Donbass : Benoît Vitkine

Titre : Donbass

Auteur : Benoît Vitkine
Édition : Les Arènes (05/02/2020) / LP (24/03/2021)

Résumé :
Hiver 2018. Sur la ligne de front du Donbass, la guerre s’est installée depuis quatre ans. Plus grand monde ne se rappelle comment tout a commencé. L’héroïsme et les beaux principes ont depuis longtemps cédé la place à une certaine routine.

Et quand les enfants d’Avdiïvka sont assassinés sauvagement, même le colonel Henrik Kavadze, l’impassible chef de la police locale, perd son flegme. Il se lance à coeur perdu dans une enquête qui va vite réveiller les démons du passé…

Benoît Vitkine, lauréat du prix Albert-Londres 2019, aborde un angle mort de la géopolitique mondiale : le déchirement d’une région entre la Russie et l’Ukraine, volontairement ignoré et toujours d’actualité.

Critique :
Le Donbass n’est pas l’endroit idéal pour aller passer ses vacances, du moins, lorsqu’il y a la guerre.

Passez votre chemin pour vos prochaines vacances, mais restez et ouvrez ce roman si vous voulez en apprendre plus sur le conflit Russo- Ukrainien.

Ce polar prend son temps, si vous êtes à la recherche d’adrénaline, faudra prendre votre mal en patience car si nous avons un meurtre horrible d’un enfant, il faudra attendre les trois quart du roman pour en avoir un deuxième.

Non pas que je souhaitais que des enfants tombent comme des mouches sous les coups d’un assassin sadique, loin de là, mais je râle un peu sur le 4ème de couverture qui nous annonce « Et quand les enfants d’Avdiïvka sont assassinés sauvagement… ».

Ok, deux enfants, c’est du pluriel, cela correspond au « les enfants », mais dans ma tête, on montait à plus que deux. Fin de la parenthèse que je n’ai pas signalé que j’ouvrais.

Bref, revenons à nos moutons : la guerre qui sévit, depuis 2014, et dont personne ne nous parle. C’est loin de chez nous, donc, pas intéressant (ceci n’est pas ma pensée, bien entendu) pour les médias.

Pas besoin d’être calé en géopolitique ou sur la guerre dans le Donbass pour comprendre le fond du roman. Mieux, en lisant ce polar, vous irez vous coucher moins bête.

Au fond, ces crimes ne servent qu’à nous parler, au travers des personnages de ce roman policier, de la situation inhumaine qui se passe là-bas, loin de nos contrées, loin de nos jardins.

Dans les conflits, quels qu’ils soient, les gens changent, pour le meilleur ou pour le pire et celui-ci ne fait pas exception à la règle : soit on devient un loup, soit on reste une proie. Pas de juste milieu, pas de nuances.

Les portraits des différents personnages qui parsèment ce roman sont très bien réalisés et en peu de mots, l’auteur arrive très bien à nous offrir une situation très claire de leur psychologie. Les méchants n’étant pas toujours les pires (ou le contraire) et les plus gentils n’étant pas toujours les moins pires.

Tout est camouflé, tout le monde joue un rôle, se donne une nouvelle personnalité, afin de survivre dans ce chaos ambiant ou d’échapper à des traumatismes d’anciens conflits (Afghanistan) ou du nouveau.

Nous ne sommes pas au pays des Bisounours et le colonel Henrik Kavadze, chef de la police locale nous l’expliquera avec beaucoup de cynisme. Lors d’une guerre, les magouilles et la corruption sont reines. Certains s’enrichissent, d’autres s’appauvrissent pour arriver à manger.

Finalement, ce polar n’en est pas vraiment un : l’enquête est un peu décousue, vu que le colonel Henrik Kavadze n’a que peu de pistes et qu’il y va lentement sans trop savoir où tout cela va le mener.

Cela donne un récit qui manque un peu de fluidité, qui pourrait gêner la lecture de certains. Dans mon cas, cela ne m’a gêné en rien, j’ai dévoré ce roman car j’avais soif d’apprendre. La géopolitique ne me dérange pas et le fait que cela se déroule à l’Ouest était un plus pour moi qui aime ces contrées (sans les guerres, bien entendu).

Le fait que Benoît Vitkine soit correspondant au journal « Le Monde », il est le spécialiste des pays de l’Est et de l’ex -URSS, ce qui fait qu’il connaît son sujet. C’est un sérieux plus.

Ce polar ne devient jamais lourd, l’auteur restant très pédagogue, mélangeant habillement la géopolitique avec son récit et ses personnages. Ce qui fait que ce polar devient un témoignage sur ce qu’il se passe là-bas car le côté polar passe en second lieu.

Une belle découverte en tout cas.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°110] et Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres » chez Bidb (France).

Deadpool Assassin : Cullen Bunn et Mark Bagley

Titre : Deadpool Assassin

Scénariste : Cullen Bunn
Dessinateur : Mark Bagley

Édition : Panini Comics – 100% Marvel (07/04/2021)

Résumé :
Les aventures de Wade Wilson le conduisent à la Nouvelle-Orléans, où il se fait de nouveaux amis mais surtout de nouveaux, et puissants, ennemis ! La Guilde des Assassins en a après Deadpool, et ses pouvoirs de guérison vont être mis à rude épreuve !

Les albums consacrés à Deadpool rencontrent toujours un franc succès, a fortiori lorsqu’ils proposent des histoires complètes.

Et si on ajoute que cette nouvelle aventure est imaginée par Cullen Bunn, auteur de la Massacrologie, et Mark Bagley, le dessinateur d’Ultimate Spider-Man, on obtient un hit en puissance !

Critique :
Ce comics est excellent pour se vider l’esprit, pour passer une petite soirée tranquille, sans se prendre la tête.

