Le livre perdu de Léonard de Vinci : Francesco Fioretti [LC avec Bianca]

Titre : Le livre perdu de Léonard de Vinci

Auteur : Francesco Fioretti
Édition : HC (11/04/2019)
Édition Originale : La biblioteca segreta di Leonardo (2018)
Traducteur : Chantal Moiroud

Résumé :
Milan, 1496. Léonard de Vinci attend avec impatience de rencontrer le frère Luca Pacioli, célèbre mathématicien dont il espère apprendre beaucoup. Il découvre à cette occasion un portrait énigmatique et un code caché que son nouvel ami souhaite lui faire décrypter.

Mais suite à l’assassinat d’un moine et au vol d’anciens textes byzantins qui sont d’un intérêt inestimable pour les mathématiques, les deux hommes voient leurs projets perturbés.

De Milan à Venise, de Florence à Urbino, à travers une Italie où s’achève l’époque pacifique de Laurent de Médicis et des Sforza, ils se lancent sur les traces de l’assassin et des manuscrits volés.

Dans cette fresque de l’Italie de la Renaissance extraordinairement documentée, Francesco Fioretti nous guide à travers les années les plus prolifiques et intrigantes de la vie de Léonard – de la réalisation de La Cène à l’étude de L’Homme de Vitruve – nous plongeant une nouvelle fois dans une atmosphère riche de mystère.

Critique :
Roulement de tambour car je vous annonce ma chronique la plus courte de toute l’histoire de mes chroniques en la résumant en un gros « Pfffffffff » que j’ai poussé tout au long de ma pénible lecture, qui se diagonalisa très vite, pour arriver à poser ce livre sur l’étagère avant de le ranger au classement vertical, comme on dit chez nous.

Ah pour être documenté, il est documenté ! Trop documenté ? Sans doute… Nous avions déjà beaucoup de descriptions de l’atelier de Leonardo et sans vouloir être mauvaise, trop de descriptions tuent les descriptions ! On se lasse vite et le cerveau commence à donner des signes évidents de lassitude.

Ça casse le rythme du récit et je n’en étais qu’à la page 40 sur 256 que je soupirais déjà et que mon regard se tournait vers d’autres romans à lire qui me semblaient plus intéressants et moins ennuyeux que celui que je tenais en main.

Il plaira à un lectorat avide de ces détails descriptifs, aux amateurs de mathématiques, ou d’énigmes en tout genre (et plus denses que celle du Da Vinci Code).

Ce devait être un roman plus qu’intéressant mais hélas, toute cette profusion de détails a rendu ma lecture lente, un peu comme lorsque vous marchez dans des sentiers boueux en forêt, après des fortes pluies.

Le paysage a beau être intéressant, plaisant pour les yeux, vous ne voyez que vos bottes (ou bottines) qui s’enfoncent profondément dans la boue et vos pieds qui deviennent lourds, à force de patauger dedans.

Comme le firent mes paupières sur ce roman… Elles devinrent lourdes et finirent par se fermer. J’ai relevé la tête, j’ai tenté de poursuivre ma lecture mais pas moyen, je décrochais tout le temps, je pestais sur l’écriture, sur les personnages, sur la manière dont tout cela nous était présenté et comme je ne suis pas maso, j’ai arrêté ma lecture en cours de route.

Ma copinaute Bianca se retrouva dans la même situation que moi, même si elle est allée s’enliser plus loin que moi, qui rebroussa vite mon chemin. C’est donc une LC loupée dans toute sa splendeur et un roman que nous allons oublier au plus vite, nous concentrant sur le suivant qui sera le tome 5 de Harry Potter.

Cette chronique n’est pas là pour descendre le roman, il a sans doute trouvé son public mais il a perdu moult lecteurs/trices dans l’aventure.

Joseph Laflamme – Tome 1 – Jack / La légende de Jack : Hervé Gagnon

Titre : Joseph Laflamme – Tome 1 – Jack / La légende de Jack

Auteur : Hervé Gagnon
Édition : Libre Expression (2014) / 10/18 (07/02/2019)

Résumé :
Montréal, août 1891. Par un matin de canicule, on découvre le corps horriblement mutilé d’une prostituée dans une rue du Red Light.

Ce meurtre est le premier d’une série comme jamais Montréal n’en a connu et qui ressemble à s’y méprendre aux assassinats commis par Jack l’Éventreur à Londres en 1888. Pourtant, étrangement, ni la police ni la presse ne s’y intéressent.

Seul Joseph Laflamme, journaliste du quotidien Le Canadien en mal de travail, fouille l’affaire malgré l’opposition des autorités et des mystérieux francs-maçons.

Un fou imite-t-il le célèbre tueur ou Jack l’Éventreur lui-même a-t-il traversé l’Atlantique pour mieux sévir à Montréal ?

Critique :
Deux personnages me font relever la tête, tel un chien qui vient de flairer la piste d’un gigot : Sherlock Holmes et Jack The Ripper.

L’un appartenant à la fiction et l’autre à la réalité. L’un redressant des torts, se trouvant du bon côté de la loi et l’autre un criminel. Cherchez pas à comprendre.

Donc, un roman intitulé « Jack » ne pouvait que me faire dresser la tête, même dans une fiction et ma PAL étant ce qu’elle est, ce roman y a pris la poussière.

Si on commence assez doucement dans l’histoire, c’est pour une bonne cause, il faut placer les décors, les protagonistes, les faire bouger devant nos yeux, faire en sorte que l’on s’y attache, que l’on se pose des questions, que l’on suppute, que l’on tremble un peu, que notre nez se plisse devant la barbarie des assassinats…

Joseph Laflamme m’a bien plu, sa frangine aussi. Ils sont humains, réalistes, tirent le diable par la queue et Joseph va vider la sienne chez une prostituée et en est amoureux. L’imbécile heureux qui pense qu’il va la sortir de ce milieu alors qu’il a du mal à joindre les deux bouts (si je puis me permettre) financièrement.

