Entre fauves : Colin Niel

Titre : Entre fauves

Auteur : Colin Niel
Édition : Rouergue Noir (2020) / Livre de Poche Thriller (2022)

Résumé :
Martin est garde au parc national des Pyrénées. Il travaille notamment au suivi des ours. Mais depuis des mois, on n’a plus la moindre trace de Cannellito, le dernier plantigrade avec un peu de sang pyrénéen. Martin en est chaque jour plus convaincu : les chasseurs auront eu la peau de l’animal.

Alors, lorsqu’il tombe sur un cliché montrant une jeune femme devant la dépouille d’un lion, arc de chasse en main, il est déterminé à la retrouver et la livrer en pâture à l’opinion publique. Même si d’elle, il ne connaît qu’un pseudonyme sur les réseaux sociaux : Leg Holas.

Critique :
Non, je n’aime pas les chasseurs, qu’ils flinguent le gibier de nos contrées ou les animaux exotiques d’ailleurs, et encore moins ceux qu’ils posent devant leurs trophées, exposant leurs massacres sur les réseaux sociaux…

Mais de là à faire du bashing, à les poursuivre, à les traquer, sur le Net ou dans la vie réelle, il y a un pas que je ne franchirai pas, contrairement à Martin, un garde au parc national des Pyrénées.

Un ami m’avait expliqué, il y a un certain temps, que l’on ne savait pas toujours ce qu’il se cachait derrière une photo, lorsqu’elle n’était pas expliquée, que l’on ne savait pas d’où elle était tirée, dans quelles circonstances… Mais que l’on avait tendance à extrapoler dessus et à lui inventer une légende qui convenait, surtout si ça peut faire le buzz.

Une jeune fille, avec un arc, devant la dépouille d’un lion, en Namibie, ça a de quoi révolter les anti-chasses (je le serais aussi) et Martin, notre garde, va mener l’enquête pour tenter de trouver l’identité de cette jeune fille, sans doute blindée de thune, pour avoir pu s’offrir une chasse au lion.

Donner l’histoire de cette photo, c’est ce que Colin Niel va tenter de faire, avec ce roman choral, qui nous emmènera des Pyrénées à la Namibie, passant du dernier représentant des ours qui a disparu à un lion qui s’est mis à chasser les vaches et les chèvres des bergers du Kaokoland.

L’auteur donnera la parole à cette chasseuse, surnommée Lagolas, à Martin, le garde du parc, à Charles, le lion chasseur et à Kondjima, le jeune Himba qui a vu son troupeau de chèvres décimé par un lion solitaire.

La première moitié du roman est entraînante et je suis allée de surprises en surprises, la chasseuse n’étant pas aussi mauvaise qu’on pourrait le penser… Le récit n’étant pas linéaire, on passera de l’arc pyrénéen à celui qui s’est déroulé en Namibie, quelques mois auparavant. Cela ajoute du mystère et du suspense, ce qui fait que le récit avance très vite.

Malheureusement, les personnages sont assez linéaires, stéréotypés, manquant de profondeur et le pire fut Martin, très radical, même s’il n’a pas tort dans ce qu’il dit, parlant des torts que les Hommes font à la Nature et aux animaux. Imbu de lui-même, il croit qu’il est le seul à détenir la vérité.

Là où le bât a blessé, ce n’est pas dans son obsession à trouver l’identité de la jeune fille, mais quand il a commencé à jouer au stalker, la suivant, l’espionnant, pénétrant dans son appart et lorsqu’il la suivra dans la montagne, là, le récit a perdu tout sens commun, notamment à cause du comportement dingue de Martin qui agira comme un vulgaire chasseur.

Le final ne manquera pas d’ironie, il est cruel, violent et on se prendra l’instant karma dans la gueule… L’histoire de la photo est dévoilée et elle ne manquait pas de cynisme non plus.

En fait, tout est ironique dans ce récit, puisque le lion, s’il s’est mis à s’attaquer aux troupeaux, c’est à cause de l’extension des Hommes, qui prennent de plus en plus de place, de la sécheresse, de l’extinction des troupeaux d’animaux sauvages qu’il chassait avant. Tout est lié et l’Homme, horrible virus, a propagé la maladie partout.

Dommage que les personnages aient été si stéréotypés et que Martin ait viré radicaliste, sinon, cela aurait pu être un coup de coeur. Son comportement extrémiste dans la montagne, m’a dérangé fortement. J’ai beau ne pas aimer les chasseurs, il est des choses qui ne se font pas, sinon, on ne vaut pas mieux qu’eux.

Malgré mes bémols, ce n’est pour autant pas une lecture ratée, car elle m’aura fait réfléchir sur le fait que l’être humain est un prédateur, une créature qui sème le vent et s’étonne ensuite de récolter la tempête, un être qui détruit quasi tout, qui pollue au-delà du possible et dont certains, qui ne pensent qu’à s’enrichir, sont prêts à tout pour y arriver, même à écraser les vivants : humains, animaux, plantes, insectes…

Nous sommes dans la merde, mais c’est de notre faute, nous nous y sommes mis dedans. J’ai fait mon introspection et bien que n’étant pas contaminée par la consommation, je consomme tout de même, comme tout le monde. J’ai moi aussi ma part de responsabilité (sans doute moins grande que d’autres, enfin, je crois).

Comme quoi, même avec une lecture qui m’a un peu déçue par certains aspects, elle m’a tout de même élevée plus haut, me faisant pousser les curseurs de la réflexion plus loin. Une fois de plus, c’est ironique, ce roman. Rien que pour cela, je ne risque pas de l’oublier…

Chouette, alors, il me reste encore d’autres romans de cet auteur et je compte bien les lire. Qui sait, je ferai peut-être encore fumer mon cerveau ?

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°117].

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Plus bas dans la vallée : Ron Rash

Titre : Plus bas dans la vallée

Auteur : Ron Rash
Édition :
Édition Originale : In the valley (2020)
Traduction : Isabelle Reinharez

Résumé :
Un an après son départ pour le Brésil, Serena, personnage emblématique de l’œuvre de Ron Rash, revient dans les Great Smoky Mountains. Selon le contrat qui la lie à la compagnie de Brandonkamp, tous les arbres de la dernière parcelle qu’elle possède aux États-Unis doivent être abattus avant la fin de juillet. Il ne reste que trois jours.

La pluie incessante qui fait de ce flanc de montagne un véritable bourbier, les serpents impitoyables, l’épuisement des bûcherons en sous-effectif rendent la tâche presque impossible. La « Lady Macbeth des Appalaches » sera-t-elle à la hauteur de sa sinistre réputation ?

