Allegheny River : Matthew Neill Null

Titre : Allegheny River

Auteur : Matthew Neill Null
Édition : Albin Michel Terres d’Amérique (02/01/2020)
Édition Originale : Allegheny Front (2016)
Traducteur : Bruno Boudard

Résumé :
Avec « Le Miel du lion », un roman salué par la critique, Matthew Neill Null avait apporté la preuve de son incroyable talent pour saisir le monde sauvage et interroger notre rapport à l’environnement.

Dans Allegheny River, animaux et humains cohabitent au fil du temps, dans un équilibre précaire, au sein d’une nature ravagée par la main de l’homme.

Tour à tour épique et intimiste, c’est un univers de violence et de majesté qui prend vie sous la plume lyrique de ce jeune écrivain.

Ce livre, récompensé par le prix Mary McCarthy, acquiert une dimension universelle, car si le monde qui y est décrit peut nous sembler lointain, une chose est certaine : il s’agit bien du nôtre.

Singulières et puissantes, ces nouvelles, ancrées dans la région des Appalaches, résonnent d’une inquiétante actualité.

Critique :
Décidément, je suis abonnée aux nouvelles, ces derniers jours !

Allez hop, direction l’Amérique et un de ces petites endroits que l’on pourrait qualifier de « trou du cul des États-unis », j’ai nommé les Appalaches.

Ah, Trumpinette vient de twitter que j’étais devenue persona non grata sur le territoire pour ce que je venais de dire. Quand on parle de trou du cul…

Anybref, ces différentes nouvelles illustrent bien l’état d’esprit de ces coins reculés et certaines de ces histoires m’ont touchées, les pires étant celles parlant de chasse…

Putain, mais quel gâchis ! Et dire que nous sommes une espèce dite évoluée… L’évolution n’a pas eu cours chez tout le monde car là, on est en pleine régression de l’être humain.

Bizarrement, si des nouvelles m’ont emportées, émotionnées (6/9), quelques unes ne m’ont pas apporté le plaisir attendu (3/9).

Majoritairement, j’ai pris mon pied, mais la descente est assez raide lorsque l’on passe du trip absolu à une nouvelle qui nous laisse froide.

Pour certaines nouvelles, on se croirait sur des rapides, on est sur des rapides, on a eu une montée d’adrénaline et puis boum, on se retrouve en canot, à la piscine communale avant de repartir, violemment, dans la nouvelle suivante.

Toutes tournent autour de la nature, de l’eau, de la rivière, de la ruralité, des animaux vivants dans ces espaces et de l’Homme qui est capable de tout détruire.

La plume de l’auteur est trempée dans le vitriol, les histoires sont âpres, comme les personnages qui gravitent dans les histoires. Du rural noir en somme.

PS : Mes préférées resteront « Quelque chose d’indispensable », « Le couple », « Ressources naturelles », « La saison de la Gauley », « L’île au milieu de la grande rivière » et « La lente bascule du temps »

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°196.

La guerre des bulles : Kao Yi-Feng

Titre : La guerre des bulles

Auteur : Kao Yi-Feng
Édition : Mirobole (2017)
Édition Originale : Paomo zhanzheng (2014)
Traducteur : Gwennaël Gaffric

Résumé :
Un « Sa Majesté des mouches » contemporain, qui interroge avec une acuité inconfortable les rapports entre dominant et dominés.

Voici une fable à la lisière du fantastique, entre satire politique et imaginaire poétique. À Taïwan, dans une communauté de montagne coupée du monde, les réserves d’eau se tarissent.

Face à des adultes incapables d’affronter ce problème de survie, les enfants comprennent que c’est à eux de le régler. Ils s’emparent d’armes, prennent la maîtrise du territoire et emprisonnent leurs parents.

Lorsque ceux-ci protestent, le mouvement de résistance lancé par les enfants franchit un pas supplémentaire. Désormais maîtres du territoire, ils tentent d’établir un nouveau modèle de société, basé sur l’abolition des règles anciennes…

Roman d’initiation collectif, portrait d’enfants bouleversant, interrogation sur la volonté de puissance, La Guerre des bulles est aussi une violente satire sociale et une dystopie poétique.

Critique :
Pour être loufoque, c’était loufoque ! Un OLNI (Objet Littéraire Non Identifié), un truc inclassable, indéfinissable, sauf si je lui colle l’étiquette « pas aimé ».

Et je la lui colle volontiers tant j’ai souffert durant la première partie du roman, peinant à avancer et pensant plus à ma liste des courses qu’à ce que je lisais.