Il est sans doute à réserver aux fans du mercenaire disert qui souhaiteraient lire un Deadpool plus canonique.

Rien à redire sur les dessins, ils sont bien exécutés, dynamiques, très agréables pour les yeux, bref, un régal.

Le dessinateur Mark Bagley a bien fait le job, nous offrant des dessins lisibles, avec moult détails, notamment dans les expressions faciales sous le masque de Deadpool.

Comme d’habitude, les blablas de Deadpool sont dans des phylactères de couleurs jaunes, ce qui permet de mieux les repérer et comme notre mercenaire est une vraie pipelette, le jaune est plus présent que les autres.

Dans ces deux épisodes, Wade Wilson, affrontera les assassin de la guilde du même nom, ce qui donnera de l’action, de la baston et des gros méchants pas beaux, des super vilains qui veulent tous faire la peau de notre ami.

Pourquoi ? Parce que notre mercenaire voudrait prendre sa retraite sur une île paradisiaque et pour se faire, il lui faut du fric. Avec son ami La Fouine, qui lui trouve des contrats, le voici en train de protéger un type que la guilde veut dézinguer.

On reste dans le classique : baston, humour, parlotte, action, sang, morts, membres découpés… Ça gicle un peu dans tous les sens, sans vous tacher les mains, mais je suppose qu’il faudra tenir l’album en dehors des yeux des enfants très jeunes.

Deadpool, on le sait, a des règles, une certaine éthique : il tue, d’accord, mais des salopards !

Sans révolutionner le genre, cet album est plaisant à lire, fait du bien au moral et offre un Deadpool comme je les aime : blagueur et bagarreur. Oui, il y a de la violence, c’est gore à certains moments, mais l’humour de Deadpool compense.

Nous sommes sur de l’histoire assez classique, mais le scénariste s’est réservé le droit de surprendre ses lecteurs (sauf si vous voyez venir les entourloupes) et j’ai apprécié cette surprise que moi, je n’avais pas vu venir.

Apparemment, ce sera une saga en 6 volumes, mais ce premier tome se suffit à lui-même et ne se termine pas sur un cliffhanger. L’avenir me dira si j’emprunte les albums suivants ou pas (j’ai tellement à lire encore).

Deadpool Assassin n’est pas un album indispensable, en effet, pourtant, il est très agréable à lire, mettant en scène un Deadpool plus canonique et est parfaitement accessible aux néophytes qui n’auraient que peu de connaissance sur le mercenaire en rouge et noir (♫ j’exilerai ma peur, J’irai plus haut que ces montagnes de douleur ♪).

Un comics que je suis contente d’avoir découvert.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°109] et Le Challenge Le tour du monde en 80 livres chez Bidb (Pays : États-Unis).

American Vampire – Tome 10 – Adieux : Scott Snyder et Rafael Albuquerque

Titre : American Vampire – Tome 10 – Adieux

Scénariste : Scott Snyder
Dessinateur : Rafael Albuquerque

Édition : Urban Comics – Vertigo Classiques (19/11/2021)

Résumé :
À présent destitué de son immortalité, Skinner Sweet a choisi de suivre Pearl et les Vassaux de Vénus dans leur quête. Aidée du Conseil des Aînés, l’équipe sait maintenant quel sacrifice est requis pour empêcher la Bête et le Marchand Gris de conquérir le monde. Mais Pearl et ses alliés sont bien loin d’imaginer ce qui les attend, car face à de tels adversaires, traîtrises et rebondissements sont légion.

Critique :
Enfin le dernier tome, enfin l’affrontement final contre le Marchand Gris et la Bête, qui, à ce moment, n’a pas encore pris sa forme humaine, mais ça ne saurait tarder…

L’album commence en Alaska, avant de basculer dans le temps avec des minis-récits comportant des histoires de vampires ou autres créatures.

Ils étaient intéressants, mais j’aurais préféré passer directement au plat principal au lieu de me farcir les zakouskis de l’American Vampire Anthologie aux dessins pas toujours du même niveau que ceux exécutés par Albuquerque.

Anybref, le final, au moins, n’était pas bâclé du tout ! L’affrontement a eu lieu, je ne vous dirai pas qui a gagné, juste qu’il était magnifique et rempli de suspense.

Déjà qu’après les petits récits d’anthologie, les auteurs nous avaient concocté une surprise de taille qui m’a fait ouvrir grand ma bouche : je ne l’avais pas vue venir, celle-là ! Il faut toujours rabattre les cartes à un moment donné.

Dans l’ultime combat final, ce n’est pas vraiment un combat entre le Bien et le Mal, puisque nos vampires et autres créatures ne sont pas du côté des gentils, malgré tout, il est préférable de devoir vivre avec eux qu’avec la Bête et le Marchand Gris.

Un dernier tome qui ne manque pas d’action dans son final, de rebondissements, de retournements de situations, d’union qui fera la force, de folie, de sang et des aveux de ce cher Skinner Sweet.

Un excellent album qui termine une très belle série que j’ai pris plaisir à découvrir, à lire et que je relirai toujours avec la même passion.

Une série qui a revisité intelligemment les mythes vampiriques, sans les édulcorer, mais en changeant quelques petites choses, sans pour autant dénaturer la créature fantastique qui suce le sang (non, pas les tiques, les vampires on vous a dit).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°104].

American Vampire – Tome 09 – Le grand mensonge : Scott Snyder et Rafael Albuquerque

Titre : American Vampire – Tome 09 – Le grand mensonge

Scénariste : Scott Snyder
Dessinateur : Rafael Albuquerque

Édition : Urban Comics – Vertigo Classiques (27/08/2021)

Résumé :
1976, l’Amérique est ruinée. Au bord de la rupture, les citoyens n’ont plus confiance en leur gouvernement.

