Glacé : Bernard Minier [LC avec Bianca]+[Défi CannibElphique]

Titre : Glacé

Auteur : Bernard Minier
Édition : Pocket (10/05/2012)

Résumé :
Dans une vallée encaissée des Pyrénées, au petit matin d’une journée glaciale de décembre, les ouvriers d’une centrale hydroélectrique découvrent le corps sans tête d’un cheval, accroché à la falaise.

Ce même jour une jeune psychologue prend son premier poste dans le centre psychiatrique de haute sécurité qui surplombe la vallée.

Le commandant Servaz, flic hypocondriaque et intuitif, se voit confier l’enquête la plus étrange de toute sa carrière.

Critique :
George W. Bush a une réunion à l’ONU au sujet d’une guerre qu’il veut mener, en Moyen-Orient.
— Dans cette guerre, nous allons tuer 1 million de civils et un chat ! dit George Bush devant les membres de l’ONU rassemblés.

Les membres le regardent, confondus, et demandent :
— Un chat ?… Pourquoi allez-vous tuer un chat, bordel de dieu ?

Cacophonie dans l’assemblée, tout le monde est horrifié par le fait que l’on va tuer un chat.

George Bush donne alors une tape sur l’épaule de son chef des armées et lui dit tout bas :
— Qu’est-ce-que je t’avais dit ?… Personne ne posera la question au sujet du million de civils que nous allons tuer.

Et bien, c’est un peu l’effet que ce roman m’a fait durant ma lecture : on a tué un cheval, puis un homme. De manière assez barbare, violente.

Mais putain, pourquoi a-t-on tué un yearling d’un an ? Un magnifique jeune cheval prometteur, gentil, qui n’avait rien fait de mal à personne ?? Nom de dieu, pourquoi tuer un cheval ?

Un être humain, je peux comprendre les mobiles : vengeance, pour toucher un héritage, jalousie, liquidation d’un amant, d’un rival politique, pour le plaisir de tuer…

Mais un cheval ?? Le pire, c’est que la hiérarchie harcèle plus le commandant Servaz pour résoudre la mort horrible du cheval que celle de l’homme.

Bernard Minier est un auteur retors et sadique ! Il mène son histoire comme un pro et nous laisse souvent devant des petites énigmes : un des policiers apprend des choses en menant sa petite enquête, il se fait confirmer la chose par des collègues, mais le salaud se garde bien de nous le dire tout de suite !

Évidemment, le suspense sera à son comble dans les 100 dernières pages, là, on n’ose même plus les lâcher pour aller boire un café, ce serait trop dangereux pour le cœur, d’ailleurs.

Les personnages sont réalistes, le commandant Servaz est spécial, tourmenté, mais pas alcoolo, son équipe est bien typée, et les personnages qui gravitent autour peuvent être extrêmement sympathique ou à chier, mais personne n’est mal imaginé.

Pire, un patient de l’aile A du centre psychiatrique de haute sécurité à même des tendances charismatiques.

Par contre, je mettrai mon scepticisme sur le fait qu’on puisse taper 36 mots de passe différents lorsqu’on tente d’allumer un PC ! Je pense qu’après 3, ça bloque, sinon, ce serait trop facile.

Anybref, Glacé est un roman à lire en hiver, pour se mettre encore plus dans l’ambiance, un roman qui se dévore assez vite, malgré ses 750 pages, un roman qui m’a fait fumer les méninges tant j’aurais aimé découvrir le pourquoi du comment, mais pas moyen, je n’ai ouvert les yeux que sur la fin.

Glacé possède des ambiances froides et chaleureuses en même temps et son histoire n’est pas commune, elle sort des sentiers battus, elle nous pousse à nous questionner, et, pendant que l’on tourne les pages, les mains tremblantes, on ne voit plus le temps passer, sans pour autant que le roman ait un rythme à la 24h chrono.

Tout est bien dosé dans ce roman glaçant.

Vous pouvez lire les avis de mes deux copinautes de LC soit chez Bianca, mais aussi chez Stelphique puisque le roman avait été choisi pour le Défi CannibElfique.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018)et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°56 – Le Soldat Blanchi – lire un livre dont la couverture est à dominante blanche).

 

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Retour à Duncan’s Creek : Nicolas Zeimet

Titre : Retour à Duncan’s Creek

Auteur : Nicolas Zeimet
Édition : Jigal Editions (08/09/2017)

Résumé :
Après un appel de Sam Baldwin, son amie d’enfance, Jake Dickinson se voit contraint de retourner à Duncan’s Creek, le petit village de l’Utah où ils ont grandi.

C’est là que vit Ben McCombs, leur vieux copain qu’ils n’ont pas revu depuis plus de vingt ans. Les trois adolescents, alors unis par une amitié indéfectible, se sont séparés dans des circonstances dramatiques au début des années quatre-vingt-dix.

Depuis, ils ont enterré le passé et tenté de se reconstruire. Mais de Los Angeles aux montagnes de l’Utah, à travers les étendues brûlantes de l’Ouest américain, leurs retrouvailles risquent de faire basculer l’équilibre fragile de leurs vies.

Ce voyage fera ressurgir les haines et les unions sacrées, et les amènera à jeter une lumière nouvelle sur le terrible secret qui les lie. Ils n’auront alors plus d’autre choix que de déterrer les vieux cadavres, quitte à renouer avec la part d’ombre qui les habite… et à se confronter à leurs propres démons.

Critique :
Le pari était osé, risqué, même : faire une suite de « Seuls les vautours », roman noir époustouflant où l’auteur avait su insuffler des véritables senteurs des années 80 dignes d’un King.

La suite me faisait un peu peur, mais mes petits copains blogueurs ont su calmer mes angoisses en me certifiant que la suite était une belle suite et qu’il fallait que je la lise.

Les salauds avaient raison : la suite est d’un haut niveau et j’ai retrouvé une partie de la palette des émotions que j’avais ressentie lors de la lecture de « Seuls les vautours ». Pas tout à fait les mêmes émotions, mais j’en ai eu pour mes sous, je vous assure.

Déjà que l’auteur a réussi à me donner l’équivalent d’un coup de poing dans le plexus dans ses premières pages, lorsque Jack s’arrête au milieu de nulle part avec Sam. Là, il m’a coupé la chique.

Une partie du plaisir de lecture réside dans la construction du récit qui alterne les « aujourd’hui » avec les « hier », les deux pouvant se confondre dans le récit, se compléter, se mélanger harmonieusement.

De plus, l’auteur a réalisé un petit puzzle qui fait que l’on ne découvre l’histoire qu’au fur et à mesure de sa lecture, nous réservant grâce à cette construction des petites surprises, des sursauts, nous déroulant une histoire à l’envers.

