Mathilde Sénéchal – Tome 2 – Vaste comme la nuit : Eléna Piacentini

Titre : Mathilde Sénéchal – Tome 2 – Vaste comme la nuit

Auteur : Eléna Piacentini
Édition : Fleuve Noir (22/08/2019)

Résumé :
« Des habitants qui ont avalé leur langue. Une forêt où rôde un étrangleur de bêtes.Trois maisons isolées en lisière de forêt et l’Eaulne pour frontière… »

« La plume la plus sensible du roman policier féminin. » Michel Bussi

La capitaine Mathilde Sénéchal n’aurait jamais imaginé retourner sur les lieux de son enfance, un petit village non loin de Dieppe. Mais quand Lazaret, son ancien chef de groupe, lui fait parvenir une lettre sibylline, elle comprend qu’elle va devoir rouvrir une enquête vieille de trente ans.

Qu’elle le veuille ou non, le passé ne meurt jamais. Il a même des odeurs, ces odeurs qu’elle sait identifier comme personne et qui sont aussi son talon d’Achille. Il est temps pour elle de sonder sa mémoire défaillante et d’affronter la vérité.

Critique :
♫ Mathilde est revenue ♪ Dans le village, priez pour votre salut ♪ La belle Mathilde qu’est revenue ♪ (mes excuses aux grand Jacques).

Nom de Zeus, encore une policière torturée. Il doit y avoir un nid de personnages appartenant à la police qui sont tous bourrés de blessures intimes et secrètes… Ou alors, les auteurs ont des comptes à régler avec la maison Poulaga et se vengent en créant des policiers, inspecteurs, enquêteurs tourmentés.

Je ne vais pas me plaindre parce qu’en ce moment, je suis sortie de mes lectures en demi-teinte et repartie comme en 40.

Tiens, en parlant de 40… Ce roman y puise ses racines et on se doute qu’il a dû se passer des choses pas nettes, pas franches, plutôt glauque en cette époque-là. Surtout avec la vielle Hortense, langue de vipère, sachant où appuyer pour que cela fasse mal et on comprend qu’elle a fait les frais de cette Seconde Guerre Mondiale.

C’était ma première fois avec cette auteure et ce ne sera pas la dernière car je me suis retrouvée dans un roman policier qui prend son temps pour poser ses marques, déployer ses personnages, exposer leurs tempéraments, leurs blessures et j’y étais si bien qu’à la limite, on aurait pu se passer d’enquête policière et continuer ainsi.

L’enquête prendra son temps car nous sommes sur des cold-case et une seule disparition doit être résolue, pour le bien mental de Mathilde qui a perdu la mémoire de ce qui s’est passé ce jour maudit-là.

Ajoutons à cela des secrets de famille, de village, des gens plus taiseux que des Corses muets, une vieille dame qui semble tenir tout le monde sous sa coupe, des animaux étranglés, une enquêtrice qui a perdu une séquence importante de son disque dur dans le cerveau, une gamine paumée (qui cause comme ceux de son âge, un bon point), un montagnard amoureux et le tout donne un cocktail explosif où tout est larvé, caché, tapi sous des braises et ça va brûler les mains lorsqu’on mettra tout à jour.

La plume de l’auteur ne se prive pas pour asséner quelques petites vérités qui piquent juste où il faut, a su mettre en scène la foule, cette meute prête à suivre les meneurs qui veulent se racheter une conscience.

Elle a su aussi nous faire entrer dans ce petit village où le silence est d’or et la parole à éviter, nous plonger un peu plus dans le mystère avec des flash-back, des papotes entre une vivante et un mort, nous immerger dans tous ces secrets bien gardés avant de nous révéler le pot-au rose, dont j’avais deviné une partie mais qui m’a glacé tout de même.

Assurément, un bon roman policier, jouant plus sur les émotions de ses personnages, sur leurs psychologie, leurs fêlures, leur besoin de savoir pour enfin avancer et mettre un terme à tout ça.

Bon, je suis contente d’avoir d’autres romans de la dame dans mes étagères surchargées de bouquins…

Merci à Geneviève (Collectif Polar) de m’avoir tiré les oreilles pour que je découvre – enfin – cette auteure qui m’a fait passer quelques heures de lecture des plus agréables.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°81.

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Les avatars de Sherlock Holmes – Tome 4 – Élémentaire mon cher Conan Doyle : Collectif

Titre : Avatars de Sherlock Holmes – Tome 4 – Élémentaire mon cher Conan Doyle

Auteur : Collectif
Édition : Rivages Noir (25/09/2019)
Édition Originale : The Big Book of Sherlock Holmes Stories
Traducteurs : Frederic Brument & Gerard De Cherge

Résumé :
« Refermant un livre de Conan Doyle, quel lecteur des aventures de Sherlock Holmes n’a jamais essayé les méthodes du détective sur ses parents, ses amis ou, mieux encore, sur des inconnus croisés dans la rue ? Enfin, soyons honnête, l’expérience se conclut souvent par un échec et le moindre succès doit beaucoup à la chance (…). Il n’y a qu’un Sherlock Holmes. Et qui mieux que Watson, sous la plume de Conan Doyle, pour pasticher l’épisode de déduction élémentaire qui reste la marque de fabrique du maître des détectives ? » (extrait de la préface)

Outre cet « auto-pastiche » de sir Arthur lui-même, le lecteur se délectera des tentatives d’holmésiens érudits comme Leslie S. Klinger, Barry Day et Donald Thomas. Des copies dignes des originaux. À la manière du maître.

Ce volume est précédé d’une préface de Thierry Saint Joanis, président de la Société Sherlock Holmes de France et grand érudit en science holmésienne.

Critique :
Écrire des apocryphes holmésiens à la manière du Maître (Conan Doyle) n’est jamais un exercice aisé. Beaucoup s’y sont essayés mais peu ont réussi brillamment à le faire.

Pour une fois, je n’ai rien à redire à ce recueil d’enquêtes de Sherlock Holmes car les trois pasticheurs ont réussi à le faire au plus proche de la manière de Conan Doyle.

Ce dernier s’était même prêté au jeu du pastiche de son personnage dans une nouvelle intitulée « Comment Watson comprit le truc » qui figurait dans un tout petit livre destiné à une maison de poupée, haute d’un mètre, et destinée en cadeau à la reine Mary, l’épouse de George V.

Anybref, ce recueil de 4 nouvelles est savoureux, se déguste avec une bonne tasse de thé par temps pluvieux, avec un sourire béat de satisfaction affiché sur les lèvres.

Certes, il est toujours difficile de penser et d’écrire comme un auteur, mais certains y sont arrivés et la preuve est dans ce 4ème tome des Avatars de Sherlock Holmes.

On a des références canoniques, des déductions du détective, la nouvelle de Conan Doyle est drôle et fait penser à l’épisode de la Granada « Le patient à demeure » et la fameuse scène d’ouverture chez le barbier où Watson se lançait dans le jeu de la déduction avec Holmes, se plantant royalement.

