Retourner dans l’obscure vallée : Santiago Gamboa

Titre : Retourner dans l’obscure vallée

Auteur : Santiago Gamboa
Édition : Métailié (24/08/2017)
Édition Originale : Volver al oscuro valle (2016)
Traducteur : François Gaudry

Résumé :
Ils étaient venus en Europe pour échapper au chaos et pouvoir vivre et penser, mais le monde a tourné, les crises et le terrorisme ont changé les gens et les perspectives.

Il y a Manuela qui fuit son enfance saccagée dans la poésie et les livres, Tertuliano, le fils du Pape, philosophe messianique, populiste et violent, créateur d’une théologie de l’harmonie des Maîtres Anciens, le prêtre Palacios à l’obscur passé paramilitaire qui aspire au pardon, le consul et Juana l’aventureuse qui se poursuivent, se désirent, liés par des sentiments indéfinis.

Parmi eux, l’ombre de Rimbaud, poète précoce et génial qui marche et se cherche dans des voyages sans répit. Ils se rencontrent, se racontent, décident d’une vengeance et d’un retour vers la Colombie où la paix s’est installée.

Vagabonds insatiables, blessés, épuisés, tous cherchent à retourner quelque part, les mondes qu’ils ont quittés ont disparu, tous savent que revenir est impossible, sauf peut-être dans la littérature.

Et pourquoi pas à Harar. Roman polyphonique vital et plein d’énergie, ce retour à l’intrigue haletante et magistralement construite nous fait voyager dans les êtres, les sociétés et au plus profond de nous-mêmes.

Critique :
Après ma déception littéraire de « Ayacucho », j’ai continué mon incursion dans les auteurs sud-américains car je ne suis pas rancunière et ce roman avait été stabiloté sur ma liste de ceux que je voulais découvrir.

Un peu d’appréhension tout de même, chat échaudé craignant l’eau froide.

Appréhensions vite balayées car j’ai pris du plaisir avec ce roman, même avec les passages parlant de Rimbaud, alors que je ne suis pas très poétesse.

L’auteur avait un art de présenter ses différents personnages que durant la moitié du roman, j’ai lu avec avidité leurs parcours respectifs, tous les 3 différents dont on pense que jamais ils ne se rencontreront.

Enfin, 4 parcours si on ajoute Rimbaud qui se trouve toujours en toile de fond et à ce sujet, j’ai appris pas mal de choses sur son parcours, sa vie, son oeuvre. On était à la limite de l’autobiographie et sur la fin, j’ai atteint ma limite avec Arthur.

Gamboa a ancré son roman dans la réalité de notre époque, celle des prises d’otage, des groupes islamistes, des égorgements pratiqués par ces tristes sires, celles des migrants, des crises politiques, des inégalités qui se creusent.

Le récit polyphonique (ou choral) nous offre une vision du Monde plus large, selon les points de vue des personnages et chacun ayant des choses à nous apprendre, nous raconter, le temps s’écoule à une vitesse folle et le rythme de lecture est élevé.

Faisant le grand écart entre l’Espagne et la Colombie, la moitié du récit est intéressant, intriguant puisque l’on aimerait savoir si ces trois personnages aux antipodes l’une de l’autre vont un jour voir leurs routes se croiser car entre le Consul, Manuela et Tertuliano, il n’y a quasi rien en commun, si ce n’est la Colombie.

♫ Ils voulaient revoir la Colombie ♪ cette terre de violence, de guérilleros, d’attentat, de meurtres, de cartels, d’assassinats, d’exécutions… Bref, pas le genre d’endroit pour aller au Club Med.

Comme je le disais, durant la première partie, l’ivresse littéraire était à son comble, mes yeux n’en pouvaient plus de découvrir la plume de l’auteur, les sujets abordés, les vies de ses personnages (surtout celle de Manuela, ma chouchoute) et puis, un peu après la moitié du récit, lorsque le Consul sort de l’hosto après son « accrochage », j’ai décroché lentement mais sûrement.

Ça a commencé par mon esprit qui se distrayait pour la moindre mouche qui passait, par le moineau sur la branche, par mon PC installé non loin et les conneries que le Net peut offrir quand ça ne « passe » plus…

Je me trouvais comme lorsque, étudiante,  j’en avais marre de réviser et que je n’arriverais plus à engloutir la matière.

Puis les symptômes se sont aggravés : plus moyen de rentrer dans le récit, impossible de suivre les péripéties de Rimbaud ou du Consul ainsi que des autres protagonistes, saut de paragraphes, saut de pages.

Juste une envie, arriver à la fin en évitant l’overdose ou l’indigestion afin de ne pas gâcher le plaisir que j’avais ressenti lors de cette première moitié du récit.

Malgré tout le talent de l’auteur, à un moment donné, c’était devenu trop long. Cent pages de moins et le roman décrochait la palme d’or, mais c’est 100 pages en trop qui le coule totalement.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le moi espagnol 2019 chez Sharon (Mai 2019).

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Le voleur de temps [Enquêtes de Leaphorn et Chee 02] : Tony Hillerman

Titre : Le voleur de temps [Enquêtes de Leaphorn et Chee 02]

Auteur : Tony Hillerman
Édition : Rivages Noir (1991/2016)
Édition Originale : A Thief of time (1988)
Traducteurs : Danièle et Pierre Bondil

Résumé :
Quand une anthropologue notoire arrive dans les montagnes sacrées du pays Anasazi, elle est d’abord furieuse de découvrir que le site funéraire pre-navajo a été pille ; plus elle est terrifiée par ce qui surgit de l’ombre.

Des semaines plus tard, le lieutenant Joe Leaphorn, en examinant un rapport selon lequel l’anthropologue a dérobe de precieux objets, découvre aussi qu’elle a disparu.

L’affaire prend un tour sinistre lorsque Jim Chee, a la recherche de matériel de fouilles disparu également, trouve autre chose de nettement plus macabre dans une fosse. Leaphorn et chee devront unir leurs forces pour exhumer le passe et résoudre une longue série de meurtres, plus étranges les uns que les autres.

Critique :
Je signalerai tout d’abord à l’aimable lectorat qui lit cette chronique que le voleur de temps n’a rien à voir avec votre collègue qui passe des heures à la machine à café ou à fumer dehors et qui, de par son comportement, vole du temps à son employeur et est payé à ne rien foutre pendant que les autres (et vous) triment !

Non, ici, le voleur de temps, c’est celui qui fouille illégalement des sites archéologiques et les pille.

Ma première incursion dans un roman de Tony Hillerman s’était soldée par une reddition pure et simple de ma part et un roman qui avait terminé sa course dans une caisse, avec ses petits frères, dans le but d’être oublié.

Si sainte-Sharon existe, je lui ferai brûler un cierge ! mais dans l’absolu, je pense que là je dois un mojito bien frais à ma copinaute Sharon pour m’avoir conseillé de revenir à cet auteur avec un autre titre, dont celui-ci dont elle me disait du bien.

Là, ce fut le plaisir absolu, le petit café noir que l’on déguste doucement mais avidement, les pages que l’on tourne lentement mais sans perdre de temps non plus et des personnages que j’aimerais découvrir de manière plus approfondie à présent.

La plume de l’auteur m’a enchanté, la manière dont il décrit les Navajos d’aujourd’hui aussi et cette enquête avec deux membres de la police tribale m’a fait un plaisir fou.

Ses deux personnages ont leurs propres fêlures, leurs tourments, leurs peines de cœur, mais tout cela reste réaliste étant donné que cela pend au nez de tout un chacun.

Joe Leaphorn voudrait prendre sa pension, il n’a plus le cœur à enquêter et Jim Chee est amoureux d’une navajo qui sort avec un autre, un Blanc et notre Jim ne sait pas comment lui avouer ses sentiments, les Navajos ayant plus d’accointances avec un Sherlock Holmes tant ils sont avares en expressions faciales et en démonstration de sentiments en tout genre.

Sans brûler les étapes, Hillerman nous permet de nous immerger lentement dans son récit, sans pour autant nous voler du temps de lecture en nous proposant de vaines pérégrinations inutiles.

Directement il nous met devant le fait accompli de cette rencontre non voulue dans le désert qui va plonger tout le monde dans le mystère avec la disparition de madame Trait-d’Union (ceux qui l’ont lu comprendront) dont le bureau du shérif a pris ça avec désinvolture, au départ.

Deux enquêteurs qui commenceront de manière séparée, avant que leurs différentes affaires ne commencent à sentir la même odeur et qui, ensuite, poursuivrons chacun de leur côté afin de résoudre cet imbroglio aussi éparpillé qu’une poterie Anasazi cassée et enterrée.

Je fus meilleure qu’eux pour une chose que j’avais compris 100 pages avant eux, mais je ne leur en veut pas, le mystère était épais et les indices aussi rare que les cheveux sur la tête de Yul Brynner.