Rassurez-vous, pas besoin de carte ou de GPS pour retrouver son chemin, il est bien balisé et si on possède un cerveau normal, on aura le film qui se déroulera dans notre tête.

En parlant de film… La chose la plus remarquable, dans ce roman noir, en plus des personnages bien détaillés, vivants, réalistes, c’est le fait que dans ses descriptions, l’auteur m’ait fait vivre les scènes d’amitié, de rigolade, ou de drame comme si j’y étais et je peux vous dire que j’ai eu l’impression de me trouver dans le corridor lorsque le drame est arrivé.

Ceci est un roman noir bien construit, profond, avec une écriture qui n’a rien de neuneu ou de simpliste, les descriptions sont détaillées, mais sans qu’elles ne submergent le récit et n’étouffent les personnages, qui eux, sont tels qu’auraient pu être trois jeunes enfants devenant ados, se faisant des promesses qu’ils ne tiendront jamais d’amitié à vie.

Un roman noir que j’ai dévoré, regrettant ensuite d’arriver à la fin car la palette d’émotions m’avait fait passer par tous les stades, le dernier étant la tristesse de quitter mes amis, devenus adultes.

Ce roman, c’est une traversée de plusieurs états des États-Unis, un road trip pour un retour en arrière, sorte de retour vers le passé, une plongée dans un abîme de sentiments, de souvenirs qui ne laissera pas son personnage principal indemne.

Un roman noir puissant, même si un cran en-deçà de son précédent « Seuls les vautours » qui lui, était exceptionnel.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et le challenge US (2017-2018) chez Noctembule.

Hillbilly Elégie : J. D. Vance

Titre : Hillbilly Elégie

Auteur : J. D. Vance
Édition : Globe (06/09/2017)

Résumé :
Dans ce récit à la fois personnel et politique, J.D. Vance raconte son enfance chaotique dans les Appalaches, cette immense région des États-Unis qui a vu l’industrie du charbon et de la métallurgie péricliter.

Il décrit avec humanité et bienveillance la rude vie de ces « petits Blancs » du Midwest que l’on dit xénophobes et qui ont voté pour Donald Trump.

Roman autobiographique, roman d’un transfuge, Hillbilly Élégie nous fait entendre la voix d’une classe désillusionnée et pose des questions essentielles. Comment peut-on ne pas manger à sa faim dans le pays le plus riche du monde ?

Comment l’Amérique démocrate, ouvrière et digne est-elle devenue républicaine, pauvre et pleine de rancune ?

Critique :
Pourquoi les Hillbillies ont-ils voté pour Trump ? Vous ne le saurez pas (contrairement à l’annonce du 4ème de couverture), l’auteur ne l’expliquant pas, mais après ma lecture et mes déductions, sans doute ont-ils vu un sauveur dans la personnalité de Donald… Un mec, un vrai…

Enfin, tout ceci n’est que suppositions, je n’ai pas vu les bulletins de vote des Hillbillies.

Anybref, ce roman ne portera pas sur le pourquoi du comment un type tel que Donald est arrivé à la présidence, il ne sera même pas question de racisme, dans ces pages, ce sera juste un portrait ethnique d’une communauté précise, les Hillbillies, une sorte de photographie familiale, analysée sur plusieurs décennies.

Pour celui ou celle qui ne saurait pas ce qu’est un Hillbilly, on peut le traduire pas « péquenot ». Chez nous, en Belgique francophone, on dirait sans doute « barakis d’kermesse ».

Les Hillbillies (péquenot des collines), ce sont les descendants des Irlando-Écossais qui ont émigrés aux États-Unis.

Bref, un Hillbilly, c’est une sorte de Redneck, de White Trash, de plouc : ça fume, ça boit, ça se drogue, ça passe sa vie à s’engueuler avec sa femme ou son mari, ça glandouille, ça voudrait s’en sortir, mais sans faire un seul effort. Ça perd son job parce que ça ne fout rien et que ça arrive en retard, mais ça accuse le boss.

Dans des endroits comme Middletown, les gens parlent tout le temps de travail. Vous pouvez traverser un ville où 30% des hommes jeunes bossent moins de 20 heures par semaine sans trouver personne qui ait conscience de sa propre fainéantise.

J.D Vance est né dans cette communauté où les femmes se retrouvent en cloques à 15/16 ans et en loques à 40 ans, laminées par des compagnons brutaux, alcoolique ou tout simplement parce que tout le monde reproduit le schéma des parents : on s’engueule à tour de bras en gueulant pour tout le voisinage car on est perpétuellement sur le qui-vive. La vie privée n’existe pas, tout le monde rentre chez tout le monde sans frapper.

De par son récit largement autobiographique, l’auteur va nous présenter une tranche de cette communauté d’américains ruraux, ces paumés qui ont été s’installer dans la Rust Belt parce que toutes les usines de sidérurgies s’y trouvaient.

Je n’ai pas écrit ce livre parce que j’ai fait quoi que ce soit de remarquable. Au contraire, je l’ai fait après avoir réussi une chose assez commune qui, pourtant, n’arrive presque jamais à ceux qui ont grandi là où je suis né. Car, voyez-vous, je viens d’une famille pauvre de la Rust Belt, une ancienne région industrielle, ayant vécu dans une petite ville de l’Ohio où l’on produisait de l’acier et qui subit une récession et connaît une découragement croissant d’aussi loin que remontent mes souvenirs.

Parce qu’à l’époque, lorsque tout allait bien, des sociétés comme Armco engageait des types sans diplômes qui avaient quitté les bancs de l’école bien trop tôt. Puis ce fut la crise dans les années 80… Les pertes d’emplois, le chômage, la misère noire.

Il existait une véritable politique d’encouragement à l’émigration massive : les candidats qui avaient un parent chez Armco figuraient en tête de liste.

Pourtant, bizarrement, alors qu’on sent bien que l’auteur aimerait botter les fesses de certains de ses congénères, on sent aussi pour eux une sorte de tendresse, de compréhension, puisque tous ces paumés sont ses voisins, ses amis, sa famille.

Véritable petite étude sur une partie de l’Amérique, le roman se lit tout seul car les références à des études poussées et sérieuses sont peu nombreuses, ce qui me fait penser que pour certains faits, l’auteur a sans doute généralisé. À tort ou à raison…

Sans vouloir être un plaidoyer pour la communauté Hillbilly, on sent tout de même que la plume de Vance est plus celle d’un avocat que celle d’un péquenot mal dégrossi car ces gens ont, malgré tout, des circonstances atténuantes et tout le monde sait qu’il est très difficile de s’extraire de sa misère et de son milieu, surtout quand celui-ci se trouve fort bas dans l’échelle sociale.

