morts » de Boileau-Narcejac, ainsi que du livre « Bruges-la-Morte » de Georges Rodenbach.

S’il a rencontré un succès mitigé à sa sortie, et n’a même pas été présenté au Festival de Cannes, Vertigo est aujourd’hui classé parmi les meilleurs films de l’histoire du cinéma.

Résumé :
Scottie est sujet au vertige, ce qui lui porte préjudice dans son métier de policier. Rendu responsable de la mort d’un de ses collègues, il décide de quitter la police.

Une ancienne relation le contacte afin qu’il suive sa femme, possédée selon lui par l’esprit de son aïeule. Scottie s’éprend de la jeune femme et se trouve ballotté par des évènements qu’il ne peut contrôler.

Fiche technique :

  • Titre : Sueurs froides
  • Titre original : Vertigo
  • Réalisation : Alfred Hitchcock
  • Scénario : Alec Coppel et Samuel Taylor, d’après le roman D’entre les morts de Pierre Boileau et Thomas Narcejac

Distribution :

  • James Stewart : John Ferguson (Scottie)
  • Kim Novak : Madeleine Elster / Judy Barton (Lucie Barton dans la version française)
  • Barbara Bel Geddes : Marjorie Wood (Midge, Betty dans la version française)
  • Tom Helmore : Gavin Elster
  • Henry Jones : le coroner
  • Raymond Bailey : le docteur

Ce que j’en ai pensé :
Il y a beaucoup de mystères et de choses pas nettes dans ce film et durant son visionnage, je me suis posée des tas de questions, sans arriver à trouver la solution, ni même en approcher.

Pourtant, un indice m’avait frappé et j’avais même rappelé un certain truc à Chouchou qui lui, ne l’avait pas capté, mais je pense qu’il s’est rudement emmerdé durant le film, contrairement à moi.

John Ferguson se fait engager par un ancien pote à lui afin de surveiller Madeleine, sa femme, qui se prend de temps à autre pour la réincarnation de son arrière-grand-mère maternelle Carlotta Valdes, abandonnée par son amant et morte désespérée, au même âge qu’elle, un siècle plus tôt.

Et effectivement, lorsqu’il suit Madeleine (d’autres attendait Madeleine pour prendre le tram 33) de manière pas subtile du tout, il remarque qu’elle a un comportement des plus étranges, et d’après son ami, si on lui demande ensuite où elle est allée, elle ne le sait plus.

La femme est belle, genre beauté fatale et les beaux yeux bleus de James Stewart… oups, de John Ferguson sont braqués sur elle, prêt à la bouffer toute crue tant elle est bêêêlle la jeune épouse de son copain de classe.

Nous sommes aux États-Unis, mais c’est du Hitchcock tout craché, pur jus et niveau suspense, ça va monter, monter tout doucement et niveau mystères, on sera servi aussi à tel point qu’on se dit que cette bonne femme aurait besoin d’un exorciste pour lui sortir l’esprit de son arrière mamy de son corps, et fissa car elle va réussir à se tuer, à la fin.

Le pire de tout sera le final, qui lui durera un certain temps, là où l’on voit monter en flèche la folie de John Ferguson et que l’on entrevoit la partie immergée de l’iceberg.

Hitchcock, t’es un beau salaud parce qu’au départ, je n’ai rien vu venir !

Ce film est considéré comme un des meilleurs, je l’ai apprécié, mais il est tout de même un peu lent au départ, lorsque Ferguson suit, sans vraiment se cacher, la bêêêêlle épouse de son ami.

Pour moi « Psychose » est bien plus angoissant… mais ceci n’est que mon avis !

Le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018).

[FILMS] Le Crime de l’Orient-Express – Murder on the Orient Express : Kenneth Branagh (2017)

Le Crime de l’Orient-Express (Murder on the Orient Express) est un film américain coproduit et réalisé par Kenneth Branagh, sorti en 2017.

Il s’agit de l’adaptation cinématographique du roman du même nom d’Agatha Christie publié en 1934, déjà adapté dans le film britannique du même nom réalisé par Sidney Lumet en 1974 et mettant en scène son célèbre détective belge Hercule Poirot à bord de l’Orient-Express.

Synopsis : 
Le célèbre détective belge Hercule Poirot prend l’Orient-Express pour rentrer d’Istanbul à Londres. Mais alors que le train se retrouve bloqué par la neige dans les montagnes yougoslaves, Samuel Ratchett, un riche Américain, est assassiné.

À la demande de son ami M. Bouc, directeur de la ligne, Poirot se met à enquêter pour découvrir le meurtrier parmi les passagers.

