Illusions : Maxime Chattam [Par Dame Ida]

Titre : Illusions

Auteur : Maxime Chattam
Édition :

Résumé :
Bienvenue à Val Quarios, petite station de ski familiale qui ferme ses portes l’été. Ne reste alors qu’une douzaine de saisonniers au milieu de bâtiments déserts. Hugo vient à peine d’arriver, mais, déjà, quelque chose l’inquiète. Ce sentiment d’être épié, ces « visions » qui le hantent, cette disparition soudaine…

Quels secrets terrifiants se cachent derrière ces murs ? Hugo va devoir affronter ses peurs et ses cauchemars jusqu’à douter de sa raison…

Bienvenue à Val Quarios, une « jolie petite station familiale » où la mort rôde avec la gourmandise d’une tempête d’été.

L’avis de Dame Ida :
Hugo vient de se faire larguer. Il n’y a pas a dire, son ex a bien eu raison ! Il est nul ! Un vrai raté ! Un foutu de la vie qui n’a rien fait de son existence et est condamné à végéter en tournant autour de son nombri l!

Acteur-romancier sans succès ! Et pourquoi pas influenchieur pendant qu’on y est !

Bref, réalisant la fatuité de son parcours, il décide de changer de vie… de prendre du recul… et au lieux de se retirer dans un monastère, il part travailler comme factotum sur une station de ski désertée et isolée du reste du monde pendant la saison d’été. Ça lui apprendra la vie de bosser pour de vrai!

Et comme il a des prétentions d’écrivain à ses heures et qu’il se retrouve loin de tout dans une station vide et presque fantomatique ça vient planter un décor à la Shining ! La référence est claire et même évoquée par l’auteur. D’ailleurs, moi aussi j’ai tendance à prendre mes jambes à mon cou quand je croise des jumelles dans un couloir…

Évidemment dans un tel contexte ça ne peut pas bien se passer et nous voilà partis pour un peu moins de 500 pages de mystères mystérieux.

Quand j’étais jeune, jadis, il y a fort fort longtemps, au siècle dernier pour ne pas dire au millénaire précédent, le Club Dorothée nous assommait de dessins animés japonais stéréotypés produits de manière industrielle et toujours écrits sur le même plan, comme le fameux Goldorak.

Serai-je méchante au point de trouver que Maxime Chattam écrive lui aussi toujours la même chose ?

Non ! Rassurez-vous ! Je serais objective et une fois de plus je louerai son parfait sens de l’intrigue, son art de noyer le poisson et surtout son imagination débordante et un brin perverse qui le conduit roman après roman à nous créer des histoires originales et bien terrifiantes.

Alors ? Pourquoi je parle de dessin animé japonais ? Et bien parce que le Sieur Chattam tend malgré tout à recycler certains éléments de construction dans ses romans.

À savoir celui du héros qui se perd en conjectures aussi multiples qu’erronées page après pages, revoie et amende ses théories en nous embarquant avec lui dans… l’erreur jusqu’au bout du roman, mais tout en arrivant au moment de la révélation finale de la vérité !

La marche n’est qu’une succession de chutes coordonnées diraient certains ? Avec Chattam c’est souvent ainsi. Le héros se trompe mais d’erreur en erreur il finit par arriver à la vérité !

Le personnage principal qui se plante et emmène avec lui le lecteur en courant dans tous les sens dans ses errements logiques, il n’y a rien de mieux pour nous empêcher de réfléchir et de comprendre ce qui se trame par nous mêmes. Artifice efficace, mais un brin lassant à force.

C’est un truc qu’il a déjà utilisé maintes fois dans certains de ses autres romans depuis les Arcanes du Chaos. Cela m’a frappée parce que roman après romans ses héros me semblent souvent particulièrement idiots vu qu’à la fin, on découvre qu’ils étaient totalement à côté de la plaque de bout en bout.

Et là le Hugo, il décroche la palme de la catégorie ! Je l’ai même trouvé carrément fatigant parce qu’il partait bille en tête dans des élucubrations et conjectures tout de mêmes loin d’être banales, pour ne pas dire abracadabrantes sur la base de… rien ! Ou presque. Des intuitions… des interprétations… pour ce que ça vaut!

Et mieux ! A un moment il trouve des éléments nouveaux presque par hasard en suivant une piste douteuse basée sur un raisonnement foireux et voilà qu’il change de théorie du tout au tout, sans s’expliquer en quoi que ce soit des raisons de ce changement radical de théorie.

Une telle progression logique laisse le lecteur attentif quelque peu perplexe.

En outre… Chattam évoque à certains moments des livres fictifs, issus de l’œuvre de Lovecraft, comme s’ils étaient réels, sans forcément en faire quelque chose et rendant assez obscur la limite entre ce qui relèverait d’une intrigue policière ou d’une intrigue fantastique. On retrouvera ainsi quelques autres pistes de ce genre laissées en plan, reprises plus tard sous un autre angle…

Encore une fois, je note aussi que Maxime Chattam est capable de faire un gros boulot de documentation mais… qu’il ne va pas jusqu’au bout de celui-ci, exploitant improprement certains éléments qu’il est allé pêcher, pour expliquer certains détails de son intrigue… je ne peux malheureusement en dire plus sans spoiler la fin.

Mais comme c’est un sujet que je connais bien forcément j’ai pu relever l’approximation fautive. C’est dommage. Bon… si on ne connaît pas on passe à côté évidemment et ça fonctionne… mais quand on est au courant on trouve ça un peu ballot.

