Special Branch – Tome 3 – L’éveil du Léviathan : Roger Seiter et Hamo

Titre : Special Branch – Tome 3 – L’éveil du Léviathan

Scénariste : Roger Seiter
Dessinateur : Hamo

Édition : Glénat Grafica (2012)

Résumé :
Le filet se resserre autour de l’amiral Cavanagh : l’enquête menée par Charlotte et Robin Molton les ramène sans cesse à cet homme dont on a retrouvé la photo sur la momie du West Eastern.

Mais lorsque Cavanagh est assassiné à son tour, le doute s’installe : quelqu’un de plus important qu’un amiral tirerait-il les ficelles ? Il faut que cette personne ait gros à perdre pour commanditer des assassinats et dissimuler les preuves d’un forfait commis il y a plus de vingt ans…

Critique :
Enfin j’allais savoir ! Tout savoir… Surtout vérifier si j’avais bien déduis que… Bingo, j’avais bien vu.

Attention, pas de précipitation, pour la résolution, le scénariste a pris le temps avant de nous mener à la résolution et au moins, elle n’est pas simpliste, même si les mobiles sont vieux comme le Monde (en même temps, il n’en existe pas de nouveaux, c’est toujours les mêmes).

La toile d’araignée dans laquelle nos enquêteurs s’étaient empêtrés commençait à casser de partout et les pauvres voyaient les fils remontés mener à des impasses, jusqu’à ce que…

Les dessins dans le style aquarelle est toujours agréable pour les yeux, hormis les dessins des chevaux, que je trouve mal esquissé, mais c’est une question de goût.

Les ramifications de cette vieille enquête étaient nombreuses et il n’était pas facile de résoudre ce cold case puisque bien des pistes menaient à des cul-de-sac ou pire, à une interdiction d’enquêter car la personne suspectée était assise plus haut que son cul…

Heureusement que Robin et Charlotte Molton, nos enquêteurs scientifiques, peuvent compter – sans le savoir – sur un ami à eux qui lui pouvait jouer les Sherlock Holmes puisque non assujetti à la Special Branch et donc libre d’enquêter où il le voulait, lui.

Au final, cette bédé est une belle découverte, avec une histoire et des personnages réalistes, crédibles.

L’enquête a mis trois tomes à être résolue, mais il était important de pouvoir développer tout, d’approfondir un peu les personnages, de planter les décors et surtout, de ne pas donner l’impression qu’on résolvait l’affaire en deux coups de cuillère à pot.

Je n’aime pas les résolution précipitée où l’on balance le tout dans les derniers cases, en vitesse, avant de mettre le mot « Fin » en bas de page. Ici, on piétine d’abord, on remonte des pistes froides ou de celles qui nous claquent dans les mains, et puis, au fur et à mesure, l’intrigue prend de l’intensité et de la densité.

Mon seul bémol sera pour les personnages que j’aurais aimé connaître un peu, que l’auteur leur donne plus d’épaisseur et que le dessinateur donne aussi plus de rythme aux découpages des scènes. On a souvent l’impression que tout est figé, même si, ensuite, cela va mieux et on découvre plus de tonicité dans les cases.

Il me reste le tome 4 à lire, avec une nouvelle enquête qui, je l’espère, sera aussi passionnante que celle-ci (mais elle ne sera qu’en un seul tome).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°292).

 

 

Special Branch – Tome 2 – La course du Léviathan : Roger Seiter et Hamo

Titre : Special Branch – Tome 2 – La course du Léviathan

Scénariste : Roger Seiter
Dessinateur : Hamo

Édition : Glénat (2012)

Résumé :
Robin et Charlotte, enquêteurs de la Special Branch, poursuivent leurs investigations sur un mystérieux meurtre perpétré 22 ans plus tôt à bord du paquebot Great Eastern.

Grâce au témoignage d’un passager de marque (Jules Verne en personne !), à la photo d’un amiral trouvée dans la poche du cadavre et à leurs méthodes scientifiques révolutionnaires pour l’époque, ils vont récolter suffisamment d’indices leur permettant de découvrir l’identité de la victime et le mobile du meurtre.

