Canicule : Jane Harper

Titre : Canicule

Auteur : Jane Harper
Édition : KERO (11/01/2017)

Résumé :
Kiewarra. Petite communauté rurale du sud-est de l’Australie. Écrasée par le soleil, terrassée par une sécheresse sans précédent. Sa poussière. Son bétail émacié. Ses fermiers désespérés. Désespérés au point de tuer femme et enfant, et de retourner l’arme contre soi-même ?

C’est ce qui est arrivé à Luke Hadler, et Aaron Falk, son ami d’enfance, n’a aucune raison d’en douter. S’il n’y avait pas ces quelques mots arrivés par la poste : Luke a menti.

Tu as menti. Sois présent aux funérailles. Revenir à Kiewarra est la dernière chose dont Aaron a envie.

Trop vives sont encore les blessures de son départ précipité des années auparavant. Trop dangereux le secret qu’il a gardé pendant tout ce temps. Mais Aaron a une dette, et quelqu’un a décidé que le moment est venu de la payer…

Critique :
« Canicule »… Le genre de mot qui me donne envie de me lâcher et de faire des rimes peu catholiques, je vous le dis !

Le bush australien… Nom de Zeus, j’avais pourtant juré que je n’y remettrais plus les pieds car trop dangereux. Et j’y suis retournée…

Niveau page turner, ça le fait, car une fois entamé, je n’avais qu’une envie : arriver à la fin pour savoir ce qui avait bien pu se passer dans la ferme de Luke Hadler !

Imaginez la scène : vous êtes un livreur, vous finissez votre tournée par une livraison chez les Hadler et bardaf, vous finissez par vomir dans le bas-côté après avoir vu la corps de la maîtresse maison gisant dans une marre de sang, les mouches bourdonnantes autour de son corps froid, malgré les 40° à l’ombre.

Au premier, Billy, le gamin, mort lui aussi… Et le père ? Suicidé dans son pick-up d’une balle dans la bouche. Affaire simple et affaire classée ?? Pas si simple car pour les parents de Luke, admettre que leur fils a massacré sa famille n’est pas évident à avaler.

S’il y a une chose que j’ai adoré dans ce roman, c’est la description de tout ce qui fait la ruralité ainsi que la mentalité des gens qui vivent depuis des lustres à Kiewarra, trou paumé où règne une sécheresse canon depuis plus de deux ans.

Pas une seule goutte de pluie depuis 24 mois ! Les cultures crèvent, les bêtes aussi, les gens sont à sec, les fermiers n’ayant plus d’argent ne font plus tourner les commerces qui crèvent à leur tour… Un cercle vicieux qui est dépeint avec une exactitude qui fait fi des fioritures.

C’est ça le drame avec les problèmes d’argent, c’est contagieux. Les fermiers n’ont pas de fric à dépenser dans les magasins, les commerces font faillite et, du coup, il y a encore moins de gens qui ont de l’argent à dépenser dans les magasins.

Le bush est sec, l’écriture aussi, elle ne s’embarrasse pas de chichis et le scénario est aussi précis qu’une opération chirurgicale. Le tout étant réaliste, que ce soit les personnages, leur comportement débile, les dialogues et je tire mon chapeau à la scène d’introduction ! Magnifique, si j’ose dire, vu le sujet traité et décrit.

Pas le temps de savourer une bière au pub, les gars, car personne ne vous laissera la boire en paix !

Notre pauvre Aaron Falk, flic à Melbourne et revenu pour les obsèques de Luke, son pote d’enfance, traine derrière lui des ragots, de la médisance et de la suspicion : on l’accuse d’être le responsable de la mort de Ellie Deacon, survenue il y a 20 ans.

Et tout le monde le pense responsable et si ce n’est pas lui, alors c’est son père !

Tout est dépeint avec justesse et réalisme, dans ce roman : l’esprit de clocher, les petits esprits étriqués, les gens qui complotent dans votre dos, vos amis qui vous tournent le dos dès que la suspicion s’installe, le père de la fille qui monte tout le monde contre vous car il règne en maître, tel un seigneur sur ces terres ingrates où tous les fermiers lui doivent quelque chose.

— Tu es né et tu as grandi ici, ou bien tu es un étranger et tu le resteras toute ta vie, c’est apparemment comme ça qu’on voit les choses à Kiewarra.

Deux enquêtes : une contemporaine avec Luke qui aurait massacré sa famille avant de se suicider et le mystère de la mort d’Ellie, retrouvée noyée il y a 20 ans, dont Aaron voudrait bien laver son nom et celui de son père, eux qui ont dû fuir cette petite ville où tout le monde leur était devenu hostile.

— Impossible de contrôler l’onde de choc d’une affaire comme celle-là, dit-il d’une voix qui semblait un peu pâteuse.

Des flash-back afin de tout nous expliquer, mais petit à petit, sans brûler les étapes, car tout ce pays pourrait bien s’embraser, au propre comme au figuré.

— Cet endroit, c’est une vraie cocotte-minute. Les petites choses peuvent prendre des proportions démesurées plus vite qu’on ne l’imagine.

Des personnages attachants, tels Aaron Falk et le policier Raco, qui enquêtent tout les deux, et ce n’est pas facile lorsque la populace vous est hostile; Gretchen, une ancienne amie d’Aaron, la seule qui ne lui soit pas hostile, le directeur d’école, un type qui n’accable par Aaron et qui lui tend la main.

Des personnages mystérieux tels Luke Hadler qui n’aimait que lui, ou carrément salopard, tel Mal Deacon, le père d’Ellie et son neveu, Don.

— Ces deux-là sont des ordures. Et personne ne leur demande jamais de comptes.

Des fausses pistes, des nuits blanches, des heures passées sous la chaleur accablante du soleil… Du suspense savamment dosé, des mystères, des coups tordus, bref, un putain de roman qu’on dévore à toute berzingue tant on veut savoir si oui ou non Luke est coupable et si non, qui a fait ça alors ?