L’ennui, c’est aussi que souvent le personnage principal qui porte sur ses épaules la responsabilité de conduire le lecteur à travers l’œuvre, se confond avec l’auteur lui- même…

D’ailleurs quelques détails personnels concernant l’auteur se retrouvent en Hugo, soulignant l’identification auteur/personnage principal (pas seulement les aspirations à l’écriture… ses références à ses origines Normandes).

Alors la question est de savoir si Chattam décrit précisément les élucubrations d’un esprit brouillon qui devine qu’un truc louche se passe, sans avoir grand chose pour étayer ses intuitions très personnelles et souvent fausses… ou s’il est lui-même parti d’un point de départ sans trop savoir comment il compte parvenir au but qu’il s’est fixé.

Bref si l’intrigue imaginée est une fois de plus brillante, si Chattam fait ici en outre de réels efforts dans son style d’écriture, il peine malgré tout à se renouveler quant à sa méthode narrative que j’ai trouvée ici propice à rendre son personnage principal ridicule pour ne pas dire pathétique au point de faire douter de l’auteur lui-même.

Certains éléments du dénouement pourront expliciter ce côté pathétique… mais avant d’arriver au final il faut traverser le roman avec le personnage principal qui va d’hypothèse en théorie sur la base de pas grand chose avant la page 300… et qui surinterprète les faits dont il dispose ensuite. Aussi aurait il mieux valu ne pas le présenter autant comme à côté de la plaque d’un bout à l’autre.

Le dénouement mérite d’être évoqué. Pas dans son contenu évidemment ! On ne va pas spoiler et vous raconter la fin ici! Mais… on ne peut que lui reconnaître une originalité certaine dans son genre… je ne vous en dirais pas plus ! Mais Chattam a su éviter la banalité.

Bref, comme toujours avec Chattam, depuis les « Arcanes du Chaos », mon avis sera mitigé : une lecture de vacances distrayante partie d’une idée d’intrigue diabolique mais dont le développement souffre de quelques faiblesses entre une très bonne première centaine de pages plantant très bien le décor, et une dernière centaine de pages qui nous conduit vers un dénouement surprenant comme toujours.

 

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Sherlock Holmes et le trésor des Dolomites : Fabrizio Torchio et Riccardo Decarli

Titre : Sherlock Holmes et le trésor des Dolomites

Auteurs : Fabrizio Torchio et Riccardo Decarli
Édition : Ginkgo – Noir (07/05/2021)
Édition Originale : Sherlock Holmes e il tesoro delle Dolomiti (2021)
Traduction : Pierre Charmoz

Résumé :
Sherlock Holmes et Watson font de l’escalade. À la suite de tentatives de vol de sacs à dos au siège de l’Alpine Club londonien, le célèbre détective et son biographe sont entraînés au cœur des Dolomites, à la recherche d’un mystérieux trésor convoité à la fois par des indépendantistes indiens et des officiers hongrois opposés à l’empire des Habsbourg.

De Londres à San Martino di Castrozza, ils découvriront le monde singulier des alpinistes anglais, puis celui des irrédentistes italiens, avant d’affronter un terrible sommet des Dolomites, dans le Trentin alors sous domination autrichienne.

Servi par une (double) plume alerte, ce roman transalpin vient compléter les enquêtes de Sherlock Holmes sur les Alpes concoctées par Pierre Charmoz et Jean-Louis Lejonc (dans la même collection).

Critique :
Holmes et Watson qui font de la grimpette, ce n’est pas banal… De la vraie grimpette, rien de sexuel dans l’affaire, bande d’obsédés, va.

Sans jamais vraiment avoir fait de l’escalade auparavant, Watson va même très bien se débrouiller, dans les Dolomites, alors que moi, je n’oserais jamais ou alors, je tomberais morte après 200m d’escalade.

Anybref, là n’est pas le sujet… Que vaut ce roman ? Ma foi, il est correct, si on ne va pas chercher la petite bête. Notamment avec notre brave docteur qui escalade sans préparation préalable…

Ou dans une partie de la résolution de l’affaire, avec les sacs des alpinistes. Heu, je ne comprends pas comment l’homme a pu réaliser ça, de nuit, sans que personne ne s’en rende compte. Moi, si on chipote à mon sac à dos, surtout pour y faire des travaux de couture, c’est radical que je le verrai de suite ! Mais je chipote…

Les enquêtes de Sherlock Holmes sont toujours mieux au format des nouvelles que du roman et j’avoue que je n’ai jamais été adepte d’un Holmes dans le rôle du détective déjouant des complots nationalistes ou autre concept relevant plus de l’espionnage que des enquêtes pures et dures.

Ce roman possède un volet politique, avec notamment le Trentin, les indépendantistes, l’Empire austro-hongrois et les Hindous, le tout donnant une soupe qui n’est pas trop indigeste, mais dont je ne cours pas après dans les aventures de mon Holmes adoré.

Les personnages sont assez canoniques, des plus correct, même s’il manquait à Holmes cette grandeur, cette flamboyance que l’on ressent de suite en lisant les écrits de Conan Doyle (qui pourtant, le détestait).

Oui, il manquait un petit quelque chose pour que Holmes et même Watson soient les personnages originaux, ceux que l’on aime de suite, ceux qui ne vous laisse pas indifférents, ceux qui vous marquent à vie. Dommage.