Mais tandis que ces experts de la police scientifique remuent le passé pour trouver l’assassin, un complot se trame en haut lieu afin que la vérité n’éclate pas au grand jour…

Critique :
22 ans après, ça fait embête toujours certaines personnes que l’on enquête au sujet du cadavre momifié retrouvé enroulé dans un tapis, dans la double coque du Léviathan des mers, le Great Eastern.

On allait le démembrer, le décortiquer et lui, il a recraché un corps de ses entrailles.

Qui est cette personne vu que tout le monde a débarqué à New-York après ce fameux voyage en mars 1867.

L’enquête de la Special Branch se poursuit et nous le savons, ça dérange des gens hauts placés, cette fouille pour retrouver l’identité du cadavre. Les manœuvres sont politiques et tout est mis en oeuvre pour faire taire certains, quitte à les égorger.

Cette fois-ci, nous aurons un récit alternant entre le présent (1889) et le passé (1867), qui va tenter de nous éclairer un peu sur cette croisière où le capitaine Cavanagh se trouvait.

Pour illustrer le passé, les tons sont dans les sépias. Les dessins sont sobres et les décors aussi, c’est ce que je trouve le plus dommage dans cette bédé qui nous plonge dans l’Angleterre victorienne mais sans insister sur les codes « décors ».

L’enquête avance à grands pas, à Liverpool, où l’inspecteur Pilaster joue les Sherlock Holmes (il porte une sorte de macfarlane à carreaux, mais a une carrure de débardeur) et à Londres, où sont repartis Robin et Charlotte Molton.

Un tome 2 qui possède plus de rythme que le premier, où l’on posait les jalons, une enquête qui avance sans pour autant se conclure à la fin de cet album. Fin qui nous laisse sur notre faim.

Ouf, j’ai la suite ! En arrivant longtemps après la sortie de la série, au moins, je ne dois pas attendre un an entre chaque tome, ce qui fait que je peux les lire l’un à la suite de l’autre, sans frustration aucune et en gardant tout en mémoire.

Au moment où je rédige cette chronique, je n’ai qu’une vague idée folle, suite à ce que j’ai vu dans les flash-back. Une idée qui pourrait expliquer bien des choses.

Maintenant, en lisant le tome 3, je vais savoir si j’ai tout d’une détective ou si je peux aller planter des fraises au Boukistan !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°289 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

 

Special Branch – Tome 1 – L’agonie du léviathan : Roger Seiter et Hamo

Titre : Special Branch – Tome 1 – L’agonie du léviathan

Scénariste : Roger Seiter
Dessinateur : Hamo

Édition : Glénat (2011)

Résumé :
Dans un village près de Liverpool, un paquebot échoué est en démantèlement. On y découvre un cadavre qui date d’il y a 20 ans et sur lequel se trouve la photo d’un haut gradé de la Navy.

Parallèlement, un rôdeur assassine un à un les veilleurs qui l’ont surpris sur le bateau. Tout cela dépasse la police locale…

Mais c’est une enquête pour la Special Branch !Cette ramification secrète des services de police anglais utilise des techniques scientifiques très innovantes pour l’époque.

Charlotte et Robin, frère et sœur et éminents membres de la Special Branch sont dépêchés sur les lieux pour élucider le mystère…

Critique :
♫ J’étais un bateau gigantesque ♪ Capable de croiser mille ans ♫ J’étais un géant, j’étais presque ♫ Presqu’aussi fort que l’océan ♪

♫ Ne m’appelez plus jamais « Great Eastern » ♪ L’Angleterre m’a laissé tomber ♪ Ne m’appelez plus jamais « Great Eastern » ♪ C’est ma dernière volonté ♪

Rien de plus désolant que de voir un Léviathan des mers échoué pour être démantelé. Moi, ça me fend le coeur.

Tiens, en parlant de fendre… En ôtant une cloison, on vient de tomber sur une double coque et plus bas, on a un tapis et roulé dedans, un corps momifié ! Ramses II aurait-il été faire les soldes chez Tonton Tapis ?