Ce que j’ai apprécié, c’est que l’auteur ne se jette pas des fleurs parce qu’il a réussi à s’en extraire, mais remercie tout ceux qui ont, un jour, mis la main à la pâte pour l’aider et le pousser en avant afin qu’il fasse des études et s’en sorte.

À Middletown, 20% de ceux qui entrent au lycée n’obtiendront pas leur diplôme. La plupart des 80% restants n’auront aucun diplôme universitaire. Et quasiment personne n’ira dans une université située hors de l’Ohio. Les élèves n’attendent pas grand chose d’eux mêmes car autour d’eux les gens ne font rien ou presque.

Vance a eu beaucoup de chances, car toutes les cartes étaient réunies dans ses mains pour foirer et devenir, lui aussi, un de ces Hillbilly qui glande à longueur de journée, sans diplôme, s’enfonçant dans la drogue.

Ce qui donne des frissons dans le dos, c’est qu’ils durent être plusieurs à ses côtés, au bon moment, pour pousser le jeune J.D Vance dans la bonne direction, que ce soit ses grands-parents, sa soeur, des profs, et le système des bourses pour les universités américaines.

Ce qui donne froid dans le dos aussi, c’est le fait que ces gens ne s’en sortiront jamais, que leur situation ne fera qu’empirer, et qu’ils auraient bien tous besoin d’un petit coup de pouce, ne fut-ce que pour les aider à remplir des formulaires ou à chercher un bon travail. Pour leur machisme, on ne saura rien faire…

Sommes-nous assez durs pour nous [les hillbillies] regarder dans le miroir et admettre que nos comportements font du mal à nos enfants ? Les politiques publiques peuvent aider, mais aucun gouvernement ne peut résoudre ces problèmes à notre place.

Moi, j’ai pris mon pied à découvrir cette partie de l’Amérique, retrouvant aussi des travers qui sont bien propres à l’humain qui ne fout rien, qui vit des allocs, mais qui reproche à son voisin d’être un glandeur et un parasite de la société.

Un portrait d’une Amérique Blanche sans concession, froid, dur, sans édulcorants, les faits bruts de décoffrage, mais le tout avec une certaine tendresse à l’égard de certains membres de sa famille, qui, étant mal parti dans la vie (alcoolisme), se sont rattrapés après, accédant à une forme de rédemption.

Inavouable : Zygmunt Miłoszewski

Titre : Inavouable

Auteur : Zygmunt Miłoszewski
Édition : Fleuve Editions (14/09/2017)

Résumé :
Pendant la Seconde Guerre mondiale, une peinture est volée dans le musée de Cracovie.

De nos jours, à Varsovie, le gouvernement envoie une équipe de quatre personnes pour la récupérer.

Ils vont aux États-Unis, sur l’île Sainte-Catherine, en Suède et ailleurs. Ils découvrent des secrets dont la divulgation pourrait nuire aux grandes puissances mondiales.

Critique :
Depuis que les aventures du procureur Szacki, c’est fini, je ne croyais pas que je m’en remettrais un jour (si Hervé Vilard chante dans votre tête, c’est tout à fait normal).

Et pourtant, pourtant… (Aznavour aussi, tiens, chante dans votre tête) Je dois dire que Zygmunt Miłoszewski a réussi à me plaire avec un roman tout à fait différent des enquêtes de mon procureur Szacki chéri.

Ce que j’apprécie chez cet auteur, c’est qu’il me parle de son pays, la Pologne, sans concession, sans prendre des gants, c’est brut de décoffrage, sans prendre de gants et s’il faut critiquer le pouvoir ou les habitants, il ne s’en prive pas.

La toile n’est pas signée, mais le diplomate y a fait attention parce qu’une seule nation au monde se complaît dans les représentations de cavalerie lasse et sale, pataugeant dans la neige, et c’est la nôtre [Pologne].

Et en Pologne, en plus, tout est parti en fumée. Les Allemands brûlaient les archives avec une grande application parce qu’ils savaient qu’ainsi, ils détruisaient la mémoire d’une nation.

Malgré tout, je découvre des pans de son pays avec toujours le même plaisir renouvelé, surtout lorsqu’il va gratter dans les pages sombres de l’Histoire, celles qui se sont déroulées entre 39-45. Et tout le monde ne fut pas droit dans ses bottes…

— Et côté USA ? demanda Anatol. Est-ce qu’il pourrait s’agir de la preuve que la guerre a profité aux Américains ?
— La guerre profite à tous les empires, c’est une loi immuable de l’Histoire. Les milieux d’affaires et les industriels trépignaient d’impatience à l’idée que les États-Unis s’engagent dans le conflit mondial. Pour eux, cela équivalait à une pluie de dollars, à des milliards en commandes gouvernementales. Une guerre mondiale engrangeait des profits pour tous, à l’exception des soldats envoyés au front et de leurs familles. Tout le monde y trouvait son compte, depuis l’économie nationale, en passant par les fabricants de chars d’assaut et les laboratoires scientifiques, jusqu’aux couturières qui cousaient les lanières des casques. Sans parler des banques, les banques gagnent toujours, et au cours d’une guerre, elles gagnent sur tous les fronts parce qu’elles financent d’ordinaire l’ensemble des belligérants. Pour les États-Unis d’Amérique, aucun investissement n’a jamais été aussi rentable que la Seconde Guerre mondiale. Bien sûr, personne ne le crie sur les toits, il vaut mieux chanter les louanges des héros tombés sous les drapeaux, mais les mécanismes qui relient la guerre, l’économie et le monde des affaires ont été décrits des millions de fois.

Anybref, le sujet n’est pas là, il se trouve plutôt dans la spoliation des œuvres d’art par les uniformes noirs à tête de morts – les nazis – qui ne se sont pas privés et ont vidés les musées et les maisons privées de tout ce qu’elles comportaient comme peintures ou autres objets d’art.

— Il ne s’agit pas seulement de l’œuvre d’art la plus importante volée à la Pologne durant la guerre, c’est tout simplement le tableau le plus important et le plus précieux jamais perdu et recherché dans le monde. Je ne crains pas de le qualifier de version masculine de la Joconde [Le Portrait de jeune homme de Raphaël]. 

La Pologne ne fut pas épargnée et voilà que son gouvernement désigne 4 personnes pour aller récupérer un Raphaël dans une maison privée aux États-Unis… « Ocean Eleven » à quatre pour jouer aux « Monument Men »…

— Quelle… misérable créature a accroché un Raphaël à côté d’une télé ? 