Autour de ce diamant noir, six nouvelles âpres mais traversées d’éclairs d’un humour parfois grinçant disent la vie rude et privée d’horizon des enfants oubliés de l’Amérique que sont les habitants de cette contrée.

Critique :
Alors Serena, on est de retour ? Tu es revenue dans les Appalaches, dans les Great Smoky Mountains, afin de continuer de raser la forêt ?

Serena, tu n’imagines pas combien j’étais heureuse de recroiser ta route, tout en redoutant la confrontation. Avais-tu changé ou étais-tu égale à toi-même ?

Pas de doute, ma Serena, tu es égale à toi-même : une femme froide, une femme de poigne, une femme qui n’hésite pas à trucider ceux ou celles qui t’ont fait chier, déplu, qui pourraient te faire de l’ombre…

Enfin, Serena, tu te contentes de donner l’ordre à Galloway, ton âme damnée, qui fait le sale boulot.

Serena… Je disais, dans ma chronique du roman éponyme, qu’elle inspirait la peur, le respect, le désir, la haine. On oscille sans cesse entre l’amour et la haine du personnage.

La seule chose dont je suis sûre, avec Serena, c’est que son personnage est recherché, travaillé et que son auteur a réellement donné vie à une Lady Macbeth des années 30. Et quand elle doit gagner un pari ou respecter une échéance, la Serena est prête à tout, notamment à mettre en danger ses ouvriers, sans états d’âmes.

Moi qui ne suis pas fan des nouvelles, voilà que celles composant ce recueil m’ont scotchées dans mon canapé, tant elles étaient puissantes, bien racontées, sans laisser le lecteur sur sa fin. Le retour de Serena valait la peine d’être lu et Ron Rash a eu bien raison de nous l’offrir !

Percutante, comme toujours, la Serena. Diabolique, comme toujours. J’ai aimé les petits textes, entre deux chapitres, où l’auteur parle des animaux qui ont quitté la forêt, dévastée par les bûcherons, aux ordres de Serena, coupant tout sur leur passage, ne laissant que des souches, des morts, des blessés et des ouvriers épuisés… Violent.

La nouvelle se déroulant avec des soldats Sudistes (Les Voisins), vivant de rapines, celle avec l’homme qui voulait être baptisé était magnifique aussi et terriblement violente (Le Baptême), notamment dans la personnalité du futur baptisé.

Sans oublier celle avec la flamboyante, mais froide, Serena (Plus bas dans la vallée) et celle avec gérant d’une aire d’autoroute qui aidera une paumée (Le Dernier pont brûlé). Ce sont mes quatre nouvelles préférées.

Toutes ont pour cadre la Caroline du Nord, et si elles n’ont pas toutes la même puissance dévastatrice, elles n’en restent pas moins de très bonnes nouvelles qui parlent de pêche, de nature, de solitude, d’alcoolisme, de rencontres improbables, de nature exploitée et de travailleurs aussi…

Ce recueil de nouvelles est noir, sombre, sans pour autant manquer de lumière, car toutes les nouvelles ne se terminent pas tragiquement, il y a encore de l’espoir dans certains êtres humains. Bon, pas dans tous… En tout cas, même en étant dans des nouvelles assez courtes, les personnages ne manquaient pas de consistance.

J’aimerais bien que Ron Rash nous donne encore de ses nouvelles, qu’il nous offre quelques pépites noires, où les âmes humaines se débattent, hésitent, ne savent pas quel chemin choisir.

Ron Rash a un art bien à lui pour nous conter la noirceur humaine, ses côtés obscurs, le tout dans une nature grandiose, malmenée par l’Homme, où les animaux ne savent pas se défendre, hormis les serpents venimeux.

Attention, ce ne sont pas toujours les serpents les plus dangereux… Si Serena vous propose un emploi, fuyez, pauvres fous, mais si elle vous tend ce recueil, achetez-le et lisez-le, nom de Dieu !

Des hommes en devenir : Bruce Machart

Titre : Des hommes en devenir

Auteur : Bruce Machart
Édition : Gallmeister Nature writing (2014) / Gallmeister Totem (2021)
Édition Originale : Men in the Making (2011)
Traduction : François Happe

Résumé :
Qu’ils se retrouvent en train d’arpenter les terres fertiles du Sud, de conduire leur pick-ups fenêtres ouvertes dans la chaleur suffocante du périphérique de Houston, d’actionner l’écorceuse pour transformer des grumes en feuilles de papier, les hommes de ce recueil découvrent tous, en un instant, la faille en eux.

Être hanté depuis toujours par un enfant, un parent, une femme, un voisin, un copain disparus, interrompre enfin le mouvement continu et regarder une vie en face.

La question soudain serait de savoir ce que devenir un homme signifie. Ici, certains ont été largués. Là, un enfant n’est jamais né. Une mère a été assassinée. Des maris ont découché. Des chiens sont morts. Bien des bières ont été descendues, et des rires échangés entre frères, amis, amants.

Après Le Sillage de l’oubli, premier roman qui remporta un formidable succès critique et public, on retrouve dans Des hommes en devenir la plume évocatrice et puissante d’un maître de la littérature américaine.

Critique :
Vous le savez bien, les nouvelles et moi, ce n’est pas l’amour fou entre nous.

Et pourtant, de temps en temps, certains recueils de nouvelles sont très bien faits (ceux du King et la collection présentée par Yvan Fauth autour du Noir).

Ce recueil, j’ai eu envie de le lire après la très belle chronique de l’ami BonoChamrousse (sur Babelio et FB). Étant toujours à la recherche de coups de cœur, je ne pouvais pas passer à côté d’une belle occasion.

Hélas, ma chronique sera moins jouissive que celle de mon collègue babéliotte.

Et pourtant, je n’ai pas grand-chose à reprocher à ce recueil de nouvelles : elles étaient très bien écrites, la traduction m’a semblé bien leur rendre justice (on n’est plus dans des traductions à la six quatre deux de la Série Noire), les récits pouvaient être très court ou plus long, mais tous étaient bien construit, sans donner l’impression qu’il manquait des pages au final.

Ces nouvelles mettaient toutes en scène des hommes en devenir… Des pères qui avaient perdu un fils, une épouse, qui regrettaient de ne pas avoir quelque chose à regretter, à pleurer… Des portraits réussis d’hommes fragiles, en proie au doute, au chagrin,… Des hommes du Texas, dur au mal, des portraits d’hommes ordinaires.

