Plus bas dans la vallée : Ron Rash

Titre : Plus bas dans la vallée

Auteur : Ron Rash
Édition :
Édition Originale : In the valley (2020)
Traduction : Isabelle Reinharez

Résumé :
Un an après son départ pour le Brésil, Serena, personnage emblématique de l’œuvre de Ron Rash, revient dans les Great Smoky Mountains. Selon le contrat qui la lie à la compagnie de Brandonkamp, tous les arbres de la dernière parcelle qu’elle possède aux États-Unis doivent être abattus avant la fin de juillet. Il ne reste que trois jours.

La pluie incessante qui fait de ce flanc de montagne un véritable bourbier, les serpents impitoyables, l’épuisement des bûcherons en sous-effectif rendent la tâche presque impossible. La « Lady Macbeth des Appalaches » sera-t-elle à la hauteur de sa sinistre réputation ?

Autour de ce diamant noir, six nouvelles âpres mais traversées d’éclairs d’un humour parfois grinçant disent la vie rude et privée d’horizon des enfants oubliés de l’Amérique que sont les habitants de cette contrée.

Critique :
Alors Serena, on est de retour ? Tu es revenue dans les Appalaches, dans les Great Smoky Mountains, afin de continuer de raser la forêt ?

Serena, tu n’imagines pas combien j’étais heureuse de recroiser ta route, tout en redoutant la confrontation. Avais-tu changé ou étais-tu égale à toi-même ?

Pas de doute, ma Serena, tu es égale à toi-même : une femme froide, une femme de poigne, une femme qui n’hésite pas à trucider ceux ou celles qui t’ont fait chier, déplu, qui pourraient te faire de l’ombre…

Enfin, Serena, tu te contentes de donner l’ordre à Galloway, ton âme damnée, qui fait le sale boulot.

Serena… Je disais, dans ma chronique du roman éponyme, qu’elle inspirait la peur, le respect, le désir, la haine. On oscille sans cesse entre l’amour et la haine du personnage.

La seule chose dont je suis sûre, avec Serena, c’est que son personnage est recherché, travaillé et que son auteur a réellement donné vie à une Lady Macbeth des années 30. Et quand elle doit gagner un pari ou respecter une échéance, la Serena est prête à tout, notamment à mettre en danger ses ouvriers, sans états d’âmes.

Moi qui ne suis pas fan des nouvelles, voilà que celles composant ce recueil m’ont scotchées dans mon canapé, tant elles étaient puissantes, bien racontées, sans laisser le lecteur sur sa fin. Le retour de Serena valait la peine d’être lu et Ron Rash a eu bien raison de nous l’offrir !

Percutante, comme toujours, la Serena. Diabolique, comme toujours. J’ai aimé les petits textes, entre deux chapitres, où l’auteur parle des animaux qui ont quitté la forêt, dévastée par les bûcherons, aux ordres de Serena, coupant tout sur leur passage, ne laissant que des souches, des morts, des blessés et des ouvriers épuisés… Violent.

La nouvelle se déroulant avec des soldats Sudistes (Les Voisins), vivant de rapines, celle avec l’homme qui voulait être baptisé était magnifique aussi et terriblement violente (Le Baptême), notamment dans la personnalité du futur baptisé.

Sans oublier celle avec la flamboyante, mais froide, Serena (Plus bas dans la vallée) et celle avec gérant d’une aire d’autoroute qui aidera une paumée (Le Dernier pont brûlé). Ce sont mes quatre nouvelles préférées.

Toutes ont pour cadre la Caroline du Nord, et si elles n’ont pas toutes la même puissance dévastatrice, elles n’en restent pas moins de très bonnes nouvelles qui parlent de pêche, de nature, de solitude, d’alcoolisme, de rencontres improbables, de nature exploitée et de travailleurs aussi…

Ce recueil de nouvelles est noir, sombre, sans pour autant manquer de lumière, car toutes les nouvelles ne se terminent pas tragiquement, il y a encore de l’espoir dans certains êtres humains. Bon, pas dans tous… En tout cas, même en étant dans des nouvelles assez courtes, les personnages ne manquaient pas de consistance.

J’aimerais bien que Ron Rash nous donne encore de ses nouvelles, qu’il nous offre quelques pépites noires, où les âmes humaines se débattent, hésitent, ne savent pas quel chemin choisir.

Ron Rash a un art bien à lui pour nous conter la noirceur humaine, ses côtés obscurs, le tout dans une nature grandiose, malmenée par l’Homme, où les animaux ne savent pas se défendre, hormis les serpents venimeux.

Attention, ce ne sont pas toujours les serpents les plus dangereux… Si Serena vous propose un emploi, fuyez, pauvres fous, mais si elle vous tend ce recueil, achetez-le et lisez-le, nom de Dieu !

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Des hommes en devenir : Bruce Machart

Titre : Des hommes en devenir

Auteur : Bruce Machart
Édition : Gallmeister Nature writing (2014) / Gallmeister Totem (2021)
Édition Originale : Men in the Making (2011)
Traduction : François Happe

Résumé :
Qu’ils se retrouvent en train d’arpenter les terres fertiles du Sud, de conduire leur pick-ups fenêtres ouvertes dans la chaleur suffocante du périphérique de Houston, d’actionner l’écorceuse pour transformer des grumes en feuilles de papier, les hommes de ce recueil découvrent tous, en un instant, la faille en eux.

Être hanté depuis toujours par un enfant, un parent, une femme, un voisin, un copain disparus, interrompre enfin le mouvement continu et regarder une vie en face.

La question soudain serait de savoir ce que devenir un homme signifie. Ici, certains ont été largués. Là, un enfant n’est jamais né. Une mère a été assassinée. Des maris ont découché. Des chiens sont morts. Bien des bières ont été descendues, et des rires échangés entre frères, amis, amants.