Un polar ethnologique qui m’a réconcilié avec son auteur, deux enquêteurs de la police tribale qui tentent toujours de trouver leur place dans le monde des Blancs, à cheval qu’ils sont entre deux cultures, dont la leur menace de se faire submerger par celle de l’Américain qui n’est pas d’origine.

Une enquête dans une réserve indienne, une plongée dans un monde que nous connaissons peu, ou mal, le tout au milieu de trafiquants du dimanche de poterie ancienne, de disparition d’anthropologue, le tout sans GSM, sans grands moyens financiers mais avec son cerveau et sa connaissance du terrain.

Maintenant, yapuka lire le premier roman consacré à leur rencontre et le troisième et puis, si un jour j’ai le temps, découvrir les autres.

Et qu’est-ce qu’on dit ? On dit Merci Sharon 😉

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Southern Bastards – Tome 3 – Retour au bercail : Jason Aaron & Jason Latour

Titre : Southern Bastards – Tome 3 – Retour au bercail

Scénariste : Jason Aaron
Dessinateur : Jason Latour

Édition : Urban Comics Indies (28/10/2016)

Résumé :
Pourtant, les habitants s’apprêtent à accueillir sa traditionnelle fête des anciens élèves, et avec elle, la vingtième rencontre des Runnin’ Rebs contre l’équipe de Wetumpka.

Un match dont le coach se voit déjà vainqueur. Mais comment fera-t-il sans son mentor et bras droit, le coordinateur de la défense, Ol’ Big ?

Critique :
Si j’avais trouvé des circonstance atténuantes au coach Euless Boss dans le tome 2, là, on voit encore plus son côté sombre et on commence à avoir la sueur froide qui coule entre les omoplates.

Coach Big aussi… Souvenez-vous, l’aveugle Noir du tome 2 qui aidait le jeune Boss à acquérir les tactiques et le talent pour être un bon linebacker afin d’intégrer l’équipe des Runnin’ Rebs.

Pour le coach Boss, le foot est tout ce qui compte et tous les moyens sont bons pour arriver au but, quitte à déclarer un suicide comme un meurtre et à accuser un joueur de Wetumpka, l’équipe adverse.

Vous imaginez les conséquences d’une telle accusation lorsqu’elle arrive dans les cerveaux embrumés de nos rednecks amateur de l’équipe des Runnin’ Rebs ? Wetumpka, c’est un peu les frères ennemis et on a pris plaisir ces dernières années à les écraser au ballon ovale.

Les auteurs étant Sudistes eux-mêmes, ils savent de quoi ils parlent, ils connaissent les habitants du Sud profond et s’ils les égratignent, les bousculent et ne les mettent pas sous leurs meilleurs jours, ce n’est pas pour être insultant, juste pour décrire une situation réelle et l’analyser.

L’un des deux expliquera même, en introduction de l’album, pourquoi la couverture d’un des épisodes avait un chien déchirant le drapeau confédéré.

Beaucoup de mystères dans cet album qui fait la part belle à la violence, qu’elle soit verbale, en action ou par omission (comme on dit) car laisser les crimes impunis est aussi grave que de les commettre et par leur silence, les habitants de Craw County et son shérif sont aussi coupable que Coach Boss.

Les auteurs développent un peu plus certains personnages secondaires et en introduisent de nouveau, si bien qu’on ne sait pas toujours quel fil rouge leur récit va suivre : le crime d’Earl Tubb commit dans le premier tome ou les magouilles de Boss ainsi que le portrait des différents habitants de cette petite ville d’Alabama.

Malgré les portraits sombres de quelques uns de ses représentants, les auteurs n’hésitent jamais à leur donner un soupçon de circonstances atténuantes ou de montrer leur fragilité, compensée par le roulement des mécaniques, les humiliations qu’ils font subir à d’autres et de l’utilisation de la violence à tour de bras.

Boss est devenu tel qu’il est suite à son enfance, de la violence de son père et à cause du système qui faisait qu’un jeune garçon tel que lui n’aurait jamais accès à rien, quoiqu’il fasse, même en travaillant dur pour acquérir sa place dans l’équipe.

On est dans un système basé sur la force, pas sur l’intelligence et les faibles n’ont pas leur place ici, les soumis non plus, leur seule position acceptable étant la posture de soumission et le shérif l’illustre bien, cette posture du chien soumis.

Coach Boss avait la force, il est le maître de la ville, mais le cerveau, c’était Coach Big, le Noir aveugle et il n’est plus là pour le conseiller. Boss a toujours la force, mais sans l’intelligence tactique de l’autre, il risque de tout perdre.

L’introduction d’un nouveau personnage, celui de la couverture, laisse augurer que nous allons nous diriger vers des portraits de différents habitants de Craw County et du Sud profond, celui qui regarde toujours les gens de couleurs de travers et comme notre nouvelle arrivante est Black…

On n’a pas fini d’explorer la face sombre de l’Humain sudiste, avec cette série. C’est sombre, glauque, dérangeant, les dessins sont toujours survoltés, les traits grossier pour certains, mais la toile d’araignée est tellement ramifiée qu’il y a encore possibilité de passer de belles heures avec cette saga.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

Southern bastards – Tome 2 – Sang et sueur : Jason Latour & Jason Aaron

Titre : Southern bastards – Tome 2 – Sang et sueur

Scénariste : Jason Aaron
Dessinateur : Jason Latour

Édition : Urban Comics (26/06/2015)

Résumé :
La petite bourgade de Craw County a bâti sa réputation sur la qualité de sa cuisine locale, la bonhomie de ses habitants, son calme relatif et la légende d’une ascension vers le sommet : celle du coach Boss.

Dans une région où seule la fine fleur des pires crapules parvient à se faire sa place au soleil, jusqu’où faut-il aller pour devenir le plus grand, le plus respecté, le plus puissant ?

Seul le coach Boss le sait…

Critique :
Dans ce tome-ci, on revient sur la mort de Earl Tubb, fils de l’ancien shérif, celui qui n’était venu que pour vider la maison de son vieil oncle et dont le crâne a rencontré un morceau de bois qui le lui a fendu (le crâne).

Pas besoin de chercher le coupable, on le connaît, toute la ville sait qui l’a fait et le lecteur aussi : le coach Boss.

D’ailleurs, l’arme du crime, cette batte de base-ball dont s’est servi le coach Boss pour tuer Earl est encore sur la table de cuisine.

Et personne ne mouftera, personne ne l’ouvrira, tout le monde fermera sa gueule car le coach est tout puissant.

— Je veux que tout le putain de comté se souvienne de ce que j’ai fait et de comment ils sont restés là à regarder sans lever le putain de petit doigt.

Nous replongeons une fois de plus dans le Sud Profond, celui qui est raciste, qui est un inculte, alcoolo et qui ne vit que pour le football américain, celui dont je n’ai jamais compris les règles non plus.

Dans cette petite ville, tout le monde ne vit que pour l’équipe et si elle gagne, alors, son coach deviendra le roi. Ce qu’il est devenu, faisant de lui le type le plus puissant de la ville.

Retournement de situation avec le coach Euless Boss, dont je pensais qu’il serait le grand méchant, vu son comportement dans l’album précédent, et bien non !

Purée, ce mec en a bavé dans sa vie : il a grandi auprès d’un père alcoolique, voleur, cambrioleur, bon à rien, magouilleur, frappeur de fils, baiseur et j’en oublie sans doute sur son C.V. plus long qu’un casier judiciaire.

Euless, lui ne vit que pour accéder à l’équipe de football au poste de linebacker mais il se mange plus souvent des baffes, des poings et des refus qu’autre chose. Ses origines ne plaident pas en sa faveur et comme il est le fils de son père, on ne lui fait aucun cadeau, comme ça, c’est lui qui paie pour les conneries de son daron.

Pourtant, il en veut, Euless (Euless pas tomber) et sans l’aide d’un vieil aveugle Noir, il serait toujours en train de bouffer de la terre. Oui, on peut ne rien voir et en savoir des choses.

Et ça marche car on s’attache à Boss, alors que son personnage a tout du grand détestable, mais en brossant son portrait, sa jeunesse, tout ce qu’il en a bavé pour accéder à un poste de linebacker au sein de l’équipe et comment on l’a remercié ensuite, on comprend un peu mieux ce qu’il est devenu.

— C’est le football, monsieur… Ça vaut le sang versé.

Véritable immersion dans tout ce que le Sud américain compte de profond, ce comics a tout pour faire un parfait roman noir avec un contexte social dépeint en arrière-plan et tout ce que cette société à comme valeurs, dont le foot et le racisme.

L’atmosphère est crue, noire, violente et les portraits des personnages sont brossés sans concession aucune, brute de décoffrage, le tout dans un climat plus tendu que le string d’une pom-pom girl qui aurait mangé trop de tarte.

Je n’aime pas trop les dessins, mais les tons rouges illustrent bien toute la violence, la haine, la rage et le sang contenu dans ces pages.

