Blackwater – 01 – La Crue : Michael McDowell

Titre : Blackwater – 01 – La Crue

Auteur : Michael McDowell
Édition : Monsieur Toussaint Louverture (07/04/2022)
Édition Originale : Blackwater, book 1: The Flood (1983)
Traduction : Yoko Lacour et Hélène Charrier

Résumé :
Alors que les flots sombres et menaçants de la rivière submergent Perdido, une petite ville du sud de l’Alabama, les Caskey, une riche famille de propriétaires, doivent faire face aux innombrables dégâts provoqués par la crue.

Mené par Mary-Love, la puissante matriarche, et par Oscar, son fils dévoué, le clan s’apprête à se relever.

Mais c’est compter sans l’apparition , aussi soudaine que mystérieuse, d’Elinor Dammert, jeune femme séduisante au passé trouble, dont le seul dessein semble être de s’immiscer au cœur de la famille Caskey.

Critique :
« Puisque vous ne m’avez pas crue, vous m’aurez cuite », comme le disait si bien Jeanne D’Arc sur le bûcher. La ville de Perdido (Alabama du sud) pourrait dire (si elle savait parler) : « Le jour de la crue, j’ai été cuite ».

Submergée par les flots de la Perdido et de la Blackwater, la ville est recouverte d’eau, de boue, tout est dévasté.

La première chose qui m’a attiré, dans cette saga de 6 romans, ce sont les couvertures ! Purée, elles sont magnifiquement ouvragées. Alors, pourquoi pas ?

Ce premier tome pose les bases de la famille Caskey, une famille qui a fait fortune dans le bois, avec une scierie. Nous sommes en 1919 et à cette époque, les Noirs peuvent servir les Blancs, mais pas s’asseoir à leur table.

Les premières pages du livre sont intrigantes : la crue a eu lieu et Oscar Caskey, en barque avec Bray, un de ses employés (Noir), trouve une femme dans l’hôtel de la ville. Elle n’a pas été prévenue de la crue. Bizarre, bizarre se dit Bray (et les lecteurs aussi). Surtout lorsqu’il remarquera la hauteur où l’eau s’est arrêtée, à ce premier étage !

Elinor est un personnage énigmatique. Le côté fantastique vient d’elle. Sans en dire plus, soit les mystères qui l’entourent n’en sont pas (effet d’optique dû au soleil), soit il y a un truc qui sent mauvais dans son cas. Pour moi, ça pue, méfiance !

On ne peut pas dire que l’action est présente dans ce premier tome. Et pourtant, j’ai eu du mal à le lâcher. Les mystères qui entourent le personne d’Elinor, m’ont happé, tel le courant puissant de la rivière.

De plus, j’ai apprécié les autres personnages, même si nous sommes en présence d’une mère limite castratrice, qui ne veut pas que ses enfants partent ailleurs, que son fiston se marie… Mary-Love, puissante matriarche du clan Caskey, est une roublarde, mais elle pourrait tomber sur pire qu’elle.

Oui, à Perdido, ce sont les hommes qui bossent, mais ce sont les femmes qui décident, qui tirent les ficelles, qui manipulent. Girl power ! Attention, les femmes Blanches, bien entendu. N’oubliez pas que nous somme en Alabama du Sud et en 1919 ! Machiavel pourrait trouver à qui parler, avec certaines femmes, dont Mary-Love et Elinor.

La plume de l’auteur est aussi fluide que les cours d’eau, elle glisse toute seule et on a envie de voguer sur les flots de ces deux rivières qui se rejoignent en créant un tourbillon mortel. Merde alors, je viens de succomber aussi à la maladie de l’année : Blackwater ! Paraît que ça se soigne facilement, en lisant tous les tomes. Je vais me soigner, alors !

Sans que ce soit le livre de l’année, l’univers mis en place par l’auteur m’a bien plu, sans pour autant que je puisse vous dire précisément pourquoi. Sans doute grâce au contexte historique (ségrégation raciale), à cette famille peu ordinaire et au personnage mystérieux de Elinor, que l’on n’arrive pas à cerner.

Les tensions, les secrets cachés, le petit côté fantastique maîtrisé, tout ça m’a fait plonger dans ce roman avec plaisir. Je compte remettre mon maillot de bain et aller à nouveau nager dans les eaux troubles de la famille Caskey prochainement.

Alors, qui plongera aussi ??

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°41] et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

Les Thés Meurtriers d’Oxford 03 – Flagrant Délice : H.Y. Hanna [Par Dame Ida, Critique d’Afternoon Tea]

Titre : Les Thés Meurtriers d’Oxford 03 – Flagrant Délice

Auteur : H.Y. Hanna
Édition : Autoédité (07/04/2022)
Édition Originale : Oxford Tearoom Mysteries, book 3: Two down, bun to go (2016)
Traduction : Diane Garo

Introduction BABELIO :
Un coup de fil sinistre au milieu de la nuit plonge la propriétaire de salon de thé Gemma Rose au cœur d’un nouveau mystère. Cette fois, son ami Seth est considéré comme le principal suspect d’un crime !

Un meurtre macabre commis dans le cloître d’un ancien collège d’Oxford révèle des rivalités amères au sein de l’université, mais Gemma découvre des indices inattendus dans son petit village des Cotswolds.

Pendant ce temps, sa vie amoureuse ne lui laisse pas de répit. Elle peine à choisir entre l’éminent médecin Lincoln Green et le séduisant inspecteur Devlin O’Connor… tandis que son salon de thé anglais pittoresque prend l’eau alors qu’elle se démène pour trouver un nouveau chef pâtissier.

Avec sa mère exaspérante et sa petite chatte tigrée espiègle, Muesli, qui la rend complètement folle – sans oublier les vieilles chouettes qui ne la lâchent pas d’une semelle -, Gemma doit résoudre son affaire la plus difficile à ce jour si elle veut empêcher la plus cruelle des injustices.

L’avis de Dame Ida :
Or donc voici le troisième volume des enquêtes de Gemma Rose, que j’attendais au tournant.

Gemma est réveillée en pleine nuit par un coup de fil d’un ami qui se voit accusé de meurtre et lui demande de lui rendre un petit service un peu en marge de la loi.

Dans cet opus, le moins qu’on puisse dire c’est qu’on se retrouve plongé en plein milieux de l’action d’emblée et sans attendre que le décor se pose, ce qui est le cas dans la majorité des romans.

Ici le meurtre a eu lieux avant même qu’on tourne la première page.

Cet élément scénaristique et le choix de l’auteure d’écrire ce roman à la première personne vient donner un véritable dynamisme au texte.

