Sherlock Holmes en toutes lettres – Tome 2 : Collectif

Titre : Sherlock Holmes en toutes lettres – Tome 2

Auteur : Collectif (Anthony Burgess, Davis Grubb, Michael Moorcock, Rick Boyer)
Édition :
Édition Originale : Payot et Rivages (13/09/2017)
Traducteurs : Frédéric Brument et Jean-Paul Gratias

Résumé :
Saviez-vous que la pantoufle persane dans laquelle Sherlock Holmes rangeait son tabac fut l’objet de la convoitise d’une fétichiste unijambiste ?

Et que Sherlock Holmes et Watson avaient dû quitter un temps leur mythique logement de Baker Street à la demande de Mme Hudson ?

Autre fait inconnu à ce jour et révélé par notre expert : Holmes a fait du trapèze dans un cirque pour combattre le « Houdou ».

Vous saviez en revanche que le célèbre détective pratiquait le violon, mais n’imaginiez pas que la musique pouvait tuer.

Davis Grubb, Michael Moorcock, Rick Boyer et Anthony Burgess, quatre grandes plumes rivalisent d’imagination pour rendre hommage à l’un des personnages les plus mythiques de la littérature mondiale.

Critique :
« Les avatars de Sherlock Holmes » m’avaient un peu laissé sur ma faim et je n’avais pas pris autant de plaisir que je le pensais à leur lecture.

Si le tome 1 était fort éloigné du canon habituel, le deuxième mériterait la pastille “A.O.C” car les nouvelles semblent toutes droites sortie des originales.

Hormis la première qui ne concerne pas vraiment le détective de Baker Street, mais des membres d’une société holmésienne (“Le Reclus brun” de Davis Grubb, celui de “La nuit du chasseur”), les trois suivantes sont des plus jouissives, surtout celle de “Zolnay le trapéziste” (de Rick Boyer, l’auteur du “Rat géant de Sumatra”,  un apocryphe exceptionnel) et de “Dorset Street” (de Michael Moorcock).

“Meurtre en musique” d’Anthony Burgess (“L’Orange mécanique”) est très bien aussi, mais les deux précitées avaient un petit côté plus fouillé, plus profondes, elles étaient plus longues, aussi.

Autant le premier tome se lisait vite, autant celui-ci met plus de temps avant l’arrivée à la page finale, celle qui vous fait regretter d’arriver déjà au bout. Mais comme dit mon mari “Toutes les bonnes choses ont une fin”.

Comme je le disais plus haut (suivez, que diable), le personnage se Sherlock Holmes est en tout point conforme à l’original, nous ne sommes pas dans des textes de SF, ou de loufoqueries, mais dans des nouvelles policières pures et dures, avec des tas de déductions du Maître, ce qui me rend toujours guillerette.

Si j’avais compris en partie la solution de  “Zolnay le trapéziste”, je n’ai pourtant aucun mérite, ayant des connaissances que mon détective préféré n’a pas, puisque je suis née bien après lui. Celui ne retire pas du mérite.

Quant à la première, celle du “Reclus brun”, j’avais entrevu la fin aussi, mais je me suis laissée porter par la plume du talentueux Davis Grubb qui nous offre ici un récit moins sombre que sa nuit du chasseur, et, bien que Holmes ne soit pas présent dans sa nouvelle, on sentira néanmoins son ombre planer sur les pages.

Un excellent recueil, plus dans l’esprit du canon que son prédécesseur qui lui, était plus dans la parodie.

Du Sherlock Holmes pur jus, certifié Origine Contrôlée et Conforme.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le challenge US (2017-2018) chez Noctembuleet Le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (Plaisirs à Cultiver).

 

Les harmoniques – Beau Danube Blues : Marcus Malte [Défi CannibElphique]

Titre : Les harmoniques – Beau Danube Blues

Auteur : Marcus Malte
Édition : Gallimard (2013)

Résumé :
Une voiture quitte les rives de l’océan pour Paris à travers la nuit et des nappes de jazz qui s’échappent d’un autoradio.

A son bord, deux hommes. Mister est un pianiste de jazz. Un black amoureux de Trane et de Lady Day. Bob, son complice, son frère de coeur, est un ancien prof de philo reconverti en chauffeur de taxi. Encore plus que Monk ou Getz, lui vénère les classiques grecs et Schopenhauer.

Les deux hommes foncent vers la capitale mus par l’obsession de Mister : Vera, une jeune femme qu’il a récemment rencontrée, vient d’être retrouvée morte, brûlée vive.

Les coupables ont été arrêtés sur le champ, mais Mister ne croit pas à la version officielle. Il décide de mener sa propre enquête. Ses questions et sa curiosité vont les amener à lever le voile sur une histoire qu’il aurait mieux valu garder secrète, et à côtoyer une faune peu recommandable.

Composition virtuose, arpèges narratifs complexes et subtils, envolées lyriques… ce roman éblouissant de Marcus Malte avance, style en avant, sur la corde raide.

Entre l’ombre et la lumière, la violence et la mélancolie, Les harmoniques est un incroyable roman noir – clair-obscur plutôt.

Une mélopée déchirante qui mêle le politique, la passion, la révolte et le sexe. Comme tous les grands standards du blues.

Critique :
On m’avait dit le plus grand bien de ce livre, notamment Domi, la moitié d’Yvan. Collectif Polar aussi. Bref, des gens à qui je fais confiance niveau littérature !

Alors j’avoue que j’ai été un peu désarçonnée lorsque j’entamai ma lecture et que je me retrouvai face à un meurtre à résoudre…

Heu ? Un simple meurtre à résoudre ? Un banal cas de Whodunit ? Un grand black qui cherche à en savoir plus sur l’assassinat violent d’une gentille fille qui venait s’accouder sur son piano ?

Ça commence ainsi, par un truc banal (si un assassinat par le feu peut être considéré comme banal) : le meurtre de la gentille Vera à qui on a fait le coup de Jeanne d’Arc.

Les flics ont même été super rapides et compétents sur le coup puisque trois jours plus tard (non, elle n’est pas ressuscitée comme l’autre) ils ont arrêté les coupables.

Mais Mister, le grand Black pianiste n’y croit pas du tout et aidé de Bob, son pote chauffeur d’un vieux taxi, il va mener l’enquête.

Oui, on commence avec un truc simple, mais j’avais oublié que nous étions avec Marcus Malte et qu’on n’allait pas se retrouver avec le Colonel Moutarde dans le vieux hangar avec l’essence et le briquet !

La petite histoire va s’inscrire dans la Grande… Rien n’est simple, rien n’est facile, rien n’est acquis, surtout pas la vérité que l’on va nous dévoiler au fur et à mesure que nous tournerons les pages.

De plus, l’écriture de Marcus Malte est toujours aussi poétique, lyrique, ses phrases m’emportent souvent très loin et croyez-moi, c’est le petit Jésus en culotte de velours, sa plume, maniant la philosophie et l’humour, même si elle ne se prive pas d’égratigner.

Oui, sa plume m’enchante, et elle chante car ce roman sent bon les airs de jazz et l’auteur a même inclus la play-list pour le cas où nous voudrions écouter les mêmes chansons que nos deux enquêteurs improbables : le grand noir et le petit blanc.

Les deux personnages que sont Mister et Bob sont des gens comme on aimerait avoir dans nos amis, surtout Bob qui est toujours là pour vous aider, lui, son vieux taxi, sa philosophie et ses cassettes audios remplies de vieux chanteurs de jazz.

Un roman qui commence de manière simple et qui devient plus dense ensuite, de par son scénario et de par l’Histoire qu’il nous conte, une que nous n’entendons pas souvent et dont nous ne savons pas grand-chose : l’ex-Yougoslavie.

Un roman bourré d’émotions, une lecture magnifique, dense, belle, émotive, qui ne m’a pas laissée de marbre. J’en ai eu des frissons partout.

Un grand merci à celles qui me l’ont conseillée et à ma binômette de LC qui me l’a fait sortir de mes étagères surchargées !

— Qu’est-ce qu’il raconte, le centenaire ? siffla le barman.
— Lui, il dit que ours craindre le morsure de la belette, intervint Milosav.
— La belette ?… La belette !… La belette…
Renato testa le mot sur tous les modes, comme un acteur cherchant le ton juste.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur]  sur le forum de Livraddict (N° 48-  Son dernier coup d’archet – Livre où la musique tient une place importante).