Un roman noir rural mené de main de maître, ou rien n’est laissé au hasard, une chaleur oppressante, une population aussi.

Des gens qui, telle une meute assoiffée de sang, regardent ce pauvre Aaron Falk mener son enquête en n’attendant qu’une chose : qu’il trébuche pour se ruer dessus et sonner l’hallali.

Un excellent roman qui m’a fait passer quelques heures angoissantes à cause de son suspense et de son réalisme.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017).

La Vallée des ombres : Xavier-Marie Bonnot

Titre : La Vallée des ombres

Auteur : Xavier-Marie Bonnot
Édition : Belfond (03/11/2016)

Résumé :
René Vasseur est une machine, un être au cuir épais qui a fait la guerre, qui a changé de nom. René Vasseur est un légionnaire. Après vingt ans d’absence, la haine au coeur, il revient dans son village natal, au fond d’une vallée industrielle dévastée par la crise.

Peu à peu, surgissent les ombres du passé : la femme qu’il a aimée, l’ennemi d’enfance devenu flic, l’ami qui a basculé dans le grand banditisme, son père, ancien patron de la CGT locale, tyrannique et désabusé… Et le drame qui a bouleversé sa vie : la mort de son frère, Rémy, dix-huit ans, assassiné lors des grèves de décembre de 1986.

René est-il venu venger son frère ? Pourquoi ne l’a-t-il pas secouru alors qu’il en était capable ? Pourquoi a-t-il rejoint la Légion ?

Critique :
♫ Dans la vallée, oh oh, enclavée, lalilala, dans la vallée, ho ho, des rancœurs de pierre près des tombeaux ♪

(Pardon de vous avoir remis cette chanson dans la tête).

Dans la vallée (non, on ne chante plus), des usines qui ne tournent plus à plein régime…

Dans la vallée, le chômage qui, comme la petite bête, monte, monte, monte.

De la vallée, les jeunes s’en sont exilés afin de trouver du travail… Là où leurs ancêtres (♫) bossaient comme des forçats, ceux qui ont encore un job voient leurs avantages se réduire comme peau de chagrin.

Ces avantages sociaux que les anciens avaient acquis au prix de grandes grèves, de sueur, de sang et de larmes. À cette grande époque ou le mot « syndicat » voulait encore dire quelque chose.

Et puis, comme dans tous les villages (ou les petites villes) où tout le monde se connait, on nage dans les secrets lourds et ténébreux. Tout le monde sait tout, mais tout le monde se tait, sauf que les rancœurs ou les haines sont comme des braises sous la cendre, une légère brise et le feu repart de plus belle, encore plus destructeur.

♫ Comme ces jours de peine où l’homme se traîne à la limite du règne du mal et de la haine ♪

René Vasseur a quitté la vallée (de Dana, lalilala) enclavée, laissant le village de Pierrefeu dans son dos, mais aussi son père, son meilleur ami Brahim, sa copine Samia, son frère Rémy, mort durant une grève et sa mère, qui était morte après.

Au départ, on ne saura pas pourquoi René est parti en coup de vent, mais ce jeune homme un peu frêle et toujours en butte aux coups et aux railleries des autres s’est engagé dans la Légion. Des combats, il en a fait, des batailles dégueu, il en a vu.

Là, notre homme revient au bled, il a 40 ans et à la Légion, à cet âge là, tu es pensionné. Et quand tu reviens au bled après 20 ans de silence, on ne peut pas dire qu’on va sortir les cotillons et les flonflons pour ta pomme ! Que du contraire, on te regarde comme un étranger.

La force de ce roman est dans son écriture, dans ses personnages tourmentés, forts, ni tout blancs, ni tout noirs, dans René, homme taciturne qui se souvient de son enfance, du poids de l’Histoire avec un grand-père paternel qui avait pris le maquis et qui est mort d’une balle dans la nuque, dénoncé par des gens du village, sans aucun doute.

Le père de René est aussi un homme fort, il était syndicaliste et il en a mené, des grèves, ce communiste pur et dur. Pourtant, il y a de la fragilité dans cet homme qui a perdu son père alors qu’il n’était qu’un petit garçon et qui a senti peser sur ses épaules le poids de la Légion d’honneur de son père, reçue à titre posthume.

Et puis, il y a des flics ripoux, des salauds qui ne sont forts que planqué derrière leur uniforme ou derrière les autres, parce que une fois seul, ils se chient dessus.

Sans oublier les vieilles rancœurs qu’on a laissé couver, telle des braises sous la cendre, et des vengeances que l’on voudrait accomplir envers ceux qui ont tabassé votre frère, le laissant mort sur le béton.

Un roman rural noir, mais pas trop rural, un roman rempli de flash-back, une histoire qui ne se dévoile que petit à petit, des souvenirs trop grands pour être gardés en soi, une histoire d’amitié, de haine, de vengeance que l’on voudrait accomplir mais dont on sait qu’elle nous laissera des séquelles.

Ça se lit tout seul, ça se dévore, ça se déguste comme un mojito bien frais sur une terrasse (ou du petit-lait pour ceux qui n’aiment pas boire), et ça donne des frissons durant la lecture car certains rebondissements sont des véritables chocs.

Une fois de plus, je viens de sonder l’âme noire des Hommes et croyez-moi, c’était pas beau à voir, mais tellement beau à lire.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017).

Sang maudit : Dashiell Hammett

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Titre : Sang maudit

Auteur : Dashiell Hammett
Édition : Folio Policier – Gallimard (2011)
Édition Originale : The Dain Curse (1929)

Résumé :
San Francisco, fin des années 20. Le détective de la Continental Op, le héros sans nom d’Hammett, vient enquêter sur un vol de diamant pour le compte des assurances et va interroger les victimes du vol, la famille Legget.

Il remarque quelques faits insolites comme le comportement erratique de la fille, Gabrielle, dont il découvre rapidement la dépendance à la morphine.