Dans l’ensemble, je ne peux pas dire que cette lecture est ratée, ou que je n’ai rien aimé de ce que j’ai lu. L’enquête est correcte, bien que je n’aime pas le côté politique avec Holmes et tout ce monde qui court derrière un trésor, même si celui-ci n’est pas un coffret rempli de pierres précieuses.

Holmes peut grimper des montagnes, sans soucis pour moi (c’est lui qui grimpe, moi, je me contente de regarder), mais je le préfère dans des enquêtes qui ne se mêlent pas de politique, mais avec des disparitions mystérieuses, des meurtres, des tentatives de meurtres, des émeraudes cachées dans un jabot, des messages secrets, bref, ce qui fait l’essence même de Holmes.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°66].

On était des loups : Sandrine Collette

Titre : On était des loups Auteur : Sandrine Collette Édition : J.-C. Lattès (24/08/2022)

Résumé : Ce soir-là, quand Liam rentre des forêts montagneuses où il est parti chasser, il devine aussitôt qu’il s’est passé quelque chose. Son petit garçon de cinq ans, Aru, ne l’attend pas devant la maison. Dans la cour, il découvre les empreintes d’un ours. À côté, sous le corps inerte de sa femme, il trouve son fils. Vivant.

Au milieu de son existence qui s’effondre, Liam a une certitude. Ce monde sauvage n’est pas fait pour un enfant. Décidé à confier son fils à d’autres que lui, il prépare un long voyage au rythme du pas des chevaux. Mais dans ces profondeurs, nul ne sait ce qui peut advenir. Encore moins un homme fou de rage et de douleur accompagné d’un enfant terrifié.

Dans la lignée de Et toujours les Forêts, Sandrine Collette plonge son lecteur au sein d’une nature aussi écrasante qu’indifférente à l’humain. Au fil de ces pages sublimes, elle interroge l’instinct paternel et le prix d’une possible renaissance.

Critique :
Du personnage de Liam, nous n’en saurons pas beaucoup, juste qu’il semble être un survivaliste, ou du moins, un homme qui a choisi de vivre dans les montagnes, reclus, avec peu de contact avec les autres humains.

Nous ne connaîtrons pas l’endroit où le récit se déroule, mais vu les étendues, ce n’est pas en Belgique ! France ? Amérique ? Tout est permis. Liam est un peu fruste, bougon, a ramené une femme parce qu’elle voulait vivre avec lui et lui a fait un enfant un peu à contrecœur.

Lorsque le drame survient, il ne sait quoi faire de cet encombrant gamin de 5 ans, qui va le gêner dans ses chasses, qu’il ne pourra pas laisser seul dans la cabane, les voisins les plus proches se situant à des heures de marches (ou de chevauchée, puisqu’il possède deux chevaux).

Son récit est à son image : fruste, sans fioritures, sans beaucoup de ponctuation, sans guillemets ou tirets cadratins, les dialogues se trouvant saisis dans le texte brut. Lorsqu’on lit son histoire, on la croirait écrire par un homme qui a arrêté après ses primaires ou alors, par un auteur qui manque de talent.

Une écriture pareille, ça passe ou ça casse. Chez moi, c’est passé comme une lettre à la poste (un jour où il n’y a pas grève), car cette écriture rustre, brute de décoffrage, ajoutait du relief au récit, du réalisme. Un homme vivant dans la nature, chassant le gibier et vivant en autarcie peut-il écrire comme une personne lettrée ? Non, ça ne l’aurait pas fait…

Ce roman, c’est l’histoire d’un homme qui n’est pas près pour être père, qui a eu un père violent et qui a peur de reproduire cette violence (il fera même pire). Celle d’un homme attaché à sa vie dans la nature et qui aimerait se débarrasser de son gamin encombrant en le confiant à de la famille.

Liam est un homme d’action, pas de réflexion, pas d’introspection. Il agit, il parcourt la forêt, il chasse, il se tient éloigné de ses semblables. Oui, Liam est un loup.

Comme bien des voyages, celui qu’il fera en compagne de son gamin sera initiatique, l’occasion pour eux deux de se retrouver seuls, d’avoir du temps pour se parler… Ah non, Liam est un taiseux, je vous le disais, il ne sait pas quoi dire à son fils, il ne trouve pas les mots. Alors, ils chevauchent durant des jours et des jours…

Un récit anxiogène, manquant tout de même de réalisme dans le fait que le gamin, 5 ans, qui n’a jamais monté à cheval, va rester sur sa selle durant des heures et des heures, des jours et des jours, sans jamais se plaindre d’avoir mal son cul, ses cuisses, ses muscles… Oui, à force de monter, le corps s’adapte, on n’a plus mal, mais avant que ça n’arrive, je vous garantis que l’on a des douleurs partout !

Un récit sombre, violent, anxiogène, mais au moins, dans toute cette noirceur, il y a une petite lumière qui brille !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°62].

West Legends – Tome 5 – Wild Bill Hickok, Forty Bastards : Nicolas Jarry, Laci et J. Nanjan

Titre : West Legends – Tome 5 – Wild Bill Hickok, Forty Bastards

Scénariste : Nicolas Jarry
Dessinateur : Laci

Édition : Soleil (13/10/2021)

Résumé :
Le train de Wild Bill Hickok déraille quelques heures après son départ. Isolés, les survivants ignorent que la plus grande menace n’est ni les Indiens ni les loups ni le froid, mais la cavalerie des États-Unis, avec à sa tête le pire des fils de putes que l’Ouest ait connu, bien décidé à reprendre ce que Hickok lui a volé, quitte à tuer tous ceux qui se mettront en travers de son chemin.