« L’Affaire de la caisse en bois » aurait pu être tirée du canon holmésien tant elle semble familière, comme si nous l’avions lue un jour dans un recueil des aventures officielles du grand détective londonien.

« L’Affaire du curieux canari » fera connaître à Holmes un échec, comme il en eut quelques uns dans sa carrière, notamment lorsqu’il avait sous-estimé le danger qui menaçait la personne visée.

Quant à « L’Énigme de la main invisible », elle entraînera nos deux compères à Paris, pendant l’affaire Dreyfus (pour le commencement) et nous croiserons Mme Marguerite Steinheil, la maîtresse de celui qui « se voulait César, mais ne fut que Pompée » (Félix Faure), celle qui fut surnommée ensuite « La pompe funèbre ».

Oui, ELLE ! Cette histoire coquine qui donna lieu à ce joli jeu de mot, inventé après, sans aucun doute, que l’on mis dans la bouche (oups) du prêtre appelé à l’Élysée en catastrophe pour administrer les derniers sacrements : « Le président a-t-il encore sa connaissance ? — Non, monsieur l’abbé, elle est sortie par l’escalier de service ».

Dans leur nudité, les deux corps enchevêtrés évoquaient de façon saisissante un détail de quelque tableau figurant un massacre. Félix Faure était un homme bien bâti, séduisant dans le genre robuste. À l’approche des soixante ans, il avait une tête large, des yeux bleu pâle et une longue moustache. Il gisait sur le ventre, nu comme un ver, son corps massif, inerte, affalé d’une manière qui ne pouvait signifier à mes yeux qu’une seule chose. Sous lui, emprisonnée par son poids, sans le moindre vêtement sur le dos, se trouvait Marguerite Steinheil. Son visage et ses épaules étaient mouchetés de gouttes de sang provenant du nez ou de la bouche du mourant.

Anybref, cette enquête, différente des autres, se déroulera sur 10 années, même si, entre temps, Holmes laissa tomber cette histoire pour y revenir le moment opportun.

Assurément, pour ce petit recueil de nouvelles apocryphes, on est dans le haut de gamme. Dommage que ce soit si court, mais quand c’est bon, on peut se contenter d’avoir un goût de trop peu vu qu’on a tutoyé les anges.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°80.

Régression : Fabrice Papillon

Titre : Régression

Auteur : Fabrice Papillon
Édition : Belfond (10 octobre 2019)

Résumé :
Ils sont prêts. Ils reviennent d’un lointain passé, d’une époque glorieuse.

Ils forment ce que Socrate et Homère nommaient déjà la race d’or. Ils viennent sauver la terre, et les hommes qui peuvent encore l’être. Pour les autres, ils n’auront aucune pitié.

L’heure du Grand Retour a sonné… et, pour le commandant Marc Brunier, celle de son ultime enquête.

36 000 ans avant Jésus-Christ. Une famille résiste au froid au fond d’une grotte de la péninsule Ibérique quand des hommes font irruption et massacrent les parents. Fascinés par la peau claire et les yeux bleutés du fils, les assaillants l’épargnent et l’enlèvent.

14 février 2020, Corse. Vannina Aquaviva, capitaine de gendarmerie à la section de recherche d’Ajaccio, découvre un charnier dans une grotte de Bonifacio.

De son côté, la police retrouve un cœur en décomposition au pied d’un olivier millénaire du site préhistorique de Filitosa. Des scènes de crime similaires apparaissent sur d’autres sites de la préhistoire en Espagne puis en Angleterre.

Les premières analyses de la police scientifique sont stupéfiantes. Quelle est cette créature meurtrière dotée de capacités sidérantes ?

Aux confins de l’Europe et jusqu’à la Russie des goulags et de Tchernobyl, une chasse à l’homme exceptionnelle commence à travers le monde et les âges, où l’on croise Homère, Socrate et son disciple Platon, Jésus et l’apôtre Jean, mais aussi Rabelais, Nietzsche ou encore le terrifiant Heinrich Himmler.

Quel secret remontant à nos origines partagent tous ces hommes ? Après des millénaires de silence, une révélation est en passe de bouleverser l’équilibre même de l’espèce humaine…

Critique :
Non mais quelle idée saugrenue que celle de l’auteur de nommer un de ses personnages Vannina ♫ ah ah ah ah ♪ ah ah ah ah ♪

Durant les premières pages, j’avais Dave qui chantait sans cesse dans ma tête… Je n’ai rien contre, mais à la longue…

Sans oublier que l’auteur a nommé un des chiens pisteur « Jupiter » et moi, je voyais le mari de Brigitte, votre préz, courant avec la langue pendante… Non mais, un peu de sérieux, que diable !

Moi aussi je vais reprendre mon sérieux car ce roman n’est pas une comédie. Je dirais même plus que c’est un thriller assez efficace dans son déroulement car les temps morts ne sont jamais vraiment morts, mais instructifs à plus d’un titre. Assurément, on va se coucher moins bête.

Mon seul bémol (petit) sera tout de même pour cette Vannina Aquaviva, la capitaine de gendarmerie de Bonifacio, qui cumule des tas de qualités sportives, de combattante, de tête brûlée, de blessures profondes dans le cœur et l’âme, tout comme le commandant Marc Brunier qui est un flic qui abuse du pur malt et est bourré de traumatismes car il a vécu une chose horrible dans sa vie.

J’apprécierais de temps en temps d’être face à des flics normaux… Sans blessures profondes, traumatismes et autres. Je ne demande pas le flic lambda, celui qui n’a pas envie de bosser, ni de traverser la rue pour suivre les traces de sang qui commencent sur votre trottoir, mais bon, le juste milieu.

Sans compter qu’on en a un (Carlier, dit Pierre Richard) qui a tout du crétin qui n’a même pas su orthographier correctement le mot « gendarmerie » lorsqu’il a passé son examen d’entrée…

Stop, les pinailleries sont terminées car malgré mes réticences du départ face à ces personnages un peu trop mutilés par la vie, je suis vite entrée dans ce roman que j’avais pourtant regardé d’un œil torve avant de commencer, dubitative que j’étais.

Je précise bien « avant de commencer » car une fois les premières lignes entamées, j’étais dedans, dévorée par la curiosité et le plaisir de lecture.

C’est avec étonnement et moult questionnements que j’ai suivi l’enquête Corse (je n’ai pas pu résister) et que j’ai tenté de percer cette chape de brume qui me bouchait la vision. Qui avait tué ces gens de manière horrible ? Violente… Abjecte, barbare… Mystèèère.

L’auteur sait de quoi il cause, ça se voit, ça se sent, ça se lit… On est presque dans du détail scénaristique, pour une série, tant les détails foisonnent et sont clairs dans notre petite tête. Les scènes se jouent sous nos yeux et les acteurs prennent vie.