Notre détective met alors le pied dans une histoire dont il ne sortira pas indemne…

hammett-the-dain-curse-consulCritique :
Je me faisais une joie de retrouver le détective sans nom de l’agence Continental Op, celui qui avait si bien su tirer son épingle du jeu dans « Moisson Rouge » lorsqu’il devait s’attaquer à une ville gangrenée par la corruption et les bandits, celui qui avait regardé les cadavres s’empiler sous ses yeux…

Si ce fut une joie de suivre une de ses nouvelles enquêtes, je dois dire qu’après la première partie, l’intrigue est devenue tellement touffue que sa solution en est devenue alambiquée au possible.

Déjà que la résolution de l’énigme du vol des diamants n’était pas simple tant il y avait des contre-vérités ou des non-dits, mais bon, on s’en sortait sans tube d’aspirines.

On pense que tout est terminé, que notre détective va passer à une autre enquête, et bien non, on revient sur la première car il y a des faits nouveaux qui se produisent sous nos yeux ébahis.

Bon, notre brillant détective résout la seconde enquête et la migraine me guette parce que les éléments nouveaux intercèdent avec les anciens, ceux de la solution de la première enquête.

Troisième partie… et là je dis « non, faut arrêter de tout compliquer de la sorte et de remettre sans cesse en compte les résolutions des énigmes précédentes » !

— Pas maintenant, plaida-t-il. Plus tard, quand tu auras achevé ton récit, tu pourras l’agrémenter de tes « si » et de tes « mais », le déformer et le remodeler, le rendre aussi opaque, confus et incohérent que tu le voudras. Mais de grâce, achève-le d’abord pour que je me le représente au moins une fois dans son état d’origine avant que tu entreprennes de lui apporter des améliorations.

Dommage, parce que les personnages étaient bien travaillés, la Gabrielle était une jeune femme tourmentée, en proie à un passé sombre, trouble, et son caractère versatile en faisait un personnage qu’on aurait aimé baffer de temps en temps, surtout lorsqu’elle se croit victime de la malédiction du sang de sa famille.

« Tu es la fille de ma sœur lui jeta-t-elle, et tu portes la malédiction de cette âme noire et de ce sang corrompu dont elle, moi, et tous les Dain avons hérité ; tu es maudite par le sang de ta mère que tu as répandu sur tes mains alors que tu étais enfant ; et par cet esprit pervers et cette soif de drogues dont je t’ai fait cadeau ; ta vie sera aussi noire que l’ont été celle de ta mère et la mienne ; les vies de tous ceux que tu approcheras seront aussi noires que celle de Maurice l’a été (…). »

Il y avait tout pour faire un excellent roman noir, des énigmes, un vol mystérieux, le passé qui ressurgit, des mensonges, des non-dits, des demi-vérités, des personnages haut en couleur, mon détective sans nom, du sang, une secte, des spectres, mais au final, cela donne un truc trop lourd, trop gros, où les réponses sont sans cesse remise en question et où au final, on n’y comprend plus grand-chose.

Un bon départ, une bonne première partie et puis j’ai commencé à décrocher doucement avant de dévisser complètement dans la troisième partie et d’ouvrir grand mes yeux à LA révélation finale. Heu ???

Étoile 2,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule et le RAT a Week Winter Edition Saison 2 chez Chroniques Littéraires (326 pages).

Sherlock – Tome 1 – Une étude en rose : Mark Gatiss, Steven Moffat & Jay [MANGA]

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Titre : Sherlock – Tome 1 – Une étude en rose

Scénaristes : Mark Gatiss & Steven Moffat
Dessinateur : Jay

Édition : Kurokawa (09/02/2017)

Résumé :
Rapatrié d’Afghanistan à cause d’une blessure et de troubles psychologiques, le Dr. Watson retrouve un vieil ami de l’époque de la faculté de médecine qui lui présente son futur colocataire.

D’un seul coup d’oeil, cette personne devine qu’il s’agit d’un médecin militaire de retour du Moyen-Orient, qu’un de ses proches est victime d’alcoolisme ou encore qu’il est suivi par un thérapeute.

Le nom de ce colocataire ? Sherlock Holmes.

sh-9782368524381_pgCritique :
Sherlock Holmes en manga ? Si je veux ? Demande-t-on à un chien s’il veut un os ? Jamais…

Et ici, j’ai eu un bien bel os à ronger durant quelques temps. Pensez-vous, les épisodes du Sherlock de la BBC adapté en manga !

Le genre de chose qui me fait sauter au plafond de bonheur.

L’objet est déjà graphiquement très esthétique : plus grand que le format des mangas habituels, de l’argenté sur la couverture et le sexy Benedict Cumberbatch qui darde ses beaux yeux sur moi.

Et l’intérieur, il est aussi chouette que l’extérieur ?

Oui ! J’ai aimé le trait du mangaka qui a su restituer l’acteur correctement et l’épisode aussi car rien ne diffère de ce que nous avons vu sur le petit écran.

Pourquoi l’acheter et le lire alors ? Tout simplement pour se refaire l’épisode avec un rythme plus lent, en saisir tous les détails à son aise, sans que les images avancent plus vite que nos yeux et notre cerveau.

Mon seul bémol sera pour les dessins des personnages secondaires qui ne sont pas aussi ressemblants que les deux protagonistes principaux. Il manque quelque chose à Mycroft, Lestrade est assez semblable graphiquement à Watson et le visage du chauffeur de taxi n’est pas aussi ressemblant à l’acteur Phil Davis.

Autre petite chose, si les dialogues sont les mêmes que ceux de la série, quelques fois, ils diffèrent et je trouve cela embêtant car, en parfaite petite addict que je suis, certains étaient mémorisés et devenus cultes.

Hormis ces petits bémols, replonger dans la série au travers d’un manga fut un véritable délice.

Le format plus grand permet de mieux mettre en place les personnages et les décors, nous offrant une plus belle vue, même si, du coup, cela rend le prix du manga plus cher.

À moins que je ne meure ou que la série s’arrête avant la publication de tous les épisodes de la série, je compte bien les acheter et les lire tous !