Elle nous embarque de manière active dans le cours de ses pensées, et nous transmets les informations à mesure qu’elle les reçoit, ce qui nous plonge de manière très active dans l’intrigue et nous donne le sentiment d’enquêter avec elle.

Elle y intègre également les petits cotés triviaux du quotidiens, et ses histoires de familles qui viennent s’ajouter à son emploi du temps, donnant quelque chose d’authentique à l’histoire…

Car oui, tout enquêtrice amatrice qu’on soit, on n’en a pas moins une vie ! Des parents, des amis, un chat, un job…

Et comme par ailleurs la prose est vivante, de bonne qualité, avec ce petit côté ironique et détaché propre à la « british upper-middle class » dont l’héroïne est supposée faire partie, la lecture du roman est particulièrement agréable.

Bonne surprise ! L’intrigue est honorable et gagne en complexité par rapport aux enquêtes précédentes. Le puzzle s’assemble pièces après pièces et finit par prendre tout son sens au moment de la révélation finale.

Toutefois, si la solution s’impose comme évidente, elle n’est jamais qu’une théorie possible au moment où mue par son intuition, Gemma fonce tête baissée contre l’ennemi, entraînant tous ses alliés dans son sillage, sans que quelqu’un ne lui demande l’once d’un début de preuve pouvant permettre à la théorie de tenir.

Cette petite facilité me semblera légèrement regrettable en ce sens qu’elle manque de crédibilité, même si on prend plaisir à suivre cette héroïne sympathique et ses amis au long des pages jusqu’à une scène de dénouement qui ne manque pas de comique.

Et puis… Voilà… J’attendais ce troisième roman au tournant pour voir si nous étions partis pour tourner en rond dans les histoires de cœur compliquées de l’héroïne hésitante entre deux hommes tel l’âne de Buridan mort de faim et de soif en hésitant entre commencer par boire son seau d’eau ou manger son seau d’avoine.

Alléluia !!!! Elle a fini par choisir !!! Qui ? Nan mais ça va pas ? Je ne vais quand même pas spoiler ça !!! Vous devrez lire ! Franchement, vous me prenez pour qui ?

Cela étant, même si ce mystère concernant ses inclinations pour la gente masculine est enfin élucidé et ne débouche pas sur un « coming out asexuel », ni sur un engagement à vie dans la frigidité et la névrose obsessionnelle, je dois avouer que cette question n’avait qu’un intérêt secondaire dans l’enquête même si les messieurs qui lui faisaient du charme ont pu prendre une part active à l’action. On est loin des obsessions d’Agatha Raisin.

Comme quoi, les anglais arrivent à séparer vie privée et vie professionnelle quand il le faut ?

Un petit bémol ? Oserai-je ?

Un truc me titille depuis le premier volume : le passé professionnel de Gemma dont on nous dit qu’elle vient de rentrer à Oxford après 8 ans passés à mener une brillante carrière dans une grosse boîte Australienne.

Sauf que tome deux, je réalise qu’elle a 29 ans, et que donc elle est partie à 21 ans. Et à 21 ans, à moins d’être une surdouée avec deux ans d’avance (et un tel détail s’annonce dans un background de personnage), tu ne sors au mieux qu’avec ta licence (bachelor en anglais). Et en outre, elle aurait étudié les lettres anglaises…

Or au tome trois on nous explique qu’elle aurait été compétente pour lancer une campagne marketing internationale…

Alors, OK, on nous dit qu’elle a gravi les échelons en Australie… OK, l’Australie fut un temps le nouvel El Dorado de celles et ceux qui avaient compris que le rêve Américain n’était plus qu’une grosse blague… Mais l’Australie n’est pas un pays sous-développé incapable de produire ses propres MBA ou autres Masters destinés aux futurs cadres du marketing !

Dois-je rappeler ce qu’une licenciée en lettre moderne de la Sorbonne peut espérer trouver comme job en France ? Même si elle a eu une mention très bien ? Même pas un job de secrétaire ! On a de très bons BTS d’assistantes de direction, trilingues, qui préparent mieux les candidates à l’utilisation des outils informatiques et au vocabulaire spécifique du commerce dans les langues étrangères…

J’ai d’ailleurs une copine qui a un tel BTS et qui rêve depuis 15 ans de passer cadre… mais nan… les nouvelles recrues sur ce niveau doivent toutes avoir un Master… On me dira que c’est très français cette obsession du diplôme… C’est vrai que chez nous avec une licence de lettres, soit tu poursuis ta formation pour espérer faire de l’enseignement (en primaire ou à la fac si tu décroches un doctorat et que tu as de bon appuis)… Soit tu passes les concours administratifs ou tu prends ce qu’on veut bien te donner à Pôle Emploi.

Oui la carrière de haut niveau dans le marketing juste avec une licence de lettres, fût-elle obtenue à Oxford, c’est extrêmement peu crédible. Mais pas seulement en France. En Angleterre aussi. D’autant que dans ce pays on ne rigole pas avec la conscience de classe.

Ou alors c’est qu’il s’est passé un truc… Un piston d’un tonton… Une intrigue à la « Working Girl »… Une histoire d’amour avec le fils du PDG… Ou alors peut-être qu’en Australie tout est encore possible, qu’on embauche un niveau de culture générale et pas un technicien maîtrisant déjà un sujet et immédiatement rentable…

Mais même si c’est vrai… il est de bon ton d’expliciter les choses pour ne pas laisser la lectrice dans une perplexité abyssale ! Parce que là ça laisse un goût de « pas crédible » et moi j’ai une vilaine obsession : je tiens à ce que le background des héroïnes soit crédible.

Mais… Je taquine le rectum des mouches ! Je l’avoue ! Car mis à part ce (gros… mais il appartiendra à chacun d’estimer à quel point c’est gros en fonction de sa sensibilité) détail, cette enquête m’a paru bien plus engageante que les deux précédentes et le plaisir était au rendez-vous.

Évidemment, je vais lire bientôt le tome 4 pour voir si l’auteure poursuit sur sa lancée !

 

Francis Rissin : Martin Mongin

Titre : Francis Rissin

Auteur : Martin Mongin
Édition : Pocket (04/03/2021) – 672 pages

Résumé :
De mystérieuses affiches bleues apparaissent dans les villes de France, seulement ornées d’un nom en capitales blanches : FRANCIS RISSIN. Qui est-il ? Comment ces affiches sont-elles arrivées là ? La presse s’interroge, la police enquête, la population s’emballe. Et si Francis Rissin s’apprêtait à prendre le pouvoir, et à devenir le Président qui sauvera la France ?