Plus on avance et plus on a l’impression que le mystère s’épaissi, que le fantastique vient de surgir dans notre lecture mais non, ce n’est que de la science… Serait-elle fiction, cette science ? Oui, un peu mais réaliste de par certains abords.

L’alternance entre le présent et le passé est plus que réussie. Rendez-vous compte que l’on commence en 36.000 ans avant J-C et qu’ensuite, on débarque en 2020, passant du passé au futur sans même que l’on souffre du jet lag.

Durant tout le roman, on refera des petits sauts dans le temps, côtoyant des personnages illustres (certains sont glaçants, tel Himmler) qui vont lever une partie du voile tout en l’opacifiant parce que faut pas croire que toute l’énigme va se foutre à poil d’un seul coup. Faut faire durer le plaisir et faire monter la pression.

La frontière entre la réalité, la science et la fiction est ténue et si on pourrait croire que bien des choses sont irréelles, la biographie finale jette tout de même un horrible doute… Oups, tout ne serait pas si fictif que ça, alors…

Régression est un roman qui fait avancer, qui fait réfléchir, car toutes les régressions ne sont pas si mauvaises que ça. Il y a régresser et régresser…

Et ici, nous ne parlons pas de personnes qui régressent dans le mauvais sens, un peu comme on en croise sur les réseaux sociaux (et ailleurs) et qui donnent l’impression de vouloir nous ramener à des époques où la liberté de paroles et de pensées était restrictive.

Un thriller scientifique que j’ai lu avec attention, concentrée que j’étais et qui met fin à ma série noire de lectures en demi-teintes de ces derniers jours. Un thriller qui n’a pas bâclé son final, ni son départ, ni son milieu…

— C’est cela qu’ils t’ont fait payer ! De les avoir placés devant leur ignorance, en les poussant toujours plus loin dans leurs contradictions. Un homme mérite-t-il de mourir pour cela ?

Mais lui en était convaincu : tous les hommes, malgré leurs différences, provenaient des mêmes ancêtres, qui avaient lentement évolué. Aucun ne pouvait être « singe » ou « inférieur » par essence. Les hommes avaient tous suivi leur chemin, s’adaptant à leur milieu, leurs contraintes. Les classer relevait de la mystification scientifique.

Pourtant, il fallait bien des arguments savants pour justifier la supériorité de l’homme blanc sur les « sous-hommes » des colonies… Pour les exploiter, les spolier… Lamarck était de plus en plus convaincu d’être instrumentalisé au profit des ambitions coloniales malsaines des monarques de la vieille Europe.

Considérer les indigènes comme des sauvages, voire des singes, leur ouvrait un boulevard : tout était permis, sans nul égard pour ces « sous-races ». Et les savants qui l’attestaient bénéficiaient de tous les honneurs, comme Cuvier le démontrait aisément.

En détruisant leurs forêts, comme en Amazonie, ou bien en les entraînant dans notre chute, en faisant monter le niveau des mers, au point d’immerger leurs îlots, ou bien en les asphyxiant, à cause de l’effet de serre et de la pollution globale. Sans les toucher, sans même tirer une seule balle, nous allions les éradiquer.
Nous n’étions que des Destructeurs.
Nous l’avions toujours été.
Mais nous venions de mettre au point l’arme ultime. Planétaire, insidieuse, bien plus puissante que cent mille bombes atomiques : l’arme atmosphérique et climatique.

— La comparaison est presque terminée. Pour votre information, dans notre génome, nous abritons tous entre un et quatre pour cent de gènes de Néandertal. Ce sont les conclusions auxquelles nous sommes parvenus en comparant des milliers d’ADN à celui de l’homme de Néandertal. Cela prouve que nous nous sommes croisés avec lui.

— Vous imaginez ? L’homme de Néandertal a survécu plus de quatre cent mille ans en Europe, et il s’est complètement éteint en trente mille ans seulement, après l’arrivée de Sapiens sur son territoire. Et c’est la même histoire pour tous les autres : Denisova, Florès, Luzonensis…

Une belle revanche pour cet homme dont la myopie ne cessait de s’aggraver [Himmler]. Parmi ses autres tares, il était petit et malingre. Il avait bien tenté de développer ses biceps, autrefois, mais n’y était jamais parvenu. Tout comme Hitler, il n’avait rien de l’étalon aryen si souvent glorifié dans ses discours criards.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°XX.

Fais-le pour maman : François-Xavier Dillard [LC avec Bianca]

Titre : Fais-le pour maman

Auteur : François-Xavier Dillard
Édition :

Résumé :
Au début des années 70, Sébastien, 7 ans, vit seul avec sa mère et sa sœur adolescente, Valérie. Leur mère arrive tant bien que mal à joindre les deux bouts, malgré ses deux emplois qui lui prennent tout son temps et toute son énergie.

Une dispute de trop avec sa fille qui dégénère, et c’est le drame familial. Valérie survivra à ses blessures mais la police ne croit pas à la version de la mère accusant son petit garçon d’avoir blessé sa soeur.

La mère prendra 5 ans de prison. Des années plus tard, et grâce à ses parents adoptifs, Sébastien mène une vie « normale », alors que sa sœur vit dans un institut spécialisé et que sa mère n’est jamais reparue après sa sortie de prison.

Sébastien est devenu un père et un médecin exemplaires. Jusqu’à de mystérieux décès d’enfants parmi ses patients et avec eux, le retour funeste des voix du passé…

Critique :
Le thriller psychologique n’est pas facile car on marche que la corde raide, devant jongler avec les bons ingrédients pour tenir le lecteur en haleine et lui donner les sueurs froides.

Dès le départ, j’ai été happée par le récit, assez violent, en actes et en paroles car cette violence se traduira aussi par un acte posé par une mère envers ses enfants et qui va les hanter toute leur vie. Glaçant, tout simplement.

Les séquelles seront dramatique et les victimes collatérales seront nombreuses suite à ces traumatismes. Tout ça pour des paroles bien choisies, faisant culpabiliser un enfant, lui mettant le coeur à vif. Le personnage de la soeur est froid, tyrannique, cynique, sadique.

Les chapitres sont courts, rythmés, choral aussi, ce qui donne un excellent résultat dans ce récit car les intervenants ne sont pas nombreux. Un bémol, cependant, car il m’a semblé que les passages concernant Léa, la fille de Stéphane, possédaient des phrases un peu trop matures pour une gamine de cet âge.

Anybref, tout allait bien dans le meilleur des mondes, même si on avait une propension assez dense à la page carrée de gens ayant souffert. Une fois de plus, on les avait tous réunis, mais jusque là, ça ne me posait pas de problèmes, j’étais à fond dans le récit, gonflée à bloc et sentant venir une bonne lecture commune.