Et tandis que les États-Unis s’apprêtent à célébrer leur bicentenaire dans un climat pesant, le Marchand Gris met en place les derniers éléments qui lui permettront, ainsi qu’à son espèce, d’étendre leur domination sur la Terre.

Le souverain vampire trouvera néanmoins sur sa route Pearl Jones et Skinner Sweet, en lutte contre sa toute nouvelle condition.

Critique :
Il m’aura fallu attendre 3 ans avant de lire les deux derniers tomes de la saga American Vampire. Ceux qui l’avaient lu avant moi ont dû poireauter 5 ans. Cela valait-il la peine ? Oui !

Au moins, je ne pourrais pas dire que les auteurs ont bâclé leur final, l’ont expédié trop vite ou, au contraire, l’ont fait durer trop longtemps : à mon sens, on était dans le juste équilibre.

Les dessins de Rafael Albuquerque étaient toujours aussi agréables pour les yeux et les couleurs les mettaient bien en valeur.

Le scénario a poursuivi sa route sur les rails déjà bien tracés : qualité et revisite intelligente du mythe des vampires.

Chez Snyder et Albuquerque, les vampires ne sentent pas l’essence de sapin, ne sont pas des fleurs bleues, mais de vrais vampires suceurs de sang. La particularité des vampires américains est de pouvoir résister au soleil, ce qui les rend plus résistant que la souche carpatique.

Cette série, dès son premier tome, m’avait mordue jusqu’aux sangs, planté un pieu dans le coeur et j’avais avalé les 8 tomes parus à la vitesse d’un vampire assoiffé qui tombe sur une oasis peuplée de bétail à deux pattes.

Cet avant-dernier tome n’est pas avare d’action, d’aventures, de suspense, de mystère et de créatures fantastiques de tout poils. Nos American Vampire doivent contrer le Marchand Gris et La Bête, s’ils ne veulent pas mourir ou être asservis comme les Humains sur la Terre.

L’union faisant la force, on va voir des personnages opposés qui vont devoir s’unir pour le meilleur et pour le pire, ou pour que le pire n’arrive pas.

Le récit reste ancré sur l’Histoire des États-Unis et ses faits les plus marquants, ce qui lui donne un côté réaliste.

Heureusement que je possède le dernier tome et qu’il ne me faudra pas attendre pour découvrir la fin de cette saga vampirique.

PS : la chronique du tome 10 est programmée pour 14h !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°103].

Inestimable : Zygmunt Miłoszewski

Titre : Inestimable

Auteur : Zygmunt Miłoszewski
Édition : Fleuve (14/10/2021)
Édition Originale : Kwestia ceny
Traduction : Kamil Barbarski

Résumé :
À Varsovie, le couple Zofia et Karol doit faire face à un quotidien compliqué. Zofia a été licenciée du musée national pour raisons politiques et Karol est atteint d’une maladie neurodégénérative qui efface ses souvenirs rattachés aux émotions fortes.

Lorsque Zofia est contactée par une ancienne connaissance, Bogdan Smuga, pour retrouver la collection perdue des artefacts Aïnou, apportés en Europe il y a cent ans depuis l’île de Sakhaline par un ethnologue de renom, elle ne peut refuser.

Alors que Karol est placé dans une clinique spécialisée dans les Pyrénées françaises pour traiter sa maladie, Zofia, accompagnée de Bogdan, se lance dans sa nouvelle mission qui l’amène notamment à Saint-Pétersbourg et Paris, et plus particulièrement au musée national d’Histoire naturelle.

Mais nombreux sont ceux qui, comme eux, veulent mettre la main sur l’un des artefacts d’une valeur inestimable, une sculpture représentant un ours…

En plein milieu d’une lutte acharnée entre un groupe pharmaceutique et un ensemble de scientifiques indépendants, commence alors une course contre la montre, qui risque fort de pousser Zofia et Bodgan au bout de leurs limites…

Critique :
Après avoir lu et apprécié 4 romans de Zygmunt Miłoszewski, je m’apprêtais à en ajouter un cinquième au rayon des coups de coeur et malheureusement, il n’y entrera pas.

Non pas qu’il soit mauvais, mal écrit, chiant à lire ou tout autre chose qui font que l’on n’apprécie pas une lecture.

Le problème est que je n’ai pas réussi à accrocher aux personnages, alors que j’en connaissais déjà deux : Zofia Lorentz et Karol Boznanski, découvert dans « Inavouable« .

Cela faisait 4 ans que nous avions eu notre aventure ensemble, ils ne pouvaient pas avoir changé à ce point, tout de même ? Ben si, apparemment. Karol perd la mémoire et Zofia est froide, trop froide à mon goût. Je n’ai pas ressenti le plaisir de crapahuter aux côtés de Zofia comme dans le premier roman.

Le début du roman est assez lent, pourtant, il ne manquait pas de sujets intéressants, comme ces zinzins de la cancel culture qui voient midi à toutes les portes et en profitent pour faire interdire tout et n’importe quoi, sur les peuples qui vivent différemment de nous, ainsi que d’autres sujets que je vous laisserai découvrir par vous-mêmes.

Les affres de la maladie de Karol sont aussi bien présents, l’auteur insistant bien que le fait que ces pertes de mémoires impactent plus les autres que la personne qui en souffre.

Ce thriller, moins punchy que le premier, va nous faire voyager un peu partout, nous faisant passer de la Pologne à l’île de Sakhaline, puis à Paris (où l’on ne bouffe que des croissants et où l’on boit des cafés crème), dans les Pyrénées et naviguer sur des mers avant de rallier l’Afrique. Le tout sans être obligé de faire des tests ou de remplir des PLF. Dépaysement garantit.

