Les Fugitifs de l’Alder Gulch : Ernest Haycox

Titre : Les Fugitifs de l’Alder Gulch

Auteur : Ernest Haycox
Édition : Actes Sud L’Ouest, le vrai (02/06/2016)
Édition Originale : Alder Gulch (1942)
Traducteur :

Résumé :
Au milieu des années 1800, un couple improbable s’enfuit pour rejoindre le nouvel eldorado de la vallée de l’Alder Gulch, dans le Montana, où des milliers de chercheurs d’or s’aventurent pour faire fortune.

Jeff Pierce est traqué par le frère de l’homme qu’il a tué. Sa compagne de route, Diana Castle, cherche à échapper à un mariage arrangé. Quel avenir y aura-t-il pour eux dans cet Ouest sauvage où la loi est piétinée ?

Avec ce portrait d’une communauté d’orpailleurs dans les contrées les plus sauvages du Montana (l’endroit est historique : l’Alder Gulch et Virginia City ont véritablement existé), Haycox déploie à merveille son art romanesque et sa connaissance de la nature humaine.

Son roman est nourri de cette authenticité lyrique qu’on lui connaît depuis Des clairons dans l’après-midi (Actes Sud, 2013) et Le Passage du canyon (Actes Sud, 2015).

Critique :
Bienvenue dans la communauté des orpailleurs, dans le Montana. Ici, l’or est là, il suffit de se pencher pour le prendre.

Bon, faudra creuser tout de même et tamiser avant de trouver des pépites que vous irez dépenser au saloon du coin, vous encanaillant avec les prostituées, dépensant vos pépètes au poker avant de retourner tamiser la terre afin de vous refaire.

Le cercle vicieux.

Mais si vous gardez toutes vos pépites, tel un écureuil, lorsque vous mettrez les voiles, attendez-vous à ce que les bandits du coin vous les chipe et ne laisse votre cadavre pourrir sur le sol.

La communauté des orpailleurs, je l’avais suivie dans des bédés, mais pas vraiment dans un roman (ou alors, ma mémoire me fait défaut, ce qui serait normal, vu tout ce que je lis et tout ce que j’ai déjà lu).

Tous les ingrédients d’un bon western sont réunis, même si nous commençons l’aventure sur le pont d’un navire que nous quitterons bientôt à la nage. Ensuite, ce sera la fuite avec une jolie fille qui fuit sa famille et l’arrivée dans une citée de chercheurs d’or, avec tout ce que ça comporte comme dangers.

Jeff Pierce est celui qui s’est enfui du bateau où il n’avait pas souhaité monter et Diana Castle est celle qui l’aidera à fuir, profitant de lui pour fuir aussi sans attirer l’attention, car il est plus facile pour un couple de passe inaperçu que pour un fugitif et une femme seule de voyager.

Direction l’Alder Gulch et Virginia City. Une ville champignon qui a poussé après une ruée vers l’or, ça attise bien des convoitises et tout ce que le pays comptait de méchants s’est réuni dans une bande qui fait la loi et dont personne n’ose contrecarrer les mauvaises actions.

Une fois de plus, comme dans les Lucky Luke, on a une foule qui en a marre des meurtres, qui voudrait un peu plus de sécurité, qui souhaiterait que l’on mette fin aux exactions des bandits, mais qui n’est pas soudée, qui a besoin d’un meneur et d’une goutte d’eau pour faire déborder le vase.

Nous sommes face à des gens qui ont peur, qui voudraient que cela s’arrête mais ne savent pas comment faire, n’osent pas le faire, sans oublier qu’ils ont peur des représailles et sont limite fleur bleue car ils ont hurlé pour qu’on ne pende pas certains des assassins car ils s’étaient laissé attendrir.

Ce sont des pleutres et ils ne diffèrent pas vraiment de nous, qui, à notre époque, avons encore les mêmes peurs face à des racketteurs, des dealers, des gangs, des petits merdeux de gamins,…

L’auteur nous décrit avec détail la vie dans une ville qui ne vit que grâce aux chercheurs d’or, décrivant les privations, le dur labeur, les conditions météo hostiles, l’éloignement, la solitude, la peur de l’autre et l’individualisme car ici, tout le monde veille jalousement sur sa matière jaune et espère qu’un autre fera le ménage à sa place.

On pourrait résumer le livre par deux mots : authenticité et réalisme. L’action n’est pas toujours présente, Haycox prenant le temps à un moment donné de nous faire vivre ce qui pouvait se passer dans ce genre de ville, nous présentant différents personnages secondaires qui, contrairement aux hors-la-loi, seront moins étiqueté « irrécupérables ».

Si les bandits sont tous catalogués dans les Méchants, l’un d’entre eux se distinguera par son côté jovial et amitieux, le genre de personne que l’on voudrait pour ami et qu’on n’hésiterait pas à tenter de sauver s’il passait du côté obscur de la Force.

Mêmes notre Pierce n’est pas tout blanc, mais au moins, il est honnête. Et dans le milieu des orpailleurs, un honnête homme, ça a de l’importance. C’est même en voie de disparition. Un bien rare étant cher, un homme honnête, c’est cher.

Ce western qui a tout du Roman Noir possède des émotions, de l’action, du suspense, du mystère, de la justice, qui peut faire défaut ou être expéditive, et des hommes prêts à tout pour s’enrichir. Des hommes qui doivent survivre face à une Nature hostile et un climat peut propice au bikini en hiver, sans compter qu’il faut faire face à l’envie, la jalousie, le vol.

Un western où la sauvagerie des lieux déteint sur les Hommes mais où brille un espoir, tout de même, celui de voir les gens se serrer les coudes pour faire face à ceux qui se pensaient tout puissant et à l’abri de tout danger.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°58, Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

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Meurtres sur la Madison : Keith McCafferty

Titre : Meurtres sur la Madison – Les Mystères de Sean Stranahan 1

Auteur : Keith McCafferty
Édition : Gallmeister Americana (07/06/2018) / Gallmeister Totem (06/06/2019)
Édition Originale : The Royal Wulff Murders (2012)
Traducteur : Janique Jouin-de Laurens

Résumé :
La Madison River a beau être le Graal des rivières à truites du Montana, lorsqu’on y pêche un cadavre, c’est à l’intrépide shérif Martha Ettinger que la prise revient.

L’homicide semble évident, et la Royal Wulff plantée dans la lèvre boursouflée de la victime a tout d’une macabre signature.