Et puis, une fois de plus (je suis maudite, ou quoi ??), le final m’a douché à froid. Je le dis toujours, trop de violence annihile la violence et à un moment donné, on était tellement allé loin dans le déchaînement de violence que j’ai décroché. Trop is te veel (trop c’est trop).

Oserais-je dire que nous étions dans la surenchère ? Oui, j’ose. Sincèrement, je n’ai pas aimé le final, mais alors là, pas du tout. Et le dernier tacle de l’auteur (bien pensé) a été la goutte d’eau qui a fait déborder mon vase et là, j’ai soupiré de dépit, mes tripes se tordant devant cet épilogue que je n’ai pas vu venir, je l’avoue et si j’avais su, j’aurais arrêté la lecture avant.

Dommage, on partait bien et sur quelques pages, toutes mes bonnes impressions sont retombées comme un soufflé et le décrochage a été radical, brutal, sans retour possible. Les collègues Baléliottes l’ont mieux aimé que moi, en tout cas. Vous n’aurez peut-être pas de problème avec le final et je vous le souhaite.

Ma copinaute de LC, Bianca, avait eu fini le roman avant moi (une première qui mérite d’être souligné) et son impression était mitigée, elle n’avait pas aimé, alors que moi, à 85% de ma lecture, j’étais toujours dans des bonnes impressions de lecture.

Tout compte fait, je la rejoins… Nous ne serons pas en divergence pour notre LC. Vous avez son avis ici.

Carramba, encore raté ! Ces derniers temps, je cumule les lectures en demi-teintes, mais je ne m’en fais pas, d’autres viendront et je n’ai pas dit mon dernier mot avec cet auteur et j’ai tout de même envie de lire ses autres romans, des fois que mes impressions changeraient et que d’un dépit, vienne un coup de coeur.

Ici aussi, la cotation va être difficile parce que j’ai kiffé les 3/4 du roman, tout de même, mais un final dans lequel on décroche fait descendre tout le reste, un peu comme un repas où le pousse-café vous filerait des aigreurs d’estomac.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°78.

Joseph Laflamme – Tome 1 – Jack / La légende de Jack : Hervé Gagnon

Titre : Joseph Laflamme – Tome 1 – Jack / La légende de Jack

Auteur : Hervé Gagnon
Édition : Libre Expression (2014) / 10/18 (07/02/2019)

Résumé :
Montréal, août 1891. Par un matin de canicule, on découvre le corps horriblement mutilé d’une prostituée dans une rue du Red Light.

Ce meurtre est le premier d’une série comme jamais Montréal n’en a connu et qui ressemble à s’y méprendre aux assassinats commis par Jack l’Éventreur à Londres en 1888. Pourtant, étrangement, ni la police ni la presse ne s’y intéressent.

Seul Joseph Laflamme, journaliste du quotidien Le Canadien en mal de travail, fouille l’affaire malgré l’opposition des autorités et des mystérieux francs-maçons.

Un fou imite-t-il le célèbre tueur ou Jack l’Éventreur lui-même a-t-il traversé l’Atlantique pour mieux sévir à Montréal ?

Critique :
Deux personnages me font relever la tête, tel un chien qui vient de flairer la piste d’un gigot : Sherlock Holmes et Jack The Ripper.

L’un appartenant à la fiction et l’autre à la réalité. L’un redressant des torts, se trouvant du bon côté de la loi et l’autre un criminel. Cherchez pas à comprendre.

Donc, un roman intitulé « Jack » ne pouvait que me faire dresser la tête, même dans une fiction et ma PAL étant ce qu’elle est, ce roman y a pris la poussière.

Si on commence assez doucement dans l’histoire, c’est pour une bonne cause, il faut placer les décors, les protagonistes, les faire bouger devant nos yeux, faire en sorte que l’on s’y attache, que l’on se pose des questions, que l’on suppute, que l’on tremble un peu, que notre nez se plisse devant la barbarie des assassinats…

Joseph Laflamme m’a bien plu, sa frangine aussi. Ils sont humains, réalistes, tirent le diable par la queue et Joseph va vider la sienne chez une prostituée et en est amoureux. L’imbécile heureux qui pense qu’il va la sortir de ce milieu alors qu’il a du mal à joindre les deux bouts (si je puis me permettre) financièrement.

Joseph était le seul de ses clients avec lequel elle n’avait pas besoin de feindre le plaisir. La liqueur abondante qui lui coulait entre les cuisses avant qu’il la pénètre, les petits cris qui lui échappaient pendant l’acte et les morsures qu’elle lui plantait dans les épaules alors qu’il allait et venait avec une ferveur maladroite et attendrissante, la façon qu’elle avait de le retenir en elle après qu’il eut joui, tout cela était sincère. […] Quand il la prenait, mais aussi après, il ne la regardait jamais comme un vulgaire morceau de viande fraîche dans lequel il voulait vider au plus vite un sexe fébrile. Il la considérait comme une personne. Il la respectait autant qu’on pouvait respecter une putain. Avec lui, pendant une heure, elle avait le sentiment d’être une femme pure et propre.

À un moment donné, le roman est devenu addictif, on nageait en plein mystère, on avait des meurtres sordides, des flics qui ne faisaient pas leur boulot, un Joseph enquêtant lui-même, des personnages énigmatiques, l’ombre de ces pauvres francs-maçons sur qui planait encore les soupçons…

Bref, j’étais à fond dedans, bien plongée dans ce roman qui me décrivait si bien le Montréal de 18991, qui me donnait quelques atmosphères intéressantes, qui utilisaient des personnages qui me plaisait et qui ne donnait pas trop de révélations mais laissait planer un doute comme j’aime.

Certaines tirades des personnages piquaient juste où il le fallait, égratignant les financiers, les politiciens, le clergé.

— Évidemment, dans les institutions catholiques, ces ouvrages sont interdits, au point qu’ils ne sont même pas conservés à l’index. Il faut protéger l’âme des fidèles, tu comprends ? Et surtout, les curés veulent préserver le contrôle qu’ils exercent sur leurs ouailles. Imagine l’anarchie s’ils se mettaient à penser librement dans une loge !

Il n’avait quitté le pouvoir qu’entre 1873 et 1878, alors que les financiers du chemin de fer transcontinental avaient poussé un peu trop loin le financement du parti Tory en échange de contrats de construction et que la chose avait été éventée. Une maladroite erreur de parcours, rien de plus.

— Il m’a laissé entendre que Mgr Fabre n’aime pas du tout que notre journal publie des histoires de meurtres, maçonniques de surcroît. Il paraît que ça trouble les bons catholiques qui, c’est bien connu, ne doivent pas trop penser, puisque le clergé le fait pour eux.

Arrivé au final, à la révélation ultime du pourquoi des crimes, patatras, la cassage de gueule total car l’auteur n’a rien trouvé de mieux que nous ressortir une des théories à la con de Stephen Knight, celle que l’on retrouve dans le film « Meurtres par décret », à quelques détails près.