Pour son premier roman, Martin Mongin signe un livre vertigineux. Un roman composé de onze récits enlevés, onze voix qui lorgnent tour à tour vers le roman policier, le fantastique, le journal intime ou encore le thriller politique, au fil d’une enquête paranoïaque sur l’insaisissable Francis Rissin. Avec une maîtrise rare, Martin Mongin tisse sa toile comme un piège qui se referme sur le lecteur, au cœur de cette zone floue où réalité et fiction s’entremêlent.

Autant marqué par l’art de Lovecraft, de Borges ou de Bolaño que par la pensée de La Boétie ou d’Alain Badiou, Francis Rissin est un premier roman inventif et inattendu, au propos profondément politique.

Critique :
Il est certains romans, encensés par les critiques diverses, quelles soient des journalistes, des libraires, des blogueurs ou des membres de Babelio, que l’on a absolument envie de lire, afin de vivre les mêmes émotions que les autres, de se prendre une claque littéraire, de vibrer…

Tout le monde le disait, cette histoire était délirante, folle, géniale…

Hélas, la malédiction se poursuit : je suis à contre-courant de la majorité, une fois de plus.

Non, ce livre ne m’a pas paru génialissime ou autres superlatif ou laxatif. Le pavé fut indigeste et il m’est resté sur l’estomac. Le problème est survenu dès les premières lignes… Mais je n’y ai pas attaché d’importance, sur Babelio, Kittiwake prévenait qu’il ne fallait pas se fier au premier chapitre.

Moi, j’aurais dû, parce qu’il a été le déclencheur de ma Bérézina littéraire. Entre nous, la suite n’a pas été plus prometteuse et ce fut une lecture pire que sur des montagnes Russes.

D’ailleurs, j’en suis sortie barbouillée, avec l’envie d’aller balancer ce livre directement dans une boîte à livre. Il était passé 23h lorsque je l’ai terminé, avec la langue pendante, après avoir sauté des lignes, des paragraphes, des pages.

Francis Rissin est un personnage que l’on n’arrive pas à cerner. Son portrait va être fait par différentes personnes, le cercle se resserrant de plus en plus sur l’homme énigmatique qu’il est. Le tout en 11 chapitres.

Chaque chapitre est différent du précédent, puisque l’on change de narrateur, de témoin, donnant un espèce de charivari de genres littéraires, passant d’une sorte d’étude universitaire à une enquête policière, une dystopie, un récit journalistique, une analyse de l’exercice du pouvoir, une confession…

N’en jetez plus, la coupe est pleine. La narration m’a semblé erratique et je me suis perdue totalement dans ce récit qui semblait n’avoir ni queue, ni tête, me donnant l’impression étrange que je ne lisais plus le même roman, mais plusieurs. Quel bordel !

Finalement, Francis Rissin est comme les personnages de François Pignon ou François Perrin (personnages de fiction créés par Francis Veber), il est légion. Il est partout et nulle part. Il existe sans exister.

Désolée, mais ma préférence à moi (merci Julien Clerc) ira aux François Pignon et Perrin, qui ont au moins eu le mérite de me faire passer de bons moments, là où Rissin ne m’a fait aucun bien.

Je pense qu’avec un tel roman, ça passe ou ça casse. Pas besoin de vous faire un dessin, chez moi, ça a cassé, je ne me suis pas laissée embarquer par le récit, je n’ai pas vibré, me demandant plusieurs fois ce que je foutais dans ce roman qui, clairement, ne me parlait pas.

Ils en parlent mieux que moi : Gruz / Kittiwake / paroles / motspourmots

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°17] et Le pavé de l’été 2022 (Sur mes Brizées).

Département V – 09 – Sel : Jussi Adler-Olsen

Titre : Département V – 09 – Sel

Auteur : Jussi Adler-Olsen
Édition : Albin Michel (25/05/2022)
Édition Originale : Natrium Chlorid (2021)
Traduction : Caroline Berg

Résumé :
En replongeant dans une affaire non résolue datant des années 1980, Carl Mørk et l’équipe du Département V découvrent avec stupeur que depuis trente ans, un tueur particulièrement rusé choisit avec une régularité effrayante une victime et l’élimine en déguisant ce meurtre en accident ou en suicide.

À chaque fois, sur le lieu du crime, un petit tas de sel.

Sur fond de restrictions sanitaires dues au Covid-19, Mørk et ses acolytes se lancent dans une enquête dont ils n’imaginent pas l’ampleur.

Critique :
Il m’est arrivé de me plaindre que certains récits manquaient de piment… Ici, je ne pourrai pas dire que ça manquait de sel.

Jusqu’à présent, les enquêtes cold-case du Département V n’ont jamais manqué de piment, d’équilibre, de sel,…

Par contre, comparé à ses prédécesseurs tels que « Miséricorde » ; « Profanation » ; « Dossier 64 » ou « L’effet papillon », il manquait d’émotions.

Rassurez-vous, ce n’est pas un obstacle, mais j’apprécie lorsque l’auteur traite de sujets de société dans ses enquêtes.

Ceci étant dit, ce fut un véritable plaisir de retrouver ma fine équipe du Département V, aux prises avec… Oh non, pas la putain de pandémie Covid et son confinement pour les fêtes de fin d’année 2020 ! Je voulais y échapper, j’ai râlé de me retrouver plonger dedans, et pourtant, l’utilisation de cette merde était utile pour le déroulement de l’enquête, puisqu’elle l’a entravée.

Si dans le tome précédent, nous apprenions ce qui était arrivé à notre ami des chameaux, Assad, dans celui-ci, l’affaire du pistolet à clou revient sur le devant de la table et sans la résoudre (dans le dernier tome, le 10), l’auteur a épaissi le mystère.

Sherlock Holmes disait « Le crime est banal, la logique est rare ». Il aurait adoré ce mystère qui ne manquait pas de logique, de mystère et les crimes n’avaient rien de banal puisqu’ils étaient déguisés en accident. Putain, c’était presque des crimes parfaits.

Une fois de plus, en alternance avec les chapitres consacrés à notre fini équipe enquêtant sur des morts accidentelles qui ne le sont sans doute pas, il y a ceux consacrés à des personnages féminins un peu inquiétant : une équipe de femmes dont deux portraits nous serons narrés plus en détails.

Si le rythme est plus lent au départ, puisqu’il faut le temps de rassembler les faits, de les analyser, de les comprendre, une fois que le nom du coupable sera connu, le rythme va s’accélérer, l’équipe de Carl Mørk bossant contre la montre.