L’auteur, sous le couvert de l’Histoire et de faits réels, nous offre un thriller punchy, avec des personnages sympathiques, pas toujours très clean eux aussi, mais qui ont tous en comment l’Art, que ce soit un marchand, une spécialiste des œuvres volées, une voleuse ou un espion.

On pourrait se croire dans une grosse production hollywoodienne et pourtant, l’auteur a soigné son histoire, faisant en sorte que si fiction il y a, elle se glisse adroitement dans la réalité et ne vire pas non plus à du non-sens, même si, les personnages sympathiques qui constitue ce quatuor a tout de même beaucoup de chance en survivant à tout ceux qui sont lancés sur les traces.

De plus, en lisant ce thriller qui pulse sans pour autant être trop rapide, on apprend des tas de choses sur les œuvres d’art volées, sur les petites magouilles des États, et rien qu’en Art, on a de quoi briller durant les prochains repas en famille.

— Mais ils n’exposaient que les vieux maîtres ! Jamais les impressionnistes, et certainement pas Gauguin ou Van Gogh. Ces dirigeants ne les mettaient peut-être pas au même niveau de bizarrerie que les Picasso, Chagall ou Klee, mais on ne pouvait certainement pas classer ces toiles dans la peinture réaliste et académique. Officiellement, ces œuvres appartenaient à « l’art dégénéré » et aucun cacique nazi sain d’esprit ne se serait vanté d’y prendre goût. Himmler aurait débarqué aussi sec avec son obsession de la puissance germanique brute et aurait chuchoté à l’oreille du Führer que l’un de ses prétoriens était tombé amoureux des impressions et des expressions juives.

— Les nazis ne s’intéressaient vraiment qu’au réalisme ? demanda Anatol.
— Loin de là. Les Allemands savaient ce qui était bon. Officiellement, ils dénigraient l’épouvantable modernité pour lécher les bottes du grand chef. Officieusement, ils extrayaient les meilleures toiles impressionnistes des collections de Juifs français comme les pépites d’or d’un lit de rivière, le tout sous prétexte d’actions aryennes. Mais ils ne s’affichaient pas avec leurs prises.

Les fêtes de fin d’années sont proches, pensez-y… Si la conversation s’enlise, plutôt que de raconter une blague cochonne, embrayez sur la disparition de toutes ces peintures de grands maîtres.

Au final, une brique qui se lit toute seule, au coin du feu, avec un sourire béat devant les répliques qui fusent, les pensées remplies d’humour cynique.

Il s’était dit que c’était dommage pour tous ces gens si sympathiques. C’était dommage qu’ils soient nés dans ce pays qui n’avait jamais eu de bol [Pologne]. Vraiment, on avait de la peine à croire qu’ils avaient vécu ici toutes ces années en compagnie des Juifs. Les deux peuples les plus malchanceux du monde côte à côte, comme dans une putain de réserve naturelle de perdants. Si Dieu existait, son sens de l’humour manquait de finesse.

Le sage qui affirmait que le pouvoir absolu corrompt absolument avait raison. Les dirigeants américains avaient fini par croire qu’ils étaient au-dessus des lois, qu’ils étaient les maîtres de l’univers et ils se comportaient en tant que tels.

On se prend de sympathie pour les 4 personnages principaux, on tremble avec eux, on conduit pied au plancher, on tente de s’en sortir par tous les moyens, on transpire, on a froid, et on tente surtout de découvrir quel est l’horrible mystère qui se cache derrière tout ça, en toile (hahaha) de fond et qui pourrait faire des gros dégâts s’il venait à être révélé.

— Tu sais que je ne peux pas te le dire, Martin. Mais, puisque nous sommes entre vieux amis, je te dirai simplement qu’il y a des vieilleries, certaines vraiment vieilles, dont l’émergence menacerait bien plus la sécurité nationale que des bombes atomiques en vente par correspondance avec livraison gratuite à n’importe quelle adresse du globe. Tu comprends ?

Pas de baisse de régime dans le cadre de ce nouveau roman, on a perdu un procureur cynique et on se retrouve avec deux baroudeurs et deux experts qui en possèdent autant que Theodore Szacki.

Un vrai plaisir de lecture grâce à un scénario excellent et des dialogues au top. Sans compter qu’il tape toujours sous la ceinture, là où ça fait le plus mal.

Bien sûr qu’il comprenait. Des armes, c’était des morts, mais quelques cadavres supplémentaires ne faisaient pas une grande différence. Une propagande bien menée pouvait faire d’un mort le prétexte d’une guerre, ou d’un millier de morts un incident sans importance. Mais le savoir… le savoir, c’était le pouvoir.

PS : j’ai pouffé de rire avec le prénom d’un personnage secondaire : « Jerzy Majewski ». J’ai pensé directement au porc Jerzy de Gotlib dans un de ses calembours célèbre « Et père y colle au zoo ce porc Jerzy ».

— C’est comment dans ta taule en Pologne ? demanda-t-il. T’en as pas marre de bouffer du chou pourri ?
— Y a de jolies détenues, je suis devenue la reine des lesbiennes.
— Cool. Tu m’enverrais une photo ou deux ?
— À toi ? Mais tu as accès à tout le porno de la planète !
— Je sais, mais une connaissance, tu vois, c’est jamais pareil.
— Tu éplucherais une adresse pour moi ?
— Bien sûr. Et tu me rendras visite, un jour ?

Elle était loin d’être une sainte nitouche : une semaine plus tôt, elle avait couché avec l’un d’entre eux avant de rompre, et avant cela, elle avait sucé plus de bites qu’aucune femme à la ronde, et plus souvent que les mères du coin n’embrassaient leurs enfants pour dormir.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] ou sur le forum de Livraddict (N°51 – Environnement montagneux).

Puzzle : Franck Thilliez [LC avec Bianca]

Titre : Puzzle

Auteur : Franck Thilliez
Édition : Fleuve Éditions (10/10/2013) / Presse Pocket (09/10/2014)

Résumé :
Accepteriez-vous de mourir… juste pour un jeu ?
Illan et Chloé, deux jeunes gens spécialistes des chasses au trésor ont longtemps rêvé de participer à la partie ultime.

Celle d’un jeu mystérieux dont on ne connaît pas l’entrée, mais dont on connaît le nom : Paranoïa.