Une série que je suis contente d’avoir découverte. Le premier album claquait déjà comme la culasse d’une carabine à canon scié, mais ce tome-ci t’envoie la chevrotine dans les tripes.

Oserais-je ouvrir le suivant ??

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le Mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

Southern Bastards – Tome 1 – Ici repose un homme : Jason Aaron & Jason Latour

Titre : Southern Bastards – Tome 1 – Ici repose un homme

Scénariste : Jason Aaron
Dessinateur : Jason Latour

Édition : Urban Comics Editions (20/03/2015)

Résumé :
De retour à Craw County, Earl Tubb n’a qu’une chose en tête: vider la maison du vieil oncle Buhl et repartir au plus vite de cette petite ville d’Alabama qu’il a quittée voilà 40 ans.

Il suffira d’une altercation avec quelques locaux au diner du coin pour transformer ce séjour en descente aux enfers.

Un enfer taillé sur mesure par Euless Boss, coach de l’équipe de football local et ennemi juré de feu le shérif Tubb, paternel d’Earl.

Critique :
♫ Il suffira d’un signe, un matin♫ Un matin tout tranquille, et serein ♪ Quelque chose d’infime, c’est certain ♪

Earl Tubb aurait mieux fait d’écouter les paroles de la chanson de Jean-Jacques Goldman car lui qui revenait après 40 ans à Craw County – bled paumé dans le trou du cul de l’Alabama – juste pour trois jours, le temps de vider la maison de son vieil oncle, a reçu plus qu’un signe et ça s’est mal terminé pour lui.

Mais pourquoi tu n’as pas fermé ta gueule, Earl ?? Pourquoi a-t-il fallu que tu te mêles des histoires de la mafia locale ?

T’aurais mieux fait de laisser pisser le mérinos au lieu d’aller à l’encontre de Euless « Coach » Boss, l’entraîneur de l’équipe locale de football, véritable Dieu vivant dans ce trou paumé, maître de la ville et excellent manieur de batte. Tout comme l’était ton père, d’ailleurs, l’ancien shérif, décédé.

Après l’histoire bien connue de « Paf le chien », voici celle de  « Paf Earl »…

Là, on va vraiment penser que j’aime foutre mes mains dans les histoires poisseuses du Sud profond ! Et ce n’est pas faux !

Autant je déteste les péquenots, les ploucs, les rednecks, les Hillbilly, dans la vie courante, autant je les cherche dans mes lectures et cette saga m’a tout l’air d’être prometteuse niveau ambiance glauque, poisseuse, noire, sombre, crasse, de celle qui vous colle aux basques, comme du sang chaud sur une scène de crime.

Si le pitch de départ peut sembler connu (un homme qui s’en revient dans son bled après 40 ans d’exil), c’est le travail fait autour des personnages qui vaut le coup car ils ont du relief, sont détaillés, complexes, et on ne sait pas trop à qui l’on peut se fier.

Ici, ce n’est pas le pays des Bisounours et si vous ne voulez pas des atmosphères délétères (ça rime), toxiques, dangereuses, brutales, lugubre, sanguines,… vaudrait mieux ne pas venir foutre vos jolis petons dans ces pages où la violence latente menace d’exploser à chaque page (et pour exploser, elle va exploser).

Au fil du récit, on comprendra aussi pourquoi Earl est foutu le camp de ce bled paumé. Pas de chance, la mentalité n’a pas changée, elle pourrait même être devenue pire.

Certains pourraient aussi ne pas aimer les dessins, moi-même j’ai eu un peu de mal avec, au départ, mais ces traits tout en angle ont tout des coups de canifs plantés dans le bide du lecteur, quand aux couleurs, sombres, elles éclairent pourtant bien le récit, aidé dans cela par des petites vignettes qui laissent le champ libre au déchaînement de violence.

Ici, on ne dirait pas le sud, mais c’est le Sud ! Profond et peuplé de personnages avec lesquels on n’a vraiment pas envie d’aller boire un verre, ni de fréquenter en tant que voisins.

N’appelez pas la police, car cette dernière ne fera rien pour vous… R.I.P

La série Scalped était du lourd, j’ai été triste de la quitter, mais il me semble que Southern Bastards aura tout pour me plaire niveau roman noir afin de faire mon deuil de la série précédente.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

Heimaey : Ian Manook

Titre : Heimaey

Auteur : Ian Manook
Édition : Albin Michel

Résumé :
Quand Jacques Soulniz embarque sa fille Rebecca à la découverte de l’Islande, c’est pour renouer avec elle, pas avec son passé de routard.

Mais dès leur arrivée à l’aéroport de Keflavik, la trop belle mécanique des retrouvailles s’enraye.

Mots anonymes sur le pare-brise de leur voiture, étrange présence d’un homme dans leur sillage, et ce vieux coupé SAAB qui les file à travers déserts de cendre et champs de lave… jusqu’à la disparition de Rebecca.

Il devient dès lors impossible pour Soulniz de ne pas plonger dans ses souvenirs, lorsque, en juin 1973, il débarquait avec une bande de copains sur l’île d’Heimaey, terre de feu au milieu de l’océan.

Critique :
Ayant découvert la Mongolie avec l’agence de voyage Manook, je me réjouissais de rependre mon paquetage et de repartir avec lui sur les pistes mongoles.

Pas de bol, il a arrêté cette destination et cette année, puisqu’il nous proposait l’Islande, j’ai mis mon passeport à jour et j’ai embarqué pour le pays des trolls, des elfes, des fées, des légendes et des petits chevaux à l’allure si confortable du tölt.

Après avoir lu Yeruldelgger, je n’avais qu’une seule envie, partir en Mongolie et voilà qu’une fois de plus, je rêve de visiter l’Islande, cette terre perdue que j’avais déjà explorée avec ce bon vieux Erlendur, le policier bougon d’Arnaldur.

Niveau dépaysement policier, j’ai été servie puisque Kornélius, notre policier, a plus du Yeruldelgger que du Erlendur ! Baraqué comme une montagne, costaud comme un Troll, se fichant de la hiérarchie, menant son enquête comme il l’entend et, tout comme son homologue mongolien, il s’envoie en l’air avec la médecin légiste !

Mais dans ce pays, tout le monde se balade à poil, baise avec tout le monde, à deux ou plus, sans que cela pose le moindre problème à personne… Ils sont libérés ! Et le premier qui chante ♫ libérée, délivrée ♪ je l’assassine !

Sinon, la comparaison s’arrête là car la trilogie mongole n’a rien à avoir avec ce polar islandais.

Visiter un pays, avec l’agence Manook, c’est, entre autre, bouffer des sites majestueux, mais aussi explorer la face plus sombre du pays, son côté moins carte postale, le tout accompagné de personnages hauts en couleur que l’on a du mal à laisser sur place pour réintégrer la réalité.

Si les voyages forment la jeunesse, alors, l’agence Manook me propose une sacrée cure de rajeunissement à chaque roman, tout en m’instruisant pendant que l’on enquête sur les morts qui parsèment chacune de mes excursions.

On pourrait penser que le voyage proposé par notre Tour-Operateur est tout organisé et que nous n’aurons aucune surprise durant notre périple. Que nenni !

Suivez bien les coordonnées GPS et vous tomberez ensuite sur de multiples petits fils rouges qui au final, n’en formeront qu’un seul, vous donnant un panorama où tout n’est pas noir ou blanc, mais irisé de multiples couleurs et où tout le monde a quelque chose à se reprocher.

Ne plus aller en Mongolie m’avait profondément attristée, mais je suis prête à signer pour repartir en Islande, que ce soit en voiture, en hélico, en drone, à pied, à vélo ou à cheval. Ma valise est prête, m’sieur Manook !

Un polar qui part dans une direction inattendue et un voyage père-fille qui ne se déroulera pas tout à fait comme le père l’avait pensé, lui qui voudrait ressouder les liens avec sa fille et qui va se retrouver à cavaler sans plus savoir à quel saint (sein ?) se vouer.

Normal que tout ne se passe pas comme prévu, nous sommes sur des terres de légende, dans un pays exceptionnel où la Nature et les Hommes sont imprévisibles (et les banquiers véreux).

Anybref, excellent moment de lecture avec ce polar islandais, mélange de road-movie et de thriller, mêlant habillement le périple de deux français en Terres Islandaises avec ses légendes, ses paysages époustouflant, ses habitants bien campés, ses policiers non armés, son passé et ses cadavres en tout genre.

Je ne peux que vous recommander de vous envoler pour l’Islande en compagnie de Manook Ian Air. Veuillez éteindre vos cigarettes et attachez vos ceintures !

Ah non, on ne dit plus ça… Veuillez éteindre vos portables !