Trop de détails qui foisonnent tuent le détail. Et tue la pauvre lectrice que je suis.

C’est le mois des déceptions Mirobolesque, en février, puisque c’est le deuxième des éditions Mirobole que je lis et qui fini balancé dans un coin, avec moi hurlant « Au suivant ».

Le bât a blessé dans le fait que je ne savais jamais si nous étions dans l’onirique, dans la fantasmagorie, même si j’avais capté que nous étions dans la satire sociale avec ces enfants qui prennent le contrôle du village, puisque les adultes ne foutent rien et qu’ils en arrivent même à accepter cette prise de pouvoir par les culottes courtes.

Là, j’en étais déjà à me demander si je n’allais pas boire pour oublier ma déception livresque (attention, l’alcool est dangereux pour la santé et l’abus nuit en tout).

L’Histoire étant un éternel recommencement, les révolutionnaires finissant toujours par copier les travers de ceux qu’ils renversèrent, nos moutards n’échappent pas à la règle et de cette société qu’ils remettaient en cause, et bien, ils la copie, le serpent se mordant toujours la queue.

Dommage pour moi, la rencontre avec le roman ne s’est pas faite. Son pitch était des plus intriguant, des plus intéressant puisque le fond est quand même l’espoir de pouvoir raccorder le village à l’eau, qui est source de vie.

Mais le côté trop fantasmagorique de l’écriture, le surréalisme, les bulles agressives et tout le reste m’ont fait décrocher et j’ai terminé ce roman en usant de mon droit le plus élémentaire de lectrice : sauter des pages !!! Et j’ai sauté, sauté…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°177 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°22].

Transsiberian back to black : Andreï Doronine

Titre : Transsiberian back to black

Auteur : Andreï Doronine
Édition : Manufacture de livres (12/04/2017) / 10/18 Domaine étranger (05/04/2018)
Édition Originale : Transsiberian Back2Black (2015)
Traducteur : Thierry Marignac

Résumé :
« Tokha, un petit mec trapu, gagnait son fric de manière extravagante – attaquant dans le dos des passants isolés, en les assommant par-derrière avec des chats gelés à mort et durs comme de la pierre. »

Un jeune auteur de Saint-Pétersbourg raconte le quotidien tragicomique d’un camé. Sans illusion, sans la moindre sentimentalité inutile, ces récits noirs en grande partie autobiographiques, tragiques et pleins d’humour, font de la grande ville du Nord une métropole anonyme à la beauté lépreuse, et dont les palais tant vantés cachent d’innombrables taudis.

Critique :
♫ You go back to her ♪
♪ And I go back to ♪
♫Black, black, black, black, black, black, black ♫

Avec un titre pareil, il m’était impossible de ne pas penser à la chanson d’Amy Winehouse « Back To Black » que j’adore.

Ce roman est composé de 12 nouvelles et pour une fois, je ne pourrai pas dire qu’elles n’en disent pas assez ou qu’il manque quelque chose puisqu’elles sont en fait des tranches de vie d’un camé.

Trainspotting à la sauce russe ? Oui, tout à fait… La vie des camés est décrite sans concession, sans filtres et c’est glauque, violent, sordide, surtout lorsqu’on s’aventurera dans les bas-fonds de la vielle de Petersbourg.

Par contre, je n’ai pas ri ! Il n’y a rien de risible là-dedans, même si nous sommes souvent face à des situations cocasses, mais elles donneraient plus envie de pleurer devant cette déchéance humaine.

Si je vous parle de rire, c’est parce que sous le 4ème de couverture, il était noté en commentaire : « La noirceur de Transsiberian back to black n’a d’égal que sa légèreté. J’ai rarement autant ri à la lecture d’un texte violent et sordide ».

Là, ne comprends toujours pas car aucune situation ne m’a fait sourire, malgré l’autodérision du narrateur qui n’est jamais que l’auteur qui nous raconte sa vie de drogué, sa vie d’avant.

Pire, si la première histoire m’a plu, le reste m’a plutôt ennuyé, n’arrivant pas à l’attacher à un personnage, même le principal et j’ai fini le roman en sautant des lignes et des paragraphes.

Un roman noir très glauque, cash et trash, rempli de déchéance humaine, d’une vie à se traîner car sous l’emprise de la drogue, à vendre son âme, pour un peu de fric, à ne plus ressembler à un Homme tant la spirale infernale de la poudre blanche les tient dans ses rets.

Ne cherchez pas la lumière, il n’y en a pas. Le récit a indigné des gens car ils ne comprenaient pas comment l’auteur pouvait parler avec autant de légèreté de la drogue.