Pourquoi je l’ai choisi :

Avec l’énorme coup de cœur pour Le Garçon du même auteur, j’ai voulu découvrir ses précédents romans… Et, bon, j’adore toujours autant déstabiliser le planning de ma binômette, et lui proposer des « oldies » en Lecture Commune…

Synopsis :

Vera est morte assassinée. Brûlée vive. Mister, le pianiste, l’aimait, comme elle aimait sa musique. Il veut comprendre : qui l’a tuée ? Pourquoi ? Avec son ami Bob, chauffeur de taxi philosophe et polyglotte, il cherche, tâtonne, interroge et remonte peu à peu le fil de la jeune vie de Vera, jusqu’aux rives lointaines du Danube, jusqu’aux charniers des Balkans… Rythmée par les grands standards du jazz, l’enquête des deux hommes fera ressurgir les notes cachées de ces crimes dont personne ne veut parler. Plus qu’un roman, c’est une ballade qui se joue ici. Un long blues nostalgique et envoûtant en même temps qu’un poignant chant d’amour et de rage. 

Ce que j’ai ressenti:…Comme le doux son d’un coup de CŒUR….

« Où se niche le génie? Où se niche la sagesse? Où se niche le merveilleux? »

Jazzy, ou comment la musique envahit l’espace d’écriture, fait des Harmoniques derrière le contexte d’un conflit européen, se retrouve entre les lignes d’une poésie noire envolée dans les esquisses d’un corbeau, se mêle au lent ronronnement d’un moteur lancé sur l’asphalte, se perd dans les arpèges d’une passion platonique…

Tu l’entends ce Jazz qui se nourrit de nostalgie, de violence et de beauté ?  Marcus Malte nous ballade sur des notes obscures, réveille des douleurs dissimulées et sublime son polar de lyrisme philosophique.

« Ensuite pour se persuader que l’humanité n’a pas engendré que des porcs et bouchers et ogres barbares, mais aussi quelques fées ou enchanteurs dotés du pouvoir de transformer le bruit en son, les cris en notes, les rafales en arpèges, les plaintes en mélodies, les sanglots longs en violons- la vie en harmonie. Pour continuer à croire qu’il existe autre chose, autre part. »

Cette enquête atypique menée par deux personnages « Black and White » dans une guimbarde jaune est un moment de lecture intense entre humour et drame.

Le temps d’une playlist enivrante et de quelques jolies références littéraires, on se plaît à démêler une affaire sombre de meurtre impuni, d’une victime qui aurait pu disparaître de la surface de la terre sans bruit, mais la  passion de Vera pour la musique et l’adoration d’un homme  en voyant ses yeux, aura suffit à lui rendre un peu de son identité et mettre en lumière le temps de 400 pages, les accents slaves.

« Nul autre don que le don de soi. »

Plus que tout, j’adore l’écriture de cet auteur ! Je la trouve expressive, sensorielle, magnifique… Elle s’embrase avec panache jusqu’au bouquet final… Encore une fois, je suis totalement conquise…

Au delà de son intrigue menée admirablement jusqu’à la dernière note, on sent une volonté dans le style : la force des mots, le plaisir de rendre hommage à la musique et à l’Art. L’intensité qu’il met dans ses descriptions rend cette lecture bouleversante.

Comme un air de musique, elle tourne dans ta tête, cette poésie, et tu lis et relis les passages, te délectant de tant de beauté d’écriture et tu t’envoles vers des courants de pensées essentielles…

Marcus Malte, en grand géant, orchestre son histoire avec passion,  jouant des basses violentes des canons, d’un tempo plaintif d’un saxophone en mal d’amour, de l’harmonie d’une amitié infaillible…

Flambant Coup de Cœur.

Ma note Plaisir de Lecture  10/10

The Full Monty : Peter Cattaneo [1997]

The Full Monty, ou Le Grand Jeu au Québec et au Nouveau-Brunswick (initialement intitulé Full Monty – Le Grand Jeu en France), est un film britannique réalisé par Peter Cattaneo et sorti en 1997.

Synopsis : 

Dans le nord de l’Angleterre, la ville de Sheffield a subi de plein fouet la crise de la métallurgie des années 1980.

Gaz est l’une des victimes de la morosité économique. Son horizon se limite aux usines désaffectées et aux friches industrielles. Séparé de sa femme, chômeur, Gaz se débrouille comme il peut pour conserver l’affection de son fils.

Dans ce quotidien plutôt terne, la venue des Chippendales, un groupe de stripteaseurs, crée l’événement.

Le succès phénoménal de ces messieurs inspire à Gaz une idée des plus saugrenues : monter son propre spectacle de déshabillage progressif.

Aidé de son corpulent ami Dave, Gaz organise une audition pour recruter les membres de la fine équipe et organiser les premières répétitions dans un hangar.

Ce que j’en ai pensé :
À l’époque, on avait beaucoup parlé de ce film et ma sœur et moi avions été le louer au vidéo-club du coin (oui, nous étions encore à l’époque des K7 vidéo !).

Les souvenirs de l’époque ? Du rire et des larmes, et surtout un sourire en forme de banane lors du visionnage du film et la bougeotte dans les jambes en entendant la bande-son.

Verdict en 2017, 20 ans après ? J’ai mal partout, j’ai vieilli, je me trémousse moins et si je le fais, ça craque de partout…

Oh pardon, je dois causer du film et pas de moi !

J’ai toujours autant adoré revoir le film qui a bien vieilli, je dois dire et la bande-son me fait toujours autant plaisir.

Le cinéma anglais a un truc que l’américain n’a pas et on le remarque dans ce film qui a tout de même une certaine finesse car jamais il ne tombe dans le racoleur ou le graveleux, même en parlant de striptease.

La brochette d’acteurs dévoile un jeu aux petits oignons, avec justesse, nous donnant des moments drôles (dans la file au Pôle-Emploi local) ou plus émouvants (quand on ne s’en sort pas parce qu’on a plus de boulot).

Il est vrai que voir ces bras cassés avec du bide, aucune tablettes de chocolat, de l’embonpoint, ne sachant pas danser monter un spectacle où l’on danse lascivement et où on montre une partie de la marchandise… ça fait peur et ça fait rire.

Un excellent film qui mélange les moments drôles avec les très touchant, un film dont le message est toujours d’actualité aujourd’hui (la crise), un film qui évite les lourdeurs, qui nous parle d’un sujet grave sans tomber dans le patos, qui nous montre comment ces gars vont tenter de s’en sortir, sans sombrer dans le grotesque.

Une comédie profonde, parce que sous le couvert de l’humour, on parle quand même de la crise en Angleterre.

Une comédie drôle et intelligente dont on ne se lasse pas.

Le coup de coeur est toujours là !

Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.

J’ai été Johnny Thunders : Carlos Zanon

Titre : J’ai été Johnny Thunders

Auteur : Carlos Zanon
Édition : Asphalte (03/03/2016)

Résumé :
Barcelone, de nos jours. Ancien guitariste de rock, Francis revient dans le quartier où il a grandi, où il a noué ses premières amitiés et surtout où il a découvert le rock. Sauf qu’il a désormais la cinquantaine bien tassée et, sans le sou, il doit retourner vivre chez son père.

Francis a brûlé la chandelle par les deux bouts, avec pour seul principe de profiter de la vie, jusqu’à perdre plusieurs de ses proches dans la spirale de la toxicomanie.

Mais Francis a un plan en tête. Retrouver une vie normale, trouver un job qui va lui permettre de payer ses pensions alimentaires en retard, renouer avec ses enfants, rester à l’écart de la drogue – qu’il a arrêtée depuis peu -, mettre un peu de fric de côté…

Et aussi revoir sa petite soeur adoptive, afin qu’elle l’aide à se remettre en selle. Mais celle-ci fréquente un certain don Damiàn, le parrain du quartier, qui a la main sur tous les trafics…

Le retour à la réalité se révélera compliqué pour Francis, aux prises avec les démons de son passé, mais aussi avec la nostalgie d’une vie faite de musique, de passion, de sueur et d’excès.

Critique :
« Si à 50 ans t’as pas encore percé dans le rock, alors, t’as raté ta vie ! » Cette citation s’appliquerait à merveille à Francis, plus connu sous le nom de Mr Frankie, à l’époque où il était guitariste.

Enfin, niveau heure de gloire, à part avoir fait un concert avec Johnny Thunders à l’époque où il avait tout d’une loque imbibée d’alcool et de drogue et tenait à peine sur ses quilles.

Johnny Thunders ?? C’est bien beau tout ça, mais c’est qui, lui ? Wiki m’apprend qu’il a fait partie du groupe  The New York Dolls, qu’il quitta en 1975 en compagnie du batteur Jerry Nolan, pour fonder le groupe The Heartbreakers. Heu…

Heureusement que You Tube m’a rafraîchit la mémoire avec « Born to lose » que je connaissais, effectivement.