Lorsque les deux amis sont enfin sélectionnés, on leur remet la règle numéro 1 : « Quoi qu’il arrive, rien de ce que vous allez vivre n’est la réalité. Il s’agit d’un jeu. »

Après plusieurs heures de route, ils arrivent devant un gigantesque bâtiment isolé en pleine montagne portant le nom de « Complexe psychiatrique de Swanessong » où ils sont informés de la règle numéro 2 :
« L’un d’entre vous va mourir. »

Quand les joueurs trouvent le premier cadavre, quand Illan découvre des informations liées à la disparition mystérieuse de ses parents, la distinction entre le jeu et la réalité est plus en plus difficile à établir…

Paranoïa peut alors réellement commencer…

Critique :
Huit grands joueurs accédèrent enfin au jeu Paranoïa,
Deux d’entre eux disparurent et seulement six il resta.
Les Six continuèrent le jeu, car tout ceci n’était que fiction,
L’un manqua et les Cinq n’eurent pas de soupçons,
Ramenés à Quatre, ils étaient toujours aussi cons,
De pas remarquer que ça faisait comme dans le roman d’Agatha,
Où à la fin, il ne reste plus que toi, lecteur lambda…

Ça faisait longtemps que je n’avais plus fait un marathon lecture : le temps merdique s’y prêtait, mon jour de congé aussi et, bien entendu, le roman de monsieur Thilliez !

Sacré Franck, va ! C’est pas la première fois que je dévore un de tes romans, mais avec autant de ferveur, je n’en avais plus souvenir (mais je vieilli aussi).

Par contre, mon cher Franck (Tu permets ? Parce que je me suis permise), étant une cinéphile honnête et une grande lectrice, je ne te cacherai pas que j’ai vu venir l’affaire de très très loin ! Pour ta défense, tu ne l’avais pas trop caché non plus…

Est-ce que ça a gâché mon plaisir de savoir à l’avance ce qui m’attendait à la fin ?? Que nenni ! Je savais, je me doutais, je soupçonnais, mais je m’en foutais, je lisais comme une dératée car tu as réussi à créer une ambiance de paranoïa comme j’adore les détester !

Ben oui, on a peur, on tremble, on est dans un huis-clos, le tout se déroulant dans un ancien hôpital psychiatrique désaffecté, avec des conditions météo adaptées et, malgré le fait que je me doutais, je ne pourrai pas nier que tu as su tisser les fil d’un mystère bien sadique et tortueux.

Les descriptions des machines à lobotomiser ou électrocuter les pauvres fous qui furent soignés au Swanessong m’ont fait froid dans le dos, car hélas, ceci n’était plus de la fiction…

— Bon Dieu, la voilà enfin, s’exclama Chloé en restant immobile dans l’encadrement d’une porte. La fameuse salle dédiée à la lobotomie préfrontale. L’une des toutes premières du genre, qui a fait la sombre réputation de cet hôpital.

Conseil à celui ou celle qui voudrait commencer ce roman : vaut mieux le faire au matin et un jour de congé, car si je l’avais ouvert au soir, j’aurais passé une nuit blanche dessus ! Tout en me doutant de l’issue…

C’est vous dire comment l’auteur a réussi à me scotcher à mes pages. Un talent, il a, c’est indéniable ! Je comprends que la clinique Elfique qui s’occupe de mon autre binôme de lecture lui écrive souvent pour se plaindre de l’état de Stelphique après lecture d’une de ses œuvres.

LC réalisée avec Bianca (lien vers sa chronique ICI). Merci à elle de m’avoir donné le choc électrique nécessaire pour enfin sortir ce roman de ma PAL où il prenait la poussière depuis sa sortie (il y a 3 ans).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).

La promesse de l’Ouest : Robert Lautner

Titre : La promesse de l’Ouest

Auteur : Robert Lautner
Édition : Presses De La Cité (19/03/2015)

Résumé :
Avril 1837. Le jeune Tom Walker quitte New York avec son père, commis voyageur.

Tous deux se dirigent vers l’Ouest, au-delà des montagnes et des plaines arides, pour vendre, de petite ville en petite ville, le célèbre revolver Colt.

La joie d’être sur la route, de partager un repas autour d’un feu et de dormir l’un près de l’autre, est cependant de courte durée.

Tandis que la nature se fait de plus en plus sauvage, une rencontre dévastatrice laisse Tom seul et démuni.

Déterminé à regagner l’Est et la civilisation, le jeune garçon place alors tous ses espoirs en Henry Stands, un cowboy taciturne croisé en chemin.

Ensemble, cet étonnant duo se lance dans un périlleux périple…

Voyage des ténèbres vers la lumière, de l’ignorance vers la connaissance, de la confusion de l’enfance vers la lucidité de l’âge adulte, La Promesse de l’Ouest est un magnifique roman.

« C’est une histoire palpitante, violente, inquiétante, profondément humaine et émouvante. » The Times

Critique :
Tom Walker est un jeune garçon de 12 ans qui vit seul à New-York avec son père et sa tante, sa mère étant décédée.

Son père, commis voyageur en lunette a décidé de changer de crémerie et sera le représentant exclusif d’un jeune entrepreneur dont beaucoup se demandent si son invention aura du succès : Colt…

« Le seigneur a fait les hommes. Et Sam Colt les a faits égaux . »

L’Ouest, le vrai ! Celui de 1837… Celui qui ne fait pas de cadeau, celui des révolvers à un coup et où le révolver de monsieur Colt pourrait changer la donne pour le meilleur et surtout le pire.

Dans un univers où la loi du plus fort ou de celui qui dégaine le premier, comment un homme aussi gentil que monsieur Walker pourrait-il survivre face à des crétins bas de plafond qui pense que la loi du plus fort est toujours la meilleure ?

« Bienvenue en terre hostile » aurait pu être le titre de ce roman car notre jeune Thomas va se retrouver seul, livré à lui-même et devoir négocier son rapatriement vers New-York… Et croyez-moi, on est loin d’Europe Assistance ou de Touring Secours !

Son seul salut réside dans un grand type bougon, taciturne, ancien ranger, Henry Stands, qui n’a absolument pas envie de trimbaler un gamin volubile mais timide dans ses basques.

Les personnages sont attachants, surtout Thomas et au fur et à mesure, je suis sûre que vous apprécierez aussi le ronchon Henry, car si pour Thomas ce voyage a tout d’un voyage de l’ombre vers la lumière qui le fera grandir, il en sera de même pour Henry.

Utilisant une écriture agréable à suivre, plantant ses décors plus vrais que nature, nous distillant de-ci de-là des réflexions sur le progrès, la religion, la culture, les armes à feu, la mentalité, l’auteur nous emmène dans un voyage des plus palpitants, sans pour autant avoir de l’action ou du suspense à tout les coins de page.

Quand les colons sont victorieux on parle d’une bataille, mais quand les indiens triomphent on appelle ça un massacre.

L’arme à feu à répétition a abrégé les guerres, sans aucun doute, mais uniquement parce qu’elle a accru la capacité des hommes à réduire le nombre de leurs ennemis, et non pas parce qu’elle a fait cesser l’horreur de leurs œuvres.

