Nains – Tome 18 – Ararun du Temple : Nicolas Jarry et Paolo Deplano

Titre : Nains – Tome 18 – Ararun du Temple

Scénariste : Nicolas Jarry
Dessinateur : Paolo Deplano

Édition : Soleil (26/08/2020)

Résumé :
La cité d’Ysparh est rongée par la corruption. Elle ne tient que grâce à la détermination de sa garde à maintenir l’ordre et l’équité.

Le nain Ararun et l’elfe bleue Antalya en sont les redoutés capitaines, l’un pour la finesse de son esprit, l’autre pour le fil de son épée et les deux pour leur obstination légendaire.

Alors, quand l’un des princes est assassiné avant des élections, ils sont les seuls capables de démêler cette affaire.

Critique :
Sherlock Holmes et Watson en version badass ! Et aussi en version Nain et Elfe, mais ceci est un détail…

Oups, pardon, dans ce cas de figure-ci, Watson, l’Elfe, est une femme…

Mais croyez-vous, faut pas essayer de la lui faire à l’envers ou la sous-estimer, car il vous en cuira…

N’essayez pas non plus de sous-estimer Ararun Sherlock Holmes, le nain, son tranchoir vous coupera en deux.

Nos deux enquêteurs qui bossent dans la garde de la cité d’Ysparh sont appelés pour un crime qui semble avoir eu lieu en chambre close : fenêtres fermées, grande hauteur, sortilèges de protection. L’homme était en politique et se présentait aux élections pour devenir le dirigeant de la cité.

Qui a fait le coup et comment ? Le colonel Moutarde semble innocent et il va falloir interroger tous les malfrats de la ville pour savoir où se cache l’assassin avec lequel notre Ararun Holmes a croisé le fer.

Plus qu’une enquête, c’est aussi une plongée dans la politique et ses magouilles, dans ce que l’Elfe a de plus sombre : son côté obscur. Dans tous les sens du terme.

— Je suis un courtard de terrain, Seigneur Mestre. Si je me lève chaque matin, c’est pas pour administrer les chamailleries entre puissants, c’est pour rendre la justice.

Nos deux incorruptibles forment un duo comique, sans pour autant nous donner des éclats de rire, mais leurs réparties sont amusantes et on les sent complices depuis leur rencontre inopinée quelques années plus tôt.

Les dessins sont un régal pour les yeux, les décors sont remplis de finesse et le scénario n’est pas resté aux abonnés absents car le scénariste a fait ce qu’il fallait pour nous proposer une enquête aux rebondissements multiples, avec de l’action, de la baston, une touche d’humour mais aussi de mélancolie.

Nos deux personnages principaux sont travaillés, nous n’en sauront pas plus pour le moment mais ce qu’il nous est donné est suffisant pour nous faire une idée et s’en faire des amis durablement.

D’ailleurs, je ne suis pas contre une nouvelle aventure de nos deux compères car il y a de la profondeur dans cette bédé et ceux ou celles qui disent que les bédés sont pour les enfants ou sont sans intérêt, passé un certain âge (celui de 12 ans), et bien, ils se fourrent le doigt dans le nez jusqu’au cul !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°126].

 

Le mystère de la main rouge – Le Loup des Cordeliers 02 : Henri Loevenbruck [LC avec Bianca]

Titre : Le mystère de la main rouge – Le Loup des Cordeliers 02

Auteur : Henri Loevenbruck
Édition : Xo Editions (22/10/2020)

Résumé :
Juillet 1789.

La Bastille vient de tomber. Danton, Desmoulins et Robespierre entrent dans l’Histoire. Au milieu du tumulte, le jeune et brillant journaliste Gabriel Joly a découvert l’identité du Loup des Cordeliers, ce mystérieux justicier qui hante, la nuit, les rues de Paris. Mais alors qu’il est sur le point de le confondre, voilà que celui-ci disparaît !

La course-poursuite s’engage, menant Gabriel jusque dans les maquis de l’île de Corse, sur les traces de la Main rouge, étrange société secrète dont les membres tentent d’influer sur la Révolution en cours.

Accompagné du pirate Récif et de l’intrépide Théroigne de Méricourt, Gabriel parviendra-t-il à retrouver le Loup des Cordeliers et à découvrir ses plus noirs secrets ?

Entre complots et trahisons, il devra faire usage de sa plus grande sagacité pour résoudre l’énigme de la Main rouge.

Critique :
C’est avec les souvenirs encore chauds que j’ai commencé à dévorer la suite du Loup Des Cordeliers puisque j’avais lu le premier opus début octobre.