Joseph était le seul de ses clients avec lequel elle n’avait pas besoin de feindre le plaisir. La liqueur abondante qui lui coulait entre les cuisses avant qu’il la pénètre, les petits cris qui lui échappaient pendant l’acte et les morsures qu’elle lui plantait dans les épaules alors qu’il allait et venait avec une ferveur maladroite et attendrissante, la façon qu’elle avait de le retenir en elle après qu’il eut joui, tout cela était sincère. […] Quand il la prenait, mais aussi après, il ne la regardait jamais comme un vulgaire morceau de viande fraîche dans lequel il voulait vider au plus vite un sexe fébrile. Il la considérait comme une personne. Il la respectait autant qu’on pouvait respecter une putain. Avec lui, pendant une heure, elle avait le sentiment d’être une femme pure et propre.

À un moment donné, le roman est devenu addictif, on nageait en plein mystère, on avait des meurtres sordides, des flics qui ne faisaient pas leur boulot, un Joseph enquêtant lui-même, des personnages énigmatiques, l’ombre de ces pauvres francs-maçons sur qui planait encore les soupçons…

Bref, j’étais à fond dedans, bien plongée dans ce roman qui me décrivait si bien le Montréal de 18991, qui me donnait quelques atmosphères intéressantes, qui utilisaient des personnages qui me plaisait et qui ne donnait pas trop de révélations mais laissait planer un doute comme j’aime.

Certaines tirades des personnages piquaient juste où il le fallait, égratignant les financiers, les politiciens, le clergé.

— Évidemment, dans les institutions catholiques, ces ouvrages sont interdits, au point qu’ils ne sont même pas conservés à l’index. Il faut protéger l’âme des fidèles, tu comprends ? Et surtout, les curés veulent préserver le contrôle qu’ils exercent sur leurs ouailles. Imagine l’anarchie s’ils se mettaient à penser librement dans une loge !

Il n’avait quitté le pouvoir qu’entre 1873 et 1878, alors que les financiers du chemin de fer transcontinental avaient poussé un peu trop loin le financement du parti Tory en échange de contrats de construction et que la chose avait été éventée. Une maladroite erreur de parcours, rien de plus.

— Il m’a laissé entendre que Mgr Fabre n’aime pas du tout que notre journal publie des histoires de meurtres, maçonniques de surcroît. Il paraît que ça trouble les bons catholiques qui, c’est bien connu, ne doivent pas trop penser, puisque le clergé le fait pour eux.

Arrivé au final, à la révélation ultime du pourquoi des crimes, patatras, la cassage de gueule total car l’auteur n’a rien trouvé de mieux que nous ressortir une des théories à la con de Stephen Knight, celle que l’on retrouve dans le film « Meurtres par décret », à quelques détails près.

Non, pitié, pas cette théorie là que les ripperologues sont les premiers à dire qu’elle est à oublier puisque juridiquement impossible.

Ce genre d’accident (on va éviter de spolier, seuls les initiés comprendront) n’aurait jamais pu monter dessus ! La monarchie anglaise est rigide, guindée, olé-olé aussi, mais il y a des règles juridiques qui protègent et on n’y déroge pas. De plus, si la reine n’a pas consenti à la chose, alors quéquette, zéro droits !

De plus, étant donné que l’auteur inclus Martha Tabram, assassinée le 7 août 1888, cela nous donne un délai de trois longs mois pour éliminer ce qui doit être éliminé… Ça fait long, non ? Ça donne surtout le temps aux personnes misent dans le secret de foutre le camp, de se planquer et surtout, de se méfier.

J’avais déjà tiqué pour l’assassinat de Mary Jane Kelly qui, d’après le récit, semble se dérouler dans une chambre au premier étage, sur un couloir possédant plusieurs chambrées… Heu, nous sommes dans une fiction, certes, mais pourquoi changer la topologie des lieux ?

MJK avait une personne qui vivait au-dessus de chez elle (qui l’entendit chanter, même), mais sa porte donnait sur la rue, elle vivait au rez-de-chaussée (on entrait au N°13, Miller’s Court par un passage entre le 26 et le 27, Dorset Street) et la porte était fermée lorsque Thomas Bowyer fut envoyé chercher les loyers qu’elle devait à son proprio, John MacCarthy.

Le carreau était cassé et Thomas glissa un œil pour voir… Ce qu’il vit le fit sans doute blêmir puisqu’il alla chercher le proprio qui vint constater lui-même les dires du garçon.

Il posa l’oreille contre la porte et écouta longuement en retenant son souffle. Rien. Soit les autres chambreuses étaient en train de se livrer à leur négoce avec un client, soit elles se saoulaient dans un des tripots qui pullulaient dans le quartier, soit encore elles cuvaient leur vin ou reposaient leur corps malmené. Il tourna doucement la poignée et entrouvrit, les sens aux aguets. Toujours rien. Il coiffa son gibus, se glissa dehors et referma la porte sans bruit en prenant soin de ne pas la verrouiller. Le cadavre de miss Kelly devait être retrouvé ; on devait pouvoir entrer librement. D’un pas mesuré, il traversa le couloir sombre en silence, descendit jusqu’au rez-de-chaussée et sortit sans avoir croisé âme qui vive. Dehors, il faisait frisquet et un épais brouillard s’était formé, comme chaque nuit ou presque à cette époque de l’année.

N°13 Miller’s Court en 1888

Purée, c’est râlant ! Voilà un roman qui m’avait bien embarqué, qui me plaisait, malgré les libertés prises avec la disposition des lieux de chez MJK et bardaf, la catastrophe finale qui m’a fait gémir de douleur, de frustration car peu réaliste puisque juridiquement non avenue.

Nous sommes dans un roman, dans de la fiction, je l’admets, mais autant où je passerai les test ADN réalisés en 30 secondes par les Experts de tous poils (non réaliste), autant je coince sur l’irréalisme de cette théorie.

Et maintenant, les Romains vont s’empoigner car je suis face à une impasse pour la cotation du roman : il est bon, j’ai passé un bon moment mais l’explication finale a tout foutu en l’air. Mais elle sera une théorie tout à fait acceptable pour ceux ou celles qui n’ont pas ou peu de connaissance sur Jack The Ripper.