Frankie est un looser de première classe ! « Born to lose » pourrait s’appliquer parfaitement à lui. Il a 50 balais, est de retour chez son père, petit pensionné qui ne s’en sort déjà pas et traine un passé peu glorieux.

Frankie est un ancien junkie, un alcoolo, un type qu’a pas fait grand-chose de sa vie, même avec sa guitare, qui est divorcé avec deux fils qu’il n’a même pas vu grandir et une pension alimentaire qu’il est incapable de payer.

La Barcelone décrite dans ses pages n’a rien pour faire rêver ! Ses quartiers populaires sont hantés par des types louches, des dealers, des voleurs, des gangs, ou par des gens qui sont obligé de faire les poubelles des supermarchés pour bouffer.

Avec un roman noir qui a reçu le prix Dashiell Hammet entre les mains, où tous les ingrédients d’un petit noir corsé étaient réunis (bandits, voleurs, quartiers malfamés, bars louches, boites de nuit encore plus louches, magouilles et compagnies, nenettes super bien roulées, came, individus peu fréquentables, sexe, cocus, amants, drogues, pédophilie, musique et riff d’enfer, pauvreté, misère,…) assurément, la lecture ne pouvait qu’être bonne.

Elle le fut, assurément, au début, et puis, vers le milieu, j’ai décroché sévère, passant des lignes, des paragraphes, des pages., les personnages pourtant bien typés me laissant indifférente à leurs aventures merdiques, à leurs combines et même l’égoïsme crasse de Francis m’a laissée de marbre à ce moment là.

Sur la fin, là j’ai repris du poil de la bête et tout est repartit comme sur un bon rock endiablé.

Malgré tout, vu ce long passage qui m’a endormi pire qu’un reportage sur la vie sexuelle des escargots de Bourgogne, ma lecture qui s’annonçait palpitante et corsée me laisse un goût amer en bouche.

Je m’attendais à mieux comme roman noir social, ou alors, lui et moi on n’était pas fait pour se rencontrer et jouer ce morceau ensemble…

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et le Challenge du « Mois Espagnol » chez Sharon (Mai 2017) – Auteur Espagnol.

Retour à Little Wing : Nickolas Butler [LC avec Stelphique]

Titre : Retour à Little Wing

Auteur : Nickolas Butler
Édition : Points (20/08/2015)

Résumé :
« Ces hommes qui sont tous nés dans le même hôpital, qui ont grandi ensemble, fréquenté les mêmes filles, respiré le même air. Ils ont développé une langue à eux, comme des bêtes sauvages ».

Ils étaient quatre. Inséparables, du moins le pensaient-ils. Arrivés à l’âge adulte, ils ont pris des chemins différents. Certains sont partis loin, d’autres sont restés. Ils sont devenus fermier, rock star, courtier et champion de rodéo.

Une chose les unit encore : l’attachement indéfectible à leur ville natale, Little Wing, et à sa communauté. Aujourd’hui, l’heure des retrouvailles a sonné. Pour ces jeunes trentenaires, c’est aussi celle des bilans, de la nostalgie, du doute…

Nickolas Butler signe un premier roman singulier, subtil et tendre, récit d’une magnifique amitié et véritable chant d’amour au Midwest américain.

Critique :
Quelqu’un a-t-il trouvé les émotions promises dans ce roman ? Parce que moi, je les cherche encore… Alors, soit je suis passée royalement à côté (et ma binômette de LC aussi), soit elles n’y étaient pas !

Pourtant, nom de Zeus, vu le pitch, j’aurais dû en trouver des tonnes dans ces pages, avec ces quatres garçons qui se connaissent depuis l’enfance et qui, maintenant, sont devenus adultes, chacun suivant sa route, son chemin…

Autant l’histoire d’amitié dans « Rural Noir » m’avait émotionnée, autant celle dans « Retour à Oakpine » m’avait ému, autant ici je me suis baladée dans l’histoire sans ressentir beaucoup d’émotions.

Hormis le personnage de Ronny qui m’a émotionné et dont j’ai trouvé le portrait touchant, au niveau des autres, c’est mitigé.

Hank, le fermier, est un personnage avec lequel je me suis sentie en phase, même si je l’aurais volontiers baffé quand il a fait une fixation sur une certaine chose, Lee, le chanteur célèbre avait un côté émouvant dans sa quête du bonheur familial.

Quant à Kip, le courtier, il était très bon dans son rôle de « J’ai le cul entre deux chaises », et aurait mérité un plus ample développement, je trouve, car il symbolise bien ceux qui sont « du village » sans en être vraiment. Ceux qui sont plus froids, qui ne se mélangent pas avec les autres, ceux qui auraient aimé être accepté mais qui ne font rien pour, ou tout de travers.

Le problème avec ce roman ne vient donc pas des personnages, ni de l’écriture, mais du manque d’émotions ressenties lors de ma lecture, comme si je voyais ça de haut, sans arriver à m’immerger à 100% dans ces pages, qui pourtant, étaient remplies de promesses.

L’amitié n’est pas une chose éternelle, les enfants grandissent, se marient, cherchent leur voie, leur destinée, reviennent au bled, le quittent, y restent… Et rien ne dit que l’adulte sera toujours notre copain, comme à l’époque où l’on courait dans les champs en riant, insouciants.

Cela aurait pu donner un beau roman choral sur l’amitié qui évolue avec l’âge et la destinée, on aurait pu avoir un beau récit sur nos 4 garçons devenus adultes, sur leur amitié restée inchangée, mais j’ai eu l’impression qu’on tournait en rond, que l’on parlait parfois pour ne rien dire et que les émotions étaient toutes foutues le camp ailleurs.

J’ajouterai que ce roman choral n’est pas toujours facile à suivre car les intitulés de chapitre sont, non pas avec le prénom complet du narrateur, mais juste avec la première lettre de son prénom, ce qui ne rend pas toujours les choses très claires.

Un roman qui n’a rien de mauvais, qui se laisse lire, avec des moments plaisants… Un roman qui aurait pu frapper plus fort dans les émotions, aller plus loin dans l’histoire d’amitié… Un récit qui ne m’a pas retourné, hélas !

Ça se lit, sans plus… C’est pas mauvais, mais ça aurait pu être meilleur.

Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

Pourquoi je l’ai choisi :
J’avais repéré ce titre au hasard de mes découvertes sur la blogosphère, et puis quand j’ai vu que ma binôme l’avait sélectionnée dans son défilé des futures lectures à lire, je me suis empressée de lui proposer cette LC! Il faut sortir les livres de notre PAL, un peu, plutôt que toujours la remplir !!!!

Synopsis :
Ils étaient quatre. Inséparables, du moins le pensaient-ils. Arrivés à l’âge adulte, ils ont pris des chemins différents. Certains sont partis loin, d’autres sont restés. Ils sont devenus fermier, rock star, courtier et champion de rodéo.

Une chose les unit encore : l’attachement indéfectible à leur ville natale, Little Wing, et à sa communauté. Aujourd’hui, l’heure des retrouvailles a sonné. Pour ces jeunes trentenaires, c’est aussi celle des bilans, de la nostalgie, du doute…

Les personnages :
Le synopsis oublie quand même tous les personnages féminins, alors qu’elles font briller ses quatre hommes. Beth, Felicia, Lucy et Chloé ne sont pas à négliger dans cette belle histoire. Nickolas Butler a soigné de très près ses personnages: il nous livre des êtres attachants, humains, sensibles. Un quatuor de personnalités d’hommes avec une pseudo « célébrité », qui ne sont finalement, qu’au plus près d’eux mêmes, que dans le regard de leurs amis…

Ce que j’ai ressenti :… Une petite douceur littéraire…
Il fait bon d’aller à Little Wing! Vous pouvez switchez le nom de cette petite ville rurale américaine, qu’il n’en reste pas moins que ce qui se dégage de ses pages, c’est le bonheur de vivre simplement dans un lieu de campagne, de connaître ce quotidien de tranquillité, d’apprécier les liens uniques qui soudent ses habitants…

Et c’est juste cette douceur teintée de nostalgie, qui fait que ce Retour à Little Wing soit si plaisant à découvrir !

« La gauche, la droite, je me fiche de tout ça, c’est des foutaises. Tout ce que je demande, c’est d’être bienveillants. D’être honnêtes. De ne pas avoir les dents longues ».

On suit le parcours de vie de ses quatre personnages, qui se sont liés dans l’enfance. Chacun sa profession, mais toujours cette envie de retourner à l’essentiel : riches chacun à leurs manières, ils sont attirés comme des aimants par ce petit bout de terre.