Ce deuxième tome est différent du premier, même si l’auteur continue l’Histoire avec les mêmes personnages (et quelques nouveaux) et que nous sommes toujours durant la Révolution de 1789.

Le premier était punchy à fond, je dirais même plus, il était « Green, green, green », même « super green », pour paraphraser Ruby Rhod (5ème élément).

Attention, je ne dis pas que ce nouvel opus est nul ou ennuyeux, loin de là, il est juste différent et il punch moins que le premier, mais tout aussi instructif et nous avons beau nous situer après la prise de la Bastille, ça reste toujours chaud chaud dans les rues où les lanternes servent plus à pendre haut et court qu’à éclairer les cerveaux.

La théorie de l’évolution est peut-être vraie pour le corps humain mais pas pour son cerveau, sa manière d’agir, de réfléchir, de ne pas se laisser manipuler…

Emporté par la foule, les têtes roulent et se retrouvent sur des piques, après que des Trolls aient agités et excités les esprits déjà en surchauffe et assoiffés de vengeance (et de sang) sur les sites Internet de l’époque : DansLaRue et SurLaPlacePublique. ♫ Non, non, rien n’a changé ♪ On continue de lyncher ♪ Hé, hé ♪

Les personnages clés sont toujours bien travaillés, je les adore et les personnages fictifs côtoient toujours les personnages réels comme si tous étaient de notre monde. La partie Historique est inséré dans l’histoire normale et je n’ai pas eu l’impression que le cours était assommant, que du contraire, j’ai aimé apprendre, en immersion totale, comme si je vivais en direct la Révolution Française (et sans danger).

La société secrète de La Main Rouge ajoutera une petite touche d’ésotérisme, sans que jamais cela ne vire à du Dan Brown. L’auteur s’est documenté et ça se sent dans son récit, lui donnant la couleur du réalisme, ce qui ajoute du plaisir à la lecture.

Alors même s’il était moins punchy que le premier, même s’il est un peu moins « green, super green », il n’en reste pas moins un excellent roman Historique, un polar addictif, instructif, qui nous permet de vivre la Révolution de 1789 comme si nous y étions (le risque de perdre la tête en moins) aux côtés de personnages ô combien attachants, travaillés, réalistes, même les fictifs.

N’hésitez pas à venir à l’abordage de cette saga et d’embarquer pour un voyage fabuleux dans le Paris et la France de 1789. Le seul Récif de ce roman est un personnage et il est l’homme qu’on a envie d’avoir à ses côtés pour cette aventure de capes et d’épées qui fait mouche !

Une LC avec Bianca réussie, une fois de plus car nous avons toutes deux apprécié l’aventure. Juste que n’étant pas à la maison le dimanche, je n’ai pas vu son MP qui me disait : publication demain. Autrement dit, lundi… Voici l’origine du décalage de publication.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°125].

Sherlock Holmes et le pont du diable : Christine Muller

Titre : Sherlock Holmes et le pont du diable

Auteur : Christine Muller
Édition : Le Verger – Les enquêtes rhénanes (17/05/2019)

Résumé :
Hiver 1899. Sherlock Holmes et le docteur Watson reçoivent un appel au secours à Saverne, en Alsace, dans les ruines du château du Haut-Barr, un frère et une sœur sont morts tous les deux, à quinze jours d’intervalle, et de la même étonnante manière : ils sont tombés de la passerelle qui relie deux rochers dans la haute ruine, qu’on appelle le pont du diable.

Une mystérieuse lettre anonyme affirme qu’ils ont été assassinés. Holmes et Watson ne sont pas au bout de leurs surprises.

Leur enquête dans la cité alsacienne va les amener à croiser un mystérieux chevalier d’opérette, un séducteur invétéré, un aubergiste plein de ressources, un cordonnier irascible, un industriel, une couturière…

Les intrigues se multiplient à l’ombre du pont du diable pour la plus grande joie du détective, qui prend un évident plaisir à les démêler.

Critique :
Ce n’est pas la première fois que je le lis les aventures de Sherlock Holmes en Alsace et je dois dire que j’apprécie la région vue aux travers des enquêtes de mon détective préféré, même si je préférerai toujours Londres comme théâtre de ses exploits.

Ce n’est pas la première fois que je lis l’auteure, j’avais même discutée avec elle sur le forum de Jeremy Brett dont elle faisait partie.

Ce deuxième tome n’est pas composé de nouvelles mais d’une enquête longue de 200 pages et il n’en faut pas plus pour Holmes plus adapté au format des nouvelles que du roman. Mais dans ce cas-ci, ce n’est ni trop ni trop peu.