Non, pitié, pas cette théorie là que les ripperologues sont les premiers à dire qu’elle est à oublier puisque juridiquement impossible.

Ce genre d’accident (on va éviter de spolier, seuls les initiés comprendront) n’aurait jamais pu monter dessus ! La monarchie anglaise est rigide, guindée, olé-olé aussi, mais il y a des règles juridiques qui protègent et on n’y déroge pas. De plus, si la reine n’a pas consenti à la chose, alors quéquette, zéro droits !

De plus, étant donné que l’auteur inclus Martha Tabram, assassinée le 7 août 1888, cela nous donne un délai de trois longs mois pour éliminer ce qui doit être éliminé… Ça fait long, non ? Ça donne surtout le temps aux personnes misent dans le secret de foutre le camp, de se planquer et surtout, de se méfier.

J’avais déjà tiqué pour l’assassinat de Mary Jane Kelly qui, d’après le récit, semble se dérouler dans une chambre au premier étage, sur un couloir possédant plusieurs chambrées… Heu, nous sommes dans une fiction, certes, mais pourquoi changer la topologie des lieux ?

MJK avait une personne qui vivait au-dessus de chez elle (qui l’entendit chanter, même), mais sa porte donnait sur la rue, elle vivait au rez-de-chaussée (on entrait au N°13, Miller’s Court par un passage entre le 26 et le 27, Dorset Street) et la porte était fermée lorsque Thomas Bowyer fut envoyé chercher les loyers qu’elle devait à son proprio, John MacCarthy.

Le carreau était cassé et Thomas glissa un œil pour voir… Ce qu’il vit le fit sans doute blêmir puisqu’il alla chercher le proprio qui vint constater lui-même les dires du garçon.

Il posa l’oreille contre la porte et écouta longuement en retenant son souffle. Rien. Soit les autres chambreuses étaient en train de se livrer à leur négoce avec un client, soit elles se saoulaient dans un des tripots qui pullulaient dans le quartier, soit encore elles cuvaient leur vin ou reposaient leur corps malmené. Il tourna doucement la poignée et entrouvrit, les sens aux aguets. Toujours rien. Il coiffa son gibus, se glissa dehors et referma la porte sans bruit en prenant soin de ne pas la verrouiller. Le cadavre de miss Kelly devait être retrouvé ; on devait pouvoir entrer librement. D’un pas mesuré, il traversa le couloir sombre en silence, descendit jusqu’au rez-de-chaussée et sortit sans avoir croisé âme qui vive. Dehors, il faisait frisquet et un épais brouillard s’était formé, comme chaque nuit ou presque à cette époque de l’année.

N°13 Miller’s Court en 1888

Purée, c’est râlant ! Voilà un roman qui m’avait bien embarqué, qui me plaisait, malgré les libertés prises avec la disposition des lieux de chez MJK et bardaf, la catastrophe finale qui m’a fait gémir de douleur, de frustration car peu réaliste puisque juridiquement non avenue.

Nous sommes dans un roman, dans de la fiction, je l’admets, mais autant où je passerai les test ADN réalisés en 30 secondes par les Experts de tous poils (non réaliste), autant je coince sur l’irréalisme de cette théorie.

Et maintenant, les Romains vont s’empoigner car je suis face à une impasse pour la cotation du roman : il est bon, j’ai passé un bon moment mais l’explication finale a tout foutu en l’air. Mais elle sera une théorie tout à fait acceptable pour ceux ou celles qui n’ont pas ou peu de connaissance sur Jack The Ripper.

Comme je ne suis pas rancunière, fin du mois, je me ferai le tome 2 des enquêtes de Joseph Laflamme avec Jeremiah !

D’expérience, il connaissait les endroits et les recoins les plus sensibles de son corps et savait les titiller avec un doigté à nul autre pareil. L’adorable petit efféminé était ce qu’aucune femme ne serait jamais : la délicatesse avec un sexe d’homme. Jack avait fait appel à ses services par le passé même s’il coûtait cher, car chaque seconde de la torture qu’il savait si bien infliger valait son pesant d’or.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°76 et Challenge de l’épouvante Edition Autumn, Witches and Pumpkin chez Chronique Littéraire (Menu Terreur – Le crime était parfait – thriller).

 

Dites-leur que je suis un homme : Ernest J. Gaines

Titre : Dites-leur que je suis un homme

Auteur : Ernest J. Gaines
Édition : Liana Lévi Piccolo (2004)
Édition Originale : A lesson before dying 1993)
Traducteur : Michelle Herpe-Voslinsky

Résumé :
Dans les années quarante, en Louisiane, Jefferson, un jeune Noir démuni et ignorant, est accusé d’un crime qu’il n’a pas commis : l’assassinat d’un Blanc.

Au cours du procès, il est bafoué et traité comme un animal par son propre avocat commis d’office devant la cour et, pour finir, condamné à mort.

La marraine du jeune homme décide alors que ce dernier doit, par une mort digne, démentir ces propos méprisants.

Elle supplie l’instituteur, Grant Wiggins, de prendre en charge l’éducation de Jefferson. Le face à face entre les deux hommes, que seule unit la couleur de la peau, commence alors…

Critique :
En ouvrant ce roman, je me doutais qu’il était porteur d’émotions fortes mais je ne savais pas comment l’auteur allait dérouler son récit, donc, je me suis laissée porter et niveau émotions, j’ai eu mal ma gueule.

C’était couru d’avance avec un jeune homme Noir condamné à mort par un juge Blanc, par 12 jurés Blancs, arrêté par des policiers Blancs, défendu par un avocat Blanc qui l’a assimilé à un porc pour faire pencher la balance de son côté.

Mon dieu, à un porc… Violent.

Voilà à quoi est réduit Jefferson, ce jeune homme qui a eu le malheur, la malchance, de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. Les deux braqueurs ont été tués par l’épicier, l’épicier est mort, mais puisque se trouvait sur les lieux du crime un autre Noir, allez hop, à la chaise électrique.

Je ne spoile pas en disant qu’il se fait condamner, nous ne sommes pas dans le monde des Bisounours mais dans l’Amérique, fin des années 40. Ne nous leurrons pas ! Un Noir accusé d’avoir descendu un Blanc… Le contraire aurait été pardonné, par contre.

Lors de ma lecture, j’ai pensé au départ que l’instituteur Grant Wiggins, à qui la tante de Jefferson lui demande d’aller lui apprendre à marcher comme un Homme était un Blanc… Stupide fille que je suis ! On ne demanderait pas à un Blanc d’aider un Noir à marcher comme un Homme quand on l’a rabaissé au niveau d’un cochon. Oui, désolé, j’ai encore parfois des rêves impossibles.