♫ Nous étions jeunes et larges d’épaules
Bandits joyeux, insolents et drôles
On attendait que la mort nous frôle
On the road again
On the road again. ♪ (Lavilliers)

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Malefico [Saga Marcus et Sandra 2] : Donato Carrisi [LC avec Bianca]

Titre : Malefico [Saga Marcus et Sandra 2]

Auteur : Donato Carrisi
Édition : Le Livre de Poche Thriller (31/08/2016) – Calmann-Lévy (16/09/2015)
Édition Originale : Il cacciatore del buio (2015)
Traducteur : Anaïs Bouteille-Bokobza

Résumé :
Marcus est un pénitencier. Un prêtre capable de déceler le mal enfoui en nous. Mais il ne peut pas toujours lui faire barrage.

Sandra est enquêtrice pour la police. Elle photographie les scènes de crime. Et ferme parfois les yeux.

Face à la psychose qui s’empare de Rome, ils vont unir leurs talents pour traquer un monstre. Ses victimes : des couples. Une balle dans la nuque pour lui. Une longue séance de torture pour elle.

Quel est l’être maléfique qui ne tue que des jeunes amoureux ?

Critique :
Malefico et Diabolo sont dans un bois où deux amoureux se bécotent sur les sièges de le voiture avant de passer à la vitesse supérieure.

Diabolo s’en va, qui reste-t-il ? Melefico ! Et dites adieu au gentil couple d’amoureux qui voulait s’envoyer en l’air dans un petit coin tranquille. Z’avaient qu’a aller dans un hôtel, na !

Un polar avec des relents ésotériques, cela faisait longtemps…

Avant d’aller plus loin, on va mettre de côté le Da Vinci Code et son auteur car ici, nous allons voler (prier ?) bien plus haut que ça, avoir plus de profondeur et de réalisme dans les personnages et éviter de coller une filiation à Pierre, Paul, Jacques, Jésus… Ésotérique certes, mais du haut de gamme.

Tout en respectant les codes du thriller  afin de rendre ses lecteurs addict, l’auteur arrive tout de même à proposer autre chose que l’habituelle soupe, nous servant des personnages marquants, une intrigue qui tient la route, qui sent le souffre tout en restant dans notre monde à nous et en nous balançant quelques changements de plats qui ont ravi mes papilles littéraires.

Attention, c’est sombre ! Violent, aussi… Et on se pose des tas de questions sur la finalité de ces meurtres, sur leur mobile, sur l’assassin, sur son modus operandi (il est horrible), sur les complicités, et ce ne sera que petit à petit que l’auteur dévoilera son jeu, tout en se réservant quelques gros atouts dans sa manche.

Le final m’a fait poser le livre sur la table afin de mieux le digérer, afin de pouvoir y réfléchir, pour l’assimiler, l’avaler…. Parce que oui, c’est fort de café tout en restant dans une réalité banale mais horrible.

Comme quoi, on peut encore écrire des thriller sur le Mal, le Bien, le Vatican, l’Église et les tueurs en série tout en se renouvelant, tout en proposant une intrigue convaincante, basée sur certains faits réels, des lieux existants dans la Ville Éternelle, avec des meurtres un peu gore mais sans voyeurisme, avec des complicité mais sans complot international et proposer un récit addictif sans pour autant sortir les effets spéciaux et la pyrotechnie.

Allumer le feu (oui), pour faire danser les diables et les dieux (en effet), mais en restant dans le réel et sans entrer dans la science-fiction de bas étage comme il aurait été facile de faire.

Mais Carrisi n’a pas fait dans la facilité et, une fois de plus, il me subjugue, me conquiert, me séduit et prend place dans mon panthéon des auteurs que j’apprécie.

Quoique, vu ses écrits, il devrait entrer dans mon pandémonium !

Et ce n’est pas Bianca qui va me contredire !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Métro 2033 : Dmitry Glukhovsky [Critique – Défi CannibElphique]

Titre : Métro 2033

Auteur : Dmitry Glukhovsky
Édition : Livre de Poche (11/01/2017)

Résumé :
2014. Une guerre nucléaire a ravagé la Terre. 2033. Quelques dizaines de milliers de Moscovites survivent tant bien que mal dans le métro. Ils sont organisés en microsociétés qui habitent une ou plusieurs stations de métro, se dotent de diverses formes de gouvernement et de croyances.

Les tunnels sont laissés aux parias, aux rats et à tout ce qui rode dans les ténèbres.

Artème est l’un de ces survivants. Une menace plane de l’extérieur, sa portée est connue par quelques-uns, Artème est chargé de transmettre cette information et doit atteindre Polis – une communauté de stations qui préservent les derniers vestiges de la civilisation humaine. Il est le dernier espoir de survie de l’humanité.

Commence alors une quête homérique, une odyssée dans le métro moscovite, où il va croiser tour à tour trafiquants, mystiques, néo-nazis et leur quatrième Reich, la première brigade « interstationnale », des religieux, des sectaires.

Il baignera dans les légendes urbaines du métropolitain.

Critique (Stelphique ICI) :
Toi qui ouvre ce livre, n’oublies pas de prendre avec toi un AK 47, des chargeurs avec des balles à profusion car dans ce monde souterrain, ce sera ta survie, mais aussi ta monnaie d’échange car les billets ne servent plus à rien, ou alors, à se torcher le cul.

Ça, c’est ce qu’il te faut si tu décides de te balader dans les tunnels du métro moscovite… On ne sait jamais qui on peut croiser dans les coursives.

Si tu désires aller prendre l’air dehors, pauvre fou, n’oublies pas d’enfiler une combinaison étanche et de te munir d’un masque à gaz ! Et d’un bazooka !

Tant que j’y suis, je te donne un conseil d’initié : si un mec commence à faire dans son froc en bégayant qu’il y a des Noirs dans le tunnel, tire à vue ! Non, ce n’est pas un acte raciste mais de survie car ces espèces de trucs n’ont rien d’humains.

Tant que vous y êtes, tirez aussi à vue sur les chiens et surtout sur les bibliothécaires ! Ces derniers sont des abominations et rien à voir avec vos livres rentrés en retard. Devant eux, un seul mot d’ordre « Fuyez, pauvres fous, mais en silence »… Ben oui, il est déconseillé d’être bruyant dans les biblios et paraît que le bruit attire ces sales trucs.

Ah, au fait, pas besoin d’abonnement du métro, votre passeport suffira et prévoyez assez bien de munitions, c’est le plus important.

Le post-apocalyptique n’est pas mon genre de prédilection, mais de temps en temps, j’aime sortir de ma zone de confort et m’encanailler ailleurs que dans des polars. Surtout quand l’idée vient de ma binôme de lecture.

Niveau angoisses, j’ai été plus que servie et je ne regarderai plus les stations de métro du même œil, dorénavant.

Après une guerre nucléaire qui a ravagé toute la terre (toute ?), les survivants se terrent dans le métro de Moscou, reproduisant à petite échelle les différentes sociétés telles qu’on les connait à grande échelle : entre les stations gouvernées par des nazis, des communistes, des Rouges, des mystiques, des tarés, des mafiosis, des commerçants, faites votre choix.

Le personnage principal, Artyom, est un jeune homme qui n’est jamais sorti de sa station et qui se voit confier une quête qui va lui faire traverser une partie du métro.

En se mettant en route, notre jeune homme, qui n’a rien d’un héros, ne sait pas qu’il va vivre sa plus fabuleuse aventure de toute sa life. Accroche tes mains à sa taille, pour pas que la chenille déraille… Et n’oublies pas de tirer à vue (et de bien viser) si jamais tu croises un truc pas net !

L’écriture est facile à suivre, agréable, elle vous entraîne dans les méandres du métro Moscovite, qui a tout d’un enfer, et heureusement qu’il y a un plan en première page, sinon, je m’y serais perdue, vu les nom des stations assez compliqué.

Là où j’ai tiqué, c’est que notre Artyom aurait pu mourir 20 fois et qu’à chaque fois, il a été tiré d’affaire pas la Providence qui a mis la bonne personne sur son chemin afin de le sauver… Bon, une fois, ça passe, deux fois, ça fait lourd, mais trois fois, faut arrêter car ça devient répétitif et moins plausible.

Autre chose que j’ai trouvée dommage, c’est que durant sa quête, les compagnons de marche d’Artyom ne fassent que de passer… Je ne dis pas qu’il fallait nous faire une fraternité de la quête de l’anneau, mais bon, j’aurais aimé voyager plus longtemps avec certains, dont Khan, et ne pas me contenter de les voir durant quelques chapitres avant qu’ils ne disparaissent en faisant pchiiitttt.

Tant que je suis dans l’énumération des petites choses qui dérangent, je me demande aussi où sont passées les femmes ?? Putain, on en croise pas des masses dans les couloirs, à croire qu’il ne reste plus que des mâles. La Nature a inversé les choses, ou alors c’est à cause de l’apocalypse, car après lecture, j’ai l’impression qu’on a 90% de bistouquettes pour 10% de nibards.

Malgré ces petits points noirs, le reste est passé comme une rame de métro sur des rails bien huilés : le voyage était intéressant, rempli de rencontres bizarres ou intéressantes, avec une bonne louche de mysticisme et d’ésotérisme, mâtiné de religions toutes plus folles les unes que les autres.