Pas vraiment de temps mort, même si vous le savez, Holmes ne cavale pas comme un imbécile un peu partout ni à la Jack Bauer de 24h chrono.

Holmes enquête avec minutie, prend son temps, sans trop en perdre et si nous pataugeons dans tout ça comme ce brave Watson, ne voyant rien ou débridant un peu trop son imagination, notre limier se gardera bien de nous donner des indications, ou alors, elles seront vagues.

Bien entendu, une fois tout expliqué, la lumière se fera dans nos petits esprits et on se dira que tout compte fait, c’est simple. Nous sommes mauvaises foi, nous, les pauvres Watson qui n’avons rien vu venir !

Les dialogues ne sont pas neuneus, ils ont du peps, Holmes a de la répartie, s’inquiète pour Watson lorsque celui-ci est blessé au genou (la pommade du médecin locale est miraculeuse car il se remet vite, j’en veux un pot !!) et contrairement au précédent opus, on parle moins du maroquin contenant le seringue et la fameuse solution de cocaïne.

Par contre, le style de l’auteure n’a pas changé, elle utilise des comparaisons et l’une d’entre elle m’a fait penser à du Frédéric Dard dans le texte (ou du moins, le père de San-Antonio ne l’aurait pas reniée). Cela ajoute de l’humour mais à la fin, ces comparaisons pourraient devenir lourdes…

Il écrasa ensuite sa cigarette dans une coupelle en fer blanc posée sur un guéridon instable d’une laideur à décourager un usurier.

Elle s’empara de ma flasque de spiritueux et y téta avec une voracité de nourrisson affamé.

Malgré mes petits bémols, ce polar historique est bien construit, a du suspense, du mystère et jusqu’au bout je n’ai pas eu l’ombre d’un soupçon quant à la résolution, ce qui montre que je suis loin d’être une disciple valable pour le Maître.

C’est plaisant de lire une nouvelle enquête de Sherlock Holmes, accompagné de son fidèle Watson, dans un récit qui n’a rien de fantastique et dépourvus de monstres.

Bref, une enquête classique, plaisante, amusante, qui ne révolutionne pas le roman policier mais qui a réussi tout de même à me surprendre puisque je n’avais rien vu venir.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°122].

L’île du Diable – Inspectrice Sarah Geringën 03 : Nicolas Beuglet

Titre : L’île du Diable – Inspectrice Sarah Geringën 03

Auteur : Nicolas Beuglet
Édition : XO Thriller (19/09/2020) / Pocket Thriller (03/09/2020)

Résumé :
Où, après l’affaire du Vatican qui l’a menée en prison, Sarah Geringën, l’inspectrice norvégienne, ancienne des forces spéciales, se retrouve confrontée à un meurtre qui va l’ébranler au plus profond de son être, réveillant la douleur d’un passé aux multiples zones d’ombre.

Critique :
Sarah Geringën est de retour en mode warrior.

À peine sortie de prison où elle était détenue alors qu’innocente, notre inspectrice pas tout à fait réintégrée dans la police doit enquêter sur un meurtre horriblement dégueulasse, le tout en stoemelings (prononcer stoumelinnks), comme on dit à Bruxelles (en cachette).

Pas le temps de s’arrêter pour boire un café, lorsqu’on plonge dans ce roman mettant en scène notre inspectrice toujours aussi pressée et qui voudrait avoir les résultats avant de les demander, qui ne laisse pas toujours les autre s’exprimer, qui est têtue comme une mule et qui commençait à me courir sur le haricot avec son sentiment de culpabilité dont elle n’avait aucun souvenir.

Le problème avec les roman qui pulsent et qui ne font que 300 pages, c’est qu’ils laissent peu de place pour le développement des nouveaux personnages introduits dans ce dernier opus de la trilogie.

De plus, après un an d’emprisonnement, Sarah Geringën n’a aucun soucis à revenir dans la vie civile, comme si cette peine de prison, alors qu’elle était innocente, ne lui a pas porté préjudice. Soit elle est très forte, soit elle cache toujours bien son jeu, comme elle le fait souvent.

Après une enquête menée à toute vitesse, sans temps mort, après toutes les baffes que l’on se prend dans la gueule, l’auteur revient à du plus calme sur la fin, afin de reposer son lecteur, le mettre en confiance, juste avant de lui refoutre une claque magistrale.

Dans ce roman, des claques, j’en ai prise quelques unes ! Je vais porter plainte, tiens, parce que je me suis encore faite avoir et que j’ai rien vu. J’en ai pris aussi dans les références à la fin du roman : moi qui pensais avoir pris des claques avec de la fiction et bien non, les claques étaient véridiques.