Loin des tumultes des grandes villes, ce lieu apparaît comme un havre de paix, où l’amitié n’arrête jamais son cours, elle reprend juste, au moment des retrouvailles. Trentenaires et pourtant, ce regain de mélancolie et cet attachement envers ce parfum d’autrefois.

Pour autant, il m’a manqué un poil d’action et d’émotions pour rendre cette amitié plus vibrante: à force de non-dits et de pudeur dans les interactions avec chacun, on y perd un peu en ressentis de lecteur…

« Pour moi, c’est ça, l’Amérique : des pauvres gens qui jouent de la musique, partagent un repas et dansent, alors que leur vie entière a sombré dans le désespoir et dans une détresse telle qu’on ne penserait jamais qu’elle tolère la musique, la nourriture ou l’énergie de danser. On peut bien dire que je me trompe, que nous sommes un peuple puritain, évangélique et égoïste, mais je n’y crois pas. Je refuse d’y croire. »

J’ai beaucoup aimé l’apaisement et l’authenticité qui se dégage de ces pages, de cette petite ville. Une sorte de baume au cœur. C’est doux et serein…

Si les personnages adorent faire ses Retour à Little Wing, personnellement, j’y serai bien restée moi, dans ce bel endroit à regarder les levers et couchers de soleil, à essayer d’entendre les notes de ces couleurs…

Laisse la porte ouverte dans une grande ville et tu réveilles à poil, sans un meuble. Laisse la porte ouverte ici et un coyote vient de demander l’aumône.

Ma note Plaisir de Lecture  7/10

Chat sauvage en chute libre : Mudrooroo

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Titre : Chat sauvage en chute libre

Auteur : Mudrooroo
Édition : Asphalte (12/01/2017)

Résumé :
Australie, dans les années 1960. Le narrateur, jeune métis aborigène, sort d’un court séjour en prison suite à un cambriolage. Livré à lui-même, il erre entre les bars jazz, où il risque de retrouver ses mauvaises fréquentations, et les plages où flâne la jeunesse dorée locale.

Il se heurte de nouveau aux multiples barrières entre lui et les blancs, lui et les Aborigènes, lui et une société dans laquelle il ne trouve pas ses repères.

Dans une librairie, il tombe sur un exemplaire d’En attendant Godot de Samuel Beckett, qui lui fera l’effet d’un électrochoc…

aboCritique : 
« Les hommes naissent égaux. Le lendemain, ils ne le sont plus » (Jules Renard). Pour certains, même avant leur naissance c’est déjà foutu pour les droits…

L’auteur de ce roman paru en 1965 n’avait pas les bonnes cartes en main pour faire une Grande Suite.

Son père était Blanc, et sa mère Aborigène, ce qui fait de lui un métis : pour les Blancs, il est Aborigène, pour les Aborigènes, il est Blanc. Le cul entre deux chaises.

Jugé par tout le monde dès sa naissance, même avant, étiqueté dès l’enfance, condamné par les deux populations, la Blanche et les Aborigènes, il aurait eu du mérite de s’en sortir, vu le sale ticket perdant qu’on lui a casé dans les mains dès qu’il est sorti du ventre de sa pauvre mère.

On m’avait placé un ticket dans la main le jour de ma naissance avec une destination précise, mais que, eh bien, le temps avait passé, l’encre s’était effacée, et aucun contrôleur ne s’était encore présenté pour éclaircir l’affaire.

Il a bien entendu sombré assez vite, pour une broutille, bien entendu, et le fait d’être placé chez des gentils Blancs (ironie) d’une espèce de maison de redressement n’a pas arrangé les choses. Séparé de sa mère, cela ne fera que de le précipiter plus dans la merde totale. Une vraie merde, pas de la glace au chocolat (cfr scandale du Cacagate).

C’est le récit d’un renoncement à tout, sauf aux mauvais coups, le récit d’un naufrage humain, la chronique d’une renonciation annoncée. La chronique d’un jeune gars dont le seul tort était de n’être ni Blanc, ni Aborigène et qui n’a jamais réussi à trouver sa place, ses marques.

Les paragraphes alternent entre des récits du passé et ceux du présent, donnant à certains moments des airs de foutoir, mais comme un chat, on retombe vite sur nos pattes.

Un récit qui n’est pas joyeux, bien entendu, rien qu’aux titres des trois parties on a déjà compris le final. Notre auteur est désabusé, n’attend rien de la vie, rien des autres, ne sait pas trouver sa place et reste assez cynique lorsqu’il porte un regard sur la société Australienne.

C’est court, c’est pas long, mais c’est puissant, l’amertume de l’auteur transpire de chaque phrase et on sent bien que jamais il ne fera un effort pour s’en sortir dans la vie puisque la vie l’a mis sur le côté dès le départ.

Un récit qui, hélas, est toujours contemporain.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et le Mois du polar 2017 chez Sharon.

Mois du polar - sharon-pour-logo-polar21

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Le garçon : Marcus Malte

LeVieuxJardinAW+

Titre : Le garçon

Auteur : Marcus Malte
Édition : Zulma (2016)

Résumé :
Il n’a pas de nom. Il ne parle pas. Le garçon est un être quasi sauvage, né dans une contrée aride du sud de la France. Du monde, il ne connaît que sa mère et les alentours de leur cabane. Nous sommes en 1908 quand il se met en chemin, d’instinct.

Alors commence l’épreuve du monde : la rencontre avec les hommes – les habitants d’un hameau perdu, Brabek, l’ogre des Carpates, lutteur de foire philosophe, Emma, mélomane et si vive, à la fois sœur, amante et mère. « C’est un temps où le garçon commence à entrevoir de quoi pourrait bien être, hélas, constituée l’existence : nombre de ravages et quelques ravissements. »

Puis la guerre, l’abominable carnage, paroxysme de la folie des hommes et de ce que l’on nomme la civilisation.

Itinéraire d’une âme neuve qui s’éveille à la conscience, émaillé d’expériences tantôt tragiques, tantôt cocasses, et ponctué comme par interférences des petits et grands soubresauts de l’Histoire, le Garçon est l’immense roman de la condition humaine.

32bdbd04d5b1e5b437524900b4c52a01Critique :
Si vous connaissez la musique du film « 2001, l’odyssée de l’espace », passez-le vous dans votre tête car je publie enfin ma chronique tant attendue sur ce roman !

Enfin, elle était juste attendue par Yvan (GruzBlog Émotions) !

J’avoue qu’il m’a imploré, supplié – même menacé des pires représailles – si je ne lisais pas ce roman (je ne vous dirai pas les tortures qu’il m’avait promises, elles sont trop horribles ! Même à Guantánamo ils n’oseraient pas vous torturer avec du Barbara Cartland).

Jubile, Yvan, le voici ma chronique !

Alors, Marcus, ton roman… Un sacré roman que tu nous as écrit là, Marcus ! Oui, je me permets de t’appeler par ton prénom et de te tutoyer, j’espère que tu ne m’en voudras pas parce que c’est un peu de ta faute aussi : tu viens de présenter une sacré histoire, toi.

Déjà, Marcus, fallait oser mettre en scène un personnage principal qui est muet (mais pas sourd).

Je dirais même qu’il fallait une sacrée paire de cojones pour nous le faire évoluer sur 544 pages, sans que jamais il n’ait une ligne de dialogue, sans que jamais l’on ne sache son prénom exact, ni des circonstances qui avaient amené sa mère là où elle était.

Même l’invisible et l’immatériel ont un nom, mais lui n’en a pas. Du moins n’est-il inscrit nulle part, sur aucun registre ni aucun acte officiel que ce soit. Pas davantage au fond de la mémoire d’un curé d’une quelconque paroisse. Son véritable nom. Son patronyme initial. Il n’est pas dit qu’il en ait jamais possédé un.

Brillante l’idée ! Mais elle aurait pu devenir casse-gueule. Maintenant, le prochain qui nous proposera un garçon muet, on pensera directement au tien.

J’avoue tout de même que j’ai eu un peu de mal à m’attacher au garçon, au départ. Je suivais sa route, son chemin, mais sans savoir vraiment si j’allais me plaire à faire cette longue route avec lui.

Tu sais où j’ai commencé à l’aimer, le garçon ? Non ? Et bien, quand Brabek est entré en scène… Parce que nom de dieu, Brabek, lui, je l’ai adoré ! Et en l’aimant, j’ai commencé à ressentir de la profonde affection pour ce garçon sans nom.

— In God We Trust sur chaque pièce et sur chaque billet. Estampille officielle. Parole d’évangile. La seule et unique religion de l’Amérique.