Malheureusement, il ne m’a pas donné l’ivresse attendue, je n’ai pas plané avec lui. J’aurais peut-être dû le sniffer ou lieu de me l’injecter…

Allez, au suivant !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°166 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°11].

Les Mystères de Sean Stranahan – Tome 2 – Les morts de Bear Creek : Keith McCafferty

Titre : Les Mystères de Sean Stranahan – Tome 2 – Les morts de Bear Creek

Auteur : Keith McCafferty
Édition : Gallmeister Americana (06/09/2019)
Édition Originale : The Gray Ghost Murders (2013)
Traducteur : Janique Jouin-de Laurens

Résumé :
Sean Stranahan, peintre amateur, guide de pêche et détective privé à ses heures perdues, se sent de plus en plus chez lui dans le Montana dont il connaît désormais les rivières comme sa poche.

Mais les âpres paysages des Montagnes Rocheuses livrent parfois de macabres trouvailles – comme les cadavres de ces deux hommes exhumés par un grizzly affamé.

Le shérif Martha Ettinger fait appel aux talents d’enquêteur de Sean, décidément très convoités : le même jour, il est embauché par un club de pêcheurs excentriques pour retrouver une précieuse mouche de pêche volée.

Les deux affaires vont se télescoper sur une piste escarpée menant vers quelques-unes des personnes les plus puissantes de la vallée de la Madison.

Critique :
Après la chanson « Merci patron », on pourra chanter « Merci le chien » et « Merci madame Ourse » car sans le chien pour se coucher sur la tombe et sans l’ourse pour dégager un des corps, jamais la police ne les aurait trouvé.

D’ailleurs, c’est bien simple, personne ne les cherchait, ces cadavres !

Maintenant qu’on a mis la main dessus – pour ne pas dire la patte couverte de griffes – va falloir enquêter et c’est là que les Romains s’empoignèrent car zéro piste, zéro identité et zéro idée sur le pourquoi du comment ils se sont retrouvés enterrés là, au sommet de la montagne.

Sean, de son côté, mène l’enquête pour retrouver les deux mouches volée au club de pêcheurs du coin. Non, non, elles ont de la valeur, ces deux mouches volées ! Sentimentale et vu leur prix d’achat et celui qu’on pourrait en retirer en les revendant, ce n’est pas rien.

Ce que j’aime, dans les enquêtes de Sean Stranahan, c’est qu’il y va tranquille et que l’auteur en profite pour animer d’autres personnages que lui tout en se centrant sur Sean et sa vie compliquée et le fait qu’il s’attire toujours des emmerdes, qui, vous le savez sans doute, volent toujours en escadrille !

On a beau ne rien y connaître en pêche à la mouche, on apprécie toujours accompagner Sean sur une rivière pour le regarder y tremper sa mouche (n’y voyez rien de sexuel, hein) pendant qu’il fait le vide dans son cerveau.

Sans jamais appesantir le récit, ces parties de pêche sont toujours agréables à lire et l’entièreté du roman se déguste avec un petit sourire aux coin des lèvres tant il est parsemé de fraîcheur, de mystères et de personnages hors-norme et attachants.

Dans le Montana, les gens ne se comportent pas comme ailleurs et l’auteur a su rendre cette atmosphère de camaraderie dans son récit, donnant l’impression à son lecteur de retrouver une bande de vieux copains.

— Vous savez ce qui est génial avec le Montana ? (…) C’est que des gens venus de tous les horizons s’y retrouvent. (…) Nous sommes au même niveau. Si tout le pays était comme ça, nous nous comprendrions et pourrions travailler à des solutions communes.

Il a beau ne pas en avoir l’air ainsi, mais Sean Stranahan est un bon enquêteur : tenace, calme, sans se presser, donnant l’air de ne pas en avoir l’air et en plus, il a une sacrée paire de cojones parce que ce qu’il a fait, peu en aurait eu le courage !

Dans ce deuxième tome, l’auteur continue d’étoffer ses personnages, dont Sean et poursuit ses belles descriptions du Montana et de ses rivières gorgées de truites en tout genre qui vous donnerait envie d’aller y lancer de la soie et de faire trempette à votre mouche, même si vous n’aimez pas la pêche.

Et puis, cette histoire de cadavres n’est pas du genre que l’on croise dans tous les romans policiers, ce qui ajoute du piment à l’histoire.

Une enquête qui va au rythme pépère, sans pour autant que l’on se mette à bailler d’ennui (que du contraire), des personnages attachants, presque des copains, des personnages étoffés, avec leurs petites faiblesses, leurs petites blessures (mais pas de folie), leurs petites histoires réalistes comme il pourrait nous en arriver, le tout sur le thon, heu, un ton réjouissant qui donne envie de frétiller comme une truite !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°91.