Si le précédent opus, Complot, développait des thématiques très fortes, celui-ci s’en éloigne sans toutefois se contenter d’un crime banal ou de thématiques sans forces. Ce qui est soulevé dans ce roman est costaud, à la limite de la nausée et le pire, c’est que c’est vrai et que nous n’en savions rien.

Par contre, si le final est un peu plus calme, il me reste toujours des questions sans réponses, notamment sur le financement de la base, sur l’engagement du personnel et sur ce qu’il advient de cette base perdue après tout ça : elle est toujours là ou pas ? Bref, quelques pages d’explications en plus n’auraient pas été du luxe.

Malgré mes quelques petits bémols, ce thriller reste addictif et il est difficile de le lâcher tant l’auteur réussi à captiver son lecteur dès les premières lignes. Dans ce thriller, il y a des émotions, de la profondeur, de la nausée pour certains faits Historiques, de la science sans conscience, de la folie humaine, le tout mis en scène d’une manière précise, le tout taillé au scalpel pour éviter le superflu.

Un peu de superflu aurait été intéressant afin d’étoffer un peu certains portraits, certaines situations, certaines théories et avoir le fin mot de l’histoire.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°120].

Sous le parapluie d’Adélaïde : Romain Puértolas

Titre : Sous le parapluie d’Adélaïde

Auteur : Romain Puértolas
Édition : Albin Michel (30/09/2020)

Résumé :
Le matin du 25 décembre, alors que le spectacle de Noël bat son plein sur la place de la ville de M, Rose Rivières, une jeune femme, est assassinée au beau milieu de la foule.

Le comble est que sur les cinq cents personnes présentes, aucune n’a vu ni entendu quoi que ce soit. Sauf peut-être, cet insolite témoin, abrité sous le parapluie d’Adélaïde…

Romain Puertolas est décidément un maître des coups de théâtre. De fausse piste en rebondissement, tel un Sherlock Holmes, il poursuit une enquête littéraire qui vous mènera là où vous ne vous y attendiez pas !

Critique :
J’avais dit, après le premier opus (La police des fleurs, des arbres et des forêts), qu’on ne m’y reprendrais plus car j’avais trouvé le truc dès le départ : la faute au quatrième de couverture trop bavard.

Mais après la lecture du dernier Marc Levy, j’avais envie de fraîcheur, de simplicité et de tester ma sagacité légendaire (on ne rigole pas).

Ma sagacité a une fois de plus parlé et j’ai senti l’oignon dans le pâté (pour rester polie), sauf que cette fois-ci, cela n’a pas gâché ma lecture.

L’immersion dans les années 20 dépourvues de moyens techniques était une vraie bouffée d’oxygène après un techno thriller et je me suis attachée à cette avocate commise d’office.

Déjà, dans les années 20, être avocate, c’était rare mais en plus, Martine Moinard est une battante, une Sherlock Holmes qui ne renonce jamais et qui enquête afin de prouver l’innocence de son client.

Ce roman policier se lit tout seul, les pages se tournent, sous nos yeux appréciateurs car la plume de l’auteur nous gratifie de quelques touches d’humour de-ci de-là tout en nous contant la vie difficile dans les campagnes en 1920.

Pour être parfaitement honnête, un indice m’avait mis la puce à l’oreille et j’avais mon coupable mais je n’arrivais pas à trouver la totalité du modus operandi. Il me manquait un détail et mon cerveau ne le trouvait pas. Bon sang, mais c’est bien sûr ! Ma sagacité en a pris un coup car c’était simple tout en étant bien fichu. La mère Agatha aurait apprécié sans doute.

Par contre, moi qui voulait un peu de douceur dans ce monde de brutes et qui pensait ricaner un bon coup comme dans le premier, j’en ai été pour mes frais car certains passages sont émouvants, tristes et nous remette les idées en place : il y a 100 ans à peine, les conditions et les droits des femmes étaient inexistants et elles étaient à la merci de leurs époux. Toujours de nos jours, pour certaines.

Non, ce n’est pas qu’un agréable petit roman policier qui fait passer le temps, il y a aussi des messages et le final est tout sauf drôle. C’est touchant, émouvant, triste.

Mon seul bémol ira pour une action que notre avocate battante n’a pas tentée, après l’affaire du compartiment de train… Là, elle m’a déçue car il y avait matière à déposer une plainte et ne pas rester les bras ballants. Une preuve de plus que la femme n’était que peu de choses en 1920 ?

Un charmant roman policier qui se lit agréablement en cherchant l’endroit où l’auteur va jouer avec nous. Si chez Agatha Christie c’était imperceptible, ici, une fois de plus, ça m’a sauté aux yeux et j’ai de suite compris l’entourloupe.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°117].