J’ai pris le temps de les lire, mais je n’ai pas vibré, pas eu de coups de cœur, de coups de poing, bref, la lecture ne fut pas mauvaise, mais elle ne fut pas le feu d’artifice attendu.

En cherchant mes mots pour conclure cette chronique, je les ai trouvé dans un commentaire de l’ami JIEMDE (Babelio) : elles manquaient de puissance et d’intensité ! Pourtant, l’auteur sait décrire la souffrance humaine et toutes les nouvelles comportaient son lot de souffrance.

Attention, je ne dis pas que ce recueil de nouvelles est mauvais, loin de là, pour celles et ceux qui cherchent à lire des nouvelles, elles sont très bonnes, l’auteur arrive en peu de pages à vous plonger dans son monde, dans ses personnages, à partager leurs doutes, leurs chagrins, leurs souvenirs…

Bref, ce n’est pas de la merde littéraire, je vous assure, mais ça manque juste de puissance, ce qui fait que je n’ai pas vibré, pas eu d’émotions fortes. Dommage, parce que j’aurais aimé m’en prendre plein la gueule. C’est ce que je recherchais…

Malgré tout, je ne peux pas descendre ce recueil, car les histoires étaient bien écrites, même avec des phrases simples et que l’auteur a bien su, en quelques pages, nous plonger dans les blessures humaines.

À découvrir, mais peut-être sans rien attendre d’autre que des nouvelles et se laisser porter par les mots. Lorsque l’on attend trop d’un roman, bien souvent, on se plante.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°93].

L’archipel des oubliés – Grace Campbell 03 : Nicolas Beuglet [Par Dame Ida, lectrice épuisée]

Titre : L’archipel des oubliés – Grace Campbell 03

Auteur : Nicolas Beuglet
Édition : XO (22/09/2022)

Résumé Babélio:
Cette histoire vous fera douter de tout…

Les inspectrices Grace Campbell et Sarah Geringën le savent. Malgré leurs caractères opposés, elles doivent unir leurs forces pour neutraliser l’“ homme sans visage ”, l’architecte du plan diabolique qui mènera l’humanité à sa perte.

Seule piste : un manoir égaré dans les brumes d’Écosse. Derrière les volets clos de la demeure, l’ombre d’une jeune veuve austère, en apparence innocente. Mais cette femme est-elle vraiment ce qu’elle prétend être ? Ce que les deux inspectrices découvrent dépasse leurs pires hypothèses.

Dans une course qui les entraîne du loch Ness à la Norvège, Grace et Sarah vont devoir repousser les frontières de la peur pour rejoindre l’énigmatique archipel des Oubliés – l’ultime rempart au chaos du monde.

Un thriller glaçant. Et perturbant. Car ce qui se joue sur ces terres mystérieuses pourrait bien ressembler au choix de civilisation qui se dresse devant nous…. Même de vous…

L’avis de Dame Ida :
Bon… On ne peut pas dire que le résumé Babelio qui est en réalité le plus souvent la 4e de couverture proposée par les éditeurs, nous aide beaucoup. Et c’est fort ennuyeux.

D’autant qu’à aucun moment l’Archipel des Oubliés n’est nommé comme tel dans le roman !!! Ce sera au lecteur de deviner de quoi il s’agit…

Cette présentation est d’autant plus regrettable que le chaland lambda qui n’a jamais lu un roman de Nicolas Beuglet ne saura pas que l’Archipel des Oubliés est la suite (et fin ?) des précédentes enquêtes de l’inspectrice Grace Campbell (le Dernier Message, Le Passager sans visage) et de celles de Sarah Geringën (Le Cri, Complot, l’Île du Diable) qu’il est tout bonnement impératif d’avoir lues avant si on veut suivre un minimum. Or, ce n’est pas indiqué.

Après avoir lu dans un premier temps les enquêtes de Sarah Geringën, et être arrivée au bout de la première enquête de Grace Campbell, j’avais lu la seconde qui se terminait sur l’irruption tonique de Sarah dans le bureau de Grace qui rentrait de sa dernière expédition policière à travers le monde…

Je les avais quittées là… Attendant la suite avec impatience, et c’est bien là que j’ai eu le plaisir de les retrouver. Elles n’avaient pas bougé du commissariat écossais où Grace officie.

Mais je les avais laissées à cette place un peu trop longtemps et n’avais plus un souvenir très frais des cinq premiers tomes qui avaient préparé les deux femmes à se rencontrer et à partir ensemble dans une nouvelle enquête.

Je dois avouer avoir eu un peu de mal à raccrocher les wagons et à retrouver mes repères dans les débuts de cette nouvelle enquête, notamment pour comprendre ce que Sarah pouvait vouloir à Grace. Heureusement, Beuglet nous rafraîchit la mémoire bien comme il faut.

Même s’il sait nous embarquer tambour battant dans des enquêtes rythmées où ses héroïnes elles-mêmes peinent à retrouver leur souffle, je reprendrai mes critiques habituelles concernant les arrangements de l’auteur avec la réalité.

Comme lors des cinq précédents volumes, la hiérarchie des inspectrices est inexistante et les deux femmes enquêtent en roue libre comme si de rien n’était, même si les enquêtes impliquant les polices de deux pays doivent toujours préalablement faire l’objet d’autorisations des services diplomatiques etc… La police n’est pas bureaucratique qu’en France.

Par ailleurs, le corps humain a ses limites et de voire Grace attaquer une nouvelle enquête avec un bras dans le plâtre (ce qui est assez peu crédible pour un agent de terrain en principe – si on vous autorise à travailler avec un plâtre, c’est à des tâches strictement administratives) m’a bien amusée.

Et j’ai également compris lors de la lecture des romans précédents que Grace et Sarah sont des dures à cuire, increvables, qui peuvent essuyer les coups, les tirs, les sauts dans le vide, les cascades sans égratignures, résister aux drogues, survivre à des explosions, prendre des bains d’eau glacée, alors qu’il gèle à pierre fendre sans choper un rhume et subir des situations psychologiquement traumatisantes sans jamais s’écrouler.

En lisant ce roman je me suis rappelée ce que je m’étais dit en passant des enquêtes de la norvégienne à celles de l’écossaise… Les deux femmes n’avaient peut-être pas la même histoire et les mêmes traumatismes, l’une est supposée être plus froide que l’autre… Mais je n’arrivais pas franchement à les différencier l’une de l’autre.