Comme quoi, malgré mes bémols, tout n’est pas négatif. L’auteur égratigne un peu tout le monde, la Pologne y comprise. Tout le monde en prend pour son grade, les petits travers étant mis en évidence, le tout sans que cela ne vire à l’humour gras ou bête.

Le point le plus positif du livre, c’est que l’auteur nous réserve des petits surprises et que ce roman n’est pas juste qu’un thriller lambda bourré d’adrénaline et de courses-poursuites. Non, il va plus loin…

De nombreuses thématiques se trouvent en filigrane et l’auteur mélange habillement la réalité, la fiction, la science, la philosophie, la folie de certains, les mensonges, une chasse au trésor, l’Histoire, l’art, le capitalisme, le libéralisme, les désastres écologiques… Le tout servi par des personnages secondaires dont on ne sait pas vraiment de quel côté ils penchent.

C’est ce qui fait la force de ce roman : pas de manichéisme, des personnages secondaires travaillés, avec de la présence et certains étaient même truculents (le navigateur solitaire).

Par contre, notre Zofia pourrait presque remplacer notre bon vieux James Bond tant elle va devoir accomplir des péripéties un peu folles, à la limite du surréalisme, notamment dans la flotte. De plus, le passage était long et j’ai sauté des pages, tellement cela devenait ennuyeux, sa baignade en mer.

Anybref, j’ai eu du bon et du moins bon dans ce thriller que j’ai tout de même trouvé moins punchy que le précédent (Inavouable). J’ai mis près de 6 jours à le lire, et non à cause d’un travail harassant, je suis en congé. Zofia ne me revenait pas, je n’ai pas retrouvé le même plaisir d’enquêter et de courir à ses côtés, certains passages du roman, assez long, m’ont aussi un peu endormi.

Ces petits bémols mis à part, le reste est de très bonne facture, l’auteur ne sombrant jamais dans le manichéisme, la facilité ou le thriller pur et dur puisqu’il fait intervenir bien des sujets de société et qu’il arrive à tisser un fil rouge entre eux.

Pas un coup de coeur espéré, mais une chouette lecture tout de même.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°106] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°102].

Pulp : Ed Brubaker et Sean Phillips

Titre : Pulp

Scénariste : Ed Brubaker
Dessinateur : Sean Phillips

Édition : Delcourt Contrebande (12/05/2021)

Résumé :
Max Winters, un écrivain de Pulps dans les années 1930 à New York, est entraîné dans une histoire qui rappelle celles qu’il écrit pour cinq cents le mot – des histoires mettant en scène un hors-la-loi du Far West qui rend justice à coups de revolver.

Max sera-t-il aussi efficace que ses héros face à des braqueurs de banque, des espions nazis et des ennemis issus de son passé ?

Critique :
La première chose qui m’a attirée dans cette bédé, c’est la couverture : ses tons orange, la chaleur qui s’en dégageait et l’illustration qui laissait présager bien des choses.

Sans compter le duo d’auteurs dont j’ai déjà découvert une partie de leur œuvre (Fondu au noir et Captain America).

Le récit commence dans un western.

Les couleurs sont dans les tons chauds : des oranges, des jaunes, coloriés à l’arrache, sans suivre les lignes, comme lorsque ma nièce de deux ans colorie… Mais ça donne vraiment mieux dans cette bédé que sur ses gribouillages !

L’histoire se déroulant dans ce western est un pulp (revues populaires très bon marché aux States) et nous comprendrons plus loin ce que ce récit vient faire dans l’autre récit.

Une fois revenu au récit initial, les couleurs reprennent leur juste place et on quitte les tons chaleureux du western en découvrant son auteur : Max Winters, vieil écrivain de nouvelles westerns qu’il vend 5 cents le mot à un magazine éditant des pulps. Oh, pardon, son éditeur vient de diminuer le prix au mot à 2 cent… Chienne de vie !

Le pire viendra ensuite pour Max et la vie se fera encore plus chienne… Bien que ce ne soit pas la vie qui soit une chienne, mais les autres : son patron qui le regarde de haut, l’éditeur qui veut faire des économies, les petites lignes sous le contrat de travail, les petites frappes qui agressaient un Juif dans le métro, les gens impassibles lorsque Max se fait passer à tabac, se fait dépouiller, les sympathisants nazis qui défilent à Times Square…

Les dessins de Sean Phillips sont minimalistes tout en étant rempli de détails dans les décors. Qu’ils concernent les dessins se déroulant en 1939 (le présent) ou ceux du western, qui est un récit dans le récit, avec un parallèle sur la vie de Max Winters en 1895.

Les dialogues sont au cordeau, sans chichis, sans circonlocutions. Ed Brubaker va à l’essentiel, sans pour autant que le fond de son texte en pâtisse. Hitler est au pouvoir en Allemagne et les relents atteignent l’Amérique où la populace acclame le moustachu dans les cinémas, portent le brassard avec la croix gammée et où des riches américains envoient du fric à l’Allemagne d’Hitler.

Cet album est un mélange réussi entre le western, le thriller, le roman noir et les nazis. C’est l’histoire d’un vieil homme au bout du rouleau, qui sait qu’il va y rester un jour, qui ne voit pas le bout du tunnel, qui a perdu son gagne-pain et qui aimerait que sa femme, plus jeune, ne se retrouve pas démunie une fois que sa mort sera venue. Le côté roman noir est bien présent, lui aussi.

Les épisodes western, loin d’être juste là pour distraire les lecteurs, possèdent leur place dans ce thriller et si au début, ce n’était pas vraiment clair, à un moment donné, tout s’éclairera dans notre esprit et les épisodes pulp acquerront toute leur force.

