Les Naufrageurs : Iain Lawrence

Titre : Les Naufrageurs

Auteur : Iain Lawrence
Édition : Folio Junior (1999)
Édition Originale : The Wreckers (1998)
Traducteur : Henri Robillot

Résumé :
1799… Un navire se fracasse sur les récifs le long des côtes de Cornouailles. John Spencer, le fils du capitaine et le plus jeune membre de l’équipage, survit au naufrage.

Lorsqu’il reprend connaissance, il comprend avec effroi que les hommes qui viennent à sa rencontre sont des pilleurs d’épaves…

Les habitants du village de Pendennis semblent se livrer à un mystérieux trafic…

Qui tire les ficelles ? Et à qui John pourra-t-il se fier pour libérer son père retenu prisonnier ?

Un roman d’aventures captivant dans la grande tradition de L’île au trésor et Moonfleet.

Critique :
Les comparaisons avec un autre roman, c’est souvent surfait ! Parce que croyez-moi, on est tout de même très loin de l’île au trésor ! Pas à quelques encablures, mais à au moins mille miles marin !

Hissez les voiles, matelot, nous voguons au fil de l’eau. Pour l’ambiance maritime, je ne me plaindrai pas, l’auteur plonge son lecteur dedans, toutes voiles dehors.

Prévoyez un dico Gogole à vos côtés afin de vous y retrouver entre le mât d’artimon et de misaine et sachez comment virer au lof.

Niveau aventures, je ne me suis pas embêtée non plus, ça bouge, on galope dans tous les sens, on a du mystère, des fausses pistes, une enquête, une énigme dans le fait qu’on ne sait pas qui est le chef des naufrageurs, mais le tout semble brouillon, trop vite écrit, juste de quoi faire un livre pour que les jeunes amateurs d’aventures aient leur dose sans trop se poser de questions.

Les événements s’enchainent un peu trop vite, un peu trop bien, les personnages ne sont pas assez travaillés, surtout Simon Mawgan, l’oncle de Mary qui recueille John Spencer, notre jeune naufragé.

Il s’emporte pour un rien, se calme aussi vite, à l’air parfois un peu trop détaché de tout, cachant des choses, donnant l’impression qu’il est une brute sans coeur. J’aurais aimé plus de profondeur. D’ailleurs, même la fin du roman ne m’a pas vraiment éclairé sur son comportement général, sauf pour une chose que j’avais déjà deviné.

De plus, hum, l’auteur n’est pas trop regardant dans le soucis du détail ! À un moment donné, il dit que les deux gosses montent sur leurs poneys à cru et dans une scène plus loin, il nous dit qu’ils sont « étrier contre étrier »… La selle a dû pousser sur le dos du cheval ou pour ces enfants là, monter avec une selle ou à cru, c’est la même chose !

Tout à l’air d’être un peu trop beau pour être vrai, les personnages tournant assez vite casaque, Mary racontant les confidences de John à son oncle, puis à une autre personne (on ne peut lui faire confiance, à cette gamine !) et tout allant un peu trop bien dans le final, alors que peu de temps auparavant, c’était la Bérézina totale à Waterloo.

Deus ex machina… Oui, un peu. Ça se retourne plus vite qu’un chat portant une tartine beurrée sur le dos.

Quant au commanditaire des naufrageurs, faut pas avoir fait ses études chez Holmes pour le deviner, il se voit aussi bien que le nez au milieu de la figure et les soupçons sont totalement confirmé lorsqu’il tue une personne au lieu de la mettre en joue.

Anybref, ça se lit vite, ça met du piment au voyage en train, on sent les embruns et on entend le bruit des vagues mais on oubliera ce récit tellement vite qu’il faudra se dépêcher de faire la chronique avant de l’avoir totalement zappé.

Ça se lit, sans plus ou ça se lit, à la rigueur.

Le navire prend l’eau de toute part, va falloir souquer ferme et écoper !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

 

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La malédiction de la Méduse : Erik Emptaz

Malédiction de la Méduse - Emptaz

Titre : La malédiction de la Méduse

Auteur : Erik Emptaz
Édition : Grasset (2005)

Résumé :
Le 2 juillet 1816, à la tête d’une mission chargée de reprendre le Sénégal aux Anglais, la frégate La méduse, commandée par un vieil officier incompétent et alcoolique, échoue au large de la Mauritanie, sur un haut-fond pourtant bien connu des marins.

Cent cinquante hommes qui ne pourront prendre place dans les embarcations du bord construisent un radeau de fortune, que les chaloupes remorqueront quelques milles, avant de l’abandonner en pleine mer, avec son fardeau humain.