Comme je ne suis pas rancunière, fin du mois, je me ferai le tome 2 des enquêtes de Joseph Laflamme avec Jeremiah !

D’expérience, il connaissait les endroits et les recoins les plus sensibles de son corps et savait les titiller avec un doigté à nul autre pareil. L’adorable petit efféminé était ce qu’aucune femme ne serait jamais : la délicatesse avec un sexe d’homme. Jack avait fait appel à ses services par le passé même s’il coûtait cher, car chaque seconde de la torture qu’il savait si bien infliger valait son pesant d’or.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°76 et Challenge de l’épouvante Edition Autumn, Witches and Pumpkin chez Chronique Littéraire (Menu Terreur – Le crime était parfait – thriller).

 

H.H.Holmes – Tome 1 – Englewood : Henri Fabuel & Fabrice Le Hénanff

Titre : H.H.Holmes – Tome 1 – Englewood

Scénariste : Henri Fabuel
Dessinateur : Fabrice Le Hénanff

Édition : Glénat (31/05/2006)

Résumé :
L’histoire vraie du premier serial killer américain ! Londres, 1888 : L’homme suspecté d’avoir commis une série de crimes atroces contre des prostituées a quitté la Grande-Bretagne pour les états-Unis.

On perd sa trace à Chicago, et il faudra du temps aux policiers pour mettre la main sur cet individu qui a le démon en lui, et qui n’a jamais pu réprimer ses pulsions meurtrières.

Cet album relate la carrière criminelle de H.H. Holmes, considéré comme le premier serial killer répertorié dans l’histoire de l’Amérique moderne.

Herman Webster Mudgett, plus connu sous le nom d’H.H. Holmes, pendu en mai 1896, était un vulgaire escroc devenu meurtrier, suspecté d’avoir commis entre cinquante et deux cents meurtres, mais dont un seul a été reconnu.

C’est l’histoire de ce personnage méconnu que conte cette série superbement illustrée par Fabrice Le Hénanff.

Critique :
Sabrez le champagne, voici venu ma chronique la plus courte de l’histoire de toutes mes chroniques !

Les dessins sont touffus, sombres, mal faits, les personnages se ressemblent tous, le scénario est confus, on ne sait pas trop où l’on va se diriger et les tons sépias ne rendent pas justice à l’album.

Bref, pas vraiment un plaisir pour les yeux ni pour la compréhension, toute cette anarchie.

Pourtant, le pitch de départ était bon : qu’est devenu Jack The Ripper après le meurtre de Mary Jane Kelly ? Il serait parti en Amérique…

Oui, d’après le scénario, mais on se retrouve avec celui qui serait le véritable Jack (et pourvu d’un cocher nommé Netley, comme dans « From Hell » d’Allan Moore) et le tristement célèbre H.H. Holmes à tel point qu’on ne sait plus qui est quoi, ni comment ils se connaissent.

C’est touffu, on ne s’y retrouve pas, on s’y perd, pire, on n’est même pas tenté de lire la suite pour savoir comment cela va tourner.

Je l’ai lu parce que j’avais la bédé sous la main, mais à mon avis, elle va servir de cale à la prochaine escabelle qui sera rendue bancale par un sol inégal.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°44 et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

L’esprit des morts : Andrew Taylor

Titre : L’esprit des morts

Auteur : Andrew Taylor
Édition : Cherche Midi (09/06/2016)
Édition Originale : The american boy (2013)
Traducteur : Françoise Smith

Résumé :
Londres, 1819. Thomas Shield devient le professeur particulier d’un jeune Américain, Edgar Poe, et de son meilleur ami, Charles Frant, dont la mère, une femme séduisante et malheureuse, l’attire irrésistiblement.

Lorsqu’un homme est retrouvé mort et que tous les indices convergent vers la famille Frant, Thomas est emporté dans une spirale dont les conséquences risquent d’être lourdes pour lui.

Il décide alors de trouver le coupable mais le piège se referme au fur et à mesure qu’il cherche à s’en échapper. Quel est donc le lien entre ces macabres événements et le jeune Edgar Poe ? Thomas devra traverser bien des épreuves avant que la vérité soit enfin dévoilée…

Mêlant avec brio fiction et réalité, ce roman à l’intrigue haletante nous plonge dans l’atmosphère de l’Angleterre du XIXe siècle, où Edgar Allan Poe passa quatre années de son adolescence : l’agitation des rues londoniennes, les taudis de St Giles et Seven Dials, l’hypocrisie d’une bourgeoisie avide de pouvoir…

Un décor parfait pour un meurtre, des secrets de famille et une galerie de personnages loin d’être aussi respectables qu’ils voudraient le faire croire.

Critique :
La théorie de la relativité te dit que 15 minutes à attendre dans une administration passeront toujours moins vite qu’une heure à boire un verre avec des amis.

De fait, un pavé de 600 pages bourré d’action passera toujours plus vite qu’un court roman chiant de 100 pages.

Mais qu’en est-il de la longueur d’un pavé de 649 pages dans lequel on se fait chier comme un rat mort durant grosso modo les 50 premiers chapitres ??

Un calvaire ? Une horreur ? Une folie à lire ? Du masochisme ? Le tout à la fois, sans doute.

Certes, j’exagère un chouia en disant que je me suis faite chier car, rendons à César ce qui est à lui, les descriptions du Londres de 1819, la distinction nette entre les classes sociales, le racisme ambiant, le mépris pour les sans dents et les saloperies qui se passaient dans les public et private school sont très bien décrites.

Il en est de même pour le fait qu’on suspectera toujours plus vite un indigent ou un de l’Angleterre d’en bas qu’une personne bien née ou fortunée. Même dans les sans-grades, il y avait des grades et un valet de pied pourra se permettre de regarder un précepteur de haut si ce dernier tombe en disgrâce.

Rien que pour cela, le roman mériterait 5 étoiles. La recherche a dû être importante et le tout est amené de manière subtile. Les descriptions de quartiers miséreux est un vrai bonheur aussi.