Kornélius – Tome 2 – Askja : Ian Manook

Titre : Kornélius – Tome 2 – Askja

Auteur : Ian Manook
Édition : Albin Michel (02/10/2019)

Résumé :
Dans le désert de cendre de l’Askja, au coeur de l’Islande, le corps d’une jeune femme assassinée reste introuvable.

Près de Reykjavik, des traces de sang et une bouteille de vodka brisée au fond d’un cratère, mais là non plus, pas le moindre cadavre. Et dans les deux cas, des suspects à la mémoire défaillante.

Ces crimes rappellent à l’inspecteur Kornelius Jakobson, de la police criminelle de Reykjavik, le fiasco judiciaire et policier qui a secoué l’Islande au milieu des années 70 : deux crimes sans cadavres, sans indices matériels, sans témoins, que des présumés coupables finissent par avouer sans pourtant en avoir le moindre souvenir.

Après Heimaey, Ian Manook nous entraîne cette fois au coeur d’une Islande plus brute et plus sauvage, dans les rouages d’une machination politique qui révèle une toute autre facette de cette république exemplaire.

Critique :
♫ Askja, Askja, écoute-moi ♪ Askja, Askja, t’en vas pas  ♪ Askja, Askja, réponds-moi ♪

Désolé pour la chanson que je vous ai fourrée dans la tête pour toute la journée, mais c’était plus fort que moi (oui, je suis vicieuse).

Les voyages Manook ne sont jamais de tout repos, mais comme j’aime voyager dans sa compagnie qui n’a rien de low-cost, j’ai rempilé pour un nouveau voyage en Islande.

Si les romans policiers d’Arnaldur Indriðason ont une consonance politique, ceux de Manook en ont une de paysages, des lieux emblématiques de cette île nordique et avec Google, on peut voir les lieux de visu et ne plus devoir les imaginer, comme je devais le faire avant l’ère de l’Internet pour les masses.

Avec l’auteur, rien n’est jamais simple dans ses enquêtes et ce roman est comme une matriochka : plusieurs enquêtes, plusieurs affaires et si l’une et l’autre ne s’emboîtent pas l’une dans l’autre, celle avec le sniper aura bien des petites poupées cachées qui nous serons dévoilées dans un final hautement adrénalitique ! (néologisme, oui)

L’inspecteur Kornelius Jakobson aura bien du mal sur cette affaire sans cadavres mais avec scènes de crimes, avec des témoins qui disparaissent, des suspects qui souffrent de troubles de mémoire, dues à Alzheimer ou à l’abus d’alcool. La prise de tête !

Amonbofis le disait déjà « Pas d’pierre, pas d’construction. Pas d’construction, pas d’palais. Pas d’palais… pas d’palais ».

Donc, si on suit sa logique : « Pas de corps, pas de crime » ! Oui mais ce n’est pas si simple car on a tout de même eu un corps, filmé par un drone, qui a… disparu. Oui, la prise de tête ! Sans compter un sniper qui tire sur les lieux touristiques (mais pas sur les touristes).

Pour un pays réputé « calme », ça fait beaucoup à gérer pour leur police qui n’est pas aussi armée que la nôtre et aussi nombreuse.

Autre problème avec notre grand inspecteur qui a la carrure d’un troll (et le mauvais caractère aussi), c’est qu’il a plus souvent irrigué le bas de son corps que le haut, durant cette enquête.

Et quand je parle du bas de son corps, vous vous doutez que je vise plus haut que les pieds et les genoux… Oui, remontez encore un peu, vous allez mettre le nez sur le problème. STOP ! On reste calme, mesdames…

J’avais trouvé, dans le tome 1, que Kornelius ressemblait un peu à Yeruldelgger : même carrure, même caractère, même côté fox-terrier qui ne lâche rien, même manière de se foutre de la hiérarchie et des règles mais respectant son pays et ses coutumes et cette fois-ci, j’ai encore plus ressenti cette ressemblance, sans que cela nuise au personnage car tout en étant semblable, ils sont tout de même différents.

Sans pour autant nous faire crouler sous les références ou plomber son récit, l’auteur nous glisse souvent des histoires, de la géologie, de la politique, dans son récit et le tout se mélange harmonieusement, nous instruisant tout en nous divertissant.

Cela donne plus de corps au récit, plus de mâche (Cyril Lignac m’a collé ce lot dans la tête), l’ancrant dans le réalisme en nous dressant ainsi un portrait plus juste de l’Islande qui est un personnage à part entière dans le récit.