Lecture addictive, cette 9ème enquête du Département V reste dans les bonnes affaires, même si un cran en-dessous des autres. Juste un cran, le manque d’émotions a joué aussi, ce récit étant plus dans un policier classique, bien que les crimes n’aient rien de classique, leur auteur non plus.

Une excellente enquête, qui prend son temps, qui ne résout pas avec l’aide du Saint-Esprit, mais moyennant des réflexions, des recherches dans les archives, un petit coup de pouce d’une personne qui fera une réflexion qui les mettra sur la piste, ainsi que de la sueur, des coups de téléphone et bien des jurons et des proverbes sur les chameaux.

Vivement le dernier tome que nous ayons le dernier mot sur l’affaire du pistolet à clou et sur la valise dans le grenier. Suspense, suspense. En effet, je ne voudrais pas que le dernier tome soit bâclé et que ça foute en l’air toute cette excellente série dont la moitié des romans sont dans mes coups de coeur !

4 Sherlock tout de même, car si les émotions étaient absentes, l’enquête était excellente et bien trouvée.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°011] et Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Danemark).

Miss Endicott – Tome 2 : Jean-Christophe Derrien et Xavier Fourquemin

Titre : Miss Endicott – Tome 2

Scénariste : Jean-Christophe Derrien
Dessinateur : Xavier Fourquemin

Édition : Le Lombard – Signé (2007)

Résumé :
Prudence Endicott est officiellement une gouvernante tout ce qu’il y a de plus respectable. En réalité, elle est la Conciliatrice de Londres.

Sa mission : résoudre les problèmes des gens. Plus facile à dire qu’à faire, surtout quand il faut affronter le peuple des Oubliés qui règne sur les dessous de la ville…

Une ambiance très victorienne pour une histoire pleine de fantaisie, truffée de gnomes, de mutants des sous-sols et autres créatures qui mènent la vie dure aux habitants de la surface !

Critique :
La dernière case de Miss Endicott m’avait laissée la bouche ouverte et je ne voulais pas attendre trop longtemps avant de lire la suite et fin de ce diptyque.

La personne qui va aider Miss Endicott à endiguer le « Seigneur des Oubliés » le fera de manière assez violente, tirant d’abord, réfléchissant ensuite, tandis que notre Miss, elle, y va plus au feeeling, sans se presser, mais en sachant parfaitement ce qu’elle fait.

Ce nouveau personnage tirera même la couverture à elle, mettant Miss Prudence Endicott sur le côté, la pensant incapable de résoudre cette affaire épineuse. Ce n’est parce que notre Miss ne tire pas dans tous les sens qu’elle se fiche de l’affaire ou qu’elle ne sera pas capable de la prendre en charge.

Dans ce second album, vu l’action, il est difficile de s’ennuyer. On court sur les toits, on tire avec des gros flingues, Kevin a disparu, les portes des oubliés bientôt vont se fermer (♪)… Bref, ça bouge !

Les révélations seront importantes aussi et je suis tombée de haut, n’ayant pas vu venir l’identité de notre mystérieux Maître des Oubliés.

Comme tous les tyrans de la Terre, le Maître utilise les autres afin de s’arroger le pouvoir, se fichant pas mal ensuite du destin de ces pauvres gens qui vivent en bas, cachés à cause de leurs malformations, oubliés de tous.

Il leur a menti, leur a promis une vie heureuse, qu’ils auraient de meilleurs conditions de vie… En réalité, il les méprise, comme il méprise tout le monde. Comme certains politiciens méprisent aussi leurs électeurs…

L’album ne manque pas d’humour, tout comme le premier, même s’il y en a un peu moins.

Nous sommes au milieu des quartiers défavorisés de Londres, dans les bistrots rempli de types louches, sous terre, mais il ne faut pas oublier la bonne tenue british, of course. De la dignité.

Ce dernier album est un cran en-dessous du premier, je trouve. L’action prend trop le pas sur le reste, notamment avec notre va-t-en-guerre qui tire dans tous les sens, qui gueule, qui donne des ordres et qui dénigre Miss Endicott, lui répétant constamment qu’elle n’est pas capable.

Les mobiles du Méchant sont expliqués, mais je les ai trouvé un peu léger, même s’il n’est pas le premier à vouloir faire de sa ville, de son pays, un endroit pur, où le vice a été éradiqué, la violence aussi, oubliant que pour y arriver, il passe lui-même pas des actions des plus violentes.

Le final est assez nostalgique, triste…

Malgré mon petit bémol pour ce deuxième album, cela reste un diptyque que j’ai apprécié et que je suis contente d’avoir lu.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°004] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 76 pages).

Challenge Thrillers & Polars – Chez Sharon [Du 12 Juillet 2022 au 12 Juillet 2023]

C’est en 2012 que j’avais commencé la folie des challenges littéraires, notamment avec mes deux premiers : le challenge Thrillers et Polars qui avait lieu, à l’époque, chez Liliba et le Challenge Romans Cultes (chez Métaphore), qui m’avait permis de lire des classiques, ce qui m’avait été bénéfique.

10 ans, c’est plus qu’un bail. Liliba a arrêté son challenge et c’est Sharon qui a repris le flambeau. J’avais fais sa connaissance lorsqu’un blogueur (Samlor lui avait passé l’organisation d’un Challenge Polars Historiques. Depuis, on peut dire que cela fait longtemps que je lui pourris la vie avec mes centaines et mes centaines de participations.

Non, pas de liste de lecture, ma biblio risquerait de s’y retrouver, vu le nombre de polars que je possède et vu que la moindre enquête dans une bédé peut servir de prétexte à participer au challenge.

Pour la précédente édition, j’ai fourni 260 fiches critiques, ce qui a laissé 105 jours de lectures autre que du polar/thriller. Oui, c’est flagrant, cela reste ma littérature préférée et je dis merde à ceux ou celles qui pensent que les polars & thrillers ne sont pas de la vraie littérature, comme on disait avant des romans de Stephen King… Shocking !

Moi je ne dirai qu’une seule chose : LISEZ, NOM DE DIEU !!!

Des romans, des mangas, des comics, des bédés, des romans graphiques (qui ne sont jamais que des bédés auxquels on donne un habillement plus sélect pour les autres), des polars, des thrillers, des romans noirs, de la SF, de la fantasy, du fantastique, des classiques, de la littérature blanche, rose,… Bref, lisez !

Et surtout, participez au challenge Thrillers & Polars !!!