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017),  le Challenge « Sherlock Holmes » de Lavinia sur Livraddict, « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017), Challenge British Mysteries chez My Lou Book, Le Mois du polar 2017 chez Sharon (Février 2017) et le RAT a Week Winter Edition Saison 2 chez Chroniques Littéraires (208 pages).

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Le détective détraqué ou les mésaventures de Sherlock Holmes : Collectif

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Titre : Le détective détraqué ou les mésaventures de Sherlock Holmes

Auteur : Collectif
Édition : Baker Street (06/01/2017)

Résumé :
Dans ce petit volume de pastiches, sketchs, et autres textes humoristiques autour de la figure du grand détective, nous avons demandé des textes à quelques holmésiens de nos jours, et ajouté des écrits de leurs prédécesseurs.

Esprit d’éloge, de complicité et de fun, autant d’hommages aux deux grands maîtres que furent Sir Arthur Conan Doyle et Sherlock Holmes.

Même si par moments on peut apercevoir un brin de moquerie, les plumes de nos auteurs sont toujours pleines d’admiration et d’affection.

Le recueil comportera des textes français et des textes traduits de l’anglais, certains contemporains et d’autres un peu plus anciens.

SH - Keep-Calm-Sherlock Power déductionCritique :
Autant je n’ai pas apprécié plus que ça « Les avatars de Sherlock Holmes », autant j’ai aimé celui-ci !

Hormis une des histoires qui se trouvait déjà dans l’autre recueil, je n’en connaissais aucune autre et  j’ai pris énormément de plaisir à voir Sherlock Holmes (ou un autre nom y ressemblant) évoluer sous la plume d’autres auteurs que son géniteur.

Certaines sont des enquêtes pures et simples et j’ai notamment adoré celle de l’aventure de la bonne du Claridge qui se serait faite violer par un certain Wagner-Cohen alors que lui soutien qu’elle lui a fait des avances.

Une conclusion aux antipodes de ce que l’on aurait pu imaginer et un air fortuit de ressemblance avec les événements de 2011.

Beaucoup de tendresse ressentie pour la nouvelle intitulée « Arthur Conan Doyle », écrite par Jack London où il nous comte ses tentatives éperdues pour enfin rencontrer Doyle, de l’humour avec « Un cheveu » où Watson couche avec la femme de Holmes, une véritable enquête trépidante avec Shirley Holmes, la fille de Sherlock et son amie, Joan Watson, la fille de John.

Du plaisir avec la rencontre entre Arsène Lupin et Herlock Sholmès, du rire avec « Épinglé au mur » qui nous donne une toute autre version de la mort de Holmes suite à son combat aux chutes, le tout tourné en dérision, en restant cohérent et en se prêtant à des extrapolations totales du canon holmésien et de ses erreurs ou de ses vides.

Dommage que ça se lise si vite parce que j’en aurais bien repris quelques tranches, moi, d’un gâteau aussi plaisant que celui-là, même si certains auteurs ont rhabillé Holmes pour l’hiver, la moquerie est toujours gentille, amicale et drôle.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Sherlock Holmes » de Lavinia sur Livraddict, Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017), Challenge British Mysteries chez My Lou Book, Le Mois du polar 2017 chez Sharon (Février 2017) et le RAT a Week Winter Edition Saison 2 chez Chroniques Littéraires (286 pages).

Fables – Tome 23 – Adieu : Bill Willingham & Mark Buckingham

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Titre : Fables – Tome 23 – Adieu

Scénariste : Bill Willingham
Dessianteurs : Mark Buckingham / Collectif

Édition : Urban Comics Éditions (15/01/2016) – Vertigo Classiques

Résumé :
Plus de dix ans après la sortie de son premier numéro, l’incroyable saga de Bill Willingham touche à sa fin !

À cette occasion, pléthore d’artistes se sont réunis pour offrir à ces personnages fantastiques un dernier tour de piste : Mark Schultz (Xenozoic Tales), Gene Ha (TOP 10), Neal Adams (Green Lantern/Green Arrow), Andrew Pepoy (Superman) et bien d’autres. Un rendez-vous à ne pas manquer !

fables-23-2Critique :
Oh putain, c’est fini ! 6 mois que je suis entrée de plein pied dans la série Fables et je sens déjà un grand vide se former dans mon ventre à l’idée que je viens de lire le dernier tome de cette fabuleuse saga…

Grosse déprime en sachant que tout est terminé… Et je me demande comment ils ont survécu, ceux qui avaient commencé à la suivre dès ses débuts, il y a 13 ans.

Là, je viens de quitter quelques amis qui m’étaient chers, les laissant continuer leur route sans moi, sans nous…

J’avais déjà parlé des personnages qui n’étaient pas figés dans un rôle, qui pouvait évoluer, passant parfois de statut de tapisserie, de pleutre à celui de héros, de tombeur à celui d’homme de la situation, de chieuse à sympa, de louche à sauveuse ou d’immature dans l’ombre de sa soeur à personne qui prend ses responsabilités, tout en sachant que le pouvoir absolu corrompt absolument.

Et bien, les auteurs ont réussi aussi, durant toute cette saga, à faire en sorte de bouleverser mes certitudes sur tel ou tel personnage et à les faire évoluer de manière à ce que parfois, je ne sache plus à quel saint me vouer.

Gros suspense pour le combat final qui est résolu de la manière la plus correcte qu’il soit, tout en restant logique avec la malédiction et les faits, tout en nous offrant une solution qui reste des plus logique (oui, je me répète) vu la situation impossible dans laquelle se trouvait les deux sœurs, prête à l’affrontement final et ayant rassemblé leurs armées.