L’inspecteur Pilaster est sur le coup et une photo lui fait prendre ses précautions : faire appel à la Special Branch, la police secrète et scientifique de la Reine Victoria, mais sans ce cher Thomas Pitt puisque ce sera Robin Molton, accompagné de sa sœur Charlotte, médecin et anthropologue. En 1889, moi je dis bravo mademoiselle.

Nos deux enquêteurs sont sympathiques et on aurait même envie d’aller boire un café avec Charlotte pour en savoir un peu plus sur son parcours scolaire et les embûches qui n’ont pas dû manquer lorsqu’elle a entamé des études de médecine et d’anthropologie.

Les auteurs ne se dispersent pas ailleurs, ils sont concentré sur l’enquête et les mystères qui tournent autour de ce mort momifié, déposé là il y a plus de 20 ans, sans savoir que dans l’ombre, des gens complotent pour leur ravir le cadavre.

Inconvénient, c’est que l’on n’a pas beaucoup de détails sur la psychologie des personnages, mais vu qu’il y a 4 tomes, je suppose (j’espère) que l’on en apprendra un peu plus sur nos deux enquêteurs.

J’allais vous quitter en oubliant de dire un mot sur les dessins : sobres. Ils manquent un peu de dynamisme et la pauvreté des décors m’a parfois fait oublier que j’étais dans une époque victorienne.

Le pire est la manière dont sont dessiné les chevaux… Pas terrible, quasi tous blancs et en plus, aucun réalisme dans leur manière de se déplacer. Ça a choqué mon oeil. On me dira que c’est « accessoire » dans le scénario et l’ensemble des décors, mais je le souligne quand même.

Ma curiosité est piquée, j’ai envie de savoir le pourquoi du comment ce cadavre a atterri là et pourquoi tout ces complots autour. Mystère, mystère ! Je vais lire les albums suivants pour le savoir.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°277 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

 

Les Tuniques Bleues – Tome 37 – Duel dans la Manche : Raoul Cauvin et Willy Lambil

Titre : Les Tuniques Bleues – Tome 37 – Duel dans la Manche

Scénariste : Raoul Cauvin
Dessinateur : Willy Lambil

Édition : Dupuis (1995)

Résumé :
Le général Mac Clellan est un piètre stratège : il a réussi à lancer une attaque… contre son propre camp ! De mauvaise foi, il exige que deux responsables soient désignés parmi les soldats.

Et devinez quels sont les deux malchanceux choisis : le sergent Chesterfield et le caporal Blutch, bien entendu ! Dégradés, ils sont forcés de quitter leur unité pour embarquer sur le Kearsarge, un navire de guerre.

Qui a dit qu’on se la coulait douce dans l’armée de mer ?

Critique :
♫ Dans le port d’Amsterdam ♪ Y a Chesterfiel qui boude, À cause d’un baroud ♫ Qui a tué des troupes ♪ Dans le brouillard, les uniformes on loupe ♪

♪ C’est eux qui ont servi ♪ De boucs émissaires ♪ Au général pas ravi ♪ Dans cette sale guerre ♪

Dans le port d’Amsterdam ♪ Y a des marins qui meurent ♪ Pleins de bière et de drames ♪ Aux premières lueurs (1)

Il y a 25 ans, sortait ce 37ème album des Tuniques Bleues… Je ne me souvenais plus que cela faisait aussi longtemps que ces dernières étaient devenues creuses niveau scénario…

Ah, elles sont loin ces belles années où le duo sergent Chesterfield et le caporal Blutch, emmené par le tandem Cauvin/Lambil, me mettaient en joie.

Là, j’ai l’impression d’être passée d’un service entrée, plat, dessert, café et pousse-café à un croûton de pain sec qui m’a laissé avec la dent creuse. C’est vide et on a rempli cet album avec ce qu’on pouvait, en remplissant de faits qui n’ont rien à voir avec un duel dans la Manche.

Chesterfield et Blutch se retrouvent sur un bateau de la marine Nordiste et puisque tout le monde veut savoir pourquoi le sergent Chesterfield fait la gueule, Blutch explique qu’à cause d’une bourde d’un nouveau général (qui a coûté des vies nordistes), ce furent eux qui ont été désigné responsables de cette connerie monumentale.