Entassés sur le radeau, de l’eau jusqu’à mi-cuisse, les naufragés périssent les uns après les autres. Tempêtes, rixes meurtrières, faim lancinante, rage de survivre et désespoir : après quelques semaines, ils ne seront plus que quinze, qui se décideront à manger l’un des cadavres…

On connaît le tableau de Géricault, mais sait-on bien les circonstances de ce drame, fait divers historique qui fut, en son temps, un véritable scandale politique.

La malédiction de la Méduse, roman d’une aventure vraie, fait revivre cette incroyable odyssée.

Critique : 
Chronique d’un naufrage annoncé… Celui de la frégate, pas du roman qui lui, tient les flots et la barre haute. Hissez haut !

Pourtant, c’était pas un pédalo, la Méduse ! Non, c’était une belle frégate qui faisait 47 mètres de long, 12 mètres de large, avec la coque renforcée par des plaques de cuivre, monsieur ! 44 canons en sus.

Et si cette belle frégate royale a coulé, c’est parce que celui qui maniait le gouvernail était un imbécile, un crétin diplômé, un connard fini qui avait dû avoir son brevet de navigation dans un paquet Bonux !

Ou alors, il avait été à la même école qu’un certain commandant de Costa Croisières.

Et comme toujours, dès que des incapables ont des responsabilités, ce sont les subalternes qui trinquent.

D’ailleurs, on sent venir la chose, tant les deux personnages qui sont à la tête du navire sont des magouilleurs, des imbéciles, des fats, des menteurs, des flagorneurs, des sourds à tout bon sens… Ils t’auraient fait couler un canard en plastique dans une baignoire, ces deux là !

Chaumareys donnerait ses galons pour un fond de flacon. Pourtant, il a dû sacrément batailler avant de les gagner. Pour en arriver là, il en a fallu des interventions, des suppliques, des flagorneries, des pressions plus ou moins amicales entrecoupées d’évocations appuyées de son oncle, l’amiral d’Orvilliers, et de son amitié avec le comte d’Artois, frère du roi.

Le « seul maître à bord après Dieu » n’entend pas le matelot qui ajoute dans son dos : « Un marin qui fait confiance à la mer, c’est comme un pendu qui ferait confiance à la corde pour le tirer d’affaire… ».

Le récit se lit d’une traite, les yeux passant de bâbord à tribord, descendant la grande vergue et finissant au gouvernail, manié par le crétin de vicomte Hugues de  Chaumareys, capitaine de frégate commandant La Méduse au nom du roi et qui n’a plus navigué depuis au moins 20 ans.

« C’est impensable, Savigny, le commandant Chaumareys a confié le navire à un passager. Oui, tu m’as bien entendu, à un homme qui s’y entend en navigation à peu près aussi bien que toi ou moi…». Sans me laisser le temps de répondre, il pointe un doigt vengeur vers la dunette, et vitupère : « Et ça ne te préoccupe pas plus que ça ? J’ai obtenu son nom, c’est un certain Richefort, encore un de ces émigrés qui nous reviennent de chez les Anglais, un rentrant comme ce Chaumareys. Ah je t’assure, Savigny, il faut le voir pour y croire…»

Jean-Baptiste Savigny, jeune marin à bord de la Méduse, commence par nous conter un beau voyage vers le Cap Vert avec un arrêt qu’ils feront au Sénégal (Saint-Louis) car ils ont pour mission de reprendre le pays aux Anglais, et ça se termine empalé, non pas dans un iceberg, mais dans un ban de sable connu de tous les marins.

Pour planter un bateau ainsi : « Faut vraiment être une bourrique qu’a la cataracte ou un borgne des deux yeux ! »

Les femmes et les gradés dans les canots, les autres – les soldats et une partie du petit personnel – sur un radeau. 150 hommes sur un grand radeau qui prend l’eau. Jean-Baptiste Savigny nous racontera leur misères sans jamais sombrer dans le pathos.

Les pauvres gars sur le radeau seront lâchés ignominieusement en pleine mer, comme un chien abandonné sur le bord de l’autoroute, le jour du départ en vacances, les autres occupants des canots n’ayant pour eux qu’un pauvre regard du genre « Oh, l’amarre a cassé ».

Nous partîmes 150 sur le radeau et, par un prompt renfort de la Mort, nous fûmes bientôt 15 à survivre, obligé d’arriver à des extrémités que je ne puis condamner, la survie en dépendant.

Ce qui m’a le plus foutu en rogne, c’est l’attitude condescendante des gradés – le commandant Chaumareys et le colonel Julien Désiré Schmaltz, commandant les établissements français du Sénégal. Imbus d’eux même, persuadés qu’ils sont qu’ils ont agis pour le bien de tous, incapables de se remettre en question – surtout Chaumareys.