Et ce roman est venu renforcer cette impression. Lorsque l’auteur nous fait entrer à l’intérieur de leurs têtes respectives, c’est avec ses propres mots, son propre style, sans parvenir à décrire pour l’une et pour l’autre un flux de pensée qui leur soit propre ou original. Leurs différences ne sont visibles que de l’extérieur ou que dans le rappel de leurs biographies.

De fait, elles me sembleront presque être le clone l’une de l’autre et dans le feu de l’action, là où elles fonctionnent en tandem, j’oubliai rapidement qui est qui, comme si elles ne faisaient qu’une. L’uniformité du style de l’auteur dans le déploiement de la pensée de ses deux héroïnes ne permettra pas de leur donner à toutes les deux, une psychologie qui leur est propre. Je trouve ça un peu dommage, même si ça n’empêche pas de suivre et d’apprécier l’histoire.

Voilà pour les faiblesses du roman, selon moi. Du côté de l’intrigue en revanche… Ce n’est franchement pas mal du tout. C’est tordu à souhait et rythmé, et les pompes funèbres auront bien du boulot, avec tous les cadavres qui joncheront la route des deux inspectrices.

Et pourtant… on est franchement loin du polar réaliste ! Et je suis assez sévère quand on n’est pas assez réaliste dans un bouquin.

Même si les James Bond nous semblent toujours aussi improbables, c’est toujours avec un certain plaisir qu’on les regarde… Les histoires sont démentes, les complots granguignolesques des super-méchants n’ont absooooolument rien de crédible, et les abrutis qui travaillent pour les super-méchant ratent toujours leur cible quand ils tirent à la mitraillette ou au bazooka et James Bond, même à découvert en sortira indemne sans être décoiffé.

Et bien là, c’est pareil, sauf que l’auteur est suffisamment sadique pour faire morfler ses héroïnes. Et elles morflent très lourdement… Mais… à les entendre… « Même pas mal ».

Côté méchants, c’est pareil aussi… Les deux femmes se sont battues pendant cinq et maintenant six tomes, contre des super-vilains aux moyens illimités, que ce soit en argent, moyens techniques, relations ou contrôle des médias, capables de recruter des armées entières de sbires à leur service et d’entretenir des bases secrètes d’où ils projettent d’asservir l’humanité. Rien que ça.

C’est énorme… Je dirais même ça pourrait être carrément grotesque… Surtout pour moi qui ai du mal quand les auteurs me prennent pour une quiche à essayer de me faire gober n’importe quoi.

Et pourtant ça marche !

Pourquoi ça marche ? Et bien parce qu’à travers de ses intrigues, Nicolas Beuglet, extrapole sur certains travers de notre société afin de les dénoncer, travers basés sur des faits réels et vérifiés sur lesquels il revient en postface dans chacun de ses romans pour nous aider à mieux en prendre conscience.

On pourrait presque l’imaginer fasciné par le complotisme, car il s’efforce de nous montrer comment les puissances du profit peuvent parvenir à nous faire gober tout et n’importe quoi.

Oui mais voilà… S’agit-il d’interprétations complotistes d’éléments pourtant bien tangibles de la réalité ? Ou l’étiquette complotiste ne serait-elle pas ici posée pour décrédibiliser celui ou celle qui dénoncerait quelque chose de trop dérangeant pour certaines élites ? Questions qui se renvoient sans cesse l’une à l’autre comme notre image entre deux miroirs.

Même si ses histoires sont totalement incroyables, ce qu’elles mettent en scène ne peut que nous toucher et nous faire réfléchir… voire nous épouvanter face à la mise en abîme du sens et de la vérité de toute chose.

Je ne sais pas précisément quand il a écrit son livre mais quand à travers la bouche d’un de ses personnages il ironise sur le fait que l’on demande à la population de baisser son chauffage alors que ceux qui nous le recommandent circulent en jets privés… On ne peut que se prendre ça de plein fouet dans la figure étant donné notre actualité.

Quand il nous rappelle que le passage au tout numérique n’a certainement rien d’écologique en ce sens que les datacenters et le passage à la 5G, la généralisation du cloud et de la dématérialisation des factures ou autres documents, vont conduire le numérique à consommer encore plus d’énergie et à rejeter encore plus de carbone que jamais, on ne peut que comprendre à quel point les discours véhiculés par les médias et présentés comme des vérités écologiques mériteraient d’être repensés et décryptés… car les médias sont-ils si libres ou indépendants ? N’appartiennent-ils pas de plus en plus souvent à des grands groupes industriels ?

Il y a toujours quelque chose de vrai dans un délire disait Freud… Et le moins qu’on puisse dire c’est que les délires des super-vilains de Beuglet, aussi incroyables soient-ils contiennent une part de vérité.

À nous d’interpréter celle-ci ou de choisir sous quel angle on a envie de la voir. Et c’est ça qui fait pour moi tout le sel de cette série de romans.

Bêtes, hommes et dieux – À travers la Mongolie interdite (1920-1921) : Ferdynand Ossendowski

Titre : Bêtes, hommes et dieux – À travers la Mongolie interdite (1920-1921)

Auteur : Ferdynand Ossendowski
Édition : Phebus Libretto (2000/2011)
Édition Originale : Beasts, Men and Gods (1923) – Zwierzęta, ludzie, bogowie lub Przez kraj ludzi, zwierząt i bogów. Konno przez Azję Centralną
Traduction : Robert Renard

Résumé :
Krasnoïarsk (Sibérie centrale), hiver 1920. L’homme vient d’apprendre qu’on l’a dénoncé aux « Rouges », et que le peloton d’exécution l’attend. Il prend son fusil, fourre quelques cartouches dans la poche de sa pelisse, sort dans le froid glacial – et gagne la forêt.

Commence alors une course-poursuite dont il ne sortira vivant, il le sait, que s’il ose l’impossible : gagner à pied l’Inde anglaise à travers l’immensité sibérienne, puis les passes de Mongolie, puis le désert de Gobi, puis le plateau tibétain, puis l’Himalaya…

L’itinéraire qu’il suivra sera quelque peu différent, et si possible plus sidérant encore. Mais ce que le livre révèle – et que le lecteur n’attend pas – c’est, parallèle au voyage réel, une étrange odyssée intérieure qui nous introduit au coeur des mystères de l’Asie millénaire.

Car Ossendowski, géologue de son état, n’est pas qu’un savant doublé d’un aventurier. C’est un esprit exalté et curieux qui vit sa marche folle à la manière d’une initiation… Un livre-culte de la littérature d’aventure vécue.