Jamais moralisateur, jamais ennuyant, l’auteur dénonce l’utilisation des armes à feu et les dégâts qu’elle peuvent faire mises dans de mauvaises mains.

Un roman qui raconte une aventure formidable, réaliste, un grand voyage qui se déroulera d’Est en Ouest et repartira dans l’autre sens avant d’avoir pu explorer toutes ces terres sauvages qu’étaient celles au delà de la Frontière.

Un roman qui trainait depuis un peu trop longtemps sur mon étagère et qui, sans la LC avec Bianca, aurait encore pris la poussière longtemps vu mon HAL (Himalaya À Lire). Sa chance fut qu’il était placé à côté du roman que je venais de terminer en LC…

Mais pourquoi l’aie-je laissé prendre les poussières aussi longtemps, moi ??

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le challenge US (2017-2018) chez Noctembule,  Le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (Plaisirs à Cultiver) et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

Blueberry – Tome 12 – Le spectre aux balles d’or : Jean-Michel Charlier & Jean Giraud

Titre : Blueberry – Tome 12 – Le spectre aux balles d’or

Scénariste : Jean-Michel Charlier
Dessinateur : Jean Giraud

Édition : Dargaud (1972)

Résumé :
En 1868, malgré la menace de bandes apaches, Blueberry et MacClure parcourent un désert de l’Ouest américain pour arrêter « Prosit » Luckner, un meurtrier à la recherche d’une fabuleuse mine d’or.

Leur prisonnier Wally Blount, un tueur sans scrupule, forge lui aussi des plans pour mettre la main sur la mine. Tous les quatre s’enfoncent dans la mesa du Cheval mort, ignorant qu’un « spectre aux balles d’or » la protège.

Critique :
La quête de l’or n’est pas terminée, et même si on s’en rapproche tout doucement, on n’est pas sûr d’y arriver en entier !

Dans le tome précédent, on avait tiré l’outre à alcool qu’est Jimmy McClure d’un mauvais pas, dézingué un gros connard d’enfoiré de sa mère et blessé l’autre.

Voilà maintenant Blueberry, Jim McClure et Wally (un des enculé de chasseurs de primes) à la poursuite de Prosit Lückner qui compte bien mettre la main sur l’or et se le garder pour lui tout seul.

Véritable course-poursuite à cheval, le gibier devenant parfois le chasseur ou le chasseur devenant gibier, le tout sous les attaques violentes de Apaches menés par Petite Lune, nos amis progressent dans ce désert toujours aussi impitoyable à la vitesse de rats morts, assoiffés qu’ils sont, épuisés aussi.

— Brrr ! ces mines sont sinistres ! Je suis sûr que c’est plein de fantômes.
— Bah ! ton haleine parfumée au whisky les fera fuir.

Et quand tout ce petit monde retrouve ce salopard de magouilleur de Prosit Lückner (ça rime), faudra toujours garder un oeil sur lui car maintenant, nos deux amis voyagent avec deux serpents à sonnettes (rattlesnake) !

Pour celui ou celle qui aime avoir du texte dans sa bédé, il va être servi car il y a tellement à lire que ces 54 pages donnent l’impression d’en faire 62, tant on met du temps à arriver au bout.

Non pas que c’est compliqué à lire, juste que les auteurs ne se sont pas contentés de dessiner des p’tits Mickeys, mais ils ont ajouté des placards de textes et vous en aurez pour vos sous, croyez-moi !

Bon, parfois, ils auraient pu s’abstenir de mettre du texte à des situations qu’on était tout à fait capable de comprendre de par nous même, sauf si nous ne possédons pas de cerveau, mais bon, je suis une habituée de Blueberry et j’ai toujours ma dose de lecture une fois que j’en termine un.

Du tout bon, du tout grand, de l’excellence faite bédé, tout simplement.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.

Blueberry – Tome 11 – La mine de l’Allemand perdu : Jean-Michel Charlier & Jean Giraud

Titre : Blueberry – Tome 11 – La mine de l’Allemand perdu

Scénariste : Jean-Michel Charlier
Dessinateur : Jean Giraud

Édition : Dargaud (1972)

Résumé :
En 1868, en Arizona, le lieutenant Blueberry, qui assure à titre provisoire les fonctions de marshall d’une petite ville frontière, traque dans le désert un escroc et un meurtrier, « Prosit » Luckner, qui recherche une mine d’or légendaire, située au cœur des monts de la Superstition, la montagne sacrée des Apaches.

Il doit tout à la fois venir à la rescousse de son vieux complice, Jimmy MacClure, qui s’est laissé prendre aux rêves de richesse que lui a fait miroiter l’escroc, barrer la route à deux tueurs sans scrupule attirés eux-aussi par la mine d’or et échapper aux pièges du désert comme aux attaques des guerriers apaches.

Petit Plus : La Mine de l’Allemand perdu est le onzième album de la série de bande dessinée Blueberry de Jean-Michel Charlier (scénario) et Jean Giraud (dessin).

Publié la première fois en 1972, c’est le premier du cycle de l’or de la Sierra (deux tomes).

Cet album et le suivant, « Le Spectre aux balles d’or », ont également été publiés dans le diptyque « Les Monts de la Superstition ».

Il serait inspiré par le western « L’Or de MacKenna » sorti en 1969, ainsi que par la légende américaine de la mine d’or du Hollandais perdu et du roman de James Oliver Curwood « Les Chasseurs d’or. »

Critique :
Cela faisait longtemps que je n’avais plus vidé une bouteille de gnôle avec ce rascal d’outre à alcool qu’est Jimmy MacClure ! J’avais le gosier sec, il était temps que je m’abreuve à une série western plus réaliste que Lucky Luke.

Mike Blueberry a été nommé shérif intérimaire de la petite ville de Palomito et voilà qu’il a un drôle de gugusse qui atterrit dans sa prison : le baron Werner Amadeus von Luckner, digne descendant de l’une des plus illustres familles de la maison de Prusse !

Cet énergumène que l’on surnomme « Prosit » se dit être un ex-élève officier aux cadets de la Garde Impériale, docteur en médecine et en théologie, présentement ingénieur géologue.

Nous comprendrons qu’il est aussi un véritable escroc, une pitoyable enflure, un menteur patenté et pathétique, un roublard, un salaud de première classe et un embobineur de classe mondiale.

Dans ce diptyque qui se poursuivra avec « Le spectre aux balles d’or », les auteurs nous plongent dans une petite ville remplie de sable, de caillasses avant de nous balader dans un désert impitoyable, avec peu d’eau et des serpents à sonnettes humains.