Je me doute que certains ont dû crier au scandale, surtout que la tension montait depuis plusieurs tomes et que l’une des protagoniste avait vu sa sœur immature commencer à faire des projets, à rassembler de plus en plus de pouvoir, à devenir son égale et à avoir l’ambition d’éradiquer tout ce qui pourrait contrecarrer ses projets ou continuer de lui faire de l’ombre…

Mais moi, je crierai au génie car l’auteur sans sort brillamment sans avoir recours à un deus ex machina, loin de là. C’est une issue logique puisque Rose était attachée à certains membres de la meute et que c’étaient eux qui l’avaient stabilisée.

Détruire cela aurait été une hérésie et aurait conforté Rose dans la piètre opinion qu’elle avait d’elle à un moment donné.

Moralité ?? Il vaut mieux des discussions que des batailles ! Mais si elles avaient moins trainé dans leur mise au point, deux autres personnages importants (et que j’adorais), auraient pu éviter un affrontement monstre.

Pour ce combat entre deux autres Fables importantes, l’auteur ne montre pas d’éclairs, pas de grands trucs rempli de fumée, juste un affrontement avec des mots, pendant que les sorts se déroulent sans que personne ne les voit, sauf lors de l’issue qui fera crouler une partie du château.

Pas de deus ex machina non plus dans l’issue finale du combat entre Gobe-Mouche et cet enculé de Prince Brandish sans cœur (au sens propre et figuré du terme) puisqu’il met en avant un petit personnage qui avait été grand en taille et qui est resté grand en courage.

De plus, je suis hyper contente ! L’auteur a eu peur de mes menaces proférées suite à un événement inadmissible survenu dans le tome « Blanche-Neige » et il a fait suite à mes doléances, je l’en remercie !

Le scénario est donc une fois de plus au poil et les dessins aussi, surtout ceux de Mark Buckingham, mes préférés d’entre tous. Ils sont riches en images, en couleurs, en détails et c’est un vrai plaisir orgasmique pour les yeux que d’admirer ses dessins.

Une fois la dernière page tournée, on se dit que tout est en ordre : les auteurs nous ont offert une conclusion à l’intrigue principale et à de nombreuses intrigues secondaires, le tout de manière des plus satisfaisante et s’il nous reste des zones d’ombres, à nous de les combler ou de poursuivre l’histoire nous-même, sinon, on pouvait encore écrire 50 tomes de Fables.

Une saga que je relirai avec plaisir afin de ne manquer aucun petit détail et une série que je recommanderai autour de moi pour son univers riche, son scénario logique, ses personnages de Fables détournés tout en restant cohérents, ses complots, les amitiés, les personnages bien typés et le fait que rien n’est jamais sûr pour aucun personnage, un peu comme dans GOT.

♫ Et maintenant, que vais-je lire ? Maintenant, que Fables est terminé… ♪

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule, Le Mois du polar 2017 chez Sharon (Février 2017) et le RAT a Week Winter Edition Saison 2 chez Chroniques Littéraires (160 pages).

Black Butler – Tome 23 : Yana Toboso

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Titre : Black Butler – Tome 23

Scénariste : Yana Toboso
Dessinateur : Yana Toboso

Édition : Kana (03/02/2017)

Résumé :
Certains signes laissent à penser qu’un music-hall abrite une secte. Ciel, qui s’est mêlé aux autres visiteurs, y découvre ceux qui furent les quatre préfets du Weston College, maintenant devenus adeptes de la secte.

Dans les yeux du devin, qui a détecté la vraie nature du majordome, deux trous noirs se reflètent…

black-butler-tome-23-planchea_297363Critique :
J’avais trouvé qu’il ne se passait pas grand-chose dans le tome 22, tome de transition entre la fin d’une enquête et le début d’une autre, et bien, l’auteur m’a entendu car dans celui-ci, ça bouge !

Ciel, en tant que chien de garde de la Reine est chargé d’aller enquêter sur des étranges soirées qui se déroulent dans un music-hall.

Qu’est-ce qui s’y passe de bizarre et d’étrange ? Et bien, les classes sociales se mélangent entre elles !

Non mais allo quoi ? Les bourgeois et les riches qui côtoient des gueux, des pauvres, des ouvriers ?

Des oisifs qui se mélangent avec des pauvres damnés de la terre qui doivent suer sang et eau pour se payer un taudis et bouffer de la merde tandis que les autres sont assis le cul dans du beurre bordé de nouilles avec la cuillère en or dans la bouche ? Nan, pas possible au temps de la reine Victoria !

Ben si c’est possible et c’est même très louche ! Surtout que Lizzy, la fiancé de Ciel, s’est faite révéler son destin par un devin et que maintenant, elle ne veut plus rentrer chez elle.

Alors là, pour bouger, ça bouge ! On pourrait que l’enquête de Ciel est de tout repos, allongé dans un transat avec de la musique douce entonnée par un espèce de boys-band victorien, mais il n’en est rien.

Une fois de plus, ça cache de sombre secret… Surtout que le devin – qui est un homme mais qui a une tronche de femme – a deviné la véritable nature de Sebastian, le diable de majordome et l’à foutu en dehors du music-hall.

Marrant comme une enquête dans un Manga peut aussi rejoindre l’actualité… Juste après avoir lu ce tome 23, je lisais, dans le Canard Enchainé (N°5025 du 15/02/2017), dans leur rubrique « La boîte aux images » qui parlait d’un reportage sur ARTE, diffusé le 21/02… Et on parlait du même liquide !

OK, aux states, ils étaient payés pour le donner, pas dans le manga puisque cela se déroule à l’insu de leur plein gré !

Une enquête qui promet d’être palpitante et qui a déjà éveillé ma curiosité quand à ce devin qui, contrairement à celui dans Astérix, devine vraiment les choses…

Ajoutons à cela des espèces de chants repris par une partie de Londres, un boys-band constitué des anciens P4 (préfets de discipline) du Weston Collège où Ciel avait déjà enquêté, des morts bizarres, un majordome qui ne peut plus entrer dans le music-hall, des bracelets étranges et la disparition de la fiancée de Ciel…

Je sens que je vais encore passer un bon moment avec Ciel et son diable de majordome qui n’a qu’une seule faiblesse : les chats, qu’il adore caresser et prendre dans ses bras !