 

Octobre : Søren Sveistrup [LC avec Bianca]

Titre : Octobre

Auteur : Søren Sveistrup
Édition : Albin Michel (2019) / Livre de Poche (2020)
Édition Originale : Kastanjemanden (2018)
Traduction : Caroline Berg

Résumé :
Début octobre. La police fait une découverte macabre dans une banlieue de Copenhague. Une jeune femme a été tuée et abandonnée sur un terrain de jeu. On l’a amputée d’une main et au-dessus de sa tête pend un petit bonhomme en marrons.

On confie l’affaire à la jeune inspectrice Naia Thulin, à qui on donne comme coéquipier un inspecteur en burn out, Mark Hess.

Ils ne tardent pas à découvrir que le bonhomme en marrons est porteur de mystérieuses empreintes, celle de la fille de Rosa Hartung, ministre des Affaires Sociales, enlevée un an plus tôt et présumée morte. Mais un suspect a déjà avoué avoir assassiné la fillette et le dossier semble clos.

Quelques jours plus tard, on découvre une deuxième femme assassinée et au-dessus de sa tête, un autre bonhomme en marrons sur lequel se trouvent à nouveau les empreintes de Kristine Hartung. Thulin et Hess cherchent un lien entre l’affaire de la disparition de la fille de la ministre, les femmes mortes et l’assassin qui sème la terreur dans tout le pays, et s’engagent dans une course contre la montre.

Car ils en sont convaincus : le meurtrier est en mission et il n’en a pas encore terminé…

Critique :
Ce roman, c’est comme un paquet de Dragibus (ou autre bonbon) : on ne sait plus s’arrêter une fois que l’on a ouvert le paquet, ou alors, avec beaucoup d’abnégation.

Il est tellement addicitf que l’on devrait prévenir les lecteurs avec un bandeau rouge vif « Attention, avec ce roman, vous en oublierez de manger/bouger ».

Dès l’ouverture, vous serez plongé en 1989 et dans un bain de sang, avant de repasser de nos jours pour une série de meurtres sordides où les policiers perdent leur latin (ou leur danois).

Je me suis attachée de suite aux enquêteurs principaux : Naia Thulin, jeune femme forte qui doit supporter Mark Hess, un ancien d’Europol qui a été mis dehors. Leur duo fonctionne bien car notre duo réserve quelques surprises et évolutions inattendues.

Les chapitres sont courts, rythmés, bourrés de suspense, de mystère, de questionnements sur les crimes sordides, sans compter qu’une affaire classée semble vouloir refaire surface… L’a-t-on classée trop vite ? Ou bien le meurtrier joue avec les kloten (cojones)  des flics ?

Pas le temps de s’embêter dans ce policier danois, les pages se tournent toutes seules, le récit se dévore et l’auteur a fait en sorte que nous ayons tout le temps envie de continuer l’enquête car à aucun moment il ne relâche la pression (ou si peu) tout en en gardant sous la pédale.

Suspectant tout le monde à la fois, je n’ai rien vu venir quand l’auteur m’a envoyé la balle dans le figure. Le genre de chose que j’apprécie toujours dans un polar.

Octobre a tenu ses promesses, il m’a tenu en haleine, m’a fait passer l’heure du dîner (midi) sans aucun souci puisque je dévorais à pleines dents ce thriller policier si bien construit que l’on ne voit pas le temps passer.

Je me remercie ma copinaute Bianca de m’avoir proposé cette LC au pied levé car ce polar m’a sorti de mon marasme littéraire de ces derniers jours où ce que je lisais manquait de saveur. La machine est relancée ! Elle aussi a adoré, d’ailleurs, elle l’a eu terminé avant moi, ce qui est un exploit.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°114].

Le sang ne suffit pas : Alex Taylor

Titre : Le sang ne suffit pas

Auteur : Alex Taylor
Édition : Gallmeister Americana (28/05/2020)
Édition Originale : Blood speeds the traveler
Traduction : Anatole Pons-Reumaux

Résumé :
1748. Dans les montagnes enneigées de l’Ouest de la Virginie, un voyageur affamé arrive près d’une cabane isolée. Reathel erre depuis des mois, flanqué d’un dogue féroce.

Mais l’entrée lui est refusée par un colon hostile qu’il n’hésite pas à tuer. Il découvre alors à l’intérieur une jeune femme, Della, sur le point d’accoucher. L’enfant naît dans cette solitude glaciale.