Le problème est qu’entre le chapitre premier et le  chapitre 54, bon sang, il se passe peu de choses, c’est lent, laborieux et c’est avec un bonheur évident que l’on accueille la mort d’un personnage, pensant, erronément, que ça va bouger un peu plus.

Mais ça n’a pas bougé plus, hélas et plus d’une fois j’ai failli reposer le roman et l’oublier. J’ai persévéré, ça en valait un peu la peine pour les 30 derniers chapitres, mais sans que ce soit non plus un truc de fou.

Dommage car le roman avait tout pour me plaire, du potentiel, une écriture qui rendait justice à l’Angleterre de 1820, des personnages intéressants et une foulitude de petits détails sur la vie de cette époque-là.

Là, on va l’oublier.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2019-2020) – N°4 et Le pavé de l’été chez Sur Mes Brizées (Juillet 2019-Septembre 2019).

Placez votre main sur un poêle une minute et ça vous semble durer une heure. Asseyez vous auprès d’une jolie fille une heure et ça vous semble durer une minute. C’est ça la relativité.

Les mystères de Honeychurch – Tome 1 – Petits meurtres en héritage : Hannah Dennison [LC avec Bianca]

Titre : Les mystères de Honeychurch – Tome 1 – Petits meurtres en héritage

Auteur : Hannah Dennison
Édition : City Editions (31/10/2018)
Édition Originale : Murder at Honeychurch Hall (2014)
Traducteur : Raphaëlle Pache

Résumé :
Ridiculisée par la presse people, Kat Stanford abandonne son émission de télévision à succès pour se réfugier au fin fond dans la campagne anglaise. Sa mère vient d’acheter une vieille bicoque à Honeychurch, un domaine appartenant à une prestigieuse famille d’aristocrates aussi désargentés qu’excentriques.

Ah, les joies de la campagne ! Enfin, les joies, c’est vite dit… La maison de sa mère est une véritable ruine et son voisin est bien décidé à la faire déguerpir. Et puis, à peine arrivée, Kat est plongée dans un imbroglio mystérieux : une nurse disparaît et une domestique est retrouvée assassinée au fond du parc.

Quand elle apprend en plus que sa mère écrit des romans érotiques et que ce n’est pas du tout le hasard qui l’a conduite au domaine, Kate se demande ce qu’elle va encore découvrir en arpentant les sombres couloirs du manoir de Honeychruch…

Même à la campagne tout le monde a des secrets à cacher !

Critique :
J’adore les cosy mysteries, c’est frais, amusant, intriguant, bourré de mystères et des gens possédant un esprit de clocher mais ici, j’ai eu l’impression de boire un mojito sans citrons verts, sans menthe, sans sucre de canne, sans glace et surtout, sans rhum !

Oui, juste de l’eau pétillante et encore, elle était éventée et ne pétillait plus tellement.

Sans ma LC avec Bianca, j’aurais reposé ce roman assez vite car rien que dans les premiers dialogues, j’ai eu l’impression d’assister à des échanges totalement surréalistes entre Iris la mère et Kat sa fille.

Avec une mère aussi bizarre et spéciale, moi, à la place de Kat, je foutrais le camp très loin sans me retourner. Mais on dirait qu’elle nous la joue petite fille qui veut raisonner sa maman et qui accepte que cette dernière lui balane tout au visage sans qu’elle réagisse vraiment.

Dans les petits villages, pas besoin de venir de la Syrie pour être qualifié d’étranger qui dérange, suffit de venir de la capitale (Londres) ou d’une autre ville et on est déjà catalogué « pas d’ici ». Autrement dit, si vous n’avez pas un arbre généalogique qui remonte à Henry VIII dans le village, vous ne serez pas le bienvenu.

Sincèrement, j’ai eu l’impression de regarder une série estampillée TF1, le genre de programme fait pour tout le monde où l’on ne doit pas trop réfléchir, pour ne pas dire qu’on peut accorder des vacances méritées à son cerveau.

Ma foi, ça tombait bien, lire ce bouquin avec une putain de migraine qui vous vrille les tempes est salutaire car personne ne voulait bosser dans ma caboche.

Si les personnages sont insignifiants, trop caricaturaux, peu développés, fades, inintéressants, le scénario, lui, se traîne en longueur entre les péripéties qui arrivent aux personnages et les querelles de clocher.

Anybref, on s’y ennuie un peu et j’aurais bien pris le chandelier, la clé anglaise, le révolver, le poignard ou la corde pour assassiner n’importe qui dans la véranda, la bibliothèque ou la cuisine tant l’inactivité commençait à me peser et que les niaiseries des personnages commençait à me courir sur le haricot.

Ah, enfin, un cadavre, on va pouvoir enquêter avec Kat et sa mère… Non ? Ben non, on laissera le soin d’enquêter au Columbo local car il lui a piqué son imper beige et sa chemise tachée.

Tel Hercule Poirot, il réunira tout le monde dans le grand salon pour nous expliquer tout mais sans trouver le coupable, qui, tel un con, viendra tenter de faire taire le personnage qui comprend tout à un moment donné. Stupide.

Le pire, c’est que une fois terminé ma lecture, je me suis rendue compte que Bianca en avait déjà fait une fiche et que c’était le Tome 2 que l’on devait lire ensemble.

Quand je vous dit que mon cerveau était en vacances !

Allez, c’est pas que j’ai envie, mais puisque j’avais promis une LC, je me devais donc rempiler de suite avec ces personnages. On s’est déjà suicidé de 12 coups de couteau dans le dos pour moins que ça…

Heureusement, ma chère Bianca a eu pitié de mon parquet en chêne massif et m’a abjuré de ne pas lire la suite car elle était moins bien que le premier tome, qu’elle avait aimé, elle ! Donc, j’en ai été dispensée, youpie !!

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2019-2020) – fiche N°2.