À ce propos, si je gardais un chien de ma chienne pour Olivier Norek et son utilisation horrible d’un four micro-ondes, j’en gardera aussi un pour toi, mais pour mon ogre adoré…

Anybref, une fois que le garçon fit partie de ma vie, j’ai cheminé avec lui sans plus lui lâcher la main, découvrant le monde, les hommes, avec lui, à ses côtés, partageant ses peines et ses espoirs, rencontrant avec lui les autres spécimens Humains, toute cette galerie de personnages bien typés que tu nous fais croiser dans ton œuvre.

Il y en avait des plus attachants que d’autres, et pas besoin d’en faire des tonnes pour que l’on apprécie plus un tel qu’un autre. Ils avaient leurs qualités, leurs défauts, leur vie, leur histoires et je les ai trouvées bigrement réalistes.

Sinon, Marcus, j’ai pris du plaisir aussi avec tes petites introductions « Cette année là » et si je pouvais ne fus-ce qu’en retenir 5%, je pourrais briller à « Questions pour du pognon ». Si j’en été étonnée au départ, elles m’ont vite plu et ma foi, j’en aurais bien demandé un second tour.

Autre chose que j’ai aimé, Marcus, c’est ta manière d’écrire. On ne peut pas dire qu’elle est simple ou simpliste, loin de là ! Elle est élaborée, costaude, plaisante, déroutante, imaginative, et il y avait même des tas de mots dont je ne connaissais pas la définition.

C’est cette plume qui m’a fait plaisir lorsque tu utilisas de la métaphore dans l’acte sexuel et de brillants jeux de mots comme je les adore ! À ce petit jeu là, d’ailleurs, je ne suis pas la dernière…

C’est là-dessus, par crainte des grincements du sommier, que se joue l’hymne à l’hymen. Soupirs et point d’orgue.

Et Marcus, cette scène de sexe émaillée de mots italien… Oh mon coquin ! Tu sais y faire sans devoir trop en faire. D’ailleurs, ne le répète pas à mon homme – il se demande encore ce qui m’a pris de poser brutalement le roman que je lisais pour le… Non, celle là, il ne l’avait pas vu venir. Qu’il ne sache jamais que tu étais le responsable avec tes écrits.

Passons maintenant au contraire de l’amour : la guerre, Marcus, cette saloperie de Grande Guerre…

Les combats sont épiques, les combattants héroïques. Ils sont vaillants, ils sont pugnaces, ils sont intrépides, ils sont courageux, ils sont valeureux, ils sont tués. On leur érigera des mausolées. On y gravera leurs noms. On commémorera. Puis on oubliera.

Cette manière que tu as eue d’en parler dans ton roman, avec, dans un paragraphe, ces phrases tirées de la Marseillaise, j’ai adoré.

Oui, Marcus, tu nous as parlé de la Guerre d’une autre manière, tu l’as abordée par un autre côté, par un autre front (si je puis me permettre ce mauvais jeu de mots), et j’ai ressenti des moments de grandes tristesses, surtout lorsque tu nous parlais de la future mort des homme du régiment…

C’est violent, cette manière que tu as eue de faire. Poétique aussi, vu la manière dont tu l’as écrite. Ça m’a dressé les poils sur les bras, ça m’a collé une boule au fond de la gorge, alors que je ne les connaissais pas et qu’ils n’étaient que personnage de fiction…

Et Krestorsky, le Polonais. Mineur de fond. La sape il connaît. Bon chrétien. Il prie, il embrasse son crucifix avant de charger. Notre-Dame-de-Lorette aura raison de lui. Un coup de grisou comme jamais il n’en aurait imaginé. C’est en vapeur qu’il montera au ciel. Sublimé. Va, Polak, va. Dieu recollera les morceaux.

Mais la fiction suit la réalité (jamais elle ne la dépasse) et rien que d’y repenser, à cette grande boucherie, j’ai le cœur au bords des lèvres.

Oui, Marcus, tout était d’une triste justesse, sans oublier que ton roman est bourré de vérités, de choses justes, de réflexions non dénuées de bon sens, et Emma, cette jeune fille que j’ai apprécié de suite, avait de la suite dans ses idées dans ses lettres. Plus que les militaires, plus que les dirigeants… (Ok, ce n’est pas difficile d’en avoir plus qu’eux).

Plus que Gustave, son père qui… Dieu que j’ai eu de la peine pour lui, que j’ai souffert avec lui de cette erreur qu’il commit et que bien d’autres que lui commirent aussi en ces temps là.

Marcus, Marcus, tu ne m’as pas épargnée ! Tu m’as fait vivre des pages lumineuses de vie, de découverte du monde, d’amour et se sexe, et ensuite, tu m’as plongé dans les affres de la guerre avec tout son cortège de misères. C’est violent, ça, Marcus.

On  ne peut pas dire que tu laisses ton lecteur gambader gentiment dans tes pages, non, tu le malmènes, tu le mets en situation de confort pour mieux le martyriser ensuite. Tu le fais si bien, en plus…

Par contre, Marcus, désolée, mais lorsque tu citais tout ces noms de soldats morts à la bataille de Souain, je n’ai pas su aller jusqu’au bout. Trop dur. Et ce n’était qu’un bataillon de la Légion… Horrible. Alors j’ai passé des pages car j’étais trop lessivée que pour en supporter plus. Que ces morts me pardonnent.

Par contre, Marcus, j’ai eu besoin de deux tubes d’aspirine après avoir lu ton immense paragraphe (sans point final pour reprendre mon souffle) avec les liens familiaux qui unissaient toutes les familles régnantes d’Europe (étendue à la Russie) en 1914.

C’est donc une affaire de famille. On lave son linge sale : dix-neuf millions de morts.Et l’on se demande encore de quoi est venu se mêler Poincaré !

J’ai essayé de dresser l’arbre généalogique, mais je me suis rendue compte que tout le monde était parent avec tout le monde et que les branches s’entremêlaient.  Même « Point De Vue » ne s’y retrouverait pas, dans tout ces rois qui nous gouvernaient en 14, tous parents ensemble, des tas d’alliances ayant été crées artificiellement par des mariages (et notre futur roi Léopold I a bien instigué de ce côté-là aussi !).

Les rois. Les empereurs. Comment cela peut-il encore exister de nos jours ? Les « Sire », les « Majesté », les « Monseigneur ». Comment peut-on encore l’accepter ? Comment peut-on nous faire avaler cette énorme couleuvre ? La couronne et tout ce qui va avec. Des rois ! Et au nom de quoi, tu peux me dire ? Au nom du sang.

J’aimerais te dire encore bien d’autres choses, Marcus, sur ton roman époustouflant, mais les mots me manquent.

Je te dirai juste que j’aurais aimé avoir encore plus de pages, plus de détails sur les autres voyages du garçon devenu homme et que je me suis trouvée fort dépourvue lorsque la fin de l’histoire fut venue.

Ah, Marcus, je te remercie d’avoir écrit pareil roman, pareille fresque, de m’avoir plongé dans la France de 1900, dans sa manière de vivre campagnarde, avec tout ces gens qui, vu d’ici, ne sont pas si différents de nous puisqu’ils accusaient déjà l’étranger d’être le responsable de tous leurs maux.

Je te dis merci de nous avoir mis en scène un garçon sans nom, sans passé, sans paroles et de l’avoir fait mouvoir avec tes mots, tes belles phrases, ton talent de conteur. De m’avoir mis sous les yeux cette belle symphonie, cette ode, cette fresque, ce concert majestueux qui vibre encore dans mes veines, dans mon cœur, dans mes tripes.

Merci aussi, au passage, à Yvan (GruzBlog Émotions) de m’avoir mis le canon du fusil sur la tempe pour que je lise ton dernier roman.

Bon, j’exagère un peu, je sais, mais j’aime l’entendre me supplier (via ma boite mail) de lire tel ou tel livre car jamais je ne suis déçue.

Et de grâce faites que le mystère perdure. L’indéchiffrable et l’indicible. Que nul ne sache jamais d’où provient l’émotion qui nous étreint devant la beauté d’un chant, d’un récit, d’un vers.

Oh que j’aimerais ne jamais avoir lu ce roman afin de pouvoir le recommencer, vierge de tout savoir…

♫ C’est un beau roman, c’est une belle histoire ♪

Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Femina – 2016).

Étoile 5

BILAN - Minion Les bras m'en tombe - un putain de livre OK

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Revival : Stephen King [LC avec Stelphique]

Revival - Stephen King

Titre : Revival

Auteur : Stephen King
Édition : Albin Michel (Septembre 2015)

Résumé :
Il a suffi de quelques jours au charismatique Révérend Charles Jacobs pour ensorceler les habitants de Harlow dans le Maine. Et plus que tout autre, le petit Jamie. Car l’homme et l’enfant ont une passion commune : l’électricité.