Je me suis prise au jeu, j’ai tenté de démêler les fils de l’intrigue, j’ai ri avec les dialogues des policiers Komsi et Spinoza, j’ai frémi durant les disputes des uns et des autres dans l’équipe, j’ai fait fumer mes méninges pour tenter de désopacifier cette intrigue et j’ai été baladée de bout en bout, pour mon plus grand plaisir.

Maintenant, la question que je me pose, c’est : que nous réserve-t-il pour le troisième tome ? Car j’espère encore repartir en Islande avec Air Manook (même si j’adore aussi voyager avec Air Indriðason) car il y a plus d’humour dans ses pages que dans celle de l’auteur islandais (que j’adore, hein, me faites pas dire ce que je n’ai pas dit).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°XX.

Whiskey : Bruce Holbert

Titre : Whiskey

Auteur : Bruce Holbert
Édition : Gallmeister Americana (04/09/2019)
Édition Originale : Whiskey (2018)
Traducteur : François Happe

Résumé :
Andre et Smoker ont grandi dans le Pacifique Nord-Ouest, près de la réserve indienne de Colville.

Après le divorce de leurs parents, dont la passion désordonnée n’a résisté ni au temps ni à l’alcool, les deux frères deviennent inséparables. Adultes, ils restent farouchement loyaux l’un envers l’autre.

Aussi, lorsque Smoker apprend que son ex-femme a confié leur fille à une communauté marginale nichée en pleine montagne, Andre n’hésite pas une seconde à tout lâcher pour se joindre à lui.

Commence une quête qui, de bagarres en virées alcoolisées, repoussera les limites de l’amour fraternel.

Critique :
Est-ce parce que j’ai lu un excellent livre (Dites-leur que je suis un homme) que ceux qui suivent me semblent sans saveur ?

Après avoir peiné à en finir un autre juste avant (vous en saurez plus dans les prochains jours, je suis en LC avec Rachel), voilà que celui-ci passe lui aussi à la trappe.

Il avait tout pour me plaire mais durant ma pénible lecture, j’ai eu l’impression d’aller dans un sens alors que le roman partait dans un autre.

Impossible de m’attacher aux personnages des frères Andre et Smoker, impossible de m’attacher à l’histoire d’amour vache entre leurs parents, impossible de m’attacher à leur quête, leurs déboires, leurs vies impossibles…

Anybref, j’ai soupiré maintes et maintes fois et pour finir, j’ai terminé la lecture en diagonale.

Non, ça ne me fait pas plaisir d’écrire ce genre de chronique… Contrairement à des romans ou des bédés qui ont vraiment quelque chose de merdique à souligner, ici, je n’ai pas vraiment de matière pour faire une chronique assassine…

L’écriture n’était pas gnangnan, l’histoire avait du potentiel, les personnages étaient bien tourmentés, se demandant au fil de leur vie comment être des enfants, des ados, des maris ou des pères.

La narration alternant le présent et le passé était bien utilisée car elle mettait sous le feu des projecteurs les points importants dans la vie de tous les protagonistes, tentant de nous montrer comment tout ce petit monde en était arrivé là, à ce point de non retour, à cette impasse, à cette vie sacrifiée.

Mais voilà, le roman est parti dans une direction et moi dans un autre et jamais nous ne nous sommes rencontré pour passer un bon moment ensemble. Tant pis, ça arrive dans la vie d’une lectrice (ou d’un lecteur) surtout si cette personne dévore les livres tel un cannibale boulimique de littérature.

Bah, j’irai voir ailleurs et ce n’est pas ce qui manque sur ma PAL dantesque et plus haute que la plus haute montagne…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°72.

Un silence brutal : Ron Rash

Titre : Un silence brutal

Auteur : Ron Rash
Édition : Gallimard La noire (21/03/2019)
Édition Originale : Above the Waterfall (2015)
Traducteur : Isabelle Reinharez

Résumé :
Dans cette contrée de Caroline du Nord, entre rivière et montagnes, que l’œuvre de Ron Rash explore inlassablement depuis Un pied au paradis, un monde est en train de s’effacer pour laisser la place à un autre.

Le shérif Les, à trois semaines de la retraite, et Becky, poétesse obsédée par la protection de la nature, incarnent le premier.

Chacun à sa manière va tenter de protéger Gerald, irréductible vieillard amoureux des truites, contre le représentant des nouvelles valeurs, Tucker.