3,85/5…

Étoile 3,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon,  le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017), le Challenge British Mysteries chez My Lou Book, Le Mois du polar 2017 chez Sharon (Février 2017) et le RAT a Week Winter Edition Saison 2 chez Chroniques Littéraires (178 pages).

[SÉRIE] Sherlock – Saison 4 – Épisode 2 – The Lying Detective

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The Lying Detective est le deuxième épisode de la quatrième saison de la série télévisée Sherlock diffusé pour la première fois sur BBC One et BBC One HD le 8 janvier 2017.

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Synopsis :
Plusieurs semaines ont passé depuis [événement du premier épisode – No spolier]… Sherlock vit cloîtré dans son appartement et a replongé dans la drogue.

Malgré son état, le détective accepte la visite d’une femme qui se présente comme la fille de Culverton Smith, millionnaire philanthrope, dont elle aurait découvert le plus sombre secret. Sherlock pense alors avoir à faire à son ennemi le plus dangereux jusque-là.

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Ce que j’en ai pensé (chronique sans paraben, sans huile de palme et sans spolier !) : Toujours sous le coup du précédent épisode, je suis entrée dans celui-ci avec la tête ailleurs, pas à ce que je faisais et de ce fait, j’ai loupé le jeu de mot de l’épisode et n’ai pas fait le rapprochement avec l’aventure canonique !

Sachant que les producteurs ont de plus en plus de mal à réunir les différents acteurs, certains murmurent que cette saison 4 serait probablement la dernière, et c’est sans doute pour cela que nous avions déjà un cliffhanger à la fin du premier épisode.

Nous retrouvons donc Sherlock seul dans son appartement après sa brouille avec John et sa réconciliation avec les drogues en tout genre.

Arrive une cliente qui lui parle d’un homme : Culverton Smith, son père, qui un jour, après leur avoir fait prendre du sérum « oubli », leur a expliqué qu’il allait tuer quelqu’un, qu’il voulait tuer quelqu’un.

Des petits clins d’oeil drôles, notamment avec Sherlock qui déambule dans Londres avec sa cliente, donnant l’air d’être éméché, suivi via les caméras de surveillance par son frère et qui, dans ses pérégrinations, arrive à lui tracer le mot « Fuck off ».

C’est un épisode étrange, où l’on ressent un mal être à voir Sherlock se foutre en l’air de la sorte, à poursuivre assidument le fameux Culverton Smith qu’il accuse d’être un tueur en série.

Niveau personnage malfaisant, le Culverton est un salaud de belle envergue, il suffit de l’entendre parler à son personnel « Cela fait longtemps que vous travaillez ici ? 10 ans ? *petit sourire en coin* Si vous voulez continuer…. » (dans ces eaux là).

Oui, celui qui a le rôle du méchant présumé (on ne le sait pas avec certitude, Sherlock étant dans ses délires) a la gueule de l’emploi.

Voyez par vous-même… Si ça c’est pas une belle gueule de méchant ou de type pas net, qu’est-ce qu’il vous faut de plus ??

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Sherlock est égal à lui-même niveau déductions, il sait toujours vous niquer les mots de passe des smartphone et se faire passer pour ce qu’il n’est pas.

Durant tout l’épisode, on ne sait pas trop qui manipule qui ni pourquoi (si j’avais fait le rapprochement avec l’aventure canonique, j’aurais compris, mais souvenez-vous, j’avais la tête encore perdue dans le premier épisode coup de poing).

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Le mystère plane toujours quand à un éventuel retour de Moriarty et ma crainte était qu’il soit fondé.

Ça bouge et ça castagne assez bien dans cet épisode, Sherlock se prendra quelques mandales et en donnera lui même, n’hésitant pas à se mettre en danger pour résoudre cette affaire qui le hante, qui le fait sombrer petit à petit dans les délires, sans que l’on sache s’il est dans le vrai ou pas.

Le final de cet épisode est à la hauteur de la nouvelle canonique, différent, mais dans la même veine, ce qui est normal pour un toxico (mdr).

Un épisode différents de tous ceux que nous avons vu, avec de la profondeur dans l’amitié que se porte nos deux hommes (pas du gay-friendly, merci !), avec de la tristesse, avec un John qui ne sait plus à quel saint se vouer et qui s’effondrera sur celui de Sherlock (il pleure sur son sein).

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Là, les fans de yaoi ont dû en mouiller leurs culottes, moi, j’ai inondé la mienne en entendant le son émit par le smartphone de Sherlock lorsqu’il reçu un SMS (texto) d’une personne que j’apprécie énormément.

Et j’ai adoré les sous-entendus !!!!

Le méchant était une fois de plus réussi, et là, je ne pourrai jamais rien leur reprocher car ils ont toujours su trouver les acteurs qu’il fallait et ces derniers ont toujours joué leur rôle à la perfection, que ce soit en version dingue et allumé, ou en type zen qui n’hésite pas à pisser dans la cheminée du 221b, ou du gentil nounours qui, quand il parle, vous glace les sangs.

Un épisode qui se termine une fois de plus sur un cliffhanger horrible qui donne envie de voir le dernier épisode de la saison 4 de suite.

Mais malgré tout ça, je trouve que la saison 4 est un poil de cul en-dessous de la saison 3 et une touffe de poil de cul de mammouth en-dessous de l’excellente première saison et de la deuxième, qui restent, à mon humble avis, les deux meilleures.

Étoile 3,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017), le Challenge British Mysteries chez My Lou Book et le Mois du polar 2017 chez Sharon.

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Equateur : Antonin Varenne

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Titre : Equateur

Auteur : Antonin Varenne
Édition : Albin Michel (01/03/2017)

Résumé :
USA. 1871. Pete Ferguson est un homme en fuite. Il a déserté l’armée durant la guerre de Sécession, est recherché pour meurtre dans l’Oregon, pour vol et incendie dans le Nebraska.