Alors qu’elle mène son enquête, Martha croise la route de Sean Stranahan, lui-même pêcheur, peintre et ex-enquêteur privé venu s’installer dans les Rocheuses à la suite d’une douloureuse séparation.

Lui aussi est impliqué dans une affaire : la jeune et mystérieuse sirène du Sud, Velvet Lafayette, est venue troubler le paysage et l’a persuadé de partir à la recherche de son jeune frère disparu dans le coin.

Ensemble, Martha et Sean vont remonter une piste glissante qui débouchera sur les zones d’ombre du “big business” du Montana : la pêche à la mouche.

Meurtres sur la Madison est le premier volet d’une nouvelle série dépaysante située en plein cœur des décors sublimes de l’Ouest américain.

Critique :
Sur la route elle m’a dit « Sonne »…

Ok, après ce mauvais jeu de mot (un vieux, en plus) sur la Madison River, je sors et je m’en vais pêcher des meilleurs.

La pêche et moi, nous ne sommes pas copines, non pas que j’aie quelque chose contre ce sport, juste que je n’y connais strictement rien et que rester à attendre qu’un poisson daigne mordre, ça m’énerverait.

Il fallait donc que l’auteur monte la bonne mouche pour titiller ma curiosité, me faire remonter à la surface alors que je frayais tranquillement dans mon monde littéraire et surtout, il fallait qu’il monte le bon hameçon pour me ferrer de la sorte sans que je me débatte.

D’autres ont réussi à m’intéresser avec un roman parlant de foot ou de jazz (Michaël Mention) et Keith McCafferty a réussi à me plonger dans un roman où les morts ne manquent pas, mais où les choses consacrées à la pêche non plus.

Vous risquez d’en connaître un bout sur les mouches, les lignes, la soie, les truites fario ou arc-en-ciel.

Pas de panique, même si vous n’aimez pas cette activité la lecture de ce polar est tout de même faite pour vous, du moins, si vous aimez les enquêtes, les cadavres, les mystères, le suspense, les femmes fatales, les pisteurs indiens et les gros lourds qui font des chouettes copains (l’indien avait des airs de Holmes et il doit aimer les belettes puisqu’il a tatoué les empreintes de la bête sur son biceps).

— Vous avez entendu parler de Sherlock Holmes, Harold ? Vous commencez à me faire penser à lui.
— C’est qui ?
— Un détective britannique, au XIXe siècle.
— Il était bon ?
— C’est un personnage de fiction.
— Oh, fit Harold dont la voix trahissait le manque d’intérêt.

Des empreintes de cerf tatouées encerclaient le haut du biceps de son bras droit ; des empreintes de belette se pourchassaient sur le gauche.

L’auteur nous propose un savant mélange entre une enquête réalisée par la shérif Martha Ettinger et le peintre, ancien détective privé, Sean Stranahan, le tout entrecoupé de scènes bucoliques de lancer de mouche ou de souvenirs de pêcheurs, qu’ils aient trempé leurs mouches dans les rivières du Montana ou ailleurs.

Les descriptions du Montana sauvage et de ses habitants, indépendants sont réussies, elles donnent le ton au roman, comme si on feuilletait un album avec des belles photos de paysages et de portraits haut en couleur.

Évitant de nous faire boire la tasse avec des considérations techniques de choix de mouche et de lancer, l’auteur a su diluer tout cela dans le récit, l’incorporant à l’enquête, aux personnages, à leurs activités, que ce soit la pêche, la drague, la quête d’indices ou la description de la faune et la flore de la région.

On a beau être ignare sur le sujet, ça passe tout seul et on avale le ver, l’hameçon, la mouche et tout le reste, et de bon cœur.

— Un porc-épic est davantage en sécurité dans un arbre. Il peut grimper sur une branche où la martre pêcheuse – c’est l’espèce la plus rare de la famille des belettes, si vous ne le saviez pas – doit l’attaquer par-derrière et ne peut pas passer sa cuirasse de piquants. Mais quand le porc-épic descend pour manger la pagaie de canoë, la martre pêcheuse l’attaque à la tête.

Le charme prend aussi grâce aux personnages différents qui parsèment ses rivières poissonneuses et ces étendues sauvages. Bien campés, détaillés, sans sombrer dans le superfétatoire, machos mais pas trop, amusants, sympathiques, attachants, dragueurs, amoureux…

— Vingt dieux, Martha. Ce type sent comme un dingo. Ça doit être aussi dur à suivre qu’un étron en train de glisser sur le glaçage d’un gâteau de mariage.

Alors même si je ne capte rien au fait de prendre une une soie de 4 avec la mouche sèche parachute, celle avec l’aile en veau et le corps violet, je m’en balance, moi je vais à la pêche aux mystères, aux criminels, aux cadavres et le suspense est la chose qui me fait lever la tête de mon cours d’eau.

Ce roman était une bonne pêche ! Je compte bien aller tirer à nouveau sur l’hameçon de l’auteur et les morts de Bear Creek seront pour moi !

— Votre peuple n’a pas simplifié les choses pour mon peuple depuis que Meriwether Lewis a tiré sur ce gamin blackfeet sur la Marias River. Ça fait combien, deux cents ans ?

— J’ai vu trop de scènes de crime compromises à Chicago. (Il secoua la tête.) La plupart des types en uniforme seraient infoutus de vider la pisse d’une botte avec les instructions sur la semelle.

— Une fois, c’est un concours de circonstances. Deux, une coïncidence. La troisième, une déclaration de guerre. Comme dit Goldfinger à James Bond.
— Tu es un mordu de cinéma, maintenant, Walt ? dit Ettinger. Je ne l’aurais jamais cru.

— Alors, c’est “L’Affaire du chien pendant la nuit”, c’est ça ? demanda Ettinger. Pourquoi vous ne m’en avez pas parlé ?

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°25 et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

Royal Wulff

Umělá muška

Durham Ranger

Denali : Patrice Gain

Titre : Denali

Auteur : Patrice Gain
Édition : Le mot et le reste (18/05/2017)

Résumé :
Dans les territoires immenses du Montana, Matt Weldon, adolescent livré à lui-même et maltraité par l’existence, tente de renouer avec ses origines.

Il fouille le passé d’un père décédé dans l’ascension du mont Denali et d’une mère internée. II découvre au fil des jours une vie qu’il ne soupçonnait pas, partagé entre admiration et stupeur.