 

Le Scorpion – Tome 14 – La tombe d’un dieu : Stephen Desberg et Luigi Critone

Titre : Le Scorpion – Tome 14 – La tombe d’un dieu

Scénariste : Stephen Desberg
Dessinateur : Luigi Critone

Édition : Dargaud (27/05/2022)

Résumé :
Au Caire, le Scorpion a retrouvé Méjaï. Mais elle lui a interdit de se mêler de sa vie et de celle de leur enfant… qui semble avoir disparu. A bord d’une felouque descendant les eaux du Nil, le Scorpion compte bien découvrir la vérité, mais il a besoin d’argent.

Ainsi se remet-il au service de la Sabbatéenne, une femme plus dangereuse encore, capable de percer les mystères du passé. La Sabbatéenne s’est lancée sur les traces du plus mystérieux des pharaons, Akhenaton, l’inventeur du dieu unique.

Elle est persuadée qu’en trouvant sa tombe, elle pourra faire le lien avec son grand prêtre Tamose, le Moïse de la Bible, et l’exode vers la Palestine, aujourd’hui revendiquée par les juifs, les musulmans et les chrétiens d’Occident. Mais la quête tourne mal. Des hommes armés les attaquent.

Le trésor de la tombe d’Akhenaton attire toutes les convoitises, et particulièrement celles du puissant Al Kabir, le maître de Méjaï qui possède la clé de ses secrets.

Critique :
Depuis que Marini n’est plus là, le Scorpion n’est plus tout à fait le même… Il est sans doute plus facile de copier certains dessins que d’autres.

Les dessins de Luigi Critone sont presque à l’identique de ceux de Marini, beaucoup mieux que dans le précédent tome, où ils ne m’avaient pas conquis, mais il leur manque toujours un petit truc : l’âme que possédaient les anciens.

Malgré tout, adorant les aventures du Scorpion, je ne pouvais manquer ce nouveau rendez-vous, en terre Égyptienne. Un petit résumé de l’album précédent se trouve au début de celui-ci, ce qui est une bonne idée, car deux années se sont écoulées entre le tome 13 et le 14.

Il est une fois de plus question de religions, ce qui est des plus normal, à cette époque. Trois religions se côtoient et vivent en harmonie.

Il y a, bien entendu, des fanatiques qui ne veulent pas que l’on remette certaines choses en question et qui sont prêt à tout pour empêcher le Scorpion et la Sabbatéenne d’arriver à leur fin.

Derrière ces fanatiques, il y a surtout des hommes qui les manipulent, qui tirent les ficelles, qui n’ont pour objectif que d’étendre leur empire, leur pouvoir, ou tout simplement le garder. Pour eux, la religion n’est qu’un prétexte et tout le reste est politique. L’empire Ottoman vacille et certains voudraient en tirer parti, quand d’autres voudrait qu’il reste encore.

La recherche de la tombe du pharaon hérétique apportera un autre éclairage sur un épisode archi-connu de l’Ancien Testament.

Nous sommes loin des premiers albums qui m’avaient emportés, qui avaient été des coups de coeur, malgré tout, je suis contente de retrouver mon Scorpion et ses quêtes.

Pourtant, s’il avait été moins attaché à sa quête de la vérité et moins égoïste, Méjaï n’aurait pas perdu ce qu’elle a perdu…

Un bon album, correct, qui remonte d’un cran par rapport au précédent et qui laisse présager, je l’espère, que les suivants ne nous décevrons pas.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°258] Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 46 pages).

 

Dans les brumes de Capelans : Olivier Norek

Titre : Dans les brumes de Capelans

Auteur : Olivier Norek
Édition : Michel Lafon Thriller (07/04/2022)

Résumé :
Une île de l’Atlantique, battue par les vents, le brouillard et la neige…
Un flic qui a disparu depuis six ans et dont les nouvelles missions sont classées secret défense…
Sa résidence surveillée, forteresse imprenable protégée par des vitres pare-balles…
La jeune femme qu’il y garde enfermée…
Et le monstre qui les traque.

Dans les brumes de Capelans, la nouvelle aventure du capitaine Coste se fera à l’aveugle.

Critique :
Lorsque je lis un roman de Franck Thilliez, je sais d’office que je vais me faire avoir. C’est radical, garantit sur facture et malgré mon attention éveillée, je ne vois jamais venir le truc.

Avec un roman d’Olivier Norek, je reste méfiante durant ma lecture, plissant les yeux et prenant une moue intelligente, comme si je lisais attentivement un contrat d’assurance (ou de banque), me demandant où ils vont m’enfumer (pour rester polie).

L’arnaque de Norek, je l’ai sentie venir, sans en être tout à fait sûre, marchant sur des œufs, car je pouvais me tromper et me faire entuber ailleurs, pendant que l’auteur détournait mon attention avec des brumes épaisses. Comme les magiciens qui détournent votre attention afin que vous ne voyez pas le truc.

D’ailleurs, lorsque l’auteur a installé un refuge pour animaux, avec un plein étage de chats, mes sueurs froides ont commencées. Qu’est-ce qu’il allait bien pouvoir réserver comme sort aux félins ?

Ouf, aucun animal n’a eu à souffrir de la haine de cet auteur, véritable serial-kat-killer. Il a sans doute eu peur de mes menaces dans mes précédentes chroniques… Il n’a pas osé (mdr).

La construction du thriller est intéressante, dès le départ, la curiosité est titillée avec cette intro en trois prénoms. Intrigante au possible. Je ne savais  pas trop sur quel pied il allait faire danser le lectorat, surtout que c’était le roman où le commandant Victor Coste revenait. Tout pouvait foirer.

Pas de foirade, pas de naufrage, un suspense maintenu, sans pour autant cavaler dans tous les sens, comme des poulets sans têtes (oups, pardon, messieurs les policiers).

Alternant les chapitres avec plusieurs personnages, dont le capitaine Russo, le commandant Coste sur l’île de Saint-Pierre, le prédateur tueur enleveur de gamines, une de ses victimes et les personnages situés en France, il était impossible de s’ennuyer ou de trouver le temps long.

Le récit n’est pas survolté : il est maîtrisé ! La nuance est importante. Courir partout dans un thriller ne m’intéresse plus, j’ai pris de l’âge. Là, Coste (facile je sais) n’est plus celui que nous avons connu dans la trilogie 9-3. Il est brisé, blessé, mutique, ce n’est plus le commandant d’avant, même si, sous la carapace, il reste de sa personnalité telle que nous l’avons connue.