Et ce gros porc de Schmaltz qui fait des beaux discours en se mettant en avant, défiant les survivants de parler, sinon, il balance ce qu’ils ont fait sur le radeau pour survivre…

Là, Schmaltz a peiné sur la formule mais, à la relecture, il la trouve imparable : « En s’en rapprochant pour la reprendre, on s’exposait à ce que les malheureux qu’il portait se jetassent en foule dans les embarcations déjà surchargées et qui auraient été inévitablement submergées sans pouvoir contribuer au salut des hommes qu’on aurait été tenté de secourir. »

« On se vit donc dans la nécessité de l’abandonner pour éviter une perte générale. »

Et si les quinze revenants de ce cauchemar la lui posent, il leur fera la même réponse : la « nécessité » et le souci « d’éviter une perte générale ». Deux arguments qu’ils devraient être à même de comprendre. Et trouver recevables, puisque ce sont aussi ceux qui les ont conduits à manger la chair de leurs semblables.

À force de se le répéter, il finira pas y croire, comme il en fut avec sa non-présence dans le fort Penthièvre à Quiberon, lors de la bataille… Mais dont il a réussi à se persuader que si, il y était !

À la longue, à force de raconter, Chaumareys a fini par oublier qu’il a vécu le gros de la bataille sous l’édredon d’une épouse de négociant qui l’appelait « mon prince » tandis qu’il lui donnait l’assaut à grands coups de reins. Il est désormais persuadé de sa présence en première ligne. Et gare à celui qui prétendrait en douter !

Certes, les 150 sur le radeau se sont mis eux-mêmes à la flotte et dans les bras de la Mort en se bagarrant ou en s’enivrant dans des beuveries monumentales. Pas un pour relever l’autre, sur ce bout de bois, mais tout de même.

Un récit qui se lit tout seul, comme une aventure, même si l’on sait déjà que la frégate coulera, on dévore le récit de Savigny, jeune gars qui a signé un jour où il était rond et déprimé pour entrer dans la marine.

Une écriture qui roule comme les vagues, pourvues de quelques jolis mots de vocabulaire, un style pas « simpliste » mais facile à lire et qui ne sombre jamais dans le pathos, car il aurait été facile de s’y vautrer lorsque nous étions sur le radeau.

Malgré tout, ce ne fut pas une partie de plaisir sur le radeau et avec peu de mots, de phrases, l’auteur arrive très bien à nous faire comprendre que ça n’a pas rigolé !

D’autant que cette unique barrique de vin est aux trois quarts vide. Les deux soldats chargés de sa garde en ont, à notre insu, sifflé une bonne partie. Retrouvés ivres morts, ils ont été balancés à l’eau sans autre forme de procès. Il avait été décidé que quiconque tenterait de s’emparer de nos provisions serait puni du châtiment suprême. L’affaire n’a pas traîné. À la pointe de leurs propres baïonnettes, les deux buveurs brutalement dégrisés par la peur ont été poussés à la mer.

Des personnages bien tranchés, un faible pour Savigny et quelques uns de ses compagnons de misère, un récit double puisque nous aurons une partie de ce qu’il se passait à Saint-Louis, des bons mots, des répliques acérées et l’envie folle de pendre à la grande vergue le commandant Chaumareys, ce commandant qui a tout du célèbre capitaine de croisière dont je parlais plus haut…

Comment est-ce déjà son nom ? Allez, si, celui qui aimait un peu trop se frotter aux côtes avec son gros bateau ! Crétino ? Stronzo ? Sketbatô ? On me signale dans l’oreillette que c’était Schettino ! Celui qui, comme avant Chaumareys, quitta le navire dans les premiers au lieu d’être le dernier.

À force de ressasser son innocence, il en est venu, même dans ses moments de lucidité, à ne plus s’attribuer la moindre culpabilité. L’amarre ? « Elle a coupé » Le fait qu’il n’ait pas quitté le navire le dernier ? Il s’en est déjà expliqué : « Il fallait veiller à l’évacuation…»

Et bien, au commandant Chaumareys, on lui dirait bien « Vada a bordo, CAZZO !!! »

C’est comme si notre frégate n’était plus La Méduse, mais la Nef des fous.

— Monsieur, nous avons déjà eu un aperçu éclatant de vos dons pour la navigation, nous ferez-vous la grâce de nous épargner vos talents de stratège.

Étoile 4Le « RAT a Week, Winter Édition » chez Chroniques Littéraires (295 pages – xxx pages lues sur le Challenge).