Leur tout de force ? Avoir réussi à créer un personnage de la trempe de Prosit, le genre de type qu’on a envie de frapper, un mec qui se pavane avec une carabine en main, mais qui geint comme une gonzesse lorsque les rôles changent et qu’il se tient du mauvais côté du revolver (ou de Winchester).

Nous y ajouterons deux vautours, des rattlesnake digne de ce nom, des Apaches et une mine d’or qui, si elle existe, se trouverait sur la Mesa du Cheval Mort, dans les Monts de la Superstition, lieu sacré pour les indiens.

Ça va dépoter grave, accrochez-vous au pommeau de votre selle, perdez pas votre eau et gardez votre flingue dressé…

Blueberry est de la veine des westerns réalistes, où le héros souffre, en voit de toutes les couleurs et où tout tourne mal souvent pour lui, à la différence d’un Lucky Luke, mais bon, les deux hommes qui tirent très vite n’évoluent pas dans le même milieu.

Blueberry, c’est sombre, violent, les couleurs oscillent dans des tons jaunes ou très sombre et en lisant un album, croyez-moi, vous en aurez pour votre argent car ça ne se lit en deux coups de cuillère à pot !

C’est 48 pages de concentré du meilleur de ce qui se fait de mieux, ça se déguste, ça se lit en douceur, faut bien mâcher pour ne pas avaler de travers et prendre ensuite le temps de digérer cette grosse pièce car on est face à un scénario travaillé, en béton armé, du lourd, du tout bon.

Et ça se poursuivra dans la suite où là, on monte encore d’un cran dans la densité de ce qui se déroule dans ses pages, à tel point que vous vous croirez dans un 62 pages !

Au fait… s’il vous plaît, oubliez le film de Jan Kounen avec Vincent Cassel dans le rôle de Blueberry, ce film bien que s’inspirant de ce diptyque, ne vaut pas un pet de chien.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.

À propos de courage : Tim O’Brien

Titre : À propos de courage

Auteur : Tim O’Brien
Édition : Gallmeister (07/04/2011)

Résumé :
Tim O’Brien, jeune homme projeté malgré lui dans le tumulte d’un conflit sanglant, celui du Vietnam, tente, vingt ans après, d’exorciser les fantômes qui le hantent.

Devenu écrivain, il se met lui-même en scène au côté de ses compagnons d’armes dont il fait, par la grâce d’un alliage subtil entre sa mémoire et son imaginaire, les acteurs et les victimes d’une guerre absurde.

Fragments de vie et de mort, de courage et de lâcheté, de folie et de raison, ses histoires sont autant d’échappées poétiques qui oscillent entre passé et présent, et soulignent l’éternel besoin de l’individu de retrouver la flamme d’une innocence perdue.

À propos de courage nous livre une méditation fracassante sur la guerre, la mémoire et le pouvoir de l’imagination. Un livre inoubliable.

Critique :
Comment parler de la guerre du Vietnam ? Comment parler de ce que l’on a vu ? Ressenti ? Vécu ? Comment parler des gars de sa compagnie qui y sont restés ? Comment relater l’ennui et la monotonie, la peur, la culpabilité ?

Je dois dire que Tim O’Brien y arrive avec brio, sans sombrer dans le mélancolique, dans le gore, le voyeurisme ou la violence gratuite.

Au travers de ses chapitres, il nous raconte des histoires qu’il a vécu au Vietnam, de ses camarades tombés au combat, ou dans des champs de merde, de ses peurs, de ses envies de foutre le camp, de sa mini désertion lorsqu’il fut appelé sous les drapeaux.

Au travers de ses histoires, nous aussi on portera notre barda avec eux, ces sacs qui étaient lourdement chargé, ces armes lourdes, ces tonnes de munitions, nous les porterons avec eux durant leur périple au pays du napalm déversé…

Vous êtes coincé dans un trou dégueulasse au milieu d’une rizière, et l’ennemi veut vous remplir le cul de plomb, mais quand, pendant quelques secondes, tout se calme et que vous levez les yeux et que vous voyez le soleil et quelques nuages blancs floconneux, et qu’une immense sérénité vous aveugle – le monde entier reprend sa place – alors, même coincé au milieu d’une guerre, vous vous sentez en paix avec vous-même comme jamais.

Son écriture comme ses histoires sont soignées, léchées, tournées de manière à vous plonger dans la boue du Vietnam, dans le quotidien de ces hommes, jeunes pour la plupart, fauchés bêtement, pour la plupart… ou devenu un peu fou.

Si ses histoires sont fictives, c’est aussi pour mieux retranscrire la réalité, l’auteur nous expliquera même comment il fabrique des fictions pour dire la réalité.

Dans la plupart des cas, il ne faut pas croire un récit de guerre véridique. Si vous y croyez, soyez sceptique. C’est une question de crédibilité. Souvent, ce qui paraît fou est vrai, et ce qui paraît normal ne l’est pas, car les trucs normaux sont nécessaires pour vous faire croire à des folies réellement incroyables.

Faire des généralisations sur la guerre, c’est comme faire des généralisations sur la paix. Presque tout est vrai, presque rien n’est vrai.

De ces histoires, même fictives, le lecteur ne sera pas dupe car tout le monde sait qu’il y a une grosse part de réalité dedans – l’auteur l’a faite, la guerre du Vietnam – il en ressortira des grosses doses d’émotions de ses différents récits.

Oui, l’histoire est fictive, mais les émotions, elles, elles ne sont pas feintes, elles sont véridiques, et elles te sauteront à la gueule sans que tu y prennes garde.

Si, à la fin d’une histoire de guerre, vous vous sentez ragaillardi, ou si vous avez l’impression qu’une parcelle de rectitude a été sauvée d’un immense gaspillage, c’est que vous êtes la victime d’un très vieux et très horrible mensonge. La rectitude n’existe pas. La vertu non plus. La première règle, me semble-t-il, est qu’on peut juger de la véracité d’une histoire de guerre d’après son degré d’allégeance absolue et inconditionnelle à l’obscénité et au mal.

Un récit fort, profond, sans fard, mais sans surenchère dans le glauque, des personnages attachants et de belles tranches de vie, le tout sans la musique de Apocalypse Now car moins trash.