Pourtant, le froid, la faim et l’ourse qui rôde dans les parages ne sont pas les seuls dangers pour la mère et le nouveau-né.

Car ce dernier a été promis à la tribu Shawnee : c’est le prix à payer pour que Blacktooth, leur chef, laisse les Blancs du village environnant en paix.

Alors que les Shawnees se font de plus en plus impatients, le village envoie deux frères à la poursuite de Della, désormais prête à tout pour sauver son bébé.

Critique :
Mais pourquoi est-ce que je lis des romans qui se déroulent dans le froid quand dehors il fait gris, sombre et humide au lieu de les garder pour un jour de canicule ?

Sans doute parce que le sensations ne seront pas les mêmes et que le roman perdra une partie de sa force évocatrice.

Il y a des romans qui commencent leur récit pépère, de manière pantouflarde, sorte de vieux diesel essoufflé qui nous laisse le temps de prendre la température du roman et de prendre nos aises… Avec le dernier de Alex Taylor, on saute directement à poil dans la neige !

Enfin, c’est la sensation que j’ai eue car l’auteur ne chipote pas et te dépose directement au cœur du problème et donc, des emmerdes.

Des emmerdes de l’ordre de celles qui volent en escadrille très très « groupir » ! Tu pensais être tiré d’affaire des emmerdes que d’autres arrivent par paquet de 10 avec les poches d’hémoglobine pour bien saloper la neige blanche qui n’est pas immaculée (par surprise).

Ceci n’est pas un roman feel good, pour ceux ou celles qui en douteraient encore malgré le résumé. Nous sommes en 1748, dans les Cumberland Mountains, en Virginie, à l’Ouest, et la vie des premiers colons n’est pas de tout repos.

On crève de faim, de froid, de maladie, dans un accouchement et la proximité des Shawnee rajoute une couche au stress ambiant puisque, tous les ans, il faut leur donner un nouveau-né… Si vous ne le faites pas, ils n’iront pas se plaindre au syndicat du coin mais vous extermineront purement et simplement. Bref, de quoi se faire des ulcères à l’estomac dès le réveil.

Ce roman noir est violent, extrêmement violent et certaines scènes m’ont soulevées le coeur (vu ce que certains mangent, évitez de grignoter durant votre lecture), révulsées mais sans que jamais cela ne soit surjoué ou surfait. On était dans le réalisme le plus total, même si c’est glauque. Rappelons que nous sommes en 1748, dans le trou du cul du trou du cul de l’anus de la Virginie !

L’auteur joue avec les émotions des lecteurs, leur oppose le froid glacial avec des entrailles fumantes, la mort avec la vie et niveau descriptions, il fait fort car j’avais envie de me tapir sous un plaid bien chaud (ce que j’ai fait ensuite, il n’y avait pas de raison de s’en priver).

Ce qu’il aura manqué au récit, ce n’est pas de l’action, ce n’est pas non plus de la tension, mais c’était de l’empathie avec certains personnages : je ne me suis attachée à personne de particulier, ce qui m’a fait passer un peu à côté du roman (une fois de plus, oui, la malédiction recommence). Un chouia, guère plus.

Malgré ce manque d’empathie avec les personnages, j’ai aimé le voyage éprouvant que ce roman m’a fait vivre, j’ai aimé les différents points de vue, d’observer les vies difficiles des colons, la folie du chef Shawnee, Black Tooth, et le final grandiose que l’auteur nous offre.

Amateurs de Bisounours ou de café au lait bourré de sucre, passez votre chemin car ce roman est à réserver pour les amateurs de café noir ultra serré.

Le récit est sombre, violent, les dialogues percutants comme des carabines et certaines choses vous mettrons le cœur au bord des lèvres. Heureusement que je ne mange pas quand je lis des romans noirs.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°112] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°33].

Ohio : Stephen Markley

Titre : Ohio

Auteur : Stephen Markley
Édition : Albin Michel (19/08/2020)
Édition Originale : Ohio (2018)
Traduction : Charles Recoursé

Résumé :
Par un fébrile soir d’été, quatre anciens camarades de lycée désormais trentenaires se trouvent par hasard réunis à New Canaan, la petite ville de l’Ohio où ils ont grandi.

Bill Ashcraft, ancien activiste humanitaire devenu toxicomane, doit y livrer un mystérieux paquet.

Stacey Moore a accepté de rencontrer la mère de son ex-petite amie disparue et veut en profiter pour régler ses comptes avec son frère, qui n’a jamais accepté son homosexualité.

Dan Eaton s’apprête à retrouver son amour de jeunesse, mais le jeune vétéran, qui a perdu un œil en Irak, peine à se raccrocher à la vie.