Incontrôlable et dévasté, son grand frère Jack est habité par une rage qui le mettra en travers de sa quête et le conduira à commettre l’irréparable.

Comme Matt, le lecteur est aux prises avec la rudesse du monde rural et autarcique qui habite cette aventure, ne trouvant du répit que dans les instants où l’osmose avec une nature grandiose devient salvatrice.

Critique :
Denali, c’est bon quand tu le lis ! Parce que la montagne, ça vous gagne. Et ça vous tue aussi…

C’est ce qui est arrivé au père de Matt et de Jack, ce qui a plongé la famille dans un tourbillon sans fin de misères, d’emmerdes en tous genre et de folie, pour Jack.

À la loterie de la malchance, ils ont tiré le gros lot : le père qui décède en escaladant le Denali (nom véritable du mont Mc Kinley qui se trouve en Alaska), la mère qui sombre dans la folie et qui en meurt, le fils de 14 ans, Matt, livré à lui-même suite au décès de sa grand-mère et Jack, son frère aîné, qui s’amuse avec la meth…

Et si dit ainsi, on pourrait penser que trop c’est trop, il n’en est rien à la lecture de ce roman qu’on a du mal à lâcher. En tout cas, moi, j’avais les doigts agrippés dessus à tel point que j’ai eu du mal à le reposer pour aller m’habiller, petit-déjeuner avant d’aller bosser un peu.

Cette longue déchéance du jeune Matt m’a glacé les sangs, le voir livré à lui-même, arriver à s’en sortir grâce à la pèche et puis voir Jack, son frère aîné, celui qui devrait le protéger, venir tout casser sans que Matt ne bronche, ou presque pas, ça m’a fait mal au coeur.

Niveau capacité de pardon, Matt en a des tonnes, il est même à mériter des claques pour encore prendre la défense de son frangin après toutes les misères qu’il lui a faite. D’accord, c’est son grand frère, il l’aime, mais il y a des limites à l’amour et au pardon. Un coup de pied au cul de son frangin aurait fait du bien.

Avec un récit à la première personne du singulier, on est beaucoup plus proche du personnage de Matt, plus en symbiose avec lui, plus en empathie.

J’ai tremblé pour lui, j’avais peur qu’il ne lui arrive quelque chose, le garçon étant livré à la Nature impitoyable du Montana et aux prédateurs Humains qui rôdaient.

Mais qu’est-ce que ce pauvre garçon à fait à son créateur d’auteur pour mériter pareil châtiment ?? Et qu’est-ce que moi, pauvre lectrice, j’ai bien pu faire comme misère à Patrice Gain pour mériter pareils tourments sur 260 pages ?

Des tourments, certes, mais du plaisir de lecture décuplé par ces personnages bien campés, par ce Matt qu’on adore de suite et par ses descriptions du Montana sauvage, de la pêche à la mouche et de la survie en milieu hostile car ici, la Nature ne te fait pas de cadeaux.

Cette Nature constituée d’arbres, de rivières poissonneuses, d’ours, de pygargues, de loups, de cougars (l’animal, pas la femme d’un certain âge qui drague des jeunes), de soleil et de neige était si bien décrite qu’on avait l’impression de s’y trouver pour de vrai.

L’auteur est français mais sa plume a tout d’une américaine et elle m’a bien plu, cette plume. Faudra que je refasse un autre voyage littéraire en sa compagnie.

Ce roman qui oscille entre le Nature Wirting et le roman noir, entre le thriller pur jus et le roman familial avec tous ses secrets enfouis m’a subjugué, m’a emporté dans un maelstrom d’émotions, oscillant entre l’effroi et la bouffée de bonheur.

Une lecture que j’ai terminée sur les genoux, vannée, épuisée.

Contente de m’en être sortie à bon compte, contente d’avoir senti mes tripes se serrer, mon palpitant palpiter, heureuse de mon coup de cœur, me maudissant de ne pas l’avoir lu plus tôt, maugréant sur ma copinaute Dealer De Lignes (la responsable de cette lecture) qui m’avait fait vivre autant d’émotions fortes.

Un roman que l’on referme partagée entre la rage de voir l’histoire se terminer, le désir de la voir se poursuivre et le plaisir de la finir sur une si belle note. Un roman qui a toute ses chances pour rester dans ma mémoire et mon coeur.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°14.

Le livre de Yaak – Chronique du Montana : Rick Bass

Titre : Le livre de Yaak

Auteur : Rick Bass
Édition : Gallmeister Totem (2007/2013/2016)
Édition Originale : The book of Yaak (1996)
Traducteur : Camille Fort-Cantoni

Résumé :
La vallée du Yaak, dans le Montana, est l’un des derniers espaces sauvages des États-Unis, un lieu où cohabitent des ours noirs et des grizzlys, des loups et des coyotes, des aigles, des lynx, des cerfs et même une poignée d’humains.

De cet endroit magique où il vit depuis une vingtaine d’années, Rick Bass dresse le tableau d’une vallée aujourd’hui menacée.

Dans ces récits inspirés, il nous décrit la grandeur de la nature sauvage du Yaak et de ses habitants. Il parvient ainsi à capturer l’âme d’un lieu qui, s’il venait à disparaître, constituerait une perte irrémédiable pour chacun d’entre nous.

Avec Le Livre de Yaak, Rick Bass confirme qu’il est l’un des grands écrivains du Montana et l’une des voix les plus originales de l’Ouest.

Critique :
Nous détruisons nos espaces, nous vidons la Terre de sa substance, nous polluons, nous prenons plus que nous ne rendons, bref, en un mot comme en cent, nous scions la branche sur laquelle nous sommes assis, nous nous tirons une balle dans le pied.

Je ne suis pas née de la dernière pluie, la Terre tiendra le coup, elle en a vu d’autres, elle qui s’est pris des tas de trucs dans la gueule.

Mais les animaux, les végétaux, survivront-ils à notre folie ? Ne sommes-nous pas en train de nous tuer à petit feu en épuisant les ressources de cette planète que nous ne possédons qu’en un seul exemplaire ?

Rick Bass nous offre un plaidoyer pour sauver la vallée du Yaak, Montana. Ne nous y trompons pas, si nous arrivons à changer certains méthodes violentes de coupes à blanc là-bas, ça pourrait donner des bonnes idées à d’autres ailleurs.