Détectives – Tome 5 – Frédérick Abstraight, A cat in the barrel : Herik Hanna & Julien Motteler

Titre : Détectives – Tome 5 – Frédérick Abstraight, A cat in the barrel

Scénariste : Herik Hanna
Dessinateur : Julien Motteler

Édition : Delcourt (20/01/2016)

Résumé :
Londres, décembre 1919. Après son échec face à l’égorgeur de Greenhill, l’ancien inspecteur Frédérick Abstraight n’est plus que l’ombre de lui-même.

Devenu une source d’embarras pour ses anciens supérieurs, il est envoyé par ces derniers prendre le bon air et résoudre une mystérieuse affaire de disparition, loin, aussi poins que possible de Londres.

Lorsque le train qui l’emmène se retrouve bloqué par une avalanche, l’indésirable détective ignore, mais plus pour longtemps, que parmi les voyageurs inquiets, un meurtrier est également piégé avec lui.

Critique :
Vu ainsi, on pourrait dire que l’ancien inspecteur Frédérick Abstraight s’est fait agresser par Johnnie Walker et William Lawson tant il est bourré de chez bourré.

Pourtant, des policiers ont été le rechercher, lui qui est maintenant considéré comme le pire des inspecteurs du royaume, alors qu’avant, il était le meilleur.

Sa mission, s’il l’accepte… Retrouvez un chat ! Non, je ne plaisante pas, et les policiers anglais non plus : ce chat a de l’importance, nom d’une croquette Friskies !

Autant où miss Crumble avait de la classe, autant l’ex-inspecteur Abstraight n’en a aucune ! Il boit comme un trou, chasse le dragon et malgré toutes ses tentatives pour se donner la mort, il n’a toujours pas réussi.

Une fois de plus, les dessins sont très agréables à regarder, les couleurs aussi et le scénariste n’était pas en vacances, même si, contrairement au 1, le coup de pied au cul est moins grand.

Malgré tout, je ne m’y attendais pas, d’ailleurs, lorsque le train qui emmenait Abstraight loin de Londres se retrouve bloqué par une chute de neige, j’ai même pensé que nous allions avoir un remake du crime de l’Orient Express.

Que nenni ! On a un train bloqué, de la neige, un crime, deux crimes, trois crimes ? des personnages hauts en couleurs, mais ceci n’est pas un remake de la célèbre enquête de Hercule Poirot sous alcool.

Malgré le fait qu’il soit une épave, j’ai apprécié les réparties cinglantes de Abstraight, son franc-parler et le fait qu’il se foute des ordres, directives et autres.

Oui, Abstraight est un grand enquêteur et non, ce n’est pas de sa faute si l’égorgeur de Greenhill lui a échappé durant sa carrière.

Une bédé polar sous un froid polaire, un suspense mené de main de maître, du mystère bien dosé, un nuage de lait et quelques sucres, on touille et on obtient un thé délicieusement corsé qui se boit avec un petit sourire aux lèvres.

Un album au scénario cohérent, des personnages hautement suspects, un huis clos et une vieille connaissance qui s’invite à la fin de l’album. Le pied total !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

Détectives – Tome 1 – Miss Crumble, Le monstre botté : Herik Hanna & Sylvain Guinebaud

Titre : Détectives – Tome 01 – Miss Crumble, Le monstre botté

Scénariste : Herik Hanna
Dessinateur : Sylvain Guinebaud

Édition : Delcourt (07/05/2014)

Résumé :
Angleterre, 1918. Au lendemain de la guerre, dans le sympathique village de Sweet Cove, tout respire la douceur de vivre.

Ah, Sweet Cove… Ses jardins bien entretenus, ses salons de thé aux doux parfums de gâteaux fraîchement sortis du fou.

Et en parlant de gâteaux… Une célèbre institutrice retraitée va bientôt s’adonner à son sport préféré : la chasse aux suspects.

Un mystérieux assassin, un véritable colosse au vu des traces de pas laissées derrière lui, sème la mort dans cette paisible campagne.

Et lorsque le « Monstre botté » commet l’erreur de s’en prendre à ses proches, Miss Crumble voit rouge.

La plus gonflée des 7 détectives est de retour dans une enquête en solo. Juste le temps pour elle de révéler l’impossible.

Critique :
Les enquêteuses Anglaises ont toujours un petit truc en plus que les autres n’auront jamais. Est-ce dû au climat de l’Angleterre ? Au charme surannée des petits villages tels qu’on trouve chez nos voisins d’outre-Manche ?

Je ne sais pas. Une chose est sûre, cette miss Crumble ne déroge pas à la règle.

N’allez pas croire que parce qu’elle porte un nom de dessert qu’elle est une vieille tarte, bien qu’elle ait un caractère bien trempé et une main d’acier capable de broyer une paire de burnes.

Miss Crumble a des atouts dans sa manche, de la sagacité, de l’intelligence, un sens de la déduction à faire rougir les enquêteurs mâles célèbres et, si on ne lui avait pas donné ce nom, on aurait même pu l’appeler madame Bellepaire de Loches car elle a la poitrine volumineuse et cette dernière n’a pas encore été soumise aux terribles lois de l’attraction terrestre qui touche certains appâts à partir d’un certain âge, âge certain qu’elle a déjà.

Il est sûr et certain que les hommes qui font sa connaissance ne prendront pas garde à son sens de la déduction, mais verront, en premier lieu, son sens de la séduction, magnifié par ces deux obus, avant de se prendre une de ses cinglantes réparties dans la tronche.

Les Sept détectives m’avaient bluffés et notre Miss Crumble en était, son histoire solo ne pouvait être que bonne. Pari gagné haut la main et entre nous, Miss Crumble a plus d’allure que Agatha Raisin.

Les dessins sont agréables pour les yeux, le petit village de l’Angleterre d’après guerre est bien représenté, on a l’impression que nous avons franchi la Mer du Nord et que nous avons mis le pied chez nos futurs voisins, 100 ans avant leur Brexit.

Les dialogues sont savoureux comme des scones de Dame Ida, onctueux comme une crème qui descendrait toute seule dans la gorge (telles les sucettes à l’anis d’Annie), épicé comme un bon curry et le tout a le goût fumé et précieux d’un Lapsang souchong grand cru !