Après Le Sillage de l’oubli, premier roman qui remporta un formidable succès critique et public, on retrouve dans Des hommes en devenir la plume évocatrice et puissante d’un maître de la littérature américaine.

Critique :
Vous le savez bien, les nouvelles et moi, ce n’est pas l’amour fou entre nous.

Et pourtant, de temps en temps, certains recueils de nouvelles sont très bien faits (ceux du King et la collection présentée par Yvan Fauth autour du Noir).

Ce recueil, j’ai eu envie de le lire après la très belle chronique de l’ami BonoChamrousse (sur Babelio et FB). Étant toujours à la recherche de coups de cœur, je ne pouvais pas passer à côté d’une belle occasion.

Hélas, ma chronique sera moins jouissive que celle de mon collègue babéliotte.

Et pourtant, je n’ai pas grand-chose à reprocher à ce recueil de nouvelles : elles étaient très bien écrites, la traduction m’a semblé bien leur rendre justice (on n’est plus dans des traductions à la six quatre deux de la Série Noire), les récits pouvaient être très court ou plus long, mais tous étaient bien construit, sans donner l’impression qu’il manquait des pages au final.

Ces nouvelles mettaient toutes en scène des hommes en devenir… Des pères qui avaient perdu un fils, une épouse, qui regrettaient de ne pas avoir quelque chose à regretter, à pleurer… Des portraits réussis d’hommes fragiles, en proie au doute, au chagrin,… Des hommes du Texas, dur au mal, des portraits d’hommes ordinaires.

J’ai pris le temps de les lire, mais je n’ai pas vibré, pas eu de coups de cœur, de coups de poing, bref, la lecture ne fut pas mauvaise, mais elle ne fut pas le feu d’artifice attendu.

En cherchant mes mots pour conclure cette chronique, je les ai trouvé dans un commentaire de l’ami JIEMDE (Babelio) : elles manquaient de puissance et d’intensité ! Pourtant, l’auteur sait décrire la souffrance humaine et toutes les nouvelles comportaient son lot de souffrance.

Attention, je ne dis pas que ce recueil de nouvelles est mauvais, loin de là, pour celles et ceux qui cherchent à lire des nouvelles, elles sont très bonnes, l’auteur arrive en peu de pages à vous plonger dans son monde, dans ses personnages, à partager leurs doutes, leurs chagrins, leurs souvenirs…

Bref, ce n’est pas de la merde littéraire, je vous assure, mais ça manque juste de puissance, ce qui fait que je n’ai pas vibré, pas eu d’émotions fortes. Dommage, parce que j’aurais aimé m’en prendre plein la gueule. C’est ce que je recherchais…

Malgré tout, je ne peux pas descendre ce recueil, car les histoires étaient bien écrites, même avec des phrases simples et que l’auteur a bien su, en quelques pages, nous plonger dans les blessures humaines.

À découvrir, mais peut-être sans rien attendre d’autre que des nouvelles et se laisser porter par les mots. Lorsque l’on attend trop d’un roman, bien souvent, on se plante.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°93].

Le lac de nulle part : Pete Fromm

Titre : Le lac de nulle part

Auteur : Pete Fromm
Édition : Gallmeister (06/01/2022)
Édition Originale : Lake Nowhere (2022)
Traduction : Juliane Nivelt

Résumé :
Cela fait bientôt deux ans que Trig et Al, frère et sœur jumeaux, n’ont plus de contact avec leur père. Et voilà qu’il réapparaît dans leur vie et réclame « une dernière aventure » : un mois à sillonner ensemble en canoë les lacs du Canada.

À la fois excités à l’idée de retrouver la complicité de leur enfance et intrigués par ces retrouvailles soudaines, les jumeaux acceptent le défi de partir au milieu de nulle part.

Mais dès leur arrivée, quelque chose ne tourne pas rond, les tensions s’installent.

Contrairement à ses habitudes, leur père paraît mal préparé à l’expédition, qui s’annonce pourtant périlleuse par ce mois de novembre froid et venteux.

Tous les trois devront naviguer avec la plus grande prudence entre leurs souvenirs et la réalité qui semble de plus en plus leur échapper.

Critique :
Qui a eu cette idée folle, non pas d’inventer l’école, mais d’emmener ses enfants pagayer en canoë sur des lacs canadiens, fin octobre, et ce, durant un mois ? C’est leur papa Bill !

Bill, grand aventurier à l’ancienne, a proposé à ses jumeaux de plus de 25 ans, de vivre une dernière aventure ensemble, comme au bon vieux temps (sans maman, puisque divorcés).

Al et Trig sont des faux jumeaux, Al étant la fille et Trig le gamin. Vous comprendrez dans le récit, pourquoi leur père a décidé de les affubler de ces prénoms horribles. Le père est un hurluberlu, un peu fou, un peu zinzin, fantasque, autoritaire, avec des certitudes bien ancrées…

Qu’allaient-ils faire dans cette galère, aux portes de l’hiver (oh, je vais des vers) ? Parce que sérieusement, faut déjà être un peu folle pour lire un récit qui se déroule dans des grands froids alors que dehors, il fait 2° (et dedans, pas plus de 19°), mais rester dans un parc composés de grands lacs, en hiver, seuls comme des cons, faut être chtarbé !

Pete Fromm est un auteur que j’apprécie beaucoup, certains de ses romans m’ont fait vibrer et là, j’ai eu un peu de mal avec le début de son roman, notamment avec les redondances des gestes de notre trio : portage des canoës, monter le camp, préparer la bouffe, dormir dans les duvets, se lever, s’habiller, pisser un coup, préparer le café, démonter le campement, pagayer… Ça devenait long et laborieux !