Max Winters n’a rien d’un super-héros, il est vieux, cabossé par la vie, n’a jamais été épargné par elle non plus, a morflé et après une crise cardiaque, il est encore plus diminué qu’avant.

Ne cherchez pas un chevalier blanc dans ce récit, il n’y en a pas et c’est ce qui le rend plus réaliste, lui donne toute sa force. Il n’y a que des gens ordinaires et certains, au lieu de regarder ailleurs, agissent.

C’est clair, c’est net, c’est concis, ça frappe juste où il faut et en peut de mot, l’ancien de la Pinkerton résumera toute la situation à Max Winters.

Un thriller roman noir western percutant, qui prend tout son sens au fil de la lecture, notamment dans le final rempli d’action, avec l’intensité qui monte crescendo avant l’explosion. C’est une pépite bien noire que nous offrent le duo d’auteurs.

C’est aussi un bel hommage au pulp western et au genre en particulier, soulignant la précarité salariale des auteurs de ces petits récits.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°105], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°100], Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 72 pages).

L’enclave : Nicolas Druart

Titre : L’enclave

Auteur : Nicolas Druart
Édition : HarperCollins Noir (07/04/2021)

Résumé :
Sur l’Enclave, tout a été dit : qu’elle serait une zone blanche perdue dans la vallée du Lot, qu’on y vivrait en parfaite autonomie, qu’une créature y régnerait sans partage… Tout a été dit, mais on préfère se taire.

C’est ce à quoi le jeune adjudant-chef Stanislas Sullivan est confronté. À l’inverse de ses collègues de la gendarmerie de Buzac, il n’est pas un enfant du pays.

Aussi, quand une de ses affaires, tombée au cœur de l’été, se révèle être un cas de disparitions de pèlerins reliées à l’Enclave, il va devoir ignorer les mises en garde et faire quelques entorses à la procédure.

Ignorer les mises en garde, c’est aussi l’option prise par Vanessa, aide médico-psychologique, et Simon, infirmier, venus passer un week-end dans l’Aveyron. Pour ce tandem qui accompagne quatre adolescents aux pathologies variées, c’est une première.

Une première aussi, cette sensation de liberté quand ils naviguent sur le Lot. Oubliant pour un temps, et à tort, les chimères menaçantes des locaux…

Que cache l’Enclave ? Un monstre digne de légendes ancestrales ou une vérité macabre ? Que trouvera Vanessa en allant chercher de l’aide, une fois l’accident survenu ? Et sur quel obscur passé Stan mettra-t-il la main ?

Critique :
L’Aveyron, ça sent bon le soleil, les vacances, la farniente, les descentes en kayak, le GR de Compostelle, bref, la dolce vita !

Ben non, loupé ! Oubliez la dolce vita et foutez le camp fissa avant que le Nazgoulag ne vous attrape et que vous ne disparaissiez corps et âme.

Si ce thriller est addictif, il ne manque pourtant pas de défauts qui seront équilibrés par des qualités, notamment dans le final coup de pied au cul (même si on me l’avait déjà fait, ce coup-là).

L’écriture de l’auteur est fort visuelle, de ce côté-là, faut pas avoir peur, si votre imagination suit bien les indications de la plume, vous flipperez un bon coup et vous vous poserez bien des questions sur ce qui se passe dans l’Enclave et comment est-ce possible qu’une telle chose soit permise en France.

Une zone de non-droit dans la campagne aveyronnaise ! Pas dans le 9-3, pas en Amérique du Sud chez les narcotrafiquants, en Afghanistan ou ailleurs. Non, non, dans un petit village bucolique où les touristes se baladent.

Et les habitants des villages voisins, ils en disent quoi ? Rien, ils regardent ailleurs, comme les Humains ont toujours fait à travers l’Histoire et comme nous faisons toujours. Tant que ça ne nous touche pas, hein, on continue de regarder ses godasses.

Des disparitions ont eu lieu à proximité et personne ne dit rien, omerta totale, comme si la mafia tenait tout le monde et arrosait les flics, juges, magistrats (Al Capone, on sait que tu es là). On n’emmerde pas les gens de l’Enclave, point à la ligne. D’ailleurs, comme pour Voldemort, on ne parle pas de l’Enclave !

Comme la carte satellite de l’Enclave est floutée, cela m’a fait penser à un terrain militaire ou à la zone 51 (Fox Mulder est demandé). Le gendarme Sullivan, qui voudrait aller enquêter dans ce petit monde fermé, se fait mettre des bâtons dans les roues par tout le monde, surtout par le maire. C’est louche et ça pue !

Deux récits s’entrecroisent : ceux des moniteurs avec leur groupe jeunes trisomiques qui va rencontrer des emmerdes grosses comme des immeubles et le gendarme Sullivan qui, nouvel arrivant au bled, voudrait savoir ce que l’on traficote dans cette putain d’enclave qui sent plus que le souffre.

Les personnages ne m’ont pas fait vibrer et si l’utilisation de jeunes gens trisomiques (ou à autres problèmes) était originale, ensuite, on les perdra de vue… On en retrouvera quelques uns plus tard, ils auront leur place dans le récit, mais j’aurais aimé les suivre plus longtemps car ils étaient touchants, eux.

Peu de nuances par contre pour les méchants ! Purée, je n’ai jamais vu une telle concentration de psychopathes au km² dans un thriller, moi ! Violeurs, assassins, pédophile, amateur de tortures, bref, toutes les horreurs concentrées dans les mains de quelques uns, dont un dictateur tyrannique de la pire espèce, avec une carrure de gorille, l’esprit d’un petit pois. L’hypocrisie lui sortait par les trous de nez et les excuses à la con aussi.