Anybref, ceci n’est pas une BD qui se dévore en 10 minutes pour cause de dialogues aussi fin que du papier cigarette, mais c’est dense et on est assuré d’en avoir pour son argent en temps de lecture.

Les crimes sont mystérieux, énigmatiques et je n’ai pas su où donner de la tête tant je me creusais les méninges afin de savoir QUI avait tué, nom d’un pipe.

À un moment donné, j’ai suspecté une personne, mais je m’étais fourrée le doigt dans le nez jusqu’au coude. N’ébruitez pas cette erreur au Maître des détectives, merci (Holmes).

Le final, je ne l’ai pas vu venir et je me le suis pris dans la gueule tel un train de l’époque lancé à pleine vitesse. Fallait y penser, c’était vicieux comme je l’aime.

Une réussite en images, en dialogues, en suspense et en « j’en suis tombée sur le cul ».

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et

 

Détectives – Tome 3 – Ernest Patisson – Hantée : Herik Hanna & Ceyles

Titre : Détectives – Tome 3 – Ernest Patisson – Hantée

Scénariste : Herik Hanna
Dessinateur : Ceyles

Édition : Delcourt (28/01/2015)

Résumé :
Ernest Patisson est invité sur une île écossaise reculée. Le maître des lieux aimerait beaucoup avoir l’avis du détective au sujet de l’esprit machiavélique qui semble persécuter son épouse.

Patisson répond volontiers à l’étrange invitation. L’helvète, éternel sceptique, a déjà hâte de lever le mystère.

Mais sur l’île isolée, alors que les portes claquent et que les cris résonnent dans la nuit, le sang ne tarde pas à couler.

Critique :
Une île où le manoir est hanté… Une île ? Ou plutôt un grand rocher dont les héritiers ne peuvent s’échapper sous peine de mort et lorsque Patisson arrive, dehors, c’est ♪ comme un ouragan ♫ La tempête en mer ♫ mais sans Steph’ de Monac’

Patisson, j’avais croisé sa route dans « 7 détectives » et notre sceptique détective ne croit pas aux fantômes ou à tout autre truc dit « hantés ».

C’est donc muni de son scepticisme légendaire, de sa belle moustache et du capitaine Phillips que Patisson débarque, par une nuit de tempête, de pluie et de mer agitée sur cet espèce de rocher où se trouve le manoir appartenant à ma famille Wallace, habité par James Wallace l’alcoolique, sa femme  Marisa devenue zinzin et ses deux domestiques.

— Si ma moustache n’est pas coiffé, mes idées ne sont pas ordonnées.

Ambiance Cluedo et so british pour cette enquête qui a tout du fantastique, avec une touche d’humour noir et cynique comme je l’aime. Ernest Patisson n’a pas sa langue en poche et ses réparties font souvent mouche, quand elles ne mouchent pas les autres.

— Enchanté Monsieur Patisson, votre réputation vous précède !
— Pourvu qu’elle me suive par la même occasion !

— Elle ne respire plus.
— C’est très regrettable. J’en suis profondément attristé, mais c’est malheureusement courant chez les personnes ayant une hache plantée dans le dos.

Qui a utilisé une hache pour la planter dans le dos de la victime ? Qui a tué une autre victime avec le chandelier, sachant que Miss Pervenche et le colonel Moutarde n’étaient pas sur les lieux ? Vous le saurez en suivant l’enquête d’ Ernest Patisson !

Tel un Hercule Poirot obnubilé par sa moustache et par son habillement, notre homme n’interroge personne, se contentant de claquer des portes et de fumer des cigares puants pour résoudre ces crimes commis en huis-clos, puisque personne ne peut quitter l’île.

Passant de 9 personnes à 8 et puis à 7, cette enquête a des airs de « Dix petits nègres » surtout lorsqu’une autre personne bouffe son acte de naissance alors que tout le monde était réuni à la cuisine, devant des oeufs… Ils étaient 9 et les voilà à 6. Si ça continue, ils ne seront plus personne.

QUI est le coupable ? Le neveu héritier ? Sa copine ? Le notaire ? Le butler ? La bonne qui ne sait pas cuisiner ? Ou un autre ? Tous ensemble ? À tour de rôle ? Je ne parlerai que sous la torture !

Un plongeon toute respiration retenue dans cette enquête qui fleure bon les années 20, les costumes et les tenues d’époque, ainsi que les moustaches et les coiffures où rien ne dépasse.

Le scénario est au petit oignons et mieux cuisiné que le rôti de la cuisinière, le tout étant servi par des dialogues coupés finement et des dessins qui donnent corps à ce récit qui m’a laissé sans voix. Digne de la mère Christie, tiens !

Une ambiance aux relents anglais d’avant brexit, une île au milieu de la flotte déchaînée, un manoir hanté, une épouse qui entend des voix, qui n’est pas crue sans pour autant finir cuite, comme Jeanne d’Arc, une malédiction qui dit que celui qui quittera la manoir finira dans la tombe et le tonnerre qui gronde.

Ça, c’est de l’atmosphère ! J’ai comme qui dirait pris mon pied littéraire avec cette bédé, moi…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

 

L’assassinat d’Hicabi Bey – Alper Kamu 01 : Alper Canigüz

Titre : L’assassinat d’Hicabi Bey – Alper Kamu 01

Auteur : Alper Canigüz
Édition : Mirobole (23/05/2014) / Livre de poche (03/06/2015)
Édition Originale : Oğullar ve Rencide Ruhlar (2004)
Traducteur : Célin Vuraler

Résumé :
Alper Kamu est un curieux petit garçon qui s’est promis de résoudre un meurtre commis dans son quartier à Istanbul.

Il a trouvé Ertan le Timbré à côté du cadavre encore chaud d’Hicabi Bey, policier à la retraite, la télévision allumée à plein volume, mais le cinglé du voisinage était plutôt là pour regarder l’équipe du Besiktas perdre en Ligue des champions.