Le suspense est maintenu, distillé au goutte-à-goutte, jusqu’à ce que ça nous pète à la gueule et que l’on se dise « Oh non ! ». Ben si…

Les personnages sont travaillés, sans pour autant que l’auteur se soit appesantit dessus. Avec peu de mots, il arrive à nous en esquisser les grandes lignes et à nous les faire apprécier, surtout Mercredi et son grand-père.

Les dialogues sont percutants, les décors décrits avec minuties pour certains et lors de ma lecture, j’ai été transportée au bout du monde, sur l’île de Saint-Pierre, où les brouillards n’ont rien à envier aux terribles smog du Londres holmésien.

L’ambiance sera pesante, dans le final, lorsqu’il faudra affronter cette purée de pois qui vous masque votre main au bout de votre bras. Terrible ! Prévoyez une corde pour revenir à votre habitation.

Le commandant Coste fait donc un retour réussi, ailleurs que dans le fameux 9-3, aux antipodes de la France, perdu au milieu de l’océan, dans un job différent que celui de flic, sans pour autant avoir quitté la maison poulaga.

Le récit est maîtrisé, le suspense est bien réparti, les mystères, telles des brumes, se lèveront petit à petit, après vous avoir baladé dans le roman. Lorsque l’on croit que tout est plié, il en avait gardé sous la pédale. Génial.

Hélas, l’auteur n’a pas réussi à me piéger, cette fois-ci, les assureurs restant les maîtres de l’entubage (avec banques et politiciens).

Malgré tout, le scénario était bien pensé et cela ne m’a pas empêché de frissonner, de m’accrocher au roman, de ressentir le suspense, les affres des mystères, cherchant le chaînon manquant (que je n’avais pas trouvé) qui relierait tous les fils ensemble.

C’est diabolique, tout en étant différent du diabolisme de la trilogie du 9-3. Un excellent thriller pour célébrer le retour du commandant Coste et qui peut se lire, indépendamment des autres.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°256].

Les Thés meurtriers d’Oxford – 02 – Beau Thé Fatal : H.Y Hanna [Par Dame Ida, théïnomane invétérée]

Titre : Les Thés meurtriers d’Oxford – 02 – Beau Thé Fatal

Auteur : H.Y Hanna
Édition : City (11/05/2022)
Édition Originale : Oxford Tearoom Mysteries, book 2: Tea with Milk and Murder (2016)
Traduction : Diane Garo

Résumé Babelio :
Lors d’un cocktail à Oxford, Gemma Rose, propriétaire d’un salon de thé, entend une conversation inquiétante quelques minutes avant qu’une étudiante de l’université ne meure empoisonnée. Simple coïncidence ?

Et le nouveau conjoint de sa meilleure amie Cassie pourrait-il être impliqué ? Gemma décide de mener sa propre enquête, aidée par les vieilles commères de son village de l’Oxfordshire et par son ancien amour d’université, l’inspecteur Devlin O’Connor.

Mais sa mère fait du grabuge dans le charmant salon de thé anglais de Gemma, sa meilleure amie est furieuse de la voir fouiner… et ce mystère s’avère plus intriqué qu’un bretzel au chocolat !

Gemma réalise un peu tard qu’elle pourrait bien être la prochaine sur la liste du tueur. Sauf si sa petite chatte tigrée, Muesli, parvient à la sauver.

L’avis de Dame Ida :
Or donc, après le jeune inspecteur Morse et l’inspecteur Lewis (évoqué dans cet opus), à la télévision, c’est au tour de Gemma Rose, tenancière de salon de thé so british, de résoudre les crimes mystérieux qui semblent frapper Oxford et ses environs.

Sachant que les environs en question sont la jolie région des Costwolds, vous me direz qu’on risque même à un moment de voir Agatha Raisin débouler comme une tornade dans le salon de thé de Miss Gemma Rose pour réclamer un gin tonic et une part de lasagnes surgelées ou un curry entre deux clopes.

Mais non ! Vous qui entrez ici renoncez à tout espoir de cross-over puisque ça n’existe qu’à la télévision, et que Morse et Lewis ne se situent pas dans la même décennie que Gemma ou Agatha… Et parce qu’Agatha préfère les pubs au salon de thé ! De toute façon elle ne boit que du café.

Mais pourquoi je vous parle de la Raisin moi ? On trouvera bien un grain ou deux de raisin dans un scone que Gemma ou sa mère vous auront préparé et servi dans ce salon de thé.

Ah ben oui, parce que c’est sa mère qui œuvre en cuisine maintenant. Sans doute cela l’aidera à avoir un œil sur elle pour essayer de lui fourguer un mari puisque la trentaine approche tic-tac, tic-tac, et toussa toussa…

Anybref, sa copine et serveuse Cassie a trouvé un beau galeriste prêt à la couvrir d’attentions et à propulser sa carrière de peintre en devenir… Gemma ne devrait-elle pas se réjouir de voir sa copine casée et à la veille de se réaliser en tant qu’artiste ?

Humm… C’est bien mal connaître la mesquinerie féminine qui consiste chez certaines d’entre nous à très mal vivre que les copines se casent quand on est soi-même incapable de sauter le pas, malgré la présence de deux beaux spécimens de la gent masculine prêts à vous courtiser.

Mais… Gemma ne se rend même pas compte de ça… Jurant ses grands dieux qu’elle ne veut que le bonheur de sa copine etc… A d’autres… Si elle compte tromper ses lectrices, on ne me la fait pas à moi et je trouve ça… Nul ! Faut dire que jadis une copine m’a fait le coup et qu’elle a fini rayée de mon répertoire d’adresses (on n’avait pas encore de smartphones au précédent millénaire figurez-vous !).

Oui mais voilà… Ce séduisant galeriste en fait des tonnes et il aurait peut-être des trucs pas nets à cacherdans ses placards… En tout cas c’est ce qu’on pourrait penser quand une jeune créature sapée comme jamais et bijoutée comme Sa Majesté déboule bourrée au vernissage de Cassie en tapant un scandale, invectivant le maître des lieux avant de s’écrouler raide morte.

Et évidemment comme Gemma était là au moment des adieux définitifs de la jeune créature au music-hall au terme de sa grande scène du II, et qu’elle a aperçu des trucs étranges dans le jardin en prenant l’air ; et comme elle continue à jouer à « cache-cache » avec l’inspecteur nommé sur l’enquête qui n’est autre que son séduisant ex-petit ami, étrangement pété de thunes pour un flic, toujours célibataire ce qui ne gâche rien, la voici partie pour prendre une part active à cette enquête.