La guerre c’est l’enfer, mais c’est encore mieux que ça, parce que la guerre c’est aussi le mystère et la terreur et l’aventure et le courage et la découverte et la sainteté et la pitié et le désespoir et la nostalgie et l’amour. La guerre est méchante ; la guerre est amusante. La guerre est excitante ; la guerre est déprimante. La guerre fait de vous un homme ; la guerre fait de vous un mort. Les vérités sont contradictoires. On peut arguer, par exemple, que la guerre est grotesque. Mais, en vérité, la guerre est également beauté. Malgré toutes ses horreurs, vous ne pouvez pas vous empêcher d’admirer l’extraordinaire majesté d’un combat. Vous voyez les rafales traçantes se dérouler dans l’obscurité comme des rubans rouges et brillants. Vous vous accroupissez lors d’une embuscade, tandis qu’une lune froide et impassible se lève au-dessus des rizières nocturnes. Vous admirez les symétries mouvantes des troupes en marche, l’harmonie des sons, des formes et des proportions, les énormes salves d’obus crachées par une canonnière, les rafales illuminantes, le phosphore blanc, l’éclat orange-violet du napalm, la lueur rouge des roquettes. Ce n’est pas exactement beau à voir. C’est stupéfiant. Ça remplit l’œil. Ça vous subjugue.

Une écriture poétique, magnifique, qui sublime encore plus les récits de guerre ou d’après-guerre, pendant la reconstruction du corps et de l’esprit.

Ils portaient le bagage émotionnel d’hommes qui sont susceptibles de mourir. Le chagrin, la terreur, l’amour, la nostalgie – tout cela était intangible, mais ces choses intangibles avaient leur propre masse et leur gravité spécifique, elles avaient un poids tangible. Ils portaient des souvenirs honteux. Ils portaient en commun le secret d’une lâcheté à peine retenue, l’instinct de s’enfuir ou de se figer sur place ou de se cacher, et d’une certaine manière c’était le plus lourd des fardeaux, parce qu’on ne pouvait jamais le poser à terre du fait qu’il exigeait un équilibre parfait et une posture parfaite. Ils portaient leur réputation. Ils portaient la plus grande peur du soldat, qui est la peur de rougir. Ces hommes tuaient, et mouraient, parce qu’ils auraient été gênés de ne pas le faire.

Le Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.

La Vallée des ombres : Xavier-Marie Bonnot

Titre : La Vallée des ombres

Auteur : Xavier-Marie Bonnot
Édition : Belfond (03/11/2016)

Résumé :
René Vasseur est une machine, un être au cuir épais qui a fait la guerre, qui a changé de nom. René Vasseur est un légionnaire. Après vingt ans d’absence, la haine au coeur, il revient dans son village natal, au fond d’une vallée industrielle dévastée par la crise.

Peu à peu, surgissent les ombres du passé : la femme qu’il a aimée, l’ennemi d’enfance devenu flic, l’ami qui a basculé dans le grand banditisme, son père, ancien patron de la CGT locale, tyrannique et désabusé… Et le drame qui a bouleversé sa vie : la mort de son frère, Rémy, dix-huit ans, assassiné lors des grèves de décembre de 1986.

René est-il venu venger son frère ? Pourquoi ne l’a-t-il pas secouru alors qu’il en était capable ? Pourquoi a-t-il rejoint la Légion ?

Critique :
♫ Dans la vallée, oh oh, enclavée, lalilala, dans la vallée, ho ho, des rancœurs de pierre près des tombeaux ♪

(Pardon de vous avoir remis cette chanson dans la tête).

Dans la vallée (non, on ne chante plus), des usines qui ne tournent plus à plein régime…

Dans la vallée, le chômage qui, comme la petite bête, monte, monte, monte.

De la vallée, les jeunes s’en sont exilés afin de trouver du travail… Là où leurs ancêtres (♫) bossaient comme des forçats, ceux qui ont encore un job voient leurs avantages se réduire comme peau de chagrin.

Ces avantages sociaux que les anciens avaient acquis au prix de grandes grèves, de sueur, de sang et de larmes. À cette grande époque ou le mot « syndicat » voulait encore dire quelque chose.

Et puis, comme dans tous les villages (ou les petites villes) où tout le monde se connait, on nage dans les secrets lourds et ténébreux. Tout le monde sait tout, mais tout le monde se tait, sauf que les rancœurs ou les haines sont comme des braises sous la cendre, une légère brise et le feu repart de plus belle, encore plus destructeur.

♫ Comme ces jours de peine où l’homme se traîne à la limite du règne du mal et de la haine ♪

René Vasseur a quitté la vallée (de Dana, lalilala) enclavée, laissant le village de Pierrefeu dans son dos, mais aussi son père, son meilleur ami Brahim, sa copine Samia, son frère Rémy, mort durant une grève et sa mère, qui était morte après.

Au départ, on ne saura pas pourquoi René est parti en coup de vent, mais ce jeune homme un peu frêle et toujours en butte aux coups et aux railleries des autres s’est engagé dans la Légion. Des combats, il en a fait, des batailles dégueu, il en a vu.

Là, notre homme revient au bled, il a 40 ans et à la Légion, à cet âge là, tu es pensionné. Et quand tu reviens au bled après 20 ans de silence, on ne peut pas dire qu’on va sortir les cotillons et les flonflons pour ta pomme ! Que du contraire, on te regarde comme un étranger.

La force de ce roman est dans son écriture, dans ses personnages tourmentés, forts, ni tout blancs, ni tout noirs, dans René, homme taciturne qui se souvient de son enfance, du poids de l’Histoire avec un grand-père paternel qui avait pris le maquis et qui est mort d’une balle dans la nuque, dénoncé par des gens du village, sans aucun doute.

Le père de René est aussi un homme fort, il était syndicaliste et il en a mené, des grèves, ce communiste pur et dur. Pourtant, il y a de la fragilité dans cet homme qui a perdu son père alors qu’il n’était qu’un petit garçon et qui a senti peser sur ses épaules le poids de la Légion d’honneur de son père, reçue à titre posthume.

Et puis, il y a des flics ripoux, des salauds qui ne sont forts que planqué derrière leur uniforme ou derrière les autres, parce que une fois seul, ils se chient dessus.

Sans oublier les vieilles rancœurs qu’on a laissé couver, telle des braises sous la cendre, et des vengeances que l’on voudrait accomplir envers ceux qui ont tabassé votre frère, le laissant mort sur le béton.

Un roman rural noir, mais pas trop rural, un roman rempli de flash-back, une histoire qui ne se dévoile que petit à petit, des souvenirs trop grands pour être gardés en soi, une histoire d’amitié, de haine, de vengeance que l’on voudrait accomplir mais dont on sait qu’elle nous laissera des séquelles.

Ça se lit tout seul, ça se dévore, ça se déguste comme un mojito bien frais sur une terrasse (ou du petit-lait pour ceux qui n’aiment pas boire), et ça donne des frissons durant la lecture car certains rebondissements sont des véritables chocs.

Une fois de plus, je viens de sonder l’âme noire des Hommes et croyez-moi, c’était pas beau à voir, mais tellement beau à lire.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017).