Critique :
Voilà un récit d’aventures comme je les aime : un homme fuyant les Rouges et qui, pour vivre, va devoir affronter la Nature et ses éléments déchaînés.

Nous sommes en Russie (Sibérie centrale), il fait froid, ça caille à mort dehors, mais notre homme va se mettre sur la route pour échapper à la mort, alors qu’il peut tout aussi bien mourir dehors. Mais au moins, il mourra libre.

Quel périple ! À pied, à cheval ou à dos de chameau, notre auteur arrivera au Thibet (oui, avec un h), avant de remonter vers le haut.

Ne vous fiez pas à la couverture de chez Libretto, elle est très belle, mais à aucun moment nos aventuriers fuyant les Rouges, ne voyageront avec un traîneau tiré par des chiens !

Son voyage est tout sauf un voyage de santé ! Il faut sans cesse surveiller ses arrières ou ses avants, des fois que les bolcheviks surgiraient. Les rencontres peuvent être bénéfiques, mais aussi terriblement meurtrière. On a des traîtres partout, des vendus à l’ennemi, des Rouges déguisés en gentils monsieur.

Survire dans les étendues glacées, dans les montagnes abruptes, savoir chasser, faire du feu, suivre des pistes, viser juste, savoir soigner ses blessures et celles des autres, bref, faut s’accrocher pour survivre !

La première partie est dédiée à la fuite, à la survie, tandis que la deuxième sera plus politique, faite de rencontres des peuplades, des nomades, des guerriers. La dernière est plus mystique, plus spirituelle, dédiée à la religion en jaune, au bouddhisme. Le tout donnant un récit de voyage qui change un homme, autant dans sa chair (suite à tout ce qu’il a vécu) et dans son âme.

Mon seul bémol sera pour la traversée du désert de Gobi, dont l’auteur ne donne que quelques détails, alors que la traversée n’a pas dû être une partie de plaisir. J’aurais aimé avoir la description de ce périple aussi.

Une belle aventure (même si sans doute romancée), un beau récit humain, un périple de dingue, des rencontres marquantes, qu’elles soient faites avec des gens qu’on n’a pas envie de croiser ou les autres, ceux qui ont aidé l’auteur et sa troupe (oui, il parti seul et par un prompt renfort…).

Un récit parfait pour l’aventurière du fond de son canapé que je suis. Une visite de l’Asie comme on n’en fera plus.

L’archipel des oubliés – Grace Campbell 03 : Nicolas Beuglet

Titre : L’archipel des oubliés – Grace Campbell 03

Auteur : Nicolas Beuglet
Édition : XO Thriller (22/09/2022)

Résumé :
Cette histoire vous fera douter de tout…

Les inspectrices Grace Campbell et Sarah Geringën le savent. Malgré leurs caractères opposés, elles doivent unir leurs forces pour neutraliser l' » homme sans visage « , l’architecte du plan diabolique qui mènera l’humanité à sa perte.

Seule piste : un manoir égaré dans les brumes d’Écosse. Derrière les volets clos de la demeure, l’ombre d’une jeune veuve austère, en apparence innocente. Mais cette femme est-elle vraiment ce qu’elle prétend être ? Ce que les deux inspectrices découvrent dépasse leurs pires hypothèses.

Dans une course qui les entraîne du loch Ness à la Norvège, Grace et Sarah vont devoir repousser les frontières de la peur pour rejoindre l’énigmatique archipel des Oubliés – l’ultime rempart au chaos du monde.

Un thriller glaçant. Et perturbant. Car ce qui se joue sur ces terres mystérieuses pourrait bien ressembler au choix de civilisation qui se dresse devant nous…. même de vous…

Critique :
Dans ce dernier roman de la trilogie, l’inspectrice écossaise Grace Campbell, l’héroïne principale, venait de croiser la route de l’inspectrice Sarah Geringën, celle de l’autre trilogie (deux trilogies, ça fait une sexologie ? mdr).

Ça promettait d’allumer le feu parce que nos deux inspectrices n’étaient pas des neuneus ! Elles sont badass et, telles des James Bond au féminin, rien ne leur fait peur, elles enchaînent les cascades, même avec un bras cassé !

Verdict ? Le début est canon, mené tambour battant, on ne s’ennuie pas, les mystères sont bien présents, l’adrénaline pulse et l’angoisse monte. Normal, nous avons suivi nos deux inspectrices vers un manoir égaré dans les brumes d’Écosse où vit une étrange bonne femme.

Ce que j’ai toujours apprécié, dans les romans de cet auteur, c’est qu’il frappe là où ça fait mal.

Après qu’Olympe ait fait en sorte de niveler par le bas (ce qui se passe réellement dans nos sociétés, sauf pour certains), ôté l’esprit critique des gens (des moutons sont plus faciles à manipuler pour envoyer à l’abattoir) et de jouer avec les peurs des gens pour faire mieux les contrôler, la phase 3 était le suspense insoutenable !

Après avoir abruti les peuples pour leur ôter l’esprit critique dans sa phase 1, après les avoir terrorisés dans sa phase 2 pour mieux les contrôler, la phase 3 consiste à [NO SPOLIER].

Ambiances anxiogènes au possible, le roman me collait aux mains et j’ai eu du mal à le poser tellement le récit pulsait et que je voulais savoir.

L’écriture est simple sans être simpliste, elle est nerveuse et l’auteur ne prend pas des gants : il trempe sa plume dans l’encrier des dénonciations et il balance (le 5G inutile, les datacenters immenses, les cloud qui bouffent de l’énergie, le tout au numérique qui consomme et qui a une empreinte carbone énorme,…).

Des vérités, rien que des vérités, hélas. Au travers de son roman, l’auteur s’appuie sur des faits de sociétés, sur des thèmes qui nous sont contemporains, ce qui ancre ses récits dans la réalité. Bref, il est engagé.

On a le nez dans la merde, je ne le nierai pas et effectivement, si nous continuons de la sorte, l’iceberg devant nous va faire couler le navire sur lequel nous nous trouvons et il n’y aura pas assez de canots de sauvetage pour tout le monde (uniquement les premières classes, les plus fortunés). Je dirais même plus : on a déjà pris l’iceberg dans la gueule ! La maison brûle et nous sommes dedans !

L’auteur dénonce aussi les médias, les journalistes qui ne prennent pas la peine de recouper leurs informations, qui balancent tout et n’importe quoi pour faire le buzz, pour être lu, pour que leur feuille de choux soit la plus lue (mais rien n’a changé depuis des siècles).