On peut rêver, espérer. En tout cas, si on ne sauve pas les dernières vallées sauvages, que restera-t-il comme habitat aux animaux ? Les zoos ?

Vivre dans la vallée du Yaak n’est pas facile, les jours d’été sont longs mais il y a peu de journées, tandis que les jours d’hiver sont courts, mais nombreux. S’adapter au milieu n’est pas facile et l’auteur nous décrit bien la manière de vivre de sa famille, à la dure.

Sans virer vieil écolo bavant toujours les mêmes choses, l’auteur nous conscientise, nous explique le pourquoi il faut sauver cette vallée sauvage avant qu’elle ne soit plus qu’un désert sans arbres, sans animaux, sans rien.

Il nous parle du pourquoi il faut replanter des arbres après les avoir coupés et pourquoi il est inutile de couper des arbres centenaires pour les transformer en papier Q.

À travers tout le récit, on se rend compte que ce n’est pas tellement un plaidoyer pour sa vallée, mais aussi un grand cri d’amour qu’il adresse à cet endroit où il vit depuis un certain temps, s’étant adapté à ses hivers rigoureux, à la présence d’animaux et au rythme des saisons.

Certains passages racontant ses rencontres avec des animaux sauvages sont tout simplement magiques, empreint d’un grand respect pour l’animal, d’humilité aussi.

Non, ceci n’est pas un pamphlet contre la civilisation, non il n’interdit pas les coupes d’arbres, mais il préconise plus de le faire avec raison, correctement, en réfléchissant un peu et surtout, d’arrêter de confier ces coupes à des grosses sociétés avides de rentabilité.

Ses arguments sont étayés, expliqués, prouvés et plein de bon sens. On est loin de ceux qui crient qu’il faut arrêter de polluer alors que tous possèdent des smartphones, des télés, des PC, des voitures et qu’ils les utilisent en masse.

Moi aussi je pollue et même si j’essaie de faire attention, je sais que je passe sans doute à côté de choses énormes que je n’ai même pas vues, que je pense que c’est bien alors que je me goure. L’enfer est pavé de bonnes intentions.

J’ai exploré bien souvent l’Amérique profonde, celle des red neks, des loosers, des laissés-pour-compte, mais là, j’ai exploré une autre profondeur de l’Amérique, celle de ses grands espaces, de ses paysages magnifiques, de ses forêts, de sa faune et sa flore, qui, si on ne les protège pas, disparaîtront tout à fait en entraînant des conséquences qui pourraient être terrible pour tout être vivant.

[SÉRIES] Lonesome Dove – La série qui chante au coucher ♫ I’m poor lonesome dove ♪ ? (1989)

Lonesome Dove est une mini-série américaine en 4 épisodes de 96 minutes réalisée par Simon Wincer, d’après le roman éponyme de Larry McMurtry, qui permit à l’auteur de remporter le prix Pulitzer en 1985. Elle a été diffusée du 5 au 8 février 1989 sur le réseau CBS. En France, elle a été diffusée à partir du 29 décembre 1993 sur Jimmy.

Il s’agit de la première série dérivée de l’univers de Lonesome Dove, quatre lui succèderont : La Loi des justes (1993), Le Crépuscule (1995), Les Jeunes Années (1996) et Comanche Moon (2008).

En France, les quatre premières saisons sont diffusées par Koba Films ; une intégrale est disponible en coffret depuis le 23 février 2012.

Synopsis :
Lonesome Dove, près de la frontière mexicaine.

Gus McCrae (Robert Duvall) et Woodrow F. Call (Tommy Lee Jones) sont des anciens Texas Rangers respectés, reconvertis dans l’élevage de chevaux.

Le retour de l’aventurier Jake Spoon (Robert Urich), après dix ans d’absence, bouleverse leur quotidien : il propose aux deux amis de construire un ranch dans le Montana, un État prometteur.

Séduits par l’idée, Gus et Woodrow entreprennent de traverser le pays jusqu’au Montana, à travers les contrées hostiles de l’Ouest sauvage, où les bandits et les Indiens ont investi le territoire…

Distribution :

  • Robert Duvall : capitaine Augustus « Gus » McCrae
  • Tommy Lee Jones : capitaine Woodrow F. Call
  • Danny Glover : Joshua Deets
  • Diane Lane : Lorena Wood
  • Robert Urich : Jake Spoon
  • Frederic Forrest : Blue Duck
  • D. B. Sweeney : Dishwater « Dish » Boggett
  • Ricky Schroder : Newt Dobbs
  • Anjelica Huston : Clara Allen

Petit plus :

  • Tommy Lee Jones et Robert Duvall ont réalisé eux-mêmes la quasi-totalité de leurs cascades ; à l’exception d’une brève scène où Duvall devait chevaucher au milieu d’une horde de bisons.
  • Lonesome Dove reçut de très bonnes critiques lors de sa diffusion, tant auprès des spectateurs que des critiques. Il fait partie des rares films et séries à avoir obtenu 100 % d’avis positifs sur Rotten Tomatoes. Pourtant la série renoue, peut-être sous l’influence des années Reagan, avec le discours qu’on croyait révolu, du western classique, où les héros conquérants sans peur et sans reproche, combattent en toute bonne conscience, les hors-la-lois et les Indiens.
  • L’année de sa diffusion, en 1989, Lonesome Dove est encensée par sept Emmy Awards (sur dix-neuf nominations).
  • En 1990, elle est lauréate aux Golden Globe dans quatre catégories, remportant celles de « Meilleure mini-série télévisée » et de « Meilleur acteur dans une mini-série ou un téléfilm » pour Robert Duvall.

Ce que j’en ai pensé :
Une malédiction doit peser sur ma pauvre tête car, alors que je me faisais une joie de regarder cette mini-série, encensée de tous les côtés, avec des cow-boys et des chevaux (ma drogue) voilà que j’ai failli piquer du nez durant le visionnage !

Rien à redire sur les acteurs, hormis sur mon Tommy Lee Jones (capitaine Woodrow F. Call) qui fait du Tommy Lee Jones et nous gratifie de deux expressions durant toute la série, alors que Robert Duvall (Augustus « Gus » McCrae) nous sort bien plus d’expressions faciales que lui.

Attention, j’adore Tommy mais ici, il m’a un peu laissé sur ma faim, même si le personnage qu’il interprétait était un homme froid, sérieux, ne montrant jamais ses sentiments… Merde, Sherlock Holmes version Ranger !