Trente ans plus tard, Jamie, guitariste de rock rongé par l’alcool et la drogue, est devenu une épave. Jusqu’à ce qu’il croise à nouveau le chemin de Jacobs et découvre que le mot « Revival » a plus d’un sens… Et qu’il y a bien des façons de renaitre !

Revival - SKCritique : 
Entre le King et moi, ce ne fut pas toujours « Love me tender » mais comme une vieille histoire d’amour, je reviens souvent vers lui.

Le King, c’est un vieil amant qui me fit atteindre des sommets de plaisir littéraire avec sa plume.

« La vie est une roue et elle revient toujours à son point de départ ».

Là, je suis embêtée parce que en lisant ce King, mon cœur n’a pas fait Bong, ni même Boum.

Non pas que ce King soit de la daube, non, n’exagérons pas, ce serait mentir, mais il lui manque un petit je-ne-sais-quoi pour qu’il ait l’étoffe des Grands Romans du King.

C’est comme une praline que tu adores et là, tu as l’impression qu’elle n’est pas tout à fait comme d’habitude.  Y aurait-il quelques gouttes d’huile de palme cachée ?

Où c’est que le bât a blessé ? C’est là que les Romains s’empoignèrent, que les Athéniens s’atteignirent et que les Parthes partirent parce que je ne sais pas où. C’est fugace, mon petit Fougasse.

Le début du roman est assez lent mais cela ne m’a pas dérangée car le King plante ses personnages principaux et secondaires et arrose le tout afin de les faire grandir et évoluer.

J’ai aimé ces passages avec le petit Jamie Morton, 6 ans, petit garçon charmant, attachant, espiègle et jouant avec ses petits soldats début des années 60. Une famille américaine moyenne, des parents normaux. Une famille bien dépeinte, une fois encore.

Quant au révérend Charles Jacobs et bien, c’est un homme d’église comme je les apprécie alors que le résumé laissait présager un prédicateur zélé digne d’une secte puisqu’il était dit dans le 4ème de couverture qu’il avait « ensorcelé les habitants de Harlow (Maine) en quelques jours ».

Maudit 4ème de couverture qui nous fait interpréter des trucs qu’il ne faut pas !

Alors que Charles Jacobs est juste un homme charismatique avec une jolie épouse et un petit garçon qui sera la coqueluche des autres enfants. Bref, rien d’un zinzin ou d’une grenouille de bénitier, le révérend ! J’avais même pas envie de le bouffer, c’est dire comme j’appréciais le personnage.

Le Terrible Sermon qu’il prononça un jour était bien écrit, il reflétait bien le discours d’un homme qui doute, qui souffre, qui perd la Foi, mais le problème est qu’il n’y avait personne dans l’assemblée pour lui répondre et réfuter une partie de ses paroles.

— Qu’elle ait été à jeun ou pleine comme une barrique, ça ne change rien. Mario Andretti lui-même n’aurait pas pu éviter cette collision. Le révérend Jacobs a eu raison sur un point : les gens veulent toujours trouver une raison aux malheurs de la vie. Des fois, il n’y en a pas. 

J’aurais aimé une joute verbale entre un qui croyait toujours et lui qui ne croyait plus. Là, c’est trop facile d’accuser son chien d’avoir la rage parce qu’on veut le noyer. Le coupable de son ire était mal choisi. Anybref !

Ensuite, dans la seconde partie, ça se corse, on prend de la vitesse avant de ralentir un peu pour ensuite relancer la machine, telle une fusée propulsée par un ouragan rempli d’éclairs et pas au chocolat.

Malgré le style du King, malgré ses personnages travaillés, malgré ses piques traditionnelles contre les citoyens des États-Unis, malgré son fil conducteur, malgré sa charge contre la bêtise des gens qui, quand la médecine ne sait plus rien faire, sont prêt à se tourner vers le grand n’importe quoi (mais je peux les comprendre), malgré ce beau portrait musical des Sixties, malgré le final terrible et terrifiant de par ses conséquences (pas par ce que le King décrit), le tout manquait de sel et de piment.

Outre le fait d’être réservés par nature et par éducation, les Yankees ont aussi tendance à se complaire dans les préjugés de race et de religion. Trois ans plus tard, au collège de Gates Falls, j’ai entendu un de mes professeurs dire à un autre sur un ton d’incompréhension indignée : « Mais enfin, pourquoi être allé assassiner ce révérend King ? Pour l’amour du ciel, c’était un bon nègre ! »

Qui a dit « un bouquin branché sur courant alternatif » ? Lehane-Fan, merci ! C’est ce que je cherchait et tu as mis les doigts dans la prise afin de m’éclairer !

Le pire, c’est que JAMAIS la lecture ne m’a ennuyée, jamais je n’ai décroché, j’ai lu le roman avec passion, je me suis attachée à Jamie Morton, j’ai eu mal pour lui quand il était enfoncé dans sa merde, j’ai aimé le suivre, je me suis attachée au révérend Jacobs, j’ai aimé l’histoire, le scénario, la plume, la charge contre ces religieux qui n’ont de religieux que le nom, ces marchands du Temple qu’un jour, un certain Jésus foutu dehors à grand renforts de coup de pieds au cul…

Malgré tout ça, il manque un truc (et je suis incapable de vous dire quoi précisément) pour que ce roman aille trôner avec les autres au Panthéon des romans du King.

J’ai dû faire un court-circuit quelque part parce que je n’ai pas joui avec lui comme d’habitude.

Trois étoiles quand même parce qu’il ne manquait pas grand-chose pour en faire un Grand, mais sans ce petit truc qui manque, ÇA le fait un peu moins !

La curiosité est une terrible chose, mais c’est une chose humaine. Tellement humaine.

— Ils ne viennent pas ici pour voir la réalité, Jamie, ils veulent du fantastique.

Étoile 3

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016) et Le « Challenge US » chez Noctembule.

index LC

Pourquoi je l’ai choisi (par Stelphique) :
Ce mois ci, on a décidé de se faire le King sur le grill !!!!! Revival nous paraissait tout indiqué vu qu’il a déjà le conducteur !!!!!

Synopsis :
La foudre est-elle plus puissante que Dieu ?

Il a suffi de quelques jours au charismatique Révérend Charles Jacobs pour ensorceler les habitants de Harlow dans le Maine. Et plus que tout autre, le petit Jamie. Car l’homme et l’enfant ont une passion commune : l’électricité.

Trente ans plus tard, Jamie, guitariste de rock rongé par l’alcool et la drogue, est devenu une épave. Jusqu’à ce qu’il croise à nouveau le chemin de Jacobs et découvre que le mot « Revival » a plus d’un sens… Et qu’il y a bien des façons de renaître !

Addiction, fanatisme, religion, expérimentations scientifiques… un roman électrique sur ce qui se cache de l’autre côté du miroir. Hommage à Edgar Allan Poe, Nathaniel Hawthorne et Lovecraft, un King d’anthologie.

Les personnages :
Jamie et le révérend Charles Jacobs ont un destin lié, mieux connecté, on dirait ! Une sorte d’attraction qui va au delà de la raison, du raisonnable et de la religion. Un môme avec des yeux fascinés, le révérend en avait de la chance, mais la foudre s’en est mêlée, et leur histoire en a souffert….

Ce que j’ai ressenti :…Un roman au courant contagieux !
Le coup de foudre vous y croyez, vous ???!!!! Et la foudre plus puissante que Dieu ? Stephen King nous emmène entre les deux, dans un entre-deux électrique et électrisant, préparez vous à voir des éclairs partout !!!

« Vous pouvez faire confiance au Rev’. »

Il n’y a que le King pour créer une histoire teintée de religion communicatrice, d’électricité conductrice, de fanatisme magique, d’expériences au delà du réel…. Il n’y a que lui aussi pour nous emporter dans son monde, dans une lenteur calculée, dans son Amérique Rock’n’roll, avec des personnages charismatiques.

Il n’y a que lui également pour rendre hommage comme personne à ses auteurs qui ont révolutionner la littérature d’un doux frisson de frayeur.

Alors, oui ce livre est un exemple révélateur de son immense talent, bien sur qu’il y avait tous les ingrédients qui font tout son succès, et que je suis super heureuse de posséder ce nouvel opus avec cette couverture si magnifique !!!