Critique :
Wild Bill Hickok est une figure moins connue de l’Ouest, mais cette bédé ne nous racontera pas toute sa vie, se contentant de nous narrer un seul épisode, mais quel épisode !

Nous apprendrons qu’il était shérif à Dodge City et qu’il est foutu le camp en vitesse, refusant de nous dire, au début, pourquoi il en est parti si vite.

Les lecteurs, tout comme les autres passagers du train, l’apprendrons au fur et à mesure, ce qui donnera du suspense et du mystère.

Le récit est un classique : des personnes sont traquées par d’autres, des soldats sans scrupules, qui cherchent à mettre la main sur Wild Bill Hickok, le tout dans des paysages enneigés, où il fait froid et où les survivants manquent cruellement de tout.

Classique chasse à l’homme, mais présenté d’une autre manière, ce qui la rend addictive au possible et nous empêche de poser l’album avant d’en avoir tourné la dernière page.

Les personnages, même secondaires, posséderont les caractéristiques de personnages réalistes et même si nous ne saurons rien d’eux, on ne manquera pas de s’attacher à certains. Tous auront leur rôle à jouer, héros ou zéro, survivant ou tombé au champ d’honneur.

Les dessins de Laci sont, comme d’habitude, magnifiques, tout comme les couleurs de Nanjan, que je retrouve souvent dans les coloristes chez Soleil Production.

Bref, je ne vais pas la faire longue, mais je me suis retrouvée devant un excellent album, meilleur que celui avec Buffalo Bill, même si dans celui-ci, c’était aussi le portrait d’un héros fatigué.

Une saga qui me plait toujours aussi bien.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°52], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 58 pages) et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

S’adapter : Clara Dupont-Monod

Titre : S’adapter

Auteur : Clara Dupont-Monod
Édition : Stock (25/08/2021)

Résumé :
C’est l’histoire d’un enfant aux yeux noirs qui flottent, et s’échappent dans le vague, un enfant toujours allongé, aux joues douces et rebondies, aux jambes translucides et veinées de bleu, au filet de voix haut, aux pieds recourbés et au palais creux, un bébé éternel, un enfant inadapté qui trace une frontière invisible entre sa famille et les autres.

C’est l’histoire de sa place dans la maison cévenole où il naît, au milieu de la nature puissante et des montagnes protectrices ; de sa place dans la fratrie et dans les enfances bouleversées.

Celle de l’aîné qui fusionne avec l’enfant, qui, joue contre joue, attentionné et presque siamois, s’y attache, s’y abandonne et s’y perd.

Celle de la cadette, en qui s’implante le dégoût et la colère, le rejet de l’enfant qui aspire la joie de ses parents et l’énergie de l’aîné.

Celle du petit dernier qui vit dans l’ombre des fantômes familiaux tout en portant la renaissance d’un présent hors de la mémoire.

Critique :
Il est dit que l’on ne peut pas faire saigner des pierres, mais on peut les faire parler et il aurait été dommage de ne pas les écouter nous raconter cette histoire remplie d’émotions d’une fratrie dans les Cévennes.

Dans notre société actuelle, il faut être souple, polyvalent, s’adapter à toutes les situations. Ce n’est déjà pas facile à réaliser en temps normal, alors, lorsque l’on nait avec un lourd handicap, il est impossible de trouver sa place et encore plus difficile pour la famille de s’en sortir, face aux administrations et autres services sociaux.

Une telle naissance met à mal une famille, autant les parents, débordés, ne sachant plus à quel saint se vouer, que les deux enfants déjà présent.

L’aîné, qui se verra conter son histoire en premier, sera celui qui prendra son rôle de grand frère le plus à cœur, protégeant et aimant plus que tout son petit frère qui est incapable de parler, de marcher, de saisir… Bref, un petit frère inadapté, en quelque sorte.

La cadette, elle, évitera tant que possible cet enfant qui lui a ravi son grand frère et l’attention de ses parents. Elle est là, mais est invisible, quasi. Tous les regards sont tournés vers l’enfant inadapté et elle n’existe plus aux yeux des autres. Terrible aussi.

L’émotion se trouvera au fil des pages, à différents moments du récit, autant avec celui consacré à l’aîné, qu’à la cadette et qu’au tout dernier, celui venu après. Chacun avait des choses à raconter, même si ce sont les pierres de la maison qui vont tout nous raconter, elles qui furent les témoins de plusieurs générations.

De cet enfant inadapté, inachevé, nous ne connaîtrons jamais le prénom (ni ceux des autres), il n’a que peu d’action, vu qu’il est limité en tout et pourtant, sa présence pèsera sur le roman, lui donnera une force, une épaisseur, car ce personnage à part entière a un poids énorme dans le récit, c’est lui qui lui donnera toute sa puissance, aidé par son aîné et sa sœur, même si elle ne le regardera presque jamais.

Des dialogues, il y en a peu, très très peu, et pourtant, cela ne gêne en rien le récit, cette absence. Pas de prénoms, pas de dialogues, et une puissance narrative qui m’a emporté, m’a souvent mis les larmes aux yeux, sans que jamais l’autrice ne sombre dans le pathos ou le larmoyant.