Sur que dans le rôle de vieux bougon taciturne, Tommy Lee Jones en impose.

J’ai été contente de retrouver Ricky ou la belle vie dans le personnage de Newt, fils du  capitaine Woodrow F. Call, mais qui ne le sait pas. De suite j’ai reconnu sa bouille d’enfant dans son visage d’ado.

Niveau paysages, j’ai été plus que servie, niveau chevaux aussi, j’ai vu des selles western qui auraient très bien été sur le dos de ma jument et j’ai rêvé de convoyer, moi aussi, un immense troupeau de vaches à travers les paysages sublimes de l’Amérique.

Les personnages sont intéressants, bien distincts, avec une forte de manichéisme puisque les Bons sont sans peur et sans reproches et que les Méchants sont des vilains bandits qu’il ne faut pas hésiter à brancher au premier arbre venu.

T’as bien raison mon gars ! Quand on aime son cheval, on ne le vend pas.

Dotée de gros moyens, cette mini-série de quatre épisodes en 1 h 30 chacun ne lésine pas sur la qualité des décors !

Ils sont allés jusque dans les moindres détails et nous offrent une magnifique reconstitution de l’Ouest américain des années 1880.

D’après ce que j’ai lu sur le Net, la série est extrêmement fidèle au bouquin de Larry McMurtry avec ses deux anciens Texas Rangers et leurs compagnons qui quittent la bourgade désolée de Lonesome Dove (au bord du Rio Grande), pour convoyer un troupeau de bétail volé au Mexique jusqu’au Montana, à 3.500 kilomètres au nord.

Vous vous doutez qu’on ne fait pas un périple de 3.500km à cheval et avec un troupeau de bêtes comme on va au supermarché du coin. Ici, à tous les coins de rues, enfin, à chaque croisée des chemins, à chaque traversée de rivière, c’est l’Aventure avec un grand « L » qui attend toute la troupe de pied ferme.

Au menu, nous aurons des tempêtes de sable, des orages, des grosses crues, de la sécheresse, des animaux dangereux, des bandits en tous genres, des indiens rebelles et plus, si affinités. Le souffle de la grande aventure, quoi !

Alors, où tout cela à foiré ?

Dans le rythme qui est lent, très lent, très très lent et où l’action n’est pas toujours présente, ce qui rend la série longue et m’a donné envie de piquer du nez durant le visionnage de cette intégrale.

Alors oui, on a un voyage épique et de l’aventure avec un grand « A », mais entre les deux, on s’endort un peu.

Certes, trop d’action aurait tué l’action… on va dire que je ne suis jamais contente mais voilà, je m’attendais à un truc un peu plus trépidant et certains dialogues étaient fort empesés, je trouve, ce qui a renforcé cette cassure dans le rythme.

Comme je ne suis pas rancunière, je me pencherai sur les romans de l’auteur car dans la littérature, un rythme plus lent n’est pas toujours synonyme d’endormissement ou de bâillement.

J’aurais peut-être dû aussi fractionner les 4 épisodes sur 4 jours et non sur 1,5… Ou, comme le temps passait, je me suis enquillé trois épisodes l’un à la suite de l’autre. Ou comment passer 4h30 dans son divan à ne rien foutre.

Vous l’apprécierez peut-être mieux que moi en coupant les épisodes. Malgré tout, je ne regrette pas mon visionnage, j’ai tout de même passé quelques bons moments.

Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018).

Montana – Une aventure de Tex : Gianfranco Manfredi & Giulio De Vita

Titre : Montana

Scénariste : Gianfranco Manfredi
Dessinateur : Giulio De Vita

Édition : Le Lombard (avril 2018)

Résumé :
En route pour rendre visite à un ami, Tex Willer découvre les lieux d’un carnage. Une tribu indienne au complet a été massacrée par le redoutable Tirrell et ses hommes de main, trafiquants de fourrure.

Refusant de laisser un tel crime impuni, Tex décide de les traquer.

Critique :
Ceci est un véritable western, il en a la couleur et le goût, avec même un goût de l’enfance lorsque je dévorais les petits périodiques « Rodeo » que je trouvais au kilo, dans les brocantes (mais jamais dans l’ordre, bordel de dieu).

Vous savez, ces petits magazines en noir et blanc, bourré de p’tits Mickeys et datant de la génération précédente, celle de nos parents.

J’avais un faible pour les western (pas qu’eux, mais ceci n’est pas le sujet).

Tex Willer, j’ai dû lire ses aventures dans un de mes nombreux « Rodeo » et si ce n’était pas lui, c’était un héros lui ressemblant comme deux balles d’un même révolver.

Tex est un cow-boy sans peur et sans reproches, aussi habile de ses six-coups que Lucky Luke (Tex est de 48, Luke de 46), toujours prêt à aider les gens « bien » et à faire justice lui-même.

Dès ouverture de la bédé, j’ai été conquise par le dessin : que ce soit pour les paysages désertiques du Montana ou pour les personnages, le trait est précis et nous ne sommes pas dans de la bédé « gros nez ».

Les paysages sont magnifiques, grandioses, battus par les vent et lorsque tombera la neige (non, Adamo, ne chante pas dans nos têtes), cela deviendra encore plus majestueux. Tout est blanc de désespoir, triste certitude, le froid et l’absence, cet odieux silence, blanche solitude ♫ (pas pu m’en empêcher !)

L’histoire est assez classique : des salopards d’Hommes Blancs ont massacré des Indiens, afin de les voler, autrement dit, du grand classique qui existe toujours dans la réalité, avec d’autres personnages. L’Homme est envieux, c’est bien connu.

On a beau avoir la couleur dans cette bédé, j’ai vraiment eu l’impression de replonger dans ces petits formats que je dévorais à l’époque : l’ambiance y était la même, le héros sans peur, ses amis de véritables amis, même si ici son pote est un peu lourd, voleur et couillon. Quant aux Méchants, et bien, ils l’étaient de manière unilatérale sans que rien ne vienne plaider pour eux.

C’est là que mon bémol va se pointer pour se ficher dans l’album comme un furoncle mal placé : cette histoire aurait mérité d’être publiée sur deux albums afin de creuser un peu plus les personnages, surtout celui du Méchant qui puait le manichéisme comme on sent le fauve après une chevauchée de 30 jours sans prendre un bain.