L’auteur a su éviter le larmoyant et je le remercie. Certes, on a mal sa gueule sur la fin parce que l’on voit un innocent, un pauvre gosse de 21 ans, qui sait difficilement lire et écrire, s’avancer vers la faiseuse de veuves électrique. Enfin, non, on n’y assiste pas, mais on sait que…

Mais avant d’arriver à cette monstruosité, nous allons être immergé dans un quartier Noir, dans une petite ville du Sud des États-Unis où les Noirs ont beau avoir leur liberté, doivent tout de même s’incliner devant l’Homme Blanc tout puissant.

Oh, ce n’est pas un racisme méchant, c’est juste un état d’esprit chez ces gens Blancs. On leur expliquerait qu’ils ne comprendraient pas. On a toujours fait ainsi, nous diraient-ils. Ils ne pensent même pas mal en se comportant de la sorte.

Pour eux, un Noir doit être à peine éduqué, juste le minimum syndical (lire, écrire, mais un peu), répondre par des « oui monsieur » ou des « oui madame », bosser, fermer sa gueule et garder les yeux baissés.

Doit-on les blâmer ? Oui et non. Oui de nos jours, l’Histoire les blâmera et nous aussi, mais si nous avions vécu à cette époque et en ces lieux, comment nous serions-nous comporté ?? C’est l’éternelle question que je me pose : comment me serais-je comportée, moi ? Et vous ? Pas sûr que nous en sortions grandi.

Anybref, l’auteur a su comment nous faire passer le message, comment nous faire passer les émotions, comment nous faire passer la douleur des Noirs d’être en bas de l’échelle, dont les Blancs font souvent comme s’ils n’existaient pas, comme s’ils étaient des animaux, rien de plus. Les humiliations sont légions.

Il se dégage des émotions en tout genre de ce roman, l’auteur ne tombant jamais dans le manichéisme, nous montrant que la solidarité n’existe pas toujours chez les Noirs, qu’un instituteur peut ne pas avoir envie d’aller aider un gamin de 21 ans à se comporter comme un Homme devant les Blancs pour leur montrer qu’il est un humain et pas un porc.

La tâche sera ardue, Jefferson n’étant pas réceptif, Grant n’ayant pas très envie et le pasteur, lui, il veut sauver l’âme de Jefferson, le reste, ça ne le concerne pas.

On aura une belle bataille de regards noirs, de paroles retenues, entre Grant, le croyant non pratiquant et le pasteur, sans oublier les regard encore plus noirs de sa tante, grande pratiquante, elle.

Oui, l’auteur a su donner sa place aussi aux croyances des uns et des autres, à la religion qui prenait une place énorme chez certains, le tout sans blâmer l’un ou l’autre, sans donner raison à l’un ou l’autre, mais en insufflant les paroles qui fallait aux différents protagonistes.

Putain, c’est un beau roman, c’est fort, ça fait mal à sa gueule, c’est bien écrit, touchant, jamais larmoyant gratuitement et on se dit que fin des années 40, il y avait encore un sacré chemin à faire pour les Droits civiques des personnes Noires.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°71.

Jerry Spring – Tome 05 – La passe des indiens : Jijé

Titre : Jerry Spring – Tome 05 – La passe des indiens

Scénariste : Jijé
Dessinateur : Jijé

Édition : Dupuis (1957 / 1986)

Résumé :
Sur le territoire des Indiens Utes, une famille de pionniers est massacrée. Jerry Spring et Pancho découvrent les corps criblés de flèches et préviennent le shérif de la ville voisine.

Tous trois se rendent à la réserve indienne pour enquêter, mais le chef Long-Cri leur certifie que les Utes ont définitivement enterré la hache de guerre et que ses guerriers n’ont attaqué aucun visage pâle depuis des années.

Le shérif est sceptique, tout comme ses concitoyens qui souhaitent organiser des représailles et parlent de « casser de l’Indien » comme au bon vieux temps, avant la signature des traités et la création de la réserve.

Lorsqu’une nouvelle victime est découverte, blessée d’une flèche dans le dos, le shérif propose d’organiser une patrouille pour battre la campagne, à la recherche des assassins.

Critique :
Avant, lorsque tu passais la Passe des Indiens, tu y trépassais car ces derniers transformaient tout les Blancs en pelote d’épingles, mais avec des flèches au lieu d’épingles.

Ça fait beaucoup plus mal et bien souvent, ça tuait catégoriquement.

Mais c’est de l’histoire ancienne tout ça. Tout est pacifié, on a fumé le calumet de la paix et c’est terminé de flécher les colons.

Ah ben tiens, non… Apparemment, les Indiens ont ressorti les flèches et ce n’est pas pour vous indiquer le meilleure route à suivre, sauf si c’est celle du paradis…

Mais dites-moi, ça ne puerait pas un peu, cette histoire de gens criblés de flèches ?? N’y aurait-il pas, un jour, un sale moustachu qui aurait fait de même, habillant ses soldats allemands en soldats polonais pour attaquer des allemands ?

D’accord, c’était bien après ces événements, mais le truc est vieux comme le monde, toujours d’actualité et il a beau avoir de la barbe tant il est éculé, ça marche toujours, les gens étant prompt à sauter sur l’occasion de casser de l’Indien en guise de vengeance, ou juste pour le plaisir d’en casser.

EDIT : vous pouvez remplacer le mot « Indien » par celui d’un autre peuple, religion, gens du voyage… ça marche à tous les coups.

Au moment où j’écrivais cette phrase, les Poppies se sont mis à chanter dans ma tête que ♫ Non, non, rien n’a changé, tout, tout à continué, héhé ♪

À défaut d’Amérindiens, de nos jours, on s’attaque à d’autres, comme je vous le disais plus haut (il faut enfoncer le clou pour ceux qui n’auraient pas compris ou ne voudrait pas comprendre qu’on se fait encore berner à l’heure actuelle).

Dormez-en paix, braves gens, Jerry Spring est là pour résoudre cette affaire et fesser les vilains Méchants, même si sa tâche ne sera pas facile, toute la ville ayant envie d’aller tirer sur des Indiens comme d’autres iraient tirer aux pigeons d’argile.

Le scénario nous plonge dans le racisme primaire, dans la peur des autres, plus précisément, de l’autre et l’auteur ne tombe pas dans le piège de ne mettre les échauffés du cerveau uniquement chez les Blancs car les jeunes guerriers de Long-Cri veulent aussi venger leur honneur et ne pas se laisser faire une fois de plus.

L’auteur en profite aussi pour quelques tacles assassins sur les traités jamais respectés par l’Homme Blanc, par le fait qu’il laisse crever les Indiens de faim sur leurs réserves et que ces derniers ne peuvent même plus chasser pour subvenir à leurs besoins.

Jerry Spring, tel un Sherlock Holmes juché sur son cheval, va démêler ce sac de nœud, faire face à des lâches qui attaquent dans le dos (des deux côtés), de ceux qui ont le cerveau bouillonnant et  une multitude de personnes qui ont envie d’en découdre avec ceux d’en face.