Mêmes les décors n’étaient pas vraiment au rendez-vous… Quant à l’attachement aux personnages, il était aux abonnés absents. Il aurait peut-être fallu avoir un narrateur omniscient au lieu de Trig. Ou alors, passer de l’un à l’autre…

Si je me suis accrochée à ma pagaye et remonté le plaid sur moi pour ne pas frissonner plus, c’est parce que je sentais que là, sous la glace qui n’était pas encore arrivée, se cachait un Nessie, un monstre du Loch Ness qui allait surgir et engloutir tout le monde, au sens figuré, bien entendu.

Chacun porte sa croix, a ses blessures, ses secrets qu’il ne dit pas, qu’il garde pour lui. Le père a un comportement bizarre, ça sentait la merde à plein nez. Trig, le fils, allait se réfugier dans son vortex et les tensions montaient entre les protagonistes de ce canoë dangereux, vu la saison froide qui arrive à grand pas.

Quant à Al, elle était distante de son père, pas trop contente d’être là. La bomba allait exploser… Et ça n’a pas loupé ! Il a tout de même fallu plus de 150 pages pour que le récit commence à bouger.

À partir de ce moment-là, le récit est devenu addictif, car récit de survie pure et dure, dans le froid, avec les glaces qui se forment. Impossible de lâche le roman, je l’ai terminé sur ma soirée, alors qu’auparavant, je ne pagayais plus, heu, pardon, je n’avançais plus.

Là, tout le talent de Pete Fromm entre en jeu pour nous décrire, avec brio (avec qui ?), un récit de survie, un récit dans un froid de -20°, avec les provisions qui diminuent, la trouille de ne pas arriver au point de départ et les paysages qui changent, en raison de la neige, sans compter que pas de cartes, de GPS, pas de réchaud (allumettes seulement), bref, à l’ancienne…

Le récit m’a donc donné ma dose d’adrénaline, même si je n’ai jamais eu d’empathie pour les personnages, ce qui aurait été un plus. Déjà que j’avais hésité à poursuivre ce roman qui m’avait un peu endormi au départ. Comme quoi, persévérer, parfois, ça paie.

Un roman d’aventure extrême, de survie dans la nature et le froid, où la moindre erreur, la mauvaise décision, se paie cash. Ce roman met aussi en scène des jumeaux fusionnels, issu d’une famille un peu bizarre, où il faudra une expédition mal préparée, à la mauvaise saison, pour faire sortir le pus des blessures. Une thérapie de groupe aurait été moins dangereuse.

Le final, lui, m’a estomaqué… Il n’aura manqué, à ce roman, qu’un début moins soporifique, des décors mieux décrits et des personnages attachants. En ce qui concerne l’adrénaline, elle, elle fut au rendez-vous, j’ai eu ma dose.

L’Odyssée de Sven : Nathaniel Ian Miller

Titre : L’Odyssée de Sven

Auteur : Nathaniel Ian Miller
Édition : Buchet / Chastel – Littérature étrangère (25/08/2022)
Édition Originale : The Memoirs of Stockholm Sven (2021)
Traduction : Mona de Pracontal

Résumé :
Dès le prologue, le héros/narrateur annonce le programme : on l’a appelé Stockholm Sven, Sven le borgne, Sven le baiseur de phoques. On dit de lui qu’il a vécu seul, piégé dans le Grand Nord, qu’il est mort dans un accident, qu’il est un ermite, fou, un original qui abhorre la société. « Tout cela est vrai, et faux en même temps » prévient-il avant de se lancer dans le récit de sa vie.

Nous sommes en 1916 en Suède, et Sven, lassé d’une vie perdue dans un travail sans intérêt, décide de rejoindre le Spitzberg, un archipel de l’Arctique où la nuit règne en maîtresse quatre mois par an, où l’on doit résister aux assauts des éléments comme un coquillage s’agrippe désespérément à son rocher, où l’on peut assister à la splendeur d’une aurore boréale et être dévoré par un ours polaire dans la minute qui suit.

À la suite d’un accident presque fatal, Sven se retrouve défiguré et pense immédiatement que c’est un signe du destin : son avenir, c’est la solitude, une vie d’ermite.

C’est ainsi qu’il se met en quête de ce qu’il appellera « son fjord », son silence, sa retraite. En route, il rencontrera de nombreux compagnons, des rêveurs, des marginaux, des exclus ou tout simplement des solitaires.

À leurs côtés, il assistera à la naissance d’un glacier, aux jeux des renards polaires dans un jour sans fin, apprendra l’art de la trappe et de la pêche. Seul, il ira au bout de lui-même pour mieux retrouver le reste du monde.

Critique :
Stockholm Sven fut un trappeur solitaire au Spitzberg dans la première moitié du 20ème siècle.

Sven a commencé en tant que mineur en 1916, sur un site d’exploitation au Spitzberg (Svalbard, maintenant) et est revenu à son fjord après la fin de la seconde guerre mondiale.

Comme il y avait des trous dans sa vie, l’auteur a tenté de les reboucher, tout en donnant vie à cet étrange personnage que fut Sven.

Sven manque déjà d’énergie, se laisse aller très souvent, durant son histoire, on a envie de le secouer violement. Pourtant, malgré son apathie et son côté fainéant, on s’attache à Sven et on vit son aventure comme si on y était.

Le début de ce roman commence doucement et manque un peu de punch, surtout dans les dialogues que j’ai souvent trouvé plats. Malgré tout, je me plaisais bien dans le Grand Nord et j’avais envie d’y rester.

Lorsque le récit entame la partie où Sven part dans un fjord isolé, encore plus loin dans le Grand Nord, afin d’y construire sa cabane et de vivre en tant que trappeur, le récit est devenu viral, difficile à lâcher, à tel point que j’ai failli louper ma station de métro.