Un peu de nuance n’aurait pas fait de tort au type. Je ne dis pas qu’il faut lui trouver des circonstances atténuantes pour les massacres qu’il commet, mais on aurait pu l’étoffer un peu, cela aurait donné plus de profondeur à l’histoire.

Maintenant, dans leur hommage au personnage de Tex Willer, je ne sais pas si les auteurs ont voulu respecter le cahier des charges de ce qui se faisait à l’époque, avec des méchants pu ou pas développés et un manichéisme assumé.

Si c’est le cas, l’album s’inscrit donc dans ce qui était traditionnel pour ces petits formats de l’époque. Par contre, si leur but était de changer un peu l’original, là, ils ont loupé un truc avec les Méchants.

N’allez pas croire que je n’ai pas aimé ma lecture ! J’ai dévoré l’album, qui a eu un goût de trop peu, et 20 pages de plus ne m’aurait pas dérangé.

D’ailleurs, si les auteurs ont la bonne idée de poursuivre les aventures de Tex, je serai de la partie, juchée sur mon fidèle divan, afin de les lire confortablement.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

Mais ? Il a piqué la tenue de Lucky Luke, le Tex Willer !

Oh, un de mes petits albums !

La maison du coyote : Peter Bowen [Gabriel Du Pré 1]

Titre : La maison du coyote [Gabriel Du Pré 1]

Auteur : Peter Bowen
Édition : 10-18 (03/10/2002)
Édition Originale : Specimen song (1995)
Traducteur : Carole d’ Yvoire

Résumé :
Gabriel Du Pré est un sang-mêlé, lointain descendant des tribus indiennes du Canada pénétrées par des « voyageurs » français (québécois), convertis au catholicisme et émigrés aux États-Unis à la fin du XIXe siècle.

Héritier de cette culture riche et complexe, Gabriel est un cow-boy poète, vérificateur de bétail et virtuose du violon, mais surtout défenseur de la justice.

Aussi, lorsque le shérif de la petite ville de Toussaint est confronté à des morts suspectes, ce veuf et père de deux filles est-il toujours prêt à lui prêter main-forte.

Épaulé par son amie Madelaine, Benetsee, vieux sorcier indien quelque peu alcoolique et mystique, et son riche ami Bart, Gabriel mène ses enquêtes, entre éleveurs de bétail toujours prêts à dégainer, policiers locaux dangereusement incapables et fédéraux hargneux.

Critique :
Je ne verrai plus les patates de la même manière, moi ! Tout cela à cause des lubies sexuelles de Madelaine, pas celle qu’attendait Jacques Brel, mais la compagne de Gabriel Du Pré…

Notre Madelaine, lorsque son Gabriel n’est pas là, elle taille une grosse patate pour lui donner la forme de son pénis et elle se fait du bien.

— Voilà ce que je fais : je vais à Cooper, chez l’épicier. Je regarde les pommes de terre et j’en trouve deux qui conviennent. Je rentre à la maison et je sculpte une bite dedans qui ressemble beaucoup à la tienne ; je la connais bien et je lui fais une jolie tête et tout.

D’après elle, c’est le deuxième jour que la patate va le mieux, le troisième, ça commence à sentir.

— Cette Bite Patate est meilleure le deuxième jour, vraiment, le deuxième jour c’est le meilleur. Le troisième, elle ne sent plus très bon, hop ! on la jette. Je dois en sculpter une autre.

Cette Madelaine, elle, elle aime la grosse frite, pas celle de chez Eugène, mais celle de son Gabriel, son sang-mêlé. On est loin du tram 33. Sacrée cochonne, la Madelaine qui ne nous dit pas si elle chante, le soir ♫ Gabriel, Tu brûles mon esprit, ton amour étrangle ma vie ♪

Revenons à nos moutons ! Nouvelle découverte dans la littérature polar, parce qu’il faut varier les plaisirs de temps en temps et un polar ethnique, quand c’est bien foutu, j’adore.

Bienvenue au Montana où la neige, la boue et la poussière constituent les trois saisons. Des meurtres sauvages ont eu lieu et Gabriel Du Pré va mener une enquête qui n’en est pas vraiment une, aidé par un ami sorcier et un autre blindé de pognon.

N’espérez pas voir Du Pré faire des déductions ou faire marcher ses petites cellules grises ! Le roman parle plus de descente de rivières, de barrages voulant être érigés par des sociétés électriques sur ces rivières, la polluant définitivement, d’indiens vivant comme leurs ancêtres et de construction d’un chalet, le tout sous l’hiver assez rude du Montana.

Une sorte de polar ethnique qui n’en est pas vraiment un, mâtiné de nature writing…

Avec un soupçon d’enquête qui n’en est pas vraiment une et des mobiles que nous ne connaîtrons pas vraiment puisque nous aurons affaire à un serial-killer psychopathe qui tue pour le plaisir.

L’écriture est rapide, saccadée, des phrases courtes, rapides, parfois j’aurais aimé qu’elles soient un peu plus longues et moins sèches, moins avares.

Je l’ai lu parce que le précédent roman avait déjà fini sa vie sous un meuble bancal et parce que j’ai apprécié les personnages, l’univers, l’atmosphère, mais je ne pense pas que je reviendrai me promener sur les terres de Gabriel Du Pré.

Le roman était une jolie découverte, mais n’a pas cassé trois pattes à un canard et vu tout ce que j’ai à lire, je vais plutôt me concentrer sur d’autres romans que sur ceux de cet auteur.

— J’aime baiser, et avec toi. Dieu peut garder son opinion pour lui. Très excitée. Je pense à ta chouette bite, et elle me manque.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et le Mois du polar (Février 2018) chez Sharon.

Une assemblée de chacals : S. Craig Zahler

Titre : Une assemblée de chacals

Auteur : S. Craig Zahler
Édition : Gallmeister (06/10/2017)

Résumé :
Après avoir tiré un trait sur leurs jeunesses de braqueurs et d’assassins, les quatre membres du « Gang du grand boxeur » mènent désormais des existences rangées et paisibles. Jim a si bien réussi à refaire sa vie qu’il est sur le point d’épouser la sublime fille d’un shérif.

Mais un fantôme ressurgi du passé annonce qu’il compte s’inviter à la cérémonie et profiter de la fête pour régler de vieux comptes.