Un récit tout en finesse, tout en émotions, tout en puissance, tout en douceur et en violence (putain, les administrations !!). Une naissance qui a marqué durablement une famille et qui a laissé des traces dans les différentes personnes qui la composent.

Un roman coup de cœur…

Nous, les vivants : Olivier Bleys

Titre : Nous, les vivants

Auteur : Olivier Bleys
Édition : Albin Michel (22/08/2018)

Résumé :
Perché dans les Andes (🇦🇷) à 4200 mètres d’altitude, le refuge de Maravilla défie la raison. C’est là, au ras du vide, que Jonas, un pilote d’hélicoptère venu ravitailler le gardien, se trouve bloqué par une tempête.

Dans la petite maison cernée par les neiges, il fait la connaissance d’un personnage étrange prénommé Jésus que l’on a chargé de surveiller l’improbable frontière entre l’Argentine et le Chili (🇨🇱).

Commence alors, dans l’immense solitude des montagnes, une longue randonnée dont le lecteur – et peut-être le narrateur – ne sait plus très bien s’il s’agit de la réalité ou d’un rêve.

Un roman envoûtant par l’auteur de Concerto pour la main morte et de Discours d’un arbre sur la fragilité des hommes.

Critique :
Lorsque j’ai commencé la lecture de ce roman, je n’ai pas pris la peine de lire le résumé, je savais juste que l’histoire se déroulait dans un refuge des Andes, à la frontière entre l’Argentine et le Chili.

Jonas, pilote d’hélicoptère, est envoyé ravitailler le refuge de Maravilla. Une tempête le bloque avec les deux autres hommes et à partir de là, j’ai mis un moment à comprendre où l’auteur voulait en venir.

Non, non, oubliez les récits d’anthropophagie, de survivalisme ou plus trivial de partouze entre mecs. Rien de tout cela, malgré tout, il y avait comme une atmosphère bizarre dans le récit, comme si tout contribuait à retenir Jonas, le pilote, dans le refuge.

Le récit se lit assez vite, le style est simple, sans pour autant être simpliste. Les décors sont assez bien décrits et l’auteur arrive sans problème à nous immerger dans la neige, le froid et l’immensité des montagnes. La Nature est un personnage à part entière et ne pas l’écouter serait dangereux, à cet endroit.

Si Jonas, le pilote, est normal, les personnages du refuge, par contre, ne sont pas banals du tout. Surtout le vérificateur de frontière, Jésus (non, je ne ferai pas mon mauvais jeux de mots qui pourrait choquer les gens).

Tu fais quoi dans la vie ? Ben je vérifie la frontière entre l’Argentine et le Chili… Ben mon vieux ! Déjà que tu ne portes pas un prénom des plus facile… Même si, en Amérique du Sud, il soit plus courant que dans nos contrées.

Ce roman est un huis-clos qui ne devient jamais oppressant, sauf lorsque l’on se demande si tout n’est pas en train de se liguer contre Jonas, l’empêchant de quitter cette montagne.

L’élément fantastique semble être tout proche et pourtant, non, rien de fantastique, dans le fond. Mais la chute pourrait être brutale, si on ne la voit pas venir… Je l’avais pressentie, malgré tout, ce fut un choc de constater que j’avais raison.

Un roman bizarre, que j’ai lu sans vraiment l’apprécier, mais sans le détester. Pas d’ennui ressenti, mais zéros émotions.

Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°18).

La Révolte du Sonora : Pierre Pelot

Titre : La Révolte du Sonora

Auteur : Pierre Pelot
Édition : G.P. Editions Olympic (01/01/1972)

Résumé :
Mexique 1906. La dictature de Diaz est plus dure que jamais. L’armée régulière, les mercenaires de la Garde blanche traquent impitoyablement les rebelles et notamment les Indiens Yaquis du Sonora, les refoulant toujours plus loin dans les montagnes arides, au profit des grands propriétaires terriens. Cette fois pourtant, le peuple Yaqui de la tribu de Caseo ne reculera plus.

Caseo le vieux demeure sur cette terre sèche qui est sa vie. Il demeure pour lutter. Il sera rejoint par Sando, son fils aîné que l’on surnomme Yaqui Hombre et dont la tête est mise à prix.

Un fossé s’est creusé entre le père et le fils, celui-là reprochant à celui-ci ses méthodes de combat. Et pourtant les deux hommes réapprendront à se respecter mutuellement, unis dans le même combat…

Critique :
Pierre Pelot est un auteur prolifique et de temps en temps, j’ouvre un de ces vieux livres qui fleure bon le vieux papier, les vieilles éditions et qu’on ne déniche plus que dans les brocantes, les vides greniers, les bouquinistes…

Celui-ci était parfait pour le Mois Espagnol (Lusophone), puisqu’il se déroule au Mexique, plus précisément au Sonora, durant la révolte qui eut lieu sous la dictature de Porfirio Diaz.

Elle éclatera le 18 novembre 1910.

L’auteur ne donnera pas de précision sur la dictature, sur toutes les exactions commises. Il aurait fallu plusieurs romans pour raconter tout.

L’auteur dresse un bref résumé en début d’ouvrage, afin que les lecteurs sachent ce qu’il s’est passé et comment était divisé la population mexicaine : les grands propriétaires, la fausse noblesse (les riches, les premiers de cordée), le clergé (riche de sa puissance) et en-dessous, les peones, les paisanos (les paysans, les pauvres travailleurs) mexicains, dont le train de vie n’avait rien à envier à celui des serfs européens du Moyen Age. Et tout, tout, tout en dessous, les indiens.