Avec quelques réflexions profondes et pas dénuées d’intérêts pour qui voudrait y réfléchir plus fort après sa lecture.

Je me suis attachée à Artyom, j’ai aimé son côté un peu adolescent, paumé, couard, pas très sûr de lui, et qui, malgré ses peurs, continue d’avancer en se tapant des kilomètres et des kilomètres de tunnels sombres de métros, avec tout les dangers qui s’y cachent, tapis dans l’ombre.

Si le début est un peu lent, s’il y a quelques passages un peu moins intéressants, je peux vous dire que les 200 dernières pages se lisent à la vitesse du TGV roulant sur des pelures de bananes ! Cours, Artyom, cours !! Mon cœur a palpité.

Alors oui, ce n’est pas de la toute grande littérature, ce n’est pas du post-apocalypse avec un message à la clé (le message est juste un peu plus long que 3 tweet de Donald), on a des moments de réflexions profondes, mais l’action ou la marche à pied sont plus présentes dans le récit que la philosophie. De plus, la succession des régimes politiques dans les stations pourraient devenir indigeste pour certains…

S’il y a du réalisme dans ce roman, il y a aussi une dose de fantastique ou de SF, à vous de voir dans quelle catégorie vous classerez le bestiaire des animaux qui ont mutés suite aux radiations nucléaires.

Un roman post-apocalypse qui n’a rien de la lecture de l’année, pourtant, j’ai apprécié la lecture, j’ai ressenti de l’effroi dans les tunnels sombres et habités par on ne sait pas trop quoi, j’ai eu de l’empathie pour ce brave Artyom, j’ai tremblé pour lui, j’ai armé ma Kalachnikov en même temps que lui et je compte bien redescendre sous terre pour les deux tomes suivants !!

Le Challenge « Pavé de l’été 2017 » chez Sur Mes Brizées (864 pages en version poche).

Pourquoi je l’ai choisi (par Stelphique) :
J’étais très curieuse de partir à la découverte d’un nouveau territoire… J’ai reçu les appels de phares, et je n’ai pu résister à l’attraction du post-apocalyptique de ce métro russe… Je suis très contente d’avoir convaincue ma binômette de se lancer dans ces tunnels, parce que seule, j’avais un peu la frousse….

Synopsis :
2033. Une guerre a décimé la planète. La surface, inha­bitable, est désormais livrée à des monstruosités mutantes. Moscou est une ville abandonnée. Les survivants se sont réfu­giés dans les profondeurs du métro­politain, où ils ont tant bien que mal orga­nisé des micro­sociétés de la pénurie.

Dans ce monde réduit à des stations en déli­quescence reliées par des tunnels où rôdent les dan­gers les plus insolites, le jeune Artyom entre­prend une mission qui pour­rait le conduire à sauver les derniers hommes d une menace obscure… mais aussi à se découvrir lui-même à travers les rencontres improbables qui l’attendent.

Les personnages :
C’est bien la première fois, que je me lie autant à un lieu, et pas forcément, aux personnages. Finalement, la force de ce roman, c’est que c’est le Métro lui même qui devient le personnage principal, et non pas les êtres qui crapahutent en ces tunnels…

On a du mal à s’attacher à ses personnages sans élan héroïque, ils leur manquent un pointe de luminosité, même si je pense que c’est intentionnel, pour faire mieux briller ce lieu de ténèbres… C’est très original !

« L’important c’est de reste le même au fond de son cœur, ne pas renoncer, ne pas s’avilir… »

Ce que j’ai ressenti :… Une terrifiante traversée souterraine…

« Est-ce qu’un être humain qui n’a jamais vu d’étoiles peut imaginer l’infini ? »

Bienvenue dans l’antichambre de l’Enfer, heu, dans le Métro russe, version post-apocalyptique !!! Comment vous dire ?! Il ne fait pas bon vivre dans ses tunnels obscurs, avec l’ombre de la menace des Noirs, continuellement enfermés dans les ténèbres

Peu de place pour la rêverie, les bons sentiments et l’hospitalité… Il règne en ces lieux, une ambiance oppressante qui ne vous lâche plus! Saisissante, asphyxiante, viciée, chaque inspiration est une souffrance autant pour ses personnages que pour nous, lecteurs.

Cette ballade dans ce Moscou revisité, est empreinte d’une menace sourde, presque surnaturelle, affreusement anxiogène…

Tous nos sens sont aux aguets: le danger réel et irréel se glisse dans ses lignes, chaque détour est un abysse profond, chaque intersection, une angoisse supplémentaire…

« Maintenant qu’il mesurait l’ampleur de la déchéance humaine, sa foi dans les lendemains radieux s’était évanouie . »

De tous les romans dans ce genre, je crois que celui ci, se distingue vraiment par cette atmosphère plombée par cette peur ancestrale du noir, mais pas seulement le Noir, presque le Néant… Absence de lumière, de beauté, et a fortiori d’espoir…

Le Metro devient le héros ténébreux, et  il nous dévoile ses pires recoins entre ses ombres monstrueuses, ses pièges nébuleux, ses inquiétantes voies, ses pires détracteurs…

Ce qui m’a vraiment plu, c’est cette manière d’aborder le post-apocalyptique,  il ne reste Rien : rien à sauver, rien à valoriser, (presque plus) rien à Croire. On sent vraiment que c’est la Fin de tout, du monde mais aussi des moindres valeurs…

Ici l’auteur se penche sur l’aspect spirituel de l’humain face à l’inéluctable, il nous donne matière à réfléchir sur les questions existentielles, et en même temps dresse un portrait peu reluisant de la nature humaine, la balance entre le Bien et le Mal penche affreusement d’un côté, et du coup offre un incroyable thriller d’une noirceur poisseuse…

Avec cette intrigue, la claustrophobie te saisit au détour d’un rail, et elle ne te lâche plus jusqu’à la fin du voyage…

« Celui qui trouvera en lui-même assez de patience et de courage pour scruter toute sa vie les ténèbres sera le premier à y apercevoir un éclat de lumière. »

En suivant Artyom, jeune homme qui se lance dans une mission quasi suicidaire, on fait le tour des stations et des pires travers humains. Chaque voie empruntée par ce personnage, nous offre un panorama des violences  dans lequel l’Homme peut s’illustrer en tant de crise, autant psychologique que physique…

En plus de l’absence de luminosité du lieu, cette excursion emprunte tous les cercles du vice et de la cruauté, se nourrit du sang et de l’incrédulité des plus faibles, et il parait, (selon une légende), qu’en creusant un peu, les Enfers seraient au centre de la Terre: on s’en approche dangereusement dans ses pages…

« Mais le diable a de ces blagues parfois! »

Un premier tome qui pose bien ses bases: On voyage dans les bas-fonds de la Russie, la philosophie prend le pas sur nos peurs les plus primales,  l’horreur rencontre un lieu parfait de perdition, on se délecte de cette tension de tous les instants…

Alors bien sûr, on se jette sur la suite de ses aventures souterraines, histoire de se faire encore plus peur que nécessaire…Vite Metro 2034 !

« Ce n’est pas la mort qui effraie. C’est son attente. »

Le petit plus : Le plan du Metro moscovite en couleurs! Déjà, il rend super à l’œil, mais surtout, il est absolument nécessaire, pour cette lecture étant donné, la complexité des noms russes des stations. A chaque chapitre, on sait où l’on est, et c’est vraiment appréciable pour la visualisation de la progression…

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

Lien vers la chronique de ma partenaire de folie : Stelphique

Les chemins de Damas : Pierre Bordage [LC avec Stelphique]

La Trilogie des prophéties - Les Chemins de Damas

Titre : Les chemins de Damas

Auteur : Pierre Bordage
Édition : Le Livre De Poche (2007)

Résumé :
Après la grande guerre contre les nations musulmanes, l’Europe est dominée par les mouvements évangéliques venus des Etats-Unis.

Délocalisations, prolifération des milices et des bandes, misère et corruption généralisées : le vieux continent s’enfonce dans la crise.

Divorcée, Jemma vit dans une résidence protégée au cœur de Paris. Un jour, sa fille disparaît, comme des milliers d’autres enfants avant elle.

Désemparée, la jeune femme part à sa recherche aux côtés de l’énigmatique Luc, vers ce Moyen-Orient diabolisé, impénétrable…

trilogie-des-propheties-t3-les-chemins-de-damas-t3-bordage-pierre-lpCritique :
Et c’est repartit pour un roman où toute la Terre est dévastée ! Toute ? Oui, toute, personne n’a aperçu l’ombre d’un village gaulois qui résisterait encore et toujours… Hélas.