Le pire étant que les journaux appartiennent maintenant à des groupes industriels, à des grands patrons du CAC40 et qu’ils soient tributaires des pubs, perdant de ce fait leur indépendance. Si l’un d’eux veut dézinguer une ou plusieurs personnes, le journal a ce pouvoir et dans le roman, c’est bien illustré. Avant que tout ne parte un peu en capilotade…

Ben oui, on était bien parti et puis, boum, on a pataugé dans la panade avec une évasion spectaculaire, avec l’entrée d’une vieille légende dans le récit, à tel point que j’ai pensé que je lisais un roman fantastique ! Non, je n’ai rien contre le fantastique, la SF ou l’anticipation, mais là, dans le roman, ça clochait tout de même, rendant bancal la suite.

Ce qui m’a le plus gêné, c’est à nouveau l’opposition entre une puissante société qui veut le Mal (avec une puissance énorme) et un groupe qui ne veut que le Bien (et qui n’est pas sans ressources non plus). Le manichéisme, c’est bien beau, mais dans la littérature (comme dans les films, séries), ça coince tout de même. J’aurais apprécié plus de nuances.

J’ai cru à un moment donné que les nuances allaient arrivées, on aurait pu les toucher du doigt dans une confession, mais non, peau d’zob, pas de nuances dans les méchants et les gentils, si ce n’est un méchant devenu un gentil…

Dans ce que nous assène l’auteur, à travers les paroles de certains des personnages, j’ai eu l’impression que c’était une leçon que l’on nous donnait. Cela ne me gêne pas du tout de recevoir des leçons, elles peuvent être bénéfique et je suis toujours à l’écoute, mais il y a la manière de le dire…

Là, j’ai eu la sensation que ceux qui écoutaient les belles paroles véridiques (les inspectrices et nous, lecteurs et lectrices), étaient des enfants qu’il fallait convaincre, des gosses à qui le prof fait la leçon.

Et leur esprit critique, il compte pour du beurre ? Là, ce n’était pas des bons conseils, c’était limite du prosélytisme.

Je ne sais pas si je dois mettre cela sur le compte de l’auteur ou sur le compte de ce personnage, qui, malgré ses belles paroles, a un côté un peu hypocrite (faites ce que moi je dis, pas ce que le méchant fait), dénonçant chez son ennemi Olympe un comportement qui est ancré en lui aussi, même s’il le fait différemment, avec la meilleure volonté du monde (et l’enfer est pavé de bonnes intentions, nous le savons).

Si je partage ses points de vue, je n’apprécie pas trop la manière dont il nous les fait passer. Par contre, je suis intéressée par ses conseils de lecture, en fin d’ouvrage.

Anybref, malgré ce petit malaise avec cette leçon qu’on nous donne et le côté fantastique qui surgit d’un coup, le reste est de bonne facture et cela donne un thriller qui pulse, qui ne vous laisse pas bailler d’ennui et des personnages féminins assez forts, même si on a du manichéisme dans les méchants/gentils.

Ces défauts ne seront pas rédhibitoires si vous n’y attachez pas d’importance ! Ou si vous voulez un thriller qui vous emporte loin dans l’aventure.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°78].

L’Odyssée de Sven : Nathaniel Ian Miller

Titre : L’Odyssée de Sven

Auteur : Nathaniel Ian Miller
Édition : Buchet / Chastel – Littérature étrangère (25/08/2022)
Édition Originale : The Memoirs of Stockholm Sven (2021)
Traduction : Mona de Pracontal

Résumé :
Dès le prologue, le héros/narrateur annonce le programme : on l’a appelé Stockholm Sven, Sven le borgne, Sven le baiseur de phoques. On dit de lui qu’il a vécu seul, piégé dans le Grand Nord, qu’il est mort dans un accident, qu’il est un ermite, fou, un original qui abhorre la société. « Tout cela est vrai, et faux en même temps » prévient-il avant de se lancer dans le récit de sa vie.

Nous sommes en 1916 en Suède, et Sven, lassé d’une vie perdue dans un travail sans intérêt, décide de rejoindre le Spitzberg, un archipel de l’Arctique où la nuit règne en maîtresse quatre mois par an, où l’on doit résister aux assauts des éléments comme un coquillage s’agrippe désespérément à son rocher, où l’on peut assister à la splendeur d’une aurore boréale et être dévoré par un ours polaire dans la minute qui suit.

À la suite d’un accident presque fatal, Sven se retrouve défiguré et pense immédiatement que c’est un signe du destin : son avenir, c’est la solitude, une vie d’ermite.

C’est ainsi qu’il se met en quête de ce qu’il appellera « son fjord », son silence, sa retraite. En route, il rencontrera de nombreux compagnons, des rêveurs, des marginaux, des exclus ou tout simplement des solitaires.

À leurs côtés, il assistera à la naissance d’un glacier, aux jeux des renards polaires dans un jour sans fin, apprendra l’art de la trappe et de la pêche. Seul, il ira au bout de lui-même pour mieux retrouver le reste du monde.

Critique :
Stockholm Sven fut un trappeur solitaire au Spitzberg dans la première moitié du 20ème siècle.

Sven a commencé en tant que mineur en 1916, sur un site d’exploitation au Spitzberg (Svalbard, maintenant) et est revenu à son fjord après la fin de la seconde guerre mondiale.

Comme il y avait des trous dans sa vie, l’auteur a tenté de les reboucher, tout en donnant vie à cet étrange personnage que fut Sven.

Sven manque déjà d’énergie, se laisse aller très souvent, durant son histoire, on a envie de le secouer violement. Pourtant, malgré son apathie et son côté fainéant, on s’attache à Sven et on vit son aventure comme si on y était.

Le début de ce roman commence doucement et manque un peu de punch, surtout dans les dialogues que j’ai souvent trouvé plats. Malgré tout, je me plaisais bien dans le Grand Nord et j’avais envie d’y rester.

Lorsque le récit entame la partie où Sven part dans un fjord isolé, encore plus loin dans le Grand Nord, afin d’y construire sa cabane et de vivre en tant que trappeur, le récit est devenu viral, difficile à lâcher, à tel point que j’ai failli louper ma station de métro.

La Nature y est grandiose, mais hautement dangereuse ! Le moins faux pas, la moindre nonchalance et la mort ou l’accident vous guette. Il faut couper son bois, chasser, relever ses pièges, parce que là bas, il n’y a pas d’épicerie pour vous vendre de la bouffe. Et Sven, avec son spleen, va comprendre qu’on ne joue pas, dans le Grand Nord.