Fiche technique : 

  • Titre original : Murder on the Orient Express
  • Titre français : Le Crime de l’Orient-Express
  • Réalisation : Kenneth Branagh
  • Scénario : Michael Green, d’après Le Crime de l’Orient-Express d’Agatha Christie

Distribution :

  • Kenneth Branagh : Hercule Poirot
  • Tom Bateman : M. Bouc
  • Lucy Boynton : Comtesse Héléna Andrenyi
  • Olivia Colman : Hildegarde Schmidt
  • Penélope Cruz : Pilar Estravados
  • Willem Dafoe : Gerhard Hardman
  • Judi Dench : Princesse Natalya Dragomiroff
  • Johnny Depp : Samuel Ratchett
  • Josh Gad : Hector MacQueen
  • Manuel Garcia-Rulfo : Biniamino Marquez
  • Derek Jacobi : Edward Masterman
  • Marwan Kenzari : Pierre Michel
  • Leslie Odom Jr. : Dr Arbuthnot
  • Michelle Pfeiffer : Mme Caroline Hubbard
  • Sergei Polunin : Comte Rudolf Andrenyi
  • Daisy Ridley : Mary Hermione Debenham

Ce que j’en ai pensé :
Ce roman, je n’ai jamais oublié QUI était le coupable, donc, pas de surprise pour moi, mais cette envie tout de même de découvrir le film.

Habituée à David Suchet (mon préféré) ou Peter Ustinov en détective belge, je dois dire que j’ai été séduite par Kenneth Branagh que j’aurais bien enfermé dans une cabine du train afin de profiter de ses charmes.

Par contre, j’ai moins aimé sa grosse moustache, celle de David Suchet était plus élégante, je trouve.

Il semblait aussi en prendre plus soin, la toucher, la caresser,…

Ne boudons pas notre plaisir, niveau acteurs, on est gâté : le capitaine Jack Sparrow, la Lieutenant Ellie Miller de Broadchurch, le pétillant Stuart Bixby de la série Vicious, la prof sexy de Esprits rebelles, la froide M de James Bond, le sergent de Platoon, la belle espagnole de Bandidas…

Pour pimenter le personnage de Poirot, on lui a balancé la photo d’une belle jeune fille à laquelle il pense langoureusement, ou avec tristesse, une certaine Catherine…

Hérésie ! On lui a gommé une partie de sa maniaquerie, ce qui, pour moi, est un point essentiel du personnage !

Voir Hercule Poirot se mettre à genoux, sans protéger son précieux costume, c’est du jamais vu ! Je ne vous parle même pas de sa course-poursuite, de ses roulés-boulés au sol, de sa non obsession pour sa moustache ou pour sa petite personne.

Autre point un peu bizarre, c’est que lorsque les personnages sont dehors, dans la neige, près du train immobilisé, on ne voit aucune buée sortir de leur bouche !

Si le vieux film avait du charme, si le nouveau en a perdu un peu, j’ai tout de même pris du plaisir regarder le film, bien au chaud sous le plaid.

Certains risquent de hurler sur le fait que le nouveau Poirot est différent du roman et des autres interprétations, qu’il a été remis au goût du jour, sans doute pour attirer les foules au ciné…

Dans cette version, il semble se poser plus de questions sur le fait ou pas de laisser le coupable impuni, de le livrer à la justice, d’oublier tout ceci et de dire que le coupable s’est enfui…

On pourrait râler sur le fait que ce film est un reboot, une fois de plus, comme si les réalisateurs ne voulaient plus que bosser sur des scénarios déjà éprouvés, blindés, comme si plus personne ne pouvait inventer des histoires…

Mais j’ai passé un bon moment devant mon grand écran et si je garderai un meilleur souvenir du la version ancienne, je ne dirai pas non pour un voyage dans une cabine avec le nouveau Poirot…

Histoire de lui défriser la moustache ou voir si elle chatouille… Ok, je sors de mon propre blog !

PS : je vous conseille le roman, qui est un must !

Pour se coucher moins bête – Différences avec le roman :

  • Le personnage de Greta Olson, une missionnaire suédoise dans le livre, est totalement absent du film, remplacé par Pilar Estravados (nom porté par un personnage du Noël d’Hercule Poirot).
  • Le docteur Arbuthnot dans le film n’est pas docteur mais colonel dans le livre. Le docteur Constantine, qui travaille avec Poirot et Bouc dans le livre et qui n’a rien à voir avec le meurtre, est absent du film.
  • L’homme d’affaires italien Antonio Foscarelli présent dans le livre est remplacé par le Cubain Biniamino Marquez.
  • Mrs. Caroline Hubbard, bien qu’extravagante à l’écran, ne l’est pas autant que décrit dans le livre. Elle ne parle d’ailleurs à aucun moment de sa fille dans le film, alors que dans le roman elle ne cesse de parler d’elle.
  • L’arme du crime ne se retrouve pas plantée dans le dos de Mrs. Caroline Hubbard dans le livre, mais dans un sac éponge accroché à la poignée de son compartiment.
  • Dans le roman, toute l’enquête se passe à l’intérieur de l’Orient Express, les personnages ne sortent jamais.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), Le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (Plaisirs à Cultiver), Le challenge British Mysteries (Janvier 2018 – décembre 2018) chez My Lou Book et le Mois du polar (Février 2018) chez Sharon.