Et nom de Zeus, pas besoin de savoir que l’autre dictateur a une bite comme sa carrure juste avant la scène de viol ! Par pitié ! Pas besoin non plus de donner des détails de torture d’une prisonnière qui subit des viols à répétition. De grâce ! Jai déconnecté mon cerveau car les détails étaient trop explicites à mon goût. Trop de gore tue, surtout lorsqu’il est gratuit et ne sert à rien, si ce n’est à dégoutter les lecteurs.

Ce que j’ai particulièrement apprécié dans ce thriller, ce sont les mystères qui planent sur l’enclave, ces horreurs qui semblent y être rattachées, ces légendes qui tournent autour de ce lieu mystérieux où personne n’entre, mais qui livre tous les villages alentours avec des bons produits du terroir.

Et puis, le final est génial, il m’a scotché au divan, m’a mise sur le cul, bien qu’on m’ai déjà fait ce coup de Jarnac dans un autre roman. J’aurais pu le voir si mes yeux n’avaient pas été fermés, concentrés sur autre chose.  Les indices étaient aussi tournés de manière à ce que ça ne saute pas aux yeux du lecteur et je suis contente de m’être laissée avoir.

Bon, pour profiter pleinement du final, j’ai dû faire l’impasse sur des points de détails un peu gros, notamment le silence des familles des disparus, les réactions de nos jeunes handicapés et le côté too much d’un truc que je ne peux pas dire ici sous peine de spolier. Ce sera à vous de voir si vous lisez ce thriller…

Ce thriller a aussi un petit côté Série B parfaitement assumé, ce qui a donné lieu à des petits traits humoristiques avec les pensées d’une prisonnière évadée, dans des moments de chasse à l’Homme. Non, je n’ai pas ri.

Ce thriller est addictif, remplis de mystères qui s’expliqueront tous à la fin, sans faire appel au fantastique. Dommage que l’auteur ait forcé tous les traits, donnant un caractère peu réaliste à son roman.

La surenchère est un trait de l’Homme, il adore faire peur et se faire peur, je le reconnais volontiers. Pourtant, j’aurais aimé que l’auteur en mette un chouia moins dans son récit, qu’il tienne un peu la bride à l’imagination de ses personnages et qu’il garde la pédale douce sur les scènes de tortures dont les détails n’apportent rien au récit.

Avec ce thriller, j’ai eu des hauts et des bas et sans le twist final déjà vu, il aurait terminé avec une mauvaise note. Avec ce truc (que je ne dévoilerai pas sauf si on me paie très cher), cela donne un autre éclairage sur le récit et redresse la barre, évitant de ce fait de se prendre la montagne dans la gueule.

À vous de voir ce que vous en penserez, sinon, sur Babelio, il y a des tas de critiques plus élogieuses que la mienne qui est, comme on dit chez moi « half en half » (moitié moitié).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°103].

Trilogie d’une Nuit d’Hiver – 01 – L’ours et le rossignol : Katherine Arden [LC avec Bianca]

Titre : Trilogie d’une Nuit d’Hiver – 01 – L’ours et le rossignol

Auteur : Katherine Arden
Édition : Denoël – Lunes d’encre (2019) / Folio SF (2020)
Édition Originale : Winternight, book 1: The Bear and the Nightingale (2017)
Traduction : Jacques Collin

Résumé :
Au plus froid de l’hiver, Vassia adore par-dessus tout écouter, avec ses frères et sa sœur, les contes de Dounia, la vieille servante.

Et plus particulièrement celui de Gel, ou Morozko, le démon aux yeux bleus, le roi de l’hiver. Mais, pour Vassia, ces histoires sont bien plus que cela.

En effet, elle est la seule de la fratrie à voir les esprits protecteurs de la maison, à entendre l’appel insistant des sombres forces nichées au plus profond de la forêt.

Ce qui n’est pas du goût de la nouvelle femme de son père, dévote acharnée, bien décidée à éradiquer de son foyer les superstitions ancestrales.

Critique :
Winter is coming… L’hiver vient.

Et en Rus’, quand l’hiver vient, c’est du costaud : on se gèle les miches, on ne mange plus à sa faim, on maigrit, la neige est haute, elle recouvre tout et le gel vous mord les chairs à tel point que vous pourriez perdre des membres.

M’attendant à lire de la fantasy, j’ai été surprise en constant que l’univers resterait dans le registre du fantastique, lui-même puisant son inspiration dans le folklore et la mythologie slave.

Pas de soucis ! J’ai adoré découvrir ce moyen-âge Rus’ (la Russie n’existait pas encore en tant que pays) et me plonger dans la vie d’une famille, 200 ans avant Ivan Le Terrible.

Dans les années 1300, la femme n’avait pas de droits, si ce n’est de se marier et de pondre des chiées de gosses, si possible des garçons vigoureux, merci bien. L’autre option, c’est le couvent… Sympa.

Vassia, elle, adore porter les habits d’un de ses frères, grimper aux arbres et parler aux esprits protecteurs de la maison, sorte d’Elfes de maison qui la protège, si on leur laisse des offrandes. Et pour que le domovoï me reprise mes chaussettes, je lui laisserai tout le pain sec qu’il désire ! Idem pour le vazila (l’esprit des chevaux).

La Russie m’a toujours fascinée, tout en m’effrayant. Ressentir son Histoire, son folklore, son climat, sa Nature, ses habitants au travers de la littérature, c’est ce qu’on a inventé de mieux pour éviter tout risque de se faire tuer par un guerrier du Khan de la Horde d’Or (empire turco-mongol gouverné par une dynastie issue de Djötchi, fils aîné de Gengis Khan), de crever de froid dans une forêt en plein hiver, de finir au couvent ou mariée avec une chiée de gosses à mes basques !