Allez, disons que c’est moins grave dans la patrie de Donald Trump (j’aurais toujours du mal à le dire), mais pour y arriver, c’est Tintin et Milou avec car l’océan Atlantique est gelé, rapport au Gulf Stream en grève…

Bref, la Terre a été dévastée par une guerre imbécile (comme elles le sont souvent) qui a eu lieu entre les différentes religions. La plupart des gens, qui vivent dans la misère ou tirent le diable par la queue, s’en sortent tant bien que mal, vivant de délits, d’expédients ou se laissant glisser dans la misère la plus noire.

Il lui arrivait de plus en plus souvent d’envier les hommes fauchés par la mitraille sous ses yeux, leur étrange sérénité dans la mort, eux dont les traits se tordaient d’épouvante quelques secondes avant l’assaut. Leur vie s’était brisée à l’âge de dix-huit ou vingt ans, mais ils ne subissaient plus la tragique imbécillité humaine, ils flottaient, libres, aériens, au-dessus du cul-de-basse-fosse où les hommes, sous le vernis civilisateur, s’abandonnaient à leurs instincts les plus vils. […] C’était pire depuis que les partis évangéliques avaient conquis l’Europe, de l’amour plein la bouche et de la merde plein le cœur.

Ce troisième roman est différent des deux autres de par le fait que la Guerre est terminée, que les pays tentent, tant bien que mal, de se reconstruire, que les populations sont dans la merde, et ceux qui ont encore de la chance d’avoir un job vivent quasi retranché dans des quartiers ou des cités protégés.

La guerre avait opéré une sélection des espèces à rebours : les meilleurs avaient péri sur le Front, il ne restait plus que les médiocres, les planqués et les crétins.

Il est différent aussi car il y a une multitude de personnages qui vont croiser notre route, rendant par là un attachement à l’un où l’autre plus difficile, même si, dans l’absolu, nous suivrons plus le périple de Jemma, dont sa fille a disparu mystérieusement et de Luc, venu l’aider. Eux, on risque grandement de s’y attacher, même si j’avais parfois envie de baffer Jemma.

Les autres personnages ne seront que de passage pour nous montrer la vie telle qu’elle est maintenant à Paris où ailleurs : pas rose, morose avec des personnes engluées dans des nouvelles croyances frisant le fanatisme. Ces personnes passeront dans le roman et nous ne saurons pas toujours ce qu’elles sont advenues.

La force du récit se trouve, une fois de plus, dans le réalisme. Lorsque les mots percutent notre esprit, les images arrivent en bloc – souvenirs de films ou de reportages – et de suite, le récit devient plus oppressant car on sait, au fond de nous, que ce genre d’horreur nous pend sans doute au nez…

Avantage aussi, c’est que l’auteur ne sombre pas dans le grand n’importe quoi, il reste cohérent dans ses personnages et dans le message qu’il tente de nous faire passer, message qui n’est jamais que la vérité dans toute sa nudité.

Nous avons beau avoir passé le 20ème siècle et posséder tout sous la main afin de vérifier les infos qu’on nous donne à ruminer, les gens ne possèdent plus (ou pas) d’esprit critique et gobent tout, tel des ânes mangeant leur foin et répétant ce qu’ils ont entendu ou ce qu’on leur a laissé entendre.

— Ceux qui vantent les mérites de la mort sont toujours les derniers à partir, vous avez remarqué ?

Les gens ont toujours tendance à suivre la masse et à crier haro sur le baudet, cherchant plus volontiers des boucs émissaires que les véritables coupables, cherchant plus à apaiser, vite fait bien fait, leurs colères et leurs douleurs que de tenter de comprendre comment cela a pu se produire et QUI nous a manipulé pour tenter de nous emmener là où on voulait que l’on aille. Cherchons à qui profite le crime…

Plus la population serait inquiète, plus elle accepterait les solutions radicales imposées par les extrémistes religieux, le retour à un ordre moral strict, l’abandon de la liberté individuelle, la fin de l’utopie démocratique.

— Les extrémistes que vous, les Européens, appeliez les terroristes islamiques se sont servis de l’islam pour impliquer l’ensemble des populations musulmanes, mais leur but principal était de virer les régimes mis en place par les Occidentaux. La seule façon d’unir le monde arabe et, plus largement le monde musulman, c’était de les agréger autour de la religion et, donc, de faire monter un peu partout dans le monde, le sentiment islamophobe, de séparer l’humanité en deux camps ennemis, de stimuler le vieux réflexe grégaire.

— Il faut toujours chercher à qui profite le crime, n’est-ce pas, et le crime, ici, a fait plus de cinquante millions de morts. Deux puissances ont volé en éclats, l’Europe et la grande nation musulmane en cours de formation, trois, si on classe l’ONU dans la catégorie des puissances. Les bénéficiaires de l’opération : les États-Unis, et j’inclus ici Israël, que je considère comme un État américain, la Chine, qui poursuit tranquillement sa croissance et dont les États-Unis sont devenus les fournisseurs et les clients principaux, l’Inde, qui vient de rompre son autarcie pour signer les accords commerciaux du Trident.

Dans ce roman, la critique de notre société est cruelle, mais véridique. Celle des politiques/politiciens aussi. Ça cogne juste là où il faut, en plein dans le plexus, les médias ne seront pas épargnées non plus, tout comme nos Sociétés bien pensantes qui croient que c’est chez les autres qu’on ne respecte pas l’autre moitié de l’humanité (la femme) ou que c’est l’autre, le barbare…

— Ne croyez pas tout ce que les médias vous chantent, ne confondez pas fanatisme religieux et tactique insurrectionnelle […] Les extrémistes se sont emparés de l’islam parce qu’ils avaient besoin d’une bannière fédératrice, incontestable, mais il s’agissait d’une action politique, d’une lutte d’influence, d’une course au pouvoir. Ils cherchaient avant tout à se débarrasser des dynasties mises en place par les Occidentaux pour ménager les intérêts occidentaux.

Elles la mettaient au défi, elle, la femme européenne, la femme libre, de passer dans l’autre pièce et de rapporter la semence d’un homme sans attirer l’attention des autres. Elles lui signifiaient qu’elles, les femmes condamnées au silence et au secret, faisaient ce qu’elles voulaient des mâles vaniteux et bornés, qu’elles pouvaient aller avec n’importe lequel d’entre eux sans que leur mari ou leur père ne s’en aperçoivent. Les hommes imposaient aux femmes la virginité, la fidélité, la soumission, croyant ainsi garantir leur paternité, marquer leur territoire génétique, mais elles étaient les maîtresses absolues des corps et des plaisirs, elles les trompaient et les bafouaient quand bon leur semblait, c’était leur revanche, la vengeance des ombres.

C’est un récit assez violent, cru, sans concession, réaliste, écrit avec une plume acérée, une plume qui écrit, noir sur blanc, des vérités jamais belles à entendre. On ne sort jamais tout à fait indemne de ces romans aux relents trop réalistes qui nous dresse les poils sur les bras (et partout ailleurs) tant il fiche les chocottes.

La vision cyclique, la perspective historique auraient dû nous enseigner l’humilité, mais l’homme est pétri d’orgueil, il s’estime l’égal de Dieu, il veut immortels les monuments érigés à sa gloire et les frontières de ses empires, il espère dompter la matière et suspendre le temps, il oublie qu’il est aussi éphémère qu’un insecte ou une fleur, un grain de poussière qui retournera à la poussière.

L’auteur ne tire pas à boulets rouges sur les religions, mais sur ceux qui les utilisent à mauvais escient, pour leur besoins personnels, pour des fins politiques, toujours pour leurs profits à eux, jamais pour aider les autres, le tout sous les regards de la masse qui n’a rien compris et hurle sur des textes au lieu de se révolter sur les mauvais utilisateurs.

Mon Dieu, avaient-ils donc oublié que Jésus prônait l’humilité, le renoncement, l’abolition du jugement et l’amour du prochain ? Que le mal qu’on faisait au plus petit de ses frères, c’était au Christ lui-même qu’on le faisait ?

— Christ juger. Christ revenir et décider.
— Si c’est à lui de décider, pourquoi le faites-vous à sa place ?

— […] Dans une église stupide où l’on parle sans cesse du Christ mais où on n’aime pas le Christ !

— Ne croyez pas tout ce que les médias vous chantent, ne confondez pas fanatisme religieux et tactique insurrectionnelle […]

Comme disait l’autre « On ne nous dit pas tout » et j’ajouterai qu’on nous dit ce qu’on veut bien entendre et que la réalité est déformée par un prisme ou par cette course folle de celui qui sera le premier à poster l’info, vraie ou fausse, tout le monde s’en moque.

Malgré tout ce cynisme et celle plume trempée dans de l’acide, tout au fond de ce récit noir, j’ai entrevu une lueur d’espoir… Une belle lueur d’espoir.

Une trilogie qui vaut la peine d’être découverte et que je suis contente d’avoir lue ! Des romans différents, chacun ayant quelque chose à nous apporter.