Déjà tête à claques d’existentialiste, Alper le désormais détective va sécher la maternelle et balader son revolver en plastique Dallas Gold dans une mégapole bigarrée, pleine d’amantes fatales, d’épiciers lyriques et de directeurs sournois…

Critique :
Y’a plus d’jeunesse, ma bonne dame ! Regardez par exemple le jeune Alper Kamu… Non, je ne suis pas enrhubée et je ne suis pas en train d’ibiter un allemand qui barle, il se nomme bien Alper Kamu, le gamin !

Cinq ans, le gamin, et il te cause comme une sorte de Sheldon Cooper de 9 ans…

Son cynisme et son sens de la répartie sont toujours de sortie et il n’a pas peur de répondre aux adultes ou aux gosses plus âgés que lui.

Ma plus grande crainte, en entament ce policier où l’enquêteur a 5 ans, était de ne pas adhérer au personnage et, contrairement à ce que je pensais, je l’ai adoré, ce sale gamin plus intelligent que la moyenne.

Effectivement, ça ne fait pas très réaliste et on aurait plus l’impression de se trouver comme dans la série de « Détective Conan », avec un jeune homme coincé dans le corps d’un gamin suite à une malédiction.

Alors oui, Alper Kamu a beau être intelligent, ce n’est tout de même qu’un gosse de 5 ans qui ne va plus à la maternelle car sa place n’est pas là. Si ses amis lisent Petzi, lui, il se tape Dostoïevski, excusez- du peu. Ou Nietzche, pour se marrer.

Le summum de l’humiliation. Rendez-vous compte, on réclamait de moi, Alper Kamu, fervent admirateur de Chostakovitch, que je m’époumone sur l’air de « Il était une bergère » ! Fort heureusement, mon comportement asocial et mes récurrentes éruptions colériques ont amené la maîtresse à penser que je devais être attardé, si bien qu’elle a fini par me laisser tranquille.

On mettra le réalisme de côté pour profiter pleinement de la causticité du gamin, de son esprit éclairé, de sa vision réaliste du monde et de l’enquête qu’il va réaliser suite à l’assassinat de son voisin, le vieux grincheux Hicabi, ancien flic et entouré de bien des mystères.

Je me suis toujours étonné qu’on puisse considérer les enfants comme des êtres beaux, innocents et naïfs. Quand je regarde ces gamins, je ne vois que les aspects les plus vils et violents de l’humanité. D’ailleurs, je ne me sens pas vraiment différent. Seulement, j’ai de la chance de savoir exprimer ma laideur intérieure de manière plus raffinée

L’enquête n’est aussi qu’un prétexte pour nous parler de la société Turque, de son administration corrompue (et tout le reste aussi), de la pauvreté de certains quartiers, de la délinquance, de la police… Disons ce qui est, l’auteur ne se prive pas de tirer à boulets rouges sur tout ça et il le fait bien.

Beau pays ! Un meurtre vient d’être commis mais il faut attendre la fin d’un match de foot pour que la police et le procureur lève le petit doigt. Mais effectivement, pourquoi paniquer puisque les criminels étaient sûrement occupés à la même chose !

J’ai passé un moment jubilatoire avec ce jeune héros qui n’a pas sa langue en poche et qui était présent avec sa gamelle lors de la distribution de cervelle ! Il est fin, rusé, malin, cynique et pour que son père ne soit pas muté ailleurs, il va mettre tout en oeuvre afin de négocier avec le directeur, un triple connard.

N’allez pas croire que l’enquête soit bâclée parce que c’est un enfant qui mène l’enquête ! Moi, je n’avais rien vu venir du tout !

En se promenant tranquillement dans ses rues et en posant des questions, notre jeune garçon va en apprendre plus que tous les flics réunis, et, tel un Sherlock Holmes en culottes courtes, tel un Hercule Poirot en short (shocking), Alper va assembler tous les bouts de ficelles pour en sortir un écheveau dont toutes les mailles vont venir se resserrer sur le coupable.

Voilà un roman policier drôle, intelligent, subtil, inattendu, caustique, le tout servi par un personnage hors norme, limite extra-terrestre, surtout lorsqu’on se rappelle qu’il n’a que 5 ans.

— Voir que nos institutions publiques sont dirigées par des fascistes aussi subtils que vous me redonne confiance en ce pays, monsieur.

Il était né laveur de voitures. Mais la vie l’avait condamné à devenir épicier, tout comme elle avait condamné de formidables maraîchers à être députés. Le système tue les talents.

Avec un final inattendu, à cent lieues de ce que l’on aurait pu croire, voilà un roman policier qui sort des sentiers battus grâce à un très jeune enquêteur, à d’autres personnages assez hauts en couleurs et une plume acide qui n’hésite pas à piquer le pays là où ça fait le plus mal.

Un petit détail qui m’a plu, ce sont les titres des chapitres, tous ayant une référence littéraire connue. Et puis, vous avouerez que les éditions Mirobole savent soigner leurs couvertures, c’est autre chose que l’édition de poche.

Mes deux seuls bémols – ben oui, il y en a – seront pour un chapitre fort onirique, suite à la consommation de champignons louches par Alper et le délire qui en a résulté.

Ce chapitre long et lourd (« Ainsi hallucinait Zarathoustra ») a été indigeste à lire, alors que je venais de dévorer tout ce qui précédait, sans oublier le petit bémol sur le fait que ce n’est pas très réaliste d’avoir un enquêteur de 5 ans qui s’exprime de la sorte.

Quatre ans de plus, et ça passait mieux, mais alors, Alper Kamu aurait été en obligation scolaire. En tout cas, ça change de tout ce que j’ai pu lire jusqu’à présent, et ça, ça compte énormément aussi. Comme quoi, tout est toujours possible en littérature policière.

Un roman policier qui défrise et où suivre les monologues d’Alper Kamu, ainsi que ses pensées, ses traits d’esprits, est bien plus intéressant que de savoir qui a tué Hicabi Bey, le vieux grincheux qui écoutait sa télé à fond la caisse.

Faudra que je teste la suite, si j’ai du temps devant moi, vu que ma PAL est comme Alper Kamu : hors-norme elle aussi !