Un scénario avec de la recherche, de la profondeur et un Sancho Watson très perspicace et observateur.

Un bon tome que celui-ci.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°65, Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

Sonora – Tome 2 – Lola Montez : Jean-Pierre Pécau & Benoît Dellac

Titre : Sonora – Tome 2 – Lola Montez

Scénariste : Jean-Pierre Pécau
Dessinateur : Benoît Dellac

Édition : Delcourt Néopolis (31/01/2018)

Résumé :
Après l’assassinat d’un mineur chilien, le général de Freney pousse les mineurs à se débarrasser des Hounds et rétablir enfin la sécurité dans les placers. Mais son but est ailleurs et il est vraiment prêt à tout pour arriver à ses fins.

Devenu Alcade, et toujours assoiffé de vengeance, Max va devoir naviguer à vue entre ses intérêts et ceux de son employeur, sa vengeance… et ce que lui dictera son coeur.

Critique :
L’Histoire est un éternel recommencement et ceux qui fustigeaient les comportements des uns, s’empressent toujours de faire comme ceux qu’ils vilipendaient avant de les chasser. Un clou chasse l’autre et notre Maximilien Bonnot a tout du marteau.

1850. Nos mineurs français grognent, la Californie vient d’être nommée 31ème états des États-Unis et le mot « impôt » les fait grimper au mur.

Pourtant, ces gens creusent sur une terre qui n’est pas la leur et n’apprécieraient qu’on vienne creuser dans leur jardin… Mais ce qu’on aime pas que l’on fasse chez nous, on le fait chez les autres.

La politique et toujours la politique, c’est le maître mot de cet album, avec l’élite au pouvoir et les damnés de la terre qui, tout comme Tuco dans « Le bon, la brute et le truand », creusent car c’est une élite qui a le pouvoir (et des revolvers chargés).

N’oublions pas, dans ce tableau qui n’a rien de socialiste, la vengeance que Max (Maximilien Bonnot) voudrait assouvir sur l’homme qui lui  a fait vivre l’enfer durant la révolution française de 1848. Il connait son nom, mais pas sa gueule et un nom, ça se change.

Heureusement que la belle Lola n’a pas que des charmes de chair mais aussi un petit talent d’enquêtrice… Elle va lui trouver, le nouveau nom.

Dans ce deuxième et avant-dernier album, tout le monde évolue : Tortillard devient un porte-flingue fou, sans pitié, loin du gamin sages des premières pages, Lola nous montre ses charmes (oups, elle ne change pas), Max se rend compte que ceux qui ont chassé les Hounds qui faisaient vivre l’enfer aux placers, sont devenus comme eux, le général de Freney a des encore plus hautes ambitions qu’avant et les mineurs français pensent qu’après avoir foutu la raclée aux soldats américains, ceux-ci n’y reviendront plus.

Les dessins sont toujours dans les tons chauds, bien esquissés, sauf parfois les têtes des chevaux, on évolue dans le scénario, on change aussi de place puisque nos amis vont quitter la Californie pour le Sonora et la politique fait une entrée tonitruante dans le récit. Elle n’est jamais bien loin, elle.

On a du rythme, de l’action, de la violence, de l’Histoire, des gens qui rêvaient d’un monde meilleur, d’un monde plus juste et qui ont trouvé pire que ce qu’ils ont quitté en France.

La fameux Monde Libre n’est pas aussi libre qu’on le pense… D’ailleurs, il est né sur des vols, des spoliations, des massacres, des guerres et ses nouveaux habitants ne sont jamais que des Hommes qui ont quitté leurs pays respectifs, de gré ou forcé (Europe, Asie, Afrique).

Au final, que l’on soit miséreux aux States ou en France, on se fait toujours exploiter par les autres, ceux d’en haut et ce sont toujours les petits qui pâtissent en cas de coups durs, pas le puissant en haut de son trône, caché derrière ses sbires qui ont tout d’assassins patentés.

On veut la Liberté pour soi, pas pour les autres, en ce qui concerne l’Égalité, si on n’est pas dans les Hauts du Tiroir, on la revendique, mais si on est en Haut, l’Égalité, on s’en branle…

Pour la Fraternité, on repassera car si on veut être accueilli correctement ailleurs, nous sommes de piètres hébergeurs, tout le contraire de Nausicaa, celle qui vêtit et nourri le naufragé que fut Ulysse.

Un très bon tome que j’avais lu début d’année mais pas encore chroniqué. Le relire m’a fait du bien, cela permet toujours de se remettre les faits en place et quand la bédé est bonne, pourquoi s’en priver ?

Dommage que le tome 3 clôtura la série car il y avait encore moyen d’aller plus loin, d’explorer plus le coeur des gens, leurs rêves, leurs utopies, leurs idéalismes et de nous montrer que tout cela, c’est du vent et que les politiciens feront vite retomber le soufflé de l’espoir.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°62, Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

Les Fugitifs de l’Alder Gulch : Ernest Haycox

Titre : Les Fugitifs de l’Alder Gulch

Auteur : Ernest Haycox
Édition : Actes Sud L’Ouest, le vrai (02/06/2016)
Édition Originale : Alder Gulch (1942)
Traducteur :

Résumé :
Au milieu des années 1800, un couple improbable s’enfuit pour rejoindre le nouvel eldorado de la vallée de l’Alder Gulch, dans le Montana, où des milliers de chercheurs d’or s’aventurent pour faire fortune.

Jeff Pierce est traqué par le frère de l’homme qu’il a tué. Sa compagne de route, Diana Castle, cherche à échapper à un mariage arrangé. Quel avenir y aura-t-il pour eux dans cet Ouest sauvage où la loi est piétinée ?

Avec ce portrait d’une communauté d’orpailleurs dans les contrées les plus sauvages du Montana (l’endroit est historique : l’Alder Gulch et Virginia City ont véritablement existé), Haycox déploie à merveille son art romanesque et sa connaissance de la nature humaine.

Son roman est nourri de cette authenticité lyrique qu’on lui connaît depuis Des clairons dans l’après-midi (Actes Sud, 2013) et Le Passage du canyon (Actes Sud, 2015).

Critique :
Bienvenue dans la communauté des orpailleurs, dans le Montana. Ici, l’or est là, il suffit de se pencher pour le prendre.

Bon, faudra creuser tout de même et tamiser avant de trouver des pépites que vous irez dépenser au saloon du coin, vous encanaillant avec les prostituées, dépensant vos pépètes au poker avant de retourner tamiser la terre afin de vous refaire.

Le cercle vicieux.

Mais si vous gardez toutes vos pépites, tel un écureuil, lorsque vous mettrez les voiles, attendez-vous à ce que les bandits du coin vous les chipe et ne laisse votre cadavre pourrir sur le sol.

La communauté des orpailleurs, je l’avais suivie dans des bédés, mais pas vraiment dans un roman (ou alors, ma mémoire me fait défaut, ce qui serait normal, vu tout ce que je lis et tout ce que j’ai déjà lu).