La solitude, ça n’existe pas vraiment et ce récit le prouve. Oui, Sven est seul, mais pas vraiment. Son chien lui apporte beaucoup et il rencontrera des personnages hauts en couleurs ou hautement sympathiques. Ces personnages secondaires sont aussi importants que Sven, ils feront de lui ce qu’il est, l’aideront, le guideront, Dame Nature finissant de le forger.

C’est un beau roman, c’est une belle histoire. Le ton est assez ironique, Sven étant devenu une gueule cassée suite à un accident dans la mine. C’est un roman sur l’acceptation de soi, sur la survie, l’amitié, celle qui dure, celle qui soude les humains.

C’est un roman sur la rudesse du climat qui règne dans le Spitzberg, donnant des hommes rudes, qui ne parlent pas beaucoup et qui vous montrent leur amitié autrement qu’avec de grand discours. Un récit d’une aventure humaine.

C’est aussi l’histoire de Sven, le personnage principal qui n’attire pas la sympathie du lecteur au début de son récit. Il est hautain, glandeur, s’apitoie sur lui-même, avant de changer, suite à ses rencontres, son accident et sa vie sur son fjord. Au moins, les personnages ne sont pas figés, dans ce roman.

Bref, si au départ je n’étais pas conquise par l’histoire et Sven, au fil des pages, comme lui, j’ai évolué, j’ai grandi et c’est en immersion totale que je suis entrée sur les terres glacées, souffrant du froid avec eux, chassant tout comme eux (mais moi, avec dégoût), me laissant bercer par la Nature, tout en la surveillant du coin de l’oeil, car sous ses latitudes, elle est traître, elle ne pardonne rien.

Un beau roman initiatique, une belle Aventure, avec un grand A !

Sherlock Holmes et le trésor des Dolomites : Fabrizio Torchio et Riccardo Decarli

Titre : Sherlock Holmes et le trésor des Dolomites

Auteurs : Fabrizio Torchio et Riccardo Decarli
Édition : Ginkgo – Noir (07/05/2021)
Édition Originale : Sherlock Holmes e il tesoro delle Dolomiti (2021)
Traduction : Pierre Charmoz

Résumé :
Sherlock Holmes et Watson font de l’escalade. À la suite de tentatives de vol de sacs à dos au siège de l’Alpine Club londonien, le célèbre détective et son biographe sont entraînés au cœur des Dolomites, à la recherche d’un mystérieux trésor convoité à la fois par des indépendantistes indiens et des officiers hongrois opposés à l’empire des Habsbourg.

De Londres à San Martino di Castrozza, ils découvriront le monde singulier des alpinistes anglais, puis celui des irrédentistes italiens, avant d’affronter un terrible sommet des Dolomites, dans le Trentin alors sous domination autrichienne.

Servi par une (double) plume alerte, ce roman transalpin vient compléter les enquêtes de Sherlock Holmes sur les Alpes concoctées par Pierre Charmoz et Jean-Louis Lejonc (dans la même collection).

Critique :
Holmes et Watson qui font de la grimpette, ce n’est pas banal… De la vraie grimpette, rien de sexuel dans l’affaire, bande d’obsédés, va.

Sans jamais vraiment avoir fait de l’escalade auparavant, Watson va même très bien se débrouiller, dans les Dolomites, alors que moi, je n’oserais jamais ou alors, je tomberais morte après 200m d’escalade.

Anybref, là n’est pas le sujet… Que vaut ce roman ? Ma foi, il est correct, si on ne va pas chercher la petite bête. Notamment avec notre brave docteur qui escalade sans préparation préalable…

Ou dans une partie de la résolution de l’affaire, avec les sacs des alpinistes. Heu, je ne comprends pas comment l’homme a pu réaliser ça, de nuit, sans que personne ne s’en rende compte. Moi, si on chipote à mon sac à dos, surtout pour y faire des travaux de couture, c’est radical que je le verrai de suite ! Mais je chipote…

Les enquêtes de Sherlock Holmes sont toujours mieux au format des nouvelles que du roman et j’avoue que je n’ai jamais été adepte d’un Holmes dans le rôle du détective déjouant des complots nationalistes ou autre concept relevant plus de l’espionnage que des enquêtes pures et dures.

Ce roman possède un volet politique, avec notamment le Trentin, les indépendantistes, l’Empire austro-hongrois et les Hindous, le tout donnant une soupe qui n’est pas trop indigeste, mais dont je ne cours pas après dans les aventures de mon Holmes adoré.

Les personnages sont assez canoniques, des plus correct, même s’il manquait à Holmes cette grandeur, cette flamboyance que l’on ressent de suite en lisant les écrits de Conan Doyle (qui pourtant, le détestait).

Oui, il manquait un petit quelque chose pour que Holmes et même Watson soient les personnages originaux, ceux que l’on aime de suite, ceux qui ne vous laisse pas indifférents, ceux qui vous marquent à vie. Dommage.

Dans l’ensemble, je ne peux pas dire que cette lecture est ratée, ou que je n’ai rien aimé de ce que j’ai lu. L’enquête est correcte, bien que je n’aime pas le côté politique avec Holmes et tout ce monde qui court derrière un trésor, même si celui-ci n’est pas un coffret rempli de pierres précieuses.

Holmes peut grimper des montagnes, sans soucis pour moi (c’est lui qui grimpe, moi, je me contente de regarder), mais je le préfère dans des enquêtes qui ne se mêlent pas de politique, mais avec des disparitions mystérieuses, des meurtres, des tentatives de meurtres, des émeraudes cachées dans un jabot, des messages secrets, bref, ce qui fait l’essence même de Holmes.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°66].

Sept jours pour survivre : Nathalie Bernard

Titre : Sept jours pour survivre

Auteur : Nathalie Bernard
Édition : Thierry Magnier (2017)

Résumé :
Nita, une adolescente amérindienne, est kidnappée à Montréal et se réveille dans une cabane perdue au cœur de la forêt canadienne enneigée. Qui l’a emmenée ici et pourquoi ?

Une chose est sûre : c’est seule qu’elle devra affronter les pires prédateurs. Du côté des enquêteurs, les indices sont rares. Une course contre la montre s’engage. Nita a sept jours pour survivre. Un thriller glaçant.

Critique :
Dehors, il y avait du soleil, c’était donc le bon moment pour lire un roman jeunesse qui se déroule dans le Grand Nord, là où il fait froid, là où 19° semblent être la fournaise.