L’homme d’affaires, qui loue fort cher son coin de rivière à des citadins venus goûter les joies de la pêche en milieu sauvage, accuse Gerald d’avoir versé du kérosène dans l’eau, mettant ainsi son affaire en péril.

Les aura recours à des méthodes peu orthodoxes pour découvrir la vérité.

Et l’on sait déjà qu’avec son départ à la retraite va disparaître une vision du monde dépourvue de tout manichéisme au profit d’une approche moins nuancée.

Critique :
Mais qu’est-ce qui m’arrive ? Mais que m’arrive-t-il ? Une malédiction lancée sur moi par le TMC (Le Terrible Complot Mondial) ?

Nom de Zeus, comment cela se fesse-t-il que je n’arrivasse pas à entrer dans le dernier Ron Rash ? Que je m’y ennuie ? Que je n’y retrouve pas les émotions brutes et terribles de certains de ses romans ?

Un peu comme si après avoir eu des orgasmes de tous les diables avec un mec, ce dernier avait une panne sexuelle, une impuissance, bref, qu’il n’arrivait plus à me faire grimper aux rideaux.

J’avais déjà ressenti ça avec son dernier roman parus : Par le vent pleuré (que j’avais moyennement aimé), alors que j’avais eu un coup de coeur monumental pour Une terre d’ombre, comme pour Le monde à l’endroit et que Serena et Un pied au paradis m’avaient enchanté.

Il avait manqué peu de chose au roman Le chant de la Tamassee pour faire naître pareilles émotions, mais j’avais été enchantée de ma lecture.

Oui, Ron Rash avait l’art et la manière de faire naître des sensations magnifiques et ici, je suis restée de marbre, soupirant, même, n’emmêlant les pinceaux, ou plutôt le fils de ma ligne puisqu’il est aussi question de pêche ici.

Cette fois-ci, le quotidien d’une petite ville des Appalaches ne m’a pas emporté.

Pourtant, la plume de Ron Rash est toujours poétique, ses personnages sont toujours bien typés, bien décrits, bien campés, que son histoire est toujours aussi profonde, mais pas moyen d’y entrer, de m’attacher à ces gens, à leurs histoires.

Tous les ingrédients étaient réunis, mais il manquait la flamme pour m’allumer et me consumer toute entière.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°43 et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

La piste des ombres – Tome 1 – Pierres brûlantes : Tiburce Oger

Titre : La piste des ombres – Tome 1 – Pierres brûlantes

Scénariste : Tiburce Oger
Dessinateur : Tiburce Oger

Édition : Vents d’ouest (2000)

Résumé :
Texas, 1866. Cette nuit-là, le vieux Zachary Cloverleaf et ses cow-boys, incapables de contenir la folie du bétail, assistent impuissants à un terrifiant spectacle : leur troupeau de mille longhorns englouti en un instant par une montagne…

Quelques années auparavant, Cloverleaf, alors capitaine des Texas Rangers, recueillait le jeune Natanaël Dumont, unique survivant du massacre de sa famille lors de la révolte des Comanches Kwahadis.

En s’enfuyant, l’enfant était tombé dans un puits fraîchement creusé. Il y trouva trois pierres étranges qu’il garda précieusement en souvenir de cette nuit tragique.

Il ignorait que ces pierres renfermaient l’esprit des « Gahe », puissantes divinités selon les légendes indiennes.

Et malheur sur le monde si celui qui possède les pierres sacrées n’a pas le cœur en paix… Prenez garde aux « Gahe »… Prenez garde aux « Pierres Brûlantes »…

Critique :
Lorsque l’on range ses bibliothèques parce qu’on vient d’en ajouter trois nouvelles (vides), on tombe souvent sur des trésors oubliés et cette bédé en fait partie.

Moi qui m’enorgueillissais de ne pas avoir de PAL en bédé et bien, c’était faux car cet album croupissait dans mes étagères depuis des années et des années (plus de 10 ans) et je ne le savais même pas !

Je préconise donc des nettoyages de printemps pour toutes vos biblios au moins 2 fois pas an…

Un western aux relents fantastiques… Fallait oser et fallait le réussir, ce qui est toujours plus difficile, un exercice aussi périlleux que de chevaucher un bronco pour la première fois : le cassage de gueule n’est jamais loin.

Ici, tout est bien maîtrisé et aucune ruade n’est à redouter.

Ce qui nous est raconté en aparté par un vieil indien, sous forme de souvenirs s’apparentant plus à des légendes qu’à la réalité s’avère être en fait la réalité, qui a été rejointe par la légende et nous en apprendrons un peu plus sur ces fameuses Pierres Brûlantes.