La Nature y est grandiose, mais hautement dangereuse ! Le moins faux pas, la moindre nonchalance et la mort ou l’accident vous guette. Il faut couper son bois, chasser, relever ses pièges, parce que là bas, il n’y a pas d’épicerie pour vous vendre de la bouffe. Et Sven, avec son spleen, va comprendre qu’on ne joue pas, dans le Grand Nord.

La solitude, ça n’existe pas vraiment et ce récit le prouve. Oui, Sven est seul, mais pas vraiment. Son chien lui apporte beaucoup et il rencontrera des personnages hauts en couleurs ou hautement sympathiques. Ces personnages secondaires sont aussi importants que Sven, ils feront de lui ce qu’il est, l’aideront, le guideront, Dame Nature finissant de le forger.

C’est un beau roman, c’est une belle histoire. Le ton est assez ironique, Sven étant devenu une gueule cassée suite à un accident dans la mine. C’est un roman sur l’acceptation de soi, sur la survie, l’amitié, celle qui dure, celle qui soude les humains.

C’est un roman sur la rudesse du climat qui règne dans le Spitzberg, donnant des hommes rudes, qui ne parlent pas beaucoup et qui vous montrent leur amitié autrement qu’avec de grand discours. Un récit d’une aventure humaine.

C’est aussi l’histoire de Sven, le personnage principal qui n’attire pas la sympathie du lecteur au début de son récit. Il est hautain, glandeur, s’apitoie sur lui-même, avant de changer, suite à ses rencontres, son accident et sa vie sur son fjord. Au moins, les personnages ne sont pas figés, dans ce roman.

Bref, si au départ je n’étais pas conquise par l’histoire et Sven, au fil des pages, comme lui, j’ai évolué, j’ai grandi et c’est en immersion totale que je suis entrée sur les terres glacées, souffrant du froid avec eux, chassant tout comme eux (mais moi, avec dégoût), me laissant bercer par la Nature, tout en la surveillant du coin de l’oeil, car sous ses latitudes, elle est traître, elle ne pardonne rien.

Un beau roman initiatique, une belle Aventure, avec un grand A !

On était des loups : Sandrine Collette

Titre : On était des loups Auteur : Sandrine Collette Édition : J.-C. Lattès (24/08/2022)

Résumé : Ce soir-là, quand Liam rentre des forêts montagneuses où il est parti chasser, il devine aussitôt qu’il s’est passé quelque chose. Son petit garçon de cinq ans, Aru, ne l’attend pas devant la maison. Dans la cour, il découvre les empreintes d’un ours. À côté, sous le corps inerte de sa femme, il trouve son fils. Vivant.

Au milieu de son existence qui s’effondre, Liam a une certitude. Ce monde sauvage n’est pas fait pour un enfant. Décidé à confier son fils à d’autres que lui, il prépare un long voyage au rythme du pas des chevaux. Mais dans ces profondeurs, nul ne sait ce qui peut advenir. Encore moins un homme fou de rage et de douleur accompagné d’un enfant terrifié.

Dans la lignée de Et toujours les Forêts, Sandrine Collette plonge son lecteur au sein d’une nature aussi écrasante qu’indifférente à l’humain. Au fil de ces pages sublimes, elle interroge l’instinct paternel et le prix d’une possible renaissance.

Critique :
Du personnage de Liam, nous n’en saurons pas beaucoup, juste qu’il semble être un survivaliste, ou du moins, un homme qui a choisi de vivre dans les montagnes, reclus, avec peu de contact avec les autres humains.

Nous ne connaîtrons pas l’endroit où le récit se déroule, mais vu les étendues, ce n’est pas en Belgique ! France ? Amérique ? Tout est permis. Liam est un peu fruste, bougon, a ramené une femme parce qu’elle voulait vivre avec lui et lui a fait un enfant un peu à contrecœur.

Lorsque le drame survient, il ne sait quoi faire de cet encombrant gamin de 5 ans, qui va le gêner dans ses chasses, qu’il ne pourra pas laisser seul dans la cabane, les voisins les plus proches se situant à des heures de marches (ou de chevauchée, puisqu’il possède deux chevaux).

Son récit est à son image : fruste, sans fioritures, sans beaucoup de ponctuation, sans guillemets ou tirets cadratins, les dialogues se trouvant saisis dans le texte brut. Lorsqu’on lit son histoire, on la croirait écrire par un homme qui a arrêté après ses primaires ou alors, par un auteur qui manque de talent.

Une écriture pareille, ça passe ou ça casse. Chez moi, c’est passé comme une lettre à la poste (un jour où il n’y a pas grève), car cette écriture rustre, brute de décoffrage, ajoutait du relief au récit, du réalisme. Un homme vivant dans la nature, chassant le gibier et vivant en autarcie peut-il écrire comme une personne lettrée ? Non, ça ne l’aurait pas fait…

Ce roman, c’est l’histoire d’un homme qui n’est pas près pour être père, qui a eu un père violent et qui a peur de reproduire cette violence (il fera même pire). Celle d’un homme attaché à sa vie dans la nature et qui aimerait se débarrasser de son gamin encombrant en le confiant à de la famille.

Liam est un homme d’action, pas de réflexion, pas d’introspection. Il agit, il parcourt la forêt, il chasse, il se tient éloigné de ses semblables. Oui, Liam est un loup.

Comme bien des voyages, celui qu’il fera en compagne de son gamin sera initiatique, l’occasion pour eux deux de se retrouver seuls, d’avoir du temps pour se parler… Ah non, Liam est un taiseux, je vous le disais, il ne sait pas quoi dire à son fils, il ne trouve pas les mots. Alors, ils chevauchent durant des jours et des jours…

Un récit anxiogène, manquant tout de même de réalisme dans le fait que le gamin, 5 ans, qui n’a jamais monté à cheval, va rester sur sa selle durant des heures et des heures, des jours et des jours, sans jamais se plaindre d’avoir mal son cul, ses cuisses, ses muscles… Oui, à force de monter, le corps s’adapte, on n’a plus mal, mais avant que ça n’arrive, je vous garantis que l’on a des douleurs partout !