Je m’appelle Alper Kamu et j’ai fêté mes cinq ans. À l’approche de mon anniversaire, j’ai passé le plus clair de mon temps posté à la fenêtre, à observer les gens au-dehors. Ils traversaient la vie tantôt accélérant, tantôt ralentissant, et émettaient toutes sortes de bruits, le regard sans cesse en mouvement. J’étais malade à l’idée qu’un jour je deviendrais l’un d’eux. Malheureusement, il n’y avait aucune autre issue possible ; le temps s’écoulait, inexorable, et je vieillissais vite.

Ce samedi était un jour de pluie ordinaire. Après un petit déjeuner tardif, mon père s’est plongé dans ses mots croisés et ma mère dans sa lessive. Comme tous les travailleurs de la classe moyenne, ils passaient leur semaine à attendre le week-end, et le week-end à s’ennuyer de leur travail. Ils ne verraient même pas arriver leur dernière heure-ou la victoire ultime du système.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

Inexorable : Claire Favan

Titre : Inexorable

Auteur : Claire Favan
Édition : Robert Laffont La bête noire (11/10/2018)

Résumé :
Vous ne rentrez pas dans le moule ? Ils sauront vous broyer.

Inexorables, les conséquences des mauvais choix d’un père.
Inexorable, le combat d’une mère pour protéger son fils.
Inexorable, le soupçon qui vous désigne comme l’éternel coupable.
Inexorable, la volonté de briser enfin l’engrenage…
Ils graissent les rouages de la société avec les larmes de nos enfants.

« Claire Favan franchit un cap avec cette histoire qui touchera inexorablement votre âme. » Yvan Fauth, blog EmOtionS.

« À l’enfant qui est en vous, ce livre peut raviver des douleurs. À l’adulte que vous êtes devenu, il vous bousculera dans vos certitudes. » Caroline Vallat, libraire Fnac Rosny 2

Critique :
Le résumé de ce livre m’avait attiré, les critiques élogieuses me donnaient encore plus envie de me plonger dans cette histoire d’un enfant mis à l’écart à l’école.

Ne pas rentrer dans le moule et se retrouver mis à l’écart, je connais ça, j’ai vécu ça, faut pas croire que j’étais une meneuse à l’école, ni la plus populaire.

Ce genre de sujet aurait dû me parler, me procurer des émotions fortes, de l’empathie pour Milo, ce jeune garçon mis au ban dans son école, mais là, j’ai eu du mal à m’attacher à lui car nous n’avions rien en commun…

Bon, déjà, un papa gangster, ça n’aide pas à se sentir en phase, le mien n’ayant jamais pratiqué cette profession lucrative et dangereuse… De plus, si Milo est écarté et perd ses copains, c’est suite à la violence qu’il commence à développer envers les autres, ce qui entraînera l’effet boule de neige de se retrouver accusé de tous les maux, même lorsqu’il est absent. Le bouc émissaire parfait, en quelque sorte.

J’avoue que j’aurais préféré tomber sur un récit plus conceptuel de mise à l’écart d’un enfant dans une école : un enfant timide, taiseux, d’une couleur différente, possédant un petit handicap, ou un retard mental léger…

Ceci afin de pouvoir rattacher cet enfant à un sentiment connu, vécu par moi-même ou par d’autres enfants et qui m’a été raconté. Là, pour ces gosses, j’ai de l’empathie, mon cœur saigne car la mise à l’écart est injustifiée.

Mais un enfant violent, ça fait rejaillir aussi ce que les enfants d’amis ont subi : les coups porté par cet enfant à d’autres et la direction de l’école qui, tel Ponce Pilate, se lave les mains en se retranchant derrière le « C’est un enfant à problème, on ne sait rien faire de plus ».

Comme une amie à moi qui est dans le cas : son gamin s’en prend plein la gueule suite à un enfant violent et le violent n’est pas écarté, ni puni… Et ce gosse ne doit pas sa violence à d’autres enfants de l’école qui l’auraient eux-mêmes maltraité, ni à un milieu familial chaotique. Mon petit-neveu en a souffert aussi, en 2ème maternelle, autrement dit, entre gosses de 3-4 ans !

Anybref, j’ai apprécié le récit, mais niveau émotions, je ne serai pas en overdose puisqu’il m’en a manqué.

J’ai eu du mal à m’attacher à Milo, même si j’ai trouvé le comportement de ses profs injuste et que ces derniers, au lieu de l’aider, l’ont enfoncé un peu plus car il est plus facile de détruire que de construire, plus facile d’enfoncer que d’aider à sortir la tête hors de l’eau.

Idem au niveau de ses copains de classe, qui ont profité ensuite de la situation de bouc émissaire de Milo, mais là, tout le monde sait que les chères têtes blondes sont de vrais démons entre eux.

Malgré tout, l’auteur met bien en évidence le fait qu’un parcours scolaire chaotique tel que fut celui de Milo a débouché sur un jeune homme en manque de confiance, de repères et que ça lui a bousillé ses chances professionnelles.

Par contre, l’auteur m’a glacée au niveau de son polar et de ce qu’une mère est capable de faire pour sauver son enfant. Là, elle m’a troué le cul et je ne m’en suis pas encore remise, oscillant toujours entre le « elle a eu raison » et le « rien ne justifiait cette action ».

Une demi-teinte pour moi, puisque je cherchais autre chose, carton plein pour le côté polar puisque j’en ai pris plein ma gueule sans pouvoir bouger pendant que l’action se déroulait sous mes yeux.

Par contre, pour vous, ce sera peut-être le ticket gagnant au niveau des émotions ou de l’empathie. Je désirais autre chose, je ne l’ai pas eu, ce qui ne m’empêchera pas de sauter de joie à l’idée du prochain roman de l’auteure et de le lire car madame Favan m’a déjà donné un fameux quota d’émotions avec ses autres livres.

EDIT : le coup d’Olivier Norek en marraine la bonne fée, dans les remerciements, m’a fait pisser de rire !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).