Comme quoi les Costwolds et la séculaire cité universitaire d’Oxford sont bien devenues une « no-go-zone » bourgeoise, où les morts violentes sont en pleine expansion sans que ça n’empêche l’immobilier d’y flamber…

Et comme quoi nul n’est obligé de faire l’école de police pour résoudre des crimes en Angleterre depuis qu’une certaine Miss Marple s’y est mise.

Alors ? Faut-il ou non continuer à suivre cette nouvelle série de cosy mysteries ?

Je vous avais dit que je réservais mon jugement à cet égard après la lecture du premier opus et attendais de voir comment les personnages allaient évoluer et l’auteure progresser dans sa manière de construire une intrigue.

Et surtout… échapperait-on au « je t’aime moi non plus » usant que nous infligent certains auteurs, afin de nous tenir en haleine avec la vie sentimentale de leurs héros, sans se rendre compte qu’au bout d’un moment, s’ils n’ont pas conclu, c’est qu’ils sont sévèrement névrosés, impuissants, frigides ou affecté d’un complexe d’œdipe chronique incurable ?

À moins qu’ils n’aient trop lu de romans à l’eau de rose (c’est possible mais franchement moins fréquent chez les mecs tout de même)?

Mais quoi qu’il en soit au bout d’un moment ces tergiversations nous emmerdent prodigieusement à terme et il serait grand temps de passer aux choses sérieuses (comme une bonne scène de partie de jambes en l’air décrite en détail).

Or donc qu’en est-il avec ce second tome ?

Eh bien, question intrigue on est clairement en progrès. Pas de liste réduite de suspects évidents dès le départ, tout le monde pourra voir ce qu’il dit réutilisé contre lui-même.

On liste des pistes, on les explore, on les ferme, on les rouvre… et même quand on croyait l’affaire dans le sac on se retrouve face à une impasse rendant obligatoire d’explorer d’autres possibilités.

Je regretterai néanmoins un léger abus du facteur chance et d’heureuses coïncidences dans cet opus. Si ça peut marcher dans la littérature jeunesse, je suis hélas considérée comme adulte depuis trop longtemps pour encore croire que le Père Noël puisse passer plusieurs fois par an.

Mais je ne serai pas trop sévère. On a une bonne brochette de personnages récurrents attachants bien que leur psychologie mérite d’être davantage creusée.

Par exemple, le gang des « vieilles chouettes » désigne un petit groupe sympathique de dames âgées expertes es ragots et donnant volontiers un coup de main au salon de thé se voit toujours désigné sous ce terme générique…

Certes, elles ont chacune un prénom (qu’on oublie vite), l’une d’elle est un peu ronde… Mais… pour le moment nous n’avons qu’une perception assez floue ou indistincte de ce groupe dont je ne suis plus très sûre de savoir s’il est composé de trois ou de quatre retraitées.

Quant au père de Gemma qui n’est que peu présent hors de son domicile, on pourra trouver étrange qu’il ne se soit pas déplacé en une occasion que nous tairons, pour ne pas spoiler, mais pour laquelle tout parent normalement constitué bouge un peu ses fesses quand même.

Le style est assez agréable et léger. La banalité de la vie quotidienne de l’héroïne vient se nouer à la trame de l’intrigue comme pour l’ancrer dans une certaine réalité.

Et le choix d’une rédaction à la première personne présentant le roman comme un récit vivant où la narratrice semble capable de prendre ses distances vis-à-vis d’elle-même avec humour et d’alléger la charge émotionnelle des aspects les plus lourds du roman, vient renforcer cette impression d’agréable légèreté.

Et puis… Il y a la recette finale. C’est une tradition avec cette série : l’auteur nous offre à la fin du roman, la recette d’une pâtisserie servie au salon de thé et évoquée dans l’histoire.

Pour le premier volume, nous avions eu droit à la recette des scones avec lequel la victime a été étouffée… Et là, ce sera la recette secrète du cheesecake qui relance les ventes du salon de thé et que la mère de Gemma tient de sa propre mère !

Pour les hésitations sentimentales de Gemma je crains hélas que nous ne soyons pas au bout de nos aventures… Toujours deux partis intéressants en perspective… Et qui se savent en rivalité par-dessus le marché.

Gemma semble craquer davantage pour l’un des deux, et cela semble réciproque mais l’autre n’a pas l’air de vouloir lâcher l’affaire.

C’est certainement moins lourdingue qu’avec Agatha Raisin, qui, en plus tombe amoureuse du premier pantalon venu… Mais les premières indications données, quant à l’intrigue du troisième volume annoncée à la fin du livre, me laisse encore un peu sceptique et prudente. Elle n’a pas l’air d’être pressée de choisir.

Pour le moment… ça peut passer. Après tout Gemma n’a que 29 ans (les aura-t-elle indéfiniment ?), et on peut après tout comprendre qu’elle puisse encore se faire quelques illusions ou avoir quelques pudeurs l’empêchant de foncer tête baissée dans une affaire avec un mâle.

Mais… il ne faudra pas qu’elle hésite trop longtemps si elle ne veut pas lasser ses lecteurs.

Après tout Lizzie Martin s’est décidée assez vite elle… Je vous l’accorde, il n’y avait pas non-plus beaucoup de concurrence, donc ça aide… Et puis elle était pressée de se caser en bonne victorienne obligée de convoler pour coucher et ne pas se retrouver à la rue.

Alors oui effectivement, quand t’as ta propre affaire et le choix entre deux beaux mecs pleins aux as… Le truc qui n’arrive jamais au pauvres mortelles que nous sommes… ça finit vite par devenir insupportable. Elle nous nargue cette tête à claque, épicétou !

En résumé, j’ai passé un agréable moment avec ce cosy mystery léger et sans trop de prétentions, qui nous offre des personnages récurrents attachants, et dont la construction des intrigues mérite encore d’évoluer vers un peu plus de maturité.

En espérant que le personnage principal finira par faire des choix sentimentaux lui permettant également d’évoluer plutôt que de stagner dans une hésitation redondante qui a terme pourra nous faire fuir, nous continuerons à apprécier le style vivant de l’écriture et surtout, la recette finale qui ravira les gourmandes.

Mais… peut-être vaudra-t-il mieux lire cette série à un rythme espacé pour éviter l’indigestion ?