Un récit sombre, violent, anxiogène, mais au moins, dans toute cette noirceur, il y a une petite lumière qui brille !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°62].

Brokeback mountain : Annie Proulx

Titre : Brokeback mountain

Auteur : Annie Proulx
Édition : Grasset (2006)
Édition Originale : Close Range (2009)
Traduction : Anne Damour

Résumé :
Brokeback Mountain : un bout de terre sauvage, hors du temps, dans les plaines du Wyoming. Ennis Del Mar et Jack Twist, cow-boys, nomades du désert américain, saisonniers des ranchs, n’ont pas vingt ans.

Ils se croisent le temps d’un été. La rencontre est fulgurante. Ni le temps, ni l’espace, ni les non-dits, ni la société n’auront raison de cet amour – que seule brisera la mort.

Le récit déchirant d’une passion, au cœur des grands espaces américains, ces somptueuses solitudes dont Annie Proulx est sans conteste l’écrivain le plus inspiré dans la littérature américaine contemporaine.

Pour Ang Lee, réalisateur du film adapté du livre, Le secret de Brokeback Mountain qui a obtenu le Lion d’or 2005 à la Mostra de Venise, c’est « une grande histoire d’amour, une complicité totale et honnête entre deux êtres ».

Critique :
Lorsque j’avais vu le film, il y a un sacré bout de temps, j’avais trouvé que c’était une belle histoire d’amour entre deux hommes.

Deux hommes qui ne peuvent vivre ensemble, parce que dans les années 80, on tabasse les homosexuels à coup de démonte pneu…

La discrétion est donc de mise lorsque deux hommes ressentent des penchants l’un pour l’autre et veulent les assouvir.

Pourtant, dans ce court roman, j’ai dû chercher les émotions, l’amour, tant ça ressemblait plus à du sexe entre deux mecs qui se disent l’un à l’autre qu’ils ne sont pas des pédés.

Effectivement, le terme est barbare, mais les gars, faut pas vous leurrer, vous êtes attiré l’un par l’autre et si au départ il n’y avait que du cul entre vous (et de la bite), on dirait bien qu’ensuite, l’amour s’est déclaré, mais que vous ne vouliez pas vous l’avouer.

Rien à déclarer, messieurs ? Si, moi Jack Twist, j’ai aimé Ennis Del Mar, même si je me suis marié et que j’ai un enfant. Ne pas le voir aussi souvent que j’aurais voulu me détruisait à petit feu. Sans doute n’a-t-il jamais compris à quel point je l’aimais…

Quant à moi, Ennis Del Mar, je ne veux pas le dire, mais Jack m’a manqué durant les 4 années où je ne l’ai pas revu et malgré mon mariage, mes deux gamines que j’aimais plus que tout, je n’ai pas hésité à les abandonner sans trop de remords, mais je n’ai jamais osé avouer à Jack mon amour pour lui. Il aurait dû lire entre les lignes, comme vous, chères lectrices.

Effectivement, il faut lire entre les lignes pour voir l’histoire d’amour derrière celle du sexe brutal. Il faut se mettre dans leur peau, dans leur tête, dans l’époque afin de ressentir la peur que pouvait éprouver les hommes qui étaient homosexuels.

Cela permet aussi de comprendre leur mensonge, leur non-dits, leur virilité affichée, leur déni, leur cachoterie et leur mariage, afin de montrer à tout le monde qu’ils étaient « normaux » (attention, je ne dis pas que l’homosexualité est anormale, je parle de la vision que la majorité des gens avaient de l’homosexualité, à cette époque-là).

Maintenant, dans nos sociétés, dans nos pays, il est plus facile de vivre avec une personne du même sexe que vous qu’ailleurs, à d’autres époques. Il est donc facile de les traiter de couards, de dire qu’Ennis a manqué de courage en ne voulant pas s’installer dans un ranch avec Jack, mais en fait, il avait tout simplement trop à perdre. Ne jugeons pas.

Les dialogues entre nos deux hommes sont comme eux, assez bruts, des phrases courtes, avec peu de mots, peu d’adverbes, bref, limités au strict minimum, ce qui donne parfois l’impression d’être avec des cow-boys bouseux de chez bouseux. C’est assez âpre.

De plus, dans le film, nos deux hommes sont sexy, dans la nouvelle, ils puent, ont les jambes arquées, les dents de travers, bref, ils sont plus réalistes mais moins glamour.

Malgré tout, le film est plus émouvant que le roman et, pour une fois, j’ose dire que l’adaptation est mieux réussie que le support littéraire (ce qui est très rare).

Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 94 pages) et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

Les bisons de Broken Heart : Dan O’Brien

Titre : Les bisons de Broken Heart

Auteur : Dan O’Brien
Édition : Folio (07/05/2009)
Édition Originale : Buffalo for the Broken Heart (2001)
Traduction : Laura Derajinski

Résumé :
Quand Dian O’Brien s’installe dans le ranch de Broken Heart, il réalise son rêve : vivre au pied des Black Hills, les terres indiennes de Sitting Bull.

Mais les granges plaines du Dakota ont subi le génocide indien et le massacre des bisons, elles sont stérilisées par l’agriculture et l’élevage bovin intensifs.

Dan connaît la dure vie des cow-boys, ruinés par les emprunts et les fluctuations du marché. Le cœur brisé de Broken Heart, c’est lui, ce fermier amoureux de la vie sauvage qui souffre pour rétablir l’écosystème originel de ce pays sans fin, ce cow-boy devenu professeur de littérature et d’écologie pour payer les traites de son ranch.