Je ne peux quasiment rien reprocher à cette histoire, mais je ne sais pas, il m’a manqué le « petit quelque chose » pour que ce soit le coup de cœur, avant de faire naitre le coup de foudre. J’ai trop attendu cette fameuse fin, 400 pages avant d’atteindre le dénouement pour le fameux « Il s’est passé quelque chose »…

C’est ce temps d’attente que je regrette, j’ai l’habitude que le King prenne son temps, ce n’est pas cela qui m’a dérangée, mais d’habitude, il nous le fait languir en nous appâtant avec cette touche personnelle dont il a le secret, et là, je suis restée frustrée malgré cette super fin!

Peut être, de n’avoir pas eu de réelle explication sur cette électricité justement, oui peut être, que ça vient de là, elle arrive trop de nulle part, on ne sait pas d’où le Rev’ la prend sa source, cette fascination dévorante…..

« Ils ne viennent pas ici pour voir la réalité, Jamie, ils veulent du fantastique. »

Tout de même, ce tour d’horizon de la religion et ses dérives est à faire avec notre auteur chouchou ! Il connait tellement les tours et détours de certains prédicateurs qu’il arrive à nous éclairer sur les failles et gouffres dont certains arrivent à faire naitre à l’ombre de leurs obscures palabres.

Le Sermon a quelque chose de fascinant, moi je vous le dis !!!. Le rock’n’roll (et son packaging !) a aussi une place de choix au sein de ses pages, comme musique de fond en MI,  il accompagne à merveille!

On se plait vraiment à se perdre dans ses lieux guidé par le Maitre, on veut toucher de près cette énergie guérisseuse, on se laisse prendre au jeu de cette électricité bienfaitrice!

Revival est à lire, forcement, pour tout fan, même s’il faut s’armer de patience avant de voir où veut nous emmener le Roi de l’épouvante!

Ma note Plaisir de Lecture fee clochette 7/10

 

Carnaval : Ray Celestin

Titre : Carnaval                                                                                     big_4

Auteur :Ray Celestin
Édition : Le Cherche midi (2015)

Résumé :
Un premier roman exceptionnel, basé sur des faits réels survenus à la Nouvelle-Orléans en 1919.

Si la Nouvelle-Orléans est la plus française des capitales américaines, elle est aussi considérée par beaucoup comme la face obscure du pays, enfouie au cœur du sud profond.

Construite sur des marécages sous le niveau de la mer, la ville est depuis toujours la proie de tornades, d’ouragans, d’inondations, d’épidémies.

La nature du sol en fait une cité qui se fissure, où même les morts ne peuvent être enterrés normalement. Alligators, serpents, araignées hantent ses marais.

Ses habitants ont ainsi depuis longtemps l’habitude de la menace. Et pourtant…

Lorsqu’en 1919 la ville devient la proie d’un mystérieux serial killer qui laisse sur les lieux de ses crimes d’étranges lames de tarot, la panique gagne peu à peu.

On évoque le vaudou. Les victimes étant toutes d’origine sicilienne, les rivalités ethniques s’exacerbent.

Un policier, Michael Talbot, un journaliste, John Riley, et Ida, une jeune métisse, secrétaire de l’agence Pinkerton, vont tout faire pour résoudre l’affaire.

Mais eux aussi ont leurs secrets bien gardés. Alors qu’un ouragan s’approche de la ville, l’Ange de la mort, toujours aussi insaisissable, continue à sévir. Le chaos est proche.

Petit Plus : Tensions raciales, corruption, vaudou, jazz et mafia : Ray Celestin a trouvé les ingrédients idéaux dans une série de meurtres qui ont réellement enflammé la Nouvelle-Orléans après la Première Guerre mondiale.

Il nous offre un premier roman inoubliable, au suspense omniprésent, doublé d’un portrait de la ville d’un réalisme peu commun. Depuis L’Aliéniste de Caleb Carr, on avait jamais vu ça !

Critique : 
♫ Quand le jazz est ♪ Quand le jazz est là ♫ Le meurtrier s’en ♪ Le meurtrier s’en va ♫ Il y a de l’orage dans l’air ♪ Il y a de l’eau dans le ♪ Gaz entre les habitants de la Nouvelle-Orléans ♫ (1)

Bon, je vous le dis de suite, je ne suis pas une fondue de jazz et ce roman en est rempli, à tel point que les notes s’entrechoquent dans les pages.

Résultat ? Ma seule envie était de m’écouter du Armstrong ! Pas celui qui marcha sur la lune, pas celui qui gagna 7 Tours de France, non ! Louis Armstrong, qui en 1919 se nommait encore Lewis et faisait ses débuts, encore méconnu.

Ce que j’ai aimé dans ce roman noir ? Tout ! Cela va des dialogues avec un soupçon d’argot; à la ville de la Nouvelle-Orléans, personnage à part entière du récit, décrite telle qu’elle est, avec ses bons et ses horribles côtés, notamment ses quartiers pauvres, ses taudis, ses bordels, le tout dans une ambiance plombée par le racisme et le ségrégationnisme, très bien décrits, tout les deux, et où le Blanc n’en sort pas grandi.

En Louisiane, les noirs n’avaient guère le droit de faire entendre leur culture et les enterrements permettaient justement d’y donner libre court en public et de traiter les opprimés avec pompe. C’était pour ça qu’elle fronçait les sourcils, parce que la seule fois où un noir pouvait être traité avec grandeur, c’est quand il n’était plus là pour en profiter.

Cette ségrégation provoquait la méfiance et cette méfiance engendrait la ségrégation. Et maintenant, en plus de ça, il y avait le tueur qui jetait de l’huile sur le feu, qui abattait les cloisons entre tous ces gens pour provoquer des frictions dangereuses.

Si cette ville était une personne, ce serait une pute sur le déclin.

La police aime bien accuser les Noirs, quelle que soit la raison.

J’ai aimé la musique qui parsème les pages, le mystère autour du tueur à la hache (qui a existé vraiment) et dont les Blancs disaient qu’il était Noir; la corruption qui gangrène tout le système, y compris celui des flics; les complots; la mafia; le mélange de faits réels et de fiction, et surtout, j’ai adoré les personnages principaux !

— Tu sais, ça me fait marrer, cette histoire de Tueur à la hache. Pour un Noir, c’est marrant. Vous avez pas vraiment été sympas avec les gens de couleur… Toi et la police. Entre les tabassages et les fausses preuves, le racket et les coups tordus, franchement… Et maintenant qu’il y a un négro qui se balade en ville et qui tue des Blancs, tout le monde se demande qui est le prochain sur la liste. C’était forcé que ça arrive un jour.

Entre l’inspecteur Michael Talbot qui enquête avec son protégé; Ida, la jeune métisse assise le cul entre deux chaises (puisqu’elle n’est ni Blanche, ni Noire), secrétaire à la Pinkerton, amatrice de Sherlock Holmes (brave fille !) et qui s’est transformée en détective, aidée par son ami Lewis Armstrong; et le dernier, Luca D’Andrea, flic ripou tout frais sorti de taule, ancien mafioso et qui se lance lui aussi sur les traces du tueur à la hache.

— Bien sûr ! Il n’existe pas de suite d’événements pour lesquels l’esprit humain ne soit pas capable de fournir une explication.
Elle lui décocha un large sourire façon chat du Cheshire : Lewis l’avait toujours connue en train de lire les ouvrages de Conan Doyle et de les citer. C’était devenu une blague entre eux.
— C’est Sherlock qui dit ça, hein ? Faut que t’arrêtes avec tes bouquins. Ils t’empêchent de voir le monde comme il est.

Elle ne put dormir que deux ou trois heures, rêvant des événements de la nuit, mêlés de réminiscences de Sherlock Holmes et sa fouille nocturne des docks de Londres dans Le Signe des quatre – fouille qui n’avait d’ailleurs rien donné, elle s’en souvint avec un douloureux accès d’angoisse à son réveil.

Trois enquêteurs – dont un duo – 3 pistes, plusieurs récits, des personnages travaillés, avec leur part d’ombre, de secrets et de mystères… Et cette ville de la Nouvelle-Orléans qu’on découvre de manière moins nuancée et jolie que dans un guide du Routard.

Durant la période où Michael avait été sous les ordres de Luca, il avait calculé qu’il avait aidé à envoyer au pénitencier d’Angola quatorze personnes parfaitement innocentes avec des preuves inventées de toutes pièces.

Et puis, un final époustouflant dans sa résolution – que je ne vous dirai pas un mot de plus – somptueux pour le lecteur qui a suivi tout le monde alors que chacun allait sur son propre chemin.