Ce n’est pas la première fois que le scénariste nous parle des gradés plus crétins que leurs pieds, mais j’ai eu l’impression que c’était juste pour meubler un peu.

De plus, que personne ne remette ce gradé à sa place alors qu’il est le seul responsable de cette bourde et qu’on fasse nommer Chesterfield et Blutch comme responsables, je trouve cela fort de café.

Anybref, après quelques cases vides de texte où nos deux militaires explorent la ville d’Amsterdam, on a un gag assez amusant avec le vendeur de maatjes et ce n’est qu’à la page 25 qu’on largue les amarres pour aller tenter de couler un bateau Confédérés qui s’amuse à couler tous les nôtres (le CSS Alabama).

Je précise que l’album ne fait que 46 pages et non 62 comme certaines bédés au bon vieux temps. Quelques passages de plus où Chesterfield et Blutch se tapent dessus et voici enfin le combat naval qui commence à la page… 30 !

Nous avons dépassé depuis longtemps la mi-album et je n’ai rien eu à me mettre sous la dent alors que je m’attendais avoir droit à un combat naval digne de ce nom, vu le titre.

Ben pas vraiment puisqu’à la page 37 tout était plié dans ce combat naval de l’USS Kearsarge (le nôtre) contre ce bateau Confédéré blindé d’acier (le CSS Alabama)…

Un fait réel, d’accord (il s’est déroulé au large de Cherbourg en juin 1864), mais purée, le lecteur a tout de même droit à un peu plus, non ??

7 pages en tout et pour tout pour un duel dans la Manche, et il faut encore retirer les cases avec nos deux amis aux fers, puis libérés, puis qui vont se cacher… Seules les pages 35 et 36 possèdent des plans un peu plus large sur le combat…

Ensuite ? On meuble de nouveau, les combats sont terminés, on rentre au port pour réparer et en renvoie nos deux amis en Amérique pour continuer cette guerre de Sécession qui reprend de plus belle avec un nouveau gradé qui, on le sent bien, va refaire les mêmes conneries que le précédent.

Pour moi, cet album est creux et j’ai cette horrible sensation qu’après l’album 27 (Bull Run), on n’a plus rien eu de génial, comme dans les premiers albums (exception faite de l’excellent album N°33).

Heureusement que je l’ai acheté en seconde main…

(1) Mes plus plates excuses à Jacques Brel pour l’emprunt et le détournement de sa belle chanson « Amsterdam ».

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°16.

Les Naufrageurs : Iain Lawrence

Titre : Les Naufrageurs

Auteur : Iain Lawrence
Édition : Folio Junior (1999)
Édition Originale : The Wreckers (1998)
Traducteur : Henri Robillot

Résumé :
1799… Un navire se fracasse sur les récifs le long des côtes de Cornouailles. John Spencer, le fils du capitaine et le plus jeune membre de l’équipage, survit au naufrage.

Lorsqu’il reprend connaissance, il comprend avec effroi que les hommes qui viennent à sa rencontre sont des pilleurs d’épaves…

Les habitants du village de Pendennis semblent se livrer à un mystérieux trafic…

Qui tire les ficelles ? Et à qui John pourra-t-il se fier pour libérer son père retenu prisonnier ?

Un roman d’aventures captivant dans la grande tradition de L’île au trésor et Moonfleet.

Critique :
Les comparaisons avec un autre roman, c’est souvent surfait ! Parce que croyez-moi, on est tout de même très loin de l’île au trésor ! Pas à quelques encablures, mais à au moins mille miles marin !

Hissez les voiles, matelot, nous voguons au fil de l’eau. Pour l’ambiance maritime, je ne me plaindrai pas, l’auteur plonge son lecteur dedans, toutes voiles dehors.

Prévoyez un dico Gogole à vos côtés afin de vous y retrouver entre le mât d’artimon et de misaine et sachez comment virer au lof.