Ce livre est son histoire, celle d’un homme qui, pour redonner vie à la prairie, a rendu aux bisons leurs terres ancestrales.

Critique :
Dan O’Brien sait trouver les mots pour parler nature, écologie, développement durable, agriculture… En tout cas, j’avais l’impression qu’il me parlait directement.

Le surpâturage n’est jamais bon. Très tôt, mon père avait créé des parcelles pour les vaches de mon grand-père et ensuite pour nos chevaux. Papy faisait déjà des tournantes dans ses semis.

L’auteur, dans son roman autobiographique, met le doigt sur un autre problème que le surpâturage dans les Grandes Plaines des États-Unis : la présence des vaches, animal qui ne s’y trouvait pas avant et qui n’a rien à y faire, surtout dans des prairies clôturées, où elles gaspillent l’herbe (les animaux gaspillent souvent quand il y a trop à manger) et détruisent les biotopes qui s’y trouvaient avant, du temps où les bisons marchaient sur les plaines, avant l’arrivée des génocidaires Blancs.

Bien que les Amérindiens pensaient que les bisons seraient éternels, jamais ils n’ont réussi à mettre l’animal en voie de disparition. Bien que parfois, ils les tuaient uniquement pour les langues (donnant la mauvaise idée aux Blancs), jamais les bisons ne se retrouvèrent aussi peu sur le territoire.

Puisque les vaches ne sont pas adaptées au climat rude des grandes plaines, puisqu’elle n’a rien à y foutre, puisque l’agriculture se casse la gueule et que plus personne ne sait rembourser ses emprunts, notre auteur a eu l’idée de revenir à la grosse bêbête noble qui passaient sur ces terres : les bisons (à ne pas confondre avec Le Bison qui arpente les terres du site Babelio et que je salue).

Oui, j’ai apprécié la plume de Dan O’Brien, cela faisait longtemps que je souhaitais lire ce roman de nature writing et j’ai mis du temps à le trouver. Il n’a même pas eu le temps de dire ouf qu’il était dévoré.

Attention, ne cherchez pas un récit trépident ou bourré de suspense, bien qu’il soit angoissant pour un éleveur de savoir s’il réussira, ou pas, à rembourser la banque, si ses bêtes vivront, s’il arrivera à manger à sa faim… Ok, suspense présent !

Dans ces pages, vous trouverez surtout le récit d’une conversion, des récits de nature, d’élevage (bovins ou de bisons), de montage de clôture, ainsi que d’un morceau de l’Histoire des États-Unis, des Amérindiens et d’un homme qui aimerait que la nature retrouve son état d’avant, celui d’avant qu’on ne foute tout en l’air.

O’Brien est un conteur qui m’a envouté, comme je vous le disais, j’avais l’impression qu’il me parlait personnellement.

Son récit a trouvé des échos en moi, du temps où j’étais gamine et que je suivais mon grand-père partout, dans sa ferme. Certes, je ne suis pas passionnée d’élevage bovin (pas du tout, même), mais maintenant, j’aurais bien envie de goûter du bison, élevé par l’auteur, et tué à la carabine, dans sa prairie, sans le stress des abattoirs et l’engraissement dans des paddock où les bisons sont malheureux.

C’est un roman de nature writing, mais pas que… c’est aussi une charge sur le capitalisme effréné qui nous pousse à moult conneries, à bien des hypocrises, à bien des horreurs sur les animaux, la nature et les hommes.

C’est aussi une ode à la nature, à une vie plus saine, une vie faite de petites choses, du travail acharné, du respect des autres êtres vivants et une ode à la liberté. Le but ne doit pas être la course aux rendements, mais au bien-être personnel (celui qui n’est pas monnayable).

Un excellent roman, même si vous y connaissez que pouic à l’élevage de vaches ou de bisons, car la Nature, ça devrait parler à la majorité d’entre nous… Non ?

Le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

Duchess : Chris Whitaker

Titre : Duchess

Auteur : Chris Whitaker
Édition : Sonatine Thriller/Policier (05/05/2022)
Édition Originale : We Begin at the End (2020)
Traduction : Julie Sibony

Résumé :
Duchess a 13 ans, pas de père, et une mère à la dérive. Dans les rues de Cape Haven, petite ville côtière de Californie, elle ne souffre ni pitié ni compromis.

Face à un monde d’adultes défaillants, elle relève la tête et fait front, tout en veillant sur son petit frère, Robin.

Mais Vincent King, le responsable du naufrage de sa mère, vient de sortir de prison. Et son retour à Cape Haven ravive les tumultes du passé.

Quand cette menace se précise, Duchess n’a plus le choix : il va lui falloir engager la lutte pour sauver ce qui peut l’être, et protéger les siens.

Critique :
Cette année avait été assez pauvre en coup de cœur et septembre m’en offre un superbe avec ce roman sombre, violent, ce drame terrible.

Une tragédie comme savent nous offrir certains auteurs, même si l’action se déroule dans un coin de paradis californien (Cape Haeven).

Comment toute cette merde est-elle arrivée ? Pourquoi, un jour, la roue du destin s’est-elle arrêtée sur une case rouge, synonyme d’emmerdes puissance 100 à venir ? Pourquoi ce putain de hasard n’a-t-il pas été un peu plus sympa avec ces personnages qui n’avaient rien demandé à personne ?

La faute à pas de chance ? La faute à trop de facteurs ? Parce que si  Duchess n’avait pas allumé le feu, rien de tout cela ne se serait passé… Une terrible erreur qu’elle paiera au prix fort, trop fort… Mais est-elle vraiment responsable ?