Ce roman fantastique ne brillera pas par son rythme endiablé, que du contraire. Il se passe peu de choses durant des centaines de pages, ou alors, juste des petits évènements et pourtant, jamais je n’ai ressenti de l’ennui durant ma lecture. Il est des romans guère plus épais qui m’ont semblé plus longs et qui furent lus en plus de jours (suivez mon regard sur ma chronique des enquêtes de Irene Adler et Holmes).

Découvrir le folklore et les contes Rus’ m’a passionné, les personnages m’ont emportés, surtout la jeune Vassa, jeune fille qui aimerait être libre et que tout le monde regarde de travers en la traitant de sorcière parce qu’elle veut vivre différemment des autres… Ajoutons à cela le poids de la religion et la place importante que va prendre Konstantin, le prêtre local en les faisant tourner le dos à leurs anciennes croyances.

Tous les personnages, même Anna, la belle-mère bigote, sont bien traités, ont de l’épaisseur et évitent le côté manichéen que l’on retrouve souvent d’autres romans. Oui, on aimerait baffer Anna, mais on peut aussi comprendre ses peurs, elle qui n’a pas accepté ce qu’elle était.

Anna est terriblement humaine et comme les autres, son désir le plus cher est de protéger la fille qu’elle a eu. À elle non plus, on ne lui a pas demandé son avis, lorsqu’on l’a mariée de force, elle qui voulait entrer au couvent.

Ce que j’ai apprécié aussi, dans ce roman fantastique, c’est qu’il n’y a pas de chevalier sans peur, de super homme fort. Il y aura des hommes courageux, de ceux qui donneraient leur vie pour leur famille, mais rien de surhumain. Des frères et des pères, tout simplement, qui craignent pour les leurs, même s’ils ne le disent pas.

L’ambiguïté du personnage de Morozko était un régal aussi, difficile de savoir avec certitude de quel côté de la Force il se trouvait. Le combat final n’est pas bâclé, il prend le temps de monter en puissance, les forces en opposition ont eu quelques escarmouches, Vassia résistant comme elle peut, à la mesure de ses moyens.

L’énorme avantage de cette trilogie est que le premier tome peut se suffire à lui-même. Il y a une véritable fin et nous pourrions en rester là. Ce que je ne ferai pas, car j’ai bien envie de découvrir ce qu’il va advenir de la petite Vassia et quel périple l’attend.

Un roman fantastique, touchant, rempli de folklore russe, de froids hivers où l’on se gèle les fesses, l’estomac vide et de personnages avec qui l’ont aurait envie de vivre cette aventure. Pas de naïveté et pas de mièvrerie, car elles n’avaient rien à faire dans ces contrées septentrionales où le vie était dure et rude.

Une belle découverte que j’ai faite grâce à la proposition de LC de Bianca, qui, une fois encore, est sur la même longueur d’onde que moi.

PS : le Bibliocosme en avait parlé en bien aussi.

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°98].

Les enquêtes de Miss Merkel – 01 – Meurtre d’un baron allemand : David Safier

Titre : Les enquêtes de Miss Merkel – 01 – Meurtre d’un baron allemand

Auteur : David Safier
Édition : City (27/10/2021)
Édition Originale : Miss Merkel, Mord in der Uckermarck (2021)
Traduction : Jocelyne Barsse

Résumé :
Angela Merkel vient de prendre sa retraite. Avec son mari et son chien baptisé Poutine, elle a déménagé dans une région rurale d’Allemagne où l’on ne trouve que de grandes forêts et des lacs. Elle passe ses journées à faire des balades dans la nature et à faire de la pâtisserie…

Tout cela est d’un ennui absolument mortel ! Jusqu’au jour où son voisin, le baron Von Baugenwitz est retrouvé mort empoisonné et étouffé, vêtu d’une armure de chevalier, enfermé dans un donjon de son château. Enfin un problème à résoudre pour Angela !

Avec l’aide de son mari, de Poutine et surtout de Mike, son jeune et séduisant jeune garde du corps, elle se lance tête baissée dans l’enquête. Et ce ne sont pas les suspects qui manquent, car le baron assassiné collectionnait les femmes comme des trophées, au risque d’attiser les jalousies dans le voisinage.

Miss Merkel, reconvertie en détective amateur et digne héritière de Miss Marple, ne laissera rien passer. A moins que le tueur se charge d’elle avant qu’elle ait réussi à découvrir la vérité…

Critique :
Angela Merkel a pris sa pension, s’est retirée de la politique et maintenant, lorsque Poutine fait des siennes, cela veut juste dire qu’il a chié là où il ne fallait pas et qu’il faut nettoyer derrière lui… Rien n’a changé ? Si, si !

Le Poutine en question n’est pas le fameux Vladimir, mais le chien d’Angela, qui, comme son homonyme, laisse beaucoup de merde sur les tapis. Mais est moins dangereux que l’autre…

Après deux lectures émotionnelles fortes (Mon cheval de bataille / Sauver Mina), j’avais besoin de légèreté, de douceur, d’humour et surtout, de ne pas me prendre la tête.

Ce roman me semblait parfait pour remplir ses objectifs et il l’a fait, sauf pour un point : je me suis cassée la tête pour tenter de trouver l’identité du coupable et je n’ai pas réussi !

Tant mieux, cela veut donc dire que l’auteur a réussi à faire un cosy mystery léger, humoristique, sans pour autant sacrifier l’énigme sur l’autel de la facilité.

Je reproche souvent à certains cosy mystery de ne pas soigner les personnages et de nous pondre des stéréotypes facile ou de sombrer dans le manichéisme. L’auteur n’est pas tombé dans ce piège facile des Méchants et des Gentils.