Niveau aventures, je ne me suis pas embêtée non plus, ça bouge, on galope dans tous les sens, on a du mystère, des fausses pistes, une enquête, une énigme dans le fait qu’on ne sait pas qui est le chef des naufrageurs, mais le tout semble brouillon, trop vite écrit, juste de quoi faire un livre pour que les jeunes amateurs d’aventures aient leur dose sans trop se poser de questions.

Les événements s’enchainent un peu trop vite, un peu trop bien, les personnages ne sont pas assez travaillés, surtout Simon Mawgan, l’oncle de Mary qui recueille John Spencer, notre jeune naufragé.

Il s’emporte pour un rien, se calme aussi vite, à l’air parfois un peu trop détaché de tout, cachant des choses, donnant l’impression qu’il est une brute sans coeur. J’aurais aimé plus de profondeur. D’ailleurs, même la fin du roman ne m’a pas vraiment éclairé sur son comportement général, sauf pour une chose que j’avais déjà deviné.

De plus, hum, l’auteur n’est pas trop regardant dans le soucis du détail ! À un moment donné, il dit que les deux gosses montent sur leurs poneys à cru et dans une scène plus loin, il nous dit qu’ils sont « étrier contre étrier »… La selle a dû pousser sur le dos du cheval ou pour ces enfants là, monter avec une selle ou à cru, c’est la même chose !

Tout à l’air d’être un peu trop beau pour être vrai, les personnages tournant assez vite casaque, Mary racontant les confidences de John à son oncle, puis à une autre personne (on ne peut lui faire confiance, à cette gamine !) et tout allant un peu trop bien dans le final, alors que peu de temps auparavant, c’était la Bérézina totale à Waterloo.

Deus ex machina… Oui, un peu. Ça se retourne plus vite qu’un chat portant une tartine beurrée sur le dos.

Quant au commanditaire des naufrageurs, faut pas avoir fait ses études chez Holmes pour le deviner, il se voit aussi bien que le nez au milieu de la figure et les soupçons sont totalement confirmé lorsqu’il tue une personne au lieu de la mettre en joue.

Anybref, ça se lit vite, ça met du piment au voyage en train, on sent les embruns et on entend le bruit des vagues mais on oubliera ce récit tellement vite qu’il faudra se dépêcher de faire la chronique avant de l’avoir totalement zappé.

Ça se lit, sans plus ou ça se lit, à la rigueur.

Le navire prend l’eau de toute part, va falloir souquer ferme et écoper !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

 

La malédiction de la Méduse : Erik Emptaz

Malédiction de la Méduse - Emptaz

Titre : La malédiction de la Méduse

Auteur : Erik Emptaz
Édition : Grasset (2005)

Résumé :
Le 2 juillet 1816, à la tête d’une mission chargée de reprendre le Sénégal aux Anglais, la frégate La méduse, commandée par un vieil officier incompétent et alcoolique, échoue au large de la Mauritanie, sur un haut-fond pourtant bien connu des marins.

Cent cinquante hommes qui ne pourront prendre place dans les embarcations du bord construisent un radeau de fortune, que les chaloupes remorqueront quelques milles, avant de l’abandonner en pleine mer, avec son fardeau humain.

Entassés sur le radeau, de l’eau jusqu’à mi-cuisse, les naufragés périssent les uns après les autres. Tempêtes, rixes meurtrières, faim lancinante, rage de survivre et désespoir : après quelques semaines, ils ne seront plus que quinze, qui se décideront à manger l’un des cadavres…

On connaît le tableau de Géricault, mais sait-on bien les circonstances de ce drame, fait divers historique qui fut, en son temps, un véritable scandale politique.

La malédiction de la Méduse, roman d’une aventure vraie, fait revivre cette incroyable odyssée.

Critique : 
Chronique d’un naufrage annoncé… Celui de la frégate, pas du roman qui lui, tient les flots et la barre haute. Hissez haut !

Pourtant, c’était pas un pédalo, la Méduse ! Non, c’était une belle frégate qui faisait 47 mètres de long, 12 mètres de large, avec la coque renforcée par des plaques de cuivre, monsieur ! 44 canons en sus.

Et si cette belle frégate royale a coulé, c’est parce que celui qui maniait le gouvernail était un imbécile, un crétin diplômé, un connard fini qui avait dû avoir son brevet de navigation dans un paquet Bonux !