Si sa mère, Star, n’avait pas été aux abonnés absents, dans l’éducation de ses enfants, si elle s’était occupée d’eux correctement, si elle avait enfin arrêté de promettre qu’elle allait changer et qu’elle l’avait fait réellement, on n’en serait pas arrivé à l’incendie.

Oui, mais si la petite sœur de Star, Sissy, n’avait pas été tuée, toute jeune, renversée par une voiture, sa famille n’aurait pas explosé… Et si Vincent King n’avait pas conduit une voiture, sans permis, sans faire attention à ce qu’il faisait, jamais il n’aurait renversé la gamine (Sissy)… Et si Star avait surveillé sa petite sœur, au lieu de courir ailleurs, rien de catastrophique n’aurait eu lieu.

Et si un jour lointain, un homme n’avait pas eu un accident de voiture, tuant son épouse et laissant sa gamine dans un état nécessitant l’utilisation d’une machine pour la garder en vie, ainsi que des soins coûteux, est-ce qu’on en serait arrivé à ces extrémités là ? Non, jamais…

Les responsables sont nombreux, bien souvent sans l’avoir voulu : un domino tombe et entraîne tout les autres. Personne ne s’en relève vraiment tout à fait, leur vie sombre dans le chaos et ce ne sont pas les quelques bouées de sauvetage que certains leur lanceront qui les aideront à ne pas boire la tasse, à respirer. Putain de destin !

Ce roman m’a entraîné dans un scénario inattendu, qui m’a emporté du soleil de la Californie au étendue du Montana et à sa neige froide. Un scénario fort sombre, comme je vous le disais. À se demander même s’il était possible d’avoir une lueur d’espoir.

Les personnages sont tous bien travaillés : si Duchess et son petit frère Robin sont les protagonistes centraux, l’auteur n’a pas oublié de donner de la profondeur aux autres. Duchess est une mère pour son petit frère, elle le protège, mais elle n’est pas la seule à protéger une personne qu’elle aime et à se dévouer entièrement.

Walker, le policier de Cape Haeven, les aide aussi, il tentera même d’aider son ami, Vincent King. Lui-même est énigmatique, suspect, j’ai mis du temps à le cerner. Il m’a bien étonnée.

Dolly, la vieille dame dans le Montana, est un personnage flamboyant, en deux phrases, elle s’impose, elle est lumineuse, on aimerait la rencontrer en vrai. Thomas Noble, le jeune voisin de Hal est lui aussi un personnage que l’on a envie de croiser dans sa vie. Un gamin peureux qui osera redresser les épaules. Et Hal, lui aussi a souffert, lui aussi est une victime, lui restera inoubliable…

Les méchants évitent le côté manichéen. Que ce soient les deux voisins de Star, vachement zarbi (et chelous), le genre qu’on n’a pas envie d’avoir pour amis ou voisins. Ils possèdent eux-aussi des failles, des blessures et ils se défendent comme ils peuvent. Sans oublier deux femmes de la communauté, qui poseront des actes terribles, mais toujours dans le but de sauver leur ménage, leur enfants, leur vie,… Tous et toutes sont victimes des circonstances.

Même Darke, le méchant méchant, a un portrait nuancé. Ni tout blanc, ni tout noir, avec de belles nuances de gris.

Oui, tout est bien mis en scène pour donner une tragédie parfaite, le genre qui a des ramifications tellement lointaines, tellement nombreuses, qu’on ne saurait plus vraiment dire quand et à cause de qui (ou de quoi) tout cela a commencé.

Quant à Duchess, elle fait déjà partie de ces grandes héroïnes que l’on oubliera jamais, telles Turtle (My absolute Darling), Kya (Là où chantent les écrivisses) ou Harley McKenna (Mon territoire).

Le final de ce roman est bouleversant et flamboyant. Triste et heureux à la fois. Il est terriblement déchirant et tellement magnifique. Sombre, mais lumineux. Explosif et doux. Un mélange d’amertume et de sucre des plus réussis.

Il arrive à manier ce subtil équilibre entre les rires de joie et les larmes de tristesse. Quoi que vous fassiez, elles couleront, vos larmes, de joie ou de peine, ou des deux à la fois.

Bien qu’il restera des zones d’ombre dans la vie future de Duchess et de Robin, l’espoir est permis, ils le toucheront, ils le prendront en main. Putain, ils le méritent !

Merci à l’auteur de m’avoir offert ce coup de cœur magnifique, ce roman qui marque durablement, qui reste dans la mémoire et auquel on pense avec une note de chagrin (ben oui, on l’a fini) et un sourire béat parce que l’on a rencontré des personnages marquants à vie.

PS : mon seul bémol sera pour le fait que le roman ne fasse que 528 pages ! Mince alors, 12 pages de plus et il pouvait entrer dans le challenge du Pavé de l’été. Tiens, si je gribouille 12 pages de plus et que je les insère dans le livre, peut-être que Brize n’y verra que du feu ! Chiche !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°38] et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

La rivière : Peter Heller

Titre : La rivière

Auteur : Peter Heller
Édition : Actes Sud – Lettres anglo-américaines (05/05/2021)
Édition Originale : The River (2019)
Traduction : Céline Leroy

Résumé :
Wynn et Jack, étudiants en pleine possession de leurs moyens, s’offrent enfin la virée en canoë de leurs rêves sur le mythique fleuve Maskwa, dans le Nord du Canada. Ils ont pour eux la connaissance intime de la nature, l’expertise des rapides et la confiance d’une amitié solide.

Mais quand, à l’horizon, s’élève la menace d’un tout-puissant feu de forêt, le rêve commence à virer au cauchemar, qui transforme la balade contemplative en course contre la montre. Ils ignorent que ce n’est que le début de l’épreuve.

Critique :
Wynn et Jack partent à l’aventure, celle avec un grand A : traverser, en canoë, le fleuve Maskwa, dans le nord du Canada.