Les Thés Meurtriers d’Oxford – 01 – Chou à la Crim’ : H.Y. Hanna [Par Dame Ida meurtrière notoire de scones]

Titre : Les Thés Meurtriers d’Oxford – 01 – Chou à la Crim’

Auteur : H.Y. Hanna
Édition : Oxford Tearoom Mysteries, book 1: A scone to die for (2016)
Édition Originale : City (2022)
Traduction : Diane Garo

Résumé :
Lorsqu’un touriste américain meurt, étouffé par un scone, dans son salon de thé anglais pittoresque, Gemma se retrouve plongée au cœur d’une mystérieuse affaire.

La jeune diplômée d’Oxford se met en tête de résoudre ce crime, aidée par les vieilles commères de son village et une petite chatte espiègle prénommée Muesli.

Mais entre sa mère autoritaire qui joue les entremetteuses et le retour de son ancien amour d’université, qui n’est autre que le séduisant inspecteur chargé de l’enquête, Gemma ne sait plus où donner de la tête…

Et les choses ne s’arrangent pas lorsque son salon de thé commence à avoir mauvaise presse ! Une affaire de meurtre n’est jamais bonne pour les affaires, surtout quand les clients se mettent à penser que vos scones sont mortels. Le nombre de victimes augmente, et le salon de thé de Gemma risque bien de faire faillite.

Parviendra-t-elle à trouver le tueur avant que les choses ne tournent sérieusement au vinaigre ? (Recette traditionnelle de scones anglais à la fin du roman !)

La vie (l’avis) de Dame Ida :
Vous savez que les scones et moi c’est une longue histoire. J’aime me comporter en ogresse quand ils sont dans une assiette, mais le véritable massacre a surtout lieux quand j’essaie d’en produire !

Et pourtant… J’en ai essayé des recettes !!! Une fois ou deux j’ai eu de beaux résultats mais… la plupart du temps je produisais des galets aussi durs que… des galets.

Or donc, j’ai trouvé dans ce livre une nouvelle recette qui m’a appris un truc : NE PAS TROP PETRIR… ah ben je comprends mieux alors l’assassinat en règle que constituait chacune de mes fournées !

Anybref… Si vous voulez la recette il vous faudra lire ce livre jusqu’au bout ! C’est comme avec PIF Gadget… Ma Tatie voulait bien me l’acheter mais je n’avais droit au gadget que quand j’avais tout lu ! Heureusement, pour le cadeau Bonux, je n’étais pas obligée de faire la lessive… J’étais trop petite !

Bon… Ce livre… Finira-t-elle par nous en parler ? C’est bien beau la vie de Dame Ida… Mais son avis sur le livre est quand même plus intéressant, non ?

Or donc, Miss Gemma Rose après avoir fait des études de lettres à Oxford, ce qui était très pratique puisqu’elle habitait un village environnant, a tenté de faire carrière en Australie.

Cependant malgré ses débuts très prometteurs dans le grand monde de l’entreprise, la voilà saisie d’un ras-le-bol monumental et reviens dans l’Oxford de sa jeunesse pour y ouvrir un salon de thé avec ses économies.

Un vrai salon de thé dans une vieille auberge d’époque Tudor rénovée, où avec l’aide de sa serveuse Cassie et de Fletcher son pâtissier adorable, talentueux mais aussi un peu « différent », elle se lance à l’assaut des estomacs les plus gourmands d’Oxford.

Purée ! Le rêve… Tenir un salon de thé… Y a pas à dire c’est une aventure qui me botterait plus que de devenir cadre sup-sup-sup dans une boîte panier de crabes ou il faut coucher et marcher sur les autres pour réussir !!!

Les gourmandes dans mon genre pourront rêver sur les quelques pages où il sera question de scones et autres spécialités du thé à l’anglaise ! Sans parler d’une petite brochette de petites vieilles qui cancanent ! Ce roman était fait pour moi…

D’autant qu’il y a des morts, et qui dit morts, dit meurtrier(s) à traquer.

Le coin est sympathique, son folklore universitaire aussi… le salon de thé me fait rêver… L’intrigue se lit agréablement sans être follement déboussolante, l’autrice nous présente des personnages à la psychologie suffisamment développée sans que ça ne soit non plus très complexe…

J’en garderai le souvenir d’une lecture agréable sans être pour autant transcendante.

Il y a en effet deux bémols qui m’ont hélas paru aller vers un peu trop de facilité à mon goût…

Déjà quand il n’y a que trois suspects, que le premier est tellement évident que ça n’en est plus crédible… Et bien il n’en reste plus que deux.

Et quand l’un d’entre eux mange la poussière à son tour, forcément… ça réduit les pistes. Alors oui… Le troisième suspect est-il vraiment coupable? Où n’y-a-t-il pas un autre suspect caché dans l’ombre qu’on fera sortir du placard, pour rebattre les cartes sur la base d’un poil de cul trouvé par hasard, au moment opportun pour relancer le Schmilblick ?

Mystère et boules de gnomes ! Mais… Je n’aime pas le coup du suspect surprise car l’auteure ne joue alors pas franc jeu avec les lecteurs qui pourraient vouloir essayer de trouver le coupable. Là… On ne vous laisse plus trop de chances.

Et puis… Le syndrome Agatha Raisin n’est plus très loin… Entre la mère de Gemma qui estime qu’ayant renoncé à faire carrière, sa fille doit abandonner son caprice de salon de thé (Ciel ! Ma fille ! Une boutiquière ! Quelle déchéance !!!) pour devenir bobonne heu… pardon, femme au foyer d’un type plein aux as, qu’elle va s’efforcer de trouver pour sa fille ; et Gemma elle-même qui laisse son imagination vagabonder lorsqu’elle croise son ancien béguin de la fac qui est opportunément devenu le flic qui enquête sur l’affaire… Évidemment ça n’augure rien d’excellent pour la suite.

Va-t-on les voir tous les deux se tourner autour, enquête après enquête sans conclure tandis qu’elle devra faire parallèlement des rencontres imposées par sa mère? J’ai prévu de lire le deuxième tome pour voir si mon intuition se confirme ou pas… Je vous dirai ! Promis ! Je crache si vous voulez !

Note de la Belette : on est priée de ne pas cracher sur/dans mon blog, merci ! mdr 

Donc en résumé, l’auteure réussit à nous distraire gentiment, et a trouvé un concept bien sympathique ainsi qu’un décor intéressant pour donner vie à ses personnages et ses intrigues, mais les uns et les autres méritent d’être davantage développés et complexifiés…

Et si elle pouvait éviter de s’enliser dans l’ornière du « Je t’aime moi non-plus » ou du « courre après moi que je t’attrape » des tergiversations amoureuses interminables qui finissent par user les nerfs des lectrices de cosy mysteries… ça serait bien.

Affaire à suivre…