Tina Ross, elle, a décidé de se venger d’un garçon qui n’a jamais cessé de hanter son esprit.

Tous incarnent cette jeunesse meurtrie et désabusée qui, depuis le drame du 11-Septembre, n’a connu que la guerre, la récession, la montée du populisme et l’échec du rêve américain. Chacune et chacun d’entre eux est déterminé à atteindre le but qu’il s’est fixé.

À la manière d’un roman noir, cette fresque sociale et politique hyperréaliste s’impose comme le grand livre de l’Amérique déboussolée et marque l’entrée en littérature de Stephen Markley.

Critique :
Les critiques étaient unanimes : ce roman était génial. J’ai donc pris mon billet pour un voyage dans une Amérique post 11 septembre 2001, bien décidée à jouir de mon voyage.

Le roman est noir, sombre, donnant la parole à 4 personnages principaux et d’autres, secondaires, représentant l’Amérique de la middle-class mais aussi à celle des laissés pour compte.

Pas de stéréotypes mais plutôt un large panel de personnages, chacun ayant ses propres réflexions et l’auteur a fait en sorte de réunir un peu toutes les pensées dans ces gens, nous donnant non pas une voix unique mais des voix.

Si je devais faire dans l’allégorie de ma lecture, je dirais que confortablement installée sur la selle d’une moto, je n’ai pas réussi à apprécier le paysage comme je le croyais.

Attention, à certains moments, je n’avais pas assez de mes yeux pour me gorger de ce que je lisais car à ce moment-là, le voyage devenait intéressant, mais le tableau d’après, je poursuivais me route en regardant droit devant moi, les yeux dans le vague.

Pas besoin de vous faire un dessin, je suis passée royalement à côté de ce roman qui avait l’ambition de sonder l’âme humaine, la condition humaine, de nous montrer l’Amérique et son mode de pensée post attentats, le tout dans le microcosme d’un lycée, dans les années terminales.

C’était finement analysé, l’auteur a exploré bien des sujets comme la religion et ses dérives, l’homophobie, la crise des subprimes, les violences sexuelles, les drogues… J’ai apprécié certains passages mais ensuite, j’avais l’impression de m’ennuyer grave. Un comble !

Pour de meilleurs avis que le mien, allez voir chez BonoChamrousse (que je salue au passage), Dealer de Lignes (gros kiss ma poule) ou JIEMDE. Moi j’ai réussi une fois de plus à aller dans le mauvais sens des autres et ça me fait chier !!

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°110].

Buveurs de vent : Franck Bouysse

Titre : Buveurs de vent

Auteur : Franck Bouysse
Édition : Albin Michel (2020)

Résumé :
Ils sont quatre, nés au Gour Noir, cette vallée coupée du monde, perdue au milieu des montagnes. Ils sont quatre, frères et sœur, soudés par un indéfectible lien.

Marc d’abord, qui ne cesse de lire en cachette.

Matthieu, qui entend penser les arbres.

Puis Mabel, à la beauté sauvage.

Et Luc, l’enfant tragique, qui sait parler aux grenouilles, aux cerfs et aux oiseaux, et caresse le rêve d’être un jour l’un des leurs.

Tous travaillent, comme leur père, leur grand-père avant eux et la ville entière, pour le propriétaire de la centrale, des carrières et du barrage, Joyce le tyran, l’animal à sang froid…

Dans une langue somptueuse et magnétique, Franck Bouysse, l’auteur de « Né d’aucune femme », nous emporte au cœur de la légende du Gour Noir, et signe un roman aux allures de parabole sur la puissance de la nature et la promesse de l’insoumission.

Critique :
Ce roman est-il un rural noir ou un western noir ?

Sans doute un mélange des trois : c’est rural, aucun doute, c’est noir sans espoir et ce roman a des airs de western avec ce Joyce qui tient toute la vallée dans le creux de son poing, à tel point qu’on rêverait que Durango arrive pour lui faire la peau.

Ce Joyce, je l’ai détesté d’emblée, sans que jamais son portrait ne soit contrebalancé par des fêlures, même si on se doute qu’elles sont tapies dans le tréfonds de son âme. C’est ténu, c’est au lecteur à les lire entre les lignes.

Si le portrait du potentat local qui tient le barrage, la centrale électrique, la carrière et les habitants sous sa coupe ainsi que ceux de ses sbires (un nain, un géant, deux bas-de-plafond bêtes et très méchants ainsi qu’un chef de police ambitieux mais sans couilles) sont sans nuances, sans circonstances atténuantes, il n’en a pas été de même pour les autres personnages.