Sans téléphone, sans montre, en mode survie et pêche, mais surtout, en mode tranquille, à l’aise Blaise, sans se presser, afin de prendre le temps de contempler.

Tout allait bien, quand soudain, les emmerdes son arrivées, en escadrille, comme toujours…

On aurait pu penser que leur voyage allait se dérouler tranquillement, qu’en cette fin de saison, alors que les jours sont plus froids, ils ne croiseraient personne sur l’eau. Loupé…

La plume de l’auteur navigue sur le papier comme le canoë de Jack et Wynn : glissant sans à-coups, paisiblement, sans aucune saccade ou mouvement brusque.

Sa manière d’écrire est aussi contemplative et descriptive : ce voyage en canoë, ces nuits à la belle étoile, ces poissons qui cuisent sur la pierre, c’est comme si vous viviez ces moments de plénitude.

Le récit est idyllique, mais on se doute qu’à un moment donné, ça va virer au drame, sans que l’on sache exactement que genre de drame. Ni que nous pourrions en avoir deux pour le prix d’un seul.

Cette descente de rivière tranquillou va virer brusquement en descente afin de lutter contre la mort qui galope à leurs trousses. Elle détruit tout sur son passage et c’est limite l’apocalypse qui vous colle aux trousses.

L’inquiétude était montée crescendo, là, elle va vous prendre aux tripes et vous risquez de sentir l’odeur de roussi derrière vous. Souquez ferme, matelots, gardez le cap et serrez les fesses !

Peter Heller ne prendra pas la peine de dresser des portraits fouillés de ses personnages principaux, il nous donnera juste l’essentiel, et cela suffira pour le récit, pour s’attacher à eux deux et à les voir changer, quand le danger sera là. Jack aura même tendance à passer du côté obscur, démontrant bien que l’on ne connait jamais vraiment bien les gens.

C’est un mélange harmonieux entre le nature writing et le thriller, entre l’apocalypse et le voyage initiatique, commençant à naviguer gentiment avant de passer en mode « descente de rapides ». Difficile de ne pas avoir le cœur qui chavire.

La Rivière n’est pas un long fleuve tranquille… C’est une lecture qui vous éclabousse avant de vous laisser échoué sur un à côté, lessivé, rincé, à bout de souffle, les muscles en compote d’avoir ramé comme une dératée avec Wynn et Jack.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°86].

Grizzly : Nan Aurousseau

Titre : Grizzly

Auteur : Nan Aurousseau
Édition : Buchet/Chastel (06/05/2021)

Résumé :
Après des années de totale galère, Dan et Jon, deux vieux potes, ont décidé de s’associer. Depuis trois ans, leur camp installé en haute altitude dans les Rocheuses propose aux touristes un lieu exceptionnel et sauvage. Là, trek, randonnée, pêche, safari photos sont au programme.

Un client riche et inconscient a décidé, malgré une tempête de neige qui se prépare, de prendre des photos d’un énorme grizzly qui rôde dans le coin. À reculons, Dan part avec lui à la recherche de l’ours. Le client, malgré les injonctions de Dan, s’approche trop près de l’animal et se fait tuer.

La tempête se déchaîne et Dan se retrouve avec un cadavre sur les bras. Un mécanisme étrange s’enclenche dans son cerveau : il faut absolument se débarrasser du corps pour avoir la paix. Alors que le scénario qu’il échafaude est parfait, Dan, à la dernière minute, ne résiste pas à voler la montre du mort. Un objet de luxe qui le fascine.

À partir de là, les emmerdes vont s’accumuler…

Critique :
Dan, 57 ans, a loupé le coche : il a passé les 50 ans et il n’a pas encore sa montre de prestige !

Qu’à cela ne tienne, le possesseur d’une superbe montre vient justement d’avoir une confrontation violente avec une ourse et Dan en profite pour lui chiper sa superbe montre…

Et de cacher le corps, par la même occasion, pour éviter les ennuis et la mauvaise publicité.

Non, pour une fois, le 4ème de couverture n’était pas trop bavard, dès la première ligne, on se retrouve avec le client mortellement blessé par l’ourse. Comme dans Columbo, on sait ce qu’il s’est passé, mais on ne sait pas comment toute cette histoire va se terminer !

Ce roman est tout simplement déjanté, fou, burlesque, sombre, sanglant. Bref, en un mot, il est jouissif !

Impossible de savoir quelle direction va prendre l’histoire ! Le suspense est entier et tout se déroulera en huis-clos, durant une tempête de neige et on ira de surprises en surprises.

Partant d’un simple accident, d’une imbécilité commise par un citadin qui voulait LA photo avec une ourse, tout va s’enchaîner de manière inattendue, tout en restant logique, comme lorsqu’un domino tombe et entraîne les suivants dans une cascade.

Dan a retiré la pièce maîtresse d’un mikado, avec application (qu’il pense), mais cela a fragilisé toute la construction. Avec les délires Dan, qui possède une imagination folle, on va assister à cette pièce macabre, mais drôle (ou le contraire), jusqu’à la conclusion, impuissant devant les faits qui se déroulent sous nos yeux. Le tout pour notre plus grand plaisir.

Comment les personnages en sont arrivés là ? À cause d’une photo, d’une ourse pas contente, d’une tempête de neige, de la jalousie, d’une imagination débridée, d’une bite, de partie de jambes en l’air, de deux flics et d’un voisin vieux et puant…

Un roman court, intense, jouissif, avec un suspense maîtrisé, des personnages dont on saura peu de choses (pas besoin d’en savoir plus, ils se suffisent à eux-mêmes). Un excellent moment de lecture avec ce pauvre Dan et toutes les merdes qui vont lui arriver suite à ce vol d’une montre valant le prix d’un rein.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°79] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°90].