La mort dans l’âme, les quatre anciens amis n’ont plus qu’à se donner rendez-vous au mariage, où il faudra vaincre ou mourir. Mais ce qui les attend dépasse de très loin tout ce qu’ils avaient pu imaginer…

Entre La Horde sauvage et les films de Tarantino, un western noir terriblement efficace.

Critique :
Une assemblée de chacals a tout d’un épisode bien connu des fans de GOT : les noces pourpres… En version western, bien entendu.

J’avais lu que certains trouvaient ce western noir fort violent, et, dans mon imagination, je m’attendais à un déchaînement de fureur dès les premières pages.

Mais non, ce n’est pas si violent que ça !

Certes, le final est assez sanglant, avec un happy end disparu sans demander son reste, mais au vu des chacals et des hyènes qui s’invitèrent à la noce, on ne pouvait pas terminer sur une note style « l’île aux enfants » ! Restons sérieux…

La violence ne commence qu’à se faire sentir sur le final, dans les 100 dernières pages, mais malgré l’agressivité de certaines scènes, il ne pouvait en être autrement avec un tel personnage à la tête d’une horde sauvage. Pour les miracles, veuillez vous adresser à Lourdes et prévoir 48h de délai.

Bon, lorsque Oswell écrit une lettre expliquant tout son passé à son épouse, on aura droit à quelques scènes de violences, nous parlons de braquages, aussi. Mais Jim, Oswell, Godfrey et Dicky, nos bandits, sont des anges face à un sadique tel que Quilan.

Moi, j’ai littéralement pris mon pied dans ce western plus sombre que les caleçons des mercenaires, surtout en sentant la tension monter d’un cran et les révolvers sortir de leur gaines. Le point culminant étant le mariage de Béatrice avec Jim, un ancien du gang.

Il y a un peu de « Unforgiven » dans ce roman car nos anciens bandits se sont calmés et ont pris un tournant radical dans leur vie, passant de braqueurs de banques meurtriers à paisibles fermiers, menuisiers, ou dragueur de bonnes femmes riches.

Oui, c’est un western noir, sombre, violent sur le final, prenant et bourré de tensions. Du Sergio Leone qui se serait accouplé avec Quentin Tarantino. C’est vif, c’est précis, tu sens que ça va mal se terminer, tu sens que la poudre va parler, que le sang va couler et mine de rien, tu agrippes un peu plus ton roman.

Les dialogues sont courts, brefs, percutants, sans grands discours, ils vont droit au but et certaines répliques m’ont fait sourire.

Pas de temps mort, même lorsque l’auteur nous présente nos quatre anciens bandits, James « Jim » Lingham, Richard « Dicky » Sterling, Oswell et Godfrey Danford, qui se complaisent dans des petites vies bien rangées.

L’écriture simple, mais non simpliste, va droit au but et pourrait très bien aller pour un scénario de film tant elle est visuelle. Manque plus que la musique d’Ennio pour te croire sur un grand écran ou carrément dans un bled du Montana.

Tout en restant sur la ligne rouge, tout en jouant au funambule entre le sérieux et le grotesque, l’auteur ne tombera jamais du mauvais côté car il maîtrise son récit, et, bien que mené à un bon rythme, il est assez intelligent que pour ménager sa monture et éviter qu’elle ne s’essouffle au bout de quelques chapitres.

C’est cru sur la fin, c’est violent, c’est l’époque, c’est l’Homme. Mais la violence n’est jamais gratuite dans le récit, elle est toujours « justifiée » car nous sommes faces à des chacals (on dit « chacaux » ?) de la pire espèce.

Et pour nous défendre, nous sauver, nous avons quatre anciens bandits…

Génial !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et le challenge US (2017-2018) chez Noctembule et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

Le Bon Frère : Chris Offutt

Titre : Le Bon Frère

Auteur : Chris Offutt
Édition : Gallmeister (02/05/2016)

Résumé :
Virgil Caudill a toujours respecté la loi, laissant la rébellion et la violence à son frère Boyd.

Mais Boyd est mort et tout le monde – y compris le shérif et la propre mère de Virgil – s’attend à ce que Virgil, se pliant ainsi au vieux code des collines du Kentucky, venge la mort de son frère.

Virgil ne peut briser ce code, mais, s’il accepte de tuer, il est bien déterminé à stopper la spirale de la vengeance.

Il abandonne ses collines et ses modestes espérances, change d’identité et, comme d’innombrables fugitifs l’ont fait avant lui, il met le cap sur l’Ouest.

Critique :
L’avantage de vivre dans des communautés où tout le monde se connaît, c’est que lorsque vous donnez votre nom à quelqu’un, il peut vous parler de votre arrière-grand-père, des frasques de votre papy, et ainsi de suite…

Inconvénient ? C’est quand les gens n’ont rien de mieux à faire que de s’occuper de vos affaires et de vous dire ce que vous devez faire !

Comme ce fut le cas lors de la mort violente de Boyd, le frère aîné de Virgil : tout le monde sait qui a fait le coup, et tout le monde s’attend à ce que Virgil aille descendre le mec qui a fait ça.

Tout le monde le pousse à le faire, en plus ! De sa mère, en passant par sa sœur, ses collègues, les gens dans la rue, et pire, même le shérif !

Ces gens-là avaient-ils l’idée de ce que cela peut occasionner comme traumatismes de tuer un autre homme ? Ou simplement de savoir que tout le monde attend ça de vous et que personne n’arrive à comprendre que vous n’avez pas envie ?

Personne ne sait que lorsqu’on se venge de quelqu’un, il faut creuser deux tombes ? Une pour lui, une pour vous… La mère avait-elle seulement pensé que si Virgil tuait l’assassin de son frère, elle perdrait son second fils ?

Non, personne n’y avait songé, sans doute… Dans cette partie du Kentucky, dans cette ville paume qu’est Blizzard, les gens pauvres vivent chichement dans les collines, dans des cabanes de rondins ou dans des mobil-home, tout le monde se parle, tout le monde sait tout sur tout le monde et tout le monde s’occupe des affaires des autres.

Sa décision de quitter l’école et de rester aux poubelles avait plongé tout le monde dans la perplexité. Ce qu’appréciait justement Virgil était le fait qu’aucun éboueur ne pouvait prétendre être plus que ce qu’il n’était. Les études, c’était comme une foreuse à piquets, un bel outil, très cher, mais inutile si l’on n’avait pas besoin de planter des piquets.