Sous le nom de Billy Webb, il est embauché par des chasseurs de bisons qu’il quitte après un différend sanglant. Il croise alors la route de Comancheros qu’il suit jusqu’au Mexique, d’où il s embarque pour le Guatemala…

Quoi qu’il fasse, où qu’il aille, Pete attire les problèmes et fait les mauvais choix. La violence qui l’habite l’éloigne toujours plus de ceux qu’il aime : son frère Oliver, resté au ranch Fitzpatrick avec Aileen, Alexandra et Arthur Bowman.

C est une femme qui changera son destin, une Indienne Xinca chassée de sa terre natale.

Pour la sauver, il fera échouer une tentative de coup d’état. Ensemble, ils iront jusqu’à l’équateur dont Pete a fait son graal et où il pense que les forces régissant ce monde s’inverseront enfin.

equateur-antonin-varenneCritique :
♫ Je n’suis bien avec personne car j’suis Pete Ferguson ♪ Et j’m’attire des misères ♫ Dès que je ne suis plus solitaire ♪ En moi j’ai d’la violence, à ma vie j’cherche un sens ♪

♫ Je talonne mon stalion, Et voici qu’il galope ventre-à-terre ♫ J’irai pas au Paradis, mon enfer est sur terre ♫

♫ Et si je meurs demain, C’est que tel était mon destin ♪ Je tiens bien moins à la vie qu’à mon superbe bourrin ♪ (1)

Lorsque j’avais tourné la dernière page de « Trois mille chevaux vapeurs », j’avais pesté sur le mot « Fin » apposé à la dernière page car j’aurais encore bien repris 200 pages de plus des aventures du bourru ex-sergent Arthur Bowman.

L’auteur a dû entendre mes doléances car voici qu’il vient de m’écrire 340 pages des aventures de Pete Ferguson, un des gamins déserteurs que Bowman avait caché dans son ranch.

Si Bowman avait un caractère ronchon, bourru, et une belle descente, on peut dire qu’il n’arrive pas à la cheville de Pete, ce garçon qui a dû grandir trop vite tout en évitant les coups de son paternel, qui a vu sa mère mourir trop jeune et à dû protéger son petit frère. Depuis, il a la haine sur tout, même sur son cheval, parfois !

Sérieusement, il y a eu des pages dans le roman où j’aurais bien baffé Pete, toujours en rogne sur tout le monde, sur le système, sur le pays, sur ses habitants… Tout !

C’est un personnage torturé, qui a la haine et qui pense qu’en allant jusqu’en Équateur, sa rédemption sera accomplie, croyant, à tort, que les forces régissant ce monde s’inverseront enfin puisqu’en Équateur, les pyramides tiennent sur leur pointe et que tout est inversé.

Par contre, Pete ferait le bonheur de Pôle Emploi vu ses compétences ! Visez un peu tout ce qu’il peut mettre sur son C.V : déserteur, incendiaire, chasseur-pisteur et dépeceur de bisons, marin, mercenaire, orpailleur et buveur. La classe, non ?

Ben non… Quoique que Pete fasse, ça se termine en eau de boudin, dans la violence, celle qui lui colle au corps, aux basques, à la peau, celle héritée de son père auquel il ne veut pas ressembler et qui, pour finir, est devenu lui.

Pourtant, on s’y attache au Pete ! Il a de la violence en lui, mais il y a aussi de la fragilité, un besoin de rédemption, du désespoir, le besoin d’accomplir une quête.

Ce roman commence comme un western, peu de temps après la fin de la guerre de sécession, avec une chasse au bisons, où l’on tue des bêtes uniquement pour leur fourrure, laissant pourrir les carcasses ensuite sur la plaine. Une gabegie, un gaspillage honteux…

Et puis, on passe au Mexique, on côtoie des Comancheros, on franchi le Rio Grande et on s’enfonce toujours plus bas, jusqu’en Guyane Française, on passe au Brésil, pour remonter ensuite aux États-Unis, bouclant le périple par où on l’avait commencé.

340 pages magnifiques, des portraits hauts en couleurs, une description de la vie de l’époque sans fioritures, telle qu’elle était, avec des gens qui se foutaient pas mal de la préservation des espèces et de la survie des Indiens. Des coureurs des plaines qui survivaient avec le peu qu’ils gagnaient en vendant les peaux de bisons…

On y croise toute une foule de personnages, des bons, des sympas, des abjects, des salauds, des marins d’eau douce ou de mer, des poètes, des révolutionnaires, des indiens Xinca chassés de leurs terres natales (un concept typiquement humain de voler les terres des autres), des bagnards de Cayenne,…

Quel voyage mes amis ! Pourtant, j’ai eu aussi de la nostalgie lorsque je suis arrivée à la dernière page, comme avec Arthur Bowman, j’aurais encore bien parcouru une fois de  plus le continent en compagnie de Pete Ferguson et de ses démons.

Merci à l’auteur de m’avoir écrit ce fabuleux roman et merci à Masse-Critique de Babelio de m’avoir permis de le lire en avant-première.

(1) Parodie de la chanson « Massey Ferguson » de Jean-Marie Bigard, elle-même parodiée sur « Harely Davidson » de B.B

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule, Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur, Le Mois du polar Février 2017 chez Sharon et le RAT a Week Winter Edition Saison 2 chez Chroniques Littéraires (340 pages – 200 lues = 140).

Étoile 4

Une poire pour la soif : James Ross

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Titre : Une poire pour la soif

Auteur : James Ross
Édition : Gallimard – Folio (1999)
Édition originale : They don’t dance much (1940)

Résumé :
En 1940, à la parution de ce chef-d’œuvre maudit, Raymond Chandler fut le seul à reconnaître une pépite dans « ce récit sordide et complètement corrompu », mais parfaitement crédible, « d’une petite ville de Caroline du Nord ».

Unique à plus d’un titre – il sera le seul jamais écrit par son auteur – ce roman de la Dépression est peut-être le plus brutal et le plus cynique jamais écrit à cette époque; un univers de violence, de luxure et de cupidité où tout le monde triche, en croque, en veut.