Le portrait des 4 enfants (Marc, Matthieu, Luc et Mabel) sont réussis, tout en douceur, en finesse, en tendresse. Mon coup de coeur est allé pour Elie, le grand-père, homme anéantit par un accident de travail et qui aime profondément ses petits-enfants.

Alors que Martin, leur père ne sait leur parler qu’en leur donnant des coups de ceintures et leur mère en leur citant les écritures, tellement elle est bigote mais a oublié le message essentiel du Nouveau Testament : le pardon ! Ils sont détestables, en effet, mais au moins, on aura un peu d’évolution.

S’il est impossible de situer l’époque du roman, il est assez facile de situer l’action dans un petit bled des montagnes où les gens sont facilement impressionnables et où garder son travail est plus important que tout, à tel point que personne ne se rebelle de cet espèce de dictateur qui possède toute la vallée.

Le récit est lent, mais j’ai aimé cette lenteur car elle m’a permise de m’imprégner des lieux, de la terre, de la nature, des personnages. Il n’est pas facile de comprendre certains actes, mais en se déplaçant sur la ligne du temps et en se mettant à leur place, il est plus aisé d’enfiler leurs bottes et d’éprouver leurs craintes, leurs haines.

Malgré tout, ce roman m’a moins touché que « Grossir le ciel » qui parlait d’un terroir dans lequel je me retrouvais beaucoup plus.

Par contre, le final, je l’ai senti venir et il m’a glacé les sangs…

PS : la scène où Joyce mange des oeufs à la coque restera gravée dans ma mémoire…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°104].

Marshal Bass – Tome 5 – L’Ange de Lombard Street : Darko Macan et Igor Kordey

Titre : Marshal Bass – Tome 5 – L’Ange de Lombard Street

Scénariste : Darko Macan
Dessinateur : Igor Kordey

Édition : Delcourt Néopolis (2019)

Résumé :
River Bass est prêt à affronter n’importe qui… sauf sa famille. Pour éviter de rentrer chez lui, il parcourt les USA et se retrouve à Philadelphie, pendan l’Exposition universelle de 1876.

Parmi les visiteurs se trouve un vétéran de la Guerre civile, tueur à gages borgne, et Bass se porte volontaire pour le traduire en justice. Marshal Bass a prouvé qu’il était imbattable en pleine nature mais saura-t-il s’en tirer aussi bien dans la grande ville ?

Critique :
Comment ne pas tourner en rond avec une bédé ? On change d’endroit et on quitte les plaines du Far-West, là où notre marshall Bass est à l’aise et on l’envoie dans une grande ville pleine de Blancs.

Ce n’était déjà pas facile de se faire respecter en tant que Noir dans l’Ouest, mais dans une grande ville comme Philadelphie, croyez-moi, ce n’est pas le paradis !

Aux côtés du marshall Bass, on entre dans l’Amérique du sordide, celle qui n’est pas belle à voir, celle qui ne figure sur aucune cartes postales. C’est le visage de l’Amérique qui a grandit, pas en beauté, pas en sagesse, c’est celle des plus mauvais jours.

Le dessinateur ne m’offre pas des dessins que j’apprécie, mais par contre, ces doubles pages sont toujours somptueuses (cherchez pas docteur, je suis le cul entre deux chaises au sujet des dessins) et les couleurs lumineuses offrent des tableaux aux airs champêtres lors de l’expo universelle.

La question que je me posais était au sujet de l’adaptation de notre marshall dans une grande ville et j’ai été rassurée : ses facultés d’adaptation sont énormes et il sait jouer le rôle qu’il faut pour obtenir des infos. Bass, ce n’est pas un imbécile.

Une fois de plus, les auteurs ne sont pas tendres avec leur personnage, ni avec l’Amérique dont ils dressent un portrait peu flatteur mais ô combien réaliste. On ne va pas se voiler la face, ce n’est guère reluisant du côté des Américains.

Au moins, Bass n’a pas la prétention de vouloir laver plus blanc que blanc, lui-même n’étant pas exempt de défauts et de contradictions. Cela fait un an qu’il bourlingue car il n’a pas envie de revoir sa famille.

L’intrigue est bien menée, nous offrant son lot de surprise et une fois de plus, personne n’est tout blanc ou tout noir, mais tout en nuances de gris. Au lecteur de tirer ses conclusions et de se faire juge ou non de ce qu’il verra se dérouler sous ses yeux.

Dans cette nouvelle aventure du marshall Bass, les monstres ne sont pas toujours ceux qu’on croit et les anges n’ont pas toujours la belle gueule de l’emploi.

Assurément, c’est une série à découvrir.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°103].