J’espère qu’il y aura une suite des aventures de Michael Talbot et de Ida parce que ce serait trop con de ne plus assister à une enquête racontée par cet auteur, même si elle ne se déroulera plus dans la ville de la Nouvelle-Orléans. Aaah, cette ville !

— Tu sais que La Nouvelle-Orléans est la première ville d’Amérique à avoir eu la mafia ?
— Non, je ne savais pas, lieutenant.
— Un honneur douteux mais qui nous revient néanmoins. À New York ou Chicago, la mafia provient de différents endroits de Sicile : Palerme, Catane, Messine, Syracuse… C’est pour ça qu’ils passent leur temps à s’entre-tuer. Mais pas à La Nouvelle-Orléans. Il n’y a jamais vraiment eu de guerre entre les différentes familles ici, en tout cas pas du genre où l’on verse le sang ouvertement. C’est parce qu’ils viennent tous de la même ville en Sicile, Monreale. Ils se serrent les coudes. Ils se battent pas entre eux, il y a pas de vendetta. Ils sont organisés et efficaces.

Ma foi, la ville de Chicago fera très bien l’affaire aussi ! On aura sans doute plus droit à du jazz, mais ce n’est pas trop grave parce que moi ♫ Toute la musique, que j’aime ♪ elle vient de là elle vient du blues ♪ les mots ne sont jamais les mêmes ♪ pour exprimer ce qu’est le blues ♫ (2)

Vivement la suite (si suite il y a !).

(1)Le Jazz Et La Java – Claude Nougaro (trafiquée !)
(2) Toute La Musique Que J’aime – Johnny Hallyday

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le « Challenge US » chez Noctembule et « A year in England » chez Titine (auteur anglais !!).

Nos disparus : Tim Gautreaux

Titre : Nos disparus                                                                            big_4-5

Auteur : Tim Gautreaux
Édition : Seuil (2014)

Résumé :
1918. Sam Simoneaux, dont la famille a été massacrée quand il avait six mois, débarque en France le jour de l’Armistice. On l’envoie nettoyer les champs de bataille de l’Argonne.

1921. Rentré traumatisé à La Nouvelle-Orléans où il est devenu responsable d’étage aux grands magasins Krine, Sam ne peut empêcher l’enlèvement, quasiment sous ses yeux, de Lily Weller, trois ans et demi.

Licencié, sommé par les parents Weller de retrouver leur enfant, il embarque comme troisième lieutenant à bord de l’Ambassador, bateau à aubes qui organise des excursions sur le Mississippi. Le roman longe le fleuve sur fond de musique de jazz – orchestre noir, orchestre blanc et alcool à volonté.

Au gré des escales et des bagarres, Sam, toujours en quête de Lily, met au jour un fructueux commerce d’enfants animé par quelques spécimens peu reluisants de la pègre des bayous.

Les vrais sujets de cette fresque naturaliste striée de noir restent les liens du sang, l’inanité de la vengeance et la transmission des valeurs.

Critique : 
Voilà ce qui s’appelle avoir une chance de cocu ! Sam Simoneaux ainsi que les autres combattants Américains, arrivent en France pour participer à la Première Guerre Mondiale le… 11 novembre 1918.

À peine descendu de leur rafiot, c’est des scènes de liesse partout : la guerre est finie. On pourrait penser qu’ils vont se tourner les pouces, mais non, faut déminer les champs remplis de grenades, bombes, obus… Sans se faire exploser sois-même !

Dès le début, en quelques pages (40), l’auteur, de sa plume sans concession, nous démontre toute l’absurdité, toute la bestialité, toute la cruauté et l’inhumanité d’une guerre. Nos soldats, tout dépités lorsqu’ils étaient arrivés de ne pas pouvoir participer à cette Grande Boucherie, comprennent ce à quoi ils ont échappés. Voir les corps déchiquetés et la terre éventrée vont les secouer et les traumatiser.

Ensuite ? Retour à la casa América pour nos hommes et Sam Simoneaux se retrouve à la Nouvelle-Orléans comme responsable d’étage aux grands magasins Krine.

N’allez pas croire qu’on se la coule douce, dans les romans de Tim Gautreaux. Nous sommes dans le Sud de l’Amérique, et c’est toujours un Sud poisseux et inhospitalier que nous allons évoluer. Un Sud aux mentalités raciales que vous connaissez bien. La tolérance, c’est toujours un gros mot.

Ici, on boit de l’alcool de contrebande, sorte de tord-boyaux qui donnera un peu de courage aux gens ou qui les fera oublier dans quelle misère noire ils vivent. Certes, tous ne vivent pas dans la misère, mais les contrastes sont assez prononcés entre les deux populations : les très riches et les pauvres.

Qualifier ce roman de policier ne serait pas faux, nous avons notre Sam qui va se muer en enquêteur de fortune afin de retrouver la petite fille kidnappée, presque sous ses yeux, au magasin.

Mais ceci n’est qu’une partie visible de l’Histoire avec un grand I. C’est aussi de l’Aventure que l’on vous propose, une Quête, parce que retrouver la gamine est une sorte d’exorcisme, une expiation d’une faute ancienne. Ce roman mélange habillement tout ces genres pour nous donner un plat de résistance dont on se pourlèche les babines.

Sorte de voyage initiatique sur un bateau à aubes remontant le Mississippi sur des airs de jazz et de bagarres, l’auteur nous ballade à travers le Sud sans que l’on voit le temps passer, nous présentant une (faible) partie de ses plus mauvais gens. Et les pires ne sont pas toujours chez les pauvres ! Mais certains valent la peine qu’on ne les croise jamais de notre vie.

— Mais ces gens sont complètement malades !
Les yeux de Soner lui parurent clairs et brillants.
— Absolument pas. Ils sont exactement comme vous et moi. Ils sont seulement descendus quelques barreaux plus bas sur l’échelle morale que la majorité.

— À cette époque, quand on rencontrait un Cloat, on finissait la gorge tailladée par un rasoir ou une balle de .45 dans le crâne. Enfin, si on était un homme. Les femmes, elles, devaient subir d’autres types de pénétration. Les Cloat ne sont pas d’ordinaires mauvaises graines d’assassins.

— Un des Skadlock dont je t’ai parlé.
— Moitié homme, moitié belette.
— Pour la partie belette, tu as sans doute raison.

J’ai joué de la musique pour des culs-bénis, des soulards ou des péquenauds, j’ai dansé au son de la musique Noire, j’ai essuyé des crachats, lavé le pont souillé de vomi, l’ai fait briquer, j’ai enquêté, j’ai terminé mes journées épuisée et vous savez quoi ? J’en redemande.

Il leva la main, puis la laissa retomber.
— Je n’y comprends rien. Il y a quelques jours encore, c’était une épave puante. Aujourd’hui, il me donne envie de partir en croisière au clair de lune.

Les bateaux à vapeur, ils sont toujours en bois, et pas du meilleur ni du plus épais. En fait, ces rafiots sont à peine plus solide que des cages à poules. Quand il y en a un qui se cogne contre le pilier d’un pont, sûr qu’en aval les gens ont plus besoin d’aller s’acheter des cure-dents pendant un bon bout de temps.

La plume de l’auteur fait toujours mouche, ses personnages sont toujours aussi fouillés, attachants ou donnant des envies de meurtre (une certaine bonne femme, surtout), sans nous gaver, il nous brosse le portrait d’une Amérique dans les années 20 avec détails, mais pas de trop. À nous d’aller voir ce qu’est un train des orphelins.

La trame n’est pas cousue de fil blanc parce que j’ai eu des surprises. Franchement, je pensais qu’on allait plier l’affaire en deux coups de cuillère à pot et bien non !

Un portrait sombre du Sud, des personnages taillés à la serpe, hantés par des deuils non accomplis, des idées de vengeance, des douleurs muettes et des envies de revenir en arrière pour tout changer.

Son oncle lui avait dit et répété que la vengeance ne menait nulle part et qu’un salaud se punissait tout seul en en étant un.

Il y a une humanité énorme dans le personnage de Sam et sa force de caractère lors de certains passages ont forcé mon admiration. Oui, il y a encore des traces d’humanité. Le roman en est rempli.

– Petit, un pistolet dans la poche d’un homme change sa façon de penser. Quand il n’en a pas, il hésite à prendre certains risques. Quand il en a un, il va là où il ne devrait pas, ou fait ce qu’il ne devrait pas faire. Il pense qu’une arme est un passe-partout, mais il se trompe.
– Mais c’est aussi une protection, non ? Un dispositif de sécurité ?
– Quand on ne sait pas nager, il vaut mieux ne pas s’approcher de l’eau.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), le Challenge « Polar Historique » de Sharon et Le « Challenge US » chez Noctembule.

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