James Ross, né en 1911 en Caroline du Nord aux Etats-Unis et mort en 1990, est l’homme d’un seul livre. Une poire pour la soif, paru en 1940, se trouve à mi-chemin, entre Jim Thompson et Fantasia chez les ploucs de Charles Williams. Un grand classique.

they-dont-dance-much-james-rossCritique :
C’est ce qui s’appelle regarder l’Amérique profonde par le petit bout de la lorgnette. tel un témoin privilégié qui pourrait assister à la corruption qui gangrène et ronge Corinth, une petite ville de la Caroline du Nord, peu après la Grande Dépression.

Ici, les gens bien vont à la messe le dimanche et s’ils veulent s’encanailler avec de la « gniole » ou de la fesse, ils sont priés de le faire avec discrétion.

Jack McDonald est un paumé de chez paumé ! Son coton ne donnera rien cette année non plus, faut payer les impôts, l’enterrement de sa mère qui a eu lieu il y a au moins 6 mois.

Cerné par les dettes, avec juste pour horizon la boisson qu’il écluse à la verticale, notre Jack ne voit pas ce qu’il l’empêcherait de bosser dans le futur roadhouse que Smut Milligan veut ouvrir pour tenter lui aussi de s’en sortir.

Depuis, quand je raconte aux gens qu’un soir j’ai fait tout Corinth avec un dollar en poche et que j’ai pas été foutu de trouver une goutte de gniole, ils disent tous que c’est des menteries ; que ça pourrait jamais se produire à Corinth, une chose pareille.

Quésako un roadhouse ? C’est un truc qui n’existe qu’en Amérique… Une sorte de bar-restaurant, station-service, hôtel (de passe), dancing, tripot clandestin où l’on joue et où l’on boit de l’alcool du gouvernement (on a payé les taxes dessus) ou distillé par Catfish, un homme de main de Smut Milligan.

Attention, pas de putes dans les cabanons loués par Smut aux gens qui voudraient faire la chose sans que cela se sache et ailleurs que sur les sièges arrières d’une bagnole. Smut, il a une conscience – ceux qui ont lu le roman doivent rigoler – et donc, pas de putes ou de maquereaux.

— Mais les gens d’ici louent bien une cabine pour deux heures, des fois.
— C’est différent.
— Ah bon ?
— Ouais. Les gens d’ici qui font ça c’est des gens comme il faut. Les filles, pour la plupart c’est des filles qui font partie de la chorale de l’église, et qui font ça aussi. Les gars viennent des meilleurs familles. Mais si je devais laisser des putes venir ici ce serait différent.

Il est bien dommage que James Ross n’ait réussi à faire publier que ce roman là car il y a dedans un potentiel énorme ! Raymond Chandler ne s’était pas trompé en parlant de pépite car c’en est une que j’ai tenu entre mes mains. Une pépite noire.

Dans un style bien à lui, James Ross nous décrit avec brio cette petite ville de Caroline du Nord, un peu beaucoup raciste, sexiste, cette société phallocrate dont les notables ou ceux qui ont une situation doivent sauver la face et se cacher pour boire de la gnôle ou fricoter avec des filles (ou se faire sauter par des mecs, si vous êtes une fille).

Jack est notre narrateur et il ne s’embarrasse de phrases pompeuses pour nous conter sa drôle de mésaventure, donc, pour ceux qui aiment le phrasé haut-de-gamme, ça risque de pas le faire. N’oubliez pas non plus que nous sommes dans les années 30 et qu’à cette époque là, la population afro-américaine se nommait elle même « négro »parce que tout le monde les nommait ainsi (je ne cautionne pas, je précise, c’est tout).

Entre nous, je ne sais pas s’il y a parmi toute cette galerie de personnage un à sauver, un qui vaudrait la peine que l’on se penche sur lui pour le sortir de cette vie de merde. Ici aussi la politique gangrène le tout et le politicien du coin est aussi pourri que tout les autres, même plus pourri puisqu’il se comporte comme un mafioso… mafiosi puisqu’il est seul.

Quand à notre Jack, il va se retrouver impliqué dans une affaire dont il ne se doutait pas une seule seconde qu’elle prendrait un tour aussi horrible, et restera en spectateur impuissant de la folie furieuse de Smut qui voudrait du fric et qui est jaloux de ceux qui en possèdent.

Un excellent roman noir de chez noir, sans une once de crème ou de sucre, même pas un grain de stévia pour adoucir l’affaire et un final d’un cynisme à aller se pendre au premier arbre qui passe.

Une réalité qui fait froid dans le dos, une description au cordeau d’une société de notables pour qui le qu’en-dira-t-on est plus important que tout, une plongée dans une société de minables (pour les autres) où boire est plus important que tout, où dépenser le peu de fric gagné à la sueur de son front est quasi une institution et où la cupidité des uns entrainera la chute de plusieurs.

Sûr que dans le roadhouse de Smut on ne dansait pas beaucoup (illusion au titre en V.O), qu’on buvait raide, qu’on jouait gros, qu’on crachait sa chique de tabac dans les crachoirs ou au sol et qu’il s’y est passé des vertes et des pas mûres, le tout sous le regard effaré du lecteur.

« Mais tout le monde dans la région savait ce qui se passait dans un roadhouse. Pratiquement tout ce que j’ai écrit comme fiction est basé sur des gens que j’ai connus. »

Ne rentrez pas dans ce roman noir pour y commander un café, mais demandez plutôt à Badeye, Sam ou Jack de vous servir une pinte de raide et méfiez-vous des dés truqués et des cartes biseautées de Smut qui, entre nous, est une véritable enflure de première.

Et surtout, surtout, montrez pas que vous êtes un paumé avec du flouze plein votre portefeuille !

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule, Le Mois du polar 2017 chez Sharon et le RAT a Week Winter Edition Saison 2 chez Chroniques Littéraires (342 pages).