Les habitants du village ont leur caractère et si la marchande de fruits est en rogne sur Angela, cela ne deviendra jamais une guerre sous la ceinture comme dans d’autres cosy où cela tourne souvent à l’exagération.

Pas besoin d’être fan de politique pour apprécier ce cosy, même pas besoin d’être d’accord avec la politique de l’ancienne chancelière d’Allemagne pour l’adorer dans un rôle d’enquêtrice en herbe.

Angela Merkel est ce qu’elle est, elle a marqué son époque en accédant au pouvoir alors qu’elle venait de la RDA… Certaines de ses décisions furent bonnes, d’autres très dures, certaines utopiques, mais laissons-ça de côté. Ici, on sent bien que l’auteur a de la tendresse pour son personnage, pour son époux que nous ne connaissons pas et le récit est parsemé d’humour qui fait du bien.

Vous n’échapperez pas à quelques anecdotes sur la vie politique d’Angela, à ses réminiscences sur les bisous baveux d’un italien que je ne nommerai pas, d’escargots servis chez un président normal ou de ses souvenirs sur sa vie en ex-RDA. Cela ajoute des petits plus à ce récit qui, sans eux, aurait pu concerner n’importe qu’elle femme enquêtant dans un petit village allemand.

Anybref, sans en donner l’impression, ce petit cosy mystery ne manque pas de profondeur sous ses airs de ne pas y toucher et sa résolution ne sera pas si facile que ça, n’en déplaise à Miss Merkel qui adore se prendre pour Sherlock Holmes, Hercule Poirot ou miss Marple, même si ce n’est pas aussi facile qu’elle le pensait.

Un cosy mystery distrayant, avec de l’humour, de la géopolitique (pas de trop), du mystère, une pléthore de suspects, des tas de théories et un duo d’enquêteurs qui sort de l’ordinaire : Angela Merkel et son mari Achim qui m’a fait penser à un membre de ma famille qui, comme lui, ouvre la bouche lorsqu’il faut se taire.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°97].

Ira dei – Tome 4 – Mon nom est Tancrède : Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat

Titre : Ira dei – Tome 4 – Mon nom est Tancrède

Scénariste : Vincent Brugeas
Dessinateur : Ronan Toulhoat

Édition : Dargaud (12/02/2021)

Résumé :
Pour Tancrède, c’est l’heure de tous les dangers. Capturé par Hugues, le voilà entre les mains de Guillaume de Hauteville, le chef des troupes normandes. Celui-ci voit en lui un redoutable soldat dont il aimerait se faire un allié.

Afin d’inciter Tancrède à réveiller son âme guerrière, depuis longtemps en sommeil, Guillaume l’oppose en combat singulier à plusieurs prisonniers, auxquels il promet la liberté en cas de victoire.

« Tu t’apprêtes à faire sortir le diable », lui glisse Étienne, le représentant du pape. Aucun homme ne saura vaincre Tancrède. Même Hugues périra au fil de son épée…

Vivant, Tancrède reste une menace pour l’Église. Pourtant, Étienne décide de lui offrir sa liberté : seul Tancrède est en mesure de l’aider à retrouver sa sœur.

Ce quatrième tome marque la fin du cycle italien. Il confirme les qualités d’une saga qui explore un cadre – la Méditerranée du XIe siècle – peu traité par la bande dessinée et qui allie la rigueur de ses sources historiques à un dessin évoquant autant la poésie de Moebius que la puissance de Jack Kirby.

Critique :
Si dans la chanson, elle voulait revoir sa Normandie, Tancrède, lui, ne veut pas la revoir du tout, ni reprendre son véritable nom de Robert, duc de Normandie.

Guillaume de Hauteville, lui, voudrait bien que Tancrède redevienne Robert, mais ce dernier n’a absolument pas envie d’aller affronter son fils, toutes ces guerres des trônes, ça le fait chier…

Dans ce dernier tome de cette saga (4), nous sommes une fois de plus plongés dans l’Histoire, les guerres, les magouilles politiques, les invasions et les luttes intestines (et pas intestinales).

Étienne (le représentant du pape), de son côté, le tien toujours bien et on ne sait pas trop de quel côté il va tirer. Jusqu’au bout, ce personnage m’aura intriguée, étonnée et là, il va continuer de me trouer le cul, cet Étienne ! Un comble pour un homme d’Église.

Ça magouille de tous les côtés, ça s’embrouille, ça bidouille des complots, l’un joue avec les nouilles de l’autre (restons poli, mais vous voyez de quoi je veux parler).

Bref, dans ce récit, personne n’est tout à fait blanc, ni tout à fait noir, ni vraiment bon ou méchant, tout est nuance de gris, les personnages sont complexes et nous sommes loin du manichéisme affiché dans d’autres bédés.

Les dessins sont dynamiques et les scènes de combats sont bien détaillées : mouvements, expressions… Le découpage de certaines planches ajoute aussi des claques monumentales au lecteur. Là, ça dépote !

Mon bémol sera pour le final qui arrive un peu trop vite, comme un cheveu dans la soupe, laissant un goût d’inachevé, comme si j’avais été plantée au milieu du chemin et que les auteurs foutaient le camp en vacances. L’impression d’être un chien abandonné sur le bord de la route.

Attendez les mecs, c’est tout ? C’est fini ? Tout ça pour en arriver à cette fin un peu bancale ? Tout ce machiavélisme, toutes ces guerres entre les différents seigneurs, entre leurs armées, tout ce suspense, toute cette psychologie et ce travail des personnages pour finir ainsi ?

Ben merde alors… Dommage, car ce final bancal et brutal (je sens l’âme d’une poétesse) casse tout le plaisir de lecture ressenti jusqu’à présent et fout en l’air cette série que j’avais apprécié d’entrée de jeu.

 

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°96] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 54 pages).