— Je crois que l’Europe n’a plus d’avenir, reprit Flamand. Le libéralisme avait entrepris de démanteler ses structures, la guerre les a définitivement rasées. Il faudrait pour les relever une vraie volonté politique. Des visionnaires. Pas une clique de politiciens vendus aux grandes entreprises. Tant que les intérêts des capitaux l’emporteront sur les intérêts humains, l’Europe poursuivra sa descente aux enfers.

— […] L’autre nous paraît hostile parce qu’il n’appartient pas à la même race, au même peuple, à la même religion, à la même histoire, au même sexe, au même âge que nous. Nous ne le percevons qu’à travers nos filtres, chrétien, juif, musulman, hindouiste, bouddhiste, animiste, athée, homme, femme, vieux, jeune, beau, laid, nous ne lui accordons pas de vraie légitimité, l’autre nous regarde au travers de ses filtres et ne nous accorde pas de vraie légitimité. [..]

Ceux qui parlent en mon nom voient le diable dans mes œuvres et me voient dans les œuvres du diable.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), , Le Mois du polar 2017 chez Sharon (Février 2017) et le RAT a Week Winter Edition Saison 2 chez Chroniques Littéraires (504 pages).

Pourquoi je l’ai choisi (Par Stelphique) :
On se devait de finir en binôme cette trilogie noire mais très intéressante : une lecture commune de plus qui nous aura bien remuée avec Cannibal Lecteur ! On doit être un peu cinglées sur les bords, à se faire peur, toujours plus….

Synopsis :
Après la grande guerre contre les nations musulmanes, l’Europe est dominée par les mouvements évangéliques venus des Etats-Unis. Délocalisations, prolifération des milices et des bandes, misère et corruption généralisées : le vieux continent s’enfonce dans la crise.

Divorcée, Jemma vit dans une résidence protégée au cœur de Paris. Un jour, sa fille disparaît, comme des milliers d’autres enfants avant elle. Désemparée, la jeune femme part à sa recherche aux côtés de l’énigmatique Luc, vers ce Moyen-Orient diabolisé, impénétrable…

Les Personnages :
Ils sont nombreux, parfois éphémères, mais donnent toujours des petites touches d’éclairages sur les ténèbres de ce monde d’après-guerre.

J’ai été touchée par la douleur de Jemma, même si dès fois, elle est assez énervante dans son incapacité à prendre sa vie en main, je me dis que ce n’est pas évident de trouver sa place dans cette configuration d’avenir.

Je ne saurai pas quelle serait mes propres réactions, alors je ne la blâme pas, mais je lui aurai bien tendu au moins une arme blanche à travers les pages, ça me semble le minimum… Pacifique, mais pas naïve la fée…^^

Luc garde un poil trop de mystères, on ne sait pratiquement pas ses réelles motivations. C’est peut être le plus intéressant des personnages, mais c’est dommage qu’on en sache pas plus sur lui….

Ce que j’ai ressenti:…Au bout du tunnel enténébré , la lumière, et au-delà….

L’humanité a un besoin urgent de rêveurs.

Nous finissons une trilogie qui nous parle des dangers et dérives que peuvent faire les hommes de la religion et la foi. C’était une lecture visionnaire, actuelle, et riche de pistes sur les enjeux politiques de ce monde.

On ressort rincés, plus critique sur notre société. Cet auteur arrive à mettre en fiction, dans un avenir proche, toutes les failles de notre système de lois qui régissent le capitalisme, des aspirations sombres que projettent des dizaines d’années à l’avance les puissants de ce monde, l’immense désarroi auquel les individus lambda de cette planète se retrouve confrontés.

Quand on vous disait que cette lecture fait peur, c’est parce qu’elle est trop réaliste, trop prévisible, trop effrayante…

— Je crois que l’Europe n’a plus d’avenir, reprit Flamand. Le libéralisme avait entrepris de démanteler ses structures, la guerre les a définitivement rasées. Il faudrait pour les relever une vraie volonté politique. Des visionnaires. Pas une clique de politiciens vendus aux grandes entreprises. Tant que les intérêts des capitaux l’emporteront sur les intérêts humains, l’Europe poursuivra sa descente aux enfers.

Nous, revoici, dans la chronologie du temps, quelques années après la guerre, et elle n’est pas annonciatrice de glorieuse période… Les hommes sont encore plus esclaves, plus pauvres, plus résignés, plus contrits… L’espoir n’est pas de mise, et en plus, un grand fléau frappe toutes les contrées du monde: la disparition des enfants…

Pfiou…. Envolés, sans laisser de traces…. Ça laisse perplexe, mais c’est diablement addictif, car c’est bien connu, les enfants sont l’avenir, et sans eux, et déjà que ce présent là est ténébreux, on frôle la catastrophe ultime…

La guerre avait opéré une sélection des espèces à rebours : les meilleurs avaient péri sur le Front, il ne restait plus que les médiocres, les planqués et les crétins.

Avec cette quête désespérée, on est happé dans les routes inhospitalières où chaque pas est un danger sous-jacent et l’horizon qui s’ouvre à nous, pas beaucoup plus nauséabond, que sous la bâche où se trouve ce duo de personnages, déterminés à lever le voile sur un phénomène inexplicable…

Là, encore dans ce tome, peu de place, à la lumière, si ce n’est, un peu cette fin, presque surnaturelle, pour essayer de contrer le Mal de notre temps…

L’amour n’est pas un sentiment qu’on marchande, c’est un état, une intelligence en action, la merveilleuse intelligence de l’univers.

Au sortir de cette lecture, je me dis que j’ai grandement apprécié l’univers que sait créer cet auteur, sa façon de voir sans artifices, le monde qui nous entoure… J’ai hâte de lire une autre de ses aventures, et j’espère que j’aurai encore plus de plaisir à lire, le prochain qui m’attend dans ma PAL…

Pour une première approche, je pense que ces tomes sont un peu inégaux, mais que dans l’ensemble, ça reste une lecture très instructive !

La trilogie des Prophéties porte presque trop bien son nom, et je suis bien contente que ma binôme m’est tenue la main pendant cette traversée chaotique d’un avenir possible…. (La binôme signale qu’elle avait la trouille aussi !!! – Cannibal)

Ma note Plaisir de Lecture fee clochette 7/10

Évangile du serpent – Les Prophéties I : Pierre Bordage [LC avec Stelphique]

Évangile du serpent - Bordage Pierre

Titre : Évangile du serpent – Les Prophéties I

Auteur : Pierre Bordage
Édition : Diable Vauvert (2001) / Folio Gallimard (2003) – 675 pages

Résumé :
Un christ et quatre évangélistes : Pierre Bordage transcrit le Nouveau Testament dans l’univers des médias fous et du XXIe siècle naissant.

Matthieu, Marc, Luc et Jean s’appellent ici Mathias, tueur professionnel manipulé par une police parallèle, Marc, journaliste fatigué par ses propres lâchetés, Lucie, strip-teaseuse sur le Net, et Yann, le disciple des premiers jours jaloux de ses privilèges.

Tous les quatre éclairent de leur trajectoire l’avènement d’un jeune Indien d’Amazonie élevé dans l’Aubrac.

Par la chaleur de sa présence, le jeune homme sauve, guérit et réunit autour de lui des dizaines de milliers de fidèles en quête d’une nouvelle alliance.

Dans la chaleur moite d’une Europe en proie aux dérèglements climatiques, le mouvement se transmet comme une lame de fond qui déverse sur les routes des foules de curieux abandonnant leurs possessions et leurs vêtements.

ADN serpentCritique du Cannibal (Stelphique plus bas) :
♫ Mes biens chers frères, mes biens chères sœurs ♫ Reprenez avec moi tous en cœur ♪

Ma foi, si Vaï-Ka’i (non je ne suis pas enrhumée), le Maître-esprit, indien Desana de la forêt amazonienne avait présenté la chose ainsi, sans doute que les biens-pensants et ceux à la tête de nos pays lui auraient fichu une paix royale.

Pas de bol, il n’en fut pas ainsi, mais au final, tant mieux ! Ça nous fait une histoire à lire.

Je vous fera mon acte de contrition en vous avouant qu’au départ, j’ai eu du mal à entrer dans le roman sans doute à cause des chapitres en alternance pour les 4 personnages « principaux ». Chapitres présentés comme les Évangiles.

Deux histoires qui s’alternent, c’est motivant, c’est frustrant, mais un véritable plaisir nait de cette frustration, tandis qu’ici, le temps qu’on arrive au 4ème personnage, on a déjà tout oublié du lieu où se trouvait le premier et ce qu’il faisait quand on revient à lui.

Je trimais donc, et puis tout à coup, paf, le Saint-Esprit s’est rappelé qu’il devait m’éclairer et là, plus aucun soucis de lecture et je l’ai terminé en ne le lâchant plus, en le dévorant, en me gorgeant des mots de l’auteur et des vérités qu’il balançait dans ses pages.