Ou alors, il avait été à la même école qu’un certain commandant de Costa Croisières.

Et comme toujours, dès que des incapables ont des responsabilités, ce sont les subalternes qui trinquent.

D’ailleurs, on sent venir la chose, tant les deux personnages qui sont à la tête du navire sont des magouilleurs, des imbéciles, des fats, des menteurs, des flagorneurs, des sourds à tout bon sens… Ils t’auraient fait couler un canard en plastique dans une baignoire, ces deux là !

Chaumareys donnerait ses galons pour un fond de flacon. Pourtant, il a dû sacrément batailler avant de les gagner. Pour en arriver là, il en a fallu des interventions, des suppliques, des flagorneries, des pressions plus ou moins amicales entrecoupées d’évocations appuyées de son oncle, l’amiral d’Orvilliers, et de son amitié avec le comte d’Artois, frère du roi.

Le « seul maître à bord après Dieu » n’entend pas le matelot qui ajoute dans son dos : « Un marin qui fait confiance à la mer, c’est comme un pendu qui ferait confiance à la corde pour le tirer d’affaire… ».

Le récit se lit d’une traite, les yeux passant de bâbord à tribord, descendant la grande vergue et finissant au gouvernail, manié par le crétin de vicomte Hugues de  Chaumareys, capitaine de frégate commandant La Méduse au nom du roi et qui n’a plus navigué depuis au moins 20 ans.

« C’est impensable, Savigny, le commandant Chaumareys a confié le navire à un passager. Oui, tu m’as bien entendu, à un homme qui s’y entend en navigation à peu près aussi bien que toi ou moi…». Sans me laisser le temps de répondre, il pointe un doigt vengeur vers la dunette, et vitupère : « Et ça ne te préoccupe pas plus que ça ? J’ai obtenu son nom, c’est un certain Richefort, encore un de ces émigrés qui nous reviennent de chez les Anglais, un rentrant comme ce Chaumareys. Ah je t’assure, Savigny, il faut le voir pour y croire…»

Jean-Baptiste Savigny, jeune marin à bord de la Méduse, commence par nous conter un beau voyage vers le Cap Vert avec un arrêt qu’ils feront au Sénégal (Saint-Louis) car ils ont pour mission de reprendre le pays aux Anglais, et ça se termine empalé, non pas dans un iceberg, mais dans un ban de sable connu de tous les marins.

Pour planter un bateau ainsi : « Faut vraiment être une bourrique qu’a la cataracte ou un borgne des deux yeux ! »

Les femmes et les gradés dans les canots, les autres – les soldats et une partie du petit personnel – sur un radeau. 150 hommes sur un grand radeau qui prend l’eau. Jean-Baptiste Savigny nous racontera leur misères sans jamais sombrer dans le pathos.

Les pauvres gars sur le radeau seront lâchés ignominieusement en pleine mer, comme un chien abandonné sur le bord de l’autoroute, le jour du départ en vacances, les autres occupants des canots n’ayant pour eux qu’un pauvre regard du genre « Oh, l’amarre a cassé ».

Nous partîmes 150 sur le radeau et, par un prompt renfort de la Mort, nous fûmes bientôt 15 à survivre, obligé d’arriver à des extrémités que je ne puis condamner, la survie en dépendant.

Ce qui m’a le plus foutu en rogne, c’est l’attitude condescendante des gradés – le commandant Chaumareys et le colonel Julien Désiré Schmaltz, commandant les établissements français du Sénégal. Imbus d’eux même, persuadés qu’ils sont qu’ils ont agis pour le bien de tous, incapables de se remettre en question – surtout Chaumareys.