Pas de manichéisme dans les personnages, tout le monde a son rôle à jouer et il y a du réalisme dans leurs portraits, leurs caractères. Tous les Sudistes ne sont pas des esclavagistes, tous les Nordistes ne sont pas des preux chevaliers œuvrant pour le Bien de tous, on a des Indiens assassins, des victimes, et il en est de même chez les Blancs.

Tout est nuancé mais sombre, à l’instar des cases de cette bédé où j’ai eu un peu de mal avec les dessins au départ, avant de me laisser emporter par eux ensuite.

Un western qui flirte avec le fantastique, qui valse avec lui, nous entraînant dans une course-poursuite désespérée afin d’arrêter deux jeunes gens, traqués, avec du sang sur les mains et des pierres qu’il ne faut pas utiliser avec la haine chevillée au corps.

Damned, je n’ai pas l’album suivant ! Faudra que je le note sur ma Wish car je compte bien lire les trois albums de la saga.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°42, Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

Le pays des petites pluies : Mary Austin

Titre : Le pays des petites pluies

Auteur : Mary Austin
Édition : Le mot et le reste (12/02/2019)
Date publication originale : 1903
Édition Originale : The Land of Little Rain (1903)
Traducteur : François Specq

Résumé :
Ce texte de Mary Austin est l’un des grands classiques de la tradition américaine de nature writing et les critiques de son temps ont comparé sa sensibilité à l’environnement à celles de Thoreau et Muir.

Sa célébration de la beauté du désert la place au commencement de toute une lignée d’écrivains américains qui, de John Van Dyke à Edward Abbey, ont fait porter sur ces régions un regard à contre-courant du désir d’exploitation indissociable de l’histoire de l’Ouest américain.

Se tenant à l’écart tant de l’esthétisme que du sentimentalisme, Austin n’en parvient pas moins, dans une prose sobre mais intense, à évoquer les singuliers pouvoirs d’envoûtement du désert de l’Ouest, tout en laissant entendre de manière poignante la résonance intime du mélange de beauté et de douleur propre à ce lieu.

Critique :
Un peu de douceur dans ce monde de brutes, comme le disait si bien la publicité pour les chocolats dont je ne citerai pas la marque.

Voilà le genre de bande-titre que l’on pourrait apposer sur cet oldies parlant de nature-writing et datant de 1903.

Pour la plupart des gens, dans les déserts, il n’y a rien, pas de vie, pas de flotte, juste la chaleur la journée, le froid la nuit et l’immensité désertique.

À la lecture de ce roman composé de nouvelles, ou plutôt, de petites chroniques, on apprend qu’il n’en est rien et que le désert n’est pas dépourvu de vie et qu’il n’est pas juste une étendu de sable matraquée par le soleil implacable, infernal.

Elles nous parlera des plantes qui y vivent, des oiseaux, de l’eau que l’on peut trouver en creusant un peu et où des aventuriers sont morts de soif alors que s’ils avaient creusé un peu, ils eussent survécu.

Vous pouvez faire confiance aux Indiens pour ne manquer aucune des vertus du monde des plantes !

Elle nous parle de cette fascination que le désert a sur l’Homme, sur la magie qui s’en dégage, sur ses dangers mais aussi sur tout ce qu’il a offrir.

Pour tout ce que le désert prend à l’homme il donne une contrepartie, des respirations profondes, un sommeil profond et la communion des étoiles. Il nous vient à l’esprit avec une force renouvelée, dans les silences de la nuit.

Venez donc vous qui êtes obsédés par votre importance dans l’ordre des choses, et qui ne possédez rien qui n’ayez obtenu sans peiner, venez par les sombres vallées et les collines charnues, jusqu’au pays des jours paisibles, et faites vôtres la générosité, la simplicité et la sereine liberté.

Ça se lit confortablement installé au soleil, pour en sentir sa morsure et ainsi, on peut se laisser porter par le récit fort bien détaillé de l’auteure, imaginer les paysages, sentir les odeurs et se laisser bercer par ses petites chroniques où il ne se passe rien, mais où il se passe bien des choses car on parle tout de même de la Nature.

Telle est l’économie de la nature, mais avec tout cela on ne prête pas assez attention à l’oeuvre de l’homme. Il n’y a pas de charognard qui mange les boites de conserve et nulle créature sauvage ne laisse de telles souillures sur le sol de la forêt.

Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

Denali : Patrice Gain

Titre : Denali

Auteur : Patrice Gain
Édition : Le mot et le reste (18/05/2017)

Résumé :
Dans les territoires immenses du Montana, Matt Weldon, adolescent livré à lui-même et maltraité par l’existence, tente de renouer avec ses origines.