En 1910, huit cent quarante haciendados environ se partageaient la superficie totale de la terre mexicaine, vivant dans l’opulence sur la sueur versée de plusieurs millions de peones et d’ouvriers.

Une foule énorme, qui tout à coup voulait vivre, qui n’en pouvait plus de colère rentrée, ravalée depuis des années. Un peuple d’esclaves qui ne voulait plus avoir faim, qui voulait être libre et se dressait derrière le boutefeu de la révolution : Francisco I. Madero.

Il expliquera aussi les raison qui poussèrent le peuple au mécontentement. Ce qui fait qu’en commençant cette lecture, je n’étais pas totalement inculte. Pierre Pelot raconte donc une petite histoire dans la Grande, celle d’une tribu Yaqui, qui subissait la domination de Diaz sans savoir pourquoi, sans comprendre.

Qui se faisait refouler sans cesse plus loin, qui avait perdu ses terres dans la plaine, au profit des colons et était allée dans la montagne, avant que les riches veulent encore plus et décident de prendre la montagne aussi, et de les chasser, en passant, ou les exterminer, tiens, encore mieux (ceci n’est pas pensée, mais celle des riches puissants, ceux qui me suivent depuis un certain temps l’auront compris).

Un jour, ils ont dressé le poing dans le ciel. Ils se sont levés, un fusil dans la main, une fouche, une pioche… Aux armes, Yaquis Indiens (♫). Et comme Sando, devenu un desperado, est de retour près de son père, Caseo, il décide d’aider les siens à résister au soldats.

Oui, c’est une simple histoire. Une histoire ordinaire comme il y en a tant eu. Comme il y en a encore, comme il y en aura encore. On défend sa terre, car à un moment donné, quand on est acculé, qu’on a plus de repli possible, on se redresse et on montre les dents. Fuir n’est plus possible, résister va être difficile, ils risquent tous de mourir, face à des soldats aguerris et mieux équipé.

Le récit avait tout pour me plaire, mais je suis passé un peu à côté de l’affrontement sans paroles entre le père et son fils. L’un aurait aimé qu’il reste, le fils aimerait qu’on soit fier de ce qu’il a fait, de ses combats. Ils sont fiers l’un de l’autre, mais trop fiers que pour l’avouer.

Il manque aussi au récit des émotions et du corps. On ne s’y embête pas, mais l’écriture, un peu trop simple, m’a empêché de vibrer avec ces pauvres gens prêts à tout pour défendre leurs terres (alors que nom de Dieu, c’est le genre de chose qui devrait m’enflammer parce que je suis ainsi : j’aime ma terre et je prendrai le fusil aussi).

Une lecture en demi-teinte. Malgré tout, je garderai les bons côtés de l’histoire : le père et le fils qui ne se comprennent pas et le don de soi pour sauver les siens.

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°111] et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°08).

Abîmes : Sonja Delzongle

Titre : Abîmes

Auteur : Sonja Delzongle
Édition : Denoël – Sueurs froides (09/02/2022)

Résumé :
Janvier 1999. Viktor Mendi, un homme d’affaires, et son épouse s’écrasent avec leur avion de tourisme dans le massif pyrénéen du Mont-Perdu, à la frontière franco-espagnole.

Vingt-quatre ans plus tard, leur fils, Antoine, arrive dans la région. Auparavant en fonction chez les chasseurs alpins, il vient d’obtenir sa mutation dans la gendarmerie du village natal de son père.

Très vite, sa supérieure, la redoutable capitaine Elda Flores, comprend que sa nouvelle recrue lui cache quelque chose. Quel secret obsède Antoine ? D’où lui vient cette défiance envers les habitants du village ?

Quels liens entretient-il avec la communauté qui vit en autarcie dans la forêt voisine, et notamment avec la mystérieuse Miren ?

Lorsqu’un berger découvre dans son pré sept bonhommes de neige disposés autour du message « Ont vous auras », tracé dans la poudreuse, le village est saisi d’effroi.

Critique :
Sur le bandeau-titre, il est écrit « Sonja Delzongle au sommet ». Oui, au sommet de la montagne.

Une fois de plus, je ressort mitigée de ma lecture d’un roman de cette autrice, comme c’est souvent le cas (hormis avec Boréal). Il y a du bon, mais aussi des choses qui m’ont un peu écorchés au passage.

Passons en revue ce qui a moins bien été avant de passer à ce que j’ai apprécié, me laissant le cul entre deux chaises sur mon ressenti.

Tout d’abord, les personnages qui habitent dans un village retiré, près de Bagnères-de-Bigorre, dans les Hautes-Pyrénées, non loin de la frontière espagnole. Les portraits sont brut de décoffrage, sans nuances.

Cela m’a donné l’impression que le berger Mathias était un gros rustre (notamment dans sa manière de prendre son épouse, par devant, par derrière, sans demander si elle a envie), assez violent, n’hésitant pas à assommer une jeune fille et à l’abandonner dans la neige…

La ruralité en prend plein la gueule, comme si nous avions affaire à des Cro-Magnon. Notamment avec cet autre berger qui, découvrant une jeune fille endormie dans sa grande, baisse déjà son froc pour la violer, bâton de berger pointé en avant. Hé ben…

N’oublions pas un homme qui a tout du pédophile, une communauté qui vit à l’écart, tel des Hommes des bois, un adulte qui a encore son ami imaginaire et une personne qui, sous le coup de la culpabilité, se flagelle tous les soirs. Heu ? Pas de soucis le lendemain pour s’habiller, s’appuyer sur un chaise, sur le siège de la voiture, pour se mouvoir ? Ben non.