Voilà un roman qui mêle habillement le roman noir avec tous ces personnages qui vivent dans un contexte social pas facile, le roman politique, parce que nous allons ensuite croiser la route de gens qui pensent que le Gouvernement les espionne, et le nature writing, car dans toute cette misère sociale, dans les fumées des cigarettes et des joints, dans les vapeurs de l’alcool de contrebande, il y a aussi la force de la Nature et le fait de vivre en harmonie avec elle.

Oui, ce roman c’est l’Amérique grandeur nature, avec ses magnifiques paysages et ces gens un peu bas de plafond, des Blancs suprémacistes qui pensent que les autres se sont des macaques (dit texto dans le roman), que le Gouvernement les piste, qui refusent de payer leurs impôts mais n’ont aucun scrupules à utiliser les routes payées par les impôts des autres.

Si j’ai aimé Virgil, sa couardise, ses réflexions, ses peurs, ses questionnements, si j’ai suivi sa vie durant un bon moment, il est des personnages dans le roman avec lesquels j’aurais aimé avoir une conversation et leur expliquer un peu l’Histoire, mais pas sûr qu’ils auraient voulu la comprendre.

— Il y a longtemps que nous sommes ici, à nous battre pour cette terre. Maintenant que nous l’avons domestiquée, le gouvernement réintroduit les ours et les loups. Mon arrière-grand-père a été tué par un grizzly et aujourd’hui, je suis censé les laisser se balader en liberté sur mes terres.
— Je comprends que ça puisse être dur à accepter.
— Si un loup tue un veau, on le laisse en liberté. Si un fermier abat un loup, il va en prison.

Pour certains points, ils n’avaient sans doute pas tort, je sais qu’il existe plus d’argent « numérique » que physique et qui si tout le monde demandait le remboursement de leur $, ce serait impossible, l’argent ne reposant plus sur la valeur or depuis longtemps.

Un roman noir politico-nature-writing sur fond de vengeance non voulue qui prend son temps, qui s’installe à son aise, qui vous pose dans l’environnement et dans la vie de Virgil, qui, comme la nature, va piano, sans rythme fou, avec juste un moment un peu plus chiant, quand Virgil est blessé, sinon, tout le reste (400 pages) se savoure et se digère avec délectation et lenteur.

C’est l’histoire d’un mec qui n’était pas comme son frère, mais qui a sur les épaules l’horrible tâche de le venger, parce que ici, c’est ainsi qu’on fait, et personne ne se soucie de savoir qu’il a collé une tempête dans le crâne de ce pauvre Virgil qui voulait juste vivre en paix.

Virgil se leva et sortit, laissant derrière lui un silence tendu. Le ciel était gris entre les collines. Il se demanda quel genre d’individu sa famille croyait qu’il était. Peut-être ne l’avait-elle jamais bien compris. Il réalisa, avec un nœud terrible dans la poitrine, qu’ils voulaient qu’il ressemble à [son frère décédé] Boyd.

Il se demanda pourquoi les gens se regroupaient en communauté uniquement pour se battre, plutôt que pour se protéger.

Le portrait d’une Amérique profonde, ou les clivages sont importants, que ce soit par race ou par niveau social, où l’appartenance à un clan ou une famille est importante, où tout le monde peut virer paranoïa, le tout porté par une écriture qui oscille entre la poésie brutale ou le brut poétique.

États-Unis, ton univers impitoyable !

La prison est une industrie en pleine croissance aujourd’hui. Nous avons plus de prisons que tous les autres pays réunis. Nous sommes le pays le plus libre de l’histoire et c’est nous qui bouclons le plus de monde derrière les barreaux.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.

Courir au clair de lune avec un chien volé : Callan Wink

Titre : Courir au clair de lune avec un chien volé

Auteur : Callan Wink
Édition : Albin Michel (20/09/2017)

Résumé :
Toutes les nouvelles réunies dans ce recueil se passent dans le Montana ou le Wyoming.

Plus qu’un décor, l’Ouest américain, la Nature et les grands espaces prennent vie dans ces récits, et les hommes que Callan Wink met en scène dans son univers si riche et singulier sont seuls de bien des façons ; pourtant, ça ne les empêche pas d’être drôles, courageux ou insoumis.

On rencontre ainsi un ouvrier du bâtiment poursuivi par deux types un peu louches qu’on appelle Charlie Chaplin et Montana Bob, à qui il a volé leur chien ; un homme marié qui entretient une liaison avec une Indienne alors que sa femme se bat contre un cancer du sein ; ou encore un jeune homme amoureux d’une femme bien plus âgée que lui.

Critique :
Montana ou Wyoming ? Moi je demande ça parce que dans ce recueil de nouvelles, vous aurez le choix entre ces deux états. Lequel préférez-vous ?

La première nouvelle aurait pu s’intituler « Courir au clair de lune, pieds nus, la quéquette à l’air avec un chien volé »… Mais ça aurait fait un peu long, non ?

Un recueil de nouvelles qui fleurent bon l’Amérique, la profonde, mais pas que…

Dans ces pages qui se dégustent comme un bonbon, nous ne sombrerons pas dans le roman noir, mais plus dans des petites histoires des gens, des histoires qui auraient pu nous arriver.

L’art de la nouvelle est un art difficile, soit on en dit trop, soit pas assez, mais ici, nous nous trouvons face à des histoires qui se suffisent à elles-mêmes.

Tout y est savamment dosé : le scénario, les personnages, les dialogues et lorsque l’on arrive à la fin de l’histoire, même si elle aurait pu continuer, son final ne nous laisse pas trop dans l’expectative ou le cul-de-sac.

Pourtant, durant toute ma lecture j’ai attendu vainement l’étincelle pour mettre vraiment le feu aux poudres de mon plaisir livresque, j’ai espéré le café sombre, fort, épais comme du jus de chique… Et j’ai eu beau ne pas changer de main, jamais ça n’est venu.

Des chouettes petites histoires, certes, plaisantes à lire, sans aucun doute, avec des personnages intéressants et des situations que l’on ne croise pas à tous les coins de romans, mais niveau peps, ça manquait de jus, de bulles, de rhum, de café fort.

Un roman que j’ai apprécié lire mais qui ne m’a pas transporté là où je voulais aller…

Dommage que le roman de la collection « Terre d’Amérique » ne m’ait pas offert ma came attendue, mais je remercie tout de même le dealer.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018)et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.