Il fouille le passé d’un père décédé dans l’ascension du mont Denali et d’une mère internée. II découvre au fil des jours une vie qu’il ne soupçonnait pas, partagé entre admiration et stupeur.

Incontrôlable et dévasté, son grand frère Jack est habité par une rage qui le mettra en travers de sa quête et le conduira à commettre l’irréparable.

Comme Matt, le lecteur est aux prises avec la rudesse du monde rural et autarcique qui habite cette aventure, ne trouvant du répit que dans les instants où l’osmose avec une nature grandiose devient salvatrice.

Critique :
Denali, c’est bon quand tu le lis ! Parce que la montagne, ça vous gagne. Et ça vous tue aussi…

C’est ce qui est arrivé au père de Matt et de Jack, ce qui a plongé la famille dans un tourbillon sans fin de misères, d’emmerdes en tous genre et de folie, pour Jack.

À la loterie de la malchance, ils ont tiré le gros lot : le père qui décède en escaladant le Denali (nom véritable du mont Mc Kinley qui se trouve en Alaska), la mère qui sombre dans la folie et qui en meurt, le fils de 14 ans, Matt, livré à lui-même suite au décès de sa grand-mère et Jack, son frère aîné, qui s’amuse avec la meth…

Et si dit ainsi, on pourrait penser que trop c’est trop, il n’en est rien à la lecture de ce roman qu’on a du mal à lâcher. En tout cas, moi, j’avais les doigts agrippés dessus à tel point que j’ai eu du mal à le reposer pour aller m’habiller, petit-déjeuner avant d’aller bosser un peu.

Cette longue déchéance du jeune Matt m’a glacé les sangs, le voir livré à lui-même, arriver à s’en sortir grâce à la pèche et puis voir Jack, son frère aîné, celui qui devrait le protéger, venir tout casser sans que Matt ne bronche, ou presque pas, ça m’a fait mal au coeur.

Niveau capacité de pardon, Matt en a des tonnes, il est même à mériter des claques pour encore prendre la défense de son frangin après toutes les misères qu’il lui a faite. D’accord, c’est son grand frère, il l’aime, mais il y a des limites à l’amour et au pardon. Un coup de pied au cul de son frangin aurait fait du bien.

Avec un récit à la première personne du singulier, on est beaucoup plus proche du personnage de Matt, plus en symbiose avec lui, plus en empathie.

J’ai tremblé pour lui, j’avais peur qu’il ne lui arrive quelque chose, le garçon étant livré à la Nature impitoyable du Montana et aux prédateurs Humains qui rôdaient.

Mais qu’est-ce que ce pauvre garçon à fait à son créateur d’auteur pour mériter pareil châtiment ?? Et qu’est-ce que moi, pauvre lectrice, j’ai bien pu faire comme misère à Patrice Gain pour mériter pareils tourments sur 260 pages ?

Des tourments, certes, mais du plaisir de lecture décuplé par ces personnages bien campés, par ce Matt qu’on adore de suite et par ses descriptions du Montana sauvage, de la pêche à la mouche et de la survie en milieu hostile car ici, la Nature ne te fait pas de cadeaux.

Cette Nature constituée d’arbres, de rivières poissonneuses, d’ours, de pygargues, de loups, de cougars (l’animal, pas la femme d’un certain âge qui drague des jeunes), de soleil et de neige était si bien décrite qu’on avait l’impression de s’y trouver pour de vrai.

L’auteur est français mais sa plume a tout d’une américaine et elle m’a bien plu, cette plume. Faudra que je refasse un autre voyage littéraire en sa compagnie.

Ce roman qui oscille entre le Nature Wirting et le roman noir, entre le thriller pur jus et le roman familial avec tous ses secrets enfouis m’a subjugué, m’a emporté dans un maelstrom d’émotions, oscillant entre l’effroi et la bouffée de bonheur.

Une lecture que j’ai terminée sur les genoux, vannée, épuisée.

Contente de m’en être sortie à bon compte, contente d’avoir senti mes tripes se serrer, mon palpitant palpiter, heureuse de mon coup de cœur, me maudissant de ne pas l’avoir lu plus tôt, maugréant sur ma copinaute Dealer De Lignes (la responsable de cette lecture) qui m’avait fait vivre autant d’émotions fortes.

Un roman que l’on referme partagée entre la rage de voir l’histoire se terminer, le désir de la voir se poursuivre et le plaisir de la finir sur une si belle note. Un roman qui a toute ses chances pour rester dans ma mémoire et mon coeur.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°14.