Et ce gros porc de Schmaltz qui fait des beaux discours en se mettant en avant, défiant les survivants de parler, sinon, il balance ce qu’ils ont fait sur le radeau pour survivre…

Là, Schmaltz a peiné sur la formule mais, à la relecture, il la trouve imparable : « En s’en rapprochant pour la reprendre, on s’exposait à ce que les malheureux qu’il portait se jetassent en foule dans les embarcations déjà surchargées et qui auraient été inévitablement submergées sans pouvoir contribuer au salut des hommes qu’on aurait été tenté de secourir. »

« On se vit donc dans la nécessité de l’abandonner pour éviter une perte générale. »

Et si les quinze revenants de ce cauchemar la lui posent, il leur fera la même réponse : la « nécessité » et le souci « d’éviter une perte générale ». Deux arguments qu’ils devraient être à même de comprendre. Et trouver recevables, puisque ce sont aussi ceux qui les ont conduits à manger la chair de leurs semblables.

À force de se le répéter, il finira pas y croire, comme il en fut avec sa non-présence dans le fort Penthièvre à Quiberon, lors de la bataille… Mais dont il a réussi à se persuader que si, il y était !

À la longue, à force de raconter, Chaumareys a fini par oublier qu’il a vécu le gros de la bataille sous l’édredon d’une épouse de négociant qui l’appelait « mon prince » tandis qu’il lui donnait l’assaut à grands coups de reins. Il est désormais persuadé de sa présence en première ligne. Et gare à celui qui prétendrait en douter !

Certes, les 150 sur le radeau se sont mis eux-mêmes à la flotte et dans les bras de la Mort en se bagarrant ou en s’enivrant dans des beuveries monumentales. Pas un pour relever l’autre, sur ce bout de bois, mais tout de même.

Un récit qui se lit tout seul, comme une aventure, même si l’on sait déjà que la frégate coulera, on dévore le récit de Savigny, jeune gars qui a signé un jour où il était rond et déprimé pour entrer dans la marine.

Une écriture qui roule comme les vagues, pourvues de quelques jolis mots de vocabulaire, un style pas « simpliste » mais facile à lire et qui ne sombre jamais dans le pathos, car il aurait été facile de s’y vautrer lorsque nous étions sur le radeau.

Malgré tout, ce ne fut pas une partie de plaisir sur le radeau et avec peu de mots, de phrases, l’auteur arrive très bien à nous faire comprendre que ça n’a pas rigolé !

D’autant que cette unique barrique de vin est aux trois quarts vide. Les deux soldats chargés de sa garde en ont, à notre insu, sifflé une bonne partie. Retrouvés ivres morts, ils ont été balancés à l’eau sans autre forme de procès. Il avait été décidé que quiconque tenterait de s’emparer de nos provisions serait puni du châtiment suprême. L’affaire n’a pas traîné. À la pointe de leurs propres baïonnettes, les deux buveurs brutalement dégrisés par la peur ont été poussés à la mer.

Des personnages bien tranchés, un faible pour Savigny et quelques uns de ses compagnons de misère, un récit double puisque nous aurons une partie de ce qu’il se passait à Saint-Louis, des bons mots, des répliques acérées et l’envie folle de pendre à la grande vergue le commandant Chaumareys, ce commandant qui a tout du célèbre capitaine de croisière dont je parlais plus haut…

Comment est-ce déjà son nom ? Allez, si, celui qui aimait un peu trop se frotter aux côtes avec son gros bateau ! Crétino ? Stronzo ? Sketbatô ? On me signale dans l’oreillette que c’était Schettino ! Celui qui, comme avant Chaumareys, quitta le navire dans les premiers au lieu d’être le dernier.

À force de ressasser son innocence, il en est venu, même dans ses moments de lucidité, à ne plus s’attribuer la moindre culpabilité. L’amarre ? « Elle a coupé » Le fait qu’il n’ait pas quitté le navire le dernier ? Il s’en est déjà expliqué : « Il fallait veiller à l’évacuation…»

Et bien, au commandant Chaumareys, on lui dirait bien « Vada a bordo, CAZZO !!! »

C’est comme si notre frégate n’était plus La Méduse, mais la Nef des fous.

— Monsieur, nous avons déjà eu un aperçu éclatant de vos dons pour la navigation, nous ferez-vous la grâce de nous épargner vos talents de stratège.

Étoile 4Le « RAT a Week, Winter Édition » chez Chroniques Littéraires (295 pages – xxx pages lues sur le Challenge).