Les portraits étaient sans concession aucune, trop chargés, comme si tous les tarés s’étaient donné rendez-vous dans ce petit village et comme si le malheur avait installé une succursale dans ce petit village, tellement on va y mourir. Les personnages de Game Of Thrones ont de la concurrence.

Certaines choses s’éclairciront ensuite dans mon esprit, au fil du récit, malgré tout, trop de morts, trop de malheur, trop de violences, trop de personnages vils, ça flingue un récit. Trop est l’ennemi du mieux.

L’autrice sait pourtant y faire pour décrire les lieux, les atmosphères : dans ce roman, la montagne, elle vous gagne vraiment ! J’avais beau lire au soleil, je marchais dans la neige, chaussée de raquettes. C’est une des raisons pour laquelle j’apprécie les romans de cette autrice : les atmosphères ont de la gueule !

Ce thriller est addictif, en plus. Bourré de mystères, bourré de suspense, sans vraiment de temps morts, il se dévore plus qu’il ne se lit, tant on a envie de connaître le fin mot de l’histoire qui a commencé avec un suicide en avion et s’est poursuivit, 20 ans après, avec des bonhommes de neige inquiétant (qui ne feront pas flipper le village).

Si certains portraits s’éclairciront au fil du récit, d’autres s’obscurciront, entraînant les lecteurs (et les enquêteurs) dans un maelstrom de confessions, de témoignages, de fausses-pistes, d’erreurs, d’aventures un peu folles et de nombreux twist. Ça twiste beaucoup et pourtant, on n’est pas à Saint-Tropez.

Et la bât a de nouveau blessé. Trop c’est trop. Si comme moi, vous en déduisez un premier, puis que vous aussi, vous rectifiez votre tir avant la gendarme enquêtrice, pas de panique, il restera encore assez de twist que pour vous étourdir, et ce, jusqu’au dernier moment.

Trop de rebondissements tuent les rebondissements. Il y a tellement de fausses pistes, avant d’arriver à la solution finale, qu’il y a moyen de perdre le fil des infos. Tout le monde sera suspecté, tout le monde passera sur la sellette, à tel point qu’à la fin, le nom du coupable d’imposera facilement puisque ce sera le seul à ne pas avoir été soumis aux interrogatoires : le chien !

Malgré tout, il faut reconnaître (et rendre à César) que Sonja Delzongle maîtrise de bout en bout son récit, qu’elle sait tenir le public en haleine, distiller des infos (fausses ou vraies) afin de maintenir la pression sous la bouilloire du suspense, transformant le lecteur en une boule de flipper qui va aller se cogner dans tous les sens.

Ai-je aimé ma lecture ? Oui, absolument, elle était addictive, intrigante, intéressante, mouvementée et ne m’a pas laissé beaucoup de répit. Mais…

J’ai eu l’impression de déguster un dessert, qui aurait été excellent, si on ne l’avait pas recouvert de toute cette chantilly, de sucre, de chocolat, le rendant un peu lourd et indigeste, finalement, tant les retournements de situation sont nombreux. À la fin de ce roman, j’ai dû réfléchir, afin d’être sûre d’avoir tout bien compris qui était qui, qui avait quoi, comment et pourquoi.

Un thriller original, avec du potentiel, un suspense de dingue, des révélations en cascade, où le mystère est épais comme un smog londonien, mais un super récit caché sous de trop nombreuses couches.

Dommage, mais cela ne m’empêchera pas de lire les prochains romans de l’autrice afin d’y trouver ce que j’aime et de soupirer sur ce qui lme plaît moins.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°198].

Nos vies en flammes : David Joy

Titre : Nos vies en flammes

Auteur : David Joy
Édition : Sonatine Thriller/Policier (20/01/2022)
Édition Originale : When These Mountains Burn (2020)
Traduction : Fabrice Pointeau

Résumé :
Retraité depuis quelques années du service des forêts, Ray mène une vie solitaire dans sa ferme des Appalaches. Il attend sans vraiment attendre que son fils Ricky vienne le rejoindre. Mais celui-ci a d’autres préoccupations – se procurer sa dose quotidienne de drogue, par exemple.

Autour d’eux, leur monde est en train de sombrer : le chômage qui s’est abattu sur la région, les petites villes dont la vie s’est peu à peu retirée, la misère sociale, la drogue. Bref, l’Amérique d’aujourd’hui, dont Ray contemple les ruines, alors que les montagnes environnantes sont ravagées par un incendie.

Le jour où un dealer l’appelle pour lui réclamer l’argent que lui doit son fils, Ray se dit qu’il est temps de se lever. C’est le début d’un combat contre tout ce qui le révolte. Avec, peut-être, au bout du chemin, un nouvel espoir.

Critique :
La région des Appalaches est un formidable terreau pour les auteurs de roman noir car tous les ingrédients y sont réunis pour donner de l’épaisseur au contexte social : chômage, pauvreté, misère sociale, drogues, paumés, forêts dévastées par la surexploitation…

Les personnages sont à l’image de cette région : désespérés, camés, perdus…

Dans ce roman fort noir, plusieurs destins vont s’entrecroiser : un père et son fils junkie qu’il ne veut plus voir, un frère drogué et sa sœur qui n’en peut plus de le voir dévaster sa vie, des dealers, des flics qui tentent de faire leur job, des ripoux. La totale, quoi.