Tous les ingrédients d’un bon western sont réunis, même si nous commençons l’aventure sur le pont d’un navire que nous quitterons bientôt à la nage. Ensuite, ce sera la fuite avec une jolie fille qui fuit sa famille et l’arrivée dans une citée de chercheurs d’or, avec tout ce que ça comporte comme dangers.

Jeff Pierce est celui qui s’est enfui du bateau où il n’avait pas souhaité monter et Diana Castle est celle qui l’aidera à fuir, profitant de lui pour fuir aussi sans attirer l’attention, car il est plus facile pour un couple de passe inaperçu que pour un fugitif et une femme seule de voyager.

Direction l’Alder Gulch et Virginia City. Une ville champignon qui a poussé après une ruée vers l’or, ça attise bien des convoitises et tout ce que le pays comptait de méchants s’est réuni dans une bande qui fait la loi et dont personne n’ose contrecarrer les mauvaises actions.

Une fois de plus, comme dans les Lucky Luke, on a une foule qui en a marre des meurtres, qui voudrait un peu plus de sécurité, qui souhaiterait que l’on mette fin aux exactions des bandits, mais qui n’est pas soudée, qui a besoin d’un meneur et d’une goutte d’eau pour faire déborder le vase.

Nous sommes face à des gens qui ont peur, qui voudraient que cela s’arrête mais ne savent pas comment faire, n’osent pas le faire, sans oublier qu’ils ont peur des représailles et sont limite fleur bleue car ils ont hurlé pour qu’on ne pende pas certains des assassins car ils s’étaient laissé attendrir.

Ce sont des pleutres et ils ne diffèrent pas vraiment de nous, qui, à notre époque, avons encore les mêmes peurs face à des racketteurs, des dealers, des gangs, des petits merdeux de gamins,…

L’auteur nous décrit avec détail la vie dans une ville qui ne vit que grâce aux chercheurs d’or, décrivant les privations, le dur labeur, les conditions météo hostiles, l’éloignement, la solitude, la peur de l’autre et l’individualisme car ici, tout le monde veille jalousement sur sa matière jaune et espère qu’un autre fera le ménage à sa place.

On pourrait résumer le livre par deux mots : authenticité et réalisme. L’action n’est pas toujours présente, Haycox prenant le temps à un moment donné de nous faire vivre ce qui pouvait se passer dans ce genre de ville, nous présentant différents personnages secondaires qui, contrairement aux hors-la-loi, seront moins étiqueté « irrécupérables ».

Si les bandits sont tous catalogués dans les Méchants, l’un d’entre eux se distinguera par son côté jovial et amitieux, le genre de personne que l’on voudrait pour ami et qu’on n’hésiterait pas à tenter de sauver s’il passait du côté obscur de la Force.

Mêmes notre Pierce n’est pas tout blanc, mais au moins, il est honnête. Et dans le milieu des orpailleurs, un honnête homme, ça a de l’importance. C’est même en voie de disparition. Un bien rare étant cher, un homme honnête, c’est cher.

Ce western qui a tout du Roman Noir possède des émotions, de l’action, du suspense, du mystère, de la justice, qui peut faire défaut ou être expéditive, et des hommes prêts à tout pour s’enrichir. Des hommes qui doivent survivre face à une Nature hostile et un climat peut propice au bikini en hiver, sans compter qu’il faut faire face à l’envie, la jalousie, le vol.

Un western où la sauvagerie des lieux déteint sur les Hommes mais où brille un espoir, tout de même, celui de voir les gens se serrer les coudes pour faire face à ceux qui se pensaient tout puissant et à l’abri de tout danger.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°58, Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

Jerry Spring – Tome 07 – Le ranch de la malchance : Jijé

Titre : Jerry Spring – Tome 07 – Le ranch de la malchance

Scénariste : Jijé
Dessinateur : Jijé

Édition : Dupuis (1959 / 1985)

Résumé :
Trois histoires dans cet album :
1. LE RANCH DE LA MALCHANCE : Jerry et Pancho sauvent la passagère d’une diligence attaquée par des bandits.

L’un de ces derniers, blessé, est abattu par un de ses acolytes. La jeune dame –Jane Ellis- arrive de Boston pour reprendre le ranch de son oncle décédé.

La propriété semble fortement intéresser un voisin : Tom Halley.

2. ENQUÊTE À SAN JUAN : Un vieux bâtiment, la nuit, où Jerry a décidé de prendre du repos. Du repos ?..

Il parvient à sauver un homme qui va être lynché par quelques cow-boys qui l’accusent d’un meurtre. L’homme s’enfuit. Le lendemain, Jerry rencontre le shérif des lieux et le met au courant.

3. LE TESTAMENT DE L’ONCLE TOM : Jerry et Pancho découvrent le cadavre d’un indien Navajo. Ce dernier, curieusement loin de son territoire, a été abattu dans le dos. Un morceau d’un pli est retrouvé. Cet indice amène nos amis à Yaqui-Town, chez un certain Mansfield.

Critique :
Jerry Spring est un vieux pote de chevauchée, toute petite déjà, je rêvais de posséder un cheval comme le sien : vif, rapide, intelligent, obéissant, bref, un cheval de cirque au service de son maître.

C’est dans les anciens Spirou de mon père que j’ai découvert cet autre redresseur de torts de l’Ouest qui ne fera jamais d’ombre à Lucky Luke car ici, on a moins d’humour (l’humour est différent).

Niveaux dessins, ceux de Jijé sont plus réalistes que ceux de Morris et pas de gros nez dans cette série, mais bien souvent des personnages aux traits qui se ressemblent, comme ici un régisseur de ranch et le conducteur de la diligence.

Je vous le dis de suite, ce n’est pas le meilleur de la série ! La première investigation va très vite, trop vite même et aurait mérité plus que 16 pages de traitement car « la rapidité nuit à l’efficacité » (vous la ressortirez pour ce que vous voulez, cette citation offerte avec cette chronique).

La seconde aventure a plus d’une enquête, mais elle sera, elle aussi, assez rapide, Jerry Spring ayant sans doute regardé « Il était une fois dans l’Ouest » et compris pourquoi Reiner voulait tant acheter les ranchs des environs, à n’importe quel prix, mais celui de la mort pour qui refusait.

Quant à la dernière, qui met en scène Pancho pour une piste à remonter, elle est tellement courte qu’on se demande s’il ne manque pas des pages ! Limite si on ne nous livre pas l’explication finale en vitesse, parce qu’on va se trouver à court de cases et que on est dans un album de 46 pages.

Franchement, Jerry Spring a beau être bourré de bons sentiments (les gentils triomphent des méchants), se terminer toujours bien pour nos héros (même si Pancho, dans les autres albums, est toujours victime du racisme envers les mexicains), là, on est face à des scénarios faiblards de chez faiblards.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°47, Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.