Sous le couvert d’un thriller au relents SF (dérèglements climatiques), l’auteur dresse une critique amère mais vraie de notre société de consommation, de l’Occident et de ses squelettes dans les placards, de l’Église (l’institution) et de ses représentants qui représentent très mal Celui qu’ils sont censés servir.

— Les péchés, les règles, les absolutions, les rites, ce sont des inventions des prêtres pour couper chaque être humain de sa source et l’expulser de son jardin.

En tout cas, jamais l’auteur ne tombe dans l’écueil de rendre Dieu et les religions responsables de nos maux, mais donne les noms des véritables coupables puisque, lorsque l’on veut noyer son chien, on l’accuse d’avoir la rage.

— Ici, ce n’est pas toi qui décides de ce qui est bien et de ce qui est mal.
— Non, c’est le prophète, le Coran.
Hakeem hocha la tête d’un air dubitatif.
— Pas le Coran, l’interprétation qu’on en fait.
— J’ai l’impression que tu n’es pas toujours d’accord avec l’interprétation qu’en font certains, avança Mathias.

Je conseillerais la lecture de ce roman à ceux qui n’ont pas encore compris que Dieu et les religions n’étaient que les boucs émissaires, des excuses, des prétextes utilisés par ceux qui veulent justifier leurs violences et exactions et que dans le fond, tout est politique.

— Ça, ce sont les fables qu’on sert aux médias et aux populations. Les Américains vont toujours là où se trouvent leurs intérêts. Et si leur intérêt est de soutenir une révolution islamique quelque part dans le monde, ils n’ont aucun scrupule à le faire. Les Talibans n’auraient jamais accédé au pouvoir sans l’appui des Pakistanais, donc des Américains. Le contrôle des pipe-lines, de l’acheminement du pétrole, tu comprends ?

On veut tout posséder, on ne veut rien perdre et on a peur de tout, surtout des autres.

— On peut gagner de l’argent sans être corrompu…
— Sans doute, mais il faut être prêt à renoncer à tout. À son confort, à ses habitudes, à ses certitudes. Qui, autour de cette table, accepterait de tout plaquer pour être en totale conformité avec lui-même ?

Entre nous, si Vaï-Ka’i existait vraiment, ou si, par une opération de magie, je me retrouverais transposé dans le roman, je ne le suivrais pas !

Non pas que son enseignement n’est pas bon, il a raison dans le fond, mais premièrement, je déteste les foules, parce que suivre la masse n’est pas mon crédo et deuxièmement, je n’ai nullement l’intention de me promener cul nu !

Un roman coup de poing dans le plexus, même si on savait déjà ce qui est dit, voir que d’autres ont compris, ça fait du bien.

— De tout temps, on s’est servi des extrémismes religieux pour envahir des territoires, pour contrôler les richesses naturelles, les populations, les frontières.
— Avec le risque non négligeable que ceux que vous croyez manipuler échappent à votre contrôle et se retournent contre vous. C’est déjà arrivé dans le passé, les exemples sont légion dans le présent, ça risque de se reproduire dans le futur.

Un roman qui, bien que datant de 2001, est toujours d’actualité, il lui colle bien, même. Un roman où les personnages sont bien distincts (un journaliste, une prostituée du Net, un tueur à gage et un disciple qui aiment ses privilèges) et n’ont rien d’enfants de cœur, mais nos zigotos évoluent, changent, et c’est tant mieux.

S’habillant le plus souvent en écolière, jupe plissée à carreaux, chemisier, couettes, sous-vêtements de coton blanc – un franc succès […]

Un roman écrit avec une plume cynique, amère, une critique bien sentie de notre société et de notre mode de pensées, d’actions, sur nos peurs, le tout sans donner de leçon.

— Sans doute que les stratèges détournent l’attention sur un ennemi fantasmatique pour mieux promulguer certaines lois, pour mieux faire passer les potions amères, tu sais, certaines décisions qu’on dit impopulaires.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Prix Bob Morane du meilleur roman francophone en 2002), Le Pavé de l’Été chez Sur Mes Brizées (675 pages) et RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires.

Pourquoi je l’ai choisi :
Nous avons suivi avec ma binômette, les bons conseils d’un certain bloggeur influent : Yvan

Synopsis :
 » Et vous, César, Napoléon, Adolphe, Joseph, Bill, Vous les soldats, les conquérants de l’inutile, Qu’avez-vous fait du jardin des hommes ? Des chemins de folie qui retournent à Rome , Des arcs de triomphe, des monuments aux morts, des chaînes, des barbelés, des miradors, Déluge, déluge, déluge…  »

Jeune Indien d’Amazonie élevé en Lozère, Vaï Ka’i incarne la sagesse du serpent double, symbole chamanique de l’ADN. Il prône l’abandon des possessions, le respect de la Terre et accomplit des miracles. Quatre évangélistes, Mathias, tueur à gage, Marc, journaliste désabusé, Lucie, strip-teaseuse sur le Net, et Yann, premier disciple, racontent celui que la presse surnomme bientôt le Christ de l’Aubrac…

Grand roman contemporain humaniste, aventure littéraire inoubliable, L’Évangile du Serpent transpose le Nouveau Testament dans notre présent.

Les personnages :
Mathias, Marc, Lucie, Yann : un quatuor qui se glisse dans l’air du temps: Notre temps, celui de la violence, des désillusions, de la déchéance…Et Vaï Ka’i de relever le niveau, par sa seule présence…

Un contraste entre cette vie tourbillonnante et le calme serein de ce nouveau Jésus qui a le mérite de nous titiller, de vouloir nous faire voir une autre façon de vivre, de penser, de rêver même.

Chacun de ses personnages a une histoire, un passé. Ils sont aux antipodes dans leur façon de vivre, et malgré cela, on arrive à s’attacher d’une certaine manière à eux, à ressentir leurs émotions et si on ne les aime pas toujours dans leurs imperfections, on suit avec intérêt et compréhension leur cheminement.

Ce que j’ai ressenti:… Un projet ambitieux…
Pendant tout ce grand weekend, j’ai marché sur la Toile, emprunté des chemins de croix, assemblé des pièces de puzzles, essayé de visualiser le Grand Œuvre de la vie. J’ai suivi un Serpent, une nouvelle Philosophie, un nouveau Prophète, à moins que je n’ai juste trouvé un vieil Ami, humble et altruiste…

L’amour sincère a le pouvoir immense de réparer les déchirures de la trame. C’est la force la plus puissante dans la Création, infiniment plus puissante que les forces fondamentales qui maintiennent la cohérence de l’univers.

Alors en première impression comme ça, je me dis, que j’ai trouvé que c’était long, mais en le refermant je suis bien obligée de me dire que cet auteur a vraiment du talent! Il pose son intrigue avec intelligence, et en prenant le temps de poser les bases solides de sa trilogie.

Il nous fait connaitre, parfois jusque dans leur intimité, les personnages qui seront les pierres angulaires de cette saga prometteuse.

C’est une fiction oui, mais je lui ai trouvé de drôles d’accents de vérité contemporaine, d’actualités brûlantes, de sujets sensibles…

Et finalement, c’est là qu’est le plaisir, avoir l’opportunité une lecture particulièrement intéressante, aux idées un peu plus poussées que d’habitude…

Cette lecture laisse des traces, puisque c’est le regard plus lourd que nous posons sur notre propre perspective dans cet avenir de capitalisation à outrance…

Tout le monde savait que la Terre se réchauffait, tout le monde se doutait qu’elle préparait sa mue, qu’elle n’avait pas d’autres choix que de s’adapter pour survivre, comme n’importe quel organisme vivant , mais tout le monde s’en contrefoutait, tout le monde ne songeait qu’à jouir de ses privilèges, qu’à étendre ses possessions, qu’à s’étourdir en danses macabres sur des scènes de plus en plus branlantes.

Je suis vraiment curieuse de lire la suite des aventures de ses quatre apôtres revisités, car il a bien fallu attendre la toute fin, pour connaitre, enfin, les prémices du second volet, mais là, je veux absolument voir où nous emmène cet auteur !

Je veux poursuivre l’aventure humaine et spirituelle de ce roman d’anticipation, je veux encore me régaler des reparties que l’auteur distille ça et là, comme des miettes de lumières jetés dans les collines françaises, je veux savoir si le Serpent va encore continuer sa chorégraphie hypnotisante…

— C’est la liberté de choix qui donne toute sa valeur aux actes.

Premier livre lu (enfin!) de cet auteur, je ne compte pas m’arrêter en si bon chemin, vu ce que je pense pouvoir deviner de potentiel chez lui…

Nous sommes déjà partantes pour lire la suite avec ma chère binôme et j’ai déjà hâte de voir ce que les autres lectures me réservent de bons mots et de réflexions intenses, une fois la dernière page tournée!

« Je préfère de loin les cyniques aux idéalistes. Les cyniques ont un minimum de recul sur les évènements, appelons ça une certaine marge de sagesse. On ne peux pas transiger avec les idéalistes. »

Ma note Plaisir de Lecture fee clochette 8/10

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