L’auteur ne tire pas à boulets rouges sur les drogués, bien au contraire, il arrive facilement à nous expliquer ce qu’est devenue leur vie depuis qu’ils se sont camés, commençant, comme bien des autres, avec des médicaments prescrits à volonté après un accident ou tout simplement volés, achetés à la sauvette.

Les drogués sont seuls, leurs familles sont dévastées, elles ne savent plus comment les aider, ne veulent plus le faire, ne veulent plus les croire parce qu’elles savent que leurs promesses d’arrêter ne sont que des paroles en l’air, que dès qu’ils le pourront, les drogués les voleront pour aller s’acheter leur dose.

Les drogués oublient très vite leurs bonnes résolutions une fois que l’on agite un sachet devant eux, ou à la perspective d’en avoir un.

Ce sont des portraits d’une Amérique jeune et dévastée que l’auteur dresse et le constat est amer : ce sont les gouvernements qui ont commencé à droguer leurs concitoyens en laissant arriver sur le marché des médicaments dont personne n’avait pris la peine de signaler qu’ils entraîneraient une forte dépendance.

Une fois de plus, David Joy nous dépeint une Amérique qui part en eau de boudin, qui sacrifie ses jeunes, ses habitants, se foutant pas mal de leurs déchéances, de leur misère… Justice absente, flics débordés, parents dépassés, tout est réuni pour que les drames arrivent.

C’est sombre, noir, les portraits des personnages sont taillés à la serpe, sans fioritures, à l’os, mais il n’en fallait pas plus pour leur donner une épaisseur. Avec peu de matière, l’auteur vous fabrique des portraits réalistes.

Mon seul bémol est que je n’ai pas ressentit des émotions fortes durant ma lecture, comme j’en avais ressentie avec les autres romans de Joy (Là où les lumières se perdent / Ce lien entre nous).

Malgré tout, ce roman est puissant et explore avec justesse les relations familiales entre les drogués et les membres de leur famille qui en ont vu de toutes les couleurs.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°119] et Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2022 – N°01).

Death Mountains – Tome 1 – Mary Graves : Christophe Bec et Daniel Brecht

Titre : Death Mountains – Tome 1 – Mary Graves

Scénariste : Christophe Bec
Dessinateur : Daniel Brecht

Édition : Casterman (13/03/2013)

Résumé :
1846. Le Donner Party, un convoi de colons partis vers l’Ouest, s’engage à travers les montagnes Rocheuses par le fameux raccourci de Hastings.

Surpris par une violente tempête, ils se trouvent bloqués par la neige dans la Sierra Nevada. La fantastique odyssée vers les terres promises va alors se transformer en un véritable cauchemar.

Démoralisés et presque privés de réserves alimentaires, la majorité des émigrants campent près d’un lac.

Une expédition est montée pour tenter de prévenir les secours. Mary Graves, une jeune femme moderne et pleine de ressources, prend part à cette opération de la dernière chance.

Mais acculés, les hommes et les femmes du Donner Party vont bientôt être poussés au pire s’ils veulent survivre.

Basé sur des faits réels, le Donner Party reste à ce jour un des événements les plus tragiques de la conquête de l’Ouest.

Critique :
Le Donner Party était une histoire de la Conquête de l’Ouest que je ne connaissais pas (entre nous, je ne sais pas tout, je dirais même plus : je ne sais rien, mais au moins, je sais que je ne sais rien).

Tout à commencé à Fort Laramie, en 1846, avec un convoi de colons partis vers l’Ouest, vers l’océan Pacifique.

L’album commence par un groupe de colons réfugiés dans une grotte. Dehors, c’est la neige et un mort.

Les dessins ne feront pas partie de mon Top 10, ils ne sont pas dérangeants pour les yeux et les couleurs sables donnent à l’album des tons assez doux, alors que nous face à une tragédie de l’Histoire.

Tragédie qui sera jugée sévèrement par ceux qui ne l’ont pas vécue et qui n’ont pas dû arriver à l’extrême, afin de survivre.

Le récit prend son temps, avance au rythme des chariots des pionniers et sous la pluie, ça n’avance pas vite. Après, ils devront faire face à la neige et ce sera encore pire.

Le dessinateur nous offrira quelques grandes cases avec des paysages sous la pluie ou sous la neige. Une page entière sera même sans paroles. Il n’y avait pas besoin de dire beaucoup, les images étaient plus parlantes que des paroles. C’était le choc des images.

Pourtant, malgré la lenteur du récit (qui ne nuit en rien au rythme de lecture), les personnages ne sont guère approfondis, juste survolés.

On saura le strict minimum sur eux, mais au moins, nous saurons la chose la plus importante de toute : la survie avant tout et si un pique-assiette est jeté hors du convoi, personne ne lui tendra la main car tout le monde est limite dans ses stocks de bouffe. Ce seront les loups qui s’occuperont de ce pionnier sans place dans la caravane.

Un premier tome qui place les personnages dans les décors, qui pose le scénario, les conditions climatiques et qui laisse ses lecteurs sur un final à suivre dont on se doute qu’il sera affreux dans sa résolution.

Une bédé western sur un volet de la Conquête de l’Ouest méconnu, un récit assez linéaire, classique, mais dont l’issue effroyable ne laisse aucun doute dès les premières cases.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°51], Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur, Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°83] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 60 pages).