Pour avoir froid, j’ai eu froid ! Purée, je me suis caillée les miches avec cette pauvre Nita, 13 ans, d’origine amérindienne, enlevée par sadique qui, on s’en doute bien, ne lui veut pas du bien.

Alternant les chapitres avec Nita et les deux enquêteurs lancés sur ses traces plus que ténues, le roman possède un rythme qui n’est ni trop rapide, ni trop lent. Un bon compromis entre les deux.

Le binôme formé par les deux enquêteurs, à savoir le patrouilleur Gautier Saint-James et la lieutenant Valérie Lavigne fonctionne bien, sans qu’il y ait d’amourette sous-jacente ou autre guimauverie à l’horizon. Tant mieux, au moins, le récit ne se disperse pas où il ne faut pas.

La tension monte progressivement, surtout après que… Non, vous n’en saurez pas plus, mais j’ai serré les dents (et même les fesses, pourtant, c’était instant karma), comme si j’étais avec la pauvre gamine enlevée et loin de chez elle. Sa terreur, le froid, je l’ai ressenti.

L’autrice a une écriture qui fonctionne bien, elle se lit facilement et je dois dire que j’ai lu son roman d’une seule traite.

Elle ne se contente pas de parler d’un enlèvement et de faire monter la pression tout doucement, afin de jouer avec les nerfs de ses lecteurs, non, elle en profite aussi pour parler des autochtones, du racisme qu’il y a envers eux, que naître femme et amérindienne multiplie les chances par six de mourir assassinée.

Elle parlera aussi, en filigrane, de ces pensionnats où il fallait tuer l’indien dans l’enfant (Kill the Indian in the child).

Pour l’adulte que je suis, la lecture fut bonne, bien qu’il manquait de profondeur dans certains personnages, dont j’ai trouvé que les portraits étaient esquissés un peu trop vite. L’intrigue est aussi un peu simpliste, vu tout ce que j’ai déjà comme passif littéraire derrière moi, me donnant un goût de déjà lu, les émotions en moins.

Malgré tout, je recommanderai ce roman pour les jeunes ados, en quête d’adrénaline, d’un récit qui se lit facilement et qui va à l’essentiel, sans se perdre ailleurs que dans la recherche de Nita et, de son côté, d’assurer sa survie, elle qui n’y connait rien…

#Challenge Halloween 2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°65] et Le Challenge Halloween 2022 chez Lou & Hilde (Du 26 septembre au 31 octobre) – Littérature Jeunesse Thriller.

On était des loups : Sandrine Collette

Titre : On était des loups Auteur : Sandrine Collette Édition : J.-C. Lattès (24/08/2022)

Résumé : Ce soir-là, quand Liam rentre des forêts montagneuses où il est parti chasser, il devine aussitôt qu’il s’est passé quelque chose. Son petit garçon de cinq ans, Aru, ne l’attend pas devant la maison. Dans la cour, il découvre les empreintes d’un ours. À côté, sous le corps inerte de sa femme, il trouve son fils. Vivant.

Au milieu de son existence qui s’effondre, Liam a une certitude. Ce monde sauvage n’est pas fait pour un enfant. Décidé à confier son fils à d’autres que lui, il prépare un long voyage au rythme du pas des chevaux. Mais dans ces profondeurs, nul ne sait ce qui peut advenir. Encore moins un homme fou de rage et de douleur accompagné d’un enfant terrifié.

Dans la lignée de Et toujours les Forêts, Sandrine Collette plonge son lecteur au sein d’une nature aussi écrasante qu’indifférente à l’humain. Au fil de ces pages sublimes, elle interroge l’instinct paternel et le prix d’une possible renaissance.

Critique :
Du personnage de Liam, nous n’en saurons pas beaucoup, juste qu’il semble être un survivaliste, ou du moins, un homme qui a choisi de vivre dans les montagnes, reclus, avec peu de contact avec les autres humains.

Nous ne connaîtrons pas l’endroit où le récit se déroule, mais vu les étendues, ce n’est pas en Belgique ! France ? Amérique ? Tout est permis. Liam est un peu fruste, bougon, a ramené une femme parce qu’elle voulait vivre avec lui et lui a fait un enfant un peu à contrecœur.

Lorsque le drame survient, il ne sait quoi faire de cet encombrant gamin de 5 ans, qui va le gêner dans ses chasses, qu’il ne pourra pas laisser seul dans la cabane, les voisins les plus proches se situant à des heures de marches (ou de chevauchée, puisqu’il possède deux chevaux).

Son récit est à son image : fruste, sans fioritures, sans beaucoup de ponctuation, sans guillemets ou tirets cadratins, les dialogues se trouvant saisis dans le texte brut. Lorsqu’on lit son histoire, on la croirait écrire par un homme qui a arrêté après ses primaires ou alors, par un auteur qui manque de talent.

Une écriture pareille, ça passe ou ça casse. Chez moi, c’est passé comme une lettre à la poste (un jour où il n’y a pas grève), car cette écriture rustre, brute de décoffrage, ajoutait du relief au récit, du réalisme. Un homme vivant dans la nature, chassant le gibier et vivant en autarcie peut-il écrire comme une personne lettrée ? Non, ça ne l’aurait pas fait…

Ce roman, c’est l’histoire d’un homme qui n’est pas près pour être père, qui a eu un père violent et qui a peur de reproduire cette violence (il fera même pire). Celle d’un homme attaché à sa vie dans la nature et qui aimerait se débarrasser de son gamin encombrant en le confiant à de la famille.

Liam est un homme d’action, pas de réflexion, pas d’introspection. Il agit, il parcourt la forêt, il chasse, il se tient éloigné de ses semblables. Oui, Liam est un loup.

Comme bien des voyages, celui qu’il fera en compagne de son gamin sera initiatique, l’occasion pour eux deux de se retrouver seuls, d’avoir du temps pour se parler… Ah non, Liam est un taiseux, je vous le disais, il ne sait pas quoi dire à son fils, il ne trouve pas les mots. Alors, ils chevauchent durant des jours et des jours…

Un récit anxiogène, manquant tout de même de réalisme dans le fait que le gamin, 5 ans, qui n’a jamais monté à cheval, va rester sur sa selle durant des heures et des heures, des jours et des jours, sans jamais se plaindre d’avoir mal son cul, ses cuisses, ses muscles… Oui, à force de monter, le corps s’adapte, on n’a plus mal, mais avant que ça n’arrive, je vous garantis que l’on a des douleurs partout !

Un récit sombre, violent, anxiogène, mais au moins, dans toute cette noirceur, il y